« Absent » signifie que le député n'a pas pris part au scrutin, pas qu'il était absent de l'Assemblée.
Session ordinaire 2026-2027 · 17e législature · compte rendu complet
Séance du 8 octobre 2026 (2e séance)
Présidence de M. Christophe Blanchet
Discussion générale
M. Hervé de Lépinau (RN). Vous êtes les héritiers des antisémites et des soutiens du Hamas !
M. Thomas Portes (LFI-NFP). Nous vous dégagerons en 2027 ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Hervé de Lépinau (RN). Vous êtes la honte du Parlement, vous menacez les autres députés !
M. le président (DEM). La parole est à Mme Colette Capdevielle.
Mme Colette Capdevielle (SOC) (SOC). Le Rassemblement national tente aujourd’hui une opération de relooking historique. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Mesdames et messieurs du Rassemblement national, pouvez-vous, s’il vous plaît, respecter le débat contradictoire et écouter vos interlocuteurs ? C’est la moindre des choses que vous nous devez. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)Vous tentez une opération de relooking historique et nous ne vous laisserons pas faire ! Quel cynisme ! Celui qui a récemment repris la phrase « Le travail rend libre », inscrite à l’entrée du camp d’extermination d’Auschwitz, et qui appartient à un parti dont le président a commis des écrits antisémites, ose aujourd’hui, devant la représentation nationale, demander la panthéonisation de trois grandes figures de notre histoire républicaine. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Mme Colette Capdevielle (SOC). Nous n’accepterons jamais que ces trois importants personnages historiques deviennent les instruments de votre tentative de dédiabolisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Nous ne vous laisserons jamais humilier les héros de la République pour vous fabriquer un masque de respectabilité. (Exclamations continues sur les bancs du groupe RN.)
M. le président (DEM). On écoute Mme Capdevielle, s’il vous plaît. (Plusieurs députés du groupe RN interpellent M. le président.) Un peu de calme !
Mme Colette Capdevielle (SOC). Il est insupportable que ceux qui critiquent l’attitude des lycéens dans la rue se comportent comme des chenapans devant la représentation nationale. Vous refusez le débat démocratique. C’est inadmissible. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LFI-NFP.)
Mme Colette Capdevielle (SOC). Nous refuserons toujours que notre temple républicain, le Panthéon, vous serve de grande lessiveuse pour tenter de faire oublier qui vous êtes et surtout d’où vous venez. Vous êtes allés faire votre petit marché dans les livres d’histoire pour en extraire trois grandes figures.
Mme Colette Capdevielle (SOC). N’espérez pas qu’elles puissent faire oublier l’histoire de votre parti, qui a été fondé par des Waffen-SS. Vos discours et vos actes sont aux antipodes d’Olympe de Gouges, une femme extraordinairement courageuse, qui a payé de sa vie ses combats pour l’égalité, l’émancipation et les droits des femmes. Elle n’a pas écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour servir de caution à votre nauséabonde communication. (Exclamations continues sur les bancs du groupe RN.)N’est-ce pas, monsieur Dessigny, vous qui avez déclaré que les femmes seraient « mieux à la maison » ?N’est-ce pas, monsieur de Lépinau, vous qui avez comparé l’avortement aux génocides arménien et rwandais, à la Shoah et aux crimes de Daech ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Mme Colette Capdevielle (SOC). Et qu’en dirait Mme Maréchal, qui, exceptionnellement présente au Parlement européen, a inauguré une exposition anti-IVG ?N’est-ce pas, monsieur Ménagé, vous qui avez proposé d’effacer le terme de féminicide de notre proposition de loi transpartisane ? (M. Arnaud Simion applaudit.)
Mme Colette Capdevielle (SOC). Sur nos bancs, nous saluons l’œuvre de l’abbé de l’Épée en faveur de l’éducation et de l’émancipation des personnes sourdes. Comment osez-vous vous présenter comme les héritiers des combats pour l’inclusion, alors que dans toutes les municipalités RN, les subventions aux associations sont réduites, voire supprimées ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)Quel hold-up de l’histoire que de s’arroger une figure de l’histoire, lui coller votre logo politique et s’approprier son combat !L’engagement de Zéna M’Déré en faveur de l’ancrage de Mayotte dans la République, son courage et sa détermination forcent notre respect. Vos votes démontrent pourtant exactement le contraire.Qui, en avril 2025, a voté pour le renforcement des conditions d’accès à la nationalité française à Mayotte ? Le RN. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.)Qui ose vouloir supprimer le droit du sol à Mayotte ? Le RN.Qui est prêt à bafouer la Constitution de la République française pour faire de Mayotte une exception au principe d’égalité entre les citoyens ? C’est encore le RN.La République n’est ni un accessoire de campagne ni un décor ou un gadget sorti du placard pour être utilisé lors de votre niche parlementaire. La République, ce sont à la fois des valeurs et des actes. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et LFI-NFP.) Vous ne pouvez pas convoquer comme vous le faites Mme Olympe de Gouges, M. l’abbé de l’Épée, M. Zéna M’Déré (« Madame, pas monsieur ! » sur plusieurs bancs du groupe RN)… Mme Zéna M’Déré, pardon, à venir témoigner à votre procès en respectabilité.
M. Kévin Pfeffer (RN). C’est vous qui ne montrez aucun respect !
Mme Colette Capdevielle (SOC). Qu’est-ce qui témoigne ? Vos votes, vos déclarations, vos propositions de loi et vos prises de position.Vous pouvez appeler les grands noms de l’histoire à la barre,…
Mme Colette Capdevielle (SOC). …vous pouvez multiplier les références républicaines dans votre exposé des motifs, mais, au moment du verdict, vous ne pourrez, même avec cette résolution, effacer votre histoire, ni laver vos votes et vos actes. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC, dont les députés se lèvent, et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
Rappel au règlement
M. le président (DEM). La parole est à M. Gérard Leseul, pour un rappel au règlement.
M. Gérard Leseul (SOC). Il se fonde sur l’article 70, alinéa 3, pour mise en cause personnelle.
M. Gérard Leseul (SOC). Le débat doit être de bonne tenue. Je conteste fermement les propos qui ont pu être tenus lorsque notre collègue Capdevielle a pris la parole à la tribune, le plus posément possible. Ce n’est pas responsable de la part d’un groupe dont c’est la niche parlementaire de bordéliser nos débats. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
M. le président (DEM). Quand un député prend nommément à partie un collègue, il faut accepter que celui-ci fasse de même. Il est pour moi difficile de juger à quel moment cela doit s’arrêter, mais nous n’en serions pas là si personne ne citait de collègue présent dans l’hémicycle.
Mme Sylvie Bonnet (DR) (DR). Nous sommes appelés à nous prononcer sur l’entrée au sein du Panthéon républicain de trois figures nationales : Olympe de Gouges, l’abbé Charles-Michel de l’Épée et Zéna M’Déré. Je voudrais commencer par un rapide hommage à la vie de chacune de ces personnalités.À Olympe de Gouges, pour son combat précurseur en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes, qu’elle mena avec un courage qui lui coûta la vie.À l’abbé de l’Épée, pour son œuvre profondément humaniste en faveur de l’instruction et de l’inclusion des personnes sourdes. Il leur a permis de sortir de l’isolement et de prendre pleinement leur place dans la société.À Zéna M’Déré, pour son engagement en faveur du maintien de Mayotte dans la République et pour le courage avec lequel elle porta la voix de celles et ceux qui souhaitaient rester français.Nous tenions à saluer l’œuvre immense de ces trois personnages et leur exprimer toute notre connaissance.Leur parcours résonne avec les enjeux de notre temps : l’égalité entre les femmes et les hommes, l’inclusion pour donner à chacun les moyens de s’épanouir et l’unité nationale qui se construit dans le respect des identités et des spécificités de chacun de nos territoires. Ce sont des combats qui restent profondément actuels et qui montrent la continuité des valeurs qui fondent notre République.Par leur courage et leur engagement, ils incarnent des valeurs d’égalité et d’unité et nous montrent que chacun peut, à son échelle, agir au service des autres et de la nation. Les mettre à l’honneur, c’est faire de leur destin des exemples pour toute la France. Cet héritage est grand et nous devons le transmettre, mais précisément parce que la mémoire nationale est essentielle, nous devons être exigeants sur la manière dont nous l’entretenons.La panthéonisation est un acte exceptionnel. Elle ne peut devenir un acte ordinaire. Entrer au Panthéon, c’est recevoir l’hommage de la nation tout entière. Cette distinction ne conserve son sens que si elle demeure rare, solennelle et porteuse d’un véritable symbole.Nous devons donc nous interroger sur la multiplication des panthéonisations ces dernières années. Le risque serait celui d’une inflation mémorielle : multiplier les hommages sans prendre le temps de faire connaître et de transmettre ceux qui sont déjà entrés au Panthéon.Dans une période où notre pays connaît de profondes divisions, les symboles qui fondent notre récit national doivent être maniés avec mesure et respect. La mémoire ne peut être un substitut au présent, pas plus que la nostalgie ne peut suffire à faire vivre un récit national. Cela dit, les parcours d’Olympe de Gouges, de l’abbé de l’Épée et de Zéna M’Déré incarnent chacun une dimension particulière de notre histoire et de la grandeur de notre pays, et pourraient à ce titre trouver leur place au sein de notre Panthéon national. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et HOR. – MM. Jean-Philippe Tanguy et Sylvain Berrios ainsi que Mme Cendrine Chazé applaudissent également.)
M. Alexis Corbière (EcoS) (ECOS). Nous voilà convoqués pour parler mémoire et histoire ; c’est important. L’histoire est toujours politique. Ceux qui connaissent celle de notre grande nation républicaine savent que l’histoire joue un rôle important dans les grandes lois promulguées au début la IIIe République, notamment dans celle qui institue le droit à l’éducation. Parler histoire, c’est fondamental ; parler histoire, c’est parler politique. Ceux qui ont de la culture savent aussi – et, dans le roman 1984 de George Orwell, le parti totalitaire sait bien – que, dans tout régime, celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir.Ce débat est donc éminemment politique. Nous examinons non une proposition de résolution, mais une proposition de dissimulation. Vous connaissez l’adage selon lequel on choisit ses copains, mais pas sa famille – ici, nous avons un parti politique qui cherche à choisir sa famille et à dissimuler ses copains.
M. Alexis Corbière (ECOS). Il se choisit une famille qui n’est pas la sienne. J’évacue immédiatement un argument qu’il pourrait nous opposer : le parcours lumineux des trois personnages historiques concernés ne souffre aucune discussion. Le problème n’est pas l’identité politique de ceux dont on nous propose de débattre, mais l’identité politique du groupe qui nous soumet cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Stéphane Peu applaudit également.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Au lieu de cela, vous auriez pu présenter une autre proposition de résolution intitulée « À notre grand homme, le parti reconnaissant. » Disons-le clairement, vous avez une histoire. Vous l’avez tous illustrée le 7 janvier 2025 quand le fondateur de votre parti, Jean-Marie Le Pen, est décédé. Votre parti, qui vous représente tous, a jugé bon de rédiger un communiqué qui exprime clairement ce que vous pensez de lui. (M. Thomas Ménagé s’exclame.) Vous aimez l’histoire ? Rappelons donc que vous avez considéré, par la plume de Jordan Bardella, que Jean-Marie Le Pen « s’est avéré être un visionnaire, imposant dans le débat public les grands sujets qui structurent aujourd’hui la vie politique ». Vous tous, ici présents, écrivez qu’il « restera celui qui, dans les tempêtes, tint entre ses mains la petite flamme vacillante de la nation française », qu’il fut un « homme politique courageux et talentueux » ou encore qu’il « restera dans les mémoires comme un combattant intrépide ».
M. Alexis Corbière (ECOS). Vous l’avez assumé le 7 janvier 2025 : votre histoire, votre fondateur, le grand homme envers lequel votre parti est reconnaissant s’appelle Jean-Marie Le Pen.Puisque vous nous invitez à parler d’Olympe de Gouges, qui a voulu étendre aux femmes la magnifique Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, voyons ce que votre fondateur, votre grand homme, disait de cette Déclaration. Je cite Jean-Marie Le Pen, cet homme que vous trouvez courageux : « La Déclaration des droits de l’homme est la mère de tous les grands mouvements totalitaires du XXe siècle, car très rapidement l’aspiration à l’humanisme et à l’humanitarisme débouche sur la terreur. » Il en rajoute : « La Déclaration des droits de l’homme marque le début de la décadence de la France […], le rejet de l’ordre naturel et divin », elle « nie le principe général d’autorité » et « ne reconnaît pas les droits de la famille, de la nation et ceux liés à la survie et à la pérennité de la lignée ». Magnifique ! Vous voulez nous parler des droits des femmes ? Écoutons encore votre grand homme : « Il faut qu’il y ait une autorité et nous pensons que l’autorité la plus qualifiée dans un ménage est celle de l’homme. »Ces déclarations sont celles de Jean-Marie Le Pen, à qui vous avez rendu hommage l’an dernier. Quiconque aime l’histoire ne peut manquer de voir dans votre texte une manœuvre grossière. Votre parti a été fondé par un homme qui méprise la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et qui méprise les droits des femmes. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Pourtant, vous avez le toupet de prétendre que cela n’est pas votre histoire et que vous êtes liés à une autre. Cela ne marchera pas ! En évoquant la continuité dans laquelle pourrait s’inscrire Zéna M’Déré, vous avez même osé citer Aimé Césaire et Félix Éboué, ces grands Français de couleur noire. Magnifique est le rôle qu’ils ont joué, mais le même Jean-Marie Le Pen à qui vous rendez hommage déclarait : « Oui, je crois en l’inégalité des races. […] Il y a une évidente inégalité entre la race noire et la race blanche, c’est un fait. Je constate que les races sont inégales. C’est une banalité. » Voilà ce que disait votre grand homme ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et GDR.)
M. Alexis Corbière (ECOS). On ne peut pas rendre hommage à un grand raciste, à un grand misogyne, à un grand contempteur de la Révolution française, et se présenter comme ceux qui veulent faire entrer ces trois personnes au Panthéon. Olympe, abbé Charles-Michel, Zéna M’Déré, peut-être entrerez-vous un jour au Panthéon, mais nous ne réveillerons pas les morts pour que des vivants racistes et misogynes se refassent une virginité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et SOC. – Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.) Si nous prenons cette décision, ce sera avec cohérence.
