Mme Virginie Duby-Muller (LR). …que notre personnel soignant enchaîne les vagues de contaminations, que notre économie est à l’arrêt, que nos commerçants et notre monde culturel sont en pleine détresse ; alors qu’en pleine épidémie, la vague d’attentats islamistes continue de déferler sur le territoire français et que, chaque week-end, l’extrême gauche attaque nos forces de l’ordre et casse nos commerces lors de manifestations, le Président a sorti hier de son chapeau un référendum visant à inscrire la lutte pour le climat dans la Constitution.
Mme Virginie Duby-Muller (LR). Sérieusement, monsieur le Premier ministre, qui serait contre ? Soyez rassuré, cela tombe bien : c’est avec beaucoup de fierté que je vous informe que ma famille politique l’a déjà fait, dès 2005, avec la Charte de l’environnement (Applaudissements sur les bancs du groupe LR) qui a intégré le bloc de constitutionnalité et a été hissée au niveau des droits de l’Homme. Or, vous menacez aujourd’hui de fracturer la société en rendant clivant un sujet qui doit nous rassembler. Alors, pourquoi ce référendum ? Peut-être pour masquer votre inaction politique (Approbation sur plusieurs bancs du groupe LR) ? Peut-être, aussi, parce que vous êtes bien empêtrés avec les conclusions d’une convention de citoyens tirés au sort, qui vous demande des comptes ? Peut-être, également, parce que vous êtes discrètement en train de rouvrir des centrales à charbon, très polluantes, en raison de la fermeture absurde et idéologique de la centrale nucléaire de Fessenheim…
Mme Virginie Duby-Muller (LR). …qui produisait pourtant une énergie totalement décarbonée ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Peut-être aussi parce que vous soutenez la ratification du CETA, cet accord de libre échange entre l’Union européenne et le Canada qui, en autorisant l’importation de bœufs aux hormones après 7 000 kilomètres d’avion, améliorera assurément la vie des Français ? Peut-être, enfin, parce que votre majorité s’apprête à refuser, ce soir, la proposition du Sénat de diminuer la TVA sur les billets de train, alors qu’il s’agissait d’une proposition de la convention citoyenne !
Mme Virginie Duby-Muller (LR). Monsieur le Premier ministre, dans les rangs de notre famille politique, la protection de l’environnement a toujours été une priorité – et c’est une députée de ce magnifique territoire qu’est la Haute-Savoie qui vous le rappelle aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.) Quand cesserez-vous donc d’instrumentaliser cette cause, comme vous le faites avec un référendum gadget visant à sauver la face après un bilan peu glorieux sur la question environnementale ? (« Très bien » et applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
Mme Barbara Pompili. Vous venez de nous donner un bel exemple de ce qui se passe souvent lorsqu’on parle de la protection de l’environnement : ce n’est jamais le moment. Vous dites être préoccupée par cette question : vous avez raison, elle doit tous nous rassembler car, de toutes les crises que nous vivons, sanitaire ou économique, la crise climatique, elle, nous surplombe et ne s’arrête jamais. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – M. Erwan Balanant applaudit également.) Le Président de la République a donc décidé, hier, de nous unir autour de la volonté d’inscrire cette question dans notre texte suprême qu’est la Constitution. Il s’agit tout simplement de la préciser et d’enrichir le travail mené avec la Charte de l’environnement (Exclamations sur les bancs du groupe LR) …
Mme Barbara Pompili. …qui érigeait en principe le droit à vivre dans un environnement protégé. Ainsi, inscrire explicitement dans la Constitution la protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique la précise et, partant, la renforce et conforte le droit de l’environnement.
M. Raphaël Schellenberger (LR). Ce n’est pas de la précision que vous ajoutez, mais de la confusion !
Mme Barbara Pompili. Nous vivons un moment très important, auquel les parlementaires seront évidemment associés puisque, vous le savez, notre Constitution précise qu’avant d’être soumis au référendum, le texte devra être adopté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat. Ce sont ensuite 60 millions de nos concitoyens qui pourront se réunir autour de cet enjeu essentiel. J’espère, pour l’avenir de nos enfants, que nous saurons nous réunir sur cet enjeu de fond qu’est l’inscription de cette belle thématique dans notre texte fondateur. J’y crois. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. Pierre Cordier (LR). Applaudissements nourris sur les bancs de la majorité ! (Sourires.)
Instruction en famille
M. le président (LAREM). La parole est à M. Grégory Labille.
M. Grégory Labille (UDI_I). Lors de son discours aux Mureaux, le 2 octobre, le Président de la République annonçait que l’instruction à l’école serait rendue obligatoire pour tous, dès 3 ans, au motif que, chaque mois, des enfants dits hors système seraient découverts dans des écoles clandestines ou, pire encore, instruits à la maison par des parents nourrissant des projets séparatistes. De nature curieuse, je me suis demandé quel était réellement le visage des 50 000 terroristes en herbe instruits à domicile chaque année. Le 9 décembre, j’ai donc organisé une visioconférence à laquelle plus de quatre-vingts enfants instruits en famille m’ont exposé leur quotidien. Eh bien, monsieur le Premier ministre, mon avis est sans appel : vous avez bien raison de supprimer l’instruction en famille. Quelle ne fut pas ma terreur lorsqu’Anouk, 16 ans, sourit à la caméra en expliquant que l’instruction en famille – IF – lui permettait de faire plus de vingt heures de musique par semaine ! Comment ne pas être transi d’effroi à l’écoute du témoignage du petit Julien, qui me narra son quotidien en IF, partagé entre les lectures et son association pour la protection de l’environnement ? Si les conséquences n’étaient pas si fâcheuses, je rirais de l’amalgame fait par le Président de la République entre les familles instruisant leur enfant à domicile et les enfants hors système. Mais, à travers l’article 21 du projet de loi confortant le respect des principes de la République, vous vous apprêtez à supprimer cette liberté fondamentale qu’ont les parents de choisir l’instruction pour leur enfant, et à la remplacer par un régime d’autorisation. Monsieur le Premier ministre, l’article 21 pose problème. Juridiquement intenable, il bouleversera la vie de nombreuses familles sans pour autant résoudre le problème des enfants hors système. Depuis quand la liberté s’accorde-t-elle ? Comment entendez-vous défendre ce régime d’autorisation, qui soulève pourtant, aux termes de l’avis rendu le 8 décembre par le Conseil d’État, de délicates questions de conformité à la Constitution ? Cet article ne réglera en rien le cas des enfants hors système, dénoncé par le Président de la République, car les familles en IF doivent se déclarer et sont contrôlées chaque année. Les rapports d’inspection sont souvent élogieux, et l’arsenal législatif existant, notamment avec la loi dite Gatel, visant à simplifier et mieux encadrer le régime d’ouverture et de contrôle des établissements privés hors contrat, et la loi pour l’école de la confiance, permet déjà de sanctionner pénalement les parents défaillants. Au nom du groupe UDI et Indépendants, je vous le demande donc : pourquoi souhaitez-vous supprimer la liberté d’instruire en famille et la soumettre à un régime d’autorisation… ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). Merci, cher collègue. La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
M. Jean-Michel Blanquer. Mon propos devrait être de nature à vous rassurer (Exclamations sur les bancs du groupe LR) : en effet, en vous écoutant, je ne reconnaissais rien du projet de loi dont je vais donc maintenant vous donner la nature. Je tiens d’abord à vous rassurer sur le cas de la jeune fille à la pratique artistique intensive : c’est justement l’une des exceptions prévues, depuis le début, par le texte, car nous ne cherchons évidemment pas à empêcher l’instruction en famille dans certains cas particuliers justifiés. En revanche, vous auriez tort de minimiser le phénomène auquel nous voulons mettre fin, et qui est loin, comme on pourrait le penser en vous écoutant, d’être inexistant. Savez-vous que, lorsque nous démantelons des structures clandestines, la moitié des élèves sont déclarés comme étant instruits en famille ? Et encore, cela fait à peine deux ans que nous nous sommes dotés des lois que vous avez rappelées. Il existe donc un phénomène important…
M. Jean-Michel Blanquer. …et je suis un peu surpris que, sur les mêmes bancs où l’on nous accuse de mollesse en la matière, on fasse semblant de ne pas voir le problème ! Car il est évident qu’il y a un problème. Il ne s’agit pas d’empêcher l’instruction en famille pour celles qui le font bien. Comme je le disais la semaine dernière, le projet de loi est un texte d’équilibre, qui prévoit des exceptions, notamment pour les pratiques sportives et artistiques intensives, et les projets pédagogiques particuliers. Il permet, surtout, de passer d’un système de vérification a posteriori, pas toujours mené uniformément, à un régime d’autorisation préalable. Cela nous permettra d’être certains que les enfants sont effectivement instruits à domicile, et non pas dans des structures intégristes, dangereuses non seulement pour la République, mais aussi pour les droits de l’enfant. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Projet Hercule
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Valérie Rabault.
Mme Valérie Rabault (SOC). Monsieur le Premier ministre, EDF est le premier producteur et fournisseur d’électricité en France et en Europe, et le troisième au niveau mondial.
Mme Valérie Rabault (SOC). Pour nous, Français, cette entreprise source de technologie, d’invention, d’ingénierie et d’efficacité est une fierté. Depuis 1946, aucun Gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, n’aurait osé imaginer démanteler EDF. La semaine dernière, trois députés de bords différents, en particulier ma collègue Marie-Noëlle Battistel, vous ont interrogé à ce sujet sans obtenir de réponse.
Mme Valérie Rabault (SOC). Je vous repose donc cette question simple : monsieur le Premier ministre, envisagez-vous, à travers le projet Hercule ou un autre, de couper EDF en trois – autrement dit, de la démanteler ? (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Je tiens à préciser le plus solennellement possible à la représentation nationale ( « Ah ! » sur plusieurs bancs du groupe SOC) que le Gouvernement, loin d’avoir l’intention d’affaiblir ou de démanteler cette grande entreprise nationale qu’est EDF, entend, bien au contraire, l’adapter…
M. Jean Castex. …et lui donner les armes pour remplir sa mission historique. (Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) Alors, de quoi s’agit-il ? Je commencerai en évoquant la question de l’hydroélectricité…
M. Jean Castex. …chère au cœur de bien des parlementaires et sur laquelle – faut-il le rappeler à l’Assemblée nationale ? – nous sommes en contentieux depuis plus de douze ans avec la Commission européenne. (« Et alors ? » sur plusieurs bancs des groupes SOC et GDR.)
M. Jean Castex. Ce problème, qui l’a réglé ? Au terme des discussions avec la Commission, qui permettront à EDF de conserver ses prérogatives en matière d’hydroélectricité, nous l’aurons fait. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Nous devons aussi donner à EDF – qui est, je vous le rappelle, soumise à la concurrence d’autres entreprises au niveau européen –, les moyens de financer ses projets, comme le mix énergétique, et de continuer à investir dans les énergies renouvelables. (Exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR.) C’est le sens du mandat donné à la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, et au ministre de l’économie, des finances et de la relance, Bruno Le Maire, pour les discussions en cours avec la Commission européenne. (Exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR.)
M. Jean Castex. Je le répète : nous n’avons nullement l’intention de démanteler EDF, qui restera un grand groupe public. Le statut des personnels des industries énergétiques et gazières sera préservé : je m’y engage devant la représentation nationale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Valérie Rabault.
Mme Valérie Rabault (SOC). J’entends votre engagement, monsieur le Premier ministre, et nous allons vous aider à le tenir. En effet, nous allons déposer une proposition de loi visant à créer un référendum d’initiative partagée pour empêcher la sécabilité d’EDF. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.) Monsieur le Premier ministre, vous êtes gaulliste : il faut maintenir l’intégrité d’EDF. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Il est hors de question de la découper, de la démanteler. Nous en appelons donc à l’ensemble des collègues qui souhaitent protéger l’intégrité d’EDF. Pour que ce fleuron puisse continuer de vivre : nous proposons qu’un référendum d’initiative partagée permette à l’ensemble des Français et des Françaises de s’exprimer sur ce sujet. Avec 1,2 million d’entre eux, nous vous avons empêché de privatiser Aéroports de Paris, décision qui se serait révélée catastrophique ; nous vous empêcherons aussi de démanteler EDF, quelle que soit la manière dont vous entendez le faire. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR. – MM. Jean-Louis Bricout et Hubert Wulfranc se lèvent et applaudissent, suivis par plusieurs députés du groupe SOC.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-René Cazeneuve.
M. Jean-René Cazeneuve (LAREM). Toutes et tous, dans l’hémicycle, avons salué l’engagement des élus locaux dès le premier jour de la pandémie. Nous connaissons, monsieur le Premier ministre, votre attachement aux territoires (Exclamations sur les bancs du groupe LR) ; vous avez d’ailleurs souligné à de très nombreuses reprises le rôle clé des collectivités, et vous souhaitez que la relance soit territorialisée. Cependant, même si l’impact est moindre que nous l’avions craint initialement, les conséquences de la crise sur les finances des collectivités territoriales sont violentes et représentent 3 % à 4 % des recettes réelles de fonctionnement. Grâce aux quatre textes budgétaires adoptés dans l’hémicycle, un effort considérable est fourni par notre majorité pour apporter aux collectivités territoriales un soutien inédit de près de 7 milliards d’euros, sous forme de compensations, d’avances et de soutien à l’investissement. La relance que nous impulsons doit se faire avec les collectivités, qui supportent pas moins de 60 % de l’investissement public. Nous devons donc leur apporter de la visibilité sur leurs futures ressources : dans cette optique, vous avez signé, en septembre, un accord avec les régions. Il leur permettra de voir leurs recettes augmenter significativement en 2021. Les départements ont également obtenu un soutien très important de l’État pour faire face à l’augmentation prévisible de leurs dépenses sociales. Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous nous apporter des précisions sur l’accord signé ce week-end avec les départements ? Enfin, ne faudrait-il pas aller plus loin pour apporter plus de visibilité au bloc communal ? C’est maintenant que les élus locaux adoptent leur budget ; c’est maintenant qu’ils décident d’augmenter ou non leurs investissements ; c’est donc maintenant qu’il faut leur donner de la visibilité, car nous devons agir tous ensemble, avec les collectivités territoriales, si nous voulons réussir la relance. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Merci de cette importante question : elle me permet d’évoquer dans cet hémicycle le sujet majeur que constituent les finances des collectivités territoriales. Je voudrais tout d’abord m’associer à vos propos en rappelant à quel point, depuis le début de la crise sanitaire, ces collectivités se sont mobilisées, combien l’impact sur leurs finances, comme du reste sur celles de l’État, a été fort, et surtout quelle solidarité ce Gouvernement, cette majorité, leur manifestent.
