Déclaration du Gouvernement relative à l’évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre, suivie d’un débat et d’un vote
M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle la déclaration du Gouvernement relative à l’évolution de la situation sanitaire et aux mesures nécessaires pour y répondre, suivie d’un débat et d’un vote, en application de l’article 50-1 de la Constitution.La parole est à M. le Premier ministre. (Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Jean Castex. Jamais depuis un siècle et les vagues épidémiques de la grippe espagnole,…
M. Jean Castex. …la France, l’Europe et le monde n’avaient été confrontés à une crise sanitaire aussi grave et aussi dévastatrice que celle que nous traversons depuis près de dix mois désormais.Hier soir, le Président de la République s’est exprimé devant la nation pour annoncer aux Français les mesures rendues nécessaires par les circonstances présentes. Aujourd’hui, il m’appartient, dans le cadre fixé par l’article 50-1 de la Constitution, de préciser devant vous tout à la fois les raisons et les modalités de ces nouvelles mesures de lutte contre la pandémie, d’en débattre et de vous demander de vous prononcer.Je veux d’abord dire à la représentation nationale que j’ai parfaitement conscience que les efforts et les sacrifices à nouveau demandés au pays tout entier vont peser sur la vie de chacune et de chacun d’entre nous.Depuis six mois, le gouvernement qui m’a précédé comme le mien ont tout fait pour ralentir la circulation du virus…
M. Jean Castex. …et protéger la santé des Françaises et des Français. Mais ce virus, convenons-en tous ensemble, doit appeler chacune et chacun à la plus grande humilité. Le caractère totalement inédit de cette crise et les difficultés à y faire face tiennent d’abord à ce que ce virus n’existait pas il y a encore un an et, surtout, à ce qu’il reste très imprévisible.Certes, nous savions, ici comme ailleurs, qu’une deuxième vague était possible voire probable,…
M. Jean Castex. Dès que les signes de reprise épidémique se sont manifestés cet été, elle a adopté, également à l’instar de ses voisins, une réponse progressive et territorialisée.Dès ma prise de fonction, j’ai édicté trois décrets rendant le port du masque obligatoire dans l’espace public, les commerces et les entreprises.
M. Jean Castex. …déclarant à plusieurs reprises que le virus n’avait pas pris de vacances. Début août, j’ai invité tous les présidents de grande métropole à adopter des plans d’information et de prévention, notamment en direction des publics les plus vulnérables. Dès juillet, nous avons préparé différents scénarios sanitaires pour une rentrée scolaire réussie, et elle l’a globalement été. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)Nous avons couvert l’ensemble des activités professionnelles, sociales, culturelles et sportives de protocoles sanitaires stricts. Nous avons déployé, avec des difficultés logistiques réelles mais que nous avons surmontées, une politique de dépistage parmi les plus massives d’Europe. Cette semaine, 1,8 million de tests seront effectués, dont les résultats seront transmis en moins de quarante-huit heures dans 92 % des cas.
M. Pierre Cordier (LR). Vous avez été tellement bons qu’il faut reconfiner.
M. Jean Castex. Lorsque la montée des taux d’incidence a commencé à se traduire par des hospitalisations, nous avons pris, chacun s’en souvient, dans les agglomérations concernées, des dispositions plus contraignantes, notamment la fermeture des bars et des restaurants, puis, plus récemment, le couvre-feu.
M. Jean Castex. Ces mesures doivent respecter les exigences de l’État de droit, suivant lesquelles des dispositions privatives de liberté doivent être fondées sur des motifs sanitaires suffisamment avérés. Elles doivent également, pour être pleinement efficaces, recueillir l’acceptation des élus et de la population. Vous savez que cela n’a pas toujours été simple.Certains, qui nous disent aujourd’hui que nous aurions dû agir plus fort ou que nous n’en faisons pas assez, prétendaient à l’époque que nous en faisions trop. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur plusieurs bancs du groupe Dem.)
M. Jean Castex. À ce stade de mon propos, je veux saluer les élus locaux, avec lesquels je suis en relation permanente, pour leur grand sens des responsabilités. Dans la gestion de cette crise, le couple formé du maire et du préfet, dont je me suis toujours fait l’ardent promoteur,…
M. Jean Castex. …fonctionne bien. Je remercie également les régions et les départements pour leur mobilisation constante. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. Jean Castex. Cette stratégie se heurte aujourd’hui à l’emballement de l’épidémie, qui frappe le continent européen et notre pays. Aucun pays d’Europe n’est épargné : le nombre de nouveaux cas a été multiplié par dix en dix-huit jours en Italie, il a triplé en Allemagne en une semaine,…
M. Pierre Cordier (LR). Ce ne sont pas les cas qu’il faut regarder, mais les hospitalisations et les admissions en réanimation.
M. Jean Castex. …la situation est critique en Suisse, pourtant relativement épargnée lors de la première vague, où les capacités hospitalières sont proches de la saturation, et vous connaissez la situation très préoccupante de l’Espagne et de la Belgique. En France, chaque semaine, ce sont plus de 700 000 nouvelles personnes qui sont atteintes de la covid-19, porteuses du virus et susceptibles de le transmettre.Si la mortalité affecte principalement des personnes très âgées, la maladie touche toutes les générations, avec des formes graves et des séquelles parfois lourdes et durables.
M. Jean Castex. Aujourd’hui, 60 % des lits de réanimation sont occupés par des patients souffrant de la covid-19, soit deux fois plus qu’il y a quinze jours. Nous allons devoir gérer, au mois de novembre, un pic d’hospitalisations plus élevé qu’au mois d’avril dernier. Parce que le virus accélère, nous devons accélérer aussi.La situation évolue et nous nous adaptons aux circonstances nouvelles créées par cette accélération brutale. Le but, lui, ne change pas : sauver les vies de nos concitoyens. Il nous faut pour cela casser par tous les moyens la spirale épidémique. C’est la raison pour laquelle le Président de la République a décidé d’instaurer un nouveau confinement à l’échelle du pays tout entier jusqu’au 1er décembre, avec des adaptations pour les seuls départements et territoires d’outre-mer.
M. Jean Castex. Cette perspective est la même pour la plupart de nos voisins européens où la situation s’aggrave hélas.Je le dis clairement : il n’y a pas d’autre solution. J’entends dire que, pour répondre à l’épidémie, il suffirait d’ouvrir davantage de lits de réanimation. (Protestations sur les bancs du groupe LR.)
M. Jean Castex. C’est refuser de comprendre que les murs et les lits ne suffisent pas, car on ne forme pas un médecin réanimateur ou une infirmière spécialisée en six mois.
M. Jean Castex. Plus grave encore, à supposer que nous puissions augmenter nos capacités sans limite, ce qui n’est pas le cas, ce raisonnement supposerait que nous puissions accepter de voir le nombre de morts et de personnes intubées s’envoler. Nous devons faire exactement le contraire. La seule, la vraie solution est de couper les chaînes de contamination pour éviter les hospitalisations et l’engorgement des réanimations : prévenir plutôt que guérir. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM – Protestations sur quelques bancs du groupe LR.)
M. Jean Castex. …en six mois, nous nous sommes mis en position d’armer plus de 10 000 lits de réanimation, alors que notre capacité initiale était de 5 000 lits. Nous avons formé, autant que possible durant cette courte période.
M. Christian Jacob (LR). Il n’y avait pas de masques ! (Protestations sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Jean Castex. En six mois, nous avons reconstitué et entièrement sécurisé les stocks nationaux de respirateurs, médicaments anesthésiques et masques pour pouvoir prendre en charge plus de 30 000 malades en réanimation, quand nous en avions traité 17 000 lors de la première vague. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM et sur quelques bancs du groupe Dem.)
M. Jean Castex. Deuxième idée fausse : j’entends dire ici ou là que nous ne devrions confiner que nos concitoyens les plus vulnérables, à commencer par les personnes âgées. Il n’est pas possible de dresser un mur étanche entre nos aînés et le reste de la population.
M. Jean Castex. Il est illusoire de penser que l’on pourrait laisser galoper impunément l’épidémie dans toute la population sans qu’elle ne finisse par atteindre ceux que nous cherchons à protéger.Nous assumons le choix, qui n’a cessé d’être le nôtre depuis le début, d’accorder la priorité à la protection sanitaire de tous nos concitoyens. Ce choix, là encore, mesdames et messieurs les députés, j’observe que tous les autres pays européens le font. Mais nous savons d’expérience que cette priorité, lorsqu’elle se traduit par un confinement, n’est pas exempte de conséquences économiques, psychologiques et sociales qui peuvent être graves.C’est pourquoi les modalités et les contours de ce nouveau confinement ne seront pas les mêmes qu’au mois de mars, car nous avons appris et tiré les conséquences de la première vague. (Protestations sur plusieurs bancs du groupe LR.)
M. Jean Castex. D’abord, et c’est une différence majeure, les établissements scolaires resteront ouverts. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Le confinement du printemps dernier a fortement accru le risque de décrochage scolaire pour les enfants, en particulier les plus défavorisés.Le Gouvernement fait totalement sien le diagnostic de la Société française de pédiatrie : les bénéfices éducatifs et sociaux apportés par l’école sont très supérieurs au risque d’une éventuelle contamination par le covid-19 de l’enfant en milieu scolaire. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM et quelques bancs du groupe Dem.)Je sais que les enseignants ont été affectés au printemps dernier d’être séparés de leurs élèves et que nous pouvons compter sur leur dévouement et leur attachement à l’école de la République. Comme tous les grands services publics, l’éducation nationale doit continuer à fonctionner. Les crèches (Mme Danielle Brulebois applaudit), les écoles, les collèges et les lycées resteront ouverts ; il en va de même du secteur périscolaire. Je sais que le corps enseignant et l’ensemble du personnel éducatif seront au rendez-vous. Dès la rentrée de lundi, le protocole sanitaire sera adapté et renforcé pour assurer la protection de tous : enfants, enseignants et parents d’élèves. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.)
M. Jean Castex. Conformément à l’avis que nous a transmis hier le Haut conseil de la santé publique, le port du masque sera étendu aux enfants du primaire, dès l’âge de 6 ans. (Exclamations sur divers bancs.)
M. Jean Castex. À l’université et dans les établissements d’enseignement supérieur, tous les cours magistraux et les travaux dirigés se feront à distance ; seuls les travaux pratiques pourront, dans des conditions spécifiques, être maintenus dans les établissements. (M. Bruno Studer applaudit.)Nous devons tout faire pour éviter de connaître une chute de l’activité économique aussi brutale qu’au printemps dernier.
M. Jean Castex. La France avait alors connu une récession parmi les plus fortes d’Europe. Nous ne pouvons à nouveau mettre l’économie sous cloche et nous devons continuer à travailler autant que possible, dans des conditions sanitaires protectrices bien entendu, tout en stoppant la circulation virale, car le chômage et la pauvreté peuvent aussi tuer. Maintenir une activité économique la plus soutenue possible est un impératif pour limiter les effets désastreux de la crise économique qui nous frappe déjà durement. Le recours au télétravail doit être le plus massif possible. Dans le secteur privé, toutes les fonctions qui le peuvent doivent faire l’objet de télétravail, cinq jours sur cinq ; cela sera inscrit dans le protocole national en entreprise, qui sera mis en ligne ce soir dans le cadre d’un dialogue social…
M. Jean Castex. …dont je salue le haut sens des responsabilités. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. M. Erwan Balanant applaudit également.)Dans les administrations publiques, pour tous les agents dont les missions peuvent être totalement ou principalement exercées à distance, le télétravail se fera également cinq jours sur cinq.
