M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.
Évacuation de Notre-Dame-des-Landes
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Pierre Vigier, pour le groupe Les Républicains.
M. Jean-Pierre Vigier (LR). Monsieur le Premier ministre, vous aviez déjà cédé une fois face aux zadistes en abandonnant le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et en vous asseyant sur le résultat d’un référendum démocratique.
M. Jean-Pierre Vigier (LR). Vous cédez une deuxième fois face aux zadistes en renonçant à les évacuer une fois pour toutes. Non seulement la ZAD n’a pas été évacuée, mais les zadistes, profitant de votre faiblesse, sont chaque jour un peu plus nombreux à venir défier l’autorité de l’État. La situation est aujourd’hui complètement enlisée et votre gouvernement semble impuissant. Pire : l’ordre républicain est bafoué délibérément par quelques individus ultra-violents. On assiste même à des scènes de guérilla, avec jets de bombes artisanales, d’acide ou de cocktails Molotov sur les gendarmes !
M. Jean-Pierre Vigier (LR). Je tiens ici à saluer le travail exemplaire, le courage et le sang-froid des forces de l’ordre (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe NG) alors que 75 des leurs ont été blessés dans l’opération. Fait rarissime : des gendarmes sortent désormais de leur réserve en dénonçant votre immobilisme et votre démission politique ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)Monsieur le Premier ministre, nous ne pouvons plus tolérer que quelques-uns imposent leur loi alors que l’État leur a tout cédé ! Monsieur le Premier ministre, au-delà des coups de menton, quand allez-vous enfin rétablir l’autorité de l’État ? Quand allez-vous enfin faire respecter l’État de droit ? Quand allez-vous enfin faire évacuer la ZAD ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe UDI-Agir.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Edouard Philippe. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député, vous m’interrogez – sans coup de menton… – sur la situation dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Je voudrais vous répondre le plus précisément possible, car la question que vous posez est bien entendu parfaitement légitime.Après avoir beaucoup consulté, beaucoup écouté, après m’être rendu sur place, j’ai indiqué le 17 janvier dernier quelle était la position du Gouvernement s’agissant du très ancien projet de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes.
M. Edouard Philippe. Je crois avoir indiqué avec clarté, monsieur le député – je ne pense pas que vous puissiez me démentir sur ce point-là – que ce projet ne se ferait pas, qu’il y était mis un terme, que les terres réservées pour la construction de cet aéroport devaient retrouver définitivement leur vocation agricole, que les occupants illégaux des parcelles en question devaient libérer les lieux et que si tel n’était pas le cas à la fin de la trêve hivernale, nous prendrions nos responsabilités pour faire en sorte qu’il en soit ainsi. C’est le sens et ce sont les mots précis que j’ai utilisés au mois de janvier.À la fin de la trêve hivernale, au début du mois d’avril, il y a quelques jours, nous avons engagé, sous le commandement du directeur général de la Gendarmerie nationale et sous le pilotage opérationnel permanent du ministre d’État, ministre de l’intérieur, une opération visant précisément à faire en sorte que les occupants illégaux soient expulsés. Il ne vous a pas échappé…
M. Edouard Philippe. …monsieur le député, que cette opération a été préparée puis réalisée avec un très grand professionnalisme par la Gendarmerie nationale (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM et sur plusieurs bancs du groupe LR), en coopération très étroite avec le parquet, bien entendu, et l’ensemble des forces qui concourent à ce type d’opérations – je salue notamment l’implication des pompiers.
M. Christian Jacob (LR). Ce n’est pas eux que l’on met en cause ! C’est vous !
M. Edouard Philippe. En trois jours, nous avons déconstruit vingt-neuf des habitations illégalement édifiées sur les parcelles en question.
M. Edouard Philippe. Après avoir été déconstruites, ces vingt-neuf parcelles sont en train d’être déblayées, ce qui prend du temps – la masse de matières accumulée est en effet considérable.
M. Edouard Philippe. Ce déblaiement, monsieur le député, est indispensable si l’on veut que les terrains puissent, à terme, retrouver leur vocation agricole.Après avoir expulsé l’ensemble des occupants à l’est de la route no 80, nous avons indiqué aux occupants illégaux – qui pensaient peut-être que l’État agirait comme il l’avait fait pendant si longtemps, monsieur le député, c’est-à-dire sans respecter ses engagements – qu’ils pouvaient rentrer dans la légalité à condition de le faire rapidement.
M. Edouard Philippe. Qu’est-ce que cela signifie, monsieur le député ? Cela signifie qu’ils doivent donner leur nom et leur identité, cela signifie qu’ils doivent s’inscrire aux caisses de Sécurité sociale – en l’occurrence, à la Mutualité sociale agricole – s’ils veulent avoir un projet individuel.
M. Edouard Philippe. Monsieur Jacob, laissez-moi répondre ! Écoutez ! La question vous intéresse, monsieur Jacob, mais pas la réponse ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Eh bien, je vais prendre mon temps pour vous répondre, monsieur Jacob ! Vous verrez, cela se passera très bien ! (Mêmes mouvements).
M. Edouard Philippe. Je réponds donc à M. le député qui m’a interrogé et qui, lui, a la politesse d’écouter ma réponse. Je vous dis clairement, monsieur le député, que ceux des occupants illégaux qui veulent se mettre en conformité avec le droit ont peu de temps pour le faire. S’ils choisissent de ne pas le faire, ils prendront leurs responsabilités…
M. Edouard Philippe. … car, entendez-moi bien, nous procéderons exactement comme j’ai indiqué au mois de janvier. Les occupants illégaux quitteront les lieux car force doit rester à la loi – ce à quoi, monsieur le député, je tiens autant que vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
M. Fabien Di Filippo (LR). La dernière fois que vous avez dit cela, il y en a eu deux fois plus !
Discours du Président de la République devant le Parlement européen
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Sabine Thillaye, pour le groupe La République en marche.
Mme Sabine Thillaye (LAREM). Madame la ministre des affaires européennes, hier, à Strasbourg, le Président de la République a prononcé son premier discours devant le Parlement européen. Après ceux d’Athènes et de la Sorbonne, ce discours engagé marque le retour de la France en Europe après des années d’immobilisme. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Mme Sabine Thillaye (LAREM). Devant l’hémicycle, le Président s’est prêté à un exercice qui fait honneur à la démocratie. Il a écouté les députés et répondu, point par point, à leurs questions, avec détermination. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) C’est une étape décisive pour répondre à un premier défi, celui de favoriser une démocratie vivante et de créer un espace public européen, pas seulement au sein des institutions européennes, mais à tous les niveaux.Madame la ministre, vous avez également officialisé hier, avec le Président de la République, le lancement des consultations citoyennes pour l’Europe.
Mme Émilie Bonnivard (LR). Qui seront financées avec de l’argent public ! Très bonne idée !
Mme Sabine Thillaye (LAREM). Tous les États membres ont répondu présents à cette initiative, et je vous en félicite.Mais l’autre défi, c’est de donner à l’Union européenne les moyens d’agir, de bâtir cette « souveraineté réinventée », pour une Europe qui protège. Défense, sécurité intérieure et extérieure, changement climatique, migrations, politique économique et commerciale, numérique : les défis sont nombreux et supposent de nouveaux moyens.Le 2 mai, la Commission européenne présentera ses premières propositions concernant le futur cadre financier pluriannuel pour la période 2021-2027. Madame la ministre, quelles seront les propositions de la France pour financer l’action de l’Union européenne dans ces domaines stratégiques ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre chargée des affaires européennes.
Mme Nathalie Loiseau. Madame la présidente de la commission des affaires européennes, le discours qu’a prononcé hier le Président de la République au Parlement européen était attendu, parce que la voix de la France compte. Il a été très écouté : c’est la preuve que la France est de retour en Europe. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)Hier soir, à Épinal, s’est tenue la première consultation citoyenne sur l’Europe. Nos concitoyens étaient nombreux et ils ont fait la démonstration que les Français avaient beaucoup à dire sur l’Europe.
M. Thibault Bazin (LR). Ils n’étaient pas nombreux, ils étaient 350 !
Mme Nathalie Loiseau. Vous avez résumé les nouveaux enjeux auxquels doit faire face l’Union européenne, qu’il s’agisse de la défense, de la sécurité, ou encore de la gestion des migrations. Vous avez raison de soulever ces questions, mais je ne voudrais pas que l’on passe sous silence les politiques européennes qui concernent le cœur de nos territoires, qu’il s’agisse, par exemple, de la politique agricole commune ou de la politique de cohésion. Nous devons travailler à financer l’ensemble de ces politiques européennes, dans le contexte particulier du Brexit. En effet, avec le départ du Royaume-Uni, ce sont 12 milliards d’euros par an qui vont manquer au budget européen.Que propose la France ? La définition de nouvelles priorités implique de nouvelles ressources propres. (« Ah ! » sur les bancs du groupe LR.) C’est le sens de notre proposition de taxer les GAFA – pour Google, Apple, Facebook et Amazon. Nous proposons aussi une fiscalité sur le dioxyde de carbone, pour que les entreprises européennes se trouvent dans une situation de concurrence loyale vis-à-vis des entreprises des pays qui ne respectent pas les mêmes normes que nous. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Olivier Becht, pour le groupe UDI, Agir et indépendants.
M. Olivier Becht (UDI-AGIR). Monsieur le Premier ministre, comme cela vient d’être rappelé, le Président de la République s’exprimait hier pour la première fois devant le Parlement européen, à Strasbourg, pour donner sa vision de l’avenir de l’Europe. Le fort engagement européen exprimé et le volontarisme des propositions avancées pour réformer l’Europe méritent d’être salués, et ils s’inscrivent pleinement dans la ligne politique humaniste et européenne de notre groupe.
M. Olivier Becht (UDI-AGIR). Nous nous retrouvons notamment dans l’idée d’une souveraineté européenne dans les domaines de la sécurité intérieure et extérieure, d’une économie protectrice des travailleurs et des consommateurs, du climat et de l’énergie, de la santé et de l’alimentation et, enfin, du numérique. Oui, nous avons besoin de cette Europe !Toutefois, dans un contexte difficile marqué par la montée des populismes au sein de l’Union européenne, mais aussi par des tensions extérieures avec les pays de la périphérie, notamment la Russie et la Turquie, il est urgent d’agir. Nous ne pouvons aujourd’hui nous contenter d’ouvrir le débat. Si nous voulons éviter la déconstruction de l’Europe, le retour des démons du passé et des conflits armés qui les accompagnent, nous ne pourrons pas nous contenter de « professions de foi ». Il faudra des « actes de foi ».Pour remobiliser la confiance des peuples et garantir la paix, il nous faut désormais nous engager en proposant un plan à la hauteur du pari, et peut-être aussi du rêve, que firent les pères fondateurs de l’Europe il y a bientôt soixante-dix ans.Nous avons confiance, monsieur le Premier ministre, dans l’audace réformatrice du Président de la République (« Ah ! » sur les bancs du groupe LR) et de votre gouvernement, mais nous souhaiterions savoir quelle méthode vous compter suivre pour aboutir rapidement à des propositions concrètes de réforme de l’Europe, que la France puisse proposer à ses partenaires.
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre chargée des affaires européennes.
M. Éric Straumann (LR). Vous prendrez combien de constructifs sur la liste ?
Mme Nathalie Loiseau. Monsieur le député, le débat d’hier à Strasbourg a été dense, intense et riche.
Mme Nathalie Loiseau. Le message que le Président de la République est venu délivrer est celui de l’urgence à agir en Europe, parce que l’Europe, vous l’avez rappelé, est mise au défi. Le monde est de plus en plus dangereux et instable, le protectionnisme est de retour et, pour faire face au changement climatique et accomplir la transition numérique, il faut une réponse européenne.Mais l’urgence, c’est aussi…
Mme Nathalie Loiseau. …de répondre aux doutes, aux interrogations et aux insatisfactions que manifeste une partie des peuples européens vis-à-vis du projet européen lui-même. Les élections italiennes sont venues nous rappeler que l’Europe n’avait pas été assez présente au moment où une partie des Européens avait besoin d’elle.
Mme Nathalie Loiseau. La vision de l’Europe que nous défendons, vous le savez, c’est celle d’une Europe qui protège. Nous avons de nombreuses propositions à faire, et nous avons déjà obtenu des résultats, qu’il s’agisse de la réforme du régime des travailleurs détachés…
Mme Nathalie Loiseau. …de l’Europe de la défense, dont les bases ont été jetées, ou encore du renforcement des mécanismes de défense commerciale. Face à Washington, face à Moscou, face à Ankara, l’Europe sait parler d’une seule voix. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Mme Nathalie Loiseau. Nous avons encore beaucoup à faire. Nous voulons réformer l’Europe au profit des citoyens, nous voulons la réformer avec les citoyens, et tel est l’objet des consultations citoyennes pour l’Europe. Il faut que le visage de l’Europe de demain soit celui de ses populations. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). Mes chers collègues, je vous invite à respecter les orateurs et les oratrices qui posent les questions ou qui y répondent. On se plaint suffisamment qu’il n’est pas assez souvent question de l’Europe dans cette assemblée, pour que, lorsque l’on en parle, les voix ne soient pas couvertes par du chahut ou du brouhaha. Chacun peut s’exprimer, formuler son point de vue, ses critiques comme son adhésion. C’est la liberté de parole à l’Assemblée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Retrait de la Légion d’honneur de Bachar el-Assad
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Sereine Mauborgne, pour le groupe La République en marche.
Mme Sereine Mauborgne (LAREM). Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, l’histoire que je vais vous conter est celle de l’ophtalmologiste devenu aveugle aux aspirations et aux souffrances de son peuple.En 2001, le Président Jacques Chirac élevait Bachar el-Assad au rang de Grand-Croix de la Légion d’honneur, en prononçant ces mots : « La Syrie est une terre d’avenir, forte d’un peuple jeune. Et c’est pour répondre aux aspirations de cette jeunesse que vous souhaitez engager votre pays dans un processus de modernisation et d’ouverture ».Après les lueurs du « printemps de Damas » et l’essor du pays, le médecin est aveuglé par la lumière des « printemps arabes ». Il s’enfonce dans une erreur de diagnostic et s’obstine à appliquer de mauvais traitements.Sous la chape de plomb de la répression, sous les bombardements aveugles et sous un nuage de gaz sarin, il noircit le destin de son pays. En outre, il trahit la confiance de la France et ternit l’éclat de la Légion d’honneur.Le Président de la République, en 2001, avertissait qu’il réprouvait « le cycle délétère des affrontements et des représailles qui ne peut qu’élever dans les cœurs un mur d’incompréhension et de haine ».En conséquence, dix-sept ans plus tard, le Président de la République Emmanuel Macron décide d’engager la procédure de retrait de cette distinction.Monsieur le ministre, quelle est à vos yeux la portée de cette décision de retrait dans le concert des Nations ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Éric Coquerel (FI). N’oubliez pas le rôle de l’Arabie Saoudite au Yémen !
Mme Émilie Bonnivard (LR). Voilà qui va changer le cours de la vie des Français !
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian. Madame la députée, le code de la Légion d’honneur dispose que cette distinction peut être retirée dès lors que la personne concernée a eu un comportement contraire à l’honneur ou de nature à nuire aux intérêts de la France ou aux causes que la France soutient.
M. Jean-Yves Le Drian. Qui ne voit que cette situation s’applique à Bachar el-Assad ? Plusieurs années après avoir reçu cette distinction, Bachar el-Assad, par la répression sauvage et non discriminée qu’il a initiée, par les multiples crimes qu’il a ordonnés ou commis, …
M. Jean-Yves Le Drian. …est devenu l’ennemi de son peuple.Rappelons, monsieur Lassalle, qu’en 2015, sous le précédent quinquennat, étaient publiées dans un rapport appelé « César », 55 000 photographies d’un ancien membre des services de photographie de M. Bachar el-Assad, témoignant toutes d’une très grande cruauté. Suite à la publication de ce rapport, mon prédécesseur avait jugé nécessaire d’engager des poursuites pénales, ce qui avait conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête pour crimes de guerre à l’encontre de Bachar el-Assad.Voilà la réalité, qui explique qu’une procédure de retrait de la Légion d’honneur ait été engagée à l’encontre de Bachar el-Assad il y a quelques mois. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)Cette procédure, diligentée par la grande chancellerie, est en cours et devrait aboutir assez rapidement. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Éric Coquerel (FI). N’oubliez pas le rôle de l’Arabie Saoudite au Yémen !
Financement de la dépendance
M. le président (LAREM). La parole est à M. Adrien Quatennens, pour le groupe La France insoumise.
M. Adrien Quatennens (FI). Monsieur le Premier ministre, dimanche soir, le Président de la République a estimé que la mise en place d’une deuxième journée de solidarité était une « piste intéressante » à examiner pour financer notre protection sociale, et en particulier la dépendance.