M. Alexis Corbière (ECOS). Vous devriez remettre dans votre histoire les noms dont vous êtes les héritiers : Louis de Bonald, Joseph de Maistre, Antoine de Rivarol, Maurice Barrès, Robert Brasillach, Georges Cadoudal, Jean Bastien-Thiry ! Pourquoi effacez-vous vos ancêtres ? Votre histoire est là, elle n’est pas dans celle de la République. Nous voterons évidemment contre votre proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.)
Mme Carole Guillerm (Dem) (DEM). Au fronton du Panthéon, une phrase résume ce que la nation doit à celles et ceux qui l’ont servie : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. » Y entrer est l’un des honneurs les plus élevés que puisse rendre la République. C’est précisément parce que cet honneur est exceptionnel qu’il doit être accordé avec discernement et dans un esprit de concorde.Je tiens à le dire d’emblée, les trois personnalités citées dans cette proposition de résolution ont toute leur place dans notre mémoire nationale. Olympe de Gouges rédigea en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et paya de sa vie sa liberté de parole ; l’abbé de l’Épée fonda la première école gratuite pour les sourds ; Zéna M’Déré, figure des chatouilleuses mahoraises, incarna avec courage la volonté de Mayotte de demeurer dans la République. La nation leur doit reconnaissance.Toutefois, ce n’est pas le seul sujet de notre débat. Il ne s’agit pas de savoir si ces trois personnages sont dignes du Panthéon, mais comment la nation choisit d’honorer ses grandes figures et quel sens elle entend donner à cette reconnaissance. Sur ce point, votre proposition de résolution conduit le groupe Les Démocrates à émettre trois réserves.D’abord, nous soulignons la nécessité de préserver un usage républicain qui tire son sens du caractère exceptionnel de ces décisions. Aucun texte n’encadre l’entrée au Panthéon ; sous la Ve République, une pratique constante en a fait une décision du seul président de la République, garant de l’unité nationale. C’est lui qui a choisi d’y faire entrer Germaine Tillion, Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian ou Marc Bloch au terme de choix mûris, parfois précédés, comme en 2013, d’une consultation des Français. Si notre assemblée est parfaitement légitime à exprimer un souhait, nous estimons que ce type d’initiative présente néanmoins le risque de substituer à la mémoire commune une concurrence des mémoires.Ensuite, nous nous interrogeons sur le sens même de cette initiative. Pourquoi réunir ces trois personnalités dans une même proposition de résolution ? Leurs parcours, leurs époques et leurs combats sont profondément différents ; cela n’empêche évidemment pas de les honorer, mais quel récit entendez-vous construire en associant ces trois figures ? Quel sens donnez-vous à leur réunion ? Comment ne pas s’interroger sur la portée politique de cette démarche, à quelques mois de l’élection présidentielle ? Ces questions sont d’autant plus légitimes qu’une proposition de résolution ne peut être amendée : vous nous demandez de nous prononcer en bloc sur trois personnalités, sans pouvoir apprécier chaque candidature pour elle-même. Ce n’est pas ainsi, selon nous, que doit se construire un hommage destiné à rassembler la nation.Enfin, chers collègues du Rassemblement national, permettez-moi de vous renvoyer à vos propres contradictions. Vous ouvrez votre exposé des motifs en citant le général de Gaulle.
Mme Carole Guillerm (DEM). Vous invoquez Olympe de Gouges. Elle a défendu l’égalité entre les femmes et les hommes, le droit au divorce, la protection des mères et des enfants nés hors mariage. Elle croyait à l’universalité des droits. Votre projet repose sur la priorité nationale, c’est-à-dire sur l’idée que les droits dépendraient de l’origine.
Mme Carole Guillerm (DEM). En outre, lorsqu’il s’est agi d’inscrire dans la Constitution la liberté de recourir à l’IVG, une partie de vos députés a refusé de la voter. (Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.) On ne peut pas se réclamer d’Olympe de Gouges le jeudi et tourner le dos à son héritage le reste de la semaine.Vous invoquez l’abbé de l’Épée, mais honorer celui qui voulait que chaque enfant sourd ait accès à l’instruction, c’est d’abord se battre pour l’école inclusive, pour les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), pour la langue des signes. Cela se joue dans nos politiques publiques et dans les moyens que nous leur consacrons.Vous invoquez enfin Zéna M’Déré. Les chatouilleuses se sont battues pour que Mayotte reste française. Ce combat appartient pleinement à notre histoire nationale, mais il ne saurait être réduit aux débats contemporains sur l’immigration et encore moins servir un discours de repli.C’est pourquoi notre groupe s’abstiendra. Notre abstention ne saurait être interprétée comme une remise en cause de la place de ces trois personnalités dans notre histoire ni de la reconnaissance que la nation peut légitimement leur témoigner. Néanmoins, nous ne pouvons davantage approuver une démarche dont nous contestons la méthode, le sens et les conditions dans lesquelles elle nous invite à nous prononcer.
Mme Béatrice Piron (HOR) (HOR). Une humaniste de la Révolution, un prêtre de l’Ancien Régime, une militante mahoraise ; trois noms que peu de choses rapprochent, trois vies que deux siècles séparent. Pourtant, aujourd’hui, ces trois noms résonnent ensemble dans notre hémicycle. Je veux d’abord leur rendre hommage.Olympe de Gouges, d’abord. En septembre 1791, elle écrit : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » Deux ans après la Déclaration de 1789, elle réclame l’égalité devant la loi, l’accès aux emplois publics, le droit au divorce, la reconnaissance des enfants nés hors mariage. Avant cela, elle avait, avec Zamore et Mirza, porté sur la scène de la Comédie française la condamnation de l’esclavage, à une époque où bien peu s’y risquaient. Le 3 novembre 1793, elle monte à l’échafaud. Elle a payé de sa vie le droit de dire ce qu’elle pensait.L’abbé de l’Épée, ensuite. Vers 1760, il rencontre deux sœurs sourdes qui se parlent par gestes. Il aurait pu passer son chemin. Il ouvre chez lui, à ses frais, une école gratuite qui accueille une soixantaine d’élèves. Il a l’humilité rare de reconnaître que ces enfants ont une langue, une langue qu’il n’a pas inventée mais qu’il a apprise d’eux. Des maîtres viennent de toute l’Europe pour se former auprès de lui. En 1791, l’Assemblée constituante le déclare bienfaiteur de l’humanité. Son école existe toujours, rue Saint-Jacques, à Paris : c’est l’Institut national des jeunes sourds.Zéna M’Déré, enfin, et avec elle les chatouilleuses. En 1966, la capitale des Comores quitte Dzaoudzi pour Moroni. À Mayotte, ce sont les femmes qui se lèvent : elles encerclent les responsables comoriens en visite et les chatouillent jusqu’à ce qu’ils repartent, sans arme ni violence. Dix ans durant, ces femmes ont mené un combat qu’elles ont finalement gagné : le 8 février 1976, 99,42 % des suffrages exprimés se portent sur le maintien de Mayotte dans la République française. La République doit beaucoup à cet engagement. Mayotte mérite qu’on s’en souvienne, la France entière aussi.Le groupe Horizons & indépendants s’associe pleinement à ces trois hommages, mais nous ne pouvons pas approuver la méthode employée par les auteurs du texte. Depuis 1958, l’entrée au Panthéon ne relève ni d’un vote ni d’une pétition : elle appartient au président de la République, qui la décide seul et la prononce par décret. Cette règle n’est pas un simple détail de procédure ; elle met l’hommage de la nation à distance des majorités du moment. Elle évite qu’il se confonde avec l’ordre du jour d’un groupe politique, quel qu’il soit. Ce qui vaut aujourd’hui pour ce texte vaudra demain pour tous les autres.La pratique y a ajouté deux exigences, que cette proposition de résolution passe sous silence. La première, c’est l’accord de la famille, qui est toujours recherché et respecté. En 2009, la famille d’Albert Camus a refusé la proposition qui lui était faite, et sa volonté a prévalu. La famille de Marc Bloch a été consultée avant l’annonce de sa panthéonisation. Lorsque les familles de Germaine Tillion, de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ou de Joséphine Baker ont souhaité qu’elles reposent auprès des leurs, c’est un cénotaphe qui les a fait entrer au Panthéon. La seconde, c’est le travail historique, celui des historiens, des comités de soutien et des institutions de mémoire. Ni l’accord des descendants ni le temps des historiens ne s’improvisent en une journée de séance. Aucune de ces exigences ne se tranche en quelques heures.Nous ne voterons pas contre un texte qui rend hommage à Olympe de Gouges, à l’abbé de l’Épée et à Zéna M’Déré. Ce serait faire injure à leur mémoire. Mais nous ne voterons pas davantage pour un texte qui invite notre assemblée à se prononcer sur une prérogative qui n’est pas la sienne. Nous voulons honorer leur mémoire sans nous substituer à ceux à qui il revient d’en juger.Le Panthéon n’est pas l’affaire d’une majorité d’un jour, mais celle de la nation tout entière. Il s’inscrit dans le temps long. C’est pourquoi nous nous abstiendrons sur cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – Mme Marie-Philippe Lubet applaudit également.)
Mme Nicole Sanquer (LIOT) (LIOT). Les niches parlementaires nous donnent habituellement l’occasion de mesurer ce qui nous sépare. Chaque groupe a pris le pli d’y proposer des textes clivants qui suscitent des désaccords profonds. Aujourd’hui, nous sommes en quelque sorte invités à faire l’inverse, à penser aux femmes et aux hommes autour desquels nous pourrions encore nous retrouver.L’exercice est assez singulier, puisque les trois personnalités dont le groupe RN propose l’entrée au Panthéon n’ont, à bien y regarder, pas grand-chose en commun.Olympe de Gouges, l’abbé de l’Épée et Zéna M’Déré ont des histoires qui ne se ressemblent pas. Ils s’inscrivent dans trois époques, trois mémoires, trois combats bien distincts. Telle sera ma première réserve. Fallait-il les réunir dans une seule et même résolution ? Ne méritaient-ils pas chacun leur propre hommage ?Par ailleurs, si en tant que députée j’aurais sans doute bien aimé pouvoir choisir qui entre au Panthéon, nous devons cependant reconnaître la réalité : cette prérogative ne nous appartient pas. Nous ne votons pas une entrée au Panthéon – cela n’aurait pas de sens. Cette décision appartient au chef de l’État qui doit, dans son choix, s’efforcer de prendre le pouls du pays et traduire sa volonté, dans la mesure où il engage notre mémoire collective.Je ne m’attarderai pas davantage sur l’opportunité de ce texte. Je préfère consacrer le temps qu’il me reste à rendre hommage à ces trois personnalités.L’abbé Charles-Michel de l’Épée a marqué l’histoire de l’éducation des sourds et muets en développant une approche pédagogique basée sur les signes méthodiques. Au XVIIIe siècle, les personnes sourdes étaient marginalisées. Il a fallu attendre l’abbé de l’Épée qui, en créant la première institution éducative gratuite pour les sourds, leur a enfin accordé une place dans notre société. Ayant été ministre polynésienne de l’éducation, je suis particulièrement touchée par ce sujet et j’estime que ce combat pour l’inclusion de chacun doit perdurer dans tous les territoires de la République.Je vois un beau message dans l’entrée d’une féministe, Olympe de Gouges, au Panthéon, parmi tous ces hommes, au moment où notre Assemblée examine la proposition de loi visant à apporter une réponse intégrale aux violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants. Je ne retracerai pas son parcours : chacun sait ici qu’elle est l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Je préfère rappeler les mots avec lesquels elle avait interpellé son époque : « Homme, es-tu capable d’être juste ? C’est une femme qui t’en fait la question ». Avant de poursuivre en affirmant ce qui devrait être une évidence : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. »Je voulais terminer avec Zéna M’Déré, femme ultramarine et française avant tout ; ce moment du débat prend pour moi un éclat particulier.De ces trois figures, cette femme est la moins connue de l’Hexagone et même de tout le pays. Vous ignoriez peut-être son nom, mais je sais que vous connaissez les couleurs de son châle traditionnel mahorais, le kichali, puisque ma collègue, Estelle Youssouffa, députée de Mayotte, l’arbore souvent dans notre hémicycle.Zéna M’Déré est plus qu’un symbole à Mayotte. C’est la cheffe des chatouilleuses : elle a animé un mouvement de résistance populaire et pacifique, un mouvement de femmes pour le maintien de Mayotte dans la République française. C’est un beau symbole de notre récit national, celui du lien entre l’Hexagone et les outre-mer.Après avoir décrit ces trois parcours, j’insiste sur le fait que chacun aurait mérité son propre moment, son propre hommage. Leur éventuelle entrée au Panthéon ne relève pas d’un vote ou d’une procédure, même inspirés par les meilleures intentions. Ce choix doit être construit avec nos concitoyens sans être terni par une quelconque instrumentalisation politique.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR) (GDR). « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. » Cette inscription engage la nation tout entière. Elle n’est pas à vendre. Pourtant, c’est une opération de communication que le Rassemblement national vient aujourd’hui accrocher au fronton du Panthéon. Ce texte n’est pas un hommage, mais un détournement de mémoire. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe SOC.)
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Olympe de Gouges a réclamé l’égalité entre les femmes et les hommes, et elle l’a payé de sa vie. L’abbé de l’Épée a ouvert gratuitement la première école pour les malentendants. Vous n’avez rien découvert : la panthéonisation de la première est réclamée depuis des décennies, celle du second depuis 2001 par un comité de coordination pour la panthéonisation de l’abbé.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Vous arrivez après la bataille pour vous approprier des combats que vous n’avez jamais menés – pire, des combats que vous trahissez, vote après vote. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes GDR et EcoS.)
M. Alexis Corbière. Bravo !
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Vous invoquez Olympe de Gouges ? Votre groupe a voté contre l’interdiction des dépassements d’honoraires en santé sexuelle, contre l’accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique, et s’est abstenu sur les sanctions contre l’inégalité salariale. Quand il a fallu inscrire l’IVG dans la Constitution, près de la moitié d’entre vous a manqué à l’appel. (Protestations sur quelques bancs du groupe RN.)
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Olympe de Gouges se battait pour l’égalité, et vous votez contre elle. La faire entrer au Panthéon sur votre proposition serait une insulte à sa mémoire.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Vous invoquez l’abbé de l’Épée ? Vous avez voté contre la titularisation des AESH, qui accompagnent chaque jour les enfants en situation de handicap à l’école. (M. Alexis Corbière et Mme Danielle Simonnet applaudissent.) Vous avez voté pour priver pendant cinq ans les étrangers de la prestation de compensation du handicap. L’abbé ouvrait son école à tous ; vous triez les personnes en situation de handicap selon leur nationalité.