M. Jean Castex. Pour les autres, pour qui le télétravail n’est pas possible et dont les activités resteront autorisées, des attestations dérogatoires permettront de les poursuivre. Le secteur du BTP doit continuer à travailler, les usines doivent fonctionner, les agriculteurs doivent poursuivre leur activité. Nous maintiendrons les bureaux de poste et les guichets de services publics ouverts. Pour le sport, les entraînements et les compétitions professionnelles pourront se poursuivre.
M. Jean Castex. Pour la culture, nous autorisons le travail préparatoire aux spectacles : les répétitions, les enregistrements et les tournages, afin de préparer les activités de demain.Nous le savons, ce confinement aura des conséquences sociales et économiques lourdes, en particulier pour les secteurs déjà fragilisés qui vont à nouveau faire l’objet d’une fermeture administrative.
M. Jean Castex. Je comprends la difficulté immense et parfois la détresse, qui touchent celles et ceux qu’on empêche de travailler. Comme lors de la première vague, les commerces, à l’exception de ceux de première nécessité, seront fermés…
M. Jean Castex. En revanche, les marchés alimentaires resteront ouverts, sauf décision contraire des préfets ; seront également fermées, les entreprises de l’événementiel, du sport et des secteurs du cinéma et du spectacle vivant. Suspendre temporairement ces activités est très douloureux, mais nécessaire pour assurer l’effectivité des mesures.
M. Jean Castex. Je pense aussi à ceux qui, bien que leur activité ne soit pas formellement interdite, subissent de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire : le tourisme, l’hôtellerie, l’aéronautique et l’automobile, les chauffeurs de taxi, etc.
M. Jean Castex. …afin de repousser le risque de faillite. Au cours de la première phase, l’État a déployé des mesures de soutien exceptionnelles – cela est reconnu partout. Nous reconduirons et nous amplifierons ces mesures, parce que nous savons que le tissu économique a été fragilisé et qu’évidemment, ces entreprises ont les reins moins solides qu’au printemps dernier.
M. Jean Castex. Tous les secteurs faisant l’objet d’une fermeture administrative bénéficieront d’aides pouvant aller jusqu’à 10 000 euros par mois par le biais du fonds de solidarité. Pour tous les secteurs faisant l’objet d’une fermeture administrative, nous mettrons en place l’activité partielle avec zéro à charge pour l’employeur.
M. Jean Castex. Pour les autres secteurs, le dispositif d’activité partielle en vigueur, qui devait être réduit au 1er novembre, sera maintenu et prolongé pour les salariés, aux conditions actuelles.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Ça n’a pas changé : même avec le covid-19, il n’y en a que pour les actionnaires !
M. Jean Castex. Les PME qui connaissent des difficultés pourront bénéficier d’un renforcement des exonérations de charges et nous prolongerons de six mois les prêts garantis par l’État.
M. Jean Castex. Mercredi, le conseil des ministres adoptera un nouveau projet de loi de finances rectificative, prévoyant une enveloppe de 20 milliards supplémentaires pour financer ces mesures de soutien et d’accompagnement.
M. Jean Castex. …car ne rien faire aurait un coût économique, financier et surtout humain encore plus considérable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Pierre Cordier (LR). On n’a pas dit qu’il ne fallait rien faire !
M. Jean Castex. Dans les jours à venir, l’attention du Gouvernement se concentrera sur ceux de nos concitoyens qui souffrent déjà le plus depuis le début de la pandémie et qui souffriront encore de ce nouveau confinement : les jeunes, les indépendants, les travailleurs dits de la deuxième ligne, les publics fragiles et précaires.
M. Jean Castex. En concertation avec les partenaires sociaux, les associations et les organisations professionnelles, nous allons renforcer les solutions adaptées à leur situation. À eux, je veux dire que la solidarité nationale continuera à se déployer pleinement, plus que dans les autres pays ! Soyons-en fiers.
M. Jean Castex. Comme l’a indiqué le Président de la République, nous évaluerons tous les quinze jours la possibilité d’ajuster le dispositif. Dès aujourd’hui, nous sommes à pied d’œuvre pour anticiper l’échéance du 1er décembre, pour améliorer encore nos outils de prévention…
M. Jean Castex. …pour tester mieux et plus, pour alerter plus vite, pour protéger de manière plus efficace encore, pour vivre avec ce virus jusqu’à ce que la science nous permette d’en venir à bout.Mesdames et messieurs les députés, nous vivons un moment douloureux. Nos concitoyens sont inquiets, beaucoup souffrent, tous sont concernés par cette maladie et tous sont menacés par la crise économique. C’est un rendez-vous avec nous-mêmes, car la vie avec le virus et la maîtrise de l’épidémie reposent avant tout sur notre responsabilité individuelle et collective. (Exclamations de Mme Anne-Laure Blin et de M. Christian Jacob.)La solution est entre les mains de chacune et chacun d’entre nous, je n’ai cessé de le dire. Adoptons nos comportements, respectons les gestes barrières, protégeons-nous et protégeons les autres, y compris chez nous.Évidemment, le Gouvernement est en première ligne et j’entends bien assumer, sous l’autorité du Président de la République, l’intégralité de mes responsabilités devant le pays. Ma présence devant vous est le témoignage de cet engagement, autant qu’une marque de profond respect à l’endroit de la représentation nationale. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. François Ruffin (FI). Et vous présenterez votre démission après ! (Vives protestations sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Jean Castex. Le débat démocratique est libre. Veillons à ne pas donner au pays le spectacle d’une division permanente et de polémiques incessantes. (De nombreux députés du groupe LaREM se lèvent. Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem et sur quelques bancs du groupe Agir ens.) Nous devons toutes et tous nous hisser à la hauteur des circonstances. L’épreuve qui nous frappe est inédite : nous devons faire corps. Nous faisons le choix de la vie…
M. Jean Castex. …et de la solidarité, car c’est le seul qui s’impose. (Les députés des groupes LaREM, Dem et Agir ens se lèvent et applaudissent. Protestations sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). Nous avons appris à l’instant, pendant que M. le Premier ministre s’exprimait, qu’un attentat d’une gravité extrême s’est produit à Nice. D’après les informations parcellaires dont je dispose, une personne au moins aurait été assassinée et d’autres seraient blessées. Je parle au conditionnel ; je n’ai pas davantage d’informations. (Murmures sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). Dans ces circonstances tragiques, je vous demande d’observer une minute de silence, en solidarité avec la victime ou les victimes et avec l’ensemble de leurs proches. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent et observent une minute de silence.)
(La séance, suspendue à neuf heures quarante-cinq, est reprise à dix heures.)
M. le président (LAREM). La séance est reprise.La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Je ne dispose pas encore d’éléments suffisamment précis sur ce nouvel attentat pour les porter à votre connaissance ; il s’agit incontestablement d’une épreuve très grave qui frappe une nouvelle fois notre pays. En raison des circonstances exceptionnelles, je suis tenu d’assister à la cellule interministérielle de crise place Beauvau – je vous demande de bien vouloir le comprendre. Je ferai tout mon possible pour revenir écouter vos interventions et y répondre, avant que vous ne vous prononciez.Dans les épreuves que notre pays subit, je ne peux qu’appeler encore une fois l’ensemble de la représentation nationale à l’unité et à la cohésion. (Mmes et MM. les membres du Gouvernement et les députés des groupes LaREM, Dem, AE, LT, UDI, se lèvent et applaudissent – Les députés des groupes SOC, FI et GDR applaudissent également.)
Déclaration du Gouvernement suivie d’un débat et d’un vote (suite)
M. le président (LAREM). Nous en venons au débat sur la déclaration du Gouvernement.La parole est à M. Jean-Noël Barrot, premier orateur inscrit.
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Au nom des députés du groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés, je veux exprimer la colère et l’émotion qui nous ont saisis ce matin lorsque nous avons appris les nouvelles qui nous proviennent de Notre-Dame de Nice. J’adresse aux familles des victimes, à leurs proches, aux Niçois, nos pensées amicales et fraternelles. (Applaudissements sur tous les bancs.)Voici ce matin le Gouvernement devant la représentation nationale pour soumettre à son approbation l’une des décisions les plus graves dont elle ait jamais eu à débattre. Il y a six mois, nous entrions en guerre contre cet ennemi invisible, venu de loin, qui a mis en quelques semaines la planète à genoux. Nous consentions une première fois à nous priver de nos libertés, à fermer nos écoles, à nous séparer de nos proches pour échapper à cette vague qui emportait tout sur son passage. Nous applaudissions nos soignants et nous comptions nos morts. Nous avons résisté, nous avons tenu, et nous avons cultivé l’espoir que le pire soit désormais derrière nous, que nous pourrions faire face en attendant un traitement, ou un vaccin.Mais voici que l’Europe tout entière est en proie à une funeste réplique, avec une nouvelle déferlante aussi violente qu’inattendue ; voici la France et son Gouvernement placés devant un défi immense, celui de protéger les Français tout en assurant la continuité économique, sociale et politique de la nation. Sur cette ligne de crête, le Président de la République a fait le seul choix qui s’imposait, et à la vérité le seul qui nous restait : celui du reconfinement.Ayons la lucidité de partager son constat, celui de l’aggravation exponentielle de l’épidémie. Ayons l’humilité de reconnaître qu’il n’y a pas de solution miracle. Le Président de la République en a fait hier la démonstration imparable : nos capacités de réanimation arrivent à saturation et ni un confinement sélectif, ni la meilleure stratégie de tests du monde ne suffiraient. Ils ne résoudraient rien. Nous devons être à la hauteur de nos responsabilités, au moment où tant de vies humaines sont en jeu. Au pays de l’humanisme et des Lumières, on ne transige pas avec la vie humaine.Le Premier ministre nous a présenté la façon dont il entend mettre en œuvre ce confinement. Les députés du groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés en approuvent les grands principes. Principe de généralité : pour que la règle soit comprise et que les Français y consentent, elle doit être la même partout, à Versailles comme à Bordeaux, et appliquée avec équité. Principe de continuité, économique et pédagogique : les écoles restent ouvertes, le travail continue grâce au maintien des dispositifs de soutien ; nous ne rendons pas les armes et le pays avance. Principe de réactivité enfin, car le dispositif sera adapté au fil de l’eau pendant les cinq semaines qui nous séparent du 1er décembre.Vous avez souhaité présenter le détail et le contour de ces mesures au Parlement et solliciter son vote. Nous saluons cette initiative. Comme le veut la Constitution : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l’action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques. » L’Assemblée nationale n’a pas manqué à son devoir depuis les débuts de la crise. Les députés se sont pleinement mobilisés pour amender et voter les textes d’urgence, pour habiliter le Gouvernement à légiférer par ordonnances parfois, mais pour contrôler son action toujours, pour veiller à ce que les mesures de soutien soient appliquées dans leurs circonscriptions et pour faire remonter les difficultés rencontrées. Nous continuerons de le faire, jusqu’au bout, car nous ne gagnerons cette guerre qu’à condition que le peuple français y soit associé, par l’intermédiaire de ses représentants.Vous allez voir défiler, à cette tribune, sur les réseaux sociaux, sur les chaînes d’information en continu, le long cortège des critiques avisés, des procureurs en verve, des professionnels de la profession et des faux prophètes. Vous les entendrez se perdre dans de vains réquisitoires. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM. – Exclamations sur les bancs des groupes LR et GRD.)
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Ceux-ci se diviseront en quatre catégories égales.Il y aura ceux qui vous diront que, si nous en sommes là, c’est parce que vous n’avez pas tiré les leçons de la crise du printemps.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). C’est vrai… Et la casse du service public ? Et les critères de Maastricht ?
M. Jean-Noël Barrot (DEM). « Si nos gouvernants ne s’étaient pas tourné les pouces sous les plafonds dorés de la République, nous aurions retrouvé les jours meilleurs et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. » Un grand classique de la littérature !