M. Jean Castex. Je souhaiterais également vous remercier et vous féliciter, monsieur Cazeneuve, des travaux considérables que vous avez menés, au nom de l’Assemblée nationale, sur ce sujet essentiel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Vous m’avez ainsi remis au mois de juillet un rapport extrêmement précieux,…
M. Éric Ciotti (LR). Précieux pour allumer du feu dans la cheminée de Matignon !
M. Marc Le Fur (LR). Au moins, c’est servir à quelque chose !
M. Jean Castex. …nourri, concernant les conséquences de la covid-19 sur les finances des collectivités territoriales : je vous en remercie encore, car il inspire la ligne de conduite du Gouvernement. Notre objectif est double. Il réside d’une part dans un effort de solidarité financière envers les collectivités locales : la solidarité, c’est la réponse de l’État à tous ceux qu’affecte cette crise. Il consiste d’autre part à nous tourner vers l’avenir et, une fois que nous aurons restauré les capacités d’autofinancement de ces collectivités, à leur permettre de concourir, aux côtés de l’État, à la relance par laquelle notre économie pourra renouer avec la croissance. Vous l’avez dit : j’ai commencé par signer, en septembre, un accord avec Régions de France. Il y avait urgence, car les recettes des régions se ressentiront de la baisse significative des impôts de production, notamment de la CVAE, la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, prévue par le plan de relance. La représentation nationale a bien voulu retenir une base favorable, permettant aux régions de gagner 300 millions d’euros dans la compensation de cette baisse de la CVAE ; moyennant quoi j’ai obtenu, dans le cadre de cet accord, qu’elles s’associent à l’État à hauteur d’au moins 10 milliards afin de participer à la relance. Cela va être décliné dans les semaines et les mois à venir. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) S’agissant des départements, qui font l’objet de votre question, j’ai signé à La Rochelle…
M. Jean Castex. …un accord de méthode avec le président de l’Assemblée des départements de France. Cet accord concerne entre autres un abondement du fonds de péréquation des DMTO, les droits de mutation à titre onéreux, qui atteindra ainsi 1,6 milliard en 2021 ; la disposition figure au sein du projet de loi de finances pour 2021. Il a également été décidé de porter le fonds de stabilisation de 115 millions en 2020 à 200 millions en 2021. Les départements aussi prendront donc part à l’effort de relance, grâce à des comités départementaux de relance auxquels je tiens tout particulièrement à ce que les parlementaires soient étroitement associés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Reste le bloc communal. Jacqueline Gourault et Olivier Dussopt animent, avec des représentants de l’Assemblée, du Sénat et, bien sûr, des associations d’élus, un groupe de travail consacré à la question des finances des communes et intercommunalités. Je peux vous assurer de l’entier soutien du Gouvernement à l’amendement que vous déposerez en vue de reconduire en 2021 le filet de sécurité pour les recettes fiscales des communes et communautés de communes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – « Allô ? » sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Fermeture des lieux culturels
M. le président (LAREM). La parole est à M. François Ruffin.
M. François Ruffin (FI). Monsieur le Premier ministre, le coronavirus a-t-il muté ? Y a-t-il aujourd’hui deux formes de covid-19 en France ? Si je vous le demande, c’est parce que ce virus se comporte décidément de manière bien étrange. Il y a dix jours, pour le Black Friday, tous les magasins du boulevard Haussmann étaient bondés : pourtant, le covid-19 ne s’y propageait pas. Ce week-end, les chalands ont fait la queue devant Zara : le virus se tenait sagement dans son coin. En revanche, il existe des lieux où il se répand, se déchaîne, sort ses griffes et ses crocs ; des lieux où le masque, le gel, la distance ne protègent plus.
M. François Ruffin (FI). …il surgit soudain, il bondit. Pourquoi justement dans ces endroits ? Comment expliquez-vous ce mystère de la science ? (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement.
M. Gabriel Attal. Votre question portant essentiellement sur le secteur de la culture, je vous prie d’excuser le retard de Roselyne Bachelot, qui nous rejoindra dès que possible :…
M. Gabriel Attal. …elle se trouve actuellement au Sénat, en raison de la nouvelle lecture du projet de loi relatif à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal. Cependant, vous n’avez que peu évoqué les lieux culturels ; ce qui sous-tendait votre question, c’était l’impression d’une certaine incohérence dans les décisions prises pour lutter contre l’épidémie. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Il est vrai que nous découvrons cette épidémie, qu’elle se révèle difficilement contrôlable dans tous les pays du monde, ce qui rend compliqué de prendre des mesures compréhensibles par tous. En revanche, s’il faut chercher une cohérence et une constance chez vous, elle réside dans votre opposition systématique aux mesures qui, dans l’état de nos connaissances, permettent de protéger les Français ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Protestations sur les bancs du groupe FI.) Vous étiez contre le couvre-feu, contre la fermeture des restaurants, de tous les lieux où nous savons que le coronavirus se propage ; vous êtes désormais contre le vaccin. C’est votre conception de la cohérence, ce n’est pas la nôtre. Non, monsieur Ruffin, nous ne considérons pas, comme vous, qu’il faudrait tout rouvrir d’un coup ! Ce serait le meilleur moyen que l’épidémie reparte. Vous ne ferez pas de nous, comme vous l’êtes, des pompiers pyromanes ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Protestations sur les bancs du groupe FI.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. François Ruffin.
M. François Ruffin (FI). Est-ce que vous mesurez ce que vous dites ? Nous parlons d’un secteur qui est en train de crever ! Le Premier ministre ne daigne pas prendre la parole ; la ministre de la culture n’est pas là ; vous-même, vous n’avez pas eu un mot pour la culture : c’est dire votre mépris pour elle. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI – Protestations sur les bancs du groupe LaREM.) En trois ans, que peut-on retenir de votre politique culturelle ? Un bingo du patrimoine ! (Mêmes mouvements.) La vérité, monsieur le Premier ministre, c’est que pour vous, les macronistes, l’économie passe avant la vie, y compris la vie de l’esprit.
M. François Ruffin (FI). La vérité, c’est que vous redoutez la circulation d’autres virus : les idées ! Quel rêve pour vous, marcheurs, start-uppeurs, ces Français qui travaillent, consomment et restent devant leurs écrans ! C’est ce qui m’effraie le plus chez Emmanuel Macron : il veut des femmes et des hommes qui fonctionnent sans perte de temps, c’est-à-dire sans perte d’argent. L’humanité se trouve dans la tendresse, la colère, l’espoir, le temps perdu, le dysfonctionnement ! Les idées, la culture, font douter de votre sainte trinité : productivité, compétitivité, rentabilité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Elles font naître d’autres espérances que le PIB ! Bref, dans votre nouveau monde, elles constituent une nuisance. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). Merci, monsieur Ruffin. (M. le président coupe le micro de l’orateur, qui continue à s’exprimer.) La parole est à M. le secrétaire d’État.
M. Gabriel Attal. Vous nous accusez de faire passer l’économie d’abord. Dans toutes nos décisions, nous faisons passer la santé d’abord ; nous avons d’ailleurs parfois été critiqués pour cela ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Avec vous, il s’agit toujours de démagogie, de critiques sans fondement. Ce qui transparaît dans toutes vos questions, c’est que vous ne voulez pas que nous arrivions à nous en sortir ! Citez-moi les pays d’Europe où les lieux culturels sont actuellement ouverts : leur nombre est très restreint. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe LaREM.) Citez-moi d’autres pays européens qui soutiennent autant que nous le secteur culturel : là encore, il y en a très peu, voire aucun. Nous lui avons accordé 7 milliards d’euros, la prolongation des droits des intermittents du spectacle pendant un an, la compensation de la jauge des billetteries, des dispositifs de soutien supplémentaires face à la situation actuelle. Nous sommes au rendez-vous, car la culture fait partie de notre identité. Nous la défendons mieux que vous ! (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. Erwan Balanant (DEM). Monsieur Ruffin, vous n’avez pas le monopole de la culture !
Radicalisation dans le sport
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Valérie Beauvais.
Mme Valérie Beauvais (LR). Monsieur le Premier ministre, vous venez de présenter en Conseil des ministres le projet de loi que vous intituliez il y a peu « contre les séparatismes » et aujourd’hui « confortant les principes républicains ». Ces tergiversations concernant son titre démontrent votre incapacité à vous saisir du sujet de la lutte contre la radicalisation, particulièrement dans le sport, qu’évoque sommairement l’article 25. (« Très bien ! » sur quelques bancs du groupe LR.) Pourtant, vous n’ignorez pas les tentatives de noyautage d’abord insidieuses, puis décomplexées, voire agressives, dont des clubs et des organisations sportives font l’objet de la part de mouvements religieux communautaires, politisés, radicalisés. Elles ne cessent de croître :… (Approbation sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Mme Valérie Beauvais (LR). …non-respect des tenues réglementaires, comme dans le cas des footballeurs arborant un collant sous leur short, refus de la mixité, port de signes ostentatoires, prières organisées au sein d’enceintes sportives, entraînements et compétitions soumis au calendrier religieux ; cette liste n’est pas exhaustive. (« Eh oui ! » et applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Face à cette radicalisation islamiste, le milieu sportif se trouve livré à lui-même, désemparé, impuissant, les bénévoles et les dirigeants dépassés, tétanisés. Les clubs de sport deviennent parfois des lieux d’embrigadement et – n’ayons pas peur des mots – d’aguerrissement. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) En 2019, 1 270 individus figurant dans le FSPRT, le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, les fréquentaient assidûment, certains même en tant qu’éducateurs sportifs. Un rapport parlementaire rédigé par deux députés, dont mon collègue Éric Diard, a récemment constaté l’ampleur menaçante de ce fléau ; néanmoins, même le ministère chargé des sports semble n’en avoir pas pris la mesure, préférant opter pour le déni. La demande d’entretien de nos deux rapporteurs n’a pas reçu de suite. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Je vous le demande, monsieur le Premier ministre : laisserions-nous nos enfants, nos petits-enfants, entre de telles mains ? Cette posture n’est plus acceptable. À dix-huit mois de la fin du mandat présidentiel,…
Mme Valérie Beauvais (LR). …quelles mesures concrètes, quels contrôles entendez-vous enfin décider pour lutter contre ce phénomène croissant de radicalisation dans le sport ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
M. Jean-Michel Blanquer. Il s’agit d’une vraie question, que vous avez raison de poser. Nous avons bien sûr lu le rapport auquel vous faites référence ; une réponse est nécessaire, et cette réponse passe d’abord par l’affirmation de ce que doit être le sport. Ses valeurs sont celles de la République : engagement, respect d’autrui, respect des lois. Les mesures à venir sur ce sujet résultent de deux éléments nouveaux. D’une part, l’élargissement du ministère de l’éducation nationale à la jeunesse et aux sports…
M. Jean-Michel Blanquer. …qui élaborera désormais le vade-mecum et les règles en la matière, ainsi que la formation des équipes chargées des contrôles. D’autre part, le projet de loi confortant les principes républicains prévoit des dispositifs grâce auxquels nous contrôlerons beaucoup mieux ce qui se passe dans les clubs : outre les normes et les contrôles, il existera en particulier un agrément…
M. Jean-Michel Blanquer. …qui sera retiré au club, signifiant pour lui la perte de ses subventions, en cas de constat d’une violation des principes de la République.
Fêtes clandestines
M. le président (LAREM). La parole est à M. Christophe Blanchet.
M. Christophe Blanchet (DEM). Alors que la fin de l’année approche, monsieur le Premier ministre, l’heure n’est pas encore à la fête en France. Pourtant, de Marseille au Calvados en passant par Strasbourg, les Français de 7 à 77 ans ne demandent qu’à retrouver une vie normale, à se retrouver. (« Eh oui ! » sur quelques bancs du groupe LR.) Ils ont soif de liberté, de festivité, de redonner de la vie aux jours. La France s’ennuie, d’où la multiplication des soirées clandestines organisées avec une insouciance certes compréhensible, mais que l’on ne peut tolérer, et surtout avec une inconscience qui donnera lieu à des clusters. Ces fêtes interdites, hors de contrôle, balaieront tous nos efforts collectifs pour juguler l’épidémie. Ce fut le cas cet été, en dépit de nos alertes : nous en subissons toujours les conséquences ! L’heure n’est pas encore à la fête en France. Pourtant, les salles privées et les loueurs de matériel sonore croulent sous les demandes tous les week-ends, et plus encore en vue du 31 décembre ! Ces organisateurs ne sont pas des rebelles en quêtes de liberté, mais des irresponsables qui, en ne voyant pas plus loin que l’appât du gain, retardent notre libération à tous. Dans le même temps, la colère et l’amertume montent chez les Français qui se privent, chez les professionnels qui savent encadrer la fête, mais qui ne peuvent toujours pas exercer. Si l’interdiction est la règle, elle doit l’être pour tous. Ils ne comprennent pas notre déni, notre manque d’anticipation ; ils ne conçoivent pas que l’illégalité devienne la norme, que les matériels sonores ne soient pas saisis, qu’il n’y ait pas davantage de sanctions. Il est urgent de prévenir, de responsabiliser, d’interdire, de contrôler, de sanctionner, d’agir et non de réagir, de cesser d’être spectateurs. L’heure n’est pas à la fête : pour que la fête ait lieu en 2021, pour qu’elle soit belle, nous devons, cette année, nous l’interdire. Par conséquent, monsieur le Premier ministre, quelles sont donc les mesures envisagées ? (« Excellent ! » et applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie.
