M. Stanislas Guerini (LAREM). …y compris quand cela ne correspondait pas exactement à ce que nous entendions sur les plateaux de télévision ou sur les bancs de cet hémicycle. Quand, il y a cinq jours, nous avons voté pour la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, certains d’entre vous ont voté contre.
M. Stanislas Guerini (LAREM). Quand, il y a huit jours, le Président de la République a annoncé cette mesure déjà difficile et courageuse à prendre qu’était le couvre-feu, et quand, il y a trois semaines, le Premier ministre a décidé la fermeture nocturne des bars et des restaurants dans certains départements, des élus nous ont expliqué alors qu’il valait mieux laisser les restaurants ouverts et ouvrir de nouveaux lits de réanimation : ce n’est pas acceptable !
M. David Habib (SOC). Et quand, en août, il ne fallait pas s’affoler ?
M. Stanislas Guerini (LAREM). Tout l’été Olivier Véran et le Gouvernement ont été sur le pont, et Jean Castex a inlassablement rappelé que le virus ne prenait pas de vacances !
M. David Habib (SOC). Ils savent tout, mais ils ne sont bons à rien !
M. Stanislas Guerini (LAREM). Je vous passe la communauté des experts télévisuels dits « rassuristes ». Sans doute tentaient-ils de se rassurer eux-mêmes, mais ils ont fait de sacrés dégâts en expliquant que la deuxième vague n’existait que dans la tête du ministre de la santé. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)Je ne peux présumer de ce que le ministre de la santé a dans la tête, mais je sais que ses paroles et ses actes ne sont animés que par le sens des responsabilités et du devoir. Je veux d’ailleurs saluer ici tous ceux qui, dans l’opposition, manifestent ce même sens des responsabilités et de l’unité, si nécessaire à notre nation, sans rien enlever aux convictions ou à la capacité d’opposition.
M. Stanislas Guerini (LAREM). Si nous avons tant besoin d’unité et de responsabilité, c’est que, avec ces décisions que nous devons prendre aujourd’hui, en accordant notre confiance au Premier ministre, se joue la capacité de notre système de santé à faire face. Dans cette lutte, chaque jour, voire chaque heure comptera.Accepter ce nouveau plan de confinement, c’est faire le choix de ne pas laisser nos soignants – que nous avons tant applaudis et que nous applaudirons encore – seuls face au virus. Hommage à eux et à leur courage ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Mais souvenons-nous qu’ils nous ont dit à maintes reprises qu’ils préféraient le respect des règles aux applaudissements : ils savent tous qu’il s’en est fallu de peu, au printemps, que l’hôpital s’effondre.Grâce à eux, grâce à la mobilisation de tous, nous avons pu renforcer nos moyens. Avons-nous plus de masques ? La réponse est oui. Avons-nous plus de médicaments ? La réponse est oui. Avons-nous plus de matériel, de blouses et de surblouses ? La réponse est oui. Avons-nous plus de tests ? La réponse est oui. Avons-nous plus de lits de réanimation ? La réponse est oui. Avons-nous relevé la rémunération des soignants et des aides-soignants ? La réponse est oui ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. David Habib (SOC). Êtes-vous toujours aussi mauvais ? La réponse est oui.
M. Stanislas Guerini (LAREM). Mais face à la croissance exponentielle de cette deuxième vague, il faut regarder la réalité en face : aucune de ces mesures ne sera suffisante si nous faisons le choix du statu quo. Prendre des demi-mesures n’est pas un choix.
M. David Habib (SOC). C’est pourtant ce que vous faites en permanence !
M. Stanislas Guerini (LAREM). Prendre des demi-mesures, c’est prendre la moitié de ses responsabilités et ce n’est pas le choix que fera notre majorité. Le Président de la République a fait celui du confinement. Nous le soutiendrons, car ce n’est pas le même confinement qu’au printemps que nous a présenté aujourd’hui le Premier ministre. Nous avons tiré de cette première expérience les conséquences économiques, sociales, éducatives, sanitaires et psychologiques. Mes collègues auront l’occasion d’évoquer ces choix, visant notamment à conserver notre économie debout.À cet égard, monsieur le ministre de l’éducation nationale, vous avez décidé, avec le Président de la République, de laisser les écoles ouvertes, pour préserver l’avenir de notre pays, qui repose dans les mains de cette jeune génération qui a déjà fait tant de sacrifices et dont nous ne devons pas, en plus, sacrifier l’éducation. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)Ces choix difficiles demandent du courage et des efforts à nos concitoyens, particulièrement aux plus précaires, mais nous ne les laisserons pas sur le bord du chemin – nous ne l’avons jamais fait depuis le premier jour de la crise. Ce n’est pourtant qu’à cette condition que se rouvrira la perspective des jours heureux.
M. Pierre Cordier (LR). Il faudrait peut-être aller un peu sur le terrain, monsieur Guerini !
M. Stanislas Guerini (LAREM). Pour que nous puissions retrouver à court terme le chemin de nos librairies et de tous ces commerces, qui ne sont peut-être pas essentiels mais tellement indispensables à nos vies, pour que nous gardions l’espoir de retrouver nos familles pour Noël, avant que, dans quelques mois, ne se réalise peut-être la promesse d’un vaccin, nous demandons aujourd’hui aux Français d’être collectivement et individuellement responsables. Soyons nous-mêmes à la hauteur de nos responsabilités ! Monsieur le Premier ministre (« Il n’est pas là ! » sur plusieurs bancs de l’opposition), nous voterons le soutien à votre déclaration devant notre assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Damien Abad (LR). Je veux, avant toute chose, saluer le Premier ministre, qui a dû malheureusement quitter notre hémicycle en urgence, à la suite des assassinats ignobles commis dans une église de Nice. L’horreur a encore frappé et, à l’heure où des millions de Français s’apprêtent à célébrer la Toussaint, la barbarie est entrée dans une église.Face à cet événement tragique qui frappe notre pays, je tiens, au nom de tous les députés Les Républicains, mais aussi au nom de la représentation nationale, adresser mes sincères condoléances aux familles des victimes ainsi que notre soutien aux policiers, qui ont une fois encore agi avec sang-froid et courage. (Applaudissements prolongés sur tous les bancs.) La nation est une nouvelle fois en deuil. Alors soyons tous dignes, responsables et à la hauteur de cet événement tragique. Monsieur le président, vous avez raison, la démocratie ne doit pas s’arrêter, mais je ne suis pas sûr qu’aujourd’hui un vote qui montrerait des fractures dans la représentation nationale soit opportun.
M. Damien Abad (LR). Si vous décidez – et c’est votre droit – de maintenir ce vote, le groupe Les Républicains, conscient de ses responsabilités, n’y prendra pas part, afin de ne pas ajouter des divisions aux divisions. Nous le devons aux Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.) J’adresse aussi une pensée particulière à notre collègue Éric Ciotti actuellement en route pour Nice avec le ministre de l’intérieur.Il faut pourtant que ce débat ait lieu, malgré ces conditions particulières, qui exigent de nous de la dignité. La vérité, c’est que si nous nous sommes là aujourd’hui, c’est malheureusement que nous ne sommes pas prêts.Nous ne sommes pas prêts à affronter une deuxième vague, et peut-être demain une troisième.Il est vrai que cette pandémie est mondiale, que tous les pays européens sont touchés, avec plus ou moins d’intensité, que rien n’est simple et que tout n’est pas de la faute du Gouvernement, mais il est vrai aussi que nous sommes confrontés à un virus complexe, sournois, qui laisse beaucoup de zones d’ombre, face auquel nous devons tous être humbles et faire preuve de modestie quant à notre capacité à l’éradiquer. Comment ne pas penser ici à toutes les familles endeuillées par le covid ?Voilà pourquoi, en responsabilité, le groupe Les Républicains appelle les Français à respecter les mesures annoncées hier soir par le Président de la République.
M. le président (LAREM). Chers collègues, seul le président Abad a la parole.
M. Damien Abad (LR). Même si, comme eux, nous sommes inquiets et parfois en colère, il est de notre devoir de faire de la santé des Français notre priorité. Quand on est un responsable politique, on n’appelle pas à la désobéissance civile, surtout lorsque l’on sait qu’un reconfinement, comme la rechute d’une maladie, sera forcément beaucoup moins bien accepté par les Français que le premier confinement. Voilà pourquoi aussi, en responsabilité et compte tenu de la gravité de la situation sanitaire, nous disons aux Français que nous n’avons plus d’autre choix que celui d’un reconfinement.Mais il faut aussi être clairs : c’est bien par manque d’anticipation que nous sommes face à ce choix impossible entre un tsunami hospitalier et un effondrement économique et social. (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Damien Abad (LR). L’histoire de ce confinement et de ce reconfinement, c’est l’histoire d’un été pour rien, d’un été d’insouciance, où aucune leçon n’a malheureusement été tirée. Pourtant, de tels retours d’expérience sont essentiels…
M. Damien Abad (LR). …si nous ne voulons pas revivre la même chose que lors de la première vague. Nous ne voulons plus d’une France où, malheureusement, les portes des réanimations se sont trop souvent refermées pour nos aînés de plus de 75 ans, d’une France totalement désarmée, sans masques, sans tests, sans gants et sans curare. Nous ne voulons plus non plus d’une France qui déprogramme massivement des opérations pourtant indispensables…
M. Damien Abad (LR). …et qui tourne trop souvent le dos aux cliniques privées et à la médecine libérale. (« Il a raison ! » sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Mme Danielle Brulebois (LAREM). Il n’y a pas assez de médecins ! À cause du numerus clausus !
M. Damien Abad (LR). Alors, anticipons vraiment, car ce manque d’anticipation a un coût sanitaire, économique et social sans précédent.