M. Alexis Corbière. Exactement !
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Alors, disons-le clairement : en invoquant leur mémoire aujourd’hui devant nous, vous ne les honorez pas. Vous salissez leur mémoire.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Quant à Zéna M’Déré, nous ne mettons pas en doute la sincérité de son engagement, mais nous refusons le symbole que vous voulez lui faire porter. En 1974, l’archipel tout entier s’est prononcé pour l’indépendance. En 1975, l’ONU a admis les Comores comme un État composé de quatre îles, Mayotte comprise. En 1976, la France a opposé son veto au Conseil de sécurité alors que l’Assemblée générale déclarait nulle et non avenue la consultation séparée organisée à Mayotte. Vous le savez, le maintien de Mayotte dans la République viole le droit international,…
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). …la Charte des Nations unies et le principe de l’intégrité territoriale d’un peuple décolonisé ainsi que celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La France a failli dans la méthode. C’est un acte d’impérialisme qui n’a pas à être glorifié au Panthéon. Je l’ai déjà dit et je le répète : il ne reste en Afrique que deux territoires dont la décolonisation est inachevée, le Sahara occidental et Mayotte.
M. Emeric Salmon (RN). Vous voulez lâcher les Mahorais ? Vous êtes fou ? Vous êtes cinglé !
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Dans les deux cas, des résolutions de l’ONU sont piétinées et c’est la politique du fait accompli qui prévaut.
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Paternaliste ! Colonialiste ! Raciste ! Vous vous prenez pour qui ?
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Dans les deux cas, la France est du mauvais côté du droit.C’est d’autant plus vrai depuis 2024, lorsque le gouvernement français a approuvé la domination marocaine sur le Sahara occidental.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Et que fait le Rassemblement national de cette histoire ? Une arme pour dresser les Mahorais contre les Comoriens, pour faire de ces derniers des étrangers dans leur propre archipel et les boucs émissaires de toutes les détresses de l’île. Le droit dit que ces deux peuples forment une seule communauté nationale ; vous, vous réclamez la fin du droit du sol et la fin du regroupement familial, vous réclamez des murs et des expulsions. Vous ne panthéonisez pas Zéna M’Déré, vous l’enrôlez dans un combat qui n’était pas le sien.L’Assemblée nationale n’est pas la blanchisserie du Rassemblement national. (« Bravo ! » et applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) On ne se refait pas une virginité républicaine en collant des héroïnes et des humanistes sur une affiche de campagne.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Pour honorer ces combats, il faut les défendre ici, texte après texte. Vous faites exactement l’inverse. C’est pourquoi notre groupe votera contre cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR ainsi que sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.)
M. Maxime Michelet (UDR) (UDR). L’histoire est décidément une passion française. Les biographies des candidats à la panthéonisation concernées par cette proposition de résolution ont été brillamment rappelées par mon collègue Jean-Philippe Tanguy. Je ne reviendrai pas sur le récit de leurs vies. Personne ne contestera la valeur de ces vies exemplaires et l’hommage qu’elles méritent.Contrairement à ce que j’ai pu entendre, la panthéonisation relève de nos prérogatives, comme cela a été le cas sous la IIIe République et sous la IVe République, qui votaient les panthéonisations dans cet hémicycle même.
M. Alexis Corbière (ECOS). Oui, mais nous sommes sous la Ve République !
M. Maxime Michelet (UDR). C’est la première fois que je vous entends défendre la Ve République, cher collègue ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes UDR et RN.) Personne ne contestera l’exemplarité de ces vies dédiées à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, de ces vies dédiées à l’unité d’une nation qui n’exclut aucun de ses enfants et n’en prive aucun de parole.La place d’Olympe de Gouges est au Panthéon, auprès des femmes qui l’ont précédée en ce lieu et dont elle aurait applaudi la panthéonisation, mais aussi auprès de tant de figures révolutionnaires dont elle partagea les combats et, pour trop d’entre eux, la fin tragique.La place de l’abbé de l’Épée est au Panthéon, auprès de Louis Braille et de Nicolas de Condorcet, autres grandes illustrations d’une volonté de voir l’éducation et l’expression offertes à tous.La place de Zéna M’Déré est au Panthéon, où elle représentera cette France ultramarine, auprès notamment du Guyanais Félix Éboué, et dans un éclatant témoignage d’unité et de fraternité adressé à Mayotte, terre passionnément française. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
M. Maxime Michelet (UDR). L’exemplarité de ces vies est donc objet de consensus. Mais cette proposition de résolution est aussi l’occasion, au-delà des figures choisies, de rappeler une vérité d’évidence que le maréchal Foch résumait ainsi : « Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. »Dans le brouillard des souvenirs d’une aussi vieille nation que la nôtre, le Panthéon tient lieu en quelque sorte de phare, qui nous rappelle notamment la complexité de notre épopée nationale. Sur les murs de cette ancienne église voulue par le roi Louis XV peuvent se lire les règnes de Clovis, de Charlemagne et de Saint-Louis comme les vies de saint Denis, de sainte Geneviève et de sainte Jeanne d’Arc, tandis qu’à l’emplacement de l’autel, une monumentale sculpture rend hommage à la Convention nationale qui a fondé la République en 1792.
M. Maxime Michelet (UDR). Autour du pendule de Foucault on retrouve à la fois les grands orateurs de la monarchie restaurée et les généraux de la Révolution, au milieu desquels se distingue naturellement le futur empereur Napoléon. Enfin, dans la crypte se résument et se rassemblent nos gloires politiques, militaires, scientifiques et littéraires, depuis qu’en 1885, lors des funérailles de Victor Hugo, le Panthéon est définitivement devenu le temple de la République.La mémoire d’un peuple est comme l’album de photos d’une famille, où sont rassemblés les plus grands souvenirs. Ainsi, le Panthéon est en quelque sorte l’album de famille de la nation française, un album qui appartient à tous les Français sans exception – n’en déplaise à certains. Les souvenirs qu’on choisit d’y faire figurer, à travers les grands hommes et les grandes femmes qu’on y honore, disent davantage de ce que nous sommes aujourd’hui que de ce qu’ils furent hier.Ils disent surtout que nous sommes une vieille nation bâtie par un grand peuple, qui se célèbre tout entier à travers ses grandes figures. Et finalement, au fronton du Panthéon, on pourrait inscrire : « Aux Français la patrie reconnaissante ». Ces figures historiques nous racontent comme nous sommes : passionnés et passionnants, avides de gloires autant que de divisions, épris de généreuse universalité autant que de fierté nationale. Elles racontent aussi une chose essentielle : l’histoire de France est un récit national, puisqu’elle est le récit de la naissance et de la vie d’une nation, qui excédera toujours les clivages du présent, et parfois même les ramène à ce qu’ils sont, c’est-à-dire pas grand-chose au regard de l’épopée de notre peuple. Après avoir entendu certains discours à cette tribune, on s’en convainc sans souci.Alors que notre pays traverse une crise brutale, qui le fait de nouveau tomber dans sa propension au pessimisme et à la désespérance, l’exemple des siècles passés et des grandes figures qui l’habitent devrait nous inspirer espérance et optimisme. Car la France s’est toujours relevée des grandes difficultés qu’elle a connues, car la France est riche d’un grand peuple, dont tant de grandes figures illustrent les grandes qualités. Pour que demain renaisse la France, offrons-lui une renaissance mémorielle qui lui redonne conscience d’elle-même. Le groupe UDR votera naturellement en faveur de l’excellente proposition de résolution de nos amis et alliés du Rassemblement national.Je conclurai en rappelant à certains que lorsqu’on se revendique de l’héritage de Robespierre, lorsqu’on admire Lénine et Trotski, lorsqu’on se réclame de l’idéologie communiste dont on porte le nom, qui a été responsable de 100 millions de morts, on se fait discret sur les leçons de morale mémorielle. (Les députés des groupes UDR et RN applaudissent, la plupart debout.)
M. le président (DEM). La discussion générale est close.La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de la citoyenneté.
Mme Marie-Pierre Vedrenne. Cette proposition de résolution porte trois noms qui ne racontent pas la même histoire : Olympe de Gouges, l’abbé Charles-Michel de l’Épée et Zéna M’Déré. Trois époques, trois parcours, trois engagements. Mais une même question les relie : quelles femmes et quels hommes voulons-nous faire entrer dans la mémoire de la nation ? Le Panthéon n’est pas simplement un monument. Il n’est pas davantage un musée des grandes figures de notre histoire. C’est un lieu où la République fait un choix de mémoire et de reconnaissance. Faire entrer une femme ou un homme au Panthéon, c’est considérer que sa vie, son œuvre ou son combat continuent de parler à la France. C’est non seulement reconnaître une trajectoire, mais aussi transmettre un exemple aux générations qui viennent. Une panthéonisation est donc toujours davantage qu’un hommage au passé ; elle dit quelque chose de la France d’aujourd’hui et de celle que nous voulons transmettre demain. Notre histoire est faite de femmes et d’hommes, de citoyens, d’éducateurs, de résistants, d’intellectuels, de Français venus d’ailleurs, de personnalités ultramarines qui, parfois loin des lieux de pouvoir, ont contribué à faire vivre nos principes républicains.Il importe également de rappeler le cadre institutionnel dans lequel ces décisions sont prises. La panthéonisation relève d’une prérogative du président de la République, en concertation avec la famille du défunt. Elle constitue un acte de reconnaissance nationale qui engage une certaine conception de la mémoire française. C’est dans ce cadre qu’il faut considérer le travail mémoriel engagé depuis 2017. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, plusieurs personnalités ont rejoint le Panthéon et ont permis d’élargir les récits qui y sont représentés.En 2021, Joséphine Baker y a fait son entrée. Artiste, résistante et militante, née aux États-Unis et devenue française, elle incarne à la fois l’engagement, la liberté et l’attachement à la France. En 2024, Missak Manouchian et les résistants de l’Affiche rouge ont été honorés. Avec eux, c’est une mémoire de la résistance, de l’engagement communiste et de la lutte contre le nazisme qui a été reconnue. (Mme Léa Balage El Mariky et M. Stéphane Peu applaudissent.) Le parcours de Missak Manouchian, né en Arménie, rappelle également la place de celles et de ceux qui, venus d’ailleurs, ont choisi la France et sont allés jusqu’au sacrifice pour elle. (M. Jimmy Pahun applaudit.) En 2025, Robert Badinter a rejoint le Panthéon, ce qui a notamment consacré son combat pour l’abolition de la peine de mort, la justice et l’État de droit. En 2026, Marc Bloch y a été honoré avec son épouse, en reconnaissance de son œuvre d’historien, de son enseignement et de son courage face à l’Occupation.Ces choix dessinent progressivement un récit plus large de la nation. Ils montrent une France qui s’est construite par des trajectoires multiples, par la naissance, par le choix, par l’engagement, par la résistance et par les combats menés au nom de la liberté et de la République. Ils montrent aussi que le Panthéon peut être un lieu de transmission, où l’on ne se contente pas de commémorer le passé, mais où l’on donne à voir les valeurs que la République veut faire entendre et faire vivre. C’est à la lumière de cette conception que nous pouvons regarder les trois personnalités proposées. Olympe de Gouges, d’abord. En 1791, elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle affirme ainsi que les principes proclamés par la Révolution restent incomplets s’ils ne s’appliquent pas également aux femmes. Guillotinée en 1793, elle laisse derrière elle une parole qui continue de résonner, celle d’une femme qui entend faire de l’égalité une réalité politique et qui rappelle que les principes républicains doivent être défendus et approfondis.L’abbé Charles-Michel de l’Épée, ensuite. Au XVIIIe siècle, il fonde à Paris une école gratuite destinée aux personnes sourdes et développe une méthode d’enseignement par les signes qui connaîtra un rayonnement européen. Son parcours est marqué par une conviction essentielle : l’éducation est un instrument d’émancipation et la transmission des savoirs doit permettre à chacun de trouver sa place dans la société. Son histoire rappelle ainsi que l’inclusion ne peut être seulement un principe proclamé. Elle doit se traduire dans les institutions, dans l’éducation et dans l’accès aux mêmes possibilités.Zéna M’Déré, enfin. Parler de Zéna M’Déré, c’est parler de Mayotte et de la place des outre-mer dans notre récit national. Entre 1966 et 1976, elle anime le mouvement des chatouilleuses, qui mène à une mobilisation populaire et pacifique en faveur du maintien de Mayotte dans la République française. En 1976, les Mahorais choisissent massivement de demeurer français. Son parcours rappelle une réalité essentielle : les outre-mer ne sont pas à la marge de l’histoire de France, ils en sont une composante pleine et entière. Il existe encore dans notre mémoire collective des parcours ultramarins insuffisamment connus. Les faire connaître, c’est aussi contribuer à une histoire nationale plus complète, qui ne laisse de côté aucune partie de la France.Le Panthéon est politique au sens le plus noble du terme. Il parle de la cité et de la manière dont une nation choisit de raconter son histoire. Il nous oblige à regarder notre passé avec lucidité, à en reconnaître les lumières comme les ombres et à décider ce que nous voulons transmettre. La République n’est jamais achevée. L’égalité doit être constamment défendue. L’unité nationale doit être constamment nourrie. Cette unité ne peut être durable que si la mémoire nationale sait reconnaître la diversité des parcours qui ont contribué à construire la France.C’est dans cette perspective qu’il faut considérer le travail mémoriel engagé depuis 2017. Les entrées de Joséphine Baker, de Missak Manouchian, des résistants de l’Affiche rouge, de Robert Badinter et de Marc Bloch ont contribué à faire apparaître au Panthéon des parcours différents : ceux d’une femme engagée, de résistants venus d’ailleurs, d’un défenseur de l’État de droit, d’un intellectuel et d’un historien. Cette diversité constitue désormais une partie du récit du Panthéon contemporain. Une entrée au Panthéon est à la fois un regard porté sur le passé, un message adressé à la France d’aujourd’hui et une réflexion sur la France de demain. C’est pourquoi les trois noms qui sont proposés méritent d’être considérés à l’aune de ce qu’ils peuvent transmettre. La défense de l’égalité avec Olympe de Gouges, l’émancipation par l’éducation avec l’abbé de l’Épée et l’attachement des outre-mer à la République avec Zéna M’Déré.Le choix des prochaines panthéonisations appartiendra au prochain président de la République, conformément à nos institutions et comme c’est le cas depuis le début de la Ve République. Il lui reviendra de définir les prochaines étapes de cette politique mémorielle et de déterminer les figures qu’il souhaitera à son tour inscrire dans la mémoire nationale. Mais une chose demeure : le Panthéon continuera d’être ce lieu singulier où la France choisit, génération après génération, celles et ceux dont la vie peut encore nous aider à comprendre ce que nous sommes et ce que nous voulons devenir.