M. Adrien Quatennens (FI). Tout en promettant qu’il n’y aurait aucune hausse d’impôt, le Président projette donc que chaque Français travaille gratuitement une journée de plus pour rééquilibrer les finances sociales. Pour les salariés au SMIC, c’est une perte qu’on peut estimer à 80 euros par an.
M. Adrien Quatennens (FI). Voilà qui vient doucher les espoirs de celles et ceux qui estimaient que malgré sa dureté pour les retraités, la bascule des cotisations sociales salariales vers la CSG leur rapporterait le fumeux « treizième mois » qui émergea un temps des éléments de langage du Gouvernement.Résumons : il faudrait augmenter la CSG pour les retraités afin d’aider ceux qui travaillent, lesquels devraient travailler une journée de plus pour financer la dépendance des retraités ! Quel formidable tour de passe-passe ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)Mais il y a bien plus scandaleux, du fait de l’hyper-financiarisation de l’économie : les vingt-six journées de solidarité forcée avec les actionnaires ! Car c’est en moyenne le nombre de jours qu’un salarié travaille chaque année pour les rémunérer, contre seulement dix dans les années 1980.Le Président a également déclaré vouloir remettre la France au travail, mais c’est précisément parce qu’elle travaille déjà, et durement, que ses actionnaires s’enrichissent autant ! Plutôt que d’instaurer la solidarité entre les plus pauvres en prenant aux uns pour donner aux autres, il serait grand temps d’établir la solidarité du capital envers le travail : vingt-six jours sont à votre disposition pour cela !Quand allez-vous enfin mettre à contribution l’exorbitant coût du capital plutôt que de toujours ponctionner le travail que vous prétendez encourager ? (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR et sur plusieurs bancs du groupe NG.)
Mme Agnès Buzyn. Monsieur le député, vous soulevez la question de la dépendance et de son financement. Nous avons plusieurs fois eu l’occasion d’échanger dans cet hémicycle autour de ce réel défi que nous devrons relever : financer la prise en charge de 5 millions de personnes âgées de plus de 85 ans en 2050 alors que notre pays en compte aujourd’hui seulement 1,5 million. Nous avons vu combien la prise en charge des personnes âgées est difficile pour les professionnels, qu’ils interviennent en EHPAD – établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – ou à domicile.Dans le cadre du changement de la tarification des EHPAD, nous avons pris une mesure pour compenser les effets négatifs de la réforme, qui permettra aux EHPAD de bénéficier de la réforme…
Mme Agnès Buzyn. …ou de voir ses effets neutralisés.Si cette disposition nous permet de gagner quelques années, elle ne nous dispense pas d’ouvrir le débat de la dépendance, qui est un débat de société.Lors d’une interview au cours de laquelle M. Bourdin m’a interrogée sur les pistes, les assurances privées, l’ONDAM, nous avons évoqué la journée de solidarité, instaurée par M. Raffarin. Cette solution, qui a pu convenir à l’époque, ne règle pas tout, bien évidemment, et nous devons nous poser la question du modèle à privilégier pour le vieillissement. L’EHPAD n’est pas le seul. Quel modèle de qualité de vie ? Quel choix pour les personnes âgées ? Quel accompagnement entre le domicile et l’EHPAD ? Le débat est ouvert, toutes les pistes sont sur la table et nous aurons l’occasion d’en reparler. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM – Exclamations sur les bancs du groupe FI.)
Manifestations à Montpellier
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Patricia Mirallès, pour le groupe La République en marche.
Mme Patricia Mirallès (LAREM). Ma question, à laquelle je souhaite associer mes collègues Nicolas Démoulin et Patrick Vignal, s’adresse à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur.Voilà quasiment deux mois que la ville de Montpellier est sous tension.
M. Marc Le Fur (LR). Il n’y a pas que Montpellier ! Et Toulouse ? Et Nantes ?
Mme Patricia Mirallès (LAREM). Après l’expulsion d’étudiants de la faculté de droit par des individus encagoulés et le sabotage des serveurs informatiques de la faculté Paul-Valéry, Montpellier a été une nouvelle fois victime d’actes inqualifiables.Ce samedi 14 avril, dans le cadre d’une manifestation dont le parcours n’avait pas été préalablement déclaré, 200 individus au visage dissimulé ont pénétré le quartier de l’Écusson. Venus armés de pierres et de marteaux, avec la volonté délibérée d’entrer en confrontation avec les forces de l’ordre, ces professionnels du désordre ont saccagé et incendié le matériel urbain ainsi que les vitrines et façades des commerçants du centre-ville. Permettez-moi d’avoir ici une pensée pour les sept fonctionnaires de police blessés au cours de cette intervention.Loin de plaider l’apaisement, l’élue de la circonscription s’est émue, dans un communiqué, d’un dispositif policier « disproportionné et incompréhensible »…
Mme Patricia Mirallès (LAREM). …et sous-entend désormais que les forces de l’ordre auraient favorisé un itinéraire propice aux dérapages. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.)
Mme Patricia Mirallès (LAREM). Sur les réseaux sociaux, d’autres parlementaires se sont satisfaits de ces manifestations sans en dénoncer ni la violence inouïe ni les dérapages abjects. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Non, les forces de l’ordre ne cherchent pas à favoriser la violence. Non, « cela ne fait pas du bien à un commerçant », pour reprendre les mots utilisés sur les réseaux sociaux, de perdre en une fraction de seconde le fruit de ses efforts et de son travail. Non, le droit de manifester n’est pas le droit de saccager. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)Ma question est donc simple, monsieur le ministre : quelles seront les réponses apportées aux actes inqualifiables dont les Montpelliérains ont été victimes samedi dernier ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, UDI-Agir, sur quelques bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur.
M. Gérard Collomb. Madame la députée, ce qui s’est passé samedi dernier à Montpellier est totalement inacceptable.
M. Charles de la Verpillière (LR). Comme à Notre-Dame-des-Landes ! (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. Gérard Collomb. Si chacun a le droit de manifester, il ne faudrait pas que la convergence des luttes devienne synonyme de la convergence des casseurs. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. Gérard Collomb. À Montpellier, ils étaient 200, cagoulés, armés de pierres, de boules de peinture et d’engins incendiaires. Ils se sont livrés à des dégradations inqualifiables de commerces et d’établissements.
M. Gérard Collomb. Ces individus n’étaient pas là pour exercer leur droit de manifester, ni pour protester, contester ou dénoncer. Ils n’étaient pas là pour exprimer leur opinion.
M. Gérard Collomb. Non, ces individus, comme une partie de ceux qui étaient présents dans le centre de Nantes, étaient là pour faire des dégradations, pour casser ainsi que pour prendre à partie et blesser des policiers.Partout nous rétablirons l’État de droit… (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. Fabien Di Filippo (LR). Vous allez leur donner un formulaire de régularisation !
M. Gérard Collomb. De plus, sept policiers ont été blessés, alors que la police est d’une grande retenue. Les casseurs seront déférés demain devant la justice et condamnés. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Richard Ramos, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés.
M. Richard Ramos (MODEM). Monsieur le ministre de l’éducation nationale, « les métiers d’Art traversent une crise angoissante. Le recrutement de la main-d’œuvre est un problème de plus en plus compliqué. Quelles sont les causes de cette crise ? La plus sérieuse est le marasme de l’apprentissage. Il n’y a plus d’émulation, la production manuelle est anonyme, le goût de l’artisanat n’est plus stimulé. Le travail "en série" trouve des bras alors que le travail d’art ne trouve plus de cerveau. Le remède existe. Il faut rendre sa personnalité à l’ouvrier. Que l’auteur d’un fauteuil, d’une table, d’un bronze ou d’une serrure ait l’espoir de pouvoir exposer son œuvre et de recevoir les plus hautes récompenses. » (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs du groupe LR.)
M. Richard Ramos (MODEM). Ces propos, monsieur le ministre, pourraient paraître d’actualité. Ils ont pourtant été écrits en 1913 par Lucien Klotz, l’un des fondateurs du concours des meilleurs ouvriers de France, élu de la République et fervent défenseur des savoir-faire français.Comme vous le savez, ce noble concours traverse quelques turbulences, tant dans son organisation que dans la crainte d’un abaissement de son niveau. La France ne le mérite pas. J’étais hier avec une centaine des meilleurs ouvriers de France pour comprendre leurs inquiétudes. J’ai également discuté avec le président du COET – comité d’organisation des expositions du travail –, instance qui organise le concours, qui m’a assuré de sa volonté de dialoguer et de construire de nouvelles bases susceptibles de garantir l’avenir de ce beau concours français et international.
M. Richard Ramos (MODEM). Il apparaît qu’il faut augmenter le financement public afin de ne pas laisser le secteur privé, notamment la grande distribution alimentaire, entrer dans ce beau concours, ce qui nuirait à son image et à son rayonnement. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)
M. Richard Ramos (MODEM). Monsieur le ministre, comme l’ensemble des députés, vous partagez, je le sais, l’impérieuse nécessité de promouvoir l’excellence de l’apprentissage français. Le concours des meilleurs ouvriers de France a besoin de votre intervention. Ils sont nombreux à attendre de vous que vous fassiez quelque chose. Quelles sont vos intentions ? (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et UDI-Agir et sur quelques bancs des groupes LR, GDR et FI.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Jean-Michel Blanquer. Monsieur le député, je vous remercie pour cette question qui met l’accent sur cet élément essentiel pour la société française, vous l’avez dit, qu’est l’artisanat. Nous étions avant-hier, Muriel Pénicaud et moi, aux rencontres sénatoriales de l’apprentissage, organisées par le Sénat et l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat autour de l’enjeu essentiel de l’apprentissage – les deux sujets vont bien ensemble. Nous soutenons la vitalité de l’artisanat en France qui est, comme on le souligne souvent, le premier employeur de France. Les savoir-faire à la française ont un très bel avenir, comme en témoigne la santé, parmi d’autres, de l’industrie française du luxe.C’est en termes de formation que nous soutiendrons ce dynamisme, à la tête duquel se trouve le concours des meilleurs ouvriers de France, dont nous sommes très fiers. Je n’ignore pas l’émoi que vous avez évoqué et qui a fait l’objet d’une manifestation hier. Il se trouve qu’indépendamment de celle-ci j’ai rencontré récemment les responsables de la Société nationale des meilleurs ouvriers de France, ainsi que du COET qui, sous l’égide de l’éducation nationale, garantit la qualité du concours des meilleurs ouvriers de France.Les problèmes que vous avez évoqués concernent la gestion du concours. Mon rôle en tant que ministre de l’éducation nationale est de garantir la qualité, la pérennité et le dynamisme du concours grâce à l’alliance avec les meilleurs ouvriers de France. C’est ce que je suis totalement disposé à faire. Je suis même disposé à impliquer les meilleurs ouvriers de France dans la réforme de l’enseignement professionnel que nous préparons et qui mettra en valeur les lycées professionnels, de même que nous mettons en valeur l’apprentissage dans le cadre du texte présenté par la ministre du travail.Ce nouveau dynamisme de l’artisanat et des savoir-faire à la française, les meilleurs ouvriers de France en feront plus que jamais partie. En tant que ministre de l’éducation nationale, je serai garant de cette qualité et de cette pérennité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Statut constitutionnel de la Corse
M. le président (LAREM). La parole est à M. Michel Castellani, au titre des députés non inscrits.
M. Michel Castellani (NI). Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. J’y associe mes collègues Jean-Félix Acquaviva et Paul-André Colombani.Monsieur le Premier ministre, le volet corse de la réforme institutionnelle ne peut nous satisfaire. Il ne propose aucune avancée notable en termes de dévolution de compétences. Il ne permettra en rien aux élus de la Corse de mordre sur les tristes réalités de l’île. La vacuité du texte constitue un déni de démocratie face à la volonté des Corses, exprimée par des votes répétés, de voir enfin traités au fond les problèmes sociaux, culturels et donc politiques de l’île. (M. Jean Lassalle applaudit)On nous oppose le risque de contagion. Mais au moment où la mondialisation s’impose toujours plus à nous, où l’Europe influence directement la plupart de nos lois, au nom de quel principe devrait-on considérer comme immuable l’équilibre des compétences entre l’État et les collectivités ?Pour notre part, en tout cas, nous ne désirons nullement procéder à une escalade institutionnelle. Notre vœu est de voir la Corse accéder à l’autonomie, donc disposer des moyens de sa politique interne. (M. Jean Lassalle applaudit)Nous sommes unis, en Corse, par un sentiment d’appartenance qui nous a permis d’agréger, des siècles durant, tant de femmes et d’hommes venus des horizons les plus divers, et nous faisons vivre notre culture commune. (M. Jean Lassalle applaudit) Nous désirons continuer le fil de cette histoire, qui est en train de se rompre, et la loi doit nous en donner les moyens. Notre situation géographique, culturelle et sociale particulière doit être traitée par des dispositions particulières. L’égalité des citoyens face à la loi est un principe intangible, mais la reconnaissance de la diversité des territoires relève d’une autre logique tout aussi démocratique.Je vous demande donc, monsieur le Premier ministre, ainsi qu’à votre gouvernement, à votre majorité et à tous les groupes de cette assemblée, d’accepter des amendements indispensables et de faire avancer la loi dans le sens attendu par une large majorité de Corses. Là est le véritable esprit de la démocratie. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR. – MM. Jean-Félix Acquaviva, Paul-André Colombani, Jean Lassalle et Serge Letchimy applaudissent également.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre auprès du ministre d’État, ministre de l’intérieur.
Mme Jacqueline Gourault. Monsieur le député, l’inscription de la Corse dans la Constitution est l’une des principales revendications des élus de la collectivité de Corse, et cela depuis longtemps. Le Gouvernement a mis cette demande à son agenda et entend répondre ainsi aux aspirations légitimes des habitants de l’île. C’est le sens du discours prononcé par le Président de la République à Bastia en février dernier, dans lequel il a pris des engagements tenant au développement de la Corse et à son inscription dans la politique méditerranéenne de la France.L’objectif de la révision constitutionnelle sera d’ancrer la Corse dans la République, tout en lui reconnaissant – oui, monsieur le député – des spécificités. L’inscription de la Corse dans la Constitution fera l’objet d’un article distinct, en l’occurrence un article 72-5, comme vous le souhaitiez.
M. Éric Straumann (LR). On pourrait faire la même chose pour l’Alsace !
Mme Jacqueline Gourault. Cette inscription se fera néanmoins en référence à l’article 72. Il s’agira d’une reconnaissance expresse de la collectivité unique de Corse comme collectivité à statut particulier au sens de l’article 72, ce qui, comme vous le savez, sanctuarisera la collectivité de Corse.
Mme Jacqueline Gourault. Monsieur le député, cette reconnaissance permettra d’assouplir l’application du principe d’égalité au niveau constitutionnel et de procéder à des modulations. Sera ainsi ouverte une possibilité d’adapter les lois et règlements en Corse.
Mme Jacqueline Gourault. Les domaines dans lesquels la collectivité de Corse pourra bénéficier de cette habilitation seront bien sûr précisés par la loi. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe MODEM et sur quelques bancs des groupes LaREM et LR.)
Fractures territoriales
M. le président (LAREM). La parole est à M. Fabrice Brun, pour le groupe Les Républicains.
M. Fabrice Brun (LR). Monsieur le Premier ministre, les fractures territoriales s’aggravent dans notre pays.
M. Fabrice Brun (LR). Nous venons de le voir concrètement avec la réforme de la SNCF, où aucun mécanisme de solidarité n’est prévu entre les lignes rentables et celles qui ne le sont pas. Cette même question de péréquation territoriale se pose en matière de téléphonie mobile et d’internet très haut débit, deux domaines où les opérateurs continuent de financer sur leurs fonds propres les réseaux dans les zones rentables, accentuant ainsi la fracture numérique. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)M. Macron porte bien son nom de Président de la déconnexion des territoires (Protestations sur plusieurs bancs du groupe LaREM),…
M. Fabrice Brun (LR). …à l’image de son opération de com’ dans une classe vide de l’Orne – vide comme ces 1 000 classes fermées dans les zones rurales (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits) pour financer votre promesse de classes de CP de douze élèves dans les zones urbaines d’éducation prioritaire. A-t-il seulement conscience que parcourir cinquante kilomètres pour trouver un médecin et attendre six mois pour un rendez-vous chez un spécialiste est le lot quotidien de tant de nos concitoyens ? (Mêmes mouvements.)Que penser du tour de passe-passe envisagé avec la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires ? On apprend que plus de la moitié de ces suppressions incomberaient en fait aux collectivités locales.