M. Jean-Noël Barrot (DEM). C’est nier l’évidence, oublier de regarder ce qu’il se passe au-delà de nos frontières. Toute l’Europe, comme l’Allemagne hier soir, est contrainte au repli face au tsunami qui menace ses hôpitaux.
M. Pierre Cordier (LR). Ce n’est pas de cette façon qu’on obtient l’unité nationale !
M. Jean-Noël Barrot (DEM). C’est oublier que la deuxième vague est fondamentalement différente de la première, en ce qu’elle touche toute la France en même temps. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) C’est méconnaître la réalité des faits : notre capacité de tests a été décuplée, notre capacité en lits de réanimation va doubler – pas par miracle, non ! mais bien parce que les administrations ont tout mis en œuvre pour y parvenir. Alors, oui, il est tentant de se refaire une santé médiatique et politique sur leur dos, mais c’est irresponsable. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)Il y aura ceux qui vous diront que vous en faites trop, qu’après tout nous avons appris à vivre avec le virus, à porter le masque, à aménager nos espaces de travail et nos salles de restaurant ; qu’il faut nous laisser vivre, enfin. « Ce Gouvernement va-t-il cesser enfin d’emmerder les Français ? »
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Le Président de la République l’a rappelé très clairement hier : toutes ces précautions ne suffisent plus. Alors que l’épidémie s’emballe, nous devons donner un coup de frein brutal pour éviter la sortie de route. Mais il a réaffirmé avec force que personne ne sera laissé au bord du chemin, grâce au maintien de l’activité partielle, du fonds de solidarité, des prêts garantis par l’État, qui ont préservé des millions de Français, des millions d’entreprises, et qui continueront de le faire. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître.Il y aura ceux qui vous diront que vous n’en faites pas assez, que le virus est devenu beaucoup plus dangereux, après l’avoir été moins, après l’avoir été davantage, que tout cela est évident et que le Gouvernement devrait le savoir mais qu’il n’écoute rien.
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Il eût fallu fermer les lycées, ou les entreprises, ou les maisons de retraite. Mais tout cela eût été impensable ! Voulons-nous contraindre une nouvelle fois à l’isolement nos personnes âgées ou dépendantes ? Voulons-nous sacrifier une génération d’étudiants déjà durement éprouvés par la crise ? Voulons-nous renoncer à travailler, à créer, à entreprendre ? Non ! Il faut avoir le courage de le dire.Il y aura ceux, enfin, qui ne trouvent pas grand-chose à dire, mais qui ont comme l’envie irrésistible d’alimenter la polémique. Ils vous diront que vous piétinez le Parlement, que vous n’auriez même pas dû solliciter son vote, ou alors si, mais la veille, ou le lendemain, ou une autre fois, ou toutes les semaines, peut-être. (Protestations sur les bancs du groupe GDR.)
M. Jean-Noël Barrot (DEM). La vérité, c’est que tout cela n’est que vanité et bien loin de ce qui doit nous occuper aujourd’hui et dans les semaines qui viennent.
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Ce qui doit nous occuper, c’est la solidarité et la responsabilité : solidarité, d’abord, avec les plus fragiles, les plus modestes, les plus petits, car ce sont eux qui prennent la crise de plein fouet.
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Le Président de la République l’a rappelé hier : ils risquent plus que d’autres d’être touchés par la maladie, de décrocher, de basculer dans la précarité et la misère. À ces indépendants qui pointent pour la première fois au RSA, à ces étudiants qui ne trouvent pas de petit boulot, à ces familles monoparentales, à ces jeunes de l’Aide sociale à l’enfance, nous devrons trouver des solutions. Si les annonces faites par le Gouvernement la semaine dernière ne devaient pas suffire, nous devrons les compléter.N’oublions pas non plus la jeunesse, qui est au cœur du plan de relance et qui doit rester au cœur de nos préoccupations. Tout doit être mis en œuvre pour que chaque jeune ait accès à une formation ou à un emploi, et puisse ainsi sereinement envisager l’avenir.N’oublions pas les associations, les entreprises, les commerçants, les restaurateurs, les artistes.
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Comme le virus se propage au travers de nos relations sociales, les difficultés qu’impose le confinement aux entreprises fermées administrativement se propageront à l’ensemble de l’économie : les difficultés de trésorerie, d’abord, se diffuseront par l’intermédiaire des retards, des défauts de paiement, des défaillances d’entreprise ; il y aura une baisse de la demande et des ruptures d’approvisionnement. Nous courons le risque majeur, en somme, de voir se dégrader le patrimoine culturel et entrepreneurial de la France. Une entreprise qui disparaît, c’est un tissu de relations, c’est un savoir-faire, c’est une communauté humaine qui sont perdus. Un commerce qui ferme, c’est la vie, l’âme d’un village qui s’éteint. Nos entreprises, nos commerces et nos artisans sont un trésor national qu’il est de notre devoir de protéger, quoi qu’il en coûte. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.)Les dispositifs mis en œuvre au printemps ont fait leurs preuves, et doivent être amplifiés. Les 100 millions d’euros du plan de relance donneront des perspectives aux collectivités et aux entreprises qui ont déjà massivement répondu aux premiers appels à projets. Mais il faudra aller plus loin, accompagner la mutation et la numérisation des modèles économiques pour prendre en considération l’évolution des comportements de nos concitoyens. Il faudra traiter la question centrale des loyers, assurer l’équité de traitement entre le petit commerce, la grande distribution et les géants du numérique. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe Dem.)
M. Jean-Noël Barrot (DEM). …c’est la moindre des choses que la France confinée puisse faire pour les super-héros qui se battent pour elle. Médecins, infirmiers, ambulanciers, aides-soignants, auxiliaires de vie, brancardiers, pharmaciens : toutes ces blouses blanches qui se sont illustrées au printemps par leur bravoure, qui ont accumulé une immense fatigue et que voilà repartis sur la première ligne du front, qui doivent parfois à contrecœur déprogrammer des opérations pourtant vitales pour leurs patients, sont la grandeur de la France. Notre gratitude envers eux est inépuisable. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Dem et LaREM.)Au nom du groupe Dem, je veux saluer la concrétisation des accords du Ségur de la santé dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2021. Ils viennent revaloriser les rémunérations et redonnent des marges de manœuvre à l’hôpital. Sans doute faudra-t-il aller plus loin pour leur témoigner notre pleine reconnaissance.
M. Jean-Noël Barrot (DEM). La solidarité est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Ce qui est en jeu dans cette épreuve redoutable, c’est la vitalité de notre démocratie et la solidité de notre socle républicain, encore brutalisé ce matin à Nice. Nous sommes donc appelés, individuellement et collectivement, à la responsabilité.Notre responsabilité première est de faire reculer l’épidémie en respectant scrupuleusement les gestes barrières et les règles du confinement, en téléchargeant TousAntiCovid sur notre téléphone… Que ceux qui l’ont téléchargée lèvent la main ! (De nombreuses mains se lèvent sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens. – Vives protestations sur les bancs du groupe LR, auxquels répondent de vifs applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.) Chacun doit être acteur de la bataille que nous livrons ensemble contre le virus, et dans ce combat que nous menons en commun, nous avons la responsabilité les uns des autres !
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Tout en respectant les consignes sanitaires, chacun peut aussi apporter secours et assistance à un voisin isolé, à une famille dans le besoin. (Protestations continues sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). Mes chers collègues, s’il vous plaît !
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Je forme le vœu que l’esprit de fraternité qui a germé au printemps nous aide à traverser ensemble cet automne reconfiné.Notre responsabilité collective est de garantir la continuité de nos institutions dans un moment où nous restreignons les libertés individuelles comme nous l’avons rarement fait dans l’histoire. Au moment où la nation est frappée en plein cœur par le terrorisme islamiste, nous ne saurions nous y habituer car nous chérissons la liberté, en France plus que partout ailleurs. La situation exige que le pouvoir soit partagé, car sinon il sera confisqué par les réseaux sociaux et les complotistes en tout genre qui sapent la confiance et fragilisent la démocratie.Cela suppose, je l’ai dit, que le Parlement, et à travers lui le peuple français, soient associés aux décisions que prendra le Gouvernement. Cela suppose aussi que les Français n’aient pas à choisir entre leur santé et l’exercice de leurs droits civiques. Le moment n’est-il pas venu de nous doter d’un système de vote pleinement opérationnel en temps de crise ? En moins d’une semaine, 70 millions d’Américains ont voté par correspondance. Après l’abstention record constatée lors des précédents scrutins, nous devons réagir. Depuis la toute première heure, les démocrates défendent l’idée qu’il n’y a pas de démocratie sans que la conscience et la responsabilité soient poussées à leur maximum ; nous continuerons de défendre cette idée.Notre responsabilité est enfin de ne pas nous décourager et de ne pas renoncer à préparer le jour d’après. Invitant l’Europe à Refaire la Renaissance, Emmanuel Mounier écrivait : « Il ne faut guère compter sur les époques satisfaites, et les crises seules rappellent la plupart à la méditation. »
M. Jean-Noël Barrot (DEM). Il avait raison ! Et au travers des ténèbres où nous voici plongés pointe une lueur d’espoir – l’espoir qu’un autre monde puisse émerger des ruines du précédent, un monde plus sûr, plus fraternel, plus juste ; un monde où l’Europe serait plus indépendante et plus protectrice ; un monde où la place de l’homme dans son environnement serait repensée ; un monde qui suivrait un modèle de développement dans lequel l’intérêt privé cède toujours devant l’intérêt général et la préservation des biens communs. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe LaREM.) Dans ce monde, les salariés, les travailleurs, seraient toujours plus largement associés au partage de la valeur et à la gouvernance des entreprises. Dans ce monde, les femmes et les hommes seraient égaux dans les faits. Dans cette France, chacun pourrait se réapproprier son destin ; cette France plus forte serait prête à affronter les grandes crises, à l’image de celle que nous vivons aujourd’hui.Vous l’avez compris, le groupe Mouvement démocrate MoDem et démocrates apparentés soutient la politique que le Gouvernement entend mener, en nous appelant collectivement à la solidarité et à la responsabilité. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et LaREM.)
M. Sébastien Jumel (GDR). Je souhaite faire un rappel au règlement, monsieur le président !
M. le président (LAREM). Monsieur Jumel, il ne peut y avoir de rappel au règlement au cours d’un débat organisé sur le fondement de l’article 50-1 de la Constitution, pas plus d’ailleurs que lors des questions au Gouvernement.
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Valérie Rabault.