Mme Brigitte Bourguignon. Je vous assure, monsieur Blanchet, que l’envie de lendemains chantants, voire dansants, est largement partagée par nos concitoyens – fussent-ils âgés de 77 ans –, par les députés de l’ensemble des bancs de l’hémicycle, ainsi que par le Gouvernement. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Mais comme vous, le Gouvernement fait face à une crise sanitaire qui demeure très préoccupante, ainsi que vous l’avez rappelé. En témoignent d’ailleurs les choix de nos voisins européens que certains, ici, érigeaient en modèles il y a encore quelques semaines. Les efforts de nos concitoyens payent : ils ont permis, avec l’ensemble des mesures prises, de faire chuter le taux d’occupation des lits de réanimation par des patients atteints du covid-19. Nous nous trouvons toutefois dans une situation épidémique en plateau, qui nous oblige à la prudence. Nos concitoyens ont besoin de se retrouver. Ils ont parfois profité du confinement pour créer de nouvelles solidarités, pour échanger différemment. Certes, cela ne remplace pas la possibilité de se serrer dans les bras l’un de l’autre, mais il me semble que le meilleur cadeau que l’on puisse offrir, ce Noël, est…
Mme Brigitte Bourguignon. …de protéger nos proches et tous ceux qui nous sont chers. Vous en conviendrez : l’État ne peut pas – et il ne veut pas – s’inviter aux fêtes de Noël. Nous ne pouvons que nous en remettre à la compréhension de chacun et, par-delà les bancs de cet hémicycle, à la conscience de la gravité du moment. Si une tolérance a été prévue pour les retrouvailles familiales, dont nous avons besoin, une réouverture des établissements recevant du public n’est pas envisageable à ce jour. Nous mesurons le sacrifice que cela représente. Le virus se diffuse dans les lieux fermés, lorsque l’on est proche les uns des autres, en particulier après certaines heures de la nuit. Le Gouvernement a pris des mesures de soutien exceptionnel aux discothèques mais ce qu’il faut aujourd’hui, c’est que chacun prenne la mesure du moment. Les fêtes clandestines ne doivent plus se tenir non plus tant que la situation reste aussi tendue qu’aujourd’hui. Les contrôles seront donc renforcés, comme l’a rappelé M. le ministre Gérald Darmanin. Néanmoins, le meilleur contrôle sera celui que chacun assurera lui-même. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Fermeture des lieux culturels
M. le président (LAREM). La parole est à M. Pierre Dharréville.
M. Pierre Dharréville (GDR). Monsieur le Premier ministre, votre gouvernement a fait le choix délibéré de sacrifier la culture. Cela devient une marque de fabrique : on se souvient du sort fait aux librairies, voici désormais jeté à bas le travail engagé en vue de la réouverture des salles. Tout cela serait donc à ranger sur l’étagère de ce qui est non essentiel – sauf lorsque cela peut s’acheter dans les grands magasins ou sur les plateformes en ligne. Vous avez un sérieux problème de logiciel : nul ne méconnaît le risque sanitaire lié au virus mais, parmi d’autres, cette décision n’est pas défendable. Comment peut-on faire expressément de la culture la cible des mesures les plus implacables ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) Comment peut-on continuer plus longtemps à vivre bien sans la rencontre, sans le partage, sans l’émotion, sans l’imaginaire, sans l’interrogation, sans le plaisir, sans l’émancipation que nous apportent la création et la représentation artistiques ? Ce mal n’attaque peut-être pas les corps mais il atrophie les esprits, il diminue l’humain dans l’être, il replie et il isole. La culture nous est essentielle pour affronter des épreuves et imaginer en sortir, pour mettre des mots, des sons et des formes sur ce que nous vivons, pour faire humanité. Un pays qui ne danse plus, ne chante plus, ne se regarde plus, ne se parle plus, ne s’émerveille plus, ne se rêve plus, est un pays qui dépérit. Partout se sont tenus ce midi des rassemblements ; il y avait du monde sur la place de la Bastille. Ce matin, des propositions vous ont de nouveau été faites. Les actrices et les acteurs du monde de la culture veulent travailler. S’ils expriment la détresse d’un tissu économique insuffisamment soutenu, ils disent d’abord leur souffrance de ne pas pouvoir assurer le partage vital dont ils avaient pourtant créé les conditions. Jusqu’à quand ? Cette fin d’année 2020 si éprouvante promettait de nous laisser goûter de nouveau à ce vent frais. Vos décisions ont eu un effet dévastateur ; si elles ont déjà causé du tort, il est encore temps néanmoins d’y revenir. Nous vous le demandons, nous le revendiquons. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR – Mme Mathilde Panot applaudit aussi.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement.
M. Gabriel Attal. Je vous prie à votre tour d’excuser le retard de ma collègue Roselyne Bachelot, qui se trouve au Sénat et qui nous rejoindra. De votre question, je comprends qu’il est un point sur lequel nous nous retrouvons : la culture fait partie de notre identité, et tirer un trait sur la culture reviendrait à tirer un trait sur un part de nous-mêmes.
M. Gabriel Attal. Nous refusons de faire ce choix. Sans revenir sur les dispositifs que j’ai présentés précédemment lors de ma réponse à M. Ruffin, je voudrais rappeler que c’est la raison pour laquelle nous avons développé un soutien massif en faveur des acteurs de la culture depuis le début de la crise. À la fin du mois de novembre, le Président de la République a annoncé une stratégie en plusieurs étapes, dans l’objectif de donner de la visibilité à l’ensemble des acteurs de notre pays.
M. Gabriel Attal. À l’époque, cette stratégie a été saluée par certains partis politiques y compris, je crois, La France insoumise. Nous ne vous avons pas entendu, alors, monsieur le député, remettre en question le fait que la deuxième étape ne pourrait être franchie que si nous maîtrisions l’épidémie et réduisions le nombre de contaminations à 5 000 par jour. (Exclamations sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe FI.) Cette question n’a pas été abordée sur ces bancs, et le Gouvernement n’a pas été interpellé à ce sujet. Force est de constater, aujourd’hui, que l’objectif de 5 000 contaminations par jour et de maîtrise de l’épidémie n’est pas atteint. Dès lors, nous avons eu un choix à faire. Nous aurions pu, comme vous semblez nous y inciter, considérer que le critère de maîtrise de l’épidémie ne comptait plus et que nous pouvions franchir une nouvelle étape en faisant fi des conditions que nous y avions posées.
M. Gabriel Attal. Je vous le dis, monsieur le député : lorsque nous nous levons le matin, nous ne sommes pas heureux de fermer des théâtres et des salles de cinéma. Nous nous levons le matin après avoir rêvé de pouvoir les rouvrir.
M. Gabriel Attal. C’est en ce sens que nous travaillons avec les acteurs de la culture. Vous indiquez qu’ils ont fait de nouvelles propositions : c’est justement parce que nous les réunissons. Roselyne Bachelot travaille ces jours-ci avec eux pour préparer leur réouverture et adapter le soutien que nous leur apportons. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Nous continuerons d’être au rendez-vous. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Olivier Faure (SOC). Monsieur le Premier ministre, le 9 novembre dernier, l’Azerbaïdjan et l’Arménie ont signé, sous l’égide de la seule Russie, un accord de cessez-le-feu dans le conflit du Haut-Karabakh. J’ai une première question : pourquoi la France, pourtant membre du Groupe de Minsk, n’était-elle pas à la table des négociations ? L’accord signé entérine les victoires azerbaïdjanaises.
M. Olivier Faure (SOC). Le statut de ce qu’il reste de la République de l’Artsakh demeure flou. Dans ces conditions – c’est ma deuxième question –, pouvez-vous nous expliquer ce qu’a voulu dire le chef de l’État lorsqu’il a déclaré : « Un travail devra être mené pour définir les paramètres d’un règlement politique durable du conflit, qui assure le maintien dans de bonnes conditions des populations arméniennes au Haut-Karabakh » ? L’Assemblée nationale et le Sénat ont donné leur vision de ces fameuses bonnes conditions en invitant le Gouvernement à reconnaître l’indépendance du Haut-Karabakh. C’est ma troisième question : allez-vous entendre les parlementaires quasiment unanimes des deux chambres ? Enfin, le président Erdogan est allé signer sa victoire avec son allié Alyiev lors d’une parade militaire à Bakou. (Exclamations sur quelques bancs LR.) Il y a fait l’éloge de l’un des génocidaires de 1915. Qu’est-ce qui justifie dès lors votre mutisme ? Il y a quelques jours, je me suis rendu à Stepanakert avec Isabelle Santiago. Tous nos interlocuteurs, le président de la République d’Artsakh en tête, nous ont fait part de leur attente vis-à-vis de notre pays. La France entretient un lien séculaire avec le peuple arménien. (Approbations sur plusieurs bancs LR.) C’est le moment de ne pas détourner la tête. Les nouveaux empires testent nos réactions. Les cartes de la puissance sont redistribuées. Hier, les Kurdes ont été abandonnés ; aujourd’hui, les Arméniens ; demain, qui : les Chypriotes ? Monsieur le Premier ministre, votre silence n’est pas une option. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs du groupe GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian. Monsieur Faure, j’ai entendu quant à moi le ministre des affaires étrangères d’Arménie, qui est venu me rencontrer il y a trois jours. Nous avons eu une longue conversation et avons tenu une conférence de presse.
M. Thibault Bazin (LR). Il ne suffit pas de le recevoir : il faudrait peut-être agir !
M. Jean-Yves Le Drian. Il venait, au nom du gouvernement arménien et de son Premier ministre Nikol Pachinian, nous remercier de l’action de la France et remercier le Président de la République de sa détermination. Il venait me dire également qu’il fallait faire respecter l’accord du 9 novembre, que l’Arménie a signé, et que son pays comptait sur la France pour contribuer à la stabilisation de la situation. Il compte aussi sur la France, à titre personnel – et ces propos sont publics, monsieur Faure – pour rester membre de la coprésidence du Groupe du Minsk, indispensable pour la suite. Voilà ce qu’il m’a dit ! Je compte sur les autorités arméniennes pour donner le point de vue des Arméniens : cela me paraît naturel, et la base de la compréhension diplomatique. Au-delà de ces éléments, des sujets sont sur la table, notamment celui de la consolidation du cessez-le-feu. Il est vrai que les déclarations provocatrices qui ont été faites il y a quelques jours à Bakou sont inacceptables. Le cessez-le-feu n’est pas encore tout à fait consolidé ; il doit l’être. Il nous faut aussi poursuivre notre action pour faire en sorte que les personnes déplacées puissent retourner vivre dans le Haut-Karabakh. Il faut également que l’ensemble des milices extérieures se retirent de la région. Nous agissons actuellement en ce sens…
M. Jean-Yves Le Drian. …et notre action comprend un volet humanitaire très important ; deux nouveaux avions partiront ainsi avant Noël à Erevan. Enfin, une discussion politique doit être abordée avec les différents acteurs, dans le cadre du Groupe de Minsk, qui est mandaté pour le faire. C’est la raison pour laquelle ses représentants sont en ce moment même à Erevan. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.)
Soutien aux ports
M. le président (LAREM). La parole est à M. Paul Christophe.
M. Paul Christophe (AGIR-E). Monsieur le Premier ministre, les négociations du Brexit nous font craindre un no dea l le 1 er janvier 2021, qui entraînerait le durcissement de nos relations économiques avec le Royaume-Uni. Cette situation est particulièrement à craindre sur le plan maritime, au-delà de l’épineuse question de la pêche, car le Premier ministre britannique Boris Johnson a confirmé sa volonté de créer jusqu’à dix ports francs outre-Manche d’ici la fin de l’année 2021. Ces ports francs devraient bénéficier de règles fiscales et sociales avantageuses. L’objectif avoué est de faire en sorte que les ports britanniques profitent du Brexit. Vous en conviendrez, monsieur le Premier ministre, Londres ne doit pas devenir une enclave logistique et industrielle aux portes du marché européen. Pour éviter ce scénario, la France doit être une porte pour l’Europe. À cet effet, le groupe Agir ensemble a soumis au Gouvernement une proposition relative à la création de zones économiques spéciales – ZES – dans le cadre du plan de relance. Nous avons proposé que ces zones soient installées à proximité des aéroports, des ports maritimes et des gares de fret pour encourager l’implantation d’activités d’intérêt stratégique liées à la transition écologique, de la métropole aux outre-mer. Cette proposition permettrait à la fois de lutter contre les effets économiques délétères qui suivront le Brexit, de relancer économiquement notre pays et de décarboner notre industrie pour la rendre plus compétitive dans l’économie de demain. J’ai déjà pu mesurer l’intérêt de ce dispositif dans mon territoire à Dunkerque, tout comme mes collègues Agnès Firmin Le Bodo au Havre et Jean-Charles Larsonneur à Brest. Il s’agit d’inscrire la France, au travers de ses ports, dans un schéma économique compétitif et durable. Je rappelle également que, lors de sa dernière visite à Calais, M. le Président de la République avait accepté le principe de la création de zones économiques spéciales sur le littoral. Aussi, monsieur le Premier ministre, quelle appréciation portez-vous sur l’opportunité de créer ces zones économiques spéciales pour répondre à la crise économique et environnementale ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
Mme Barbara Pompili. Cher Paul Christophe, le Président de la République a été clair, le 14 juillet dernier : la France est une puissance maritime de premier plan et va renforcer ses moyens pour se hisser à la hauteur de ses ambitions. Celles-ci – vous les connaissez – sont triples : renforcer la compétitivité et la souveraineté de nos ports, en faire des acteurs de l’intermodalité et du développement économique de nos territoires et accélérer le verdissement et la transition numérique du secteur. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.) Vous m’interrogez plus spécifiquement, compte tenu de la période, sur les impacts du Brexit sur nos ports maritimes français. Je vous confirme que nous suivons évidemment ce sujet avec attention. Pour le moment, nous n’avons pas retenu l’option des ports francs ou des zones économiques spéciales, à la différence du Royaume-Uni, mais nous proposerons plusieurs mesures dans le cadre de la stratégie qui sera présentée à la rentrée. Je vous rappelle que nous avons déjà mis en œuvre plusieurs mesures, prévues notamment dans la feuille de route présentée lors du CIMER – comité interministériel de la mer – en fin d’année 2019 et que nous approfondissons aujourd’hui. Depuis cet été, nous avons mis les bouchées doubles. En septembre, nous avons ainsi annoncé des investissements massifs dans le cadre du plan de relance, dont 400 millions d’euros seront dédiés aux secteurs maritime et fluvial et 200 millions à la création d’autoroutes de fret ferroviaire permettant de relier les grands ports entre eux – Calais et Sète notamment, mais aussi Cherbourg ou Dunkerque, cher à votre cœur monsieur le député. En octobre, la ministre de la mer et le ministre délégué chargé des transports ont signé avec des partenaires sociaux une charte portuaire, dans laquelle l’ensemble de la chaîne logistique s’engage pour renforcer les ports français. En novembre enfin, nous avons posé de nouveaux jalons sur le projet Haropa, en nommant notamment un directeur général préfigurateur. Les discussions se poursuivent pour approfondir ce projet portuaire majeur. Vous le savez, la stratégie nationale sera présentée en début d’année prochaine. Elle a fait l’objet d’une concertation avec l’ensemble des acteurs et le ministre délégué chargé des transports a confirmé que la représentation nationale serait bien sûr associée au suivi de ces travaux. Nous aurons alors tous les atouts pour que vole haut le pavillon français.
Réforme de l’assurance chômage
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Frédérique Dumas.