M. Fabrice Brun (LR). C’est un peu « donne-moi ta montre, je te donnerai l’heure ». Ce n’est pas sérieux à l’heure où l’État doit fonctionner moins pour investir plus dans nos territoires, comme il doit le faire sur la route nationale 102 en Ardèche.Monsieur le Premier ministre, les faits ont la tête dure. Vous avez augmenté la CSG de 25 % pour les retraités modestes, et ils sont nombreux dans nos territoires.
M. Fabrice Brun (LR). Vous avez aussi décidé une augmentation sans précédent de la fiscalité sur les carburants, la limitation de la vitesse à quatre-vingts kilomètres heure sur les routes… Vous construisez une France à deux vitesses. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)Comme l’a dit le Premier ministre canadien hier dans notre hémicycle, « changement n’est pas toujours synonyme de progrès ». (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.) Depuis un an, sur le terrain, les Français l’ont appris à leurs dépens.Monsieur le Premier ministre, allez-vous enfin prendre la mesure des difficultés et des atouts de la France des territoires ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)
M. Christophe Castaner. Monsieur le député, permettez-moi de vous dire, avec la petite expérience d’un élu rural des Alpes-de-Haute-Provence, qu’il est toujours utile d’avoir un tout petit peu de mémoire. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Si vous pensez que les problèmes que vous soulevez, qui sont souvent de vrais problèmes, sont apparus ces huit derniers mois, vous vous trompez. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. Thibault Bazin (LR). Monsieur le secrétaire d’État, vous étiez membre de la majorité lors de la précédente législature !
M. Christophe Castaner. Vous évoquez par exemple la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires : peut-être auriez-vous dû hésiter, le bras tremblant, à soutenir François Fillon, qui proposait d’en supprimer 500 000 ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.) Mais effectivement, il n’avait jamais précisé quelle quote-part il appliquerait à ce tiers de la fonction publique qu’est la fonction publique territoriale. (Nouvelles exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)Je voudrais saluer, dans votre question, le fait que vous avez progressé.
M. Christophe Castaner. Chaque semaine, vous répétez à peu près la même chose, mais vous ajoutiez jusqu’à présent un élément… (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)Messieurs les députés, prenez le temps d’écouter ma réponse avec patience ! Vous pourriez même, peut-être, apprendre quelque chose… (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)Chaque semaine, vous nous aviez habitués à évoquer la baisse des dotations de l’État. Je crois que vous avez progressé.
M. Christophe Castaner. Si vous ne l’avez pas évoquée, c’est parce que, depuis quinze jours, les collectivités locales ont reçu les notifications des engagements de l’État. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Philippe Gosselin (LR). Justement, dans la Manche, la dotation d’équipement des territoires ruraux est en baisse !
M. Christophe Castaner. Chacun sait qu’au niveau national, ces dotations ont globalement augmenté de 300 millions d’euros. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe GDR.)Monsieur le député, vous avez beau mentir dans vos questions, mentir dans les médias, mentir dans les départements, ceux qui, comme moi, étaient maires depuis 2010 savent que les dotations de l’État ont baissé chaque année alors que cette année, elles ne baissent pas. Voilà la réalité, monsieur le député ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM. – Exclamations persistantes sur les bancs du groupe LR.)Quant à la fracture numérique, là encore, si vous pensez que les zones grises et blanches sont apparues ces derniers mois, vous vous trompez. Mais je prends un engagement devant vous, au nom du ministre Jacques Mézard et du secrétaire d’État Julien Denormandie : les 5 000 zones blanches et grises qui existent encore dans notre pays seront définitivement supprimées d’ici à la fin du quinquennat.
M. Pierre Cordier (LR). Grâce à l’action des collectivités locales !
M. Christophe Castaner. À ce moment-là, peut-être pourrez-vous nous soutenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe MODEM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Centre hospitalier universitaire de Guadeloupe
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Hélène Vainqueur-Christophe, pour le groupe Nouvelle Gauche.
Mme Hélène Vainqueur-Christophe (NG). Madame la ministre de la santé, voilà bientôt cinq mois, le Centre hospitalier universitaire – CHU – de Guadeloupe subissait un violent incendie – drame qui, je le rappelle, est littéralement sans précédent en France, et qui est d’autant plus inquiétant que le premier CHU le plus proche se trouve à une heure de vol, en Martinique, et le suivant à plus de 8 000 kilomètres.Très vite, le professionnalisme et la solidarité ont permis de faire face. Vous vous êtes vous-même rendue immédiatement sur place et nous avons apprécié cette démarche. Mais cinq mois, c’est long, et malgré l’unité et la résilience de la population, malgré l’exemplarité du corps médical et la solidarité des collectivités et de tous les établissements de santé de Guadeloupe mis à contribution, une psychose collective s’est emparée de notre archipel. Une défiance à l’égard de notre système de santé s’est durablement installée.Lundi, vous avez reçu les élus et présenté deux scénarios de sortie de crise. Aucune solution n’est idéale, mais chacune implique des investissements importants de la part de l’État et des délais de mise en place de dix-huit mois, au mieux.Dès lors, plusieurs questions se posent. Quels moyens financiers, humains et techniques déploierez-vous pour retrouver une offre de soins et un plateau technique de qualité en Guadeloupe ? Comment associerez-vous les personnels et leurs représentants à la réorganisation de l’offre de soins – en somme : quelles garanties pour le dialogue social ?Depuis quinze ans, la région Guadeloupe s’emploie à faire de ce CHU un pôle d’excellence sanitaire français dans la Caraïbe – je pense notamment au financement par la région du premier cyclotron dans la zone. Comment préserver cette vitrine ? Comment préserver le caractère universitaire du CHU et conserver son attractivité ?Comment renforcer les moyens de transferts d’urgence des malades dans le cadre d’un hôpital éclaté sur l’ensemble du territoire ?Enfin, question cruciale, comment garantir à la Guadeloupe que ces investissements ne retarderont pas le projet de reconstruction du CHU prévu pour 2022 ? Le plan d’urgence que vous mettez en place aujourd’hui ne doit pas justifier demain un report ou un redimensionnement du projet.En d’autres termes, madame la ministre, répondez aux peurs et rétablissez la confiance. (Applaudissements sur les bancs du groupe NG. – M. Jean Lassalle applaudit.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé.
Mme Agnès Buzyn. Madame la députée, vous avez raison : l’incendie du 28 novembre dernier est un événement dramatique pour l’offre de soins de la Guadeloupe et, comme vous le savez, j’ai fait du rétablissement de la qualité de l’offre de soins une priorité. Je me suis rendue sur place et nous avons eu, lundi, une réunion avec l’ensemble des élus de Guadeloupe et Mme la ministre des outre-mer, pour discuter des possibilités techniques d’une réintégration au sein du CHU ou de sa remise à niveau, ou d’un déploiement de l’offre de soins dans différents sites, afin d’assurer une bonne qualité de vie aux personnels.Plusieurs enquêtes ont été diligentées. Elles montrent qu’il n’y a pas aujourd’hui de problèmes de santé immédiats pour les personnes qui travaillent au CHU de la Guadeloupe ou pour les usagers qui le fréquentent, mais elles évoquent un risque à plus long terme. Le CHU nécessite un nettoyage en profondeur, qui comporte de nombreux aléas. Les différentes options ont été discutées lundi avec les élus et feront l’objet d’une longue discussion avec l’ensemble des personnels lors du conseil de surveillance de vendredi prochain.Plusieurs options sont sur la table, qui nécessitent des moyens de l’État. Celui-ci sera au rendez-vous – nous avons déjà acté les 580 millions d’euros de financement de l’État pour reconstruire le nouveau CHU et les marchés publics commencent à être lancés.Il n’y aura pas de retard dans la construction de ce CHU, qui est une priorité, mais il faut tenir cinq ans, ce qui est long pour les professionnels. Nous devons, pendant les cinq ans qui viennent, leur assurer une qualité de vie au travail et assurer à tous les Guadeloupéens la même qualité de service que celle dont ils bénéficiaient auparavant. Nous nous attelons à cette tâche. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Rapport Notat-Senard et loi PACTE
M. le président (LAREM). La parole est à M. Denis Sommer, pour le groupe La République en marche.
M. Denis Sommer (LAREM). Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie et des finances, à qui Mme Notat et M. Senard ont remis un rapport sur L’Entreprise, objet d’intérêt collectif, qui dresse un constat du court-termisme et de la financiarisation qui pèsent sur la vie de nos entreprises.En constituant un réseau de clients, de fournisseurs et de sous-traitants, l’entreprise est une entité insérée dans un écosystème dont elle dépend et sur lequel elle a également un impact. Elle a une raison d’être non réductible au seul profit.L’entreprise est trop souvent vue, dans nos sociétés, comme génératrice de problèmes sociaux et environnementaux, mais cette image n’est pas définitive. Les attentes exprimées par les salariés et de nombreux chefs d’entreprise visent à placer la responsabilité sociale des entreprises au cœur de la stratégie de l’entreprise, à des rythmes certes différents, en fonction de ses ressources.Le rapport formule donc de nombreuses recommandations, comme la possibilité pour les conseils d’administration de définir la raison d’être de l’entreprise – c’est-à-dire de donner du sens – ou le renforcement de la participation des salariés dans les conseils d’administration des entreprises.Monsieur le ministre, dans nos territoires, nous avons associé les chefs d’entreprise, les organisations syndicales et les acteurs de l’économie sociale et solidaire – ESS –, afin de vous transmettre de très nombreuses propositions. Ce projet de loi portant plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises – PACTE – est attendu, parce qu’il est déjà une œuvre collective. Le rapport Notat-Senard ajoute encore de l’expertise pour aider les entreprises.Comment pensez-vous intégrer dans le projet de loi PACTE les propositions fortes exprimées dans le rapport Notat-Senard ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances.
Mme Delphine Gény-Stephann. Monsieur le député, vous avez mentionné le rapport de Nicole Notat et Jean-Dominique Senard remis au Gouvernement il y a quelques semaines et qui traite de L’entreprise, objet d’intérêt collectif.
Mme Delphine Gény-Stephann. Il approfondit le constat qui avait été fait par votre collègue Stanislas Guerini et par Agnès Touraine lors de travaux menés en préparation du Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises. Soixante-dix-huit pour cent des contributeurs à la consultation publique avaient d’ailleurs plébiscité la possibilité pour les entreprises d’adopter un objet social élargi.La substance des entreprises ne peut pas être réduite à la génération de profits. Ce ne sont pas seulement ses partenaires et ses salariés, mais aussi l’ensemble de nos concitoyens qui ont des attentes croissantes quant au rôle de l’entreprise vis-à-vis de la société et de son environnement. (Murmures sur les bancs du groupe LR.) Ces attentes poussent les entreprises à s’engager dans des démarches de responsabilité sociale et environnementale plus visibles et plus concrètes, mais il y a une réelle aspiration à ce que ces changements soient reconnus dans la loi.
Mme Delphine Gény-Stephann. C’est ce que nous proposons dans le cadre du projet de loi PACTE, qui modifiera l’article 1833 du code civil et consacrera le fait que l’intérêt social des entreprises ne peut être réduit à celui de ses associés ou de ses actionnaires. Quant à l’article 1835, il précisera que les statuts de l’entreprise peuvent définir une raison d’être dont la société entend se doter pour orienter son activité. Ce ne sera pas une obligation, mais une possibilité. Cette modification se déclinera dans le code de commerce par une modification des articles concernant les compétences du conseil d’administration et du directoire.Pour ce qui est de la représentation des salariés dans les conseils d’administration et de surveillance d’entreprises de plus de 1 000 salariés, nous proposons d’augmenter le nombre d’administrateurs salariés pour le porter à deux pour les conseils de plus de huit membres. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Statut de La Réunion dans la Constitution
M. le président (LAREM). La parole est à M. Thierry Robert, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés.
M. Thierry Robert (MODEM). Ma question s’adresse à la ministre des outre-mer et porte sur la révision constitutionnelle. Madame la ministre, une refonte de l’article 73 de notre loi fondamentale est envisagée. Le Président de la République avait indiqué par le passé être « prêt à rouvrir des sujets constitutionnels s’il apparaît pertinent de le faire ». Pour rappel, l’article 73 ouvre, en ses alinéas 3 et 4, le droit pour les collectivités ultramarines de fixer elles-mêmes, après habilitation, les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières relevant du domaine de la loi ou du règlement.Or l’alinéa 5 de ce même article exclut La Réunion d’une forme de pouvoir normatif délégué et de la faculté de fixer elle-même les règles applicables sur son territoire après habilitation. À plusieurs reprises, le chef de l’État s’est dit prêt à revenir sur cet alinéa 5. Face aux besoins et aux spécificités de notre île, le pragmatisme appelle à revenir sur cette disposition.Comme l’a rappelé le chef de l’État, il s’agit, à terme, d’aboutir à une responsabilité partagée entre l’État et les territoires ultramarins, au travers d’un nouveau pacte entre l’outre-mer et la République, pour plus d’expérimentations et d’adaptations du droit aux réalités des territoires ultramarins. Dans la même logique que celle ayant entraîné la tenue des Assises des outre-mer, il s’agit de donner un nouvel élan à notre département. Il serait regrettable pour La Réunion de se priver d’une telle avancée, qui lui permettrait, tout en restant ancrée dans la République française, de lever les obstacles jusqu’ici impossibles à éviter et ce, afin de servir le développement de notre île.Aussi vous serais-je reconnaissant, madame la ministre, d’indiquer à la représentation nationale les intentions du Gouvernement sur le devenir de cet alinéa 5 de l’article 73. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre des outre-mer.
Mme Annick Girardin. Monsieur le député, la question de ce qu’il convient d’appeler « l’exception constitutionnelle réunionnaise » se pose dans le cadre de la révision constitutionnelle à venir. Lors de la réforme, en 2003, avait été introduit par les parlementaires l’alinéa 5 dans l’article 73, afin que les habilitations à adapter les normes par les collectivités réunionnaises soient limitées à leur seul champ de compétences.Dans les autres collectivités, l’article 73 permet une habilitation qui peut être accordée dans l’ensemble des champs de l’État, à l’exception, bien sûr, des sujets régaliens. Comme vous l’avez souligné, monsieur le député, le Président de la République a déjà publiquement exprimé son ouverture à ce sujet.À l’heure de la différenciation dans l’exercice des compétences et de la relation de confiance renouvelée que le Premier ministre construit avec les territoires, il n’est pas question que le Gouvernement impose un choix. Les statuts des collectivités d’outre-mer sont en réalité très variés et ne se limitent pas à ce que laissent entendre les articles 73 et 74. La variété à l’intérieur de ces articles est importante : c’est une chance pour les territoires d’outre-mer car, selon moi, le droit doit s’adapter à la réalité des territoires et à leurs caractéristiques très variées.Le Gouvernement soutiendra une mesure qui serait présentée par les parlementaires pour faire évoluer le statut de La Réunion et vous aidera, si elle est soutenue par l’ensemble des parlementaires, à faire que La Réunion revienne dans le droit commun de l’article 73. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Situation des établissements de soins psychiatriques
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Paul Lecoq, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Ma question s’adresse à Mme la ministre de la santé. Il y a quarante ans, Vol au-dessus d’un nid de coucou dénonçait une vision totalitaire de la psychiatrie, que les hôpitaux français ont réussi à dépasser au prix d’une révolution portée par les personnels. Mais l’austérité s’est faite réactionnaire et menace de plus en plus ces progrès.Au Havre, les services d’urgences psychiatriques de Janet, faute de moyens, ne peuvent plus prendre en charge l’ensemble des patients. À Allonnes, où je me suis rendu à l’occasion du tour de France des hôpitaux des parlementaires communistes, l’établissement public de santé mentale de la Sarthe est confronté au double effet des récentes réformes de santé : diminution des moyens et regroupement forcé. Pour contrer cet appauvrissement, l’établissement s’est opposé à son intégration au sein du groupement hospitalier de son territoire ; c’est son droit.La psychiatrie étant le parent pauvre de la médecine, c’est aussi très souvent la cinquième roue du carrosse de ces restructurations. Face à cet acte de résistance des hospitaliers, l’agence régionale de santé s’est permis de produire un faux pour forcer son intégration dans ce groupement. Scandalisés, les instances dirigeantes et les syndicats de l’établissement ont engagé plusieurs recours contentieux contre l’ARS, jugés le 6 mai prochain. Mais Goliath s’est vengé en suspendant le paiement de toutes les factures de médicaments de l’hôpital, entraînant ainsi l’arrêt des livraisons. Ce chantage de la part de l’État met en péril le fonctionnement de l’établissement et la vie de nombreux patients.Madame la ministre, j’ai donc deux questions. Pouvez-vous garantir au personnel et aux patients le réapprovisionnement urgent des médicaments ? Et respecterez-vous la volonté de l’établissement public de santé mentale de la Sarthe de ne pas rejoindre le groupement hospitalier, sachant que l’établissement est porteur d’un projet alternatif pour l’établissement et pour la psychiatrie en général, ouvert sur la ville, ouvert sur l’ensemble des acteurs ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé.