M. Damien Abad (LR). Tous les Français se demandent pourquoi nous ne sommes pas prêts, pourquoi nous n’avons pas pu anticiper cette deuxième vague, pourquoi nous n’avons pas augmenté nos capacités en matière de lits et de personnel dans les services de réanimation, pourquoi nous avons mis si longtemps à généraliser le port du masque, pourquoi, pendant très longtemps, nous avons refusé de dépister massivement les Français, pourquoi la stratégie « tester, tracer, isoler » a échoué, pourquoi nous n’arrivons toujours pas à déployer massivement les tests rapides dits antigéniques, pourquoi la coopération entre les hôpitaux publics et les cliniques privées reste encore si difficile,…
M. Damien Abad (LR). …pourquoi nous en sommes arrivés aujourd’hui à ce choix impossible.Ces questions, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, tous les Français se les posent, et ils mettent en doute votre stratégie sanitaire et votre gestion de la crise. Il ne s’agit pas ici de chercher la polémique, mais de trouver des réponses plus efficaces. D’ailleurs, nos critiques se concentreront sur la stratégie sanitaire choisie par le Gouvernement, et non sur des divergences politiques qui ne seraient pas à la hauteur de la situation.Je vous le dis avec gravité, le déconfinement a été raté, et c’est pour cela que nous sommes contraints à un reconfinement. (« C’est faux ! » sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Sylvain Maillard (LAREM). Cette affirmation n’a évidemment rien de polémique !
M. Damien Abad (LR). Il a été raté, parce que vous n’êtes pas parvenus à mettre en place une politique de dépistage par les tests, par le traçage et par un isolement efficace.
M. David Habib (SOC). Depuis trois ans, nous avons affaire avec des amateurs !
M. Damien Abad (LR). Monsieur le ministre des relations avec le Parlement, j’ai écrit hier au Président de la République pour lui rappeler les propositions que nous faisons depuis le début de cette crise sanitaire.
M. Damien Abad (LR). Dès le 24 avril, en effet, nous vous avions proposé de mettre en place un déconfinement sous protection, avec un port du masque généralisé et obligatoire, un dépistage systématique dans nos EHPAD, des tests réguliers pour nos enseignants et la mise en quarantaine des étrangers arrivant sur le territoire national. (Applaudissementssur les bancs du groupe LR.) Dès le 24 avril, nous avons demandé le port du masque obligatoire dans les lieux clos…
M. Sylvain Maillard (LAREM). Vous voyez bien que ça ne suffit pas ! C’est du bla-bla !
M. Damien Abad (LR). …et vous avez attendu le 20 juillet, soit quasiment trois mois, pour reprendre notre proposition. Trois mois perdus qui nous coûtent cher aujourd’hui ! Notre plan de déconfinement, bien plus protecteur que le vôtre, avait justement un seul objectif : éviter le reconfinement. Malheureusement, certaines de nos propositions sont restées sans lendemain.
M. Damien Abad (LR). Au mois de juin, lors de notre niche parlementaire, nous vous avons proposé de geler les fermetures de lits et de permettre à nos directeurs d’hôpitaux d’en ouvrir de nouveaux, pour une période de vingt-quatre mois, sans autorisation préalable des ARS. Là encore, cette proposition a été balayée d’un revers de main.Cette semaine encore, nous avons fait au Premier ministre des propositions, également formulées par le professeur Juvin, pour augmenter nos capacités de réanimation en créant des hôpitaux éphémères, en ayant davantage recours aux cliniques privées, en formant de manière accélérée des infirmières et des internes ou en recrutant des médecins réanimateurs à l’étranger.
M. Damien Abad (LR). Le Président de la République a dit hier que ces recrutements étaient impossibles en Europe, mais il n’y a pas que l’Europe : il y a aussi l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique,…
M. Damien Abad (LR). …où ces recrutements peuvent être possibles.
M. Pacôme Rupin (LAREM). Vous n’êtes plus contre l’immigration ?
M. Damien Abad (LR). Contre le coronavirus, il n’y aura jamais de solution miracle, mais il existe un ensemble de politiques publiques qui, engagées les unes après les autres, peuvent constituer une digue face à ces vagues successives, qu’il s’agisse des hôpitaux éphémères, de la formation accélérée des professionnels de santé ou d’un corps auxiliaire de santé pour décharger les soignants des tâches quotidiennes, du recrutement d’infirmiers et de médecins réanimateurs, de l’autorisation de tests antigéniques, d’un plan de relance faisant de la santé une priorité, de la mise en quarantaine des étrangers qui arrivent sur le sol national ou d’une loi de programmation de cinq ans en matière de santé.
M. Damien Abad (LR). Malheureusement, vous avez préféré les laisser lettre morte. Force est de constater que nous n’avons pas mis tout en œuvre pour réussir le déconfinement.
M. Damien Abad (LR). …les Français en font aujourd’hui les frais.Pensons à tous ceux qui verront leur avenir s’assombrir, leurs libertés se réduire, leurs craintes de perdre leur emploi s’amplifier encore ou la peur du lendemain les envahir. Pensons à notre jeunesse, privée de liberté et inquiète pour ses études ou pour ses débuts dans la vie active. Pensons à nos aînés, inquiets pour leur santé et isolés de leurs proches. Pensons à nos soignants, débordés par cette seconde vague et épuisés par leur travail, et rendons leur encore hommage pour leur dévouement et leur engagement au service des autres. Pensons aussi à nos commerçants, à nos artisans, à nos indépendants, à nos restaurateurs, à nos hôteliers, à nos cafetiers, dépités, voire anéantis par ces nouvelles fermetures et angoissés pour leur avenir – ces commerçants qui subissent une année 2020 apocalyptique et qui voient dans le même temps des plates-formes de e-commerce réaliser des ventes record. Les PME et les commerçants sont l’angle mort de votre politique de confinement.(Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Tous ces acteurs économiques, ces chefs d’entreprise, ne viennent pas gonfler les chiffres de contaminations ou d’hospitalisations de l’ARS, mais ils sont aussi en grande souffrance.Pensons à tous les acteurs du monde de l’événementiel, de la culture et du sport, totalement asphyxiés par cette crise sanitaire et dévastés à l’idée de ne pouvoir vivre leur passion. Pensons tout simplement à tous ces Français des villes et des campagnes, du Nord et du Sud, qui doivent réduire leur vie à un métro-boulot-dodo si peu épanouissant. N’oublions jamais que, derrière le confinement, il y a des vies humaines, comme arrêtées par l’angoisse et la peur du lendemain. Derrière le confinement, il y a aussi le chômage de masse, l’isolement social et la peur du déclassement. Alors, entendez ce cri des Français qui vous disent : « Ne mettez pas le pays à terre ! Ne nous abandonnez pas ! »Dans ce confinement, il va falloir faire bloc pour ne pas brader notre éthique sous couvert de la crise sanitaire. Nous devons pouvoir accompagner un proche en fin de vie, honorer la mémoire de nos morts et rendre visite à nos parents en EHPAD. J’ai bien entendu les consignes ministérielles à cet égard, mais combien d’ARS surinterprètent vos directives pour mieux couvrir leurs risques, combien d’EHPAD ferment trop souvent et trop rapidement leurs portes, par peur ou par excès de formalisme ! Vous devez quotidiennement veiller à la bonne application de ces principes éthiques sur le terrain.Nous devons faire bloc aussi pour maintenir ouverts nos écoles, nos collèges et nos lycées, et lutter activement contre les décrochages scolaires, chaque jour plus nombreux. Faire bloc en annulant l’ensemble des charges sociales et fiscales et des loyers qui pèsent sur les petites entreprises, et en transformant le PGE, le prêt garanti par l’État, en quasi-fonds propres, car les entreprises ne pourront pas le rembourser. Faire bloc en lançant un plan Marshall pour les indépendants et les commerçants, qui sont aujourd’hui durement touchés par les mesures annoncées par le Président de la République – soyons clairs : sauvons la France des commerçants, au lieu de dérouler le tapis rouge à la France d’Amazon.
M. Damien Abad (LR). Faire bloc en ne laissant personne sur le bord de la route, grâce au dispositif de chômage partiel et de dette sectorielle.Parce que nous sommes enracinés dans nos territoires, notre groupe sera aussi la hotline de ces derniers pour faire remonter à la représentation nationale toutes les incohérences que nous constaterons dans l’application de ces mesures au quotidien.Faire bloc, oui, mais il faut aussi anticiper l’avenir – « anticiper », ce mot qui fait cruellement défaut au Gouvernement depuis le début de la crise sanitaire ! Un déconfinement, cela se prépare dès aujourd’hui, et si vous voulez éviter un troisième confinement après les fêtes de Noël, il nous faut agir vite et fort. Vous ne pouvez pas préparer ce deuxième déconfinement de manière aussi chaotique que le premier. Le prochain déconfinement ne doit pas être une nouvelle déconfiture. Ne cédez pas à la fatalité ou à l’impuissance. Dès à présent, il nous faut des tests antigéniques rapides, aux résultats instantanés, partout sur le territoire.
M. Damien Abad (LR). Dès à présent, il faut bâtir une politique d’isolement des cas positifs. Tester, tracer, isoler, ou tester, alerter, protéger : cela doit être prêt, opérationnel tout de suite, pas dans quinze jours, pas dans un mois.