Mme Frédérique Dumas (LT). Madame la ministre du travail, l’an dernier déjà, la réforme de l’assurance chômage était très mal engagée. Le Gouvernement avait décidé de reprendre la main après l’échec des négociations entre les partenaires sociaux – un échec au demeurant inévitable, tant la feuille de route que vous leur aviez adressée était intenable. Dès le départ, nous avions été nombreux à souligner les effets pervers de cette réforme qui semblait répondre à un seul objectif, celui de l’optimisation budgétaire, avec une approche purement comptable ne tenant aucun compte des impératifs de solidarité et de justice sociale. Avant même la publication des décrets, une note de l’UNEDIC est venue corroborer nos craintes en confirmant les importantes économies engendrées par la réforme, mais en montrant aussi ses impacts négatifs sur le montant de l’allocation, la durée de l’indemnisation et, surtout, la difficulté à accéder à l’assurance chômage, avec une aggravation annoncée de la précarité. À l’époque, la situation économique et les chiffres du chômage étaient par essence meilleurs qu’aujourd’hui, puisque, entre-temps, une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent est venue tout balayer. Cette réforme qui était très mal engagée est aujourd’hui complètement caduque. Si elle l’est en raison du fait que le Conseil d’État a annulé certaines dispositions, elle l’est aussi par nature, car elle n’est plus adaptée à la situation. Au lieu d’aller de report en report et de pousser les partenaires sociaux à reprendre les échanges alors qu’ils y sont opposés, nous vous le demandons à nouveau, en un mot : abandonnez cette réforme ! Les chiffres du chômage sont durablement dégradés et la pauvreté explose. Dans un contexte à ce point anxiogène, il est fondamental d’offrir des perspectives rassurantes à nos concitoyennes et à nos concitoyens, à celles et ceux qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans travail, à ceux qui n’ont pas pu signer ou renouveler leur contrat, à ceux qui savent leur emploi menacé. Madame la ministre, nous vous le demandons : abandonnez cette réforme injuste et obsolète ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur quelques bancs des groupes FI et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion.
Mme Élisabeth Borne. Je n’ai pas de leçons à recevoir sur l’attention portée aux demandeurs d’emploi et aux plus fragiles durant la crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons. (Exclamations sur quelques bancs des groupes SOC et GDR.) Je vous rappelle que nous avons décidé de proroger les droits des demandeurs d’emploi qui arrivaient en fin de droits pendant le confinement – très concrètement, les demandeurs d’emploi dont les droits auraient dû s’arrêter en novembre ou en décembre 2020 les verront prolongés jusqu’à fin janvier 2021. Nous avons décidé d’allonger de la durée du confinement la période de référence pour le calcul de l’allocation chômage. Nous avons décidé une aide exceptionnelle portant à 900 euros par mois pendant quatre mois la rémunération de ceux qui peuvent être fragilisés par la crise, je pense en particulier aux saisonniers ou à ceux qui enchaînaient les contrats courts. Nous avons décidé de prendre en charge au titre de l’activité partielle les saisonniers des stations de ski qui ne pourront pas démarrer la saison normalement. Nous avons également instauré un bouclier anti-licenciements massif, avec les dispositifs d’activité partielle et d’activité partielle de longue durée qui mobiliseront 30 milliards d’euros en 2020 et plus de 10 milliards en 2021. Je vous confirme que le Gouvernement souhaite néanmoins poursuivre la réforme de l’assurance chômage. (Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) Ce n’est pas une surprise, puisque c’est inscrit dans l’agenda social que nous avons partagé avec les partenaires sociaux dès le mois de juillet. Cette réforme vise aussi à lutter contre la précarité pouvant résulter d’un recours excessif aux contrats courts, et à assurer plus d’équité dans le calcul de l’allocation chômage. Nous allons donc poursuivre cette réforme, en adaptant naturellement les paramètres dans la concertation avec les partenaires sociaux afin de tenir compte du contexte actuel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Santé environnementale
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Élisabeth Toutut-Picard.
Mme Élisabeth Toutut-Picard (LAREM). Ma question, à laquelle j’associe mon collègue Yannick Haury, s’adresse à Mme la ministre de la transition écologique. Le Président de la République a réuni hier la Convention citoyenne pour le climat afin de faire le point sur les 149 propositions faites au printemps par des Français tirés au sort. Cette rencontre a notamment permis d’ouvrir la perspective d’un référendum pour inscrire la lutte pour le climat et la préservation de l’environnement dans la Constitution. Cette consultation permettra ainsi de placer l’écologie au cœur du droit, des lois et de la République. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette démarche à l’heure où, selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 100 000 Français décèdent chaque année de maladies chroniques liées à l’environnement, ce qui représente 14 % de la mortalité enregistrée pour une seule année. La dégradation de l’environnement constitue en effet l’une des toutes premières causes de mortalité. Au cours des derniers mois, j’ai eu l’honneur de présider une commission d’enquête sur les politiques publiques de santé environnementale. Le constat a été fait que nos politiques publiques en la matière paraissent encore bien insuffisantes pour répondre à ces enjeux. Les soixante-quatre auditions auxquelles nous avons procédé ont permis de dresser un large état des lieux de nos politiques et d’en identifier les pistes d’amélioration, notamment dans la gouvernance nationale ou territoriale. Ce travail s’inscrit en complémentarité du quatrième Plan national santé environnement – PNSE4 –, dont la consultation publique vient de prendre fin. Madame la ministre, comment envisagez-vous de mieux intégrer la santé environnementale au sein des politiques publiques françaises ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
Mme Barbara Pompili. En tant que parlementaire, puis en tant que ministre, j’ai pu constater à quel point vous êtes investie sur ce sujet qui est effectivement majeur. Les chiffres que vous mentionnez sont éloquents et démontrent l’importance d’agir maintenant pour améliorer la santé de nos concitoyens. À ce titre, vous l’avez dit, nous sommes en train de finaliser le quatrième Plan national santé environnement. Il se distinguera de ceux qui l’ont précédé dans la mesure où nous avons souhaité, conjointement avec Olivier Véran, proposer une approche systémique de la santé environnementale. Nous prévoyons donc un plan chapeau qui couvrira l’ensemble des politiques publiques et donnera une cohérence globale, ce qui me semble le plus important. Concrètement, nous allons poursuivre trois objectifs : approfondir les connaissances sur les effets de l’environnement sur la santé – nous en avons besoin ; permettre à chaque citoyen de mieux connaître les risques auxquels il est exposé, afin de mieux agir pour réduire son exposition aux polluants et nuisances du quotidien ; enfin, mobiliser les collectivités pour développer des actions concrètes au sein des territoires. Ce quatrième Plan national santé environnement sera finalisé entre février et mars. Ce délai nous permettra notamment de prendre en compte les propositions faites par la commission d’enquête que vous avez présidée, mais aussi les conclusions que nous pourrons tirer de la pandémie de covid-19, car je crois beaucoup à l’approche « Une seule santé » qui traduit l’importance du lien entre santé humaine et animale et, plus globalement, entre le bon état de la biodiversité et notre santé. Vous le voyez, nous sommes mobilisés pour améliorer la santé des Français et je sais pouvoir compter sur votre engagement plein et entier. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Occupation du site gazier de Balhaf au Yémen
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Clémentine Autain.
Mme Clémentine Autain (FI). Monsieur Le Drian, madame Parly, combien de temps allez-vous continuer à mentir devant la représentation nationale ? (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.)
Mme Clémentine Autain (FI). En février dernier, je vous ai interrogée, madame la ministre des armées, au sujet du site gazier de Balhaf, situé en territoire yéménite et occupé par l’armée émiratie. Selon plusieurs ONG, mais aussi selon l’ONU, ce site appartenant en partie à Total servirait de lieu de détention secret permettant la pratique de la torture et d’exécutions sans procès. Mme Parly m’avait répondu n’avoir aucun élément relatif à cette affaire, prétendant même ne pas avoir lu l’article que le journal Le Monde venait précisément d’y consacrer. En septembre, j’ai de nouveau fait part de mes interrogations au ministre Le Drian. Sa réponse ne manquait pas de sel : « Nous vous renvoyons vers les entreprises concernées »… On se demande à quoi sert le corps diplomatique ! Aujourd’hui, face à la cécité du Gouvernement, je me fais donc la porte-voix des cinquante et un parlementaires qui, à l’initiative de mon collègue Hubert Laferrière, vous ont adressé un courrier demandant que toute la lumière soit faite sur ce qu’il se passe réellement à Balhaf. À la création du site, l’État français avait garanti un crédit au consortium dont fait partie Total, pour un montant de 216 millions d’euros. C’est dire si nous sommes en droit de demander des comptes, sous peine d’être clairement complices de ce qui passe sur ce site. Plus de dix mois après les premières alertes, prétendez-vous toujours n’être au courant de rien, alors même qu’un rapport de la Direction du renseignement militaire – DRM – montre l’inverse, c’est-à-dire que vous savez ! Dans cette affaire, c’est la responsabilité de la France qui est engagée. Comment pouvez-vous couvrir des crimes de guerre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.) Il y a quelques jours, c’est un tortionnaire de son peuple, le président égyptien Sissi, que vous avez décoré de la Légion d’honneur. Aujourd’hui, votre silence vient recouvrir d’une chape de lâcheté les exactions commises par les Émirats dans une usine construite avec le soutien actif de la France. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian. Je vous ai déjà répondu, madame Autain, mais je vais le faire à nouveau et, si nécessaire, je répondrai chaque semaine à la même question portant sur le port de Balhaf. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) Je rappelle qu’à la suite de la dégradation de la situation sécuritaire au Yémen, le consortium dont fait partie Total, qui réunit des entreprises yéménites et des entreprises étrangères, a décidé de mettre fin à ses opérations industrielles dès 2015. Par la suite, ce consortium nous a indiqué s’être vu notifier à plusieurs reprises, notamment en avril 2017, par les autorités yéménites légales, reconnues par la communauté internationale – donc par les Nations unies –, la réquisition de la plus grande partie du site. La zone réquisitionnée est aujourd’hui séparée physiquement du reste du site, et le consortium, qui a par ailleurs mis fin à ses activités, n’y a plus accès : voilà quelle est la situation. Puisque vous connaissez très bien le Yémen, vous savez que, pour les mêmes raisons sécuritaires, la France a décidé de fermer son ambassade et de rapatrier l’ensemble de ses personnels à Ryad. Comme je vous l’ai déjà dit à plusieurs reprises, madame la députée, nous mettons tout en œuvre pour éclaircir la situation politique en apportant notre soutien à l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies au Yémen, M. Griffiths, avec qui nous travaillons, pour essayer d’aboutir à un processus de discussion et de paix dans cette sale guerre. Nous ne ménageons pas non plus nos efforts, à la fois auprès du gouvernement yéménite et de la coalition militaire, pour faire la lumière sur ce qui se passe sur le site de Balhaf. Le grand sujet, c’est de faire en sorte que l’ensemble des acteurs au Yémen se réunissent pour un processus de paix sous la houlette des Nations unies. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.)
Étudiants en santé
M. le président (LAREM). La parole est à M. Brahim Hammouche.
M. Brahim Hammouche (DEM). Ma question s’adresse à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Ils ont témoigné d’un engagement sans faille en première ligne dans le cadre de la réserve sanitaire et sont devenus un pilier indispensable à l’hôpital public. Si les étudiants en santé sont les soignants de demain, aujourd’hui leur état de santé mentale est jugé alarmant : 27,7 % des étudiants en médecine présentent des signes de dépression, un tiers des futures infirmières prennent des anxiolytiques, 80 % des étudiants en maïeutique se sentent plus stressés depuis qu’ils ont commencé leur formation. En plus des risques psychosociaux auxquels ils s’exposent au cours de leur formation, les étudiants nous ont alertés sur leur précarité croissante et la souffrance de leurs familles. Ils s’inquiètent, à juste titre, et de la récente décision de la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle – DGESIP – d’exclure d’office les étudiants positifs à la covid ou cas contact du concours de première année commune aux études de santé – PACES –, un examen classant, ainsi que du parcours accès santé spécifique – PASS – et de la licence accès santé – LAS –, les invitant à redoubler. Ces étudiants devront donc se résoudre à perdre une année, voire deux, ou à se rendre quand même aux examens en prenant le risque de créer un cluster, alors même que certaines facultés ont permis le passage des épreuves en aménageant des salles séparées. (M. Jean Lassalle applaudit.) Par ailleurs, le flou administratif dans lequel se met en place la réforme du premier cycle des études de santé n’en finit pas d’ajouter de l’angoisse à la détresse psychologique déjà palpable parmi les étudiants en santé confrontés à l’incertitude et au manque de soutien liés pour partie au contexte sanitaire, ainsi qu’à la nouveauté de la réforme. Madame la ministre, quelles mesures entendez-vous prendre pour accueillir tous les élèves de la PACES, des PAS et des LAS, dans des conditions sanitaires satisfaisantes et en toute égalité de traitement ? Pouvez-vous nous faire un point d’étape de cette première année de la réforme du premier cycle d’études en santé et des mesures d’accompagnement qui pourraient assurer le bon déroulement de cette année et l’augmentation attendue et effective du nombre d’étudiants admissibles au regard des besoins prospectifs ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.
Mme Frédérique Vidal. Je veux commencer par vous remercier pour votre question qui me permet à mon tour de saluer, devant la représentation nationale, l’engagement et le courage dont ont fait preuve l’ensemble des étudiants inscrits dans les filières de santé, médicales ou paramédicales. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe LaREM.) Vous le savez, nous accordons une attention particulière au suivi psychologique et social de l’ensemble des étudiants. C’est pourquoi le Premier ministre a annoncé le doublement des effectifs de psychologues et le recrutement de soixante assistantes sociales pour continuer à accompagner les étudiants qui, comme l’ensemble de nos concitoyens, vivent dans une situation d’incertitude, et plus encore peut-être les étudiants en santé, vous avez raison de le souligner, monsieur Hammouche, qui sont en effet confrontés au tout début de leurs études à la douleur, à la souffrance, à la mort, sans y être pleinement préparés. Nous confortons le Centre national d’appui à la qualité de vie des étudiants en santé, qui a notamment pour mission de s’intéresser à l’impact psychologique de ces études. Nous avons aussi ouvert un numéro vert et recruté des personnes pour répondre aux appels. Bien sûr, nous continuerons à accompagner les associations et les étudiants. Quant à la réforme des études de santé, rappelons son objectif : mettre fin au numerus clausus et à la PACES. Évidemment, cette année est compliquée dans tout l’enseignement supérieur, et peut-être plus encore lorsqu’il s’agit de mener une réforme. L’ancien doyen de la faculté d’Angers a accepté d’animer les réflexions et a voulu mettre des informations à la disposition de tous les étudiants en santé, car c’est d’informations qu’ils ont besoin. Et n’oublions pas que tout cela nous permettra de former des médecins dans tous les territoires. Enfin, s’agissant des concours, un protocole sanitaire strict a été mis en place afin qu’ils puissent se dérouler dans des conditions garantissant confiance et sécurité. Avec le ministère des solidarités et de la santé, nous avons pris des mesures préventives. L’objectif est que les étudiants concernés aient la possibilité de repasser leur concours. (Applaudissements s ur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. Maxime Minot (LR). J’associe à ma question ma collègue Constance Le Grip. Cinémas fermés, théâtres aux rideaux baissés, musées éteints, spectacles annulés : le monde de la culture est en deuil, monsieur le Premier ministre. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe LR.) À la suite de vos annonces de jeudi dernier repoussant une fois encore la réouverture des lieux culturels, leur survie est en jeu, sans aucune perspective d’avenir . Les acteurs du secteur culturel sont nombreux dans la rue en ce moment pour exprimer leur colère d’être inlassablement la variable d’ajustement. Ils dénoncent une triple incohérence. Première incohérence : il serait moins dangereux de faire la queue dans les magasins ou de s’entasser dans le métro que de se rendre dans une salle de spectacle où le protocole sanitaire est strict. Deuxième incohérence : le « quoi qu’il en coûte » de Jupiter…
M. Sylvain Maillard (LAREM). Ne dites pas « Jupiter » : un peu de respect ! (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Rémy Rebeyrotte (LAREM). C’est comme si nous disions « Paul Bismuth » !