Mme Agnès Buzyn. Monsieur le député, vous m’alertez sur une situation précise d’un hôpital, mais la psychiatrie, globalement, est une discipline en très grande difficulté dans notre pays. Elle a été le parent pauvre de la médecine pendant des années.J’ai donc souhaité renforcer l’offre de psychiatrie sur le territoire et proposer un plan pour la psychiatrie, que j’ai présenté à l’ensemble des acteurs professionnels au mois de décembre dernier. Dans ce plan, je me suis engagée à ce qu’il n’y ait plus aucune économie dans le secteur de la psychiatrie : les tarifs ne seront plus en diminution, mais en augmentation pour sanctuariser les financements dédiés à la psychiatrie qui, pour l’instant, fait l’objet d’une tarification par dotation globale. Je souhaite ensuite renforcer la formation des professionnels car, outre une offre de soins hétérogène sur le territoire, les pratiques professionnelles sont hétérogènes.Enfin, les patients atteints de pathologies mentales ont des difficultés à accéder aux soins somatiques, aux soins courants, dans les hôpitaux. J’ai demandé aux ARS que les quelques établissements qui, aujourd’hui, sont en dehors du secteur des GHT – groupements hospitaliers de territoire – car ils souhaitent rester individuels, intègrent les GHT car il est maintenant impératif d’organiser des filières de soins associant la santé mentale et la santé somatique. En effet, nous traitons une seule et même personne, dans sa globalité. Les établissements de soins psychiatriques ne peuvent plus rester à l’écart de la réflexion globale sur l’organisation de l’offre de soins que nous mettons en place. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Prévention du surendettement
M. le président (LAREM). La parole est à M. Philippe Chassaing, pour le groupe La République en marche.
M. Philippe Chassaing (LAREM). Madame la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, j’associe à ma question mon collègue Alexandre Holroyd.Le surendettement des particuliers touche aujourd’hui 180 000 personnes par an, pour un total de 7 milliards d’euros de dettes. Depuis le début de la décennie, la loi a mis fin à des dérives du crédit à la consommation et entraîne une baisse du nombre de dossiers présentés devant les commissions de surendettement. Cependant, le niveau demeure élevé, en particulier pour les personnes qui ont été amenées à souscrire le crédit de trop.Les conséquences sociales sont parfois dramatiques pour les personnes concernées et le traitement du surendettement entraîne des coûts importants pour la collectivité. Il conduit à effacer environ 3,5 milliards d’euros de dettes.La politique de prévention du surendettement des particuliers est donc essentielle. Dans ce dessein, l’article 55 de la loi du 26 juillet 2013 de séparation et de régulation des activités bancaires a prévu de rendre applicable à tous les établissements de crédits une charte d’inclusion bancaire et de prévention du surendettement établie par l’Association française des établissements de crédit et des entreprises d’investissement.Le volet « prévention du surendettement » de cette charte prévoit que chaque établissement de crédit doit se doter d’un dispositif de détection précoce de la fragilité financière de ses clients afin d’y apporter des réponses adaptées ainsi qu’un accompagnement. Ce volet essentiel de la politique de prévention du surendettement des particuliers, mis en œuvre depuis 2015, est établi de façon très inégale selon les banques.Madame la ministre, pourriez-vous indiquer comment vous envisagez d’améliorer la contribution des banques à la politique de prévention du surendettement ? Quelles sont, de façon générale, vos orientations pour améliorer l’inclusion bancaire, prévenir le surendettement des particuliers et améliorer le traitement des situations de surendettement ?
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances.
Mme Delphine Gény-Stephann. Monsieur le député, le Gouvernement est conscient des difficultés, notamment sociales et psychologiques, que les personnes les plus fragiles financièrement peuvent rencontrer. Le renforcement des obligations pesant sur les prêteurs en termes d’étude de solvabilité et d’accompagnement de leurs clients en situation de fragilité financière ainsi que les réformes successives relatives au crédit à la consommation ont permis une diminution continue du nombre de dossiers de surendettement depuis 2014. Vous le rappelez, une charte d’inclusion bancaire et de prévention du surendettement a été adoptée par l’Association française des établissements de crédit et des entreprises d’investissement.Les établissements de crédit doivent se doter d’un dispositif de détection précoce et de traitement des difficultés de leurs clients. Les critères de détection des clients que vous mentionnez sont limitatifs et fixés par un décret de juin 2014. Au-delà des personnes surendettées et celles inscrites au fichier de la Banque de France qui centralise les incidents de paiement, la banque tient compte d’irrégularités répétées de fonctionnement du compte pendant trois mois consécutifs et du montant de leurs ressources porté au crédit du compte. Sur cette base, les critères précis peuvent différer selon les établissements bancaires. Néanmoins, dans son rapport de juin 2017 sur l’inclusion bancaire, la Cour des comptes constate qu’ils sont globalement convergents.Vos remarques me poussent à souhaiter que notre vigilance continue de s’exercer sur ces points de fixation de critères.Pour ce qui concerne l’action de l’État en matière de prévention, la stratégie nationale d’éducation financière vise à permettre à chaque citoyen de disposer des bases économiques, budgétaires et financières nécessaires pour prendre les bonnes décisions financières tout au long de sa vie. Elle fédère autour du ministère de l’économie, de l’éducation nationale et de la Banque de France les initiatives en la matière. Depuis son lancement en décembre 2016, de nombreuses actions ont été développées, notamment de sensibilisation, de formation d’enseignants et d’intervenants sociaux. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Suppression de la taxe foncière
M. le président (LAREM). La parole est à M. Philippe Vigier, pour le groupe UDI, Agir et indépendants.
M. Philippe Vigier (UDI-AGIR). Monsieur le Premier ministre, le Président de la République a annoncé dimanche la suppression totale de la taxe d’habitation, après le vote de son exonération pour 80 % des Français l’année dernière.Cette mesure en faveur du pouvoir d’achat va coûter 21 milliards d’euros et risque de priver les collectivités territoriales d’une ressource indispensable pour plus de compétitivité et de solidarité dans les territoires. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe LR.)Emmanuel Macron a été très clair : il n’y aura pas de nouvel impôt, ni local ni national, d’ici à la fin du quinquennat.Notre groupe se réjouit de cette annonce, d’autant que les prélèvements obligatoires ont augmenté en 2017 et que les impôts seront toujours plus lourds en 2018. Mais, sans nouvel impôt, il faudra trouver d’autres sources de financement pour compenser la suppression de la taxe d’habitation.Notre groupe, monsieur le Premier ministre, est favorable à la suppression de la taxe d’habitation, mais des doutes doivent être levés. Pouvez-vous garantir qu’il y aura une compensation à l’euro près pour les collectivités territoriales et que leur autonomie financière sera conservée ? Pouvez-vous nous garantir qu’il y aura un lien entre les territoires et la fiscalité des ménages et des entreprises ?Pouvez-vous nous garantir qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts existants, en particulier de la taxe sur le foncier bâti ? Enfin comment allez-vous réduire la dépense publique de 21 milliards d’euros ?Monsieur le Premier ministre, les collectivités sont dans le flou et ont besoin de confiance.
M. Philippe Vigier (UDI-AGIR). Il faut les éclairer en répondant de façon précise à ces quatre interrogations.
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Olivier Dussopt. Monsieur le député, vous avez rappelé avec raison que le Président de la République a répété son engagement dimanche soir de supprimer la taxe d’habitation de 100 % des ménages. Il l’avait dit le 31 décembre et cela répond à votre préoccupation puisque, le 21 octobre, devant cette même assemblée, vous appeliez de vos vœux l’élargissement du dégrèvement à 100 % des ménages, et non 80 % comme c’était prévu.Le dégrèvement pour 80 % des ménages aura lieu partiellement dès cette année. Cela concerne 17 millions de ménages et, dans l’Eure-et-Loir, département qui vous est cher, ce sont 121 000 ménages qui verront une économie moyenne d’environ 150 euros.Dans la loi de programmation des finances publiques, nous avons prévu de compenser à l’euro près le dégrèvement qui concerne 80 % des ménages. L’élargissement de 80 à 100 % représente une dépense supplémentaire d’une dizaine de milliards d’euros quand on compte la taxe d’habitation des résidences principales et des résidences secondaires, et vous admettrez avec moi que c’est certainement un sujet à traiter de manière différente.
M. Olivier Dussopt. Nous avons aussi demandé à Alain Richard et à Dominique Bur de mener une mission afin d’établir les scénarios possibles pour compenser la taxe d’habitation et garantir l’autonomie financière des collectivités locales.
M. Olivier Dussopt. Différents scénarios sont sur la table. Il y a une ligne rouge que le Premier ministre et le Président de la République ont rappelée : ne pas accroître la pression fiscale, ne pas créer d’impôts nouveaux, travailler à une réallocation des impôts locaux existants et trouver, soit par des dotations, soit par l’affectation partielle du produit d’un impôt national, les moyens de garantir l’autonomie financière des collectivités tout en réalisant les économies nécessaires.Il y a une nuance à apporter à votre propos, monsieur le député. Vous nous demandez de nous engager à ce que la taxe foncière n’augmente pas. Vous savez comme moi que les taux de taxe foncière sont fixés par les élus locaux et pas par le Gouvernement. (Vives exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Olivier Dussopt. Par ailleurs, pas de création d’impôt, pas d’augmentation de la pression fiscale, compensation à l’euro près et garantie de l’autonomie des collectivités locales. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Crise au Yémen
M. le président (LAREM). La parole est à M. Fabien Gouttefarde, pour le groupe La République en marche.
M. Fabien Gouttefarde (LAREM). Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, le mardi 10 avril, le Président de la République a annoncé l’organisation à Paris, d’ici à l’été, d’une conférence humanitaire sur le Yémen. Je salue et soutiens bien entendu cette initiative, dont nous ne pouvons qu’espérer qu’elle constituera un forum permettant de trouver des solutions à ce conflit, surtout pour la population civile.Aujourd’hui, trois ans et demi après le début, en juillet 2014, de la guerre opposant les rebelles chiites Houthis aux forces pro-gouvernementales soutenues par la coalition menée par l’Arabie saoudite, le conflit s’enlise. Des millions d’enfants yéménites souffrent et des dizaines d’entre eux meurent chaque jour.Depuis des semaines, ONG et agences des Nations unies lancent un cri d’alarme, soulignant que, en raison du blocus qui empêche jusqu’aux convois humanitaires de venir en aide à la population, la plus grande famine de ces dernières décennies sévit dans le pays. On estime à 22 millions le nombre de personnes ayant désormais besoin d’une aide humanitaire au Yémen, soit 3 millions de plus qu’en 2017.Ces chiffres, nous pouvons tous en convenir, sont extrêmement alarmants. Président du groupe d’amitié France-Yémen, je ne peux y être insensible.Très récemment, monsieur le ministre, vous avez missionné deux émissaires, dont Patrice Paoli, directeur du centre de crise, afin qu’ils obtiennent de la coalition, notamment de l’Arabie saoudite, des engagements en matière de respect du droit international humanitaire, fer de lance de notre nouvelle stratégie humanitaire.Pouvez-vous, monsieur le ministre, nous préciser quels engagements ont été pris par les autorités saoudiennes et de quelle manière le gouvernement français entend s’assurer de leur respect ?
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian. Monsieur le député, la guerre déchire le Yémen depuis trois ans et demi, vous l’avez rappelé, et ce conflit est aujourd’hui dans l’impasse, ce qui entraîne une crise majeure, crise humanitaire, sanitaire, alimentaire. La situation des civils est absolument dramatique, vous l’avez indiqué avec beaucoup d’exactitude.Deux principes du droit des conflits armés s’imposent à la communauté internationale : la protection des civils et le libre accès à l’aide humanitaire. Ces principes ne sont pas optionnels, mais s’imposent à tous : à la coalition arabe, à l’Arabie saoudite, mais aussi aux Houthis, et donc à l’Iran, qui les aide par des livraisons d’armements.C’est sur ces bases que nous discutons avec les autorités de la coalition en particulier. On note des progrès, puisque la coalition a décidé de mobiliser 1,5 milliard de dollars pour favoriser l’aide humanitaire, mais ce n’est pas suffisant : il faut aussi lever les restrictions sur l’accès à l’aide humanitaire dans les ports, en particulier celui d’Hodeida, et dans les aéroports, notamment celui de Sanaa.C’est ce que le Président de la République a indiqué au prince héritier lorsque celui-ci est venu à Paris la semaine dernière ; c’est ce que j’ai dit moi-même aux plus hautes autorités de l’Iran, lorsque je m’y suis rendu le mois dernier.C’est pourquoi se tiendra avant l’été une conférence internationale sur l’aide humanitaire visant à mobiliser l’ensemble des acteurs sur ce sujet. Mais la vraie réponse ne peut être que politique, sous le mandat et la responsabilité des Nations unies. La nomination récente de M. Griffiths pour essayer de faire avancer une solution politique est une bonne chose, car il ne peut y avoir de gagnant dans cette crise épouvantable dont vous avez rappelé les aspects essentiels. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). Nous avons terminé les questions au Gouvernement.
M. le président (MODEM). La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon, pour un rappel au règlement.
M. Jean-Luc Mélenchon (FI). Au titre de l’article 58, alinéa 1, du règlement, qui traite de l’organisation de nos débats, je demande à la présidence d’intervenir auprès de nos collègues du groupe La République en marche, afin que ne se reproduise plus ce qui s’est produit tout à l’heure de façon assez imprévisible et, pour tout dire, inacceptable. L’une des membres de mon groupe, Mme Muriel Ressiguier, a été mise en cause pour sa participation à une manifestation à Montpellier.Les interpellations personnelles, a fortiori adressées à des députés absents, ne sont pas, me semble-t-il, l’objet des questions au Gouvernement. J’ajoute, en vous demandant de bien entendre ce que je dis, qu’un élu qui n’est évidemment pour rien dans les faits incriminés – puisque nous n’approuvons en aucun cas les saccages ou les actes violents, où qu’ils se produisent –, et qui manifeste en essayant de donner des conseils aux policiers sur le parcours, ne doit pas être pointé du doigt et ainsi désigné à la vindicte publique.Mme Muriel Ressiguier fait déjà l’objet, comme quatre d’entre nous, de menaces de mort de la part de groupuscules d’extrême droite, lesquels se sentent encouragés par ce genre de dénonciations pour se livrer à tous les abus contre nous. C’est encore le cas pour Mme Ressiguier, qui est visée, elle, son local et ses proches, par de nouvelles menaces.Je demande donc à la présidence, disais-je, d’intervenir auprès du groupe La République en marche pour demander qu’on n’utilise pas les séances de questions au Gouvernement pour procéder à des règlements de comptes entre organisations ou entre élus locaux – car, j’en suis sûr, ce qui s’est produit est une initiative purement personnelle. Il faut être respectueux du cadre dans lequel nous travaillons. C’est le Gouvernement qu’on interpelle dans les questions au Gouvernement, non les collègues, surtout lorsque, n’étant pas là, ils ne peuvent pas répondre. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
M. le président (MODEM). Je vous remercie, monsieur le président Mélenchon, et prends acte de votre demande.
Déclaration du Gouvernement sur le projet de programme de stabilité pour les années 2018-2022 suivie d’un débat et d’un vote sur cette déclaration
M. le président (MODEM). L’ordre du jour appelle une déclaration du Gouvernement sur le projet de programme de stabilité pour 2018-2022 suivie d’un débat et d’un vote sur cette déclaration, en application de l’article 50-1 de la Constitution.La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances.