M. Damien Abad (LR). Dès à présent, il nous faut une administration sanitaire de guerre et permettre de nouvelles ouvertures de lits de réanimation. Le 28 mars, M. le ministre de la santé nous en a annoncé 14 000. Hier, le Président de la République donnait le chiffre de 6 000. En Allemagne, ce sont 25 000 lits et trois fois moins de morts.Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, pour agir vite et bien, il faut aussi protéger vos soldats sanitaires en rendant dès aujourd’hui obligatoire le vaccin contre la grippe pour les personnels soignants des hôpitaux et des EHPAD. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et Agir ens.)
M. Damien Abad (LR). Comment est-il possible que seulement 23 % des aides-soignants en EHPAD et 60 % des personnels hospitaliers soient vaccinés ? Il n’est pas possible, en pleine pandémie de coronavirus, d’avoir des stocks insuffisants de vaccins contre la grippe. Personne ne peut comprendre et accepter une telle pénurie.Faire reposer toute votre stratégie sanitaire uniquement sur les épaules des Français est une erreur. Mettre vos propres échecs sur le dos des Français est une faute. La défiance ne cesse de grandir et, désormais, il y a urgence à sortir de cet amateurisme ambiant qui sape le moral des Français. Il y a urgence à sortir de cette politique de stop and go…
M. Pacôme Rupin (LAREM). C’est le cas de tous les pays européens !
M. Damien Abad (LR). …– je confine, je déconfine, je reconfine, je déconfine à nouveau – sans tirer les leçons du passé. Il y a urgence à mettre sur pied un plan pour un déconfinement sous protection clair et cohérent. Il y a urgence aussi, monsieur le ministre de la santé, à anticiper la mise sur le marché d’un vaccin. Charles Michel, président du Conseil européen, assure que trois ou quatre vaccins seront progressivement disponibles à partir de la fin de l’année. La France a-t-elle fait le nécessaire pour négocier des stocks le moment venu ?Chers collègues, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, comme vous le voyez, nous n’avons cessé de faire des propositions responsables, pragmatiques et crédibles, contrairement à d’autres. Nous pensons qu’elles devraient être davantage écoutées, entendues et reprises. À force d’incohérences et de volte-face, vous avez perdu notre confiance, mais vous avez surtout perdu celle des Français.
M. Damien Abad (LR). Non, nous n’avons plus confiance dans un gouvernement qui devait être celui du déconfinement et qui, à la fin, nous emmène droit au reconfinement. Non, nous n’avons plus confiance dans un gouvernement à la stratégie fluctuante, aux tâtonnements permanents et aux résultats insuffisants, y compris par comparaison avec d’autres pays européens – nous pensons bien entendu à l’Allemagne.
M. Damien Abad (LR). Voilà pourquoi personne, ici, ne peut vous donner un blanc-seing. Personne ne peut vous accorder une approbation béate, pas plus que céder à l’aveuglement face aux mesures que vous avez prises. Comme toujours, nous serons une opposition responsable, une opposition vigilante, une opposition qui refusera de vous donner un blanc-seing.
M. Erwan Balanant (DEM). En démocratie, être responsable, c’est voter !
M. Damien Abad (LR). Nous ne croyons ni à la résignation ni à la fatalité. Enfermer les gens chez eux pour les protéger ne saurait être une solution durable ou renouvelable ad vitam aeternam. Nous attendons de vous des actes forts et des résultats tangibles pour sortir la France d’une triple crise, sanitaire, économique et sociale.Comme le disait avec justesse André Malraux, un monde sans espoir est irrespirable. Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, la France doit très vite retrouver le chemin de l’espérance, de la liberté, de la croissance et de la cohésion sociale. Il nous faut tourner le dos à ces confinements successifs et battre une fois pour toutes cette maladie qui nous asphyxie collectivement.Cette promesse de jours meilleurs, vous ne la tiendrez pas seuls. Si par manque d’humilité, votre gouvernement continue de rejeter les propositions de son opposition, vous vous éloignerez de la réussite. Depuis des mois, la droite formule des propositions. Il est grand temps de l’écouter pour qu’ensemble, nous puissions enfin redonner un avenir à la France et aux Français ! (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Christophe Naegelen.
M. Christophe Naegelen (UDI_I). Ce confinement, ces nouvelles restrictions vont de nouveau paralyser notre pays et son économie, et mettre une fois de plus le personnel soignant à contribution alors que depuis des mois, ces femmes et ces hommes sont sur le pont, engagés, volontaires – je tiens ici à leur rendre un hommage particulier.Vous nous avez dit, monsieur le Premier ministre, qu’augmenter le nombre de lits de réanimation ne suffirait pas. Néanmoins, ce serait le minimum nécessaire. Les Vosges, par exemple, comptent huit lits de réanimation pour 360 000 habitants – quoique nous ayons un mince espoir d’augmentation en janvier. Est-ce assez ? Quand atteindrons-nous l’objectif de 10 000 lits de réanimation ? Pourquoi avoir tant attendu ?De plus, qu’en est-il du recrutement du personnel nécessaire ? Il n’est plus question de faire des économies sur notre système de santé. Les revalorisations salariales sont une bonne chose mais c’est de professionnels supplémentaires que nous avons besoin. Prévoyez-vous enfin de créer des postes pour faire face à la deuxième vague ?Les structures privées seront-elles cette fois-ci suffisamment sollicitées ? L’hôpital public est à bout de souffle et épuisé, vous le savez. Les cliniques privées, elles, sont en attente et prêtes à aider ; elles ont des lits disponibles. Dans ce contexte, la sécurité et la santé des Français ne peuvent souffrir aucune distinction entre public et privé.Comme depuis le début de la pandémie, vous pratiquez la réaction plus que l’anticipation et certaines de vos décisions ne sont pas comprises. Vous avez imposé la fermeture des bars, des salles de sport et des discothèques mais laissé entrer les Français dans des rames de métro bondées. Des confinements localisés auraient pu être envisagés, voire l’instauration d’un confinement sur mesure pour les personnes plus fragiles ou présentant un risque plus élevé ; malheureusement, vous n’avez pas laissé place au débat sur ces sujets.Sur le plan économique, ce deuxième confinement sera catastrophique. L’industrie, le commerce, le tourisme, le monde de la culture : tous étaient suspendus aux annonces du Président de la République et à votre discours. Hélas, ils seront déçus car nous n’avons rien appris de précis ; or c’est justement de précisions qu’ils ont besoin pour préparer l’avenir. Vous ne pouvez pas, monsieur le Premier ministre, laisser place à des doutes et à des incertitudes comme ce fut le cas lors de la première vague.En effet, les grandes surfaces restent ouvertes mais vous décidez de fermer les petits commerces que vous jugez non indispensables, ce qui est non seulement vexant mais faux, surtout dans les territoires ruraux.
M. Christophe Naegelen (UDI_I). Ces commerces ont pourtant mis en place de stricts protocoles de respect des consignes sanitaires et sont loin de présenter le plus grand risque de contamination, mais à l’évidence, du fait de vos décisions, ils courent le plus grand risque de faillite.Nous entrons en période hivernale : qu’en sera-t-il de l’organisation des marchés de Noël ? Comment comptez-vous aider les exposants ? Vous dites aussi que les agriculteurs doivent continuer de travailler mais qu’en est-il de ceux qui font de la transformation et vivent grâce à ces marchés ?
M. Christophe Naegelen (UDI_I). Qu’en sera-t-il des horticulteurs et des centres équestres, laissés dans le flou lors de la première vague ? Quid des centres de loisirs en cette période de vacances ?
M. Christophe Naegelen (UDI_I). Là encore, le Premier ministre doit être précis. Le choc économique de ce nouveau confinement est et sera dévastateur.Nous attendons – les Français attendent – des mesures fortes. Il ne devra plus être question de report de charges mais d’annulations. Le prolongement annoncé de six mois du prêt garanti par l’État est insuffisant ; il faudra au moins le prolonger d’une année supplémentaire. Bien entendu, il est indispensable de maintenir le mécanisme de chômage partiel qui, soulignons-le, fut une excellente mesure. Nous devons envoyer un signal fort. Il y va de la survie de toute notre économie.On ne peut qu’espérer que ce deuxième confinement soit la solution salvatrice qui nous permettra de nous débarrasser de ce virus et de redonner aux Français toute la liberté qu’ils chérissaient avant cette crise. Pour le Gouvernement, il est plus que jamais nécessaire de faire preuve d’une grande pédagogie, d’envisager chacune des situations et d’être précis dans les réponses qu’il doit apporter. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I.)
Mme Aurore Bergé (LAREM). Protéger tous les Français : telle est la boussole qui doit guider notre action d’élus. La protection et la sécurité, voilà ce que nous devons aux Français. Cette détermination et cette exigence, nous devrions tous les incarner, tous les partager, tous les assumer.Au moment où notre pays est frappé par un attentat à Nice qui, une nouvelle fois, touche à notre identité, nous pensons aux victimes et à leurs familles. Au moment où nos forces de l’ordre sont attaquées, comme encore ce matin à Avignon, nous leur réaffirmons notre attachement et notre soutien indéfectible. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et GDR.)Alors que nous rendrons lundi, dans les écoles, un hommage à Samuel Paty et à tous les enseignants qui doivent pouvoir faire cours librement et guider nos enfants sur la voie de l’émancipation, il serait impensable que notre hémicycle se taise. Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous refusons que notre pays, notre République, notre démocratie cèdent face aux menaces, au fanatisme, aux prédicateurs, aux terroristes. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et LT.)Au moment même où notre pays fait face, comment imaginer que nous ne soyons pas capables de faire œuvre d’unité nationale pour affronter une crise mondiale, inédite, profonde et durable ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. - Exclamations sur les bancs des groupes LR et GDR.)