Mme Valérie Rabault (SOC). Monsieur le président, je pense que nous aurions dû, comme je vous l’avais demandé, interrompre ce débat. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LR, UDI-I, FI et GDR, dont plusieurs membres se lèvent et continuent à applaudir. – Protestations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
Mme Valérie Rabault (SOC). …oui, la démocratie aussi, mais le respect que nous devons à nos concitoyens, aux Niçois et aux trois personnes qui, d’après nos informations, sont mortes à Nice, aurait dû nous imposer de reporter le débat. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LR, UDI-I, FI et GDR. – Exclamations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
M. Rémy Rebeyrotte (LAREM). La République ne s’arrête pas, madame Rabault !
Mme Valérie Rabault (SOC). La République continue. La majorité ayant fait le choix de poursuivre ce débat, nous allons le poursuivre.Permettez-moi d’avoir une nouvelle fois une pensée pour les victimes et d’adresser aux Niçois et aux forces de l’ordre un sincère message de soutien. (Applaudissements sur tous les bancs.)J’en viens au débat qui nous occupe ce matin. J’ai une pensée pour celles et ceux qui, dès demain, seront de nouveau confrontés à l’isolement et à la solitude ou devront, au contraire, faire face au confinement dans un logement surpeuplé ou insalubre.Je pense aussi, bien sûr, au personnel soignant, qui s’engage de nouveau dans une bataille contre le temps, à corps perdu, malgré l’épuisement et le manque de moyens.Je pense à toutes celles et à tous ceux qui vont continuer d’aller travailler : enseignants, agriculteurs, postiers, caissiers, soignants, aides à domicile – je ne peux les citer tous. Ils vont continuer à prendre des risques pour que le pays tienne, qu’il continue tout simplement à vivre. Je pense également à toutes celles et à tous ceux que la crise sanitaire plonge ou replonge dans une situation de fragilité économique et sociale.Je pense enfin à toutes celles et à tous ceux qui sont affectés, à des degrés de gravité divers, par cette terrible maladie, face à laquelle nous devons tous, collectivement, mobiliser nos forces.Le débat que nous avons ce matin est celui que Patrick Kanner et moi-même avions demandé, au nom du groupe Socialiste, écologiste et républicain du Sénat et du groupe Socialistes et apparentés de l’Assemblée nationale, le 10 septembre dernier – il y a près de deux mois – et, de nouveau, le 15 octobre. Le Premier ministre nous avait répondu qu’il ne voyait pas « l’intérêt » d’un tel débat, qu’il ne le considérait pas comme « indispensable ».Or tout ce qui touche à la protection de nos concitoyens, à leur sécurité sanitaire, à leurs libertés, à leur situation économique et sociale face aux contraintes qui leur sont imposées relève, ne vous en déplaise, du débat indispensable. Cela impose que le Gouvernement prenne ses responsabilités devant la représentation nationale, à l’Assemblée nationale et au Sénat.Vous prenez donc aujourd’hui vos responsabilités ; nous prenons les nôtres : nous approuverons votre déclaration, par laquelle vous confirmez la mise en œuvre du reconfinement annoncé hier soir par le Président de la République – sans toutefois en préciser le détail, que vous avez préféré réserver pour ce soir aux médias, si toutefois la conférence de presse prévue n’est pas décalée.Nous exprimerons un oui de responsabilité, car, de notre point de vue, la protection de la santé de nos concitoyens doit être la priorité absolue. Nous ne pouvons que constater, comme vous, que le reconfinement est devenu inévitable. Cet esprit de responsabilité anime chacune et chacun des députés du groupe Socialistes et apparentés.Depuis mars 2020, mus par cet esprit de responsabilité, nous vous avons alertés sur les dysfonctionnements ; nous vous avons suggéré des pistes d’amélioration ; nous avons adressé des propositions au Gouvernement, au travers d’une centaine de lettres, de sept propositions de loi déposées au cours du premier confinement, de nombreux amendements, d’une proposition de résolution visant à fixer les conditions pour réussir le déconfinement et d’un plan de rebond présenté dès le 8 juin. Or toutes ces propositions ont été balayées d’un revers de main bien éloigné de l’esprit d’unité nationale que le Président de la République avait appelé de ses vœux, le 12 mars dernier.Cependant, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, chers collègues de la majorité, notre oui sera aussi un oui de colère – je dis bien de colère – face à votre impréparation. Le 26 août, il y a deux mois, le Premier ministre a déclaré sur France Inter : « Il n’y a pas de quoi s’affoler. » Sans doute ne vous êtes-vous pas assez affolés !
M. Erwan Balanant (DEM). Vous avez voté contre tous les textes d’urgence !
Mme Valérie Rabault (SOC). Pourtant, trois mois plus tôt, le 12 mai, devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, le même Premier ministre, alors « M. Déconfinement », avait déclaré : « Le réalisme et la sagesse imposent de se préparer à des rechutes. » Et il y a eu des signaux d’une possible deuxième vague, notamment une reprise des contaminations à Marseille dès le 14 juillet.Ces contaminations suivent une courbe exponentielle, dont la formule mathématique est connue depuis le XVIIe siècle et dont la chancelière Angela Merkel a expliqué la dynamique lors d’une émission télévisée. Dès lors, l’affirmation par le Président de la République hier soir que « nous avons été surpris par l’accélération soudaine de l’épidémie » relève soit de l’incompétence…
Mme Valérie Rabault (SOC). Du fait de cette impréparation, le nombre de places en réanimation n’a pas bougé depuis mars, l’hôpital public est encore plus fragilisé et les médecins libéraux n’ont pas été suffisamment associés.Le 27 août dernier, lors d’une conférence de presse de prérentrée, le ministre des solidarités et de la santé avait assuré : « Si la situation le nécessite, 12 000 lits de réanimation pourront être disponibles. » Hier soir, le Président de la République a indiqué que nous disposions aujourd’hui de 6 000 lits de réanimation et promis de porter ces capacités à 10 000 lits, c’est-à-dire de revenir au nombre maximal de lits mobilisés à la mi-avril, au plus fort de la première vague. Que s’est-il donc passé pour que la situation s’aggrave et que les ambitions soient revues à la baisse ?
M. Rémy Rebeyrotte (LAREM). Voilà l’unité nationale version socialiste !
Mme Valérie Rabault (SOC). Le ministre des solidarités et de la santé avait lui-même reconnu, il est vrai, dans une note diffusée aux agences régionales de santé le 17 juillet, que l’hypothèse de 12 000 lits de réanimation « nécessite[rait] de nombreux effectifs supplémentaires en personnel, qui ne seront pas présents directement et ne peuvent pas être disponibles sur tout le territoire national en même temps ». En d’autres termes, il admettait, dès le 17 juillet, que la mobilisation de 12 000 lits de réanimation relevait d’une chimère, faute de personnels disponibles.Y a-t-il eu, dès lors, un plan de formation accélérée ? Avez-vous procédé aux recrutements qui s’imposaient ? La réponse est, à ce stade, très insuffisante. Pourtant, le 21 octobre dernier – c’était il y a une semaine, mes chers collègues ! –, le ministre des solidarités et de la santé…
Mme Valérie Rabault (SOC). …a fait la déclaration suivante, publiée à la une du journal Les Échos : « L’hôpital est prêt à faire face. » Cela relevait-il de la méthode Coué ou de l’inconscience ?En réalité, rien, ou si peu, n’a changé pour l’hôpital. Ou plutôt si, la situation s’est dégradée : le personnel soignant est désormais à bout. Certes, il y a eu le Ségur de la santé, mais les premières revalorisations salariales ne sont intervenues qu’au mois de septembre.Le oui de colère que nous vous adressons relaie aussi la lassitude et les inquiétudes des soignants. L’hôpital est désormais au bord de l’implosion, il ne tient que par la volonté de celles et ceux qui y travaillent.C’est aussi un oui de colère face à une nouvelle dégradation de la situation économique et sociale de millions de Français – étudiants, entrepreneurs, indépendants, salariés. Je reconnais, bien sûr, que le Gouvernement a proposé des mesures d’urgence lors du premier confinement. Et il ne vous a pas échappé que mon groupe a voté les deux premiers projets de loi de finances rectificative,…
Mme Valérie Rabault (SOC). …parce qu’il a été responsable face à l’urgence.Mais que dire de votre responsabilité, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, alors que vous proposez, dans le projet de loi de finances pour 2021, une baisse de 11 % du budget de l’aide alimentaire ? Je dis bien de l’aide alimentaire, celle qui permet de venir au secours de personnes qui ont faim. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.) Dans quatre jours, lundi 2 novembre, ici même dans cet hémicycle, vous demanderez à votre majorité de voter une baisse des crédits de l’aide alimentaire de 7 millions d’euros.
Mme Valérie Rabault (SOC). C’est écrit noir sur blanc dans les documents budgétaires. C’est une honte ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes LR et GDR. – Exclamations sur les bancs des groupe LaREM et Dem.) Et j’espère sincèrement que votre majorité saura vous tenir tête en refusant cette baisse. Vous pouvez hurler, mes chers collègues, mais regardez les documents budgétaires, c’est écrit noir sur blanc ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Mme Valérie Rabault (SOC). Que dire, alors que vous ne prenez pas au sérieux la situation de la jeunesse ? Que proposez-vous à celles et ceux qui viennent de finir leurs études et arrivent sur le marché du travail, sans perspective, qui étaient boursiers ou qui ont perdu leur petit job ? Rien. (« Oh ! » sur quelques bancs du groupe LaREM.) Rien, mes chers collègues.Un étudiant qui vient de finir ses études n’a pas droit à une indemnité chômage, parce qu’il n’a pas travaillé. Il ne perçoit pas le RSA,…
Mme Valérie Rabault (SOC). …parce qu’il n’a pas 25 ans. Il ne peut pas toucher l’aide à la recherche du premier emploi que nous avions créée sous le précédent quinquennat, parce que vous l’avez supprimée en 2019. Elle était destinée aux jeunes diplômés boursiers et pouvait atteindre 550 euros par mois.
Mme Valérie Rabault (SOC). Colère aussi face à votre manque de courage quant à l’obligation de recourir au télétravail. Comment avez-vous pu instaurer le couvre-feu sans imposer en parallèle le télétravail dans tous les métiers pour lesquels c’était possible ? Résultat : de nombreux Franciliens et habitants des métropoles se sont retrouvés entassés dans les transports en commun, précisément au moment où l’épidémie devenait incontrôlable. (Protestations sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. Erwan Balanant (DEM). Vous revenez encore sur les emplois aidés ? Ce n’est pas possible…
Mme Valérie Rabault (SOC). Vous les avez supprimés par démagogie. Permettez-moi de rappeler que, sous le quinquennat de François Hollande et sous celui de Nicolas Sarkozy, 400 000 à 450 000 emplois aidés étaient créés chaque année, de manière à accompagner des personnes rencontrant des difficultés dans l’emploi.Désormais, vous pouvez compter au mieux sur 100 000 emplois aidés. Autrement dit, vous n’avez aucune marge de manœuvre pour proposer un filet de sécurité à des personnes qui en ont besoin. La société paie cash ces décisions irresponsables.
Mme Valérie Rabault (SOC). Colère quand vous imposez le port du masque dès l’école primaire tout en refusant sa gratuité. Nous vous répétons ce que nous disons depuis le 28 avril dernier : les masques doivent être gratuits.
Mme Valérie Rabault (SOC). Certes, cela représenterait, pour le budget de l’État, une dépense estimée à 300 millions d’euros par mois, mais un mois de confinement coûte déjà 12 à 15 milliards par mois aux finances publiques ! (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)Colère à propos de la culture, dont le chef de l’État n’a pas dit un mot hier soir. Pourtant, comme le dit si bien Milan Kundera : « La culture, c’est la mémoire du peuple, la conscience collective de la continuité historique, le mode de penser et de vivre. » (Exclamations sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Mme Valérie Rabault (SOC). Ne rien dire sur la culture, c’est se taire sur ce que nous sommes, sur notre présent et notre futur ; c’est donc nous condamner. Nous vous demandons de prolonger les fonds de soutien aux acteurs culturels…
Mme Valérie Rabault (SOC). …ainsi que le dispositif dit de l’année blanche pour les intermittents du spectacle.Colère aussi au nom du monde associatif et sportif, qui peine à s’y retrouver. Colère au nom de nos compatriotes des outre-mer. Certes, le Président de la République a annoncé hier soir des mesures différenciées pour les territoires ultramarins, la situation sanitaire y étant différente. Mais où est donc votre projet de décret pour adapter les règles de contrôle des voyageurs ? Vous avez dit, au début de l’été, que vous y travailliez. La situation économique et sociale dans les outre-mer est dramatique, et vous ne semblez pas en avoir mesuré l’ampleur. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Moetai Brotherson applaudit également.)Colère aussi face à votre attitude à l’égard des collectivités locales, qui ont dû, dans l’urgence, pallier vos manquements, tant sur le plan budgétaire que sur le plan organisationnel. Elles ont fait preuve d’une réactivité exemplaire, je dis bien exemplaire. Elles ont apporté des réponses pragmatiques, partout sur le territoire : achat de masques en urgence, distribution de tickets repas aux plus démunis, fourniture d’ordinateurs portables aux étudiants. Elles sont parfois allées bien au-delà des missions qui sont les leurs. Elles ont agi sans attendre, en faisant preuve de responsabilité.Colère face à l’absence de réponse du Gouvernement au sujet de la déshumanisation qui découle du confinement. Je pense bien sûr à la solitude dans les EHPAD, même si, je le reconnais, le Président de la République a annoncé hier une évolution bienvenue.