M. Bruno Le Maire. Monsieur le président, monsieur le rapporteur général de la commission des finances, mesdames, messieurs les députés, je suis très heureux de vous présenter aujourd’hui, avec mon collègue ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, le programme national de réforme et le programme de stabilité, qui sont tous deux les gages de notre crédibilité retrouvée auprès de l’Union européenne et de ses États membres. Ces deux programmes seront transmis à Bruxelles avant la fin du mois, puis discutés avec les autres États membres dans le courant du mois de juin. Leur objectif est de convaincre nos partenaires que la France poursuivra son travail de transformation de l’économie et de rétablissement de ses finances publiques. Ce travail a déjà donné des résultats puisque, en 2017, nous sommes passés, pour la première fois depuis dix ans, sous la barre des 3 % de déficit public. Nous tenons donc nos engagements européens.Pourquoi est-il nécessaire de continuer dans cette direction ? Tout d’abord parce que, même si la France a retrouvé le chemin d’une croissance solide et stable, le niveau de cette croissance demeure inférieur à celui de la moyenne des États de la zone euro. Or, en matière économique, la vocation de la France n’est pas d’être dans la moyenne, mais en tête des États.Il est également nécessaire de poursuivre dans cette direction car nous sortons de trente années de chômage de masse, et parce que notre niveau de chômage structurel reste supérieur à celui des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques – OCDE –, la formation et la qualification n’ayant pas été adaptées, depuis trente ans, aux besoins de notre économie. Cette direction est aussi nécessaire car nous enregistrons, depuis 2001, un déficit de notre balance commerciale. Ce déficit, qui ne cesse de se creuser, reflète la compétitivité perdue de l’économie française.Il est tout aussi nécessaire de poursuivre ce travail de rétablissement de nos finances publiques au regard des dépenses publiques elles-mêmes, puisque leur part dans la richesse nationale, 55 %, reste la plus élevée de tous les pays de l’OCDE. Cette direction est nécessaire, enfin, car notre taux de prélèvements obligatoires – 45 % de la richesse nationale – demeure, depuis des années, l’un des plus élevés des pays développés.Pourquoi ce travail de transformation, engagé sous l’autorité du Président de la République et du Premier ministre, doit-il être poursuivi dès à présent ? Parce que la croissance est là. Et c’est lorsqu’elle est là qu’il faut engager et accélérer le travail de transformation de notre économie. Cette croissance a atteint 2 % en 2017 et, au titre de la trajectoire budgétaire, 2 % ont été inscrits en 2018 et 1,9 % en 2019. C’est donc le moment de transformer l’économie française.J’ajoute que cette croissance, dont nous anticipons un léger ralentissement à partir de 2020, est exposée à des risques que nous connaissons tous, et principalement à deux. Le premier est celui d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, laquelle pourrait avoir des effets importants sur le niveau de la croissance mondiale, donc sur celui de la croissance française. Le deuxième risque, à mes yeux, est la remontée progressive des taux d’intérêt car, l’argent étant plus cher, l’investissement dans l’innovation deviendrait plus difficile. Nous connaissons ces risques, et notre niveau de croissance est aujourd’hui solide et stable. C’est bien la preuve qu’il faut accélérer le mouvement de transformation de notre économie et de notre dépense publique.La stratégie que Gérald Darmanin, ministre de l’action et des comptes publics, et moi-même défendons repose sur deux piliers : la réduction de la dépense publique – sur laquelle Gérald Darmanin vous donnera toutes les précisions – et la poursuite de la transformation structurelle de notre économie.Sortir de cette addiction à la dépense publique, réduire la part de la dépense publique dans l’économie française nous permettra de parvenir à trois résultats, indispensables tant pour la nation française que pour les ménages français.Le premier de ces résultats est de sortir de la procédure pour déficit excessif, qui a été ouverte contre notre pays. Nous pensons y parvenir cette année, mais nous savons que la sortie définitive de cette procédure dépendra de notre capacité à baisser non seulement la dépense courante, mais aussi la dépense structurelle. Nous avons, dans cet objectif, prévu de réduire cette dernière de 0,1 point en 2018 et de 0,3 point en 2019. De la sortie définitive de la procédure pour déficit excessif dépend la crédibilité de la parole politique de la France, car il n’y a pas de parole politique crédible lorsque d’un autre côté, la dette et les déficits s’accumulent. Il n’y a pas de parole politique crédible auprès de nos partenaires européens quand les engagements que nous avons pris souverainement et librement auprès d’eux ne sont pas respectés.Le deuxième objectif que nous pouvons atteindre en poursuivant cette stratégie de réduction des dépenses publiques, c’est évidemment la réduction de la dette. Le cap fixé au début du quinquennat était le suivant : 5 points de dette publique en moins, 3 points de dépenses publiques en moins, et 1 point de prélèvements obligatoires en moins. Vous pouvez remplacer ces chiffres par les suivants : 8, 3 et 1, car nous visons désormais 8 points de dette publique en moins d’ici à la fin du quinquennat.Je le répète, la dette est un poison lent qui menace l’économie française, qui grève la compétitivité de notre économie et de nos entreprises. La dette est un fardeau injuste qui pèsera sur les épaules des générations futures. Tout le monde, dans cet hémicycle, sait que les taux d’intérêt remonteront progressivement d’ici à la fin de l’année 2018 ou le début de l’année 2019. Tout le monde sait, par conséquent, que la charge de la dette pèsera plus lourd sur les générations futures. Notre responsabilité collective, notre ardente responsabilité est de réduire son niveau, de façon qu’elle ne pèse pas sur nos enfants et sur les générations futures. Huit points de dette publique en moins, tel est l’objectif que nous nous fixons pour 2022.Le troisième objectif enfin que nous visons avec cette stratégie en matière de finances publiques est la baisse des impôts. Les impôts restent trop lourds pour les ménages français et nuisent à la compétitivité de nos entreprises. Nous maintenons le cap de réduire de 1 point les prélèvements obligatoires d’ici à la fin du quinquennat.Le deuxième axe de notre stratégie, ce sont les réformes structurelles, avec un premier volet : libérer le potentiel de notre économie. Nous avons commencé à libérer celui de nos entreprises avec la réforme du marché du travail et la réforme fiscale, la plus importante jamais menée ces trente dernières années. Allégeant la fiscalité du capital, elle permet à nos entreprises d’investir davantage avec un capital moins cher. Le mouvement se poursuivra avec la future loi sur la croissance et la transformation des entreprises, laquelle visera à lever les obstacles qui empêchent nos PME de grandir, d’exporter et de devenir des entreprises de taille intermédiaire.Le deuxième volet de ces réformes structurelles, c’est l’innovation, la formation, et la capacité à nous saisir de toutes les technologies futures, qui feront que notre économie réussira mieux que celle des autres pays développés. La constitution du fonds pour l’innovation de rupture ainsi que les mesures prises en faveur de la formation et de l’apprentissage vont dans ce sens. Notre économie doit monter en gamme et, pour cela, elle doit innover, mieux former les générations futures et élever leur qualification.Le troisième volet de ces réformes structurelles, c’est le partage de la croissance retrouvée avec ceux qui en sont les premiers responsables, c’est-à-dire les salariés de notre pays – ouvriers, employés, cadres. Tous ceux qui font qu’une entreprise tourne, obtient des résultats et dégage des bénéfices doivent être mieux associés à ses résultats. La décision du Président de la République de supprimer le forfait social sur l’intéressement pour toutes les entreprises de moins de 250 salariés est un levier puissant pour mieux récompenser les salariés, lorsque leur entreprise se porte bien. Nous ne pouvons pas accepter qu’une petite entreprise, parce que le forfait social est trop élevé ou trop complexe, ne distribue pas d’intéressement, alors qu’elle dégage des bénéfices et des profits grâce au travail de ses salariés. C’est une question de justice et d’équité.Enfin, le dernier volet de ces réformes structurelles est la transformation de l’État, sur laquelle Gérald Darmanin vous apportera toutes les précisions nécessaires.Je conclurai mon propos en insistant sur le fait que ce programme national de réforme et ce programme de stabilité, au-delà de la stratégie nationale qui est la nôtre, s’inscrivent dans une stratégie européenne que je souhaite rappeler. J’entends, ici ou là, beaucoup de commentaires sur de prétendues difficultés entre le gouvernement allemand et le gouvernement français au sujet de la transformation de la zone euro. Je veux vous rassurer : le travail en cours est silencieux, exigeant, secret pour le moment, mais il doit nous permettre d’obtenir une véritable feuille de route franco-allemande d’ici à la tenue du prochain Conseil européen de juin sur la transformation de la zone euro.Oui, nous travaillons, main dans la main, avec le gouvernement allemand, à la réalisation de l’union bancaire, de l’union des marchés de capitaux, à la mise en place d’un budget de la zone euro destiné à protéger les pays de la zone contre les crises économiques, ou encore à investir et innover. Je suis convaincu que, dans les mois qui viennent, nous parviendrons, avec notre partenaire allemand, à un compromis responsable et ambitieux sur la transformation de la zone euro, car soyons lucides : tous les efforts que nous faisons au niveau national pour réformer notre économie n’ont de sens que si nous les démultiplions au niveau européen, en retrouvant une puissance économique européenne capable de rivaliser avec la Chine et avec les États-Unis.L’enjeu est là : voulons-nous être souverains économiquement et technologiquement face à la puissance chinoise ou face à la puissance américaine, ou acceptons-nous de n’être que des vassaux ? La France n’est pas un pays vassal ; c’est un pays souverain dans une Europe souveraine. Cette souveraineté repose à la fois sur la transformation économique du pays et sur l’achèvement de la zone euro. Nous accomplirons les deux objectifs d’ici à la fin du quinquennat. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
M. le président (MODEM). La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics.
M. Gérald Darmanin. Monsieur le président, monsieur le président et monsieur le rapporteur général de la commission des finances, madame la présidente de la commission des affaires européennes, mesdames, messieurs les députés, comme vient de le dire le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, nous sommes réunis pour débattre du programme de stabilité que le Gouvernement transmettra dans les prochains jours à la Commission européenne, après que nous l’avons tous deux présenté en Conseil des ministres la semaine dernière. Nous avons également eu l’occasion de partager certaines informations avec les présidents et rapporteurs généraux des commissions des finances et des affaires sociales et des deux chambres.Je suis d’autant plus heureux de la tenue de ce débat que le Gouvernement a décidé de soumettre au vote sa déclaration sur le projet de programme de stabilité, ce qui n’avait pas toujours été le cas par le passé. On avait regretté, les années précédentes, que le Parlement débatte peu et ne se prononce pas sur un projet qui engage la France et ses comptes publics.Ce projet de programme est intéressant en ce qu’il présente les réformes qui seront menées par notre pays pour atteindre l’objectif de stabilité budgétaire, sur lequel la France s’est engagée au niveau européen. Il actualise en outre la loi de programmation des finances publiques avec les derniers chiffres disponibles, que nous avons eu l’occasion de présenter. C’est sur ce point que je centrerai mon intervention.Depuis le début de l’année, nous savons que la France aura respecté en 2017 son engagement de ramener son déficit sous le seuil des 3 % de produit intérieur brut – PIB –, ce à quoi nous nous étions engagés, avec Bruno Le Maire, à la suite du discours de politique générale du Premier ministre et conformément à la volonté du Président de la République. À notre connaissance, le déficit s’établit, pour l’instant, à 2,6 % du PIB, ce qui ouvre la voie à une sortie de la procédure pour déficit excessif. Nous devons continuer dans cette direction. Ce n’est qu’une étape sur le chemin de l’assainissement des finances publiques, qui reste encore long. Ce résultat, meilleur qu’anticipé, constitue un encouragement à faire davantage : réduire davantage la dépense publique, mener davantage de réformes, s’assurer de la continuité de l’action gouvernementale et de l’évaluation des politiques publiques. Comme l’a d’ailleurs fait remarquer la commission des finances, ce résultat de 2,6 % tient, bien sûr, à l’amélioration du contexte macroéconomique, mais aussi au redressement budgétaire engagé à l’été 2017. Les perspectives européennes s’annoncent beaucoup plus positives que l’année dernière.C’est un encouragement à poursuivre notre action résolue en matière de réduction des dépenses publiques. À la fin du mois d’avril et au début du mois de mai, le comité Action publique 2022 rendra sa copie. Après une réunion interministérielle et des discussions avec les organisations syndicales, les forces vives et les forces politiques, nous aurons à débattre ici des améliorations du service public et des réformes permettant notamment, mais pas seulement, de dégager des marges de manœuvre budgétaires. Le projet de loi de finances pour 2019 intégrera une partie des réformes prévues par le comité Action publique 2022.La reprise de la croissance, par les recettes nouvelles qu’elle procure, permet l’amélioration des comptes publics. Nous le savons tous, elle est liée à des facteurs internationaux, mais aussi au climat de confiance retrouvé depuis l’élection présidentielle et l’élection de la majorité parlementaire, et bien sûr aux très nombreuses dispositions fiscales et économiques que nous avons fait voter, avec Bruno Le Maire, dès le projet de loi de finances pour 2018.Le programme national de réforme, qui accompagne le programme de stabilité, suffit à démontrer l’ampleur de la tâche qui attend la majorité parlementaire, le Président de la République et le Gouvernement, ainsi que le courage dont ils auront à faire preuve. Il a pour ambition de redonner au pays la mobilité mise à mal par des années d’absence de choix, qui se sont traduites non seulement par un malaise de la société et des difficultés économiques, mais aussi par l’augmentation simultanée de la dépense publique, des prélèvements obligatoires et de la dette publique.L’engagement pris par le Président de la République lors de la campagne présidentielle sera tenu. Le programme de stabilité confirme ce que prévoyait la loi de programmation des finances publiques : une réduction du poids de la dépense publique de 3 points ; une réduction de 1 point des prélèvements obligatoires ; un retour à l’équilibre des finances publiques. Pour la première fois depuis quarante ans, c’est-à-dire avant même que le Président de la République ne soit né, si je puis me permettre de faire allusion à son âge, nous pouvons envisager l’équilibre des comptes publics en 2022. C’est un objectif politique qui doit rassurer chacune et chacun des Français quant à la bonne utilisation de l’argent public et des impôts dont ils s’acquittent.Lors de la question qu’il a posée au Gouvernement tout à l’heure, M. Vigier a dit que les prélèvements obligatoires avaient augmenté en 2017. Il faut préciser que cette augmentation est aussi due à la décision du comptable public de comptabiliser au titre des impôts des choses qui ne l’étaient pas auparavant : c’est le cas, par exemple, de la redevance audiovisuelle ou de la taxe à 3 % sur les dividendes. Dont acte. C’est avec ces chiffres revus que nous vous présentons ce programme de stabilité, ce qui peut expliquer les différences avec la loi de programmation des finances publiques.Nous devons continuer notre travail sur le déficit et la dépense publique. Dès 2018, le déficit public sera ramené à 2,3 %, après l’avoir déjà été à 2,6 % en 2017. Plus précisément, la dépense publique croîtra deux fois moins vite – 0,7 % en volume en 2018 contre 1,8 % constaté en 2017 –, ce qui permettra de réduire le poids de la dépense publique dans le PIB de 0,7 point. Ce sera une très forte baisse de la dépense publique, en cohérence avec l’engagement du Gouvernement de diminuer les dépenses publiques, hors crédits d’impôts, de plus de 3 points de PIB sur le quinquennat. Je le dis tout spécialement à l’attention de M. de Courson – il n’est pas là, mais je suis sûr que, là où il est, il nous entend – qui avait évoqué à plusieurs reprises lors des discussions budgétaires cette évaluation de la dépense publique « hors crédits d’impôts ».Toutes les administrations publiques seront mobilisées pour parvenir à ce résultat, qu’il s’agisse de l’État ou de la Sécurité sociale, avec le maintien d’un objectif national de dépenses d’assurance maladie – ONDAM – à 2,3 %, objectif qui sera donc deux années de suite plus ambitieux que celui des années précédentes. En outre, les collectivités territoriales poursuivront, dans le cadre de leur pacte financier avec l’État, leur effort de maîtrise des dépenses. On nous avait objecté que les collectivités ne signeraient jamais de tels contrats, mais je remarque, avec M. le ministre de l’économie et des finances, que non seulement le Conseil constitutionnel a validé l’intégralité des dispositions relatives aux collectivités territoriales, mais que M. le Premier ministre a eu l’occasion, la joie et le bonheur de signer les premiers contrats avec des départements et des collectivités de toute taille. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.) Et j’ai moi aussi de très nombreux rendez-vous avec des élus de tous types de collectivités, y compris de collectivités n’étant pas appelées à contractualiser, qui sont néanmoins soucieux de s’engager dans un processus vertueux de maîtrise de leurs dépenses publiques.Cela montre à quel point nous avons eu raison, avec Jean-René Cazeneuve, rapporteur spécial de la mission « Relations avec les collectivités territoriales », de faire confiance à l’intelligence territoriale, et de ne pas choisir, comme certains nous y avaient engagés, soit le laxisme absolu, soit la baisse des dotations des collectivités.Ce pacte territorial permettra non seulement de tenir les engagements de l’État s’agissant des comptes publics mais aussi de rassurer la Commission européenne et le premier président de la Cour des comptes ainsi que, j’en suis sûr, chacune et chacun de vous, mesdames et messieurs les députés.En 2018, je l’ai dit, la montée en puissance d’Action publique 2022 nous permettra de poursuivre ces efforts, tout en continuant à redonner du sens à l’action publique. Ce sera notamment l’occasion de revoir certaines politiques publiques, après celles du travail et du logement, l’année dernière. Le projet de loi de finances pour 2019 évoquera des pistes d’économies et de changements structurels, qui ne seront pas paramétriques. Alors que je reçois tous mes collègues du Gouvernement en ce moment, je veux dire que j’ai institué une nouvelle méthode en matière de comptes publics. Je pourrai ainsi tenir mon engagement de ne pas présenter cet été de décret d’avance, comme cela se faisait habituellement, puisque la maîtrise du budget de 2018 est avérée et que la réserve s’établit à 3 %. Je suis aussi très heureux de pouvoir dire que, contrairement aux années précédentes, aucun ministère n’a connu de dégels de crédits, alors que ce dégel avait parfois lieu dès la première semaine de janvier, ce qui ne témoignait pas d’une grande intelligence pratique de la part des gestionnaires.Il n’y aura donc ni dégel de crédits – au contraire un gel de 3 % –, ni décret d’avance.