(La séance, suspendue à dix-sept heures cinquante-cinq, est reprise à dix-huit heures.)
M. le président (DEM). La séance est reprise.La parole est à M. Pierre Cazeneuve. Pour un rappel au règlement ?
M. Pierre Cazeneuve (EPR). Monsieur le président, je souhaiterais, s’il vous plaît, une suspension de séance de deux minutes, le temps que les collègues qui siègent à la commission des finances puissent revenir.
M. le président (DEM). Elle est de droit. La séance est suspendue pour deux minutes.
(La séance, suspendue à dix-huit heures, est reprise à dix-huit heures deux.)
M. le président (DEM). La séance est reprise.Sur la proposition de résolution, je suis saisi par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Mme Anchya Bamana (RN) (RN). Notre collègue Nicole Sanquer a évoqué le kichali. (L’oratrice montre la pièce d’étoffe qu’elle porte sur l’épaule.) Pour information, toutes les Mahoraises le portent. Et toutes les personnes qui honorent Zéna M’Déré sont dans cette salle. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)Le Panthéon n’est pas seulement un monument ; c’est le lieu où la nation rend hommage à celles et ceux qui ont fait vivre les valeurs de notre République. Cette proposition de résolution nous invite à reconnaître trois parcours exceptionnels, trois engagements différents, mais un même idéal : celui qui consiste à servir la France et ses principes. Olympe de Gouges, d’abord, qui défendit courageusement l’égalité entre les hommes et les femmes, combattit l’esclavage et paya de sa vie sa liberté de pensée. L’abbé Charles-Michel de l’Épée, ensuite, qui consacra son existence à l’instruction des personnes sourdes, démontrant que l’accès au savoir et à la dignité ne devait laisser personne de côté. Zéna M’Déré, enfin, chère aux Mahorais que je représente aujourd’hui, incarnation du courage des femmes mahoraises qui défendirent pacifiquement et avec détermination l’attachement de Mayotte à la République française.Ces trois personnalités nous rappellent que la grandeur de notre pays s’est construite grâce à des femmes et à des hommes capables de dépasser leur condition pour défendre l’intérêt collectif. Leur rendre hommage, c’est reconnaître la diversité des chemins qui ont façonné notre histoire commune, de l’Hexagone jusqu’aux outre-mer. Il est vraiment dommage et triste de constater que la gauche et les ennemis de Mayotte française, c’est-à-dire le groupe GDR, ne soutiennent pas ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Parce que notre mémoire nationale doit être à la hauteur de ses engagements, et parce que la France doit savoir honorer ses grandes figures, il faut voter en faveur de cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs du groupe UDR.)
M. Aurélien Taché (LFI-NFP) (LFI-NFP). Olympe de Gouges, Zéna M’Déré, Charles-Michel de l’Épée : ces trois noms honorent notre histoire. C’est bien pour cela que nous refusons de les voir servir de vitrine au Rassemblement national et que nous voterons contre ce texte. (Sourires sur les bancs du groupe RN.) Soyons clairs, nous ne votons pas contre ces trois figures (« Bah si ! » sur les bancs du groupe RN), mais contre l’usage que vous en faites. La décision de faire entrer des gens au Panthéon appartient au président de la République ; votre proposition de résolution n’y fera donc entrer personne. Elle cherche seulement à faire entrer le Rassemblement national dans une respectabilité qu’il n’a pas.
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Olympe de Gouges, d’abord. En 1791, elle a écrit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, où l’on peut lire : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Abolitionniste, elle dénonçait l’esclavage dans ses écrits. Et vous prétendez l’honorer ? Alors qu’en 2012, Mme Le Pen proposait de dérembourser ce qu’elle appelait les IVG de confort ! Et qu’en 2022, votre groupe a voté contre l’allongement du délai pour recourir à une IVG de douze à quatorze semaines !
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Une partie de vos députés a aussi refusé d’inscrire la liberté d’avorter dans la Constitution. Au Parlement européen, vos élus s’opposent aux textes sur les droits sexuels et reproductifs et vos alliés, en Hongrie comme en Espagne, s’attaquent à ces droits partout où ils le peuvent. Olympe de Gouges réclamait la tribune pour les femmes ; vous leur refusez la maîtrise de leur corps.Zéna M’Déré, ensuite. Avec les chatouilleuses, elle s’est battue pour que Mayotte reste française. Mais elle se battait surtout pour l’égalité des droits. Cette égalité, où est-elle aujourd’hui à Mayotte ? Le smic y reste inférieur à ce qu’il est dans l’Hexagone ; le RSA y est environ moitié moindre. Les titres de séjour y sont territorialisés et transforment l’île en nasse. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Le droit du sol y a été restreint par dérogation et vous voulez étendre cette exception à tout le pays. Le journaliste Rémi Carayol parle même, à propos de Mayotte, d’un département colonie. Et il a raison.Au fond, ce que le Rassemblement national aime à Mayotte, c’est la France sans la République, le drapeau sans l’égalité, l’uniforme sans les droits. Zéna M’Déré s’est battue pour être une Française à part entière ; vous, vous voulez faire des Mahorais des Français à part. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Et votre colonialisme viscéral ne date pas d’hier. Parmi les fondateurs de votre parti figuraient les nostalgiques de l’Algérie française et d’anciens de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) (M. Frédéric Maillot applaudit). Pierre Sergent, chef de l’OAS en métropole, a siégé sur ces bancs comme député du Front national. En 2022, c’est votre doyen qui ouvrait cette législature. Il y évoquait avec émotion son Algérie natale. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Puis, interrogé sur les crimes de l’OAS, il a répondu qu’il n’était pas là pour juger. Nous, nous sommes là pour nous souvenir ! En mai 1958, à Alger, l’armée coloniale organisait des cérémonies publiques où l’on arrachait le voile de femmes algériennes pour mettre en scène leur émancipation par la France. Et aujourd’hui, c’est Mme Le Pen qui veut interdire le voile en France. Au fond, au Rassemblement national, à chacun sa haine : la haine antijuive pour M. Bardella, la haine antimusulmans pour Mme Le Pen. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Fatiha Keloua Hachi applaudit également.)L’abbé de l’Épée, enfin. Au XVIIIe siècle, les enfants sourds étaient tenus pour idiots et cachés par leur famille. Lui, il les a recueillis. Il leur a donné une langue, une école, une dignité. Il n’a pas trié ces enfants. Il ne leur a pas demandé leurs papiers.
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Il n’a pas mesuré les os de leurs poignets pour décider s’ils méritaient d’être protégés, comme vous le proposez, au Rassemblement national. Quand un enfant arrive sur notre sol, vous ne voyez pas un enfant, vous voyez un migrant.
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Et pourtant, c’est vrai ! Vous voulez généraliser les tests osseux sur ces jeunes, les présumer majeurs et les sortir de l’aide sociale à l’enfance (ASE). (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
M. Aurélien Taché (LFI-NFP). Et pour les enfants nés ici, qu’avez-vous fait ? L’aide sociale à l’enfance s’effondre ; des enfants dorment à l’hôtel, livrés aux réseaux de prostitution ; des juges ordonnent des placements qui ne sont jamais exécutés. (Les exclamations sur les bancs du groupe RN se poursuivent.) Près d’une personne sans domicile née en France sur quatre est un ancien enfant placé. Après Bétharram, des centaines de victimes ont brisé des décennies de silence. Où étiez-vous pour mener ces combats ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous parlez d’enfance quand il s’agit de vos paniques morales, mais vous vous taisez quand il s’agit des enfants réels, de ceux qui ont froid, de ceux qu’on frappe, de ceux qu’on abandonne. Vous convoquez l’abbé de l’Épée, qui ouvrait sa porte à tous les enfants ; et vous, vous fermez la nôtre ! Il donnait une voix à ceux que personne n’écoutait. Vous, vous ne parlez des enfants que lorsqu’ils servent votre propagande. (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN.)Sur le fronton du Panthéon, il est écrit : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Mais Olympe de Gouges, Zéna M’Déré et l’abbé de l’Épée méritent mieux que de devenir les alibis du Rassemblement national. Ils méritent qu’on poursuive leur combat. L’égalité entre les femmes et les hommes, l’égalité réelle à Mayotte, la protection de tous les enfants : ces combats sont les nôtres, à La France insoumise, et c’est pourquoi nous voterons contre votre proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)
M. le président (DEM). Allons, monsieur Tanguy, vous n’allez pas recommencer !
Mme Colette Capdevielle (SOC) (SOC). Nous allons voler (Rires et exclamations sur les bancs du groupe RN)… Nous allons voter, voulais-je dire, contre cette proposition de résolution qui est une véritable provocation. Vous trahissez l’histoire, vous trahissez la mémoire, vous trahissez les descendants de ces trois personnes célèbres. Vous trahissez les valeurs que ces personnes ont incarnées : l’égalité entre les hommes et les femmes, la défense des vulnérabilités, l’égalité des territoires.Vous nous faites honte à évoquer ici la mémoire d’Olympe de Gouges, après tout le mal que vous avez fait aux femmes, y compris ces derniers jours, au cours de l’examen de la loi transpartisane que vous ne soutenez pas. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) C’est vous qui voulez des actes d’enquête au rabais. C’est vous qui voulez supprimer le mot « féminicide » du texte de la loi. C’est vous qui, hier soir, avez voulu minorer le rôle des employeurs dans la protection des femmes victimes de violences au sein des entreprises.Nous voterons également contre cette proposition de résolution parce que vous refusez toujours l’universalité des droits. Vous qui invoquez matin, midi et soir la préférence nationale (« Oui ! » sur les bancs du groupe RN), v ous salissez la mémoire de ces trois personnages historiques. Mais nous ne nous y trompons pas. Nous connaissons votre vraie nature, celle qui se cache derrière ce vernis écaillé. Vous n’avez voté que 42 % des amendements en faveur des droits des femmes. Vous avez voté contre l’introduction du consentement dans la définition du viol et des agressions sexuelles. Vous avez voté contre l’égalité professionnelle et contre la prise en charge des protections périodiques. Et l’un des vôtres a écrit en 2014, à propos du 40e anniversaire de la loi Veil : « C’est un sinistre anniversaire. C’est un hommage aux millions de victimes de l’avortement. Non à la culture de la mort, oui à la vie. »Le Panthéon, au fronton duquel il est écrit « Aux grands hommes la patrie reconnaissante », n’est pas une vitrine. Ce n’est pas non plus un paillasson sur lequel vous pouvez vous essuyer les pieds en espérant ainsi gagner une once de respectabilité. Le Panthéon, c’est un vrai lieu de la mémoire républicaine, qui célèbre celles et ceux dont l’héritage mérite d’être transmis aux générations futures. C’est la raison pour laquelle nous refusons d’entrer dans votre jeu. Vous avez choisi trois figures dont les combats incarnent pour nous l’émancipation, l’égalité, l’éducation, la dignité, la liberté, l’attachement à la République, c’est-à-dire exactement tout ce que vous combattez matin, midi et soir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Mme Colette Capdevielle (SOC). Nous ne vous laisserons pas utiliser la mémoire de ces personnages historiques en vue de vos petites capsules vidéo. Le Panthéon appartient à la nation, non à un parti d’extrême droite qui veut s’en servir pour tenter d’effacer, de gommer, de jouer à l’ardoise magique avec son passé honteux. Enfin, votre attitude aujourd’hui, à l’instant encore, lorsque vous disiez : « La voilà, celle-là ! », nous confirme une chose : il n’y a vraiment aucune chance que l’un d’entre vous entre un jour au Panthéon ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LFI-NFP, EcoS et GDR.)
M. Alexis Corbière (EcoS) (ECOS). J’attends toujours que les 150 collègues du Rassemblement national et leurs alliés, qui en janvier ont rendu hommage à Jean-Marie Le Pen, le grand misogyne, raciste, antisémite, hostile aux droits de l’homme et du citoyen (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et LFI-NFP), nous expliquent où est la cohérence entre cet hommage et ce qu’ils font à présent. On nous a dit – phrase magnifique – que qui oublie son passé n’a pas d’avenir. J’aimerais comprendre comment le collègue Tanguy, qui cite à cette tribune le général de Gaulle –…
M. Alexis Corbière (ECOS). …soit dit en passant, Jean-Marie Le Pen considérait plus facile de résister à Vichy avec Pétain qu’à Londres avec de Gaulle (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et LFI-NFP. – Mme Karine Lebon applaudit également) –, comment le collègue Tanguy, disais-je, se réunit avec Louis Aliot, lequel a érigé à Perpignan une stèle à Jean Bastien-Thiry, qui voulut assassiner le général. Je le répète, où est la cohérence ? Votre histoire, c’est cela ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.) Vous n’avez pas répondu ; vous avez continué à vous dissimuler. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Vous voulez être fidèles à la mémoire d’Olympe de Gouges ? J’aurai alors une proposition à soumettre à toute l’Assemblée : si nous changions l’inscription au fronton du Panthéon en « Aux grands hommes et femmes la patrie reconnaissante » ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et SOC.) Commençons par là ! Savez-vous que le Panthéon, décrit comme le temple républicain, abrite à ce jour soixante-dix-sept hommes et huit femmes seulement ? Que la moitié de ceux qui y reposent y sont entrés sous l’Empire et non sous la République ? Ne donnons pas à ce lieu la signification qu’il commence doucement à prendre : ce sont d’abord les actes politiques qui amènent chacun à savoir si l’on est ou non fidèle aux fondements de la République.Quels que soient le pedigree et le cursus des trois personnes présentées, il est contraire à toute cohérence historique – lorsque l’on fait de la politique, l’histoire importe – que le Rassemblement national, l’héritier des adversaires de la Révolution française et de la République, autrement dit de ceux qui ont toujours eu de la compassion pour les plus pauvres, se réclame d’elles à notre tribune. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe RN.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Quel est le but de l’exercice ? Cela s’appelle une captation d’héritage. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Jean-Marie Le Pen en fut un spécialiste, ce qui a même assuré sa fortune personnelle ; vous poursuivez cette sale besogne. J’ai entendu Marine Le Pen réclamer la modification de la Constitution, le futur coup d’État que serait la Constitution xénophobe que vous entendez imposer, au nom d’une prétendue loi Salengro de préférence nationale ; vous l’avez invoquée par deux fois. Je vais vous donner une petite leçon d’histoire. (Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Écoutez bien et sortez les stylos : il n’y a jamais eu de loi Salengro de préférence nationale – qui aurait, selon vous, été adoptée en 1932. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Vous confondez avec un autre texte, combattu par le groupe socialiste de Roger Salengro. La loi Salengro visait à défendre l’égalité des salaires entre travailleurs français et étrangers ! Vous êtes des faussaires de l’histoire. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, SOC et GDR.) J’ai entendu le collègue Odoul affirmer lors d’un précédent débat que Napoléon Bonaparte avait aboli l’esclavage, qu’il a en fait rétabli ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.) Chaque fois que vous utilisez l’histoire, que vous vous réclamez de tel ou tel personnage, vous vous trompez. Encore une fois, soyez fidèles : pour quelle raison ne revendiquez-vous pas vos ancêtres ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) En général, vous vendiez leurs livres lors des fêtes des Bleu-blanc-rouge : Édouard Drumont, Jules Guérin, Rivarol, Maurice Barrès, Georges Cadoudal, François Duprat, Abel Bonnard, Xavier Vallat, voilà ceux dont vous êtes les héritiers. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC. – Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Alexis Corbière (ECOS). Il est vrai qu’au Panthéon, ils feraient moins chic ; c’est un peu plus difficile à porter. Bref, on aura compris la manœuvre : j’ignore si, par le hasard d’un vote, elle réussira, mais je ne le souhaite pas.