Mme Aurore Bergé (LAREM). Oui, nous devrions pouvoir assumer pour la protection des Français les mesures vitales et, disons-le, parfois brutales qui doivent être prises face à la crise sanitaire. Elles sont vitales car c’est de la vie des Français qu’il s’agit, quel que soit leur âge, quel que soit leur territoire. Si nous procrastinons, si nous avons la main qui tremble devant le risque de l’impopularité, alors ce sont nos concitoyens que nous enverrons en première ligne, et les soignants à qui nous dirons demain : choisissez ! Choisissez qui est prioritaire, qui peut vivre et qui peut mourir !J’entends que certains préfèrent soigner des clientèles électorales plutôt que de se donner les moyens de soigner les Français. (« Eh oui ! » et vifs applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Ce sont les mêmes qui ont voté contre l’état d’urgence sanitaire, contre les budgets permettant d’augmenter nos capacités en matière de lits de réanimation, contre la revalorisation des carrières et de la rémunération des soignants ! Contre, encore contre, toujours contre ! (« Exactement ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)Nous ne pouvons appeler les Français à la responsabilité et faillir face aux nôtres. Il y a moins de deux semaines – deux semaines ! –, le Sénat votait en faveur de la réouverture des bars et des discothèques ! Il y a moins d’un mois, des élus nous expliquaient que le virus n’était pas le même à Marseille et à Paris ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. - Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Mme Aurore Bergé (LAREM). Le Gorafi semble être parfois devenu la norme dans une partie de la classe politique française mais ce n’est pas drôle ; c’est désespérant. Merci aux faux prophètes qui savent aujourd’hui ce qu’il aurait fallu avant-hier ! Merci aux diseuses de bonne aventure qui ont tout vu et tout su avant les autres, avant les épidémiologistes, avant les scientifiques, avant les soignants ! Merci à ceux qui ont la chance inouïe d’être emplis de tant de certitudes !
Mme Aurore Bergé (LAREM). En effet, c’est insupportable ! La gestion d’une telle crise sanitaire exige du calme, du sang-froid, de l’humilité et une constante capacité d’adaptation. Au sein de notre majorité, nous ne tremblerons pas, parce que nous continuerons de protéger les Français.
Mme Aurore Bergé (LAREM). Si les mesures annoncées sont vitales, nous le savons, elles sont aussi brutales. Brutales car, si le virus tue, la crise économique fait aussi des victimes. Depuis des mois, nous sommes au cœur d’une équation impossible : sauver des vies et sauver la vie économique. Qui peut imaginer que l’on prononce de gaîté de cœur des fermetures administratives ? Qui peut imaginer que cette décision est prise sur un coin de table ou à la légère ? Elle est prise car elle est aujourd’hui la seule décision responsable.
Mme Aurore Bergé (LAREM). Je le dis aux chefs d’entreprise, aux patrons de TPE et de PME, aux artisans et aux commerçants : « vous n’êtes en rien responsables de la crise sanitaire que nous traversons. Partout, les entreprises se sont adaptées en un temps record. Elles ont protégé l’emploi de leurs salariés, participé à l’effort national, démontré leur solidarité. Elles ont mis en œuvre des protocoles sanitaires exigeants, se sont équipées et adaptées, se sont numérisées. Elles ont continué de prendre des risques et d’investir. Je comprends votre désarroi et même votre colère. Vous ne serez ni ne pouvez être les victimes collatérales d’une crise que vous n’avez ni provoquée ni accélérée. Quoi qu’il en coûte, oui, l’État sera à vos côtés. »
M. Jacques Cattin (LR). Évidemment, ça ne vous coûte rien, à vous ! Ce sont les Français qui paieront !
Mme Aurore Bergé (LAREM). La préservation des emplois et la sauvegarde des entreprises sont impératives. Aucun autre pays au monde – je dis bien aucun – n’a fait davantage pour soutenir ses entreprises et ses emplois. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Jacques Cattin (LR). Qui paie ? Dépenser l’argent des autres, ça, vous savez faire !
Mme Aurore Bergé (LAREM). Le fonds de solidarité a été simplifié, renforcé et étendu à toutes les entreprises, et cette aide sera encore amplifiée. Les exonérations de charges – je parle bien d’exonérations et non pas seulement de reports – ont été massivement renforcées. Le chômage partiel indemnisé à 100 % pour ces secteurs a été prolongé jusqu’à la fin de l’année.
Mme Aurore Bergé (LAREM). Nous le savons, cependant : trop d’entreprises, de commerces, de salles de cinéma et de spectacle ne peuvent plus faire face au paiement de leurs loyers. Le projet de loi relatif à l’état d’urgence sanitaire que nous avons voté protège les entreprises locataires contre toute expulsion. Nous voulons aller plus loin et le ministre de l’économie s’emploie à trouver dès la fin de la semaine un accord sur le paiement des loyers. Enfin, la baisse de 10 milliards d’euros des impôts de production profitera majoritairement aux PME et aux ETI. Le gain pour les PME est estimé à plus de 13 000 euros par an.Je mentionnais les salles de cinéma et de spectacle : nous savons que le monde de la culture est celui qui est le plus durement et le plus durablement touché par la crise. Les auteurs, les artistes, les créateurs nous aident pourtant à la surmonter : jamais nous n’avons eu un tel appétit culturel. Dès le déconfinement, les Français avaient plébiscité leurs libraires de centre-ville. Le Président de la République a clairement dit que les mesures de fermeture des commerces seraient revues toutes les deux semaines. La situation des libraires et des disquaires devrait être examinée en priorité. Nous ne pouvons ni ne devons laisser le champ libre aux plateformes internationales face à l’intelligence et à la qualité de conseil des libraires et des disquaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)Face à la désertion des grandes productions américaines, les distributeurs français de cinéma ont assumé les risques et programmé des films ambitieux, comme en témoigne le démarrage exceptionnel du film « Adieu les cons » – vaste programme, aurait dit le général de Gaulle, surtout en cette période. Les opéras, les musées, les théâtres, les salles de cinéma et de spectacle avaient adapté leur jauge, déployé des protocoles sanitaires figurant parmi les plus exigeants, adapté leurs horaires, inventé de nouvelles formes artistiques, retrouvé et renouvelé leur public. Ces efforts inouïs ne seront pas vains.Ce nouveau confinement est un crève-cœur. Un crève-cœur pour les publics mais surtout pour les milliers de femmes et d’hommes pour qui tout s’arrête à nouveau avec une brutalité inouïe. Des milliers d’artistes, d’auteurs, de créateurs sont menacés dans leur condition de vie même, pour les plus précaires. Nous serons là pour eux, pour qu’ils continuent d’exercer leurs métiers.Au printemps, le monde de la culture a déjà bénéficié de plus de 5 milliards d’euros de mesures d’urgence, dont près de 1 milliard au titre de l’année blanche pour les intermittents du spectacle.Lors des premières mesures de couvre-feu, des mécanismes de soutien ont été mis en place à hauteur de 115 millions d’euros, pour la musique, le théâtre et les intermittents qui ne sont pas pris en charge par d’autres dispositifs ; pour le cinéma afin de soutenir tant les distributeurs que les exploitants. La hausse de près de 5 % du budget de la culture, obtenue par Mme Bachelot, et les 2 milliards d’euros du plan de relance sont des preuves manifestes d’un engagement inédit et massif. Nous le savons, il devra s’inscrire dans la durée. Là encore, les députés de la majorité seront au rendez-vous.Enfin l’économie ne doit ni s’arrêter ni s’effondrer. Nous le savons, les jeunes sont les plus touchés par la crise économique. Sept cent mille d’entre eux arrivent chaque année sur le marché du travail. Ils ne seront pas une génération sacrifiée. Notre pays peut être fier de sa jeunesse. Plutôt que d’opposer les générations, plutôt que de demander que l’on confine les plus âgés ou que l’on soit plus sévère avec les plus jeunes, comme si l’effort collectif ne reposait que sur quelques-uns, nous croyons à la force d’une société fraternelle. Cette génération si souvent caricaturée a démontré sa force, sa résilience et sa solidarité.
Mme Virginie Duby-Muller (LR). Arrêtez avec ce bla-bla inepte sur la résilience ! Ce n’est plus possible !
Mme Aurore Bergé (LAREM). Parmi les plus de 300 000 jeunes qui se sont spontanément portés volontaires sur la plateforme jeveuxaider.gouv.fr, 40 % avaient moins de trente ans. Cinquante-huit mille jeunes en service civique ont transformé leur mission pour contribuer à l’effort national contre la pandémie. Le plan « Un jeune, une solution » propose des solutions concrètes pour soutenir leur insertion professionnelle durable, avec des compensations de charges et des aides exceptionnelles pour recruter des alternants en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation.Notre jeunesse ne doit pas être entravée. Personne ne veut être une génération covid qui serait synonyme de morosité et d’anxiété. Vivre avec le virus, c’est vivre et c’est garder intact notre esprit de conquête.
Mme Aurore Bergé (LAREM). Bernanos disait que c’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à température ambiante. Quand la jeunesse refroidit, le reste du monde claque des dents.
M. Aurélien Pradié (LR). Vous osez citer Bernanos ! Et vous le citez mal en plus, faute de savoir lire !
M. Pierre Cordier (LR). « Ambiante » ne veut rien dire dans cette phrase !
Mme Aurore Bergé (LAREM). Nous ne claquerons pas des dents. La crise ne peut pas nous conduire à renoncer, à nous assoupir, à nous engourdir. Face aux menaces que notre pays subit, face au terrorisme islamiste, face à ceux qui veulent nous séparer, nous diviser…
M. Aurélien Pradié (LR). Quel rapport ? Cette instrumentalisation est ignoble !
Mme Aurore Bergé (LAREM). …nous opposer, la crise doit au contraire révéler partout la force qui est celle de notre pays parce que nous sommes la France. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Jacques Gaultier.