M. Boris Vallaud (NG). Évidemment, il y a de la croissance, maintenant !
M. Gérald Darmanin. Je crois, monsieur le rapporteur général, que l’œuvre de sincérité budgétaire à laquelle nous nous sommes attachés permet d’assurer les parlementaires que les chiffres qu’ils ont discutés puis votés ici dans le budget, durant de longues journées et de longues nuits, ont été respectés. Je pense que chacun en sera rassuré.La trajectoire que nous vous présentons prévoit une maîtrise des dépenses d’assurance maladie sur le quinquennat, tandis que la baisse du chômage, qui se confirme de mois en mois, devrait permettre un retour à l’équilibre de l’UNEDIC dès 2019.En ce qui concerne les prélèvements obligatoires, M. le ministre de l’économie et des finances l’a dit, nous avons fait le choix de diminuer de plus de 10 milliards d’euros les impôts et les taxes qui pèsent sur les agents économiques mais aussi sur les ménages, avec la suppression de la taxe d’habitation. Nous n’en resterons pas là, l’objectif poursuivi étant effectivement de diminuer la fiscalité, ce qui n’a toutefois de sens et ne peut être durable que si l’on baisse d’abord la dépense publique.
M. Gérald Darmanin. Bien sûr que si, monsieur le député ! Il aurait fallu que vous écoutiez la première partie du propos, que je suis prêt à répéter une seconde fois si vous le souhaitez.Jamais la dépense publique n’aura autant diminué ces dernières années, ce qui permettra à la baisse des prélèvements obligatoires de n’être pas « en peau de lapin », pour reprendre l’expression d’un grand auteur (Sourires). Elle sera bien réelle, puisqu’elle s’accompagne d’une baisse de la dépense publique. Elle se poursuivra, de façon que les prélèvements obligatoires ne représentent pas plus de 44,4 % du PIB en 2022, soit une baisse d’1 point, comme promis par le Premier ministre lors de son discours de politique générale. Enfin, M. le ministre de l’économie et des finances l’a dit, nous travaillons également à diminuer un certain nombre de taxes de production, que nous pouvons diminuer encore plus que nous ne le faisons de la dépense publique et du déficit. Et nous aurons bientôt à discuter, sujet auquel je comprends que les parlementaires s’intéressent, de la refonte de la fiscalité locale, après la remise de leur rapport par MM. Alain Richard et Dominique Bur au terme de leur mission.
M. Pierre Cordier (LR). Les parlementaires s’y intéressent de très près !
M. Gérald Darmanin. J’en viens à la dette. 2017 aura été l’année où M. le ministre de l’économie et des finances et moi-même aurons pu atteindre l’objectif principal de ramener le déficit en-dessous de 3 %. Ce n’était pas si évident, je le rappelle. Nous y sommes parvenus alors qu’il y a encore quelques semaines ou quelques mois, nous disions dans cet hémicycle que cela n’était pas possible. Nous nous sommes à présent fixé un autre objectif, car M. Le Maire et moi aimons à nous fixer ensemble des objectifs : c’est de baisser la dette publique dès cette année, alors que, dans la loi de programmation des finances publiques, il était prévu qu’elle ne baisse qu’à partir de 2020. Ce point, qui figure dans le document que nous vous présentons, rassurera certainement chacune et chacun des observateurs attentifs de la vie de notre pays.Notre dette est en effet un poids d’autant plus lourd qu’elle appartient, pour les deux tiers, à des créanciers étrangers, et que, comme vous l’avez constaté, mesdames, messieurs les députés, les taux d’intérêt ont tendance à augmenter. Nous avons certes eu la sagesse, avec monsieur le rapporteur général, de prévoir cette hausse dans la loi de finances. Aujourd’hui, les taux se situent encore en dessous de nos prévisions. À ce titre, nous avons donc encore un peu de marge, si j’ose dire, mais il ne faudrait pas que, compte tenu de l’incertitude qui prévaut, ils n’augmentent trop durant le quinquennat. Cette hausse conduirait en effet à des difficultés si nous ne nous désendettions pas dès l’année prochaine, mais il est bien prévu dans le document que nous vous présentons d’entamer ce désendettement.Voilà en quelques mots, s’agissant des comptes publics, la trajectoire que nous présenterons à la Commission européenne. Même si, mesdames, messieurs les députés, le chemin exige encore beaucoup de travail, appelle encore des réformes et de l’action, M. le ministre de l’économie et des finances et moi-même, sous l’autorité du Premier ministre, sommes heureux après un an de gestion de vous présenter des comptes publics déjà en meilleur état, et ô combien, que ceux que nous avons trouvés à notre arrivée. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
M. le président (MODEM). Nous en venons aux orateurs inscrits dans ce débat.La parole est à M. Jean-Louis Bricout.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Monsieur le président, messieurs les ministres, madame la présidente de la commission des affaires européennes, monsieur le président et monsieur le rapporteur général de la commission des finances, mes chers collègues, le programme de stabilité que le Gouvernement va soumettre à la Commission européenne acte le retour du déficit public de la France sous la barre des 3 %, nous permettant de sortir de la procédure de déficit excessif dès l’été 2018. L’analyse montre globalement que cette évolution positive est liée davantage à la conjoncture qu’à des efforts structurels.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Si nous saluons cette avancée, nous ne partageons pas l’analyse du Gouvernement, qui s’attribue l’entière paternité de ce résultat, comme si tout avait commencé en juin 2017.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Elle a demandé au Gouvernement d’indiquer ce que serait la trajectoire des finances publiques, sans les impacts de la loi de finances pour 2018, c’est-à-dire sans les mesures adoptées par l’actuel Gouvernement.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Cette trajectoire est d’ailleurs présentée à l’avant-dernière page du document.Cet éclairage est fort intéressant. Il montre que, pour l’année 2018, le déficit public s’établirait à 2,6 % du PIB.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Autrement dit, les engagements européens de la France sont respectés sans l’action du Gouvernement actuel (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Gérald Darmanin rit aux éclats.) Cela signifie donc que le résultat obtenu provient des politiques mises en œuvre avant la nomination de l’actuel Gouvernement.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Il me semble d’ailleurs avoir entendu le Président Macron dire, au moment de la réforme du code du travail, que les mesures n’auraient d’impact que dans deux ans. Dans deux ans, on tirera donc le bilan du Gouvernement !
M. Jean-Louis Bricout (NG). Toujours sans tenir compte de l’impact de la loi de finances pour 2018, le déficit public s’établirait à 1,9 % du PIB en 2019. Là aussi, ce résultat est obtenu grâce aux mesures du précédent Gouvernement.
M. Gérald Darmanin. On se demande pourquoi vous n’avez pas gagné, alors !
M. Jean-Louis Bricout (NG). Messieurs les ministres, nous voyons bien que vous tentez d’en minimiser la portée : permettez-moi de remercier la Commission européenne de vous contraindre à cette honnêteté intellectuelle.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Ce que le précédent Gouvernement a fait et les mesures que nous avons votées portent leurs fruits. Les entreprises ont été soutenues, leurs marges se sont reconstituées, et elles sont dans une dynamique d’investissement. D’ailleurs, si l’on analyse plus finement la croissance actuelle, on s’aperçoit qu’elle est tirée par les investissements des entreprises et le logement, mais pas du tout assez par la consommation interne – ce qui est bien dommage. Cette croissance retrouvée se traduit bien entendu également par des rentrées fiscales supplémentaires.On peut s’interroger sur l’impact de vos mesures fiscales et économiques. Sur ce point, nous ne partageons pas votre optimisme.Dans sa note du 15 janvier dernier, l’Observatoire français des conjonctures économiques – OFCE – estime que les mesures votées pour 2018 auront un impact négatif dans les deux prochaines années et conduiront à une contraction du PIB, de 0,2 point en 2018 et de 0,1 point en 2019.Selon ce document, seules les mesures mises en place sous le quinquennat Hollande permettront – heureusement – de compenser cet effet négatif sur la croissance : « En revanche, les mesures mises en place les années antérieures apporteraient un gain de croissance significatif en 2018 et 2019, permettant d’avoir au final une contribution positive de la politique budgétaire au PIB ».
M. Jean-Louis Bricout (NG). Après 2019, ce sont les perspectives de trajectoire jusqu’en 2022 que la Commission européenne va analyser. En la matière, le Haut conseil des finances publiques juge optimiste votre scénario sur la croissance économique à l’horizon 2022, vu notamment les hypothèses retenues en matière de hausse des taux d’intérêt.Or c’est justement sur les années 2021 et 2022 que vous concentrez l’essentiel de l’effort structurel pour notre économie, en vous attachant à la fois aux dépenses structurelles et à de nouvelles mesures relatives aux prélèvements obligatoires, soit, au total, un gain de 0,1 point de PIB en 2021 et en 2022.Pour obtenir un excédent budgétaire à l’horizon 2022, vous accélérez la réduction des dépenses structurelles mais vous activez aussi les recettes structurelles. Sur ce double effet, nous serions preneurs d’informations précises, pour bien comprendre ce que vous envisagez.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Encore une fois, jamais l’économie française n’a supporté un effort structurel de 0,5 point de PIB sur une année. S’il est inscrit, c’est bien que quelque chose se cache derrière ce chiffre. S’agit-il d’achever définitivement le dispositif des emplois aidés ? Ou bien, peut-être, de dévitaliser complètement notre fonction publique en réalisant la promesse de campagne du Président, de vous priver de 120 000 fonctionnaires ?Messieurs les ministres, nous saluons la perspective de sortie de la procédure de déficit excessif.
M. Jean-Louis Bricout (NG). Nous la saluons d’autant plus qu’elle marque la concrétisation des efforts engagés avec sérieux sous le précédent quinquennat. (Applaudissements sur les bancs du groupe NG.)
M. Éric Coquerel (FI). Mes chers collègues, nous débattons aujourd’hui du programme de stabilité pour 2018-2022, soit du prochain carcan économique et financier européen pour nos politiques publiques. À ce document est adossé un programme national de réforme, qui détaille comment la France devra mettre en place les réformes voulues par l’Union européenne.Ce débat donnera lieu à un vote. On peut toutefois s’interroger : à quoi bon voter puisqu’en la matière, l’avis du Parlement est purement consultatif ? Le Gouvernement rendra ensuite sa copie à la Commission européenne, qui, en matière budgétaire, a malheureusement bien plus de poids que notre Parlement, dont c’est pourtant une des missions majeures.Notons que nous n’avons reçu le programme de stabilité et le programme national de réforme que vendredi dernier, et que le rapport du rapporteur général de la commission des finances sur le programme de stabilité n’a été publié qu’hier soir à 21 heures. Voilà sans doute le nouveau monde que vous voulez instaurer !Mais intéressons-nous au contenu du programme de stabilité.Ce document nous présente un contexte macroéconomique positif. La croissance française serait en hausse au cours des prochaines années, proche de 2 %, ce qui permettrait de réduire les déficits. Toutefois, si la croissance française se redresse, ce n’est nullement le fait de la politique menée sous la présidence d’Emmanuel Macron, pas plus que de François Hollande.
M. Éric Coquerel (FI). Le Gouvernement, nous le savons tous, profite d’un contexte mondial très favorable, avec une croissance globale proche de 4 % entre 2018 et 2019, soit le double de la croissance française. Notons également que ces chiffres s’appuient sur des prévisions qui pourraient se révéler très optimistes. Dans son avis, le Haut conseil des finances publiques relève des facteurs d’incertitude tels que la « politique budgétaire très expansive » des États-Unis, qui pourrait alimenter plus que prévu l’inflation, la « poursuite de la hausse des cours de pétrole », la « mise en place de mesures protectionnistes » ou les « tensions géopolitiques ». On pourrait ajouter à cette liste les raisons structurelles mêmes des crises financières que nous connaissons depuis plusieurs années, notamment de la dernière en date, celle des subprimes.Car, nous le savons tous, la question n’est malheureusement pas de savoir si une nouvelle crise financière surviendra, mais plutôt quand elle se déroulera. Les importants soubresauts boursiers au début du mois de février l’ont laissé entrevoir. Malheureusement, avec le découplage actuel entre les cours de la bourse et la réalité, nous ne doutons pas que l’ajustement qui se prépare sera, nous n’en doutons hélas pas, très brutal.Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international – FMI –, l’a elle-même dit très clairement : « Il nous faut anticiper d’où viendra la prochaine crise. » La politique monétaire menée depuis des années par la Banque centrale européenne, comme la politique fiscale de ce gouvernement en faveur de la finance, je le crains, ne feront qu’aggraver les effets de la prochaine explosion, comme ce fut le cas en 2010.Au demeurant, si le programme de stabilité nous présente un contexte économique positif, nous devons nous demander si cela se traduit par un plus grand bien-être pour les populations.Le climat social actuel, avec des mobilisations dans tous les secteurs de la société, avec une grogne qui se fait entendre partout – dans les universités, à l’hôpital, à la SNCF, dans tous les services publics, hormis ceux qui ont une vision conspirationniste de l’histoire et qui pensent qu’il suffit de quelques députés de La France insoumise pour la produire – répond à la question posée. Les citoyens sont tout sauf satisfaits de la politique qui est menée, et ils le font entendre.La vision étriquée du macronisme – faut-il d’ailleurs employer ce néologisme, plutôt que parler tout simplement de néolibéralisme ? – est bel et bien nocive. De ce point de vue, nous le disons très clairement, le niveau du PIB ou du déficit ne suffisent pas à mesurer les effets d’une politique.Le Gouvernement veut appauvrir et affaiblir l’État en baissant à la fois les dépenses et les recettes publiques. Il démantèle les services publics par le programme « Action publique 2022 » – je ne fais que citer le contenu et les objectifs du rapport –, réduit drastiquement les effectifs de la fonction publique, comme cela a été dit, dans le but de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et veut appliquer l’austérité salariale. Selon le rapport, « tous les sous-secteurs des administrations publiques, État, collectivités locales, administrations de sécurité sociale, contribueront à ce ralentissement de la dépense […]. La dépense locale connaîtrait un net ralentissement en 2018, après une année 2017 allante […] », ou encore : « la maîtrise des revalorisations salariales permettra notamment une nette décélération de la masse salariale publique ». Ça, c’est pour la politique de l’offre et d’austérité salariale !L’objectif du Gouvernement est donc de transférer vers la sphère privée toujours plus de services essentiels – ceux, en tout cas, qui sont rentables selon la logique du marché. Pourtant, il faut le répéter sans relâche, le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’ont rien.Et, pour masquer cette politique austéritaire, on n’hésite pas à recourir aux fake news, dont la dernière en date est l’affirmation par le chef de l’État, lors de son interview sur BFMTV, que nous allons connaître une augmentation du budget de la santé et des hôpitaux : il a oublié de dire que, de manière tendancielle et officielle, les dépenses vont augmenter de plus de 4 %, de sorte qu’au total le budget de la santé diminue de 4,2 milliards d’euros, dont 1,6 milliard pour l’hôpital. Ce sont donc des efforts supplémentaires qui sont demandés au secteur de la santé publique.Dans ce plan quinquennal pour les finances publiques, il est une fois de plus très peu question d’investissement. On essaie de nous refaire le coup du plan d’investissement nouveau de 57 milliards d’euros ; nous avons largement démontré, je crois, lors de l’examen du projet de loi de finances qu’il ne représente en réalité que 24 milliards de crédits nouveaux. À quoi La France insoumise répond dans son programme que c’est un plan d’investissement de 100 milliards d’euros sur cinq ans qui est nécessaire pour résoudre les problèmes sociaux et opérer la transition énergétique.En ce qui concerne la priorité que constitue la barre des 3 % de déficit public – un chiffre, rappelons-le, très arbitraire, né sur un coin de table dans les années 1980, à Bruxelles, d’un échange entre quelques personnes, et qui obsède désormais la Commission européenne –, je remarque que Bruno Le Maire disait en octobre 2017, au micro de France Inter, vouloir sortir de la procédure de déficit excessif, qu’il qualifiait d’« humiliation pour la France ». Je vous repose à peu près la même question qu’à l’époque, monsieur le ministre : la véritable humiliation pour la France, n’est-ce pas le fait que 9 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté ? Or cette trajectoire austéritaire risque de faire grandement augmenter leur nombre.L’austérité appliquée par le Gouvernement se traduit aussi par une baisse des impôts, mais pour certains seulement, qui représentent une part très réduite de la population française : les plus riches des actionnaires. Cela aussi, nous l’avons dit pendant le débat budgétaire. Suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, flat tax, etc. : il y aura au total 9 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux actionnaires les plus riches.À ce sujet, je note une nouvelle contradiction entre le chef de l’État et vous, Bruno Le Maire : vous revendiquiez cet aspect ici même à l’automne – de manière courageuse, je l’avais noté, même si je n’étais pas d’accord – en invoquant le « théorème » de Schmidt, selon lequel nourrir le capital aujourd’hui fera les investissements de demain et les emplois d’après-demain. De cette politique, on n’a jamais vu le moindre effet depuis qu’elle a commencé d’être appliquée en Europe, voici une quarantaine d’années : les milliards supplémentaires dans les poches des riches, à moins de recourir à la contrainte – ce que vous ne projetez pas de faire –, ne vont pas dans l’économie réelle, mais viennent grossir la rente et la spéculation financière. C’est ce que confirme le fait que près de la moitié des 93,4 milliards d’euros de profits réalisés par le CAC 40 en 2017 – record historique – soit partie en spéculation au lieu de servir à l’investissement.Le programme des prochaines baisses d’impôt pour la période à venir n’est pas plus égalitaire. En 2019, le dispositif du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, totalement inutile à l’emploi, sera transformé en exonération de charges pérenne. La même année, l’État devra également payer le crédit d’impôt aux entreprises au titre de 2018. C’est la double peine pour les finances publiques !Le programme de stabilité expose très clairement le dogme libéral appliqué sous le règne de M. Macron. Le Gouvernement est en marche sur deux jambes : l’austérité pour le peuple et les cadeaux pour les plus riches.