Mme Valérie Rabault (SOC). Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, ce confinement doit fonctionner : il est impensable de demander autant d’efforts aux Français si l’on n’obtient pas un résultat tangible et durable face à l’épidémie. Vous ne pourrez pas revenir devant nous dans trois mois pour un troisième confinement. Il faut donc, dès maintenant, prévoir et organiser les modalités du déconfinement.
M. Fabien Di Filippo (LR). Demandez à Jean Castex, il est expert en la matière !
Mme Valérie Rabault (SOC). C’est ce que vous avez fait, pardon, insuffisamment fait,…
Mme Valérie Rabault (SOC). …si l’on en juge à l’aune du premier déconfinement. Que vous le vouliez ou non, il y a, dans notre pays, le sentiment que vous naviguez à vue.Personne ne sous-estime la difficulté de la situation. (« Ah ! » et autres exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
M. Pierre Cordier (LR). Soyez gentils avec elle ! Elle va voter avec vous ! N’ayez pas honte du vote socialiste !
Mme Valérie Rabault (SOC). Mais personne ne peut accepter que les choses ne soient pas mieux cadrées, qu’elles ne soient pas plus claires ni plus précises. La communication récente a été anxiogène.
Mme Valérie Rabault (SOC). Parce que la situation est difficile, vous auriez intérêt, pour vous-mêmes et pour le pays, à partager la décision – à condition de ne pas le faire sur le mode de la discussion de comptoir, comme mardi dernier lors de la réunion avec les présidents de groupe et les chefs de parti. Or vous faites tout le contraire. Par exemple, le projet de loi autorisant la prorogation de l’état d’urgence sanitaire comporte, outre cette prorogation, une liste d’habilitations à légiférer par ordonnances, qui occupe quatre pages.
M. Erwan Balanant (DEM). Vous nous reprochez de ne pas agir assez vite ! Soyez cohérente !
Mme Valérie Rabault (SOC). Aucune démocratie en Europe ne fonctionne de la sorte, et c’est bien pour cette raison que nous avons voté contre le projet de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Mme Valérie Rabault (SOC). Mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, nous approuverons la déclaration du Premier ministre, je l’ai dit en préambule. Nous la voterons dans un esprit de responsabilité face à ce que subissent un grand nombre de nos concitoyens. Mais, dans ce oui, sachez entendre la colère, la nôtre et celle que nous relayons. Surtout, transformez-la en actions lisibles et justes, de manière à redonner confiance dans l’État. Sinon, ce sera le chaos. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – M. Stéphane Peu applaudit également.)
M. Pierre Cordier (LR). Vous pourriez applaudir Mme Rabault, chers collègues de la majorité !
M. le président (LAREM). Madame la présidente Rabault, c’est avec un profond et amical respect que je souhaite revenir sur l’hypothèse d’interrompre nos travaux. Outre que nous sommes tous bouleversés par l’attentat qui s’est produit, outre que ce débat est convoqué en application directe de l’article 50-1 de la Constitution, j’ai, pour ma part, la conviction profonde que, précisément parce que des terroristes attaquent nos compatriotes, notre démocratie et notre République, c’est l’honneur de l’Assemblée nationale que de continuer à faire vivre la République. (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM, Dem et Agir ens se lèvent et applaudissent vivement.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Agnès Firmin Le Bodo.
M. Olivier Faure (SOC). Le Premier ministre n’est pas là ! Il faut interrompre les travaux ! (Protestations sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
M. le président (LAREM). Seule Mme Firmin Le Bodo a la parole et nous l’écoutons !
Mme Agnès Firmin Le Bodo (AGIR-E). Avant de commencer mon propos, je souhaite, au nom du groupe Agir ensemble, adresser un message de soutien aux familles des victimes et aux Niçois, et féliciter les forces de sécurité pour leur prompte réaction. (Applaudissements sur les bancs des groupes Agir ens, LaREM et Dem.)Nous nous trouvons à nouveau dans cet hémicycle pour évoquer un confinement. Au-delà de la Constitution qui rend possible un tel débat, je souhaite tout d’abord vous remercier, monsieur le Premier ministre, d’être devant la représentation nationale ce matin pour revenir sur les mesures annoncées hier soir par le Président de la République.
Mme Agnès Firmin Le Bodo (AGIR-E). Nous vivons dans un pays où la liberté est inscrite aux frontispices de nos mairies, où personne ne souhaite abdiquer en ce domaine, où nous brandissons cette valeur comme un étendard dans toutes nos activités de citoyens. Ce n’est pas un hasard si l’un des tableaux les plus célèbres est La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. C’est une vision nouvelle de l’allégorie de la liberté : une fille du peuple vivante, fougueuse, qui incarne la révolte et la victoire. Puisse cette liberté nous guider vers la victoire sur ce virus ! Puisse-t-elle aussi nous faire choisir d’être responsables !Dans ces temps troublés, n’oublions pas, comme l’écrivait Victor Hugo, que « tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité ». Les interdictions, couvre-feux, conseils ou confinements ne seront que d’un effet médiocre en l’absence de responsabilité. Il relève de celle de chacun de respecter les gestes barrières, de prendre des précautions, parfois frustrantes, de modifier nos façons de vivre. C’est bien la responsabilité de chacun, davantage que les lois ou les arrêtés, qui nous permettra de combattre collectivement cette épidémie. Il relève de notre responsabilité de montrer l’exemple, de continuer à tenir ce message de prévention, d’accepter les frustrations temporaires, pour préserver la santé de tous. Enfin, il relève de notre responsabilité de dire que cette épidémie n’est pas terminée, que des jours difficiles sont encore devant nous, que des efforts devront être accomplis par tous, que cette épidémie se combattra collectivement, que nous pouvons parvenir à la vaincre.Le virus circule vite, trop vite, beaucoup, partout. S’il circule, c’est parce que nous interagissons, que nous avons, et c’est bien normal, des activités sociales. Aucune politique publique ne peut, à elle seule, faire barrage à cette épidémie, si chacun de nous ne prend pas les nécessaires précautions. (M. Jimmy Pahun applaudit.) Cette responsabilité est d’abord individuelle et nous invite – nous, responsables politiques – à beaucoup d’humilité, mais aussi à indiquer aux Français que seule la responsabilité de chacun fera reculer cette épidémie. D’insouciance en imprudences et en remises en cause irresponsables, nous avons laissé le virus circuler, nous obligeant aujourd’hui à prendre des mesures difficiles et contraignantes.Plus de 30 000 nouvelles contaminations et plus de 500 nouveaux décès comptabilisés au cours des dernières vingt-quatre heures, plus de la moitié des lits de réanimation occupés, des opérations qui commencent à être déprogrammées : les faits sont accablants et nécessitaient une réaction ferme. Des mesures avaient été prises, mais elles se sont avérées insuffisantes. La France procède à de nombreux tests, mais l’accélération de l’épidémie requiert des mesures renforcées pour la freiner, car la saturation des hôpitaux menace.Des mesures sévères ont donc été annoncées par le Président de la République. Elles sont difficiles, rudes, mais absolument nécessaires. Elles sont proches de celles appliquées au printemps dernier, tout en incluant des adaptations notables. Celles-ci concernent l’accompagnement de nos aînés, qui avaient beaucoup souffert d’isolement durant le premier confinement, et l’éducation des plus jeunes, pour qui un nouvel éloignement des bancs de l’école aurait des effets dévastateurs. Nous le devons à nos enfants. Nous le devons aux enseignants qui, chaque jour, accompagnent nos jeunes sur la route du savoir, rempart contre l’ignorance. Nous le devons à Samuel Paty, mort d’avoir enseigné la liberté. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes Agir ens, LaREM et Dem.)Ces mesures sont dures, nous en sommes tous conscients, mais, je le répète, elles sont nécessaires. Les soignants sont au front : ils se battent chaque jour, travaillent sans relâche, prennent des risques, bousculent leurs emplois du temps, accompagnent les malades et leurs familles. Mais si, collectivement, nous ne faisons pas ces efforts, les leurs seront vains !Si les soignants exerçant à l’hôpital jouent évidemment un rôle essentiel, nous avons aussi besoin des médecins de ville, des infirmiers, des pharmaciens et des acteurs du secteur médico-social. J’aurai une pensée particulière pour les aides à domicile, qui seront encore très sollicités, à l’instar de tous les professionnels de santé de ville, pour assurer une prise en charge précoce des patients, dès les premiers symptômes, et ainsi éviter le développement des formes complexes de la maladie. La nation est reconnaissante envers ces professionnels et c’est aussi pour eux qu’elle se doit de réussir ce deuxième confinement.De la rigueur, du pragmatisme, de la solidarité : nous avons tous notre rôle à jouer. Nous devons tous, chacun à sa place, agir de façon responsable. Accomplir des progrès dans la lutte contre cette épidémie passe par un équilibre entre les indispensables mesures fortes et leur acceptation. C’est toute l’ambition de ce nouveau confinement. Nous y arriverons, parce qu’il le faut, et parce que les Français ont toujours su relever les défis, dans la fraternité.L’État, quant à lui, prend également toute sa part dans cet effort, en continuant à développer des aides en faveur des acteurs économiques, notamment les TPE, les artisans et les commerçants. Les salariés et employeurs qui ne peuvent travailler continueront de bénéficier du chômage partiel. Ces aides seront complétées par des mesures de trésorerie portant sur les charges et les loyers de ces prochaines semaines, et un plan spécial sera élaboré pour les indépendants, les commerçants et les TPE-PME. « L’économie ne doit ni s’arrêter ni s’effondrer », a déclaré le Président de la République et il revient à chaque Français de contribuer à cet effort.Il convient de ne pas critiquer, de ne pas vilipender, de ne pas désigner un ou plusieurs coupables ; le temps est à l’action collective et individuelle. Ne divisons pas les Français en pointant du doigt ceux qui auraient trop fait la fête ou ceux pour qui nous ferions trop d’efforts en raison de leur fragilité ; en opposant ceux qui ont continué à se rendre sur leur lieu de travail et ceux qui ont pu télétravailler, ou encore les jeunes et les moins jeunes. Cessons d’opposer les Français et rassemblons-nous dans l’action immédiate et responsable, chacun à sa place ! (Applaudissements sur les bancs du groupe Agir ens et sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)Les efforts demandés sont lourds. Pour certains, ils seront même très douloureux. Il conviendra d’être attentifs à ceux pour qui rester chez soi signifie vivre dans une proximité subie, voire dangereuse. Pour d’autres, ces mesures sonneront le glas de l’activité professionnelle et seront synonymes de graves difficultés économiques. Mais il nous faut être responsables.Être responsable, c’est assumer des décisions, parfois impopulaires, et les expliquer avec lucidité et humilité ; c’est ne pas céder à la facilité.Cette épidémie n’est pas terminée. Il faudra s’habituer à vivre avec le virus et appliquer les mesures barrières pendant longtemps encore. Il faudra également imaginer de nouvelles manières de s’adapter à cette épidémie, en élaborant des aménagements et de nouveaux procédés. Nos vies vont changer et nous devons innover. Le travail s’organisera différemment et l’enseignement évoluera – pour cela, les technologies seront parfois utiles. La solidarité devra s’exercer non seulement de manière institutionnelle – le Gouvernement a d’ailleurs déjà instauré de nombreuses mesures financières –, mais aussi de manière individuelle, en accordant notre attention aux autres, aux plus fragiles, aux plus isolés.Nos façons de concevoir le fonctionnement de nos associations, de nos entreprises, de nos collectivités, vont devoir s’adapter. D’ailleurs, plus qu’une adaptation, il s’agira parfois même d’une véritable refondation. Ne soyons pas statiques : agissons, rebondissons, avançons, innovons tous, pour le bien de chacun. Comme à son habitude, le groupe Agir ensemble sera constructif et force de propositions.Je souhaiterais, monsieur le Premier ministre, vous interroger dans trois domaines.