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Merci d’être revenu parmi nous, monsieur le Premier ministre. Mes chers collègues, dans ces circonstances effroyables, il est difficile de poursuivre ce débat, difficile de regarder ailleurs que vers Nice, et même Avignon. Une fois de plus, c’est Marianne qu’on décapite. Nous ne pouvons plus nous contenter d’hommages, de minutes de silence. Mais puisqu’il faut poursuivre, poursuivons, en serrant les dents, en serrant les poings, en pensant très fort à Nice, à ses victimes et à ses forces de l’ordre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur de nombreux bancs des groupes LaREM et Dem.)Mes chers collègues, en médecine comme en politique, le temps perdu, hélas ! ne se rattrape pas : manque de préparation, manque d’anticipation…
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Communication brouillonne, voire insincère et contradictoire au sein même du Gouvernement. Souvenons-nous des déclarations d’Agnès Buzyn le 17 mars, le jour même du premier confinement : « On aurait dû tout arrêter » ; « c’était une mascarade » ; « je savais, je pleurais » ; « j’ai prévenu le Premier ministre Édouard Philippe dès le 30 janvier ».
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Multitude de déclarations, multitude d’experts sur les plateaux, mais aussi multitude d’agences : Santé publique France, l’Agence nationale de sécurité du médicament, la Haute autorité de la santé, le Haut conseil de la santé publique, le conseil scientifique.
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Mais en parallèle un secteur privé tout entier sous-utilisé au début de la crise en mars. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. - M. Jean Lassalle applaudit également.)
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Oubliées les cliniques privées, avec pourtant un potentiel de 4 000 lits de réanimation. ( « Eh oui ! » sur les bancs du groupe LR. - « Mais non ! » sur les bancs du groupe LaREM. ) Oubliés les médecins généralistes et la médecine de ville, qui représente pourtant plus de 90 % des actes de soins. (Mêmes mouvements.) Oubliés les laboratoires privés (Mêmes mouvements.) Si messieurs ! Ils ne seront autorisés à tester que le 8 mars. (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). À l’époque, les tests étaient réservés à l’hôpital. Ils n’ont été certifiés et commercialisés qu’à partir du 18 mars, au début du premier confinement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)Oubliés aussi les laboratoires départementaux…
M. Rémy Rebeyrotte (LAREM). Et vous, vous avez oublié de faire sauter le numerus clausus !
M. Thibault Bazin (LR). Vos anciens camarades socialistes ne l’ont pas fait non plus !
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Mes chers collègues, ce n’est pas en élevant le ton que vous allez élever le débat ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) L’hémicycle est le lieu de la démocratie parlementaire : souffrez les oppositions, voire les critiques.
M. Rémy Rebeyrotte (LAREM). Heureux de faire votre connaissance, monsieur Voltaire !Ces laboratoires départementaux, pourtant équipés pour effectuer ces tests PCR, ont dû attendre plusieurs semaines avant d’y être autorisés. Aujourd’hui encore, certains ne sont pas conventionnés par les ARS.Parlons-en de ces ARS, le plus souvent sans lien avec les élus et les territoires, organes de production de normes et de régulation budgétaire hospitalo-centrées et peu adaptées à la gestion de crise.
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Oubliés aussi les pompiers et les SDIS, non associés malgré la saturation du « 15 ». Oubliés les services d’aide à domicile.Comment enfin ne pas revenir sur le drame des EHPAD – 50 % des morts. Ce fut véritablement l’angle mort du début de la crise. Livrés à eux-mêmes, c’était « silence on meurt » à huis clos, sans famille, sans obsèques.
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Des EHPAD sous-équipés et sous-testés : agents et résidents ne seront systématiquement testés qu’à partir du 6 avril. Comme le montrent les auditions de la commission d’enquête parlementaire et le rapport du professeur Pittet, nommé par le Président de la République lui-même, il y a eu des défaillances stratégiques et opérationnelles sur les masques, sur les tests.En tant que médecin, j’ai vu et vécu, au début de l’épidémie, l’échec des masques et des tests. L’État, à la fois omnipotent et impuissant,…
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). …dont le niveau de dépenses publiques est le plus élevé des pays développés, n’avait pas de masques et de tests ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. Jacques Cattin (LR). Et aujourd’hui il n’a pas de vaccin contre la grippe !
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). Il y en avait pourtant 1,4 milliard en 2012 – 600 millions de FFP2, 800 millions de masques chirurgicaux : où étaient-ils en janvier 2020 ? Pourquoi ne pas avoir surveillé et réalimenté les stocks avant l’épidémie ? La santé est une mission régalienne et le stock stratégique de masques est sous la responsabilité de l’État et du ministre de la santé.La ministre de la santé Agnès Buzyn avoue s’être posé la question des stocks de masques le 24 janvier 2020. Son conseiller santé avoue que cela n’a jamais été un sujet prioritaire. Quant au Premier ministre Édouard Philippe, il avoue n’avoir jamais entendu parler des masques avant la crise et n’avoir jamais été alerté à ce sujet.J’ai vu et vécu l’échec des tests, interdits à tous les laboratoires et à tous les patients au début, puis désorganisant et usant les laboratoires, testant à tout va. J’ai vu et vécu l’échec de stop covid, le débordement des équipes chargées du contact et du traçage face à l’explosion de cas et les défaillances dans l’isolement des cas positifs, les étrangers entrant sur le territoire sans être testés et le bazar aux aéroports.Certes, le confinement pourrait briser l’épidémie, comme lors de la première vague, mais comme la vague, l’épidémie se brise sur ce qu’elle brise : tout ce qui est atteint est détruit. L’adage de Montherlant vaut aussi pour le confinement.L’unité nationale n’est pas l’absence de critiques, monsieur le Premier ministre : il faut savoir pourquoi et comment on en est arrivé là…
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). …à ces carences de masques, de tests, de respirateurs, de lits de réanimation, de personnels. Le reconfinement est par définition une solution ultime et donc un échec : c’est l’échec de votre gestion de la crise et parce que vous étiez, monsieur le Premier ministre, « M. déconfinement », cet échec est aussi le vôtre.Le pays devait être prêt pour la deuxième vague nous avait-on dit le 14 juillet dans une interview très officielle, deuxième vague d’ailleurs annoncée par le professeur Delfraissy, président du conseil scientifique, dès le 18 juin. Le reconfinement était disproportionné, devait être évité, selon les dires du Gouvernement et du Président de la République.Hier impensable, il est aujourd’hui nécessaire et il sera fait demain. On nous demande de voter sans pouvoir les amender des mesures déjà entérinées et annoncées par le Président de la République. On nous demande de voter la confiance mais nous n’avons plus confiance depuis le début de cette épidémie. La plupart des mesures proposées par les députés du groupe LR et rappelées par le président Abad n’ont pas été retenues.C’est pourquoi, à titre personnel, j’aurais voté contre, non pas contre le confinement, dont je sais en tant que médecin qu’il est inéluctable et nécessaire aujourd’hui…
M. Jean-Jacques Gaultier (LR). …mais contre votre gestion de la crise. Mais dans ces circonstances effroyables où notre pays est à nouveau meurtri par le terrorisme aveugle, ne souhaitant pas ajouter la crise à la crise, notre groupe a décidé de ne pas prendre part au vote : pas aujourd’hui et pas comme ça ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. - Mme Frédérique Dumas applaudit également.)
M. le président (LAREM). Je propose que chacun sur tous les bancs se souvienne de la maxime de M. Gaultier : hausser le ton n’élève pas le débat.
M. Sébastien Jumel (GDR). Vous avez entendu, chers collègues du groupe LaREM ?
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Albane Gaillot.
Mme Albane Gaillot (NI). Monsieur le président, mesdames et messieurs les ministres, mes chers collègues, je prends la parole au nom des députés du collectif Écologie démocratie solidarité.
M. Marc Le Fur (LR). Ce groupe n’existe plus, monsieur le président !
Mme Albane Gaillot (NI). Nous adressons tout d’abord notre soutien aux victimes, à leurs familles, aux Niçois ainsi qu’aux forces de l’ordre et de secours qui font une nouvelle fois face à l’horreur.Le contexte sanitaire est tel que le Président de la République a décidé, après consultation d’un certain nombre d’acteurs, des mesures de confinement strictes, mesures qu’il faut saluer car nécessaires.Vous êtes venu devant nous ce matin, monsieur le Premier ministre, les présenter pour que nous en débattions. La représentation nationale, élue par le peuple français, serait donc réduite à n’être consultée qu’a posteriori, par pur formalisme ? À participer à un débat en application de l’article 50-1 qui n’a de débat que le nom ?« Nous vivons avec ce fléau. Nous sommes en guerre contre lui », ce sont les mots du Gouvernement. Nos soignants, à bout de souffle, sont en première ligne. Nous devons donc être unis et cela commande de choisir le dialogue et la concertation avec les élus de la Nation plutôt que le refuge de la simple approbation.Nous voulons toutes et tous, dans cet hémicycle, participer pleinement à la vie démocratique de notre pays. C’est le fondement de l’État de droit. Il y va du fonctionnement de notre démocratie.Avant de parler de demain, j’aimerais revenir sur les mois que nous venons de vivre. À partir des enseignements du passé et du présent, nous construirons un avenir plus fort. Nous le devons à celles et ceux qui sont touchés, parfois jusque dans leur chair, par cette crise. Je pense notamment aux personnels soignants qui luttent sans relâche, jour et nuit, et sont frappés de plein fouet par cette deuxième vague qui fragilise encore plus notre système de santé.Dans ce contexte très particulier, je pense aux enseignants et à leurs élèves. Connaissant l’impact désastreux du confinement sur les décrocheurs, je me réjouis que, cette fois, les établissements scolaires restent ouverts. Mais je m’interroge sur les conditions d’enseignement ; n’aurions-nous pas pu procéder à l’embauche massive de professeurs et réformer l’enseignement à distance, afin qu’il soit plus efficace ?Je pense aussi aux plus précaires, ainsi qu’à celles et ceux que la crise a jetés dans une précarité dont on ne connaît pas encore les contours, mais que l’on devine immense. Que faisons-nous pour eux ? Il nous faut par exemple envisager la prolongation des droits pour les chômeurs dont l’indemnisation va cesser pendant le confinement, en particulier s’agissant des intermittents du spectacle, très durement touchés, comme tous les acteurs du monde de la culture. Il nous faut aussi renforcer notre soutien aux associations de distribution de denrées alimentaires.