M. Éric Coquerel (FI). À ce rythme, je crains que la France ne boite toujours plus bas… Hier, le Haut conseil des finances publiques a été auditionné par la commission des finances et a donné son avis sur le programme de stabilité. Cet avis n’est pas très surprenant vu la composition de cette institution dont, par exemple, l’une des membres, nommée le 4 avril, exerce en parallèle la fonction de directrice des études économiques au Crédit agricole, ce dont on peut s’étonner. Surtout, le rôle même du Haut conseil est de relayer l’idéologie d’orthodoxie budgétaire des instances européennes.Vous avez dit en substance tout à l’heure, monsieur le ministre, que cette politique était menée au nom de la souveraineté du peuple, laquelle ne devait pas être remise en cause face aux Américains ou aux Chinois. Mais cette souveraineté est abandonnée à la finance ou à une Europe allemande : en quoi est-ce préférable ?Enfin, alors que les idéologues irresponsables du Gouvernement se font une fierté d’appliquer la feuille de route libérale de l’Union européenne, La France insoumise s’oppose au principe même du programme de stabilité et du programme national de réforme. Le vote du budget figure historiquement parmi les premières prérogatives du Parlement. Si le Gouvernement a des comptes à rendre, c’est devant le peuple. C’est une autre des raisons pour lesquelles nous voterons contre ce texte.
M. le président (MODEM). La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Monsieur le président, messieurs les ministres, monsieur le rapporteur général, mes chers collègues, il est fondamental d’aborder dans l’hémicycle le programme de stabilité. L’exercice qui nous réunit aujourd’hui, et qui consiste à estimer l’évolution de la situation économique et budgétaire de notre pays, a incontestablement son utilité. Car cet exercice de prévision est tout à fait nécessaire au bon pilotage de l’économie et à l’anticipation des effets potentiels, à court, à moyen et à long terme, des grands choix budgétaires qui peuvent être opérés.Néanmoins, il semble se transformer peu à peu en exercice d’autosatisfaction ou en service après-vente des mesures fiscales adoptées dans le dernier budget. C’est l’impression qui ressort des suites de la présentation du programme de stabilité en fin de semaine dernière. Ainsi pouvait-on lire à la une de la presse au début de cette semaine que les mesures fiscales devraient créer 260 000 emplois à l’horizon 2025 et 1,6 point de PIB d’activité supplémentaire. Voilà le cœur de la communication autour de ce document budgétaire.Mes chers collègues, loin de moi l’idée de jouer les rabat-joie ; mais gardez les pieds sur terre. Se gargariser de prévisions économiques pour 2025, c’est se gargariser de faire tourner à plein régime la boule de cristal ; c’est faire trois baignoires de mousse avec trois grammes de savon ; c’est, pour reprendre une expression qu’utilisait volontiers ma grand-mère paysanne, « aller chercher les œufs dans le cul des poules » (Sourires).C’est faire fi des menaces et des incertitudes qui pèsent sur la conjoncture économique et sociale mondiale : la guerre, que vous qualifiez aujourd’hui de « représailles », au Proche-Orient ; la hausse des inégalités ; les cohésions sociales fragilisées ; le changement climatique ; le défi migratoire ; les replis identitaires au sein de l’Europe du libre-échange ; mais aussi la politique fiscale unilatérale et dangereuse de Donald Trump ; le Brexit, et le flou quant à son issue ; la financiarisation toujours plus grande de la société ; l’opacité financière et les bulles spéculatives qui menacent d’exploser.Tout cela devrait conduire à davantage d’humilité et de recul, surtout au moment où nos concitoyens commencent à ressentir les effets de votre politique économique. Je pense aux retraités, que vous ne cessez de remercier pour l’effort qu’ils ont fait. À ce sujet, c’est peu dire que la défense du Président de la République a été mise à mal dimanche soir, lors de son interview télévisée.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Malgré les effets de manche, la pilule ne passe toujours pas.Selon vous, ce serait aujourd’hui le grand retour de la croissance : vous le martelez avec force. Mais, messieurs les ministres, la croissance pour qui, et la croissance pour quoi ? Qui bénéficie de cette accumulation de richesses ? Qui tire profit de ce regain d’activité ? Et quels sont les territoires gagnants ?Nous avons la réponse : la croissance profitera avant tout au petit nombre, aux fameux « premiers de cordée » qui continuent d’applaudir des deux mains la disparition de l’ISF et la mise en place de la taxe à 30 % sur les revenus du capital. Rappelons ici que cette flat taxse traduira par une baisse moyenne d’impôt de 582 000 euros pour les cent premiers contribuables ! Voilà donc à qui profitera le regain d’activité. Je pense à tous ces retraités qui nous ont sollicités après la hausse de la CSG qu’ils ont eu à subir : pour eux, les choses sont désormais limpides.Et quels seront donc les territoires qui tireront profit de ces richesses ? Là encore, les richesses iront là où elles se trouvent déjà : vers les grandes métropoles, et plus spécifiquement leurs hypercentres dynamiques et mondialisés. Pour les autres territoires, notamment la ruralité et les banlieues, ce sera au mieux le statu quo, et au pire la paupérisation, la désertification, le recul de l’activité et des services publics. Votre budget de rupture est donc un projet de fracture : de fracture sociale et de fracture territoriale.Le programme de stabilité s’inscrit dans une démarche européenne, commune à l’ensemble des États membres de l’Union. Une coordination des différentes politiques économiques au niveau européen nous semble cohérente dès lors que notre destin et notre monnaie sont communs.Mais nous n’acceptons pas que l’austérité, l’orthodoxie budgétaire et la contraction des dépenses publiques soient les seuls dénominateurs communs de ces politiques budgétaires européennes. Redisons-le avec force : l’austérité ne saurait constituer un projet politique porteur pour l’Europe. Elle n’est pas le remède, elle est le mal !Les 3 % de déficit public continuent pourtant d’être érigés en totem, comme surplombant la représentation nationale et anesthésiant toute politique véritablement ambitieuse. Passer sous cette barre des 3 % était l’un de vos objectifs ; force est de constater que vous l’avez atteint. Mais à quel prix, messieurs les ministres, à quel prix ! Les hôpitaux, les bénéficiaires de l’aide personnalisée au logement ou de contrats aidés, les retraités, les fonctionnaires, et j’en passe : un grand nombre a dû passer à la caisse au nom des déficits.À bien y regarder, pourtant, en matière de déficit votre indignation est singulièrement sélective, ce qui alimente in fine le sentiment légitime qu’il y a deux poids, deux mesures. En 2019 se cumuleront ainsi le CICE, en voie d’extinction, et la baisse des cotisations sociales patronales, qui perdurera. Coût total pour les finances publiques : plus de 40 milliards d’euros consacrés aux entreprises, notamment aux plus grosses d’entre elles, et 0,8 point de PIB selon vos chiffres, pas moins ! Comment expliquer à nos personnels soignants, à nos agriculteurs, à nos fonctionnaires, à nos retraités, à nos élus locaux et à nos étudiants que notre pays n’a pas les moyens financiers de les soutenir quand il va consacrer ponctuellement 0,8 point de PIB aux aides aux entreprises, sans contrepartie ?Mes chers collègues, ce programme de stabilité sera soumis à la Commission européenne, qui formulera ensuite des préconisations. Cette procédure est difficilement acceptable, considérant la légitimité démocratique largement discutable de la Commission européenne, institution non élue dont les recommandations s’imposent malgré tout à la souveraineté des peuples et des États membres.Elle est d’autant plus choquante, quand on regarde de plus près la nature des préconisations que formule généralement la Commission. De manière quasi-systématique, elle pointe les prétendues rigidités du marché du travail et les dépenses publiques trop importantes, mais elle accorde néanmoins un satisfecit lorsque des baisses d’impôts au profit des entreprises sont adoptées. Nul doute que la Commission saura se satisfaire de la véritable surprise que réserve votre programme de stabilité en matière budgétaire : la confirmation d’une future réforme systémique des régimes de retraite qui, au nom d’une prétendue équité, se traduira par de nouvelles régressions sociales.Je conclurai mon propos, mes chers collègues, messieurs les ministres, en déplorant l’absence, dans le document que vous nous avez transmis, de toute référence à la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. Alors qu’il nous en coûte entre 60 et 80 milliards d’euros chaque année, ce silence illustre bien l’idée selon laquelle ce combat ne sera pas le vôtre au cours des quatre prochaines années.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Dans ce programme de stabilité, aucune référence, aucun objectif, aucun chiffrage ! Nous les avons cherchés ; nous ne les avons pas trouvés. Ce silence illustre deux choses : le manque de volonté manifeste de tout faire, en France, pour mettre un terme à ce désordre que constitue l’évasion fiscale ; le fait que l’Europe ne soit toujours pas au rendez-vous de l’histoire dans ce combat. Mais comment pourrait-elle l’être, alors que la Commission européenne reste présidée par M. Juncker, maître ès paradis fiscaux, lui qui tenait les manettes d’un pays qui a organisé l’évasion fiscale au sein du continent ?Cette Europe, mes chers collègues, n’a toujours pas compris que le ver était dans le fruit, en laissant prospérer sur son territoire quelques-unes des juridictions les plus agressives en matière fiscale. Pour toutes ces raisons, mes chers collègues, alors que les urgences sociales imposent un agenda de réformes ambitieuses et progressistes, vous comprendrez que nous voterons contre la trajectoire budgétaire que vous nous proposez aujourd’hui.
M. le président (MODEM). La parole est à Mme Carole Grandjean.
Mme Carole Grandjean (LAREM). Monsieur le président, messieurs les ministres, mesdames, messieurs les députés, chers collègues, le programme de stabilité, notre stratégie et notre trajectoire nationale que nous présenterons à l’Union européenne, est un temps fort de nos ambitions nationales et européennes. Il est le socle économique de la confiance qui lie les États membres de notre union.Encourager la croissance, réduire le déficit, protéger et soutenir l’emploi, les compétences, l’inclusion de chacun, revoir la fiscalité, soutenir l’innovation, les investissements ou encore accompagner la transition écologique : autant de transformations engagées pour notre modèle social et économique. La stratégie Europe 2020, adoptée en juin 2010 par le Conseil européen, définissait pour les fonds structurels européens cinq objectifs : l’emploi, l’éducation, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, la recherche et le développement, la transition énergétique.Dans le domaine de l’emploi, la France a souhaité orienter son objectif national pour le taux d’emploi de la population âgée de vingt à soixante-quatre ans dans la direction donnée par le Conseil européen. Le programme de stabilité pour 2018-2022 a pour ambition de renforcer le taux d’emploi, grâce à l’engagement de grandes réformes amorcées dès 2017, telles que celles : du dialogue social ; de la formation professionnelle et de l’apprentissage, notamment en Europe ; ou encore le plan d’investissement dans les compétences. Ce sont 14 milliards d’euros qui permettront la formation de plus d’un million de jeunes aujourd’hui sans formation ni emploi.De plus, l’inclusion sociale et la lutte contre la pauvreté sont des défis nécessaires. De nombreuses concertations ont été menées, afin d’engager des actions, en cohérence avec nos engagements chiffrés dans le texte de 2007. Pour ce faire, divers axes seront étudiés, dont le sujet des prestations sociales – minima sociaux, prestations familiales, allocations logement et prime d’activité – afin de diminuer la pauvreté monétaire. Pour renforcer nos dispositifs économiques relatifs à l’emploi et à l’inclusion, il est important que les administrations soient les partenaires déterminants de notre volonté globale de stabilité financière, tout en valorisant les réformes structurelles relatives à la dépense publique et en privilégiant les dépenses d’investissement aux dépenses de fonctionnement.Le changement d’approche au sein des administrations est un volet important que nous avons défendu lors des discussions sur le projet de loi pour un État au service d’une société de confiance. Les nouveaux outils dont seront dotées les administrations, comme le rescrit, le référent unique, la médiation et le droit à l’erreur, seront déterminants pour renforcer ces objectifs.Suivant ce même cap, le programme « Action publique 2022 » est un chantier important qui suivra cette volonté de transformation significative des méthodes d’application des politiques publiques. Je pense à la transformation de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique qui permettra une plus grande adaptation, une modernisation de notre corps administratif et une attractivité accrue des métiers, mais également à la mutation du pilotage des dépenses dans le secteur des administrations de la Sécurité sociale et des administrations locales.L’Objectif national de dépenses d’assurance maladie nous engage dans des projections pour 2019, qui opèrent un ralentissement des dépenses, grâce à des efforts renforcés et à des orientations différentes dans nos futures lois de financement de la Sécurité sociale ou encore dans notre prochaine réforme de l’assurance chômage. Nos administrations locales suivent un arc similaire dans une approche valorisant l’investissement et l’optimisation des dépenses de fonctionnement. Ainsi, en cohérence avec le pacte financier conclu avec l’État, les dépenses locales seront maîtrisées d’ici à 2019. Cette modération des dépenses permettra une réduction des ratios de dépenses publiques de plus de 3 points de PIB entre 2017 et 2022. Cela s’inscrit dans une volonté d’amélioration significative et permettra de tenir les objectifs de stabilité européenne.Grâce à ces nombreux engagements et à ces transitions cohérentes, co-construits sur notre territoire national, la France s’engage dans le programme de stabilité 2018-2022 dans une projection ambitieuse, réaliste et cohérente. La France souligne la qualité des orientations européennes, respectueuses des objectifs définis par la Stratégie Europe 2020 et soucieuses d’une maîtrise rigoureuse des dépenses publiques. Connaître pour accompagner, projeter pour aider : nous resterons cohérents vis-à-vis de nos concitoyens français, mais également de nos pairs européens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. le président (MODEM). La parole est à Mme Véronique Louwagie.