Mme Agnès Firmin Le Bodo (AGIR-E). L’État a-t-il reconstitué des stocks suffisants en matériels, masques, gants, charlottes, respirateurs, médicaments, et autres équipements nécessaires face au virus ? Vous venez d’annoncer le port du masque pour les enfants à partir de l’âge de 6 ans : le stock sera-t-il suffisant ?Le Président de la République a fixé un rendez-vous dans quinze jours ; en fonction des résultats, quels scenarii sont envisagés ? Il convient en effet de donner à nos concitoyens des perspectives et des objectifs.Le Président de la République a évoqué la disponibilité d’un vaccin pour l’été, mais quelle garantie avons-nous en la matière et quelle sera la stratégie pour les huit prochains mois ? Allons-nous continuer à naviguer entre confinement et déconfinement ?Monsieur le Premier ministre, parce qu’il est responsable et éloigné de toute démagogie, parce qu’il refuse de se livrer à des critiques faciles et, surtout, stériles, le groupe Agir ensemble votera vos propositions. Face à la situation, notre devoir est d’être unis, rassemblés. Protéger les Français du risque sanitaire est une absolue nécessité. Protéger les Français du risque social est une évidence. Protéger les Français du risque économique est une exigence. Ces impératifs ont un seul et même objectif : tenir ensemble ! Et cela vaut aussi pour la protection des Français vis-à-vis du risque terroriste : face à l’horreur, restons unis. Plus que jamais nous sommes la France ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Agir ens, LaREM et Dem.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Pascal Brindeau.
M. Pascal Brindeau (UDI_I). À mon tour, et au nom de mes collègues du groupe UDI et indépendants, je souhaite exprimer l’effroi et la colère qui nous saisissent face au nouvel horrible attentat qui vient de se dérouler à Nice. Nous avons évidemment une pensée pour les trois victimes, les blessés, leurs familles, et l’ensemble des habitants de la ville de Nice, qui payent un trop lourd tribut au terrorisme islamiste. La République ne doit pas faillir : elle doit désormais agir vite.Le Premier ministre s’est exprimé à la suite de la déclaration du Président de la République d’hier soir. À l’instar du ministre de la santé, ils ont fait état de la gravité de la situation sanitaire de notre pays. Compte tenu de la vitesse de circulation du virus et du nombre de nouveaux malades quotidiens, de patients hospitalisés, de personnes placées en réanimation et, malheureusement, de décès, l’épidémie est désormais hors de contrôle.Cette situation marque un échec collectif. Cet échec, c’est le vôtre, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, qui, trop souvent depuis le déconfinement, êtes dans la réaction et insuffisamment dans l’anticipation.
M. Pascal Brindeau (UDI_I). Et cet échec est aussi le nôtre, collectivement. Comme l’ensemble de nos concitoyens, nous n’avons pas été assez prudents dans nos comportements du quotidien, dans nos familles, auprès de nos amis, dans le travail et notre vie sociale, qui avaient repris car nous pensions pouvoir vivre avec le virus, à ses côtés. Nous savons aussi que nous pouvons mourir avec lui.Ainsi en arrivons-nous à une mesure qui est la seule qui puisse casser les chaînes de contamination, celle du confinement, décidé par le Président de la République à compter de ce soir et qui courra jusqu’au 1er décembre.Le confinement sera généralisé, et non territorialisé, mais ne sera pas de même intensité que celui du printemps dernier. La vie économique et la vie scolaire doivent continuer, nous en comprenons les raisons. Mais avec un virus qui semble de plus forte intensité et un confinement moins contraignant, le délai pour casser les chaînes de contamination sera cette fois plus long. Il faut, monsieur le Premier ministre, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, que vous disiez aux Français que le confinement se prolongera immanquablement au-delà du 1er décembre. Ils ont besoin de transparence et de clarté (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM) pour retrouver la confiance qui, jusqu’à présent, a fait défaut, et pour avoir l’espoir que nous sommes effectivement en capacité de vaincre ce virus.Plusieurs questions se posent au sujet des mesures qui viennent d’être annoncées, et dont nous attendions qu’elles soient mieux détaillées par le Premier ministre.Tout d’abord, si nous comprenons le souci d’humanité qui justifie le maintien de l’ouverture des EHPAD, n’aurait-il pas été plus prudent de n’appliquer cette mesure que dans quinze jours ou dans trois semaines, afin de permettre au personnel soignant – pour lequel nous avons une pensée – de s’organiser différemment ? En effet, le risque de contamination dans les EHPAD est extrême. Par ailleurs, on nous dit qu’un nouveau protocole est prévu pour l’école et que le port du masque sera obligatoire à partir de 6 ans. Mais qu’en est-il de la problématique de la prise des repas en commun à la pause méridienne, qui pose un risque majeur de contamination ? On a entendu qu’il valait mieux qu’un enfant contracte le covid-19 plutôt que de ne pas aller à l’école ; c’est une évidence pour son développement intellectuel, mais il peut rapporter la maladie chez lui.Le groupe UDI et indépendants a adopté une attitude responsable en pointant certaines faiblesses et en formulant des propositions, et la majorité d’entre nous votera la déclaration du Premier ministre. Certains, dont je suis, feront le choix de l’abstention, une abstention inquiète de ce que l’avenir nous réserve.
M. le président (LAREM). La parole est à M. Bertrand Pancher.
M. Bertrand Pancher (LT). Au nom de tous mes collègues, je veux m’associer à l’hommage de la nation, après l’attaque qui a endeuillé Nice et la France.Notre pays fait face à la plus grande crise sanitaire de son histoire récente. C’est un fait que je veux rappeler. Il nous oblige, nous tous – citoyens français et, plus encore, élus de la République –, à agir avec responsabilité. Il nous oblige également à reconnaître que la gestion d’une telle crise n’est pas une mince affaire, car il s’agit d’un virus que l’on connaît encore assez peu.Toutefois, étant donné vos échecs dans la gestion de la crise, nous avons le devoir de souligner vos errements successifs et de réaffirmer l’opposition du groupe Libertés et territoires à la méthode utilisée. Vous nous aviez dit que le confinement serait la dernière des options. Le Conseil scientifique l’a dit. Et, pourtant, nous y sommes.À quoi rime, aujourd’hui, ce débat faussé ? Après un simulacre de concertation, le Président de la République, fidèle à sa pratique verticale du pouvoir, a annoncé le confinement. Ces mesures sont-elles en discussion ? Non ! Il y a deux semaines, j’avais, comme d’autres, demandé que le Parlement soit associé aux réflexions et débatte de l’état d’urgence sanitaire. Mais il fallait que l’échange ait lieu avant les décisions, et non après. (M. Jean Lassalle applaudit.)
M. Bertrand Pancher (LT). Le Parlement est, une fois de plus, réduit au rang de chambre d’enregistrement. C’est là votre conception de la démocratie. L’état d’urgence sanitaire vous a donné tous les moyens d’agir. Cette verticalité a-t-elle été efficace ? Non, évidemment. Nous vous avions alertés : la clé de la réussite, c’est l’adhésion de tous et non la décision de quelques-uns. On a le sentiment que vous avez toujours un coup de retard. Alors que la deuxième vague frappe, brutale et meurtrière, avons-nous tiré les enseignements de la première, celle qui a fait plus de 35 000 morts directs, et tant de morts indirects, faute de soins à temps, en raison de diagnostics ou d’interventions reportés ?J’insiste sur le cas des personnes âgées, dont nous n’avons pas pu apaiser les souffrances ; je pense également aux familles qui n’ont pas pu faire le deuil de leurs proches. Et je veux, au nom de tous, rendre à nouveau un vibrant hommage au personnel soignant qui paie un lourd tribut. Au-delà du respect unanime que nous lui témoignons, je veux donner l’alerte sur son état d’épuisement. Si les mesures du Ségur ont permis de corriger certaines injustices salariales, je rappelle que nous demandons un plan massif de recrutement : il faut s’occuper de tous les professionnels, y compris de la filière sanitaire et sociale et des aides à domicile.Pour revenir à l’urgence de la situation actuelle, nous devons tout mettre en œuvre pour que la deuxième vague ne submerge pas notre système de santé. Cela passera nécessairement par la hausse de notre capacité à traiter les patients. Une des leçons de la première vague est l’inefficacité du système de décision pyramidal, centralisé et suradministré. Pourquoi votre dispositif ne s’appuie-t-il pas davantage sur les cliniques privées et sur le réseau des médecins généralistes, qui jouissent d’une relation de proximité et de confiance avec les patients ? (M. Jean Lassalle applaudit.)D’un mot, je veux aussi dire mes réserves sur la nouvelle application TousAntiCovid. L’échec de la précédente version n’était pas seulement dû à un faible nombre de téléchargements : à rebours de ce solutionnisme technologique, nous voyons que les dispositifs qui ont fait leurs preuves reposent sur une approche humaine et ciblée des cas.Un autre grand défi est celui de la transparence, tant celle des méthodes que celle des processus de décision. Pour ne prendre qu’un exemple, les indicateurs de la crise sanitaire foisonnent – nombre de décès, nombre de personnes infectées, nombre de patients en réanimation, taux d’incidence : c’est une véritable valse. En fin de compte, personne ne s’y retrouve. Pourtant, vous demandez l’adhésion de tous les Français.La transparence doit aussi prévaloir pour les méthodes et les processus de décision. Or la verticalité actuelle tend à infantiliser les Français. (MM. Jean Lassalle et François Ruffin applaudissent.)Ne nous y trompons pas : en présence d’une deuxième vague puissante, nous réclamons des mesures fortes pour freiner l’épidémie. Mais la méthode de prise de décision doit changer. Il n’est plus possible de diriger notre pays, de surcroît en période de crise, comme vous le faites actuellement. Vous réclamez, à juste titre, l’unité nationale, mais vous décidez toujours seuls de tout. Nous sommes au contact de nos concitoyens tous les jours, mais vous nous empêchez d’être la courroie de transmission entre eux et les décisions que vous prenez. La réunion organisée ce mardi entre les responsables des formations politiques, des groupes parlementaires et des grandes associations d’élus locaux était caricaturale.
M. Bertrand Pancher (LT). Caricaturale ! Différents scénarios ont-ils été présentés ? Non. Étiez-vous là pour écouter nos expériences de terrain et nous dire comment vous alliez traiter la situation ? Non. C’est le degré zéro de la concertation.Dans nos régions, le constat est le même : les élus nous disent qu’ils sont mis devant le fait accompli, même sur des sujets concernant leur territoire. Ils n’en peuvent plus. Les féliciter, c’est bien, mais interrogez-vous sur vos méthodes. Et quand la machine administrative s’en mêle, on aboutit à des décisions que nos concitoyens ne peuvent pas comprendre.