Mme Albane Gaillot (NI). Nous devons accorder des aides exceptionnelles au paiement des loyers et soutenir massivement l’hébergement d’urgence, qui a vu son nombre de bénéficiaires exploser. La solidarité nationale ne peut laisser personne sur le bas-côté. Je pense aux jeunes que l’on rend souvent coupables de la diffusion du covid, et dont certains, qui ont perdu leur petit boulot, n’ont plus que 2 euros par semaine pour manger. Enfermés dans leur chambre d’étudiant de 9 mètres carrés, avec pour seul compagnon leur ordinateur, ils subissent les effets psychiques du confinement, qui pour eux est synonyme d’isolement.En France, en 2020, la jeunesse est bien un facteur de précarité, et il n’est pas seul.La précarité touche en effet particulièrement les femmes, qui ont été en première ligne tout au long de la crise sanitaire, et qui sont malheureusement les premières victimes du confinement. Car le confinement n’est pas synonyme de sécurité ni de mise à l’abri pour les femmes victimes de violences conjugales ; la maison peut rapidement devenir le lieu du danger et de l’intensification des violences, comme l’a montré, au printemps, la hausse de 32 % des interventions des forces de l’ordre au domicile pour violences conjugales.La seule mesure garantissant une mise en sécurité des femmes et de leurs enfants est l’éviction de l’agresseur. Nous devons dès à présent procéder à la réservation de places dans les hôtels pour les auteurs de violences. Les femmes ne doivent pas être les grandes oubliées de la crise sanitaire. La pénurie de médecins ne doit pas entraîner un moindre accès à l’IVG. Rappelez-vous : les associations et les professionnels de santé ont été nombreux à nous alerter, nous parlementaires, sur la baisse de fréquentation des centres de planification familiale et sur le dépassement des délais légaux. En mars 2020, la situation était déjà inédite en ce domaine. Or qu’avons-nous de plus à proposer aujourd’hui à toutes ces femmes confinées ? De nouvelles mesures d’urgence et temporaires ? La menace qui pèse sur le droit à l’avortement n’est pas que contextuelle, elle est permanente. Notre réponse doit l’être aussi ; notre législation doit changer.Mais ce n’est pas le temps du bilan ni celui des polémiques ; c’est le temps de faire face ensemble. Cela sera dur mais nous y arriverons, en faisant front commun et en ne laissant personne de côté. En responsabilité, je voterai en faveur de la déclaration du Gouvernement et je sais que les députés du collectif Écologie démocratie solidarité feront de même dans leur grande majorité. (Mme Paula Forteza applaudit.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Coralie Dubost.
Mme Coralie Dubost (LAREM). Permettez-moi d’abord de saluer Christophe Castaner, notre président de groupe, qui nous regarde aujourd’hui.La covid nous attaque dans ce que nous avons de plus intime ; elle s’immisce dans notre rapport à autrui, à nos proches, comme elle s’immisce dans nos valeurs les plus profondes, les plus ancrées, celles qui font de nous des citoyens français, européens et fiers de l’être – nos libertés. En percutant des siècles de construction de nos fondamentaux qui infusent dans nos modes de vie, tels que la liberté d’aller et venir, la liberté de réunion, la liberté de se déterminer ou de se projeter, la covid ne nous met pas seulement à rude épreuve physique et sanitaire ; elle nous met aussi à rude épreuve sur les plans humain, social et fraternel.Ne nous leurrons pas. Ne vous laissez pas leurrer. Personne ici ne se réjouit de modifier ce qu’il y a d’essentiel dans sa vie. Personne ne se réjouit de demander aux Français de modifier leur mode de vie. Personne n’aurait pu imaginer un monde si bouleversé, ni qu’il le soit si longtemps. Pourtant, le réel est là. La covid est là, patiente, déterminée, rusée, elle guette nos relâchements individuels comme collectifs. Ne lui laissons pas cette option. Ne nous leurrons pas et ne leurrons pas les Français.Le Président de la République l’a dit très clairement hier soir : nous refusons d’opposer la santé et l’économie. En d’autres termes, nous refusons d’opposer liberté et fraternité. Notre devise est comme notre République, une et indivisible. Que vaudrait ma liberté au prix de la vie de mon voisin, de mon collègue, de la vôtre, mes chers collègues, de celle de mon ami, de mon parent ? Quel est donc le prix de cette liberté ? Perdre jusqu’à 400 000 de nos concitoyens ? Non. La démocratie, ce n’est pas cela. La France, ce n’est pas cela. Faire société, ce n’est pas cela. Soyons dignes et fiers de mettre en actes des mots écrits par Saint-Exupéry : « Une démocratie doit être une fraternité ; sinon, c’est une imposture. »Alors, l’imposture… Nous avons entendu certains à plusieurs reprises, dans cet hémicycle ou face à d’autres caméras, invoquer une atteinte à l’État de droit et à la démocratie pour qualifier la gestion de crise sanitaire. Ce n’est pas sérieux. Je n’ose même pas croire qu’ils y ont eux-mêmes cru. Faisons le point sur cette question en toute transparence. Nous pouvons l’aborder de deux façons, l’une formelle et l’autre substantielle.L’État de droit, d’un point de vue formel, désigne un État au sein duquel les pouvoirs publics œuvrent en respectant les lois fondamentales. Or que s’est-il passé depuis le début de la crise sanitaire ? Le Parlement a-t-il été empêché ? N’avez-vous pu discuter des textes, des mesures, critiquer le Gouvernement, la majorité ? Franchement, collègues, nous n’avons cessé de nous réunir et de parlementer.
Mme Coralie Dubost (LAREM). Cinq projets de loi relatifs à l’état d’urgence sanitaire ont été soumis au Parlement. À chaque fois, les ministres concernés ont pu prendre bonne note de toutes nos observations. Une mission d’information sur la crise sanitaire a été créée, puis transformée en commission d’enquête. L’instauration du confinement a donné lieu à un débat en application de l’article 50-1 de la Constitution et a été approuvée par le Parlement – enfin, par la majorité. Une mission d’information sur le dispositif juridique de l’état d’urgence sanitaire lui-même a également été créée, afin de tirer toutes les conséquences de son usage pour les générations à venir. Les questions au Gouvernement ont été maintenues, vingt-sept séances au cours desquelles vous avez eu tout loisir de poser des questions sur la gestion de la crise. Un contrôle parlementaire des actes d’administration a été opéré sous l’égide de la commission des lois, dont je remercie la présidente pour sa diligence. La commission a également assuré le suivi les questions prioritaires de constitutionnalité – QPC – et des ordonnances, qui sont accessibles à tous en ligne ; vous pouvez les consulter.Qui dit QPC, arrêts, décisions, dit aussi tribunaux. Les centaines de mesures mises en œuvre dans tous les territoires pendant les huit mois de gestion de crise ont-elles toutes été parfaites ? Bien évidemment, non. Des tribunaux administratifs ont-ils corrigé des arrêtés ? Oui. Et donc, quelles conclusions en tirer ? Notre institution judiciaire et administrative fonctionne. Les actes de l’exécutif sont bien contrôlés. Ce matin encore, le simple fait que vous puissiez émettre des critiques, à l’occasion de la nouvelle mise en œuvre de l’article 50-1, est bien la garantie du respect de nos chambres par le Gouvernement.
Mme Coralie Dubost (LAREM). Résumons : débats et votes parlementaires multiples ; contrôles parlementaires multiples ; décisions des tribunaux multiples. Comment pourriez-vous encore nier la continuité des institutions ? Cela n’est ni juste ni sain pour notre démocratie.Vous connaissez le désarroi de nos concitoyens dans cette crise épidémique sans précédent ; les difficultés économiques qui guettent nombre d’entre eux ; le contexte effroyable dans lequel nous nous trouvons, marqué par les attentats et la défiance de chefs d’États étrangers qui remettent en cause nos valeurs fondamentales. Ce matin à Nice, à Avignon, c’est encore l’effroi. Le groupe La République en marche apporte évidemment tout son soutien aux victimes, aux habitants et aux forces de l’ordre.Dans une telle période, forcément historique, où la démocratie française est attaquée de diverses façons par des ennemis multiples, ce n’est évidemment pas le moment d’agiter des peurs et des doutes. Les Français ont besoin de nous tous – comme fin mars, lorsque j’étais ici avec vous, en présence de tous les représentants des oppositions, pour débattre de la première application de l’état d’urgence sanitaire. Je me souviens du sérieux de cette assemblée, de la gravité perceptible sur tous les visages, dans tous les mots. Nous avons alors élaboré des dispositifs de façon transpartisane. J’étais si fière de notre assemblée, de nos oppositions ; si fière de notre démocratie, de la capacité de représentants politiques de tous bords à prendre la mesure des difficultés d’une nation et à trouver ensemble des solutions.Que s’est-il passé depuis ? Pourquoi certains ont-ils cédé ? Nous avons besoin les uns des autres. Dans la société comme dans l’hémicycle, nous devons surmonter nos divergences dans l’intérêt général. Nous voulons travailler avec vous – vous responsables, mesurant la gravité du moment –, en sortant du jeu des polémiques partisanes. Certains ont gardé la tête froide et je tiens à remercier ceux qui, sur les bancs de l’opposition, ont voté samedi l’état d’urgence sanitaire et ceux qui voteront ce matin le soutien au Gouvernement au moment de prendre ces mesures d’urgence. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
M. Stéphane Peu (GDR). Vous mélangez tout ! Il ne s’agit pas de voter la confiance au Gouvernement !
Mme Coralie Dubost (LAREM). Derrière les mots, entendez un vœu : qu’à la sortie de cette crise, il nous soit donné de saluer les membres des oppositions qui, à la veille de la deuxième vague épidémique, auraient fait preuve de lucidité, de courage et de responsabilité en accompagnant les mesures du Gouvernement pour protéger les Français.