Mme Véronique Louwagie (LR). Monsieur le président, monsieur le ministre de l’économie et des finances, monsieur le président de la commission des finances, madame la présidente de la commission des affaires européennes, monsieur le rapporteur général, mes chers collègues, nous sommes réunis pour débattre du programme de stabilité et de croissance pour 2018-2022, en présence d’un public nombreux que je salue. Comme son nom l’indique, ce programme trace les grandes lignes du cadrage économique et budgétaire que retient le Gouvernement, pour que la France puisse atteindre les objectifs qu’elle s’est elle-même fixés et qu’elle s’est engagée à tenir auprès des instances européennes.Le Gouvernement se réjouit de passer sous le seuil des 3 % de déficit public, respectant ainsi les obligations européennes. Il affirme y être parvenu, comme vous l’avez confirmé, monsieur le ministre, grâce aux mesures énergiques de redressement déployées. Mais leur énergie, hélas, ne sert qu’à brasser de l’air. Comment la France est-elle parvenue à revenir sous le seuil des 3 % ? Est-ce grâce à des efforts et à des réformes durables ayant pour objectif de réduire ses dépenses ? Absolument pas ! La photographie de nos finances publiques est loin d’être à notre avantage. Il n’y a rien de magique dans la trajectoire annoncée. La comparaison avec nos voisins européens est, d’ailleurs, sans appel et devrait conduire le Gouvernement à plus de modestie.En 2017, la croissance de la France est de 2 %, alors que celle de la zone euro est à 2,5 % ; le déficit public de la France est à 2,6 %, alors que celui de la zone euro est à 0,9 % du PIB ; la dette de la France est à 96,7 % du PIB, alors que celle de la zone euro à 88,1 % du PIB. C’est une bombe à retardement que nous sommes en train de laisser en héritage à nos enfants.Les taux de prélèvements obligatoires en France atteignent un taux record de 45,4 % du PIB – du jamais vu dans l’histoire ! Triste trophée : notre pays est désormais le champion d’Europe des taxes et des impôts. Je vous rappelle également qu’en 2016, la dépense publique en France s’élevait à 55 % du PIB, contre 47,7 % dans la zone euro. Comme vous l’avez dit, monsieur le ministre, la dépense publique relève d’un vrai problème d’addiction. Certes, nous pouvons nous réjouir du passage de la France sous les 3 % de déficit public. Toutefois, au regard de ces chiffres, les réjouissances ont un goût particulièrement amer.La Cour des comptes, comme le Haut conseil des finances publiques, ont vanté à plusieurs reprises la nécessité d’engager des réformes structurelles, qui étaient et sont toujours plus que bienvenues. Pourtant, le Gouvernement n’a que faire des conseils des instances économiques de notre pays, préférant, sans même avoir besoin d’œillères, foncer tout droit.S’agissant de la croissance, quand 40 milliards d’euros de recettes fiscales viennent emplir les caisses publiques, c’est a contrario zéro mesure structurelle pour participer à la diminution des dépenses et, partant, à la réduction du déficit. Vous ne pouvez nier ce fait. En 2017, l’effort structurel a été nul et il serait quasi-nul, au regard de votre trajectoire, pour 2018. Ce n’est qu’à partir de 2019 que le Gouvernement entrevoit la mise en œuvre de cet effort structurel dont l’essentiel sera d’ailleurs porté en fin de programmation. Quitte à revoir la trajectoire de la programmation des finances publiques par rapport à la loi de programmation des finances publiques pour 2018-2022, le Gouvernement aurait au moins pu prendre en compte cette possibilité non négligeable qui s’offrait à vous, qui s’offrait à la France, dans la réduction durable de son déficit public.Connaissez-vous les potentialités de notre croissance avec cette programmation ? Elle est de l’ordre de 1,25 % ! Ce pourcentage est bien faible, et n’est pourtant pas si étonnant, lorsque l’on constate que ce sont nos partenaires qui profitent davantage d’un regain de la demande ou que notre chômage est l’un des plus élevés d’Europe, comme vous l’avez rappelé, monsieur le ministre – entre 7,7 et 9 %. Si le Gouvernement parvient à se féliciter de cette situation, ehbien, nous, non ! Ce Gouvernement, qui se voulait frais et ambitieux, va finalement de renoncements en renoncements, comme je vais vous le prouver.À l’été 2017, il s’engageait à stabiliser la dépense publique hors inflation jusqu’en 2020. À l’automne, soit quelques mois plus tard seulement, une première révision était apportée, en prévoyant une augmentation de 0,6 % de la dépense en volume pour 2018. Aujourd’hui, au printemps 2018 – au temps des bourgeons ! –, cette hausse de la dépense est portée à 0,7 %. Pour les économies, il faudra attendre 2020.Concernant les prélèvements obligatoires, profiter des améliorations conjoncturelles est une bien belle aubaine, mais qu’adviendra-t-il de la situation économique du pays quand elles cesseront de produire leurs effets ? Que va-t-il se passer quand, en 2020, la conjoncture ne profitera plus à la croissance ? Nul besoin d’être visionnaire, pour voir que cette conjoncture qui vous permet aujourd’hui d’ancrer des résultats positifs dans le temps ne sera plus favorable aux changements que vous envisagez pour cette échéance.Comptez-vous alors, une fois de plus, demander aux Français un effort ? Cette question pourrait relever de la rhétorique puisque, lorsque le Gouvernement s’engage à baisser, d’ici à 2022, de 1 point de PIB le taux des prélèvements obligatoires, il révise sa position, en faisant passer son objectif initial de 43,5 %, à 44,3 %. Le taux de la pression fiscale n’est pas sans rappeler les taux de prélèvements obligatoires en 2016 et en 2017, lesquels sont passés de 44,6 % à 45,4 % du PIB, soit un taux record. M. le ministre Darmanin nous a dit que cela se justifiait par un changement de méthode de calcul. Les Français, qui ne sont pas dupes, apprécieront ! Il est dangereux de demander toujours plus d’efforts aux Français qui, en retour, ne reçoivent que peu de considération. En plus d’une pression fiscale, le Gouvernement leur impose une pression sociale.Je veux revenir sur les annonces gouvernementales et ce que vous appelez les réformes. Qu’en est-il de vos annonces coûteuses ? Alors que le coût de l’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des Français est estimé à 10 milliards d’euros, le Gouvernement envisage d’en faire bénéficier l’ensemble de la population ! Ajoutons donc 8,5 milliards d’euros ! Et faisons encore mieux : n’envisageons aucun financement, aucune intégration dans la nouvelle trajectoire de programmation des finances publiques de ce manque de recettes. Ce plan vous paraît fou ? Il l’est ! Soyons plus fous encore… Le Gouvernement annonce un service national universel pour environ 2,4 à 3 milliards d’euros. Et il y a d’autres annonces ! La SNCF ! Elles ne concernent pas sa grève, bien qu’elle soit d’actualité, mais sa dette et particulièrement sa reprise substantielle et progressive par l’État. C’est peut-être une somme supplémentaire de 50 milliards d’euros qu’il faudra prendre en compte.À ce rythme, ce n’est même plus une erreur de la banque en notre défaveur, c’est un monceau de dépenses publiques supportées par le contribuable ! Rappelons-le : sans baisse des dépenses, les milliards promis à tout va seront inévitablement financés par les impôts des Français.Enfin, un point sur la projection du Gouvernement. Celui-ci affirme « poursuivre des réformes en réponse aux défis économiques majeurs », mais les défis auxquels il fait référence représentent autant d’aléas, qu’il ne faudrait pas omettre de prendre en compte dans vos révisions de trajectoire.Parmi ces aléas figurent également des pans de certaines réformes. Je prends pour exemple la baisse de l’impôt sur les sociétés – une réforme que je salue. Autre exemple : vous avez indiqué, monsieur le ministre des finances, qu’il fallait lancer le plan de formation à l’emploi pour innover et partager la croissance. Je partage votre point de vue, mais pour faire fonctionner ce mécanisme rapidement, il faut avoir les moyens de sa volonté – qui nous font défaut. Vous tentez ici de répondre à un défi économique majeur sans pour autant disposer des finances qui lui sont nécessaires.Et ce ne sont là que des aléas nationaux, plus faciles à cerner que les aléas internationaux qui se multiplient de jour en jour. J’en citerai quelques-uns : le Brexit, dont les effets non négligeables sont pourtant bien peu intégrés dans les prévisions conjoncturelles et les trajectoires budgétaires ; les réponses envisageables aux mesures protectionnistes prises par les États-Unis, notamment sur l’acier et l’aluminium ; enfin, la hausse de l’inflation et donc du dollar, face auquel l’euro se verrait déprécié compte tenu de la volonté américaine de taxer davantage les importations chinoises.Le Haut conseil des finances publiques, dans son avis du 13 avril 2018, souligne que l’incertitude sur les estimations d’écarts de production est importante. Elle l’est d’autant plus que l’analyse des indicateurs de conjoncture et de prix du cycle économique ne permet pas de la lever. Rappelant la nécessité de respecter scrupuleusement les engagements de maîtrise de la dépense publique, le Haut conseil relève que le solde structurel demeure négatif.Après cela, après des prévisions budgétaires revues en à peine quatre mois, le Gouvernement ose encore parler de gouvernance budgétaire pleinement opérationnelle ! Il n’y a d’opération que dans le cumul des prélèvements obligatoires. Aucun effort n’est envisagé en matière de dépense publique, alors que les circonstances y sont pourtant favorables.Nous ne pouvons pas nous réjouir d’une situation aussi peu réjouissante, ni participer à cette opération de congratulations factices ; nous ne pouvons pas être en accord avec ce programme de stabilité. (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et UDI-Agir.)
(À dix-sept heures trente, Mme Carole Bureau-Bonnard remplace M. Sylvain Waserman au fauteuil de la présidence.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Jean-Louis Bourlanges.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Merci, madame la présidente. Messieurs les ministres, vous êtes devant une grande falaise, que vous avez décidé, et il faut vous en savoir gré, de gravir, peu à peu, difficilement, mais courageusement.L’état des lieux est alarmant. Les prélèvements obligatoires dans notre pays étaient, en 2008, de 4,4 points supérieurs à la moyenne de l’Union européenne ; en 2016, ils l’étaient de 6,2 points. C’est beaucoup ! En 2016, les dépenses publiques représentaient en France 56 % du PIB, contre 48 % en moyenne dans la zone euro. Or ces dépenses ne sont pas efficaces. Certes, en matière de défense – où nous dépensons 0,6 point de PIB de plus que les autres – et de famille – 0,7 point de plus – l’écart est justifié, car nous assumons des responsabilités militaires particulières et menons une politique familiale qui a été jusqu’à présent couronnée de succès, même s’il faut la renforcer. Mais en matière de chômage, nous dépensons 0,4 point de plus que la moyenne de la zone euro, tout en restant très mauvais ; en matière de logement, 1,1 point de plus, tout en gardant des millions de mal-logés ; en matière d’enseignement, 0,8 point de plus, tout en combinant des résultats scolaires médiocres et des enseignants mal payés.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Il y a donc quelque chose qui ne marche pas, et c’est à cela qu’il faut s’attaquer. Quant à l’endettement, c’est simple : à politique inchangée, en 2028, nous en serions à 105 % du PIB, et les Allemands à 40 % !Voilà la falaise que vous devez gravir, et à ce titre vous méritez les encouragements et la confiance.
M. Philippe Vigier (UDI-AGIR). Devant cette falaise, monsieur le ministre, vous êtes le premier de cordée !
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). En effet ! L’expression est heureuse.Cette année, messieurs les ministres, vous avez enregistré un succès, non en trompe-l’œil – car vous ne trompez personne – mais en hirondelle, au sens où une hirondelle ne fait pas le printemps.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Le déficit a été ramené à 2,6 % du PIB, soit mieux que ce qui était escompté, et nous nous en réjouissons ; c’est une amélioration de 0,8 point par rapport à 2016. Le déficit structurel a été réduit de 0,4 point seulement alors qu’il aurait dû l’être de 0,5 point, mais c’est déjà mieux que les 0,3 imaginés au départ.Il y a donc des résultats. Mais tout de même, ça ne va pas ! Tout d’abord, il y a une hausse des prélèvements obligatoires. Elle est due pour partie à l’intégration dans la base de la redevance audiovisuelle, mais plus fondamentalement à l’élasticité extraordinaire des prélèvements obligatoires à la croissance : aujourd’hui, nous en bénéficions, mais si demain la croissance doit ralentir, nous subirons une baisse importante ! Il faut nous en prémunir. Quant à la dépense publique, en valeur, elle a progressé de 2,5 % – et de 2,01 % si l’on ne tient pas compte du remboursement de la taxe sur les dividendes. En volume, elle a augmenté de 1,5 %, et de 1,1 % sans la taxe. Nous restons donc bien dans une situation tendue.Cependant – le Gouvernement en est parfaitement conscient, mais l’opinion et les médias, pas toujours – l’objectif n’est pas simplement de ramener le déficit sous la barre des 3 %…
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). …ni de sortir – bien que ce soit déjà un résultat formidable compte tenu du passé – de la procédure de déficit excessif.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Oublions le pacte de stabilité qu’Antonio Vitorino, commissaire portugais, qualifiait en son temps, non sans raison, de pacte de stupidité ; l’objectif sur lequel nous nous sommes engagés dans le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance est beaucoup plus subtil mais également beaucoup plus exigeant. Sur ce plan, nous sommes encore au bas de la falaise, il faut le savoir.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Face au document qui nous est proposé, je reste inquiet. Dans ce domaine, plus on s’éloigne du moment présent, moins les prévisions sont bonnes. Or vous avez tendance à placer l’essentiel de l’effort d’ajustement sur la seconde partie de la période, entre 2020 et 2022. En 2019, le solde public serait encore déficitaire, à 2,4 % du PIB, mais en 2022 il afficherait un excédent de 0,3 % ! Je ne chipoterai pas sur le rebond de 2019 : il est normal de le prévoir, vu notamment les effets du CICE. Mais je suis très inquiet sur les hypothèses de croissance.Je ne vous crois pas le moins du monde malhonnêtes : le Haut conseil des finances publiques vous donne d’ailleurs quitus de la sincérité – un bien grand mot, venant d’experts liés à la Cour des comptes ! – de vos prévisions.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Mais je suis frappé par l’extrême prudence de son appréciation. Le Haut conseil admet que, peut-être, tout cela est acceptable, ou plausible, mais qu’en vérité on n’en sait rien… Quand Benoît Cœuré, représentant de la France à la Banque centrale européenne, dit que la dérivée seconde est négative – dans le style inimitable des banquiers centraux, compréhensible uniquement par notre collègue Villani ! – cela veut dire qu’il ne croit pas que le taux de croissance se maintiendra au niveau prévu. Nous sommes donc dans une situation très difficile.En conclusion, je dirai que le groupe MODEM est décidé à vous faire confiance. D’abord parce que nous mesurons l’ampleur de la tâche et que vous avez le courage de vous y atteler.
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Nous sentons bien la détermination du Président de la République et de son gouvernement à s’attaquer à des blocages, des paresses, des immobilismes qui depuis près de quarante ans – quarante ans ! Cela devrait tous nous inciter à l’humilité ! – font de la France l’homme financièrement malade de l’Union européenne. (Applaudissements sur les bancs des groupes MODEM et LaREM.)
M. Jean-Louis Bourlanges (MODEM). Ensuite, parce que nous mesurons l’étendue des résistances que vous devez surmonter, et que nous voyons bien que rien n’est plus difficile que de s’attaquer aux vraies sources du laxisme budgétaire, du déficit des comptes publics, de la marche à l’endettement, et qu’il est nécessaire de faire bloc autour du Président que les Français ont élu et du Gouvernement qu’il a constitué pour conduire le redressement.Nous sommes toutefois convaincus, comme vous sans doute, que ce ne sont ni des dispositions techniques ni des raisonnements macroéconomiques qui vous permettront, qui nous permettront de gagner la partie. Le mal-être de nos finances publiques est le reflet de celui de la société française. Jamais cette société n’a été aussi fragmentée, divisée, déboussolée, en proie à l’incertitude et au ressentiment, que ces dernières années. Dernières années, pas dernières semaines ! Nous sentons que le rétablissement durable de nos comptes publics passe par l’invention d’un nouveau pacte de solidarité entre les Français de toutes origines et de toutes générations.Le baron Louis adjurait les gouvernants de son époque de faire de la bonne politique pour faire de bonnes finances. La bonne politique d’aujourd’hui n’est assurément pas celle que celui que Chateaubriand appelait l’abbé Louis proposait en son temps, mais le conseil est bon : vous ne réussirez l’assainissement de nos finances que si vous donnez à voir au pays un modèle social rénové, un service public qui rende service, un horizon de vie commune qui soit intelligible et choisi par tous.Les Français sont lucides et conscients des enjeux ; c’est pourquoi ils font confiance au Président de la République bien davantage qu’à ses prédécesseurs. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes MODEM et LaREM.) Mais ils ont besoin de clarté, d’espérance et d’unité. Montrez-leur un vrai cap et le navire trouvera son port ! (Applaudissements et « Bravo ! » sur les bancs des groupes MODEM et LaREM.)
M. Erwan Balanant (MODEM). Ils sont là, les grands orateurs de la République !