M. Théo Bernhardt (RN). Le communisme a fait 100 millions de morts !
M. Alexis Corbière (ECOS). Pour finir, je ne m’adresse plus seulement aux collègues du Rassemblement national : il faudra mettre un terme au caractère infantilisant d’un système où un homme seul, le monarque présidentiel, décide des admissions au Panthéon. Je forme le vœu que cesse cette instrumentalisation de la politique, cette utilisation momentanée d’un grand personnage dont l’exhibition par le président de la République ne met souvent en valeur que la médiocrité de ce dernier. Honnêtement, le président ne s’est pas toujours illustré, ces derniers temps ; s’il a choisi d’immenses figures comme Marc Bloch, qui lutta contre le Rassemblement national, sa politique aura trop souvent consisté à souffler dans les voiles de l’extrême droite. Nous voterons contre la proposition de résolution, et c’est nous qui ferons entrer où ils doivent être, c’est-à-dire dans le cœur de tous les Français, les continuateurs de ces trois personnages ! (Les députés des groupes EcoS et SOC se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)
M. Boris Vallaud (SOC). Monsieur le président, je demande une suspension de séance.
M. le président (DEM). Elle est de droit. Je rappelle que les explications de vote ne peuvent être interrompues par un rappel au règlement, mais seulement par une demande de suspension.
(La séance, suspendue à dix-huit heures vingt, est reprise à dix-huit heures vingt-cinq.)
M. le président (DEM). La séance est reprise.La parole est à M. Stéphane Peu. (Brouhaha.)Chut, chers collègues !
Un député du groupe RN. C’est 100 millions de morts, le communisme !
M. Stéphane Peu (GDR) (GDR). Si vous commencez comme ça… (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Je vais vous expliquer une chose : lorsque Jean Moulin, désormais au Panthéon, a créé le Conseil national de la Résistance, il y avait à ses côtés, autour de la table, les communistes français. (Les députés des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Mme Émilie Bonnivard applaudit également. – Huées sur quelques bancs du groupe RN.) Missak Manouchian, communiste, est entré au Panthéon ; en cent vingt-six ans d’histoire, jamais le Parti communiste n’a eu de sang sur les mains ! (Les exclamations redoublent.) Le Parti communiste a versé son sang pour la France ! (Claquements de pupitres sur quelques bancs du groupe RN.) Nous avons versé notre sang pour la patrie ; le seul sang que nous ayons sur les mains, c’est du sang nazi et le sang de vos ancêtres, qui étaient des collabos ! (Les applaudissements se poursuivent.) Tenez-vous-le pour dit ! (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Stéphane Peu (GDR). Le Panthéon n’appartient à aucun groupe parlementaire, mais à la nation. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et EcoS. – M. Marc Fesneau applaudit également.) En y faisant entrer quelqu’un, celle-ci signifie aux générations futures : voilà ce que nous tenons pour grand, ce qui honore une vie. Elle dit également quelque chose d’elle-même, c’est pourquoi il faut s’arrêter au sens de votre texte, lequel invite le gouvernement à engager des démarches en vue de l’entrée au Panthéon de trois personnalités. Le sens de ce geste dépend évidemment de celui qui le propose ; regardons donc qui vous êtes, les combats que vous menez.Olympe de Gouges a payé de sa vie sa défense de l’égalité entre femmes et hommes : votre groupe ne cesse de piétiner ces droits, de rejeter toutes les propositions de loi en ce sens qui arrivent dans cet hémicycle. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Lorsqu’il s’agit de faire entrer l’interruption volontaire de grossesse dans la Constitution, vous allez aux toilettes ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, EPR, LFI-NFP, SOC, EcoS et Dem.) Charles-Michel de L’Épée a ouvert à tous son école destinée aux handicapés : vous voulez la priorité nationale et la sélection. Quant à Zéna M’Déré, vous oubliez qu’aucune panthéonisation ne doit trancher des débats non encore clos – tel celui concernant la responsabilité de la France à Mayotte, considérée par les Nations unies comme un territoire à décoloniser ! (M. Nicolas Sansu applaudit. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Stéphane Peu (GDR). Votre proposition de résolution revient à présenter le Rassemblement national comme l’héritier d’Olympe de Gouges, de l’abbé de L’Épée, de Zéna M’Déré : vous êtes tout l’inverse. Nous voterons contre le texte (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS) ; non contre ces trois personnalités, mais pour protéger leur mémoire, car voter pour serait une trahison. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP, SOC et EcoS.)
M. le président (DEM). Je vous vois brandir le règlement, madame Panot, mais vous savez que les rappels au règlement ne sont pas admis en l’occurrence : vous souhaitez une suspension de séance ?
Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Oui, monsieur le président, puisque l’extrême droite est en train d’empêcher que l’on rende hommage à la Résistance (Les députés des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR se lèvent et applaudissent. – Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR) et ne veut pas entendre rappeler que ceux qui ont fondé son parti sont aussi ceux qui ont tué des communistes… (M. le président coupe le micro de l’oratrice.)
M. le président (DEM). Madame Panot, vous demandez donc une suspension ?
Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Vous avez coupé le micro avant que j’y arrive. Vous pouvez me redonner la parole !
M. le président (DEM). Je voulais simplement être sûr de votre demande.
(La séance, suspendue à dix-huit heures vingt-neuf, est reprise à dix-huit heures trente et une.)
M. le président (DEM). La séance est reprise.La parole est à M. Pierre Cazeneuve.
M. Pierre Cazeneuve (EPR) (EPR). Olympe de Gouges, l’abbé Charles-Michel de l’Épée, Zéna M’Déré ont un point commun : s’ils étaient encore vivants, ils auraient combattu de toutes leurs forces les idées du Front national. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, SOC, EcoS, Dem et GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN. – Mme Émilie Bonnivard applaudit également.) Ils auraient combattu de toutes leurs forces le programme de Marine Le Pen ; ce programme raciste, xénophobe, qui ne fait que cracher sur l’histoire de ce pays. (Protestations sur les bancs du groupe RN.)Chers collègues du Rassemblement national, tout dans votre histoire – vos actes, vos votes et vos paroles – va à l’encontre de la pensée humaniste de ces trois grandes figures de notre idéal républicain. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Soyez honnêtes : si c’était votre président de parti, Jordan Bardella, qui avait dressé une liste de personnes à panthéoniser, il aurait sans doute choisi Louis-Ferdinand Céline, Pierre Drieu la Rochelle, Maurice Barrès ou peut-être, par anticipation, Alain Soral ! (Mêmes mouvements.) Car c’est cela, la réalité de votre parti. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.) Votre parti est présidé par un député européen qui tient des propos antisémites (Exclamations sur les bancs du groupe RN)…
M. Pierre Cazeneuve (EPR). …et qui se planque derrière des attaques facétieuses envers la presse pour éviter d’assumer ses actes. Avec ce texte, vous poursuivez votre piètre tentative de dédiabolisation entamée ce matin.N’y a-t-il pas suffisamment de problèmes dans ce pays, de crises sociales, budgétaires, économiques (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, SOC et EcoS),…
M. Pierre Cazeneuve (EPR). …de difficultés liées au pouvoir d’achat, auxquels nos concitoyens sont confrontés au quotidien ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Et pourtant, depuis ce matin, vous ne proposez que des bouts de papier sans aucune portée juridique, sans aucune force, sans aucun impact sur la vie des gens. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.) Cela en dit long sur l’ambition que vous avez pour votre pays.
M. Pierre Cazeneuve (EPR). De la loi Veil à la constitutionnalisation de l’interruption volontaire de grossesse, du remboursement des protections périodiques aux discussions actuelles sur la loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes, votre rapport au féminisme et à l’égalité entre les femmes et les hommes ne trompe personne. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) En tentant, de la manière la plus vile, de vous approprier la mémoire et l’histoire de ces trois grandes figures républicaines, vous leur crachez au visage. Vous devriez avoir honte. (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN. – Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, SOC et EcoS. – M. Stéphane Peu applaudit également.)Comme depuis ce matin, face à vos médiocres tentatives (Exclamations sur les bancs du groupe RN), nous voterons avec détermination contre cette proposition de résolution. Par notre vote et celui de l’ensemble de la représentation nationale, nous vous renverrons une nouvelle fois bien loin du Panthéon. (Vives exclamations sur les bancs du groupe RN. – Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)
Vote sur la proposition de résolution.
M. le président (DEM). Je mets aux voix la proposition de résolution.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président (DEM). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 294 Nombre de suffrages exprimés 291 Majorité absolue 146 Pour l’adoption 133 Contre 158
(La proposition de résolution n’est pas adoptée.) (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)
Discussion d’une proposition de loi
M. le président (DEM). L’ordre du jour appelle la discussion de la proposition de loi de M. Pierre Meurin et plusieurs de ses collègues visant à abroger les zones à faibles émissions-mobilités (nos 2970, 3200).Monsieur Lucas-Lundy, vous souhaitez faire un rappel au règlement ? Sur quel fondement ?
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Sur le fondement de l’article 100. Avec mon groupe, nous nous étonnons de voir que Mme la présidente Le Pen ne vient pas assumer son texte dans l’hémicycle cet après-midi : elle a probablement piscine, ou aquaponey. Nous… (Protestations sur les bancs du groupe RN. – M. le président coupe le micro de l’orateur.)
M. le président (DEM). La parole est à M. Pierre Meurin, rapporteur de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.
M. Pierre Meurin (RN). Je voudrais démarrer mon propos par des remerciements chaleureux et appuyés à l’égard de Marine Le Pen (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs des groupes SOC et EcoS)…
M. Pierre Meurin (RN). …pour avoir inscrit la suppression des zones à faibles émissions (ZFE), pour la deuxième fois, à l’ordre du jour de la niche parlementaire du groupe Rassemblement national. Cela démontre que le Rassemblement national est, avec sa candidate, la seule force politique à défendre concrètement les automobilistes français. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Mesdames et messieurs les députés, ce texte qui propose de supprimer les ZFE est un geste de réparation républicaine à l’égard des millions d’automobilistes que vous voulez exclure des centres-villes. Les ZFE vont à l’encontre de la devise nationale ; notre démarche est donc profondément républicaine. Les ZFE portent atteinte à la liberté de circulation des automobilistes et à l’égalité républicaine entre tous les citoyens, de toutes conditions sociales et de tous lieux d’habitation. Avec les ZFE, vous excluez des millions de Français des grandes villes. Je vous conjure de le reconnaître !Dans les grandes métropoles, l’immobilier est devenu hors de prix ; les plus modestes sont partis vivre dans les zones périurbaines et rurales. Dans le même temps, le mouvement de métropolisation a dévitalisé nos zones rurales et a concentré tous les services dans les métropoles. Avec les ZFE, vous enfoncez le clou en interdisant aux Français les plus modestes, aux Français des zones rurales, à ceux qui ont tout perdu, de se rendre dans les grandes villes. Les ZFE sont un geste de séparatisme à l’égard des millions de Français qui ne peuvent plus entrer dans les centres-villes. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)Monsieur le ministre, mesdames et messieurs les députés, j’ai au moins une bonne nouvelle pour vous : on peut facilement abroger les ZFE, puisqu’elles ne servent absolument à rien ! Une étude de l’Insee parue il y a quelques semaines indique que la qualité de l’air s’améliore significativement dans les grandes villes – baisse de 40 % des émissions de particules fines, baisse de 25 à 30 % des émissions de dioxyde et monoxyde d’azote –, et ce n’est pas grâce aux ZFE. L’Insee le dit, cela est dû à 90 % au renouvellement naturel du parc automobile, un parc que vous contribuez pourtant à faire vieillir ! En effet, avec la fin de la commercialisation de voitures à moteur thermique à l’horizon 2035, les voitures sont devenues hors de prix pour les plus modestes. Vous freinez donc le renouvellement du parc automobile qui permettrait d’améliorer la qualité de l’air.Des solutions existent. À titre personnel, je les propose depuis presque quatre ans, tant ce combat me tient à cœur.Pour commencer, le parc automobile existant n’est pas seulement le problème, il fait aussi partie de la solution. Il existe des véhicules Crit’Air 1 très polluants car peu entretenus ; mais le petit artisan qui a une vieille voiture mais qui l’entretient lui-même avec beaucoup de soin n’a pas le droit d’entrer dans les grandes villes. C’est pourtant l’entretien et le contrôle technique qui constituent la solution pour faire baisser la pollution de l’air dans les métropoles.Par ailleurs, quand avez-vous eu la très mauvaise idée de parler de santé publique en désignant 15 millions de Français comme boucs émissaires ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Pensez-vous que l’on puisse mener une politique sanitaire en désignant 15 millions de Français comme des pollueurs d’air urbain ? C’est scandaleux ! Et 80 % des Français pensent exactement la même chose que nous. Même les Français qui ne sont pas concernés par les restrictions de circulation sont contre les ZFE, ce qui me rend optimiste.Il faut vraiment supprimer les ZFE aujourd’hui. Il s’agit d’un geste républicain et démocratique. (Mêmes mouvements.)Nous ne pouvons pas mener une politique sanitaire en mettant des vignettes avec des numéros et des couleurs sur la voiture des gens qui veulent simplement aller au boulot, emmener leurs enfants à l’école, aller se soigner, rendre visite à leurs proches ou consommer dans des commerces de centre-ville auxquels ils n’ont plus accès dans les zones rurales.En réalité, ma démarche est modeste : je propose simplement de retrouver la majorité obtenue l’année dernière lorsque nous avons supprimé les ZFE dans le cadre de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.)