M. Stéphane Peu (GDR). Vous semblez ne vraiment pas vouloir que l’on vote pour !
Mme Coralie Dubost (LAREM). Quant à la qualité substantielle de l’État de droit, sa capacité à garantir nos droits, libertés et valeurs fondamentales, je l’ai évoquée de façon liminaire : elle passe par la garantie du triptyque « liberté, égalité, fraternité ». Dans le contexte de la covid, c’est quasiment un défi de civilisation. Parce que c’est précisément l’exercice de nos libertés fondamentales qui permet à l’épidémie de se propager, c’est forcément leur aménagement qui nous permettra de l’endiguer. Comment l’accès aux soins serait-il garanti si nos hôpitaux étaient définitivement saturés ? Où est la fraternité quand certains proposent de laisser circuler le virus ? La nature devrait-elle décider de qui doit vivre ou mourir ? Ce serait une terrible régression de la civilisation, et ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la France.Plutôt que de nous focaliser sur les restrictions nécessaires au combat contre ce virus, nous pouvons aussi regarder ce que notre démocratie a produit de bon pendant ces premiers mois d’état d’urgence sanitaire. Des innovations ont eu lieu dans la protection des droits des femmes et des familles ; les mesures fortes décidées par le Gouvernement en mars ont permis de véritables progrès de l’action publique en la matière. Ces mesures doivent perdurer. Nous connaissons votre attention à ce sujet, monsieur le Premier ministre ; le groupe La République en marche et la délégation aux droits des femmes y resteront très attentifs.Les innovations ont aussi concerné l’accès aux soins, avec la téléconsultation et l’augmentation rapide des capacités hospitalières. Citons aussi l’innovation industrielle, avec la transformation de lignes de production pour participer à l’effort de la nation, ou encore l’innovation européenne, au travers de la conclusion d’accords inédits : création d’une dette souveraine, transferts de technologies, accueil de patients, recherche mutualisée, coordination progressive des critères des tests sanitaires, projet de relocalisation de l’industrie du médicament. Enfin, à l’Assemblée même – le mérite vous en revient, cher président –, soulignons l’innovation en matière de démocratie numérique au Parlement. J’espère d’ailleurs que nous pourrons continuer à tenir des réunions par visioconférence, dont l’expérimentation a montré qu’elles étaient aussi utiles que productives.Nos droits et capacités à faire société n’ont-ils pas évolué pendant cette crise ? Bien sûr que si. L’épreuve est terrible, mais comme dans toute crise, des graines d’avenir meilleur ont été semées. Notre devoir est de les reconnaître, de saluer la créativité des Français, l’audace des territoires et le courage du Gouvernement.Aujourd’hui témoins de la propagation d’un virus qui tente de s’inscrire durablement dans notre existence, nous pouvons, par notre patience et notre détermination, être demain les auteurs de la victoire de la civilisation sur une pandémie. Montaigne, Nietzsche et Pic de la Mirandole ont en partage de fonder l’essence de la liberté, de la dignité et de la puissance de l’homme sur sa capacité de métamorphose. Alors transformons l’essai. Puisons dans notre capacité collective de métamorphose. Passons un cap ; passons d’une société du soi à une société du soin. Le groupe La République en marche soutiendra les mesures de fraternité proposées par le Gouvernement. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. Saïd Ahamada (LAREM). Nous vivons un moment pour le moins particulier, un de ces moments qui marquent un homme, un député, mais aussi, évidemment, nos concitoyens, notre pays et notre nation tout entière ; un de ces moments qui en disent long sur ce que sont nos fondamentaux et sur la façon dont nous entrerons collectivement dans l’histoire.Celles et ceux qui nous ont précédés dans cet hémicycle, sur les champs de bataille, devant des générations d’écoliers, qui ont tout simplement mis leurs forces au service de la construction ou de la reconstruction de notre pays, nous ont légué une certaine idée de la France : une idée de la France qui veut que l’on ne laisse pas les Français sur le bord du chemin, une idée de la France qui veut que l’on s’occupe des plus âgés, des plus pauvres, des plus fragiles, qu’en tout temps une main leur soit tendue. Cette main tendue doit être la main de la République.
M. Saïd Ahamada (LAREM). Plus que jamais en cette période de crise sanitaire, je voudrais vous parler de ceux dont on parle peu, ceux que vous ne verrez pas sur les plateaux de télévision. Ils nettoient nos bureaux, nos écoles et nos rues ; ils labourent nos champs (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM ainsi que sur quelques bancs du groupe Dem), élèvent nos bêtes, livrent nos supermarchés ; ils soignent nos anciens, nos malades. Ce sont ces Français des classes moyennes et populaires qui travaillent à ce que notre pays tienne, qui ont le rôle vital d’en assurer l’intendance. Qu’ils en soient remerciés ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)Comme vous le savez, ces mêmes Français, depuis le début, sont les plus touchés par la pandémie. Nombre d’entre eux seront atteints par la deuxième vague qu’il nous faut affronter. Ils rencontrent des problèmes de santé plus importants, notamment en matière de diabète et de maladies cardiovasculaires, ce qui leur fait courir davantage de risques en cas d’exposition à la covid-19. Ils sont souvent logés dans des conditions difficiles : l’exiguïté des habitations rend problématiques le confinement ou l’isolement d’une personne contaminée. À Marseille, monsieur le Premier ministre, dans une cité HLM, qui veut s’isoler des autres membres de sa famille en est réduit à dormir dans la baignoire ou sur le balcon !En outre, la covid-19 fait ressortir une réalité : l’espérance de vie des Français les plus modestes est inférieure à celle des Français les plus aisés. Un cadre de 35 ans peut espérer vivre six ans de plus qu’un ouvrier du même âge. Certes, nous avons enregistré des avancées en matière d’accès aux droits, d’accès aux soins ; force est de constater que l’espérance de vie augmente pour tous les Français et que les écarts entre classes sociales diminuent. Mais ils n’en subsistent pas moins, et l’arrivée de la covid inflige aux plus modestes ce que l’on pourrait appeler une double peine.Nous avons donc un devoir de solidarité nationale envers les plus fragiles. Cette solidarité se traduit notamment par le fait de limiter autant que possible le report d’actes médicaux en vue de libérer des lits destinés aux malades touchés par la covid. Il faut aussi tout faire pour que le moins possible de Français doivent se rendre aux urgences en raison de cette pandémie. Cette solidarité constitue une priorité pour le Gouvernement comme pour notre majorité : lors de la première vague, nous avons pris toute une série de dispositions visant à soutenir nos concitoyens les plus précaires.Le Premier ministre vient d’annoncer de nouvelles actions, de nouvelles mesures destinées à éviter que davantage ne basculent dans la pauvreté. Plus de 2 milliards d’euros sont mobilisés en vue d’une aide exceptionnelle aux plus fragiles, entre autres aux bénéficiaires des minima sociaux et aux jeunes. Les réseaux de solidarité, associations, banques alimentaires, qui assurent le maillage de notre territoire, seront également soutenus par l’exécutif dans leur accompagnement des plus démunis. La solidarité, c’est cela : les mesures concrètes prises par notre majorité, les actes des Français qui, au quotidien, viennent en aide aux plus fragiles, pour ne laisser personne sur le bord du chemin.Cette solidarité nationale passe aussi par le respect des décisions que prennent ceux qui nous gouvernent, encadrées par nos textes, par notre Constitution, par nos lois. Elle demande que lorsqu’une décision est prise, nous parlions d’une seule voix. Cela ne signifie pas que les oppositions doivent se taire, bien au contraire : faites-vous entendre en amont de la décision, donnez votre avis ! Mais en pleine pandémie, nous devons faire confiance à nos institutions et à ceux qui les incarnent. Remettre en cause des décisions de santé publique, comme je l’ai vu faire à Marseille, ne profite à personne et n’a pour conséquence que de démonétiser la parole publique, de saper l’autorité, de laisser croire aux Français qu’il serait possible de ne pas respecter les consignes. C’est irresponsable !Notre idée de la France, héritée de ceux qui nous ont précédés, est indissociable de l’égalité des chances, rendue possible à l’origine par l’abolition des privilèges, mais aussi et peut-être surtout par l’enseignement gratuit et obligatoire. Député, ancien haut fonctionnaire, issu de l’immigration comorienne et des quartiers nord de Marseille, je suis ce que je suis grâce à ma famille, mais aussi grâce à l’école de la République, grâce à des enseignants dont je ne saluerai jamais assez le dévouement. Nous avons tous en tête un ou plusieurs enseignants qui nous ont marqués par leur bonté, leur gentillesse. Je me souviens de Mme Lucas, qui lorsque j’étais hospitalisé, en classe de CM 2, est venue presque tous les jours me faire cours pour que je n’aie pas à redoubler. Je suis quasiment certain que, si je la revoyais, elle ne se souviendrait pas de moi : ce qu’elle a fait pour moi, elle a dû le faire pour bien d’autres, tirant ainsi vers le haut toute une génération d’écoliers qui le méritaient. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem et sur plusieurs bancs des groupes SOC et UDI-I.) Je veux rendre hommage à l’abnégation, au dévouement de ces enseignants dont Samuel Paty est devenu l’emblème, qui jour après jour, génération après génération, font vivre la République dans les esprits et dans les cœurs. C’est parce qu’ils jouent un rôle indispensable que je salue la décision de maintenir ouverts les écoles, les collèges et les lycées, dans le respect des règles sanitaires. Il faut nous rendre compte de la place éminente qu’occupe l’institution scolaire dans nos territoires, dans nos quartiers. L’un de mes collègues du groupe La République en marche me demandait récemment un exemple de quartier où il n’y aurait de service public que l’école : je lui ai répondu que j’aurais du mal à trouver un exemple du contraire. Dans certains territoires, l’école constitue le seul lien des enfants avec l’extérieur, le seul lieu ouvert sur le champ des possibles. Fermer les écoles, c’est fermer leurs esprits ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)En ces temps où elle est menacée de toute part, nous devons tout faire pour maintenir le lien des enfants avec notre République. Par ailleurs, dans cette crise sans précédent, nos enfants n’ont que trop souffert du premier confinement, qui leur a coûté des semaines de cours. Ce que peuvent supporter des enfants dont les parents connaissent les codes, ou sont disponibles, n’est pas supportable pour ceux qui ne bénéficient pas de cet accompagnement, c’est-à-dire, encore une fois, pour les moins favorisés. (M. Jean-Luc Mélenchon applaudit.) C’est à la fois parce que nos enseignants jouent un rôle indispensable et parce que nous devons préserver au mieux l’avenir des générations futures que les écoles, collèges et lycées doivent rester ouverts. Nous ne devons pas compromettre l’avenir de notre jeunesse. Malgré les difficultés passées, les difficultés futures, même si nous n’avons pas la réponse à tous les problèmes qui surviennent ou qui pourraient survenir, nous nous tenons unis face à cette crise. Grâce à vous, grâce à nous, nous en sortirons plus forts que nous n’y sommes entrés : c’est pourquoi je vous demande un vote favorable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Mme Marguerite Deprez-Audebert applaudit également.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Monsieur le président de l’Assemblée nationale, vous l’avez rappelé avant d’interrompre notre séance : un attentat ignoble a été commis ce matin.