M. Bertrand Pancher (LT). Comment vais-je expliquer à un habitant de mon département rural, la Meuse, qu’il sera confiné avec les mêmes restrictions qu’un Parisien ? Qu’il ne pourra pas aller ramasser des champignons, alors qu’il a peu de chances de croiser quelqu’un ? Notre demande d’une approche territorialisée et d’une concertation avec les acteurs locaux est restée lettre morte, tout comme celle d’une adaptation des mesures au contexte démographique et sanitaire des régions.Mesdames et messieurs les ministres, j’ai bien l’impression qu’en vous tous, les préfets l’ont emporté sur les élus que vous étiez et que vous restez peut-être. Ce fossé entre nous pourrait se résumer par deux images vues hier : d’un côté, celle du Président de la République, qui annonce seul son plan dans une adresse aux Français ; de l’autre, celle de la chancelière allemande, qui donne une conférence de presse entourée d’élus, après une concertation de quatre heures avec les ministres-présidents des seize Länder. Le contraste est saisissant.
M. Rémy Rebeyrotte (LAREM). Il est vrai que l’Allemagne n’a pas Mme Wonner…
M. Bertrand Pancher (LT). Nous voici donc à l’aube d’un nouveau confinement. Il est aisé de comprendre votre choix de donner la priorité au travail sur toute autre activité car, même si les entreprises privées et publiques restent les principaux foyers de transmission du virus, il importe que l’économie ne s’effondre pas.Certains métiers ne peuvent se faire qu’en présentiel ; pour eux, les protocoles sanitaires doivent être appliqués et renforcés, en lien avec les partenaires sociaux. Mais, pour les autres, pourquoi ne pas avoir profité de l’entre-deux-vagues pour organiser le recours massif au télétravail ? Certains demandent un cadrage beaucoup plus serré et plus de clarté face aux réticences de certaines entreprises, et l’État employeur est loin d’être exemplaire en la matière. Ce défaut d’anticipation nous expose, une fois de plus, à un télétravail subi et désorganisé.
M. Pacôme Rupin (LAREM). Mais puisque tout va bien d’après Mme Wonner !
M. Bertrand Pancher (LT). Autre motif d’inquiétude sur les annonces d’hier soir : l’école, autre foyer privilégié de transmission du virus, même si les enfants sont moins touchés. S’il est important d’autoriser une réelle continuité pédagogique, des études mettent en lumière des craintes s’agissant des collèges et lycées. Comment allez-vous faire en sorte que ces établissements ne se transforment pas en clusters ?
M. Sacha Houlié (LAREM). Mais tout va bien, nous dit Mme Wonner !
M. Bertrand Pancher (LT). Quels seront les engagements auprès des collectivités pour renforcer l’adaptation des locaux ? Vous organisez une concertation ce soir, pour des décisions applicables demain. Les enseignants ne rechignent pas à être en première ligne, mais – pour filer la métaphore guerrière – ils n’entendent pas être traités comme de la chair à canon.Enfin, je ne saurais terminer mon propos sans relayer l’extrême inquiétude des commerçants de proximité, cafetiers, restaurateurs et indépendants. Durement éprouvés depuis le mois de mars, ils espéraient le retour des jours heureux, que vous aviez annoncés, et qui ne viendront pas. La grande distribution et les plateformes de vente en ligne, elles, se frottent les mains. (M. Jean Lassalle applaudit.)
M. Bertrand Pancher (LT). La gestion de la première vague a cruellement manqué d’anticipation, de concertation et de transparence, et force est de constater que vous persistez dans ces méthodes. Au fond, on a l’impression que tout le monde est responsable, sauf vous.
M. Bertrand Pancher (LT). Or gouverner, c’est prévoir. Mesdames et messieurs les ministres, vous ne réussirez pas seuls à juguler la crise et, demain, à reconstruire le pays si vous n’évitez pas de reproduire les erreurs du passé : course effrénée à la consommation sans limites, pillage organisé de la planète, dégradation des services publics, multiplication des inégalités sociales, concentration des richesses, démocraties qui se jettent dans les bras de populistes faisant fi de toutes les libertés publiques et valeurs humaines.
M. Bertrand Pancher (LT). Or la confiance ne se décrète pas, elle se noue au fil d’un dialogue sincère et respectueux entre chaque partie. (Applaudissements sur les bancs des groupes LT et FI.) Cette confiance est l’une des conditions essentielles pour agir efficacement. Cette confiance, nous sommes au regret de ne plus pouvoir vous l’accorder. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur quelques bancs des groupes FI et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Luc Mélenchon.
M. Jean-Luc Mélenchon (FI). Je veux exprimer, au nom de tous les insoumis de France, nos condoléances affligées et horrifiées aux familles des victimes ainsi que – je veux le souligner – notre totale solidarité avec les catholiques de France menacés dans la pratique de leur foi. (Applaudissements sur plusieurs bancs.) Il est significatif qu’en France, après la liberté de savoir, c’est la liberté du culte qui soit attaquée. Je rappelle que la laïcité, en France, est l’héritière d’une bataille implacable pour la liberté du culte.
M. Jean-Luc Mélenchon (FI). C’est dans ce contexte glaçant que nous sommes conduits à discuter d’un sujet qui nous oppose, à savoir la méthode et les manières de faire face à la situation de détresse sanitaire que nous sommes en train d’affronter.Personne ne vous reprochera la pandémie, monsieur le Premier ministre, ce serait absurde. Mais voici la deuxième vague de l’épidémie – le Président de la République, vous l’aurez peut-être noté, a déjà annoncé la troisième –, et tout le monde peut constater que vous êtes pris de court, « surpris », a dit le Président, qui fanfaronnait pourtant en juillet : « Tout est prêt. »Le plan de déconfinement a été un échec. Personne ne s’en réjouit. Vous n’avez pas préparé ce qui devait l’être. Dès lors, l’épidémie est hors de contrôle et, permettez-moi de le dire, il me semble que le Président aussi. D’où sort le plan qu’il a présenté hier soir et que vous avez repris dans votre discours aujourd’hui ? Qui est l’auteur de ce plan ? Pas l’Assemblée nationale, pas une de ses commissions ; ni non plus le Gouvernement, qui ne s’est pas réuni pour en délibérer. De qui, alors, monsieur Castex, êtes-vous le facteur ?« Le conseil de défense », a répondu hier le porte-parole du Gouvernement : une sorte de gouvernement secret, qui décide sans rendre de comptes à personne ni avoir été élu par personne. « De défense », dites-vous, car les chefs militaires s’y trouvent avec les chefs du renseignement.
M. Jean-Luc Mélenchon (FI). Mais nous ne sommes pas en guerre ! Nous traversons une crise sanitaire, nous affrontons un virus : le virus n’a pas de stratégie, son traitement doit être sanitaire, non pas militaire. C’est au Gouvernement de gouverner, ce n’est pas à un conseil aux délibérations secrètes. C’est au Gouvernement de planifier les actions, après avoir consulté ses conseils scientifiques et médicaux. Au lieu de quoi un homme décide de tout, tout seul, entouré d’un conseil de défense hors-sol.Hélas, hélas, hélas ! Aucune leçon ou presque n’a été tirée des mésaventures du premier confinement. Nous nous battons encore une fois pour empêcher la saturation des lits de réanimation, car le problème vient, encore une fois, de la destruction de l’hôpital public, qui se poursuit.Vous nous présentez un plan à prendre ou à laisser, sans le moindre amendement possible, même d’une ligne. Vous nous demandez un vote de confiance. Eh bien, nous n’avons pas confiance ! Et nous avons même de moins en moins confiance, autant vous le dire ! (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR. – M. Jean Lassalle applaudit également.)Si nous respecterons les disciplines sanitaires que vous aurez fait adopter ici, grâce au vote de votre majorité, c’est pour le salut commun et par respect pour les nouveaux sacrifices demandés aux soignants. Ne nous demandez pas en revanche de fermer les yeux sur ce qui nous semble une incohérence majeure : les principaux foyers de contamination restent ouverts.Nous ne vous demanderions pas d’adopter nos onze propositions de loi, nos cinq plans pour faire face à l’urgence sanitaire, ni les conclusions de notre commission d’enquête de suivi du covid-19. Nous ne vous demanderions pas de faire amende honorable, pour nous avoir ri au nez quand nous vous mettions en garde contre l’arrivée possible d’une nouvelle vague, ni pour vos réponses arrogantes tout au long de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale.Ce que nous vous demandons, encore une fois, c’est de faire ce que vous n’avez pas fait la dernière fois, et qui est indispensable. Premièrement, il faut garantir la production des moyens de soins ; remettre en route les chaînes de production de Luxfer, pour disposer des bouteilles d’oxygène adéquates (Applaudissements sur les bancs du groupe FI - Mme Christine Pires Beaune applaudit également) ; commander les bons respirateurs, réquisitionner Famar pour produire les molécules pharmaceutiques nécessaires ; interdire à Sanofi la fermeture d’activités de production de molécules pharmaceutiques ; réquisitionner toutes les unités de production capables de produire les gants, les surblouses et les charlottes nécessaires aux soignants ; embaucher immédiatement les personnels nécessaires, en commençant – car je sais bien qu’on ne les trouve pas d’un claquement de doigts – par proposer les postes aux 180 000 personnes déjà qualifiées, qui ont quitté un métier où ils étaient maintenus dans la précarité, et pour lequel ils recevaient des salaires insuffisants.Deuxièmement, il faut garantir l’accueil de la jeune génération. Vous avez voulu qu’elle reprenne les cours dix jours en juin ; c’était hasardeux et vous n’en avez rien appris, comme on le voit depuis la rentrée.
M. Jean-Luc Mélenchon (FI). Vous n’avez pris aucune disposition de réquisition des bâtiments pour faire face à la promiscuité sanitaire des enfants et des maîtres. Vous n’avez prévu aucune embauche d’assistants des enseignants, pour aider ceux-ci à organiser le rattrapage scolaire et la division des effectifs en sous-groupes.Troisièmement, il faut garantir la solidarité humaine. Je vous en conjure, entendez sonner le tocsin de la pauvreté en France. Chez les 10 millions de pauvres, la détresse alimentaire va s’installer. Il faut dans chaque commune organiser des points de ravitaillements sociaux en suivant le modèle des associations de solidarité.Écoutez bien ! Vous n’empêcherez aucun des parents qui n’ont ni revenu ni travail de sortir à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour trouver de la nourriture pour leurs familles. Il n’y a pas, comme le montre cet exemple, de discipline sanitaire et de consentement à l’autorité possibles sans solidarité humaine. (MM. Adrien Quatennens et Jean Lassalle applaudissent.)Ne laissez pas sans revenu les précaires, dont la masse des étudiants et des artistes qui contribuent à la beauté de la vie. Mettez à contribution les profiteurs de crise, ceux qui se sont fabuleusement enrichis pendant le premier confinement. Deux jours de leurs superprofits en cette période suffiraient à dégager 3 milliards d’euros, permettant au moins à chacun de manger dignement chaque jour.Dans quel pays allons-nous vivre ? Je suis sûr que vous êtes tous étreints de la même angoisse, de la même inquiétude que moi, quelles que soient par ailleurs nos convictions. Dans quel pays allons-nous vivre ? Sans joie, sans gaieté, sans contacts humains, sans rires familiaux ni amicaux, sans théâtres, sans cinémas, sans concerts. Auto, métro, boulot, dodo, au sens strict ! Vous ne sortirez que pour aller travailler, a dit le Président.Nous allons vivre de quinze jours en quinze jours, en attendant les décisions du conseil de défense et du président Macron, qui nous indiqueront à quelle heure nous pouvons sortir, pendant combien de temps, à quelle heure nous devons rentrer, et quel sera le montant de l’amende infligée si nous désobéissons.Que reste-t-il de notre liberté individuelle, fondatrice de l’identité humaine ? Où sont passées nos libertés collectives ? Comment nommer cette société, entre surveillance généralisée et terrorisme sporadique ? En trois ans, la liberté semble s’être effacée de nos vies. Puisse-t-elle y revenir !Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Non. Mais rappelons-nous, pour conclure, qu’il n’y a pas de jours heureux sans, auparavant, de résistance humaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR et sur quelques bancs du groupe LR.)