M. Maxime Minot (LR). …trouve ses limites dans le détricotage systématique et aveugle de ce qui a été adopté au Sénat pour adapter les mesures aux réalités. Troisième incohérence : la ministre de la culture, qui a fait naître des espoirs très vite déçus, n’a pas les moyens de défendre ses convictions et doit en tirer toutes les conséquences. Nous ne disons pas que l’État ne tente pas d’éviter que la création soit sacrifiée sur l’autel de la crise sanitaire ; nous disons juste qu’il s’arrête au milieu du chemin. Ce qu’attendent ces femmes et ces hommes, dans nos villes comme dans nos campagnes, qu’ils œuvrent dans des grandes structures comme dans de plus modestes ou des associations, c’est avant tout de garder le lien avec le public, après dix mois d’attente. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe LR) . Sans eux, c’est l’exception culturelle française qui va disparaître et cet art de vivre unique au monde. Ce sont eux qui sont à même d’apporter les émotions positives dont les Français ont tellement besoin en ce moment et dont vous les privez sciemment pour des raisons obscures et incompréhensibles. Monsieur le Premier ministre, quand publierez-vous les résultats scientifiques qui motivent vos décisions ? La France sans sa culture n’est plus que l’ombre d’elle-même. (« Bravo ! » et applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Roselyne Bachelot. Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, je voudrais tout d’abord vous présenter des excuses pour n’avoir pas pu assister au début de cette séance de questions au Gouvernement : j’étais retenue au Sénat par l’examen du projet de loi relatif à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal. Monsieur Minot, je partage votre avis au moins sur un point : la souffrance, la déception du monde du spectacle vivant, secoué parfois par la révolte,…
Mme Roselyne Bachelot. …après ce report imposé par la gravité de la situation sanitaire à laquelle est confronté notre pays mais aussi l’Europe entière. Nous l’avions indiqué, cette réouverture était conditionnée par l’hypothèse que nous enregistrerions moins de 5 000 contaminations par jour. Or celles-ci atteignaient 14 000, chiffre très inquiétant.
Mme Roselyne Bachelot. Nous avons évidemment travaillé sur ce sujet avec les acteurs du théâtre et du cinéma. Nous avançons dans trois directions. Il faut d’abord prendre des mesures d’urgence pour accompagner jusqu’à la fin de l’année… (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Laissez-moi parler, monsieur Minot, si vous voulez des explications ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Il faut des mesures d’urgence, disais-je, pour accompagner le secteur culturel pendant les quinze derniers jours de 2020.
Mme Roselyne Bachelot. Nous nous employons à élaborer un budget qui va prendre en compte ces difficultés et y remédier. Nous le faisons avec Olivier Dussopt, nous le faisons avec Bruno Le Maire, sous l’égide du Premier ministre. Nous devons aussi régler le dossier de l’intermittence : vous savez en effet que les droits des intermittents sont en train de s’épuiser, et nous allons aussi remédier à cela.
Mme Roselyne Bachelot. Il faut enfin préparer avec les acteurs du secteur culturel les conditions d’une reprise durable et résiliente du spectacle vivant et du cinéma. Tels sont les trois chantiers qui sont sur mon établi. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et quelques bancs du groupe Dem.)
M. Maxime Minot (LR). Madame la ministre, votre réponse traduit un peu votre embarras. Écoutez ces acteurs du secteur culturel, qui sont dehors, plutôt que les technocrates ! Nous n’avons obtenu aucune réponse qui justifie ces annonces. Hier, tout ce que le Sénat avait accordé au spectacle vivant a été détricoté.
M. Maxime Minot (LR). Donnez-leur espoir, une date précise, et faites enfin le choix de la transparence ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Agenda rural
M. le président (LAREM). La parole est à M. Daniel Labaronne.
M. Daniel Labaronne (LAREM). Monsieur le secrétaire d’État chargé de la ruralité, je souhaite vous remercier ainsi que le Premier ministre pour l’invitation faite aux membres de la mission « Agenda rural » de participer au deuxième comité interministériel aux ruralités qui s’est tenu récemment. Édouard Philippe s’était engagé à ce que deux comités interministériels aux ruralités se tiennent chaque année et cet engagement a été tenu : le premier a eu lieu en février 2020 et le deuxième, le 14 novembre dernier, par visioconférence. Ce deuxième comité a inscrit l’agenda rural dans le plan de relance et ouvre de nouveaux programmes comme celui des « Petites villes de demain ». Il fixe la nouvelle définition des territoires ruraux, proposition fondamentale de l’agenda rural. L’Institut national de la statistique et des études économiques – INSEE – retient une définition fondée sur la densité de population, ce qui soulève de nombreuses questions sur l’avenir des dispositifs zonés existants. Monsieur le secrétaire d’État, pouvez-vous nous expliquer le travail qu’il reste à faire pour appliquer cette nouvelle définition aux futures politiques publiques ? Autre point important abordé par le comité : une plus grande importance donnée aux aménités rurales. Nos campagnes sont riches en biodiversité, en patrimoine, en paysages et ce sont autant de richesses qui méritent d’être valorisées. Pouvez-vous nous indiquer quelles pistes de réflexion dans ce domaine sont tracées ? Enfin, les mesures de l’agenda rural doivent être expliquées et promues au plus près du terrain, et territorialisées pour que les élus locaux, les acteurs économiques et sociaux, les services préfectoraux en fassent des outils de développement, d’épanouissement et d’attractivité des territoires ruraux. Quels sont les outils de suivi de ces mesures ? Comment le Gouvernement compte-t-il s’assurer qu’elles s’appliquent rapidement dans les territoires ruraux ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de la ruralité.
M. Joël Giraud. Monsieur le député, vous m’interrogez sur plusieurs aspects de la politique que nous menons en faveur des territoires ruraux avec votre appui et celui de l’ensemble des membres de la mission « Agenda rural ». Je connais votre engagement en la matière, notamment s’agissant de la problématique de l’ingénierie locale et de celle des volontaires territoriaux en administration que nous souhaitons déployer dès l’année prochaine au plus près des territoires. Vous soulignez l’intérêt de la nouvelle définition des territoires ruraux, fondée sur la grille communale de densité. Cette approche conforme à celle recommandée par les institutions européennes permet, j’en suis convaincu, de rapprocher la définition statistique de la ruralité de la perception que les habitants des territoires ruraux ont de leur environnement. Au demeurant, cette définition a recueilli un consensus auprès des associations d’élus, au premier rang desquelles l’Association des maires ruraux de France. Nous allons la partager dans le cadre de la gouvernance de l’agenda rural avec l’ensemble des ministères. Plusieurs vont l’utiliser comme support de leurs politiques publiques, ce qui permettra de faire évoluer sur le long terme notre perception de la ruralité. Cette nouvelle définition sera, par exemple, utilisée dès l’année prochaine pour la répartition des enveloppes de la dotation d’équipement des territoires ruraux, conformément aux mesures adoptées dans le cadre du projet de loi de finances à l’initiative de Jean-René Cazeneuve et Christine Pires Beaune. Vous évoquez ensuite la question des aménités rurales, qui constitue un axe fort de vos propositions pour l’agenda rural. Le rapport définitif de la mission vient de nous être remis et nous allons travailler dès janvier, sur cette base, à une évolution de la dotation de biodiversité, évolution à laquelle les parlementaires seront associés, comme je l’ai indiqué au Sénat. Enfin, vous rappelez l’importance de la gouvernance de l’agenda rural et du suivi, y compris au niveau local, des 181 mesures que comporte son plan d’action. Je peux d’ores et déjà vous indiquer qu’une circulaire aux préfets rappelant l’esprit du dispositif et mettant l’accent sur les mesures qui doivent faire l’objet d’un suivi par les services déconcentrés va bientôt être diffusée. Un tableau de suivi de certaines mesures emblématiques sera également décliné au niveau local et pourra être transmis aux acteurs locaux. Je veillerai personnellement à ce que les parlementaires puissent avoir accès à toutes ces informations pour promouvoir et développer cette politique publique dans tous les territoires ruraux. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Référendum sur le climat
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Jennifer De Temmerman.
Mme Jennifer De Temmerman (LT). Ma question s’adresse à Mme la ministre de la transition écologique. Hier, l’annonce par le Président de la République d’un projet de révision de l’article 1 er de la Constitution a marqué une tentative d’éclipser le reste des arbitrages et de masquer certains renoncements. Certes, ce référendum correspondait à une demande de la convention citoyenne pour le climat. Une parmi cent quarante-neuf ! Cette modification, si elle était adoptée, témoignerait certes d’une prise de conscience du défi environnemental, mais ne viendrait combler en rien le déficit de l’action publique face à l’ampleur du changement climatique. C’est fort dommage. Vendredi dernier, le Conseil européen a décidé de revoir à la hausse son ambition climatique. L’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre passe de 40 % à 55 % à l’horizon 2030. Il va plus loin que l’accord de Paris, mais nous aurons bien du mal à l’atteindre au regard des décisions prises par ailleurs. Ne renvoyons pas tout à l’Europe. Pour combler ce retard, nous attendons des propositions qui trouvent une traduction concrète au plus vite. Le projet de loi issu de la convention européenne pour le climat est une occasion historique à cet égard. Prenons l’éducation tout d’abord. Notre modèle scolaire doit être revu. Il existe des initiatives locales ; il faut les encourager et les rendre pérennes en inscrivant l’éducation à l’environnement et au développement durable dans le code de l’éducation. Vous vous y êtes engagée, madame la ministre, mais allez-vous dédier de nouveaux moyens à nos écoles et former le corps professoral à ces enjeux ? Sur la rénovation énergétique des bâtiments, ensuite, vous avez écarté l’obligation de rénovation globale au profit d’une mise à contribution de tiers financeurs. Quand nous proposerez-vous un dispositif cohérent et pérenne pour accélérer enfin ce chantier crucial ? S’agissant, enfin, de la transition agro-écologique – l’agriculture est le deuxième émetteur de gaz à effet de serre – comptez-vous renforcer le soutien aux agriculteurs qui s’engagent dans des pratiques plus vertueuses pour l’environnement ? L’urgence écologique requiert une écologie de l’action et non de l’incantation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la transition écologique.
Mme Barbara Pompili. Effectivement, nous sommes à un moment crucial : nous devons prendre en main notre avenir. Je le dis assez gravement, car beaucoup de choses sont en jeu. L’Europe le fait en affichant un objectif très ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre : 55 % d’ici à 2030. C’est très important et la France a défendu cette position dans les enceintes européennes. D’autres pays s’engagent également en ce sens. Mais, je suis d’accord, il faut sortir de l’incantation pour entrer dans l’action. C’est toute la difficulté, une fois que les grands objectifs sont fixés : entrer dans la mécanique, dans ce travail de fourmi (Exclamations sur les bancs du groupe LR) qu’il faut fournir pour faire aboutir tout ce que l’on a dit, et le faire aboutir surtout dans une exigence de justice sociale. Ne laisser personne sur le bord du chemin, ne laisser personne sans solution, telle est notre préoccupation. Elle se manifeste notamment à travers la rénovation des bâtiments. Nous voulons faire en sorte, dans le projet de loi issu de la convention climat, que toutes les passoires énergétiques soient rénovées. Et nous considérons que, dès lors qu’il y a une obligation, l’on ne peut pas laisser ceux qui n’ont pas les moyens de faire ces travaux sans solution. C’est tout le travail que nous allons faire pendant trois mois, notamment avec Pascal Canfin.
Mme Barbara Pompili. Nous essaierons de trouver des solutions de tiers financement : chacun sera accompagné pour se conformer à cette obligation faite au nom de l’intérêt public, personne ne doit la subir. Cela demande du temps, mais nous allons y arriver. Cela fait vingt ans que nous travaillons sur le tiers financement et dans trois mois nous aurons abouti : les mécanismes figureront dans la loi. Je pourrais vous parler de tous les autres sujets. L’éducation à l’environnement sera aussi dans ce projet de loi et nous nous donnerons les moyens nécessaires. Cette loi marque un tournant. Elle va faire entrer l’écologie dans le quotidien des Français…
Mme Barbara Pompili. …et je compte sur vous pour nous y aider. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – M. Sylvain Templier et Mme Élisabeth Toutut-Picard applaudissent également.)
Conditions de travail dans les entreprises du bâtiment
M. Thibault Bazin (LR). Je tiens à vous alerter, monsieur le Premier ministre, sur la situation très préoccupante des entreprises du bâtiment et des travaux publics – BTP –, mises à mal par la crise que nous traversons. Les commandes et les appels d’offres sont insuffisants. À cela s’ajoutent des conditions difficiles pour les travailleurs dans les chantiers, en raison de la fermeture des restaurants jusqu’au 20 janvier au moins – et peut-être au-delà, d’après vos propos qui les désespèrent. Outre les problèmes sanitaires que cela pose, ils n’ont plus de lieu pour déjeuner au chaud, alors que l’hiver est là. On nous a promis des améliorations, mais elles tardent. Un communiqué du Gouvernement vient de paraître ce matin : il y est seulement question de la mise à disposition de salles municipales, sous la responsabilité des entreprises, après un accord préalable.
M. Thibault Bazin (LR). C’est un premier pas, qu’avec mon collègue Marc Le Fur nous ne trouvons ni assez pragmatique, ni suffisant, et trop lourd pour des communes déjà bien sollicitées.
M. Thibault Bazin (LR). Pourquoi ne pas imaginer rapidement un dispositif plus simple et plus adapté, comme pour les routiers, en agréant des restaurants qui seraient accessibles sur présentation de la carte professionnelle du BTP ? Monsieur le Premier ministre, quand permettrez-vous aux ouvriers et aux artisans de disposer d’une pause déjeuner digne de ce nom ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de la ruralité.