M. Pierre Meurin (RN). Je vous propose cette fois-ci un texte ad hoc, qui ne sera pas qualifié de cavalier législatif.Je suis obstiné sur les ZFE : c’est un combat qui me tient beaucoup à cœur, tant je hais l’injustice. Depuis quatre ans, j’ai eu de nombreuses conversations passionnantes avec vous, chers collègues. Vous êtes nombreux à voter pour maintenir les ZFE alors que, dans votre for intérieur, vous trouvez ce dispositif stupide et même dangereux pour le contrat social. Je vous invite aujourd’hui à mettre vos convictions en face de votre vote. Supprimez les ZFE ! En tout cas, le Rassemblement national se fera un plaisir d’effectuer ce geste républicain à l’égard des automobilistes.Dix ans de macronisme, c’est dix ans d’écrasement permanent des automobilistes. En la matière, Édouard Philippe a probablement été l’homme politique le plus sadique (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RN et UDR) : ZFE, explosion des taxes sur le carburant, interdiction des moteurs thermiques, et j’en passe. Les gouvernements macronistes ont fait preuve d’un mépris pour la France du travail incarnée par l’automobiliste. C’est ce mépris qui a conduit au mouvement des gilets jaunes. Notez que lorsque ce mouvement se déroulait sur les ronds-points de nos campagnes, de notre France des clochers comme j’aime à le dire, il était parfaitement non violent ; c’était le fait de Français qui vous en veulent mais qui souffrent en silence, sans jamais rien casser, contrairement aux incendiaires qui se situent à l’extrême gauche de cet hémicycle. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)Monsieur le ministre, il faut faire un geste pour les automobilistes français. Ils en ont besoin. Vous n’imaginez pas leur ressenti : ils se sentent écrasés et oubliés de vos gouvernements.La politique, ce ne sont pas des tableaux Excel ou des présentations PowerPoint ; c’est une science humaine. Pour les Français les plus modestes, pour ceux des zones rurales, les ZFE sont ressenties comme une insulte. C’est une insulte pour nos artisans qui roulent en vieilles camionnettes – ce que j’appelle la France du C15, que j’aime tant ! –, pour nos agriculteurs, pour nos infirmières libérales, pour les aidants.Monsieur le ministre, entendez ce message, je vous en conjure ; faisons collectivement ce geste républicain ! En toute hypothèse, si vous conservez la mauvaise foi systémique que vous avez sur ce sujet, dans six à sept mois, Marine Le Pen abrogera les ZFE séance tenante, en même temps que nous baisserons les taxes sur le carburant (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR) et que nous ferons respirer notre France du travail – notre France des automobilistes, que vous avez tant méprisée.S’agissant de la discussion à venir sur ce texte, je sais que la gauche, s’il lui reste un fond social, ne peut pas admettre qu’on exclue les Français les plus pauvres de nos grandes villes. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Plusieurs députés du groupe RN. Eh oui !
M. Pierre Meurin (RN). Vous ne pouvez pas l’accepter sans trahir votre philosophie politique. Les enjeux sanitaires, nous en tenons compte : décalaminage, notamment à l’hydrogène, nettoyage des moteurs, amélioration du contrôle technique. De grâce, arrêtons les fausses bonnes idées qui se traduisent par une ségrégation et un séparatisme territorial et social, dont vous êtes si friands en tant que macronistes. Ces neuf ans de macronisme ont été un cauchemar, pour moi personnellement, mais aussi pour des millions de Français. Les six derniers mois vont être très longs, mais mon groupe et moi-même, nous nous accrocherons avec courage pour porter Marine Le Pen à l’Élysée, elle qui aime tant les Français ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Accrochez-vous, car ça ne risque pas d’arriver !
M. le président (DEM). La parole est à M. le ministre délégué chargé de la transition écologique.
Mme Sandra Marsaud (EPR). Enfin la voix de la raison et de l’équilibre !
M. Mathieu Lefèvre. Monsieur le rapporteur, je ne sais pas si vous allez faire respirer la France des automobilistes, mais manifestement, si par malheur Marine Le Pen était élue, vous feriez respirer les Français un petit peu moins bien. La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui vise à une abrogation sèche, sans alternative aucune, des zones à faibles émissions, méprisant au passage et l’enjeu sanitaire et l’enjeu économique que celles-ci charrient – j’y reviendrai. Si elles ne servent à rien, pourquoi s’acharner à vouloir les supprimer ?
M. Mathieu Lefèvre. Pour commencer, épargnons-nous les uns et les autres des termes aussi connotés et aussi chargés que « séparatisme », « ségrégation » ou « sadisme ». Je vous propose plutôt d’entrer dans un débat technique.
M. Mathieu Lefèvre. Macronisme ? Depuis dix ans bientôt, les baisses d’émissions de gaz à effet de serre (GES) n’ont jamais été aussi importantes (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR) : – 25 % depuis que le président de la République est au pouvoir, contre – 17 % entre 1990 et 2017.
M. Mathieu Lefèvre. Si par malheur vous arrivez au pouvoir, nous verrons si vous faites mieux ou si vous poursuivez sur cette trajectoire.
Un député du groupe RN. Tout va bien, madame la marquise !
M. Mathieu Lefèvre. S’agissant des ZFE, le gouvernement ne défend ni le statu quo ni un dogme. Nous entendons comme vous les critiques visant cet outil. Nous savons combien les Français dépendent de leur voiture pour travailler, rendre visite à des proches ou simplement faire leurs courses.
M. Mathieu Lefèvre. Nous entendons comme vous les artisans, les salariés, les familles, pour lesquels changer de véhicule représente une dépense importante.
M. Mathieu Lefèvre. Nous savons comme vous que les élus locaux demandent davantage de liberté pour adapter les dispositifs à leur territoire ; mais à la différence de vous, nous agissons, notamment grâce aux outils budgétaires – j’y reviendrai s’agissant en particulier des certificats d’économie d’énergie (C2E).Toutefois, entendre les difficultés ne doit pas conduire à nier les enjeux de politique publique auxquels les ZFE répondent. Ceux-ci sont parfaitement documentés scientifiquement, à commencer par l’enjeu sanitaire, que vous avez balayé d’un revers de main dans votre présentation, monsieur le rapporteur, comme si les 40 000 décès prématurés liés, chaque année, dans notre pays, à la pollution aux particules fines, les 7 000 décès prématurés liés aux oxydes d’azote (NOx) et les 30 000 nouveaux cas d’asthme recensés chaque année chez les enfants à cause de ces pollutions n’avaient aucun intérêt pour vous. (« Oh ! » sur les bancs du groupe RN.) Vouloir abroger les ZFE, c’est votre droit, mais ne proposer aucune solution de rechange est, je vous le dis, une faute sanitaire et une faute morale. Nous ne parlons ni d’une lubie administrative, ni d’un marqueur politique, ni d’une écologie théorique, mais de la santé des Français, en particulier des plus vulnérables.
M. Mathieu Lefèvre. Puisque l’enjeu sanitaire vous importe peu, venons-en aux enjeux économiques. Selon un rapport sénatorial de juillet 2015, cette pollution coûte une centaine de milliards d’euros chaque année à notre société, en coûts indirects de santé, en pertes de productivité et en mortalité prématurée. Vous avez évoqué l’absence de résultat. Selon l’Insee, dans le Grand Paris, entre 2017 et 2023, la ZFE expliquerait 14 % de la diminution des émissions d’oxydes d’azote des voitures – à moins que vous ne remettiez en cause ces chiffres fondés scientifiquement –, et à Lyon, entre 2021 et 2024, elle a permis de diminuer les émissions de 10 points. Autrement dit, les ZFE fonctionnent.Vous présentez les ZFE comme si elles étaient une spécificité française. Rappelons qu’il en existe 360 en Europe. Pourquoi ce qui fonctionne à Berlin ou à Londres ne pourrait pas fonctionner à Lyon ou à Montpellier ? Que proposez-vous à la place ?Par ailleurs, la pollution de l’air frappe plus particulièrement nos compatriotes les plus vulnérables, notamment celles et ceux qui vivent à proximité des grands axes routiers. Je croyais que vous étiez un parti populaire, qui défendait les classes populaires (Approbation sur les bancs du groupe RN) ; manifestement, ce n’est pas le cas.Selon vous, les ZFE organiseraient l’interdiction totale et généralisée de la voiture. Là encore, regardons les faits. Dans les agglomérations qui ne connaissent pas de dépassement régulier des normes de qualité de l’air, les restrictions prévues par la loi concernent les véhicules non classés. À Paris et à Lyon, les restrictions concernent les véhicules Crit’Air 3. De nombreuses dérogations existent déjà aujourd’hui. Elles sont à la main des collectivités territoriales, qui disposent de marges de manœuvre pour adapter le calendrier, instaurer des dérogations, ou prévoir des ZFE inactives le week-end, là où cela paraît nécessaire. Ces outils ne sont pas parfaits. C’est la raison pour laquelle, à l’occasion du projet de loi de simplification de la vie économique, le gouvernement avait proposé un amendement allant un cran plus loin dans la liberté donnée aux élus locaux – contrairement à vous, nous leur faisons confiance. Les véhicules essentiels, notamment les véhicules d’urgence ou liés au handicap, disposent d’un accès permanent, et des autorisations temporaires existent pour répondre à certaines situations particulières.Venons-en au changement de véhicule. Monsieur Meurin, vous déplorez les conséquences dont vous chérissez les causes.
M. Mathieu Lefèvre. J’ai lu dans le contre-budget du Rassemblement national que les certificats d’économies d’énergie allaient être supprimés – rebudgétisés. Au passage, les 8 milliards d’euros que vous évoquez n’auraient pas dû être placés dans la catégorie verte de recettes supplémentaires pour l’État, mais dans celle des dépenses supplémentaires – cela fait déjà 8 milliards à déduire de vos 140 milliards d’économies. Allez expliquer à nos compatriotes comment ils feront pour avoir accès au leasing social, la grande promesse sociale du président de la République !
M. Mathieu Lefèvre. À moins que vous n’arrêtiez cette politique publique qui a permis cette année encore à 50 000 de nos concitoyens de disposer d’un véhicule électrique à 100 euros par mois ? Comment financerez-vous les bonus pour l’acquisition d’un véhicule électrique, qui peuvent aller jusqu’à 6 200 euros ?
M. Mathieu Lefèvre. Je serai très heureux d’entendre vos explications à ce sujet.Enfin – je sais que cet argument ne vous convaincra pas parce que vous êtes profondément eurosceptiques –, quel impôt nouveau allez-vous créer pour compenser les amendes liées à la condamnation inéluctable de l’Union européenne, qui se chiffrera en centaines de millions d’euros – un demi-milliard d’euros de plus à ajouter aux dépenses de votre contre-budget fantomatique ?
M. Mathieu Lefèvre. Nous devons sortir des postures pour essayer d’avoir un débat raisonnable et responsable sur ce sujet, sans faire appel, comme vous l’avez fait, monsieur le rapporteur, au vote de La France insoumise – vous avez évoqué tout à l’heure vos partenaires de vote dans la suppression des ZFE.
M. Mathieu Lefèvre. Nous devons absolument réfléchir aux mesures d’accompagnement à mettre en œuvre en lien avec les collectivités locales pour assurer…
M. le président (DEM). Chut ! Madame Lavalette, monsieur Maillard !
M. Mathieu Lefèvre. C’est un fait, La France insoumise a voté avec vous la suppression des ZFE. Les votes étant publics, chacun pourra vérifier.Rappelons que cette proposition de loi ne corrige pas les ZFE ; elle les supprime. Les Français n’attendent pas de nous que nous choisissions entre leur pouvoir d’achat et leur santé. Ils ne nous demandent pas de choisir entre la voiture et la qualité de l’air. Ils attendent que nous protégions les deux. C’est notre responsabilité. Je le répète, présenter un texte d’abrogation sans aucune alternative constitue une faute morale, économique et sanitaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
M. le président (DEM). La parole est à Mme la présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.
Mme Sandrine Le Feur (EPR). La commission du développement durable a rejeté cette proposition de loi par vingt et une voix contre dix-neuf. Monsieur le rapporteur, vous avez défendu la suppression des ZFE au nom de notre devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. Je vous répondrai sur ce terrain, car c’est précisément au nom de cette devise qu’il ne faut pas supprimer les ZFE.Mais d’abord, parlons du peuple, puisque votre groupe s’en présente volontiers comme le seul porte-parole, comme si le peuple n’avait qu’une seule voix qui réclamerait à l’unisson : « Supprimez les ZFE ! »
Mme Sandrine Le Feur (EPR). La France a pourtant vécu une expérience démocratique rare : la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Cent cinquante Françaises et Français tirés au sort, à l’image de notre pays, ont travaillé pendant des mois. Qu’ont-ils proposé ? D’interdire progressivement les centres-villes aux véhicules les plus émetteurs, c’est-à-dire le principe même des ZFE. Quand des citoyens tirés au sort proposent une mesure, qu’on ne vienne pas nous expliquer qu’elle serait contraire à la volonté du peuple.
Mme Sandrine Le Feur (EPR). Le premier devoir de l’État, c’est de protéger. On pense spontanément aux violences, au terrorisme, aux accidents, mais il existe une menace plus silencieuse, et bien réelle : l’air que nous respirons. La pollution de l’air cause près de 40 000 morts prématurées chaque année dans notre pays. Ce sont des maladies respiratoires, cardiovasculaires, des cancers, des vies raccourcies, des familles touchées, des enfants qui grandissent dans un air qui abîme leur santé. Où est la liberté quand on ne peut pas respirer un air sain ? C’est un enjeu de santé publique, de sécurité collective et, nous l’avons vu cet été, parfois de sécurité civile. Le trafic routier est l’une des premières sources de pollution dans nos villes ; ayons le courage de nous y attaquer.