(À onze heures cinq, Mme Annie Genevard remplace M. Richard Ferrand au fauteuil de la présidence.)
M. Sébastien Jumel (GDR). Face au terrorisme, la République est une, solidaire, indivisible. J’exprime, au nom du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, notre soutien irréfragable, notre compassion à l’égard des victimes. Vous savez pouvoir compter sur notre soutien, pour défendre la République dans une démocratie vivante. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI et sur quelques bancs des groupes LaREM, LR et Dem.)En mars dernier, quand le Président de la République annonçait à notre pays son confinement pour de longues semaines, nous ne l’avons pas contesté, jugeant qu’après tout, d’autres pays étaient pris de surprise, et que, sans doute, si l’on voulait se donner le temps et les moyens de réarmer notre système de santé, abîmé par vingt ans de politique libérale, il n’y avait pas d’autre choix.Nos concitoyens, sidérés, ont alors pris conscience plus fortement que jamais que notre système de santé, classé il y a vingt ans encore comme l’un des meilleurs du monde, se trouverait rapidement incapable d’accueillir tous les malades, ou pire, contraint de les trier, contre toutes valeurs, et en dépit de la mobilisation et des efforts héroïques de la communauté hospitalière.La première vague a été forte, aux plans humain, psychologique et économique. Elle a été éprouvante, éreintante même, pour les soignants, pour les enseignants, comme pour tous les autres. Elle a accentué les inégalités scolaires, sociales et territoriales. Les plus riches ont continué à s’enrichir, au détriment des plus pauvres, toujours plus nombreux. (MM. François Ruffin et Jean Lassalle applaudissent.)
M. Sébastien Jumel (GDR). Au plus fort de la crise, alors qu’ils étaient privés de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de blouses, de lits, les soignants ont fait face. Les premiers de corvée ont démontré leur utilité vitale. Les Français ont fait preuve de responsabilité. Les élus de proximité, malgré la verticalité du pouvoir, ont montré que, quand tout fout le camp, les communes, notamment, savent être efficaces pour prendre soin des habitants.Les Français ont fait marcher le système D avec intelligence et générosité. Les associations de solidarité ont fait front. Des entreprises ont réinventé des savoir-faire français pour satisfaire des besoins de santé élémentaires et ont donné du souffle, en discours au moins, à la souveraineté industrielle. Le temps des jours heureux était venu, on annonçait un Ségur de la santé, les leçons d’un système économique libéral à bout de souffle allaient être tirées, du moins certains y croyaient.Marc Bloch, dans L’Étrange Défaite, nous l’assure :« Se tromper au départ, il est peu de grands capitaines qui ne s’y soient laissé quelquefois entraîner ; la tragédie commence quand les chefs ne savent pas réparer. » Nous y sommes aujourd’hui. Vous semblez n’avoir tiré aucune leçon de la première vague.La réalité sanitaire est incontestable, sa gravité est incontestée. Je le dis d’emblée : pour les membres du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, rien n’est plus important que la vie et la santé.Les mesures de fermeture de bars et de restaurants, les mesures de précaution fortes suivies par les commerçants de proximité, qui ont été responsables, n’ont, selon vous, pas montré d’efficacité suffisante. Échec !Échec aussi de la stratégie « tester, tracer, isoler », au regard de l’explosion du nombre de cas et des délais trop longs pour obtenir les résultats des tests. Les brigades sanitaires sont en effet incapables de casser les chaînes de contamination, à tel point qu’Antoine Flahault, auditionné par la mission d’information de la conférence des présidents sur l’impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l’épidémie de Coronavirus-Covid 19, nous alertait en septembre : « Quand on recherche un foyer infectieux, s’il faut une semaine pour obtenir le résultat d’un test PCR, tester ne sert à rien sinon à faire de la belle épidémiologie. »En ce qui concerne les capacités hospitalières, échec également ! Votre gouvernement, comme ceux qui l’ont précédé, est comptable de la situation sanitaire de l’hôpital. Alors que les parlementaires communistes avaient sonné l’alarme en début de législature, en organisant un tour de France des hôpitaux, et que la communauté hospitalière manifestait son désarroi, vous avez poursuivi votre politique de compression des dépenses, de budget en budget : 800 millions d’euros en moins cette année ; 4 milliards d’euros en moins et 7 600 fermetures de lit depuis que vous êtes aux responsabilités.Certes, devant la fronde, et pour faire face à la crise, le Gouvernement a adopté des mesures de revalorisation pour les personnels hospitaliers et les EHPAD, mais vous n’avez pas accordé de moyens pour embaucher et ouvrir des lits. Le manque de personnel est, vous le savez, aggravé par les démissions qui se poursuivent dans les services et le personnel soignant est à bout.Alors oui, nous avons le devoir d’être sévères et en colère, car vous vous contentez de donner quelques signes en faisant de trop nombreux oubliés, et surtout, vous n’avez pas changé de cap.Oui, il était possible de mieux anticiper et de ralentir l’épidémie, en déconfinant de manière plus progressive, en ne chantant pas, comme la cigale pendant l’été : « Partez ! Partez ! Tout est réglé ! » Oui, il était souhaitable d’améliorer la politique des tests, en offrant des résultats plus rapides, en vingt-quatre heures.Oui, il serait nécessaire de généraliser les tests salivaires dans les EHPAD, moins violents pour nos aînés. Oui, vous auriez dû développer un plan de formation massif pour les infirmiers en réanimation, vous auriez dû interdire les fermetures de lits entre les deux vagues, mobiliser les 6 000 médecins de la réserve médicale, mobiliser la protection civile et éviter la fuite des médecins vers le privé, en prenant des mesures de régulation.Oui, vous auriez dû prévoir des enveloppes pour l’embauche en CDI et non en CDD de personnels soignants non médicaux. Au minimum, il aurait fallu 30 000 postes supplémentaires. Vous auriez pu engager un véritable dialogue social, pour développer le télétravail pour 30 % des salariés du privés, ou même pour ceux de la fonction publique. Enfin, vous auriez pu développer la formation à distance, en amont, dans les universités. Mais vous n’avez rien fait de tout cela.Alors que l’immense difficulté de la tâche aurait dû vous conduire à l’humilité et à l’écoute de la démocratie, vous vous êtes enfermés dans vos certitudes et dans l’exercice solitaire d’un pouvoir toujours plus vertical, technocratique, déshumanisé, et déconnecté des réalités sociales.Un jeune élu des quartiers populaires de Dieppe me disait hier sa colère : « Ils ne savent pas ce que c’est de vivre en HLM. Dis-leur notre colère, Sébastien ! Leurs chiottes sont plus grands que mon salon ! » Comment avoir confiance, dans ces conditions, dans un président qui promet en juillet que tout sera prêt pour la rentrée, dans un chef du Gouvernement qui déconfine si bien qu’il doit reconfiner quelques semaines plus tard, dans un exécutif qui veut faire porter au Parlement la responsabilité de ses inconséquences en le sommant la veille de l’approuver le lendemain.Le cœur de votre échec est votre incapacité à construire la confiance, à construire une société prête à faire face. Vos choix sont une addition de promesses sans lendemain. Hier encore, vous plaidiez pour le Ségur, qui n’est finalement qu’un tee-shirt face à la bise. Vous n’avez pas réussi à mobiliser les forces vives de la nation, et vous méprisez ses composantes les plus essentielles.Si l’heure n’était pas si grave, si la pauvreté et les détresses psychologiques n’avaient pas explosé, si les petits de l’économie réelle, de la culture et de la vie associative n’étaient pas au bord du gouffre, si la colère n’était pas à son paroxysme, on vous répéterait les belles paroles des premiers vingt-heures sur « les jours d’après, les jours heureux ». Rien n’a changé, vous êtes restés dans le temps d’avant, à défaut d’un temps d’avance. Gouverner, ce n’est pas communiquer, gouverner, c’est anticiper, protéger, prévoir.Tout le monde savait, depuis le printemps, que ce virus respiratoire exploserait à l’automne, avec le retour du froid.
M. Erwan Balanant (DEM). Et pourtant, vous avez rejeté tous les textes pour l’anticiper !
M. Sébastien Jumel (GDR). Or vous avez gouverné à la godille. D’ailleurs, votre confinement n’en est pas un. Vous maintenez à leurs postes les petites mains qui font tourner les machines en première ligne. Votre confinement, c’est un couvre-feu devenu couvre soleil, et, pour les outre-mer, un flou artistique anxiogène. (M. Moetai Brotherson acquiesce.)La vérité, c’est qu’alors que les Français s’attendent à cette mesure depuis quinze jours, vous jouez le coup de théâtre. Cela aussi nous est insupportable. Personne ne nie l’évolution de l’épidémie, les scientifiques l’avaient annoncée. Vous nous avez infantilisés, vous avez infantilisé la démocratie, alors que l’enjeu primordial était de fédérer, de susciter l’adhésion.Vous voudriez que le Parlement, en chœur, vous donne acte. Mais c’est déjà trop tard ! Le Président de la République a déjà décidé, alors que faisons-nous ici ? Les institutions sont bouleversées. Entre une économie capitaliste, déjà malade, et l’urgence sanitaire, il n’y a pas à choisir.Votre stratégie est perdante à coup sûr, parce qu’elle conduit, selon l’analyse de Romaric Godin, au pire des deux mondes : un désastre économique – 1 million de pauvres supplémentaires, la précarité qui s’installe –, et un désastre sanitaire, qui se poursuit.Les agriculteurs, les pêcheurs et les premiers de corvée du quotidien ont répondu présents, mais vous les avez abandonnés, ignorés, humiliés, quand ils ne sont pas licenciés, comme les caissières de supermarché.Monsieur le Premier ministre, nous croyons en l’État qui protège, en l’État qui prend soin, en l’État fort qui mobilise ses forces vives. C’est pour cela que nous assumons notre rôle avec responsabilité. L’utilité nationale ne se décrète pas, le contrat social n’est fort que lorsqu’il remplit les conditions démocratiques et sociales qui permettent de protéger les plus fragiles d’entre nous.Au bout du compte, cette situation, c’est votre échec. Vous proposez le confinement pour nos aînés, les malades les fragiles, les chômeurs et tous ceux qui sont assignés au quotidien à la maison ; pour les autres, c’est couvre-feu étendu : auto, métro, boulot, maison.L’enjeu de ce matin n’est pas le vote : avec votre majorité, vous avez déjà pris la décision. Il est de notre responsabilité de protéger l’hôpital. On ne joue pas avec la vie, ni avec les soignants, ni avec les Français, et nous respecterons les nouvelles mesures sanitaires.Mais on doit pouvoir fêter Noël sans croire en Emmanuel Macron. Et notre groupe est unanime à dire que l’important, c’est qu’en démocratie, que cela vous plaise ou non, ce que nous pensons, nous vous le disons. L’enjeu, pour aujourd’hui et pour demain, reste bien d’offrir à notre pays déprimé un nouvel horizon. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe FI.)
(À onze heures quinze, M. Richard Ferrand remplace Mme Annie Genevard au fauteuil de la présidence.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Stanislas Guerini.
M. Stanislas Guerini (LAREM). Notre pays fait face aujourd’hui à bien des menaces, et je veux, en débutant mon propos, au nom de La République en marche, exprimer l’horreur qui nous saisit face à ce nouvel attentat à Nice et assurer les familles et les proches des victimes de notre totale solidarité. (Applaudissements sur tous les bancs.) Je veux également dire notre totale détermination à ne rien abandonner de la défense de notre République. Non, ces terroristes ne mettront pas notre démocratie à terre, ils ne briseront rien de