M. Joël Giraud. Comme vous venez de le dire, monsieur Bazin, Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, et Alain Griset, ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises, ont annoncé que les communes et les collectivités territoriales pouvaient désormais mettre des salles polyvalentes à disposition des salariés des entreprises du BTP, pour qu’ils y effectuent leur pause déjeuner. Depuis l’annonce du deuxième confinement, la restauration des salariés du BTP a été rendue difficile par les conditions climatiques de cette période hivernale. Alerté par des fédérations professionnelles du secteur et par l’Association des maires ruraux de France – AMRF –, le Gouvernement a cherché une solution permettant de répondre aux difficulté de restauration rencontrées par 500 000 salariés. Dans les communes qui ont des locaux disponibles et répondant aux recommandations sanitaires, le chef d’entreprise pourra envoyer simplement au maire un courriel sollicitant la mise à disposition d’une salle pour une période prédéfinie, en s’engageant à respecter certaines clauses comme la responsabilité de l’employeur et le protocole sanitaire. Le maire lui donnera son accord par courriel, en ajoutant éventuellement des conditions supplémentaires propres à l’équipement. Cette mise à disposition de salles par les collectivités se fera à titre gracieux. Telle est la conclusion de l’accord avec l’AMRF. Les risques sanitaires étant plus élevés à l’occasion des repas, il conviendra d’organiser la présence simultanée de groupes réduits, de privilégier un échelonnement des pauses et d’aérer les locaux entre les groupes. Le Haut Conseil de la santé publique, dans son avis du 4 octobre 2020, a émis des recommandations dont il conviendra de s’inspirer. Les préfectures ont déjà été informées de la démarche ; elles sont à la disposition des entreprises et des collectivités locales pour en assurer la bonne application. Vous en conviendrez, nous ne pouvons que nous réjouir que la concertation sur la gestion de la crise, conduite de manière permanente avec, notamment, les associations représentant les élus locaux, ait permis de trouver une solution concrète, au service des entreprises. De telles solutions pragmatiques répondent à un impératif autant économique qu’humain ; et tout ce qui contribue à faciliter l’activité des entreprises, en particulier des plus petites, doit être encouragé. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. Thibault Bazin (LR). Ce n’est pas satisfaisant, et trop complexe : il faut encore améliorer votre réponse, monsieur le secrétaire d’État. Outre cette situation déjà tendue, le projet de loi de finances menace le secteur du BTP d’un coup de poignard dans le dos. En effet, le taux de TVA réduit à 5,5 % ne serait plus éligible pour certains travaux de rénovation énergétique, comme les changements de fenêtres, de portes d’entrée et de volets isolants.
M. Joël Giraud. Je n’avais pas compris que la question portait sur la TVA !
M. Thibault Bazin (LR). L’article comportant ces dispositions, issu de Marcheurs au Sénat et adopté avec le soutien du Gouvernement, entraînerait deux conséquences graves : d’une part, une limitation du périmètre du taux de TVA réduit, d’autre part, une nouvelle obligation de qualification pour les artisans dès le 1 er juillet. Encore de la paperasserie et des démarches ! Heureusement, la commission des finances de l’Assemblée nationale a rejeté cet article. Monsieur le secrétaire d’État, lèverez-vous, en séance, cette menace qui pèse sur un secteur déjà durement touché ? Lui permettrez-vous de retrouver une activité tant nécessaire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme Marion Lenne (LAREM). En quelques semaines, la démocratie sociale a permis des avancées remarquables et prometteuses en matière de télétravail et de santé au travail. Ce climat serein avec les partenaires sociaux est un atout, dans la période singulière que nous traversons, pour préparer la relance. Permettez-moi de saluer, au nom du groupe La République en marche, la méthode soutenue par le Premier ministre, qui fait du dialogue social le levier de la relance et le relais de la confiance. Le télétravail est entré brusquement et massivement dans la vie de millions de salariés et d’entreprises. Avec le recul, nous mesurons le potentiel de cette nouvelle organisation du travail, et, en même temps, ses limites, voire les risques qui en découlent. L’accord national interprofessionnel du 26 novembre 2020 pour une mise en œuvre réussie du télétravail permettra de poser les jalons de la négociation au niveau des entreprises et des branches, afin de déployer le télétravail le plus efficacement possible. Pour être efficaces, gardons en tête que, partout en France, les espaces de coworking offrent des conditions de travail équivalentes, voire meilleures, à celles des bureaux, tout en étant proches des lieux de résidence des salariés. Ils sont adaptés à leur temps et aux circonstances, et des consultants y sont disponibles pour accompagner les entreprises vers les nouvelles formes de travail.
Mme Marion Lenne (LAREM). S’agissant de la santé au travail – attente légitime des salariés et des chefs d’entreprise – les députés des trois groupes majoritaires ont souhaité ardemment que les négociations avec les partenaires sociaux aboutissent. Ils ont veillé à construire collectivement une proposition de loi, qui sera prochainement soutenue par nos collègues Carole Grandjean et Charlotte Parmentier-Lecocq.
Mme Marion Lenne (LAREM). L’accord national interprofessionnel du 10 décembre 2020 sur la santé au travail intervient donc dans un contexte où l’importance des actions de santé au travail est prégnante, pour garantir la protection de la santé et assurer la continuité de la vie économique du pays – je pense notamment à la prévention de la désinsertion professionnelle. Nous savons pouvoir compter sur les réseaux dans les territoires, notamment sur les associations de santé au travail. Madame la ministre du travail, alors que s’ouvre une nouvelle étape du déconfinement, quelles seront les prochains engagements du Gouvernement concernant le télétravail et la santé au travail ?
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion.
Mme Élisabeth Borne. Comme vous, madame Lenne, je salue l’accord trouvé entre les partenaires sociaux, jeudi dernier, au sujet de la santé au travail. (Mme Anne-Laure Cattelot et M. Cyrille Isaac-Sibille applaudissent.) Il intervient quinze jours après un autre accord sur le télétravail. Je tiens à saluer la vitalité du dialogue social, auquel le Premier ministre et moi-même sommes très attachés. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.) La situation sanitaire nous invite à faire preuve d’une grande prudence quant à l’évolution du télétravail et des règles applicables dans la période actuelle. Nous devons également prendre en considération les difficultés des salariés qui sont entièrement en télétravail depuis le début du deuxième confinement. C’est pourquoi, hier, j’ai proposé aux partenaires sociaux d’envisager deux jalons au cours du mois de janvier. Le premier est fixé au 7 janvier : à cette date, les salariés qui sont entièrement en télétravail depuis le début du confinement pourront revenir un jour par semaine dans leur entreprise. Le deuxième jalon interviendra le 20 janvier, sous réserve de l’évolution de la situation sanitaire : il s’agira alors de redonner pleinement la main au dialogue social pour définir les règles du télétravail dans les entreprises, en s’appuyant sur l’accord conclu entre les partenaires sociaux. En tout état de cause, le télétravail restera un levier important de notre stratégie de lutte contre l’épidémie, car il permet de réduire les interactions et, par conséquent, les contaminations. S’agissant de la santé au travail, je salue l’initiative parlementaire des députées Charlotte Parmentier-Lecocq et Carole Grandjean, qui nous permettra de transposer l’accord trouvé entre les partenaires sociaux. Avec Laurent Pietraszewski, nous sommes particulièrement attachés à la prévention dans le cadre de la santé au travail, à la qualité de vie au travail, à l’offre de services de santé et, bien sûr, à la gouvernance de l’ensemble du système de santé au travail. Soyez-en assurée : je suis convaincue que c’est par la concertation et la négociation que nous répondrons le mieux à la crise. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Déremboursement des médicaments homéopathiques
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Josiane Corneloup.
Mme Josiane Corneloup (LR). Il y a un an, le Président de la République reconnaissait que la crise des gilets jaunes l’avait obligé à changer d’attitude face aux Français ; il affirmait qu’il fonderait l’acte II de son quinquennat sur l’écoute et la proximité. Or, au vu du projet de déremboursement des médicaments homéopathiques, prévu dès le 1 er janvier 2021, nous ne pouvons que déplorer, une fois encore, que les actes de l’exécutif soient aux antipodes de ses bonnes paroles. (Murmures sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.) Cet oukase, qui obéit à des considérations plus dogmatiques que raisonnables, constitue une faute grave, car il remet en cause la liberté de se soigner des Françaises et des Français. Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, en suivant la Haute Autorité de santé, vous faites fi des 72 % de Français qui font confiance à l’homéopathie, ainsi que du tiers des médecins généralistes, de 78 % des sages-femmes et de 100 % des pharmaciens, qui l’ont intégrée à leur pratique. Une évaluation objective de l’homéopathie est difficile à réaliser, vous le savez, mais le poncif, valant argument scientifique, selon lequel les médicaments homéopathiques ne présenteraient qu’un effet placebo ne tient pas lorsqu’on sait qu’ils sont administrés avec succès aux bébés et aux animaux. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LR et LT.)
Mme Josiane Corneloup (LR). Cela fait deux siècles que la médecine homéopathique procure de nombreux bienfaits à ses utilisateurs. Nos voisins allemands l’ont d’ailleurs bien compris, puisque votre homologue a fort opportunément décidé que les médicaments homéopathiques continueraient à être remboursés. (M. Jean Lassalle applaudit.) Du fait du déremboursement, se soigner par homéopathie en France coûtera plus cher. C’est une bien mauvaise nouvelle pour les foyers les plus modestes, particulièrement en ces temps où la pauvreté explose.
Mme Josiane Corneloup (LR). Monsieur le Premier ministre, à l’heure où les médecines complémentaires, dont fait partie l’homéopathie, jouent un rôle significatif dans le dispositif de santé ; parce qu’il faut préserver une liberté de soins pour tous les patients, riches ou pauvres ; parce que l’homéopathie répond à un réel besoin médical et procure un bénéfice majeur pour la santé, je vous demande solennellement d’écouter enfin des millions de Françaises et de Français et de revenir sur cette décision infondée, inefficace et injuste, qui ne fera que des perdants. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe LT.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie.
Mme Brigitte Bourguignon. Je ne vous ferai pas l’injure, madame Corneloup, de vous rappeler comment est déterminé le remboursement des médicaments par l’assurance-maladie : la décision revient à la Haute Autorité de santé, dont les experts sont indépendants et n’obéissent à d’autres règles que les données scientifiques.
Mme Brigitte Bourguignon. À partir de l’ensemble des données médicales et scientifiques disponibles, la Haute Autorité de santé a mis en évidence que les produits homéopathiques n’avaient pas démontré leur efficacité dans la lutte contre les affections pour lesquelles des données étaient disponibles, ni dans la réduction de la consommation d’autres médicaments.
Mme Brigitte Bourguignon. Après avoir écouté les professionnels et les usagers, une procédure a été lancée par les autorités sanitaires, visant à retirer les produits homéopathiques de la liste des médicaments pris en charge à compter du 1 er janvier 2021. Cette décision nous oblige à revenir sur le statut dérogatoire dont l’homéopathie disposait depuis les années soixante ; elle ne remet bien sûr pas en cause son utilisation, mais uniquement son remboursement.
Mme Brigitte Bourguignon. Il nous semblait nécessaire de prévoir une étape intermédiaire et transitoire. Le déremboursement ne sera donc effectif qu’au terme d’une période de transition. Cela permettra d’informer et d’accompagner au mieux les patients, et même de laisser le temps aux prescripteurs et aux industriels de s’adapter progressivement au déremboursement total de ces produits.
Mme Brigitte Bourguignon. C’est d’ailleurs par une démarche progressive et accompagnée que le taux de remboursement était passé de 30 à 15 % le 1 er janvier dernier.
M. Pierre Cordier (LR). Vous mettez des moyens pour augmenter l’aide médicale d’État, mais pas pour continuer à rembourser l’homéopathie !
Mme Brigitte Bourguignon. J’insiste : cette décision ne remet pas en cause la commercialisation de l’homéopathie, que vous connaissez bien, ni la liberté pour les patients d’y recourir. (M. Philippe Berta applaudit.)
Fermeture des lieux culturels
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Laurence Dumont.
Mme Laurence Dumont (SOC). Chacun l’aura compris : pour le Gouvernement, la culture n’est malheureusement qu’une variable d’ajustement. (Murmures sur les bancs du groupe LaREM.) Pire, il y a, dans la manière de traiter le monde de la culture, un véritable mépris. (Exclamations sur les mêmes bancs.) Oui, du mépris : on ne dit pas à un secteur économique qu’il ne pourra pas relancer ses activités cinq jours seulement avant la reprise prévue. C’est un délai indécent, pour une décision prise sans concertation.
Mme Laurence Dumont (SOC). Le monde de la culture n’en peut plus du « stop and go » à répétition ! Mépris aussi pour les acteurs de la culture, qui travaillent depuis des semaines en vue d’accueillir le public dans des conditions sanitaires sécurisées : spectateurs assis, distanciation physique, port du masque, jauge réduite, gel hydroalcoolique… (Les exclamations se poursuivent.)
Mme Laurence Dumont (SOC). Le danger d’ouvrir des salles de cinéma et de théâtre, ou encore des musées, serait-il supérieur au danger, par exemple, d’accueillir chaque jour plus d’un million d’enseignants et de personnels administratifs dans les établissements scolaires ? Pour prouver l’inégalité de traitement et l’incohérence de la situation, un film sera projeté demain dans une église à Caen, en respectant le protocole. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC.) Cette seule projection démontrera l’absurdité et l’injustice de votre choix. Madame la ministre de la culture, une nouvelle date a été évoquée pour la reprise des activités culturelles, le 7 janvier ; mais déjà, on entend dire que ce n’est pas certain.
Mme Laurence Dumont (SOC). Le Gouvernement perd, chaque jour, un peu plus de sa crédibilité.
M. Thibault Bazin (LR). Ce n’est pas « en marche », c’est en panne !
Mme Laurence Dumont (SOC). Si vous voulez la restaurer, je vous demande une chose, une seule : fournissez à la représentation nationale les études scientifiques qui vous permettent d’affirmer, sans ambiguïté, que les lieux culturels sont des vecteurs de propagation du virus. Sinon, laissez-les vivre, laissez-les rouvrir et laissez-nous les fréquenter, en responsabilité ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Roselyne Bachelot. Madame la députée, la culture est au cœur du projet politique français, et nous l’avons préservée de toutes les façons pendant cette période. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Mme Roselyne Bachelot. Oui, je participe à votre idée que le monde de la culture souffre. Il nous demande d’être écouté, il nous demande d’être accompagné, il nous demande de la visibilité. Il nous demande d’être écouté, et c’est ce que je fais toute la journée au ministère de la culture avec les partenaires, les opérateurs de la culture, les artistes, afin de trouver les solutions pour les accompagner dans cette crise. Oui, les lieux de culture sont fermés partout en Europe.
Mme Laurence Dumont (SOC). Ce n’est pas vrai ! Regardez ce qui se passe au Portugal !