M. Jean Castex. En la basilique Notre-Dame, à Nice, aux alentours de neuf heures, trois de nos compatriotes ont été assassinés à l’arme blanche dans des circonstances abjectes. En ces moments tragiques, nos premières pensées vont à leurs familles, à leurs proches, aux paroissiens, mais aussi, plus largement, à toute la communauté catholique, frappée à dessein en plein cœur. Je veux leur dire ici que la nation partage leur douleur et leur immense émotion. Cette attaque aussi lâche que barbare endeuille le pays tout entier.Je veux aussi, mesdames et messieurs les députés, saluer devant vous l’intervention immédiate de nos forces de sécurité intérieure (Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent longuement) : la police nationale, le RAID, et tout particulièrement les policiers municipaux de Nice, qui ont procédé à une neutralisation très rapide de l’assaillant. En votre nom, je salue leur courage exemplaire, leur sang-froid et leur très grand professionnalisme.Dès mon départ de l’Assemblée nationale, je me suis rendu au ministère de l’intérieur, à la cellule de crise présidée par le Président de la République, pour faire le point sur ces faits ignobles. Le Président de la République s’est rendu sur place. Le procureur national antiterroriste s’est saisi du dossier. La réponse du Gouvernement sera ferme, immédiate, implacable. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Mme Béatrice Descamps applaudit également.) J’ai d’ores et déjà décidé de porter le plan Vigipirate au niveau « urgence attentat » dans l’ensemble du territoire national. Le Président de la République a convoqué pour demain matin un conseil de défense et de sécurité nationale.
M. Meyer Habib (UDI_I). C’est une réaction disproportionnée !
M. Jean Castex. Ces faits ne m’ont pas permis, à mon grand regret, d’écouter toutes vos contributions, mais leur contenu m’a été rapporté. Je voudrais tout d’abord, mesdames et messieurs les députés, vous en remercier. Des critiques ont été émises, des questions ont été posées : c’est tout à fait légitime.
M. Jean Castex. Des encouragements ont également été formulés, et je voudrais remercier tout particulièrement la majorité parlementaire, qui nous a montré son unité et son soutien. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Compte tenu de mes fonctions, il ne m’appartient pas de polémiquer : je souhaite néanmoins vous dire que, dans la gestion de cette crise, nous apprenons chaque jour ; que ceux qui croient à des recettes miracle ou recourent à des formules péremptoires sont bien loin d’imaginer la complexité du sujet qui nous occupe. (Mme Pascale Boyer applaudit – MM. Aurélien Pradié et Pierre-Henri Dumont protestent.) Ceux qui mesurent cette complexité, ce sont mes homologues européens,…
M. Jean Castex. …qui, comme moi, gèrent la crise au quotidien. Je vous le dis en toute simplicité : si nous avons raté le déconfinement, alors il a été raté partout ; car partout, la réalité est la même. La flambée épidémique exceptionnelle de la deuxième vague est partout, hélas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Jean Castex. Partout, elle produit les mêmes effets et conduit aux mêmes décisions.Que je sache, il n’y a pas qu’en France que l’on ferme les hôtels, les cafés, les restaurants, les salles de spectacles :…
M. Pierre Cordier (LR). Pas de polémique, monsieur le Premier ministre !
M. Jean Castex. …c’est partout en Europe ! (Protestationssur les bancs du groupe LR.)
M. Jean Castex. Qui peut croire que nous n’avons pas besoin de nos petits commerces, de nos bars et restaurants, qui concourent à l’art de vivre français, ni de nos établissements culturels et sportifs, si utiles en période de crise ? Nous ne les fermons que sous l’empire de la nécessité sanitaire…
M. Jean Castex. …et en espérant que le respect, par tous, des règles sanitaires, nous permettra de les rouvrir le plus vite possible. Nous les fermons en prévoyant – et c’est tout à l’honneur du Gouvernement – de les accompagner de près pour les aider à surmonter une épreuve dont ils sont victimes, et non responsables.
M. Jean Castex. C’est leur droit le plus absolu, mais lorsque la maison France est dans la difficulté, chacun doit prendre ses responsabilités. (« Bravo ! » et vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) On ne détourne pas le regard.Quel que soit le sens de leur vote, je félicite donc toutes celles et ceux qui, ce matin, prendront leurs responsabilités en leur âme et conscience.Face à la vague épidémique, vous avez l’occasion de bâtir une digue démocratique contre le risque de désunion nationale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – M. Maxime Minot proteste.)Je sais que je vous propose des mesures très difficiles, qui ne font pas le lit de la popularité du Gouvernement. Mais mon souci n’est pas de plaire…
M. Jean Castex. …ni de me prêter au jeu des commentaires et des petites phrases de tous les sachants et autres observateurs, qui se répandent sur les plateaux de télévision et m’abreuvent de leurs conseils.
M. Jean Castex. …et font face avec courage à la deuxième vague, comme ils l’ont fait lors de la première.Mon rôle, c’est d’être aux côtés de nos concitoyens, que la crise économique consécutive à cette terrible crise sanitaire risque de plonger – et plonge déjà parfois – dans le chômage, la précarité, le désarroi. Tout cela est au cœur du rôle de l’État. Or, mesdames et messieurs les députés, je crois plus que jamais en l’État ! (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. - Exclamations sur les bancs du groupe LR.)Dans ce travail très difficile, mais aussi exaltant, le pays a besoin de dirigeants politiques à la hauteur (Exclamations renouvelées sur les bancs du groupe LR), et d’une représentation nationale responsable et offensive. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Vote en application de l’article 50-1 de la Constitution
M. le président (LAREM). En application de l’article 65 du règlement, la conférence des présidents a décidé que le vote se déroulerait dans les salles voisines de la salle des séances.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Il est ouvert pour une durée de trente minutes. Il sera donc clos à treize heures vingt.
(La séance, suspendue à douze heures cinquante, est reprise à treize heures trente.)
M. le président (LAREM). La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin sur la déclaration du Gouvernement relative à l’évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre. Nombre de votants 433 Nombre de suffrages exprimés 426 Majorité absolue 214 Pour l’adoption 399 Contre 27
L’Assemblée a approuvé la déclaration du Gouvernement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes Dem et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Je veux exprimer, au nom de l’ensemble du Gouvernement, mes remerciements et ma gratitude à l’Assemblée nationale pour ce vote clair et sans ambiguïté, qui est à la hauteur des circonstances graves que notre pays traverse. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs des groupes Dem, GDR et UDI-I.)
Ordre du jour de la prochaine séance
M. le président (LAREM). Prochaine séance, cet après-midi, à quinze heures :Suite de la discussion de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2021 : Examen des crédits de la mission : « Action extérieure de l’État » ;Examen des crédits de la mission : « Aide publique au développement » ;Examen des crédits de la mission : « Conseil et contrôle de l’État ».La séance est levée.
(La séance est levée à treize heures trente-cinq.)
Le Directeur du service du compte rendu de la séance de l’Assemblée nationale Serge Ezdra