Mme Sandrine Le Feur (EPR). Je ne nie pas les difficultés, qui sont réelles. Des Français dépendent de leur voiture pour travailler, n’ont pas les moyens d’en changer, et ont vécu les ZFE comme une injustice. Leur colère est légitime et nous devons l’entendre. Toutefois, face à une mesure mal accompagnée, votre réponse est toujours la même : supprimer, revenir en arrière, faire de chaque difficulté un prétexte pour abandonner l’objectif. C’est la politique de l’abandon. L’égalité, c’est aussi l’égalité devant la santé. Les premières victimes de la pollution, ce sont les plus fragiles : les enfants, les personnes âgées, les malades, celles et ceux qui vivent le long des grands axes.
Mme Sandrine Le Feur (EPR). La fraternité, ce n’est pas d’abandonner l’objectif ; c’est de n’abandonner personne en chemin. Les ZFE ne doivent pas devenir des « zones de forte exclusion ». Nous voulons une transition juste. Renforçons le leasing social et ciblons-le sur les ménages modestes qui dépendent de leur voiture. L’Institut polytechnique de Paris l’a montré : la baisse des décès prématurés liés à la pollution passe d’environ 12 % avec les seules ZFE à près de 20 % lorsqu’elles sont accompagnées d’un leasing social. Voilà le vrai débat : pas « ZFE ou pouvoir d’achat ? », mais « comment protéger la santé sans laisser personne au bord du chemin ? »Nous entamons l’examen du budget. Parlons donc finances ! On nous dit que lutter contre la pollution coûte cher, mais combien coûte l’inaction ? En 2015, une commission d’enquête du Sénat, présidée par le Républicain Jean-François Husson, l’a chiffré : près de 100 milliards d’euros par an – entre 68 et 97 milliards liés aux conséquences sanitaires de la pollution, auxquels s’ajoutent plusieurs milliards de pertes pour l’agriculture, la biodiversité et notre patrimoine. L’inaction n’est pas gratuite, mais on préfère ne pas regarder sa facture, que la sécurité sociale et les Français paient.Liberté de respirer un air sain. Égalité devant la santé. Fraternité de l’accompagnement. Voilà notre devise républicaine, appliquée à l’air que nous respirons. Ne supprimons pas les ZFE ; donnons-nous plutôt les moyens de les réussir ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Jimmy Pahun applaudit également.)
M. Sylvain Maillard (EPR). Très bien, Sandrine, je pense que tu les as convaincus !
Discussion générale
M. le président (DEM). Dans la discussion générale, la parole est à M. Matthias Renault.
M. Matthias Renault (RN) (RN). Cher Pierre Meurin, toi qui te bats depuis longtemps – et avec pugnacité – pour la suppression des ZFE, aujourd’hui, il faut achever la bête. La bête, ce sont les zones à faibles émissions, qu’on peut renommer « zones à forte exclusion ». Cette bête est l’œuvre d’un homme en particulier : elle a été créée par une loi adoptée en 2019, quand le premier ministre s’appelait Édouard Philippe. Les ZFE sont l’enfant terrible d’Édouard Philippe, qui est aussi l’homme de la limitation à 80 kilomètres à l’heure sur les routes départementales et de l’augmentation des taxes sur le carburant, l’homme qui emmerda les automobilistes.
M. Matthias Renault (RN). Nous voulons supprimer les ZFE et l’histoire est ironique : alors qu’aujourd’hui a probablement lieu la dernière niche parlementaire du Rassemblement national pendant cette législature – je fais l’hypothèse d’une dissolution –, le groupe avait commencé sa première niche en proposant cette suppression. À l’époque, la proposition avait été accueillie dans une indifférence générale, mais les choses ont changé. Le 1er janvier 2026, les ZFE se sont étendues à quarante nouvelles métropoles et l’opinion publique a commencé à se réveiller, à comprendre ce qui allait lui tomber dessus.Nous avons alors repris le combat. Le projet de loi de simplification de la vie économique a été l’occasion de plusieurs victoires politiques, parmi lesquelles la suppression de l’objectif zéro artificialisation nette (ZAN) et d’un certain nombre de comités, mais aussi des ZFE. À cinq reprises, le Parlement a voté la suppression des ZFE ; pourquoi pas une sixième ? La lâcheté et la désertion de certains pourraient en décider autrement, alors même que 80 % des Français sont d’accord avec la suppression des ZFE.Nous avons d’ores et déjà remporté la bataille politique sur la question. Le vote que nous allons remporter, s’il n’y a pas d’obstruction ce soir, n’est qu’une validation de ce que le Parlement avait déjà approuvé. Ce suffrage a été contrecarré par le Conseil constitutionnel qui, sur un argument de pure forme, celui du cavalier législatif, a déclaré que le vote du Parlement ne servait à rien. Sa décision était honteuse : elle ne portait pas sur un article, un amendement ou un détail technique, mais sur un vote politique. Le législateur s’était saisi de la question, à l’occasion d’un projet de loi de simplification ; il avait, en toute confiance, en toute liberté, avec tout son libre arbitre, tranché la question par un vote. Malgré cela, le Conseil constitutionnel a rayé sa décision d’un trait de plume, considérant que la suppression des ZFE n’avait pas de lien avec un projet de loi de simplification de la vie économique. Peut-être aurait-il fallu une loi de complexification de la vie quotidienne pour que le Conseil constitutionnel reconnaisse un lien, même indirect, avec le texte ? (Applaudissements sur les bancs du RN.)
M. Matthias Renault (RN). Ces ZFE sont une mesure liberticide. On remet en cause un droit constitutionnel, le droit de circulation. Nous ne sommes plus au Moyen Âge, période pendant laquelle on ne pouvait pas circuler librement en France. Il n’y a pas de frontière intérieure dans notre pays : les Français sont chez eux partout sur le territoire ! (Mêmes mouvements.)
M. Matthias Renault (RN). On a vu, à Paris ou à Lyon, les premières villes à avoir mis en place des ZFE, des mesures qu’on pensait ne plus voir : des laissez-passer ou des Pass ZFE. Vous ne vous en souvenez peut-être plus – l’époque est déjà lointaine –, mais au moment de la création de ces zones, à Paris et à Lyon, les pouvoirs publics se sont rendu compte que leur gestion était trop compliquée et qu’il devait y avoir des exceptions pour les personnes qui avaient besoin de leur véhicule pour des raisons impérieuses, par exemple pour travailler. Dans sa grande sagesse, et surtout dans sa grande bureaucratie, l’administration a alors décidé de mettre en place des Pass ZFE valables vingt-quatre heures et autorisant la circulation dans les grandes villes. Ils étaient délivrés en fonction d’un grand nombre de critères et devaient être renouvelés tous les jours – la bureaucratie dans toute sa splendeur.Ces limitations de circulation, nous n’en voulons pas ! Elles nous rappellent des heures que nous ne voulons plus vivre, celles du Moyen Âge.Les ZFE sont, en quelque sorte, l’œuvre de petits hommes gris, de bureaucrates, qui se permettent de dessiner des cartes. On les imagine en train de tracer les frontières de ces zones, dans les salles anonymes de je ne sais quelle administration, décidant de l’entrée de telle ou telle ville dans le périmètre interdit.
M. Mathieu Lefèvre. C’est indigne de moquer les fonctionnaires, monsieur Renault !
M. Matthias Renault (RN). On les imagine, ces petits hommes gris, armés d’un stylo, d’un surligneur ou d’un compas, décider dans quelles limites des centaines de milliers de Français peuvent circuler ou non !
M. Mathieu Lefèvre. Si vous arriviez au pouvoir, sur qui vous appuieriez-vous, au juste ?
M. Matthias Renault (RN). Ces petits hommes gris, qui se parent de vertus pour exécuter leurs basses œuvres et faire montre de leur petit pouvoir sur les braves gens, qui traitent les Français comme des pions, nous n’en voulons pas !
M. Matthias Renault (RN). Ils me font penser à cette citation d’Honoré de Balzac, qui disait que la bureaucratie était un « pouvoir gigantesque mis en mouvement par des nains ». Les ZFE le confirment !
M. Mathieu Lefèvre. Tout cela en dit long sur votre conception de l’État !
M. Matthias Renault (RN). Ces zones constituent une mesure inégalitaire et discriminatoire, ce que notre collègue Pierre Meurin a très bien dit. Par les ZFE, certains suzerains locaux signifient aux gueux : « Vous qui polluez nos narines avec vos voitures polluantes, n’entrez pas dans nos terres ! »Actuellement, 15 millions de Français sont potentiellement concernés. Ils sont 15 millions à rouler dans une voiture Crit’Air 3 ou plus et à ne pas pouvoir pénétrer dans une ZFE. Les ZFE touchent les plus modestes : à Paris ou à Lyon, 40 % des 20 % des ménages les plus modestes ont une voiture Crit’Air 3 ou plus.J’entends, de la part du gouvernement qui s’agrippe à la mesure, pourtant rejetée par 80 % des Français, qu’il faudrait lutter contre la pollution de l’air. Une étude de l’Insee a justement démontré récemment que la pollution atmosphérique diminuait dans les grandes villes,…
M. Matthias Renault (RN). …et ce pour une raison très simple : le renouvellement naturel du parc automobile. Collègues du centre, membres du gouvernement, vous vous faites avoir par l’idéologie des écolo-extrémistes, qui vomissent ce qu’ils appellent le technosolutionnisme, c’est-à-dire l’idée que face aux difficultés environnementales, le progrès technique pourrait nous être d’un grand secours. Oui, le renouvellement du parc automobile améliore la qualité de l’air et c’est sur ce levier qu’il faut s’appuyer !Les ZFE sont politiquement mortes : le Parlement les a déjà enterrées, 80 % des Français y sont opposés et vous n’arriverez jamais à mettre en place les fameux radars ZFE qu’on nous concoctait – le maire de Lyon, cet écologiste de la première heure, a même commandé des radars ZFE avant que la loi l’y oblige. On aurait eu, en plus des nombreux radars de vitesse et des radars de covoiturage, des radars ZFE ! Grâce à la pugnacité du Rassemblement national, vous ne pourrez jamais le faire avaler aux Français.Nous tenons une bonne occasion d’enterrer définitivement la bête. Si nous ne le faisons pas aujourd’hui, nous le ferons d’un trait de plume en 2027, en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national et de Marine Le Pen. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Sylvain Maillard (EPR) (EPR). Chaque année, 40 000 Français meurent prématurément à cause de la pollution de l’air, d’après Santé publique France ; 7 000 de ces décès sont liés aux oxydes d’azote que rejettent les pots d’échappement ; 30 000 enfants souffrent d’un asthme provoqué par l’air qu’ils respirent. Voilà le sujet dont nous parlons aujourd’hui : la santé de nos concitoyens, celle de nos enfants. Monsieur Renault, en vous écoutant tout à l’heure, je pensais à nos enfants.
M. Sylvain Maillard (EPR). Estimez-vous que la santé de nos enfants n’est pas importante ? Ce que vous avez dit, c’est que les enfants de Paris, de Lyon, de Marseille et des autres grandes villes ne comptaient pas ! Au moins, le rapporteur a fait preuve d’une certaine nuance en commission, lorsqu’il a accepté de discuter de certains aménagements – nous avons fait des propositions – mais la réalité de votre discours, c’est que « les gueux », ce sont en fait nos enfants.
M. Sylvain Maillard (EPR). Il y a huit jours, en commission, votre texte a été rejeté. Vous présentez aujourd’hui, à l’occasion de votre journée de niche, le même texte, mot pour mot. Je suis député de Paris – j’ai presque eu l’impression que c’était une insulte – et dans notre capitale, les premiers résultats sont là : plus d’un tiers de dioxyde d’azote en moins dans les secteurs concernés. Derrière ce chiffre, il y a nos enfants qui se rendent à l’école à pied suivant les grands axes, nos aînés qui déclarent moins de maladies chroniques. C’est vrai, nos grandes villes sont denses et nous avons besoin d’espace. Contrairement à ce que vous avez dit, nombre de familles qui y vivent n’ont plus de voiture – c’est le cas de 83 % des parisiens –, mais tout le monde y respire un air un peu meilleur.Vous dites que la France respecte désormais les seuils européens, mais ces seuils baisseront d’ici 2030 : la valeur limite pour le dioxyde d’azote sera divisée par deux, le ministre l’a dit. Je sais, monsieur le rapporteur, que vous n’avez aucune passion pour l’Europe, loin de là. Sachez toutefois que la France n’a pas inventé les zones à faibles émissions : alors que près de 300 dispositifs comparables fonctionnent déjà chez nos voisins européens, voudriez-vous faire de la France le pays qui recule ?Je suis très heureux de pouvoir débattre pied à pied du texte que vous avez déposé. Le groupe Ensemble pour la République a déposé des amendements pour que la proposition de loi dise enfin la vérité, qu’elle nomme ce qu’elle tend à supprimer – des outils de protection de la qualité de l’air – et qu’elle évalue les conséquences sanitaires d’une telle suppression. Le Conseil d’État a déjà condamné l’État à 10 millions d’euros d’astreinte par semestre de retard. Supprimer les ZFE reviendrait à faire payer aux contribuables l’amende de votre renoncement.Nous sommes conscients des difficultés : celles du plombier qui ne peut pas changer de camionnette, ou encore de l’infirmière qui vient de la grande couronne avec un vieux diesel. Nous n’avons jamais défendu une écologie qui oublie les plus modestes et nous avons mis en place des aides à la mobilité sans attendre les échéances électorales. Nous demandons d’ailleurs que les conséquences de votre texte pour les ménages les plus modestes soient évaluées – nous en reparlerons tout à l’heure.Lors de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique, nous avions proposé une autre voie, avec le gouvernement : un cadre légal qui laisse aux maires la liberté de mettre en place une zone à faibles émissions, d’en fixer le périmètre, le calendrier et les modalités, tout en garantissant un encadrement national des dérogations.Les amendements que nous avons déposés sur le présent texte visent à préserver le cadre légal des ZFE, pour que les collectivités qui veulent garder la main le puissent, autrement dit de décentraliser les ZFE plutôt que les supprimer – soit la recommandation de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Par ces amendements, nous voulons préserver la liberté pour Paris, Lyon, Marseille ou n’importe quelle autre grande ville de protéger leurs habitants s’ils le souhaitent, mais aussi la liberté pour les autres territoires de faire autrement.Monsieur le rapporteur, en commission, vous avez vanté les parkings relais aux portes des villes. Votre texte ne contient cependant pas une ligne à ce sujet ; pas un euro, pas un parking. Vous annoncez des solutions sur les plateaux télé ou dans cet hémicycle, mais vous ne les écrivez jamais dans la loi. Permettez-moi de m’en étonner, monsieur Meurin. Vous voilà rapporteur d’un texte qui prétend défendre l’automobiliste modeste chassé des centres-villes avec son vieux véhicule. Pourtant, en mai 2024, sur ces mêmes bancs, lors d’une question au gouvernement, vous aviez qualifié d’incantatoires et d’irréalistes les objectifs de développement de la voiture électrique. Comment remplacer un vieux diesel, quand on combat la voiture électrique ? Vous fermez la porte et vous murez la fenêtre.À la vérité, le Rassemblement national n’a pas de solution à proposer ; il n’a que des refus à opposer.