Mme Roselyne Bachelot. Ils sont fermés en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Italie…
Mme Roselyne Bachelot. …en Hongrie, en Tchéquie, au Royaume-Uni, et aujourd’hui nous avons appris qu’ils étaient fermés également aux Pays-Bas. Tous ces pays l’ont fait sur la base d’un certain nombre d’études scientifiques.
Mme Roselyne Bachelot. Un responsable culturel allemand et un responsable culturel anglais indiquent, dans les colonnes des journaux, qu’il n’y a pas un pays au monde qui accompagne autant ses artistes que la France ! Voilà la vérité ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
M. Damien Abad (LR). Et le spectacle vivant ? Vous l’avez oublié !
Mme Roselyne Bachelot. Il a besoin enfin de visibilité, et nous voulons bâtir avec eux un modèle résilient et durable pour fonctionner pendant l’année 2021. C’est à cela que je travaille avec les acteurs de la culture. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. Pascal Bois (LAREM). Ma question s’adresse aussi à Mme la ministre de la culture et concerne la situation tant évoquée du monde de la culture face aux incertitudes de la prolongation des contraintes sanitaires. La crise du covid que nous traversons depuis le début de l’année affecte considérablement la culture. Elle fut la première à faire face aux mesures de restriction du public et sera sans doute la dernière à les lever. Elle fait partie de l’art de vivre à la française : nous savons combien elle est essentielle dans le quotidien – le patrimoine, la presse, les livres, les jeux vidéo, l’audiovisuel, la création artistique, le cinéma, le théâtre, les concerts en live, les spectacles et l’ensemble de nos musées. Or, avec la prolongation des contraintes sanitaires, les lieux qui devaient redémarrer ce jour sont de nouveau plongés dans l’incertitude quant à la reprise de leurs activités, sauf partiellement les conservatoires et écoles de musique. Cependant, à défaut de pouvoir retirer notre masque, j’invite certains d’entre nos collègues à retirer leurs œillères et à sortir de l’outrance. (« Oh ! » sur les bancs du groupe LR.) En effet, face à cette situation, le Gouvernement a su apporter des solutions saluées par les professionnels. Il faut les rappeler : prolongation des droits des intermittents, accès au fonds de solidarité, création de fonds structurels, ajustement des crédits d’impôt…
M. Pierre Cordier (LR). C’est pour cela qu’ils sont si contents et qu’ils ont manifesté hier !
M. Pascal Bois (LAREM). …soutien au livre et au cinéma, grand plan de commandes publiques pour la création artistique, ou encore majoration inédite de la subvention du Centre national de la musique, ce qui lui a donné un rôle majeur. Madame la ministre, je sais votre attachement chevillé au corps à défendre les artistes et les acteurs du monde culturel et de l’événementiel qui participent à notre enchantement.
M. Pascal Bois (LAREM). Pouvez-vous revenir sur les raisons justifiant la poursuite des contraintes sanitaires et sur les premiers échos des concertations que je sais que vous menez en ce moment même ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Roselyne Bachelot. Merci d’avoir rappelé l’ensemble des mesures budgétaires qui ont été décidées, tant les mesures d’urgence prises en 2020 que celles que nous préparons pour le budget 2021. Il s’agit aussi bien d’argent frais, bien entendu, que d’un certain nombre de mesures de crédit d’impôt qui touchent tout le spectacle vivant, les représentations théâtrales et de variétés, les achats d’œuvres phonographiques, et bien entendu le crédit d’impôt audiovisuel pour les captations de spectacles vivants. Nous allons, bien sûr, continuer. Nous allons également préparer, avec les professionnels, des mesures qui donneront de la visibilité. Dans le cadre d’une pandémie extrêmement grave, ces choses ne se préparent pas sur le coin d’une table. Nous avons besoin de savoir quels sont les modèles économiques qui leur permettront de subsister, quels sont les modèles économiques viables. Les mesures de couvre-feu sont indispensables. Sont-elles compatibles avec un fonctionnement normal des institutions du spectacle vivant ? Si elles ne le sont pas, comment allons-nous les accompagner ? De quel argent ont-ils besoin ?
Mme Roselyne Bachelot. C’est tout ce travail de concertation que je mène au ministère de la culture. À ce point de mon propos, je voudrais saluer l’esprit de responsabilité des acteurs du secteur culturel. Ils ne sont absolument pas mis en accusation dans les mesures que nous prenons. Les acteurs du spectacle culturel et du spectacle vivant ont observé les protocoles avec un grand soin. Ce n’est pas eux qui sont en cause, mais l’impact de la situation sanitaire sur l’ensemble du pays. Je veux rendre hommage aux acteurs de la culture pour leur sens de la responsabilité. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Prescriptions médicamenteuses pour des enfants autistes
M. Pierre Vatin (LR). Monsieur le ministre des solidarités et de la santé, les inquiétudes des parents et familles de personnes victimes de troubles autistiques restent très vives, et si je pose ma question aujourd’hui, c’est parce que vos réponses de septembre demeurent vagues et qu’elles ne les ont pas rassurés.
M. Pierre Vatin (LR). Les associations qui les aident, notamment SOS Autisme, ne le sont pas non plus, votre propos se contentant de rappeler votre attachement au strict respect des procédures sanitaires. Depuis 2012, une prescription de médicaments antibiotiques a été faite à 5 000 enfants autistes sans autorisation de mise sur le marché d’un traitement, dans une étude menée sans encadrement, sans période de tests. Les effets de ces prescriptions médicamenteuses non autorisées ont été dramatiques pour un grand nombre de ces 5 000 enfants, passés de personne souffrant d’un handicap à patient, et de patient à cobaye. Leur santé a été gravement affectée, leur confiance médicale a été trahie. J’ai une pensée toute particulière pour eux et pour leurs familles. Malheureusement, le flou demeure, et vous savez que le flou est la pire des postures.
M. Pierre Vatin (LR). Que la justice soit saisie ou non, vous devez, par une position publique, rassurer aujourd’hui ces familles, non par la parole laconique que vous avez eue en septembre mais par un exposé détaillé. Deux minutes ne sont peut-être pas suffisantes, mais ces deux minutes sont indispensables pour rassurer les personnes autistes, leurs familles et les associations, car jusqu’à aujourd’hui, votre parole n’a pas rassuré mais inquiété. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe LR.)
M. Pierre Vatin (LR). Dès lors, quelle protection et quelles garanties pouvez-vous apporter aux autistes et à leurs proches, ainsi qu’aux associations qui les accompagnent au quotidien, afin que le statut bien involontaire et absolument insupportable de cobaye qui leur a été attribué ne puisse se renouveler ; afin de leur expliquer comment un tel protocole de soins non autorisé a pu voir le jour dans notre pays ; afin que chacun, ici et partout en France, soit assuré de sa confiance en tout temps dans notre système de santé français ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – M. Jean Lassalle et M. Yannick Favennec-Bécot applaudissent également.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées.
Mme Sophie Cluzel. Monsieur le député, vous m’interrogez sur le traitement de l’autisme. Le trouble du spectre de l’autisme est un trouble du neuro-développement qui ne se guérit pas mais nécessite des interventions comportementales adaptées, recommandées par la Haute Autorité de santé. Ces interventions, et vous le savez, doivent intervenir le plus précocement possible…
M. Damien Abad (LR). On est d’accord, mais ce n’est pas la question !
Mme Sophie Cluzel. …pour influer positivement sur la trajectoire de développement de l’enfant, limiter le sur-handicap et permettre autant que possible à chaque enfant de fréquenter l’école du quartier puis de trouver un emploi, d’avoir un logement, de vivre avec nous.
Mme Sophie Cluzel. Le Gouvernement mobilise aujourd’hui des moyens sans précédent dans le sens du repérage précoce, de la scolarisation, de la vie adulte, de l’accompagnement des familles, mais aussi dans le domaine de la recherche. Au total, près de 400 millions sont mobilisés.
Mme Sophie Cluzel. S’agissant des antibiothérapies dénoncées par plusieurs lanceurs d’alerte depuis plus d’un an, je suis déterminée, avec le ministre des solidarités et de la santé, à faire toute la lumière sur ces pratiques qui mettent notamment en cause des professionnels de santé agissant hors protocole, et hors protocole de recherche. La délégation interministérielle à l’autisme et aux troubles du neuro-développement et le ministère des solidarités et de la santé se sont mobilisés suite à ces alertes et la justice est saisie.
M. Damien Abad (LR). Il faut agir ! Cela fait deux mois !
Mme Sophie Cluzel. Les pratiques de prescription d’antibiotiques dénoncées ne sont pas validées scientifiquement dans le champ de l’autisme. Je serai particulièrement attentive aux conclusions de l’enquête en cours et aux conséquences engendrés par ces pratiques sur les enfants concernés. Il faut accompagner leurs familles. Nous leur devons la juste information, toutes les informations, et nous les accompagnerons comme il le faut. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Indemnisations des sinistrés à la Martinique
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Manuéla Kéclard-Mondésir.
Mme Manuéla Kéclard-Mondésir (GDR). Ma question s’adresse à M. le ministre des outremer et j’y associe mes trois collègues députés de la Martinique. Du 6 au 15 novembre 2020, des pluies diluviennes se sont abattues sur les Antilles, en particulier sur le Nord Atlantique de la Martinique, causant de graves dégâts, notamment des coulées de boue, des mouvements de terrain entraînant des glissements de routes, des destructions de canalisations d’eau et des destructions d’habitations. Plus d’un millier de personnes sont concernées. Un arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour les communes du Nord Atlantique a été publié rapidement le 3 décembre, et je vous en remercie. Mais les sinistrés viennent pour beaucoup de se voir refuser toute indemnisation par les assurances, au motif que l’arrêté ne prévoit que deux conditions d’indemnisation, les inondations et les coulées de boue. Or la grande majorité des sinistres sont dus, comme en 2009, à des mouvements et des glissements de terrain. Vous venez de nous indiquer qu’un nouvel arrêté était à l’étude ; c’est une bonne nouvelle. Pouvez-vous nous confirmer que les mouvements et glissements de terrain y sont bien inscrits ? Dans quel délai cet arrêté sera-t-il publié ? Enfin, concernera-t-il bien toutes les communes touchées ? Au-delà de l’indemnisation du phénomène, devant son caractère récurrent lié au dérèglement climatique, il faut définir une politique de prévention systémique, à l’instar de ce qui existe déjà pour les chutes de pierres et éboulements. Monsieur le ministre, que répondez-vous aux Martiniquais, aujourd’hui sinistrés, démunis et désormais sous la menace ? (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe SOC.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre des outre-mer.
M. Sébastien Lecornu. Permettez-moi de vous redire toute notre solidarité avec les habitants de la Martinique qui ont connu ces intempéries terribles et d’exprimer, au nom du Gouvernement et, j’en suis certain, au nom de la représentation nationale, notre reconnaissance pour les élus locaux, les agents des collectivités territoriales, les agents de l’État, les pompiers et les gendarmes qui se sont largement mobilisés pour venir au secours de nos concitoyens, sans oublier les salariés des entreprises de réseaux, puisqu’il a fallu rétablir également l’électricité, le téléphone et l’eau courante dans la plupart des collectivités et des communes de Martinique. Votre question est précise ; ma réponse le sera tout autant. Effectivement, il fallait englober la question des glissements de terrain dans les conditions de catastrophe naturelle. La commission du 8 décembre dernier a instruit les différents dossiers, l’arrêté a été signé par mon ministère ce matin, et il est en cours de cosignature par les autres ministres. Il sera donc publié dans les prochains jours, ce qui permettra d’englober l’ensemble des cas d’indemnisation que vos concitoyens ont porté à votre connaissance. J’en profite pour vous dire que soixante-trois dossiers au titre du fonds de solidarité pour l’outre-mer ont été déposés – je me tourne vers le député Letchimy, qui m’avait interrogé dans cet hémicycle à ce sujet. La commission rendra son avis sous le délai désormais d’un mois. La réponse de solidarité nationale est donc véritablement la plus rapide possible. Elle permet aux différents assureurs de venir faire droit aux demandes d’indemnisation de nos concitoyens. Il m’est difficile de vous répondre sur la résilience climatique en 36 secondes, mais nous aurons l’occasion d’y retravailler avec l’ensemble des parlementaires d’outre-mer, députés et sénateurs, ainsi que des élus locaux. Cela soulève la question du plan séisme Antilles, des différents documents stratégiques qu’il nous faut remettre à jour. Mais nous aurons l’occasion de le faire dans des séances de travail à venir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Remplacements dans l’éducation nationale en Seine-Saint-Denis
M. Alain Ramadier (LR). Monsieur le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, chaque semaine et depuis trop longtemps, de nombreuses personnes m’interpellent sur un sujet majeur et inquiétant : l’absence de remplacement de professeurs dans le département de la Seine-Saint-Denis. (M. Stéphane Peu applaudit.) Les représentants de parents d’élèves ne cessent de faire état de situations aussi impensables qu’inacceptables. Il y a un mois, je vous interpellais par courrier au sujet du lycée Voillaume, il y a quelques jours j’interpellais le directeur académique sur le collège Pablo Neruda, la semaine dernière je vous interpellais encore sur les absences non remplacées depuis la rentrée scolaire au collège Le Parc d’Aulnay-sous-Bois. Cette liste demeure malheureusement non exhaustive. Je ne nie absolument pas votre attachement à ce département, et je n’ignore pas non plus que vous êtes conscient de ces situations catastrophiques qui sacrifient en partie l’éducation que nous devons à tous les enfants de la République, à tous les élèves de France. Mais accordez que déplorer et regretter une situation n’a jamais permis et ne permettra jamais d’y répondre. Nous attendons des solutions, des mesures pour mettre fin à cette forme d’injustice sociale qu’est celle de ne pas former, instruire, éduquer tous nos enfants de la même manière. Car qu’importe l’endroit du territoire dans lequel ils naissent et grandissent ! Monsieur le ministre de l’éducation nationale, nous n’acceptons plus les discours, les objectifs affichés, les promesses, aussi nobles soient-ils : il est urgent et impératif que les élèves aient tous l’instruction à laquelle ils ont droit. Que comptez-vous donc faire pour remédier à l’absence de dizaines de professeurs dans mon département de Seine-Saint-Denis, et pour en attirer de nouveaux ? Quelles mesures envisagez-vous pour que les professeurs s’installent et restent en Seine-Saint-Denis ? Monsieur le ministre, chaque enfant de France mérite une instruction de qualité ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LR et GDR. – M. Jérôme Lambert applaudit également.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports.
M. Jean-Michel Blanquer. Je partage en grande partie les termes de votre question qui soulève un sujet important, et qui l’est depuis très longtemps, en réalité depuis des décennies : la difficulté à assurer pleinement le remplacement des enseignants, en France en général et en Seine-Saint-Denis en particulier. La question n’est pas tant celle des moyens en la matière – même s’il faut toujours chercher à les développer, ce que le ministère a fait encore en cette rentrée en prévoyant plus de postes pour le remplacement alors qu’il y a moins d’élèves dans le premier degré – que celle du taux d’efficacité. Le taux de remplacement en Seine-Saint-Denis est actuellement de 72 %. Ce n’est pas un bon chiffre, je vous l’accorde volontiers. Ce n’est pas non plus nouveau. Il faut donc adopter une véritable stratégie,…
M. Jean-Michel Blanquer. …ce que sous-entend d’ailleurs votre question, une stratégie qui soit à la fois directe et plus complète. La stratégie directe consiste à continuer à développer les moyens de remplacement. Mais je connais des cas où il y a eu dix-sept remplacements dans l’année ! Le sujet est donc beaucoup plus celui de l’absentéisme et de ses causes que celui du remplacement. Nous connaissons ces causes : je pense en particulier au fait que ce sont parfois des professeurs jeunes, sans expérience, qui viennent en Seine-Saint-Denis, et qu’ils ne sont pas incités à y rester, ou qu’ils n’en ont pas envie. Ce n’est pas le cas de tous les jeunes professeurs, mais ce constat doit nous conduire à beaucoup plus personnaliser l’affectation.
M. Pierre Cordier (LR). Cela fait trois ans que vous êtes aux affaires !
M. Jean-Michel Blanquer. Les inciter à rester est l’objectif de la prime sur laquelle le Premier ministre s’est engagé : 10 000 euros au bout de cinq ans de présence pour les fonctionnaires, y compris bien évidemment les professeurs. De même, les mécanismes prévus par Amélie de Montchalin en matière de fidélisation sur un territoire s’appliqueront. Et puis, dans le cadre du Grenelle de l’éducation, nous étudions tous les enjeux relevant du bien-être au travail, y compris la question du logement et de l’appui social apporté aux professeurs et celle du travail en équipe – avec parfois la possibilité de muter en équipe. Toutes ces améliorations doivent nous permettre, en plus des moyens supplémentaires importants dégagés depuis trois ans – je rappelle que le taux d’encadrement a été amélioré significativement – d’apporter des solutions à une situation qui, en effet, ne peut pas durer. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). Nous avons terminé les questions au Gouvernement. Au terme de cette dernière séance de questions au Gouvernement de l’année 2020, et même si nos débats vont se prolonger jusqu’à la fin de la semaine, je vous souhaite déjà, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les membres du Gouvernement, mes chers collègues, des fêtes de fin d’année prudentes, sobres, saines, joyeuses, fraternelles et amicales. (Applaudissements.)
M. le président (SOC). L’ordre du jour appelle la discussion en lecture définitive du projet de loi organique relatif au Conseil économique, social et environnemental (n o 3692). Mes chers collègues, je vous rappelle que les interventions dans la discussion générale valent explications de vote. Le vote aura lieu dans les salles voisines de l’hémicycle. Le scrutin sera ouvert pour trente minutes durant lesquelles la séance sera suspendue.
Présentation
M. le président (SOC). La parole est à M. le garde des sceaux, ministre de la justice.
M. Éric Dupond-Moretti. Nous voici réunis une dernière fois pour examiner le projet de loi organique relatif au Conseil économique, social et environnemental – CESE. Je veux avant toute chose rendre hommage au travail de grande qualité qui a été mené par votre commission, qui a permis d’enrichir considérablement le texte tout au long des débats. Je tiens à remercier chaleureusement votre rapporteur, Erwan Balanant, et la députée Nicole Dubré-Chirat. Je tiens également à remercier le CESE, avec lequel le Gouvernement a pu nouer des échanges constructifs. Je salue en particulier l’engagement de son président Patrick Bernasconi dans cette réforme, qui nous fait aujourd’hui l’honneur de sa présence dans l’hémicycle. Nous examinons aujourd’hui le texte tel qu’issu de la nouvelle lecture à l’Assemblée nationale. Cette version rend au CESE la place qu’il mérite au sein de nos institutions constitutionnelles. À l’issue de la navette parlementaire, il ne me semble plus nécessaire d’exposer le détail du texte. Je veux en revanche revenir une dernière fois sur les grands apports de cette réforme défendue par votre assemblée. En premier lieu, ce projet de loi organique renforce la démocratie participative, en particulier en développant le droit de pétition, qu’il ouvre aux jeunes de 16 ans. J’ai déjà eu l’occasion de dire à quel point j’étais attaché à cette mesure issue de nos débats, qui offre à de jeunes citoyens en devenir la possibilité de prendre part à la réflexion et au débat public. Le texte consacre aussi la possibilité pour le CESE de recourir au tirage au sort, ce qui ne menace en rien la démocratie représentative. Je l’ai déjà dit : il n’y a pas de confusion et encore moins de concurrence entre, d’une part, l’intérêt de recueillir l’avis de citoyens tirés au sort et, d’autre part, l’exercice de la souveraineté nationale par les représentants de la nation élus au suffrage universel, qui, seuls, ont la légitimité démocratique. Renforcer la démocratie participative, ce n’est pas affaiblir la démocratie. Je crois au contraire que plus nos concitoyens seront associés au débat public, plus la légitimité de ceux qu’ils éliront sera forte. C’est le vœu des Français exprimé à maintes reprises ces dernières années ; nous devons les entendre. En deuxième lieu, le texte fait du CESE un carrefour des consultations publiques. Il renforce tout d’abord les liens entre les CESE et les conseils consultatifs locaux. Il affirme ensuite la primauté de la consultation du CESE sur les autres consultations. Nos discussions ont permis d’affiner le périmètre de l’effet substitutif de la consultation du CESE tout en préservant la consultation d’instances éminentes, comme le Comité des finances locales. En nouvelle lecture, l’Assemblée nationale a en outre apporté une nouvelle garantie qui me paraît essentielle : le CESE pourra toujours consulter dans le cadre de l’élaboration de ses avis les instances consultatives compétentes. L’expertise de divers organismes pourra donc nourrir les avis du CESE et enrichir nos réflexions sur les projets de loi concernés. En troisième lieu, le texte permet une refonte de la composition du CESE. Le nombre de ses membres est réduit de 25 %. Ils seront répartis en quatre grandes catégories dont le détail sera fixé par la voie réglementaire après avis d’un comité consultatif. Ces modifications permettent d’atteindre un équilibre entre tous les intérêts représentés, tout en offrant une certaine souplesse pour suivre les évolutions de notre société. La représentation des outre-mer au sein du CESE a suscité une attention toute particulière et bien légitime de la part de votre assemblée. Si le CESE ne représente pas les outre-mer, en revanche, la représentativité équilibrée de l’ensemble des composantes économiques et sociales de notre pays implique bien sûr qu’ils y soient suffisamment représentés.
M. Éric Dupond-Moretti. C’est dans cet esprit qu’une place particulière leur a été donnée grâce à nos débats et que huit représentants des outre-mer seront nommés dans la troisième catégorie des membres du CESE au titre de la cohésion sociale et territoriale et de la vie associative. Si je regrette qu’un accord n’ait pu être trouvé en commission mixte paritaire, je suis rassuré par le texte qui fait l’objet de nos débats aujourd’hui : je crois qu’il nous permettra d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés et de répondre aux attentes de nos concitoyens. C’est pourquoi, mesdames et messieurs les députés, je vous propose de l’adopter. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. le président (SOC). La parole est à M. Erwan Balanant, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.
M. Erwan Balanant (DEM). Le projet de loi organique relatif au Conseil économique, social et environnemental a été examiné successivement par l’Assemblée nationale et le Sénat en première lecture sur la base d’un constat que nous partagions tous. Il était nécessaire de réformer cette institution mal connue, et parfois mal aimée, qui peinait à endosser le rôle que lui donne la Constitution : être le trait d’union entre la société civile organisée et les pouvoirs publics. Les sénateurs ayant adopté, en nouvelle lecture, une motion opposant la question préalable à la délibération du projet de loi organique, nous sommes saisis en lecture définitive du texte voté par l’Assemblée en nouvelle lecture. Quels sont les principaux points de la réforme ? J’en retiendrai trois. Première avancée : nous actons la suppression des personnalités qualifiées. Avec cette mesure et la réforme de la composition du CESE, nous redonnons toute leur place aux représentants des différentes activités de notre pays. Ces derniers fondent la légitimité du Conseil économique, social et environnemental : nous leur redonnons ainsi la main pour formuler des préconisations qui pourront être utiles au débat public. Deuxième avancée : Sénat et Assemblée nationale s’accordent sur la nécessité de redonner du sens à la saisine par voie de pétition du CESE, introduite dans la Constitution lors de la révision de 2008. En l’état, nous savons tous que cette saisine ne fonctionne pas. Le seuil de 500 000 signatures est beaucoup trop élevé, et les conditions de dépôt des pétitions sont dépassées. En conséquence, au-delà de la dématérialisation des pétitions, nous avons abaissé le seuil à 150 000 signataires lors de la première lecture. Par ailleurs, le droit de pétition pourra s’exercer dès l’âge de 16 ans. Plus qu’un signal, cette disposition très importante et innovante est une ambition de notre part afin de mieux associer les jeunes à notre démocratie. J’espère qu’ils seront nombreux à s’en saisir. Pour que le CESE se réforme et qu’il trouve sa place au sein de nos institutions, pour qu’il soit mieux connu et plus utile, il nous faut faire bouger certaines lignes. Sans cela, cette réforme n’aura pas de portée. J’en viens donc au troisième point, qui doit donner une nouvelle dimension au CESE. L’article 4 du projet de loi organique pose les conditions de la participation du public aux travaux du CESE, en prévoyant des garanties importantes : les principes de sincérité, d’égalité, de transparence et d’impartialité seront ainsi inscrits dans le texte, ainsi que les garanties de bonne information des participants, de représentativité des panels sélectionnés et de reddition des comptes. Je rappelle que le CESE recourt déjà à la participation citoyenne ainsi qu’au tirage au sort. Les inscrire ou non dans la loi n’y changera donc rien. En revanche, ce que nous faisons est très important : nous fixons des règles et nous sécurisons les conditions d’organisation. Nous avons ainsi prévu qu’en cas de recours au tirage au sort, le CESE nomme des garants pour s’assurer du respect des garanties introduites à l’article 4. Ces derniers seront tenus à une obligation de neutralité et d’impartialité. Avec cet article, je pense que nous avons fait un travail de fond attendu par de nombreux acteurs, et que nous proposons les moyens de réellement garantir le bon déroulement des consultations à venir. Avec cette réforme, une nouvelle ère s’ouvre pour le CESE. Nous avons travaillé dans le cadre de la Constitution – en allant au plus près du bord. J’ai la conviction, comme certaines personnes parfois un peu frustrées par cette réforme, qu’il faudra aller plus loin. Nous devrons sûrement réviser notre Constitution pour permettre une meilleure articulation entre la société civile, la démocratie participative et la démocratie représentative. En attendant, le CESE dispose des outils pour continuer des expérimentations démocratiques vitales à l’amélioration de nos institutions. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Discussion générale
M. le président (SOC). Dans la discussion générale, la parole est à Mme Isabelle Florennes.
Mme Isabelle Florennes (DEM). Le Conseil économique, social et environnemental, auquel la Constitution consacre son titre XI, est considéré classiquement comme la troisième assemblée constitutionnelle, aux côtés de l’Assemblée nationale et du Sénat. Son rôle consultatif présente la spécificité, à la différence de celui du Conseil d’État et d’autres organismes administratifs, de fournir une consultation à la fois technique et d’opinion. Cependant, l’activité du CESE est fluctuante, et 80 % de ses avis relèvent de l’autosaisine. Cela pousse à s’interroger sur son rôle, censé éclairer par des avis, des rapports et des études les choix économiques, sociaux et environnementaux du Gouvernement et du Parlement. La loi organique du 28 juin 2010 relative au CESE, qui l’a modifié de façon substantielle, n’a malheureusement pas permis de conforter sa place au sein de nos institutions. C’est pourquoi le projet de loi organique que nous examinons est absolument nécessaire, non seulement pour lui permettre de surmonter les difficultés qui sont des freins à son utilité et à sa légitimité, mais aussi pour en faire un carrefour de la consultation citoyenne. Cette assemblée consultative doit en effet pleinement contribuer au juste équilibre entre démocratie participative et démocratie représentative. Cette évolution, attendue par nos concitoyens, est essentielle au bon fonctionnement du dialogue avec les Français et à l’exercice de la proximité qui nourrit les politiques publiques. Notre groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés a d’ailleurs eu l’occasion de le rappeler à plusieurs reprises. Dans le cadre de la navette parlementaire, nous avons pu constater que nos collègues sénateurs partageaient ce jugement. Cependant, ils ont fait preuve d’une certaine ambivalence, affirmant d’un côté que le projet de loi organique allait trop loin, et d’un autre qu’il n’était pas majeur sur un certain nombre de points. Cet entre-deux est regrettable, d’autant que nous avons travaillé avec eux – et je veux saluer en cela le rapporteur Erwan Balanant – pour aboutir à un texte commun. Nous avions repris certaines de leurs modifications et avions proposé des amendements de compromis : cela n’aura malheureusement pas suffi. Pourtant, nos visions de la place à accorder au CESE ne sont pas si éloignées. Il ne s’agit pas de conférer au Conseil un rôle qui ne lui revient pas mais de donner un sens à son action, de lui rendre sa légitimité et de lui permettre d’être réinvesti par nos concitoyens. C’est tout le sens de l’abaissement à 16 ans de l’âge requis pour être pétitionnaire, proposé par notre rapporteur, ainsi que de l’abaissement à 150 000 du seuil de pétitionnaires requis pour sa saisine. C’est également le sens de la dématérialisation des procédures. Dans le même esprit, nous avions bien avancé s’agissant de la composition du CESE : avec nos collègues sénateurs, nous nous étions mis d’accord sur la suppression de la présence de personnalités qualifiées, dont le mode de désignation faisait, à juste titre, débat. Nous soutenions les apports du Sénat, notamment sur le volet déontologique. Ainsi, nous avancions vers un CESE nouveau, plus accessible, plus légitime, plus transparent, plus pertinent et plus utile. Ce projet de loi organique a pour unique ambition de rendre au CESE la place qu’il mérite, et de renforcer notre démocratie participative. Nous pourrons redonner du sens au pacte citoyen en permettant aux Français de se réapproprier les outils qui leur appartiennent, en associant pleinement la société civile organisée à l’élaboration des politiques publiques et en donnant un vrai cadre à la consultation citoyenne. Pour toutes ces raisons, et parce que les députés du groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés mesurent tout l’atout de ce texte pour notre démocratie, nous voterons en sa faveur. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et quelques bancs du groupe LaREM.)