M. Sylvain Maillard (EPR). En effet, monsieur Cazeneuve ! En février 2025, c’est le Rassemblement national qui avait refusé d’inscrire dans notre droit la fin de la vente des voitures thermiques neuves en 2035. Pas de ZFE, pas de voiture électrique ; votre écologie tient en un mot : rien. C’est pourquoi le groupe Ensemble pour la République votera contre cette proposition de loi. Nous sommes néanmoins très heureux de pouvoir en discuter dans les heures qui viennent. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Mme Sandrine Nosbé (LFI-NFP) (LFI-NFP). Mardi dernier, lors de la présentation de son contre-budget pour la présidentielle, le Rassemblement national promettait une nouvelle stratégie bas-carbone, au moyen d’un programme écologique prétendument très ambitieux. Aujourd’hui, le même RN propose la suppression sèche des zones à faibles émissions, sans avancer aucune solution alternative au tout-voiture. On reconnaît bien là le RN. Comme à votre habitude, vous mettez de l’écologie dans les discours et de l’imposture dans vos propositions. Votre seule constante est la démagogie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Faut-il rappeler que vous avez proposé de supprimer le plan Vélo et marche dans le budget pour 2026 ? Que vous avez voulu renier le fonds Vert, qui finance la transition écologique dans les communes ? Chez nous, à La France insoumise, c’est carré et clair, nous défendons la même position cohérente depuis le début : pas de ZFE sans une autre solution écologique et juste.Votre proposition de loi nie les enjeux écologiques et sanitaires, alors que les transports sont le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre dans notre pays, responsable de 34 % des émissions, dont la moitié provient de la voiture individuelle. Le fait que l’automobile représente encore aujourd’hui 82 % des déplacements de nos concitoyens relève d’un choix politique : cette dépendance résulte de décennies de sous-investissement dans le transport collectif, le ferroviaire et les mobilités actives.À cet égard, ce texte met en lumière une double tartufferie. D’abord, celle du bloc central, qui défend les ZFE au nom de l’écologie et de la santé publique – la santé de nos enfants –, mais qui a, en même temps, démantelé le fret ferroviaire, réintroduit des pesticides poisons, et qui saccage la biodiversité et artificialise les terres agricoles pour des projets écocides tels que l’A69, l’A412, le Lyon-Turin, le canal Seine-Nord – et j’en passe –, avec le soutien de l’extrême droite.
Mme Sandrine Nosbé (LFI-NFP). Ensuite, la tartufferie du Rassemblement national : vous dites défendre l’intérêt des classes populaires contre une écologie que vous qualifiez de punitive, mais, en même temps, vous aggravez leur dépendance à la voiture individuelle et niez leur droit à une mobilité écologique et à un air sain. Dans l’exposé des motifs de la proposition de loi, vous allez jusqu’à évoquer la ségrégation sociale et le logement, devenu un luxe dans nos grandes métropoles, qui relègue les classes populaires dans les périphéries urbaines et aggrave leur dépendance à la voiture. Or vous votez contre l’encadrement des loyers, un dispositif qui permet aux classes populaires de payer leur logement moins cher ; contre la hausse du smic, qui permet d’améliorer leur pouvoir d’achat ; contre toute hausse du budget du transport collectif, véritable solution de remplacement à la voiture. Enfin, ne voulez-vous pas supprimer la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU), qui favorise l’équilibre et la mixité sociale ? Une nouvelle fois, vous montrez qu’au RN, vous êtes non seulement racistes et xénophobes, mais aussi menteurs et hypocrites. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Gérard Leseul applaudit également.)Votre texte ne planifie rien pour sortir du tout-automobile, alors qu’il s’agit d’un gouffre financier pour les ménages les plus modestes ; rien pour réduire la pollution de l’air due à la voiture, qui cause près de 40 000 décès par an. Vous condamnez en réalité les gens à la voiture individuelle et à l’air pollué. Vous méprisez l’écologie populaire, tout comme vous méprisez les classes populaires, qui ne sont pour vous qu’un slogan. Pour nous, elles sont une priorité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous opposez le droit de se déplacer au droit de respirer. Quant à nous, à La France insoumise, nous refusons ce faux choix. Nous savons que 17 millions de Français vivent la précarité en matière de mobilité, et que 47 % n’ont pas le choix de leur mode de déplacement. Nous n’ignorons pas, néanmoins, que les ZFE seules ne sont pas la solution, raison pour laquelle nous avons d’ailleurs voté contre, dès 2019 – nous étions alors bien seuls. Nous l’avions fait non par refus de protéger l’air que nous respirons, mais parce qu’il n’existait ni solution de rechange ni accompagnement face aux restrictions imposées, et parce que les ZFE pénalisent les plus modestes et les culpabilisent. Notre position n’a pas changé.On ne règle pas un problème en le mettant sous le tapis ; on le règle en offrant des solutions de substitution : les mobilités douces, que vous refusez, permettent par exemple jusqu’à 43 % de particules ultrafines en moins ; le train, que vous dénigrez, permet de réduire les gaz à effet de serre jusqu’à 95 % par rapport à la voiture individuelle. C’est pourquoi, si l’on veut garantir le droit à la mobilité pour toutes et tous et, dans le même temps, améliorer la qualité de l’air, il faut d’abord développer les transports collectifs. C’est tout le sens des deux propositions de loi déposées par mon collègue Sylvain Carrière et cosignées par l’ensemble du groupe La France insoumise. Telle est l’écologie populaire que nous défendons : une écologie qui réponde aux besoins de toute la population et ne laisse personne au bord de la route. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Gérard Leseul (SOC) (SOC). Dès 2022, une mission flash sur la mise en place des ZFE, dont j’ai été corapporteur, détaillait les mesures d’accompagnement nécessaires pour rendre ce dispositif socialement acceptable et efficace contre les pollutions, afin de protéger la santé respiratoire de nos concitoyens. Avec mon groupe, nous sonnions déjà l’alerte sur le risque de tensions sociales liées à cette réforme, du fait d’une insuffisance des aides, d’un manque de lisibilité des dispositifs et d’un risque d’iniquité territoriale. Nous avions en particulier souligné le risque d’exclusion inacceptable des ménages ruraux ou périurbains dépourvus des moyens de remplacer rapidement leur vieux véhicule. Malgré les effets d’annonce du gouvernement de l’époque, rien de très consistant n’a été fait, ou presque.Fort de ce constat, le groupe Socialistes et apparentés a déposé en 2023 une proposition de loi poursuivant plusieurs objectifs : la révision du système Crit’Air, dont le classement des véhicules ne reflète pas vraiment leur niveau réel de consommation ou d’émissions de GES ou de NOx; le lancement d’une grande campagne de communication pour expliquer les motivations des ZFE et l’intérêt de réduire les pollutions ; l’accompagnement concret des ménages dans l’acquisition ou la location d’un véhicule moins émetteur, avec le renforcement des aides aux ménages à revenus modestes et moyens, au moyen d’une prime à la conversion qui aurait pu être renforcée, d’un prêt à taux zéro mobilité durable ou encore de la création d’un guichet unique des aides.Pour ceux qui sont dans l’impossibilité d’acheter un véhicule neuf ou d’occasion, nous avons soutenu le déploiement du leasing social à moins de 100 euros, et même à moins de 60 euros. Pour aider les salariés, nous demandions la mise en place obligatoire du forfait mobilités durables, favorable aux mobilités collectives ou alternatives.L’acceptation sociale d’un dispositif tel que les ZFE impliquait évidemment le développement massif des transports collectifs et des trains du quotidien, et la mise en place des services express régionaux métropolitains (Serm), afin d’offrir un complément, voire une alternative à la mobilité individuelle.Enfin, parce que nous restons persuadés que la réduction des émissions doit concerner tout le monde, nous proposions que les ZFE s’étendent aux zones industrielles et portuaires, qui sont au moins aussi responsables des émissions de CO2 et de particules fines.Avec la mission flash et notre proposition de loi, le gouvernement avait les moyens d’améliorer les ZFE et d’aider nos concitoyens. À la chronique des erreurs répétées et des échecs du macronisme, il faudra donc ajouter celle des ZFE – ce n’est pas faute d’avoir fait des propositions et multiplié les alertes.Le Rassemblement national, comme à son habitude, apporte cependant une vision simpliste, voire populiste, à la question complexe des mobilités, de la lutte contre le dérèglement climatique et des émissions de NOx ou de GES. (M. Jacques Oberti applaudit.) Bien que la définition actuelle des ZFE soit totalement insatisfaisante – je m’en fais l’écho depuis de nombreux mois –, la suppression pure et simple du dispositif est néanmoins une impasse.Les résultats de l’étude publiée par l’Insee en août 2026 ne disent pas du tout ce que le rapporteur veut nous faire croire. Cette étude ne permet pas de conclure que les ZFE seraient dépourvues de tout effet.
M. Gérard Leseul (SOC). Au contraire, elle montre que les ZFE sont utiles, à l’instar des 360 ZFE créées en Europe, quand bien même elles ne sauraient évidemment constituer à elles seules une politique de réduction de la pollution automobile. C’est la raison pour laquelle nous défendons une approche globale, associant amélioration du dispositif existant, renouvellement progressif du parc, aides sociales et développement des transports collectifs. À l’inverse des adeptes de la solution facile et du bouc émissaire, nous proposons de travailler pour nos concitoyens d’aujourd’hui, tout en regardant vers demain.Nous mesurons parfaitement les préoccupations exprimées sur le pouvoir d’achat – je connais la situation des ménages qui dépendent de leur véhicule pour travailler, pour conduire les enfants à l’école, pour se rendre à un rendez-vous médical ou s’adonner à des loisirs. Alors que le prix des carburants atteint des sommets, je regrette que nous ne soyons pas en train de discuter d’une proposition visant à renforcer les aides, à réduire la facture, à développer le leasing social, à encourager l’achat d’un véhicule neuf ou d’occasion moins consommateur – donc moins polluant et moins cher –, ou celui d’un véhicule électrique d’occasion par nos concitoyens à revenus modestes.Parce que vous ne proposez rien, nous voterons contre votre démagogie. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et EcoS.)
M. le président (DEM). La parole est à M. Alexandre Portier.
M. Alexandre Portier (DR) (DR). Les ZFE sont devenues le symbole de l’absurdité démocratique. Sous couvert d’écologie, elles organisent l’exclusion sociale. Alors disons-le clairement : elles doivent être purement et simplement supprimées.Il faudrait que certains reviennent enfin sur terre. Pour une très grande majorité de Français, la voiture n’est pas un choix ; elle est d’abord une nécessité. Chez moi, dans le Beaujolais – mais la situation concerne de nombreuses circonscriptions –, se rendre à Lyon sans voiture est souvent impossible. Pas simplement difficile : impossible ; or c’est pourtant nécessaire, dès lors que la métropole de Lyon concentre les emplois, les soins, les services publics, les commerces, les lieux culturels.Alors revenons sur terre. Parlons du vrai visage des ZFE, avec des cas concrets, comme celui de ce salarié de Keolis : Laurent a 46 ans, habite à Saint-Julien, dans le Beaujolais, et travaille au cœur de Lyon. Avec ses horaires décalés, pas moyen de prendre les transports ; il a besoin de sa voiture. Avec 1 900 euros net par mois et deux enfants, l’achat d’une voiture neuve, électrique ou hybride lui est évidemment impossible. Lui reste une solution, à défaut d’une autre voiture : trouver un autre travail. Merci pour le cadeau !Alors que les Français sont pris à la gorge par la hausse du coût de la vie, la baisse de leur pouvoir d’achat et l’augmentation du prix du carburant, l’État en vient à verbaliser ceux qui sont trop pauvres pour s’acheter la dernière voiture électrique ou se payer un logement à côté de la gare. Est-ce vraiment cela, la justice sociale ?Pour les écolos, cela n’a pas l’air de poser de problème. Ainsi, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet…
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Excellent Grégory Doucet, il a battu votre candidat à plate couture !
M. Alexandre Portier (DR). …a-t-il affirmé que les ZFE protégeaient « les habitants des quartiers populaires ». En revanche, pas un mot pour les centaines de milliers d’habitants du Lyonnais, du Beaujolais, de l’Ain ou de la Loire, qui ne viennent pas à Lyon par choix mais parce qu’ils doivent y travailler. Les ZFE sont une mesure de technocrates faite par et pour des élites déconnectées. (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)Les ZFE sont symptomatiques des maux qui frappent aujourd’hui l’État français. Cette maladie se caractérise par plusieurs symptômes. D’abord, un État qui exclut au lieu d’accompagner. C’est tout le paradoxe des ZFE : sous couvert d’écologie, elles conduisent à ostraciser les plus modestes. Elles instaurent un véritable délit de pauvreté : après le suffrage censitaire, la mobilité censitaire.
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). La Droite républicaine qui défend les pauvres, on aura tout entendu !
M. Alexandre Portier (DR). Ensuite, un État qui complexifie au lieu de simplifier. Le déploiement des ZFE en est une parfaite illustration : elles représentent un véritable délire technocratique, un dispositif illisible aux règles variables pensées pour punir plutôt que pour aider. Oui, c’est le visage même de l’écologie punitive.
M. Alexandre Portier (DR). Enfin, un État qui accumule les normes hors sol : les ZFE, mais aussi le ZAN, le DPE, le C2E… on ne sait plus trop où donner de la tête avec tous ces sigles qui s’enchaînent. Toujours plus d’acronymes, toujours plus de contraintes quand les Français demandent avant tout des solutions concrètes.Voilà pourquoi, depuis le début, le groupe Droite républicaine se bat contre les ZFE. Ce combat, nous l’avons mené avec notre collègue Sylvie Bonnet dès 2025, en demandant un moratoire, une suspension de cette mesure injuste et mal travaillée. Nous l’avons aussi conduit lors de la loi de simplification de la vie économique – je salue l’engagement de notre excellent collègue Ian Boucard à ce sujet. Avec les députés de la Droite républicaine, nous avons obtenu la suppression de ce dispositif par un vote du Parlement le 15 avril 2026. Malgré la censure du Conseil constitutionnel, notre mobilisation reste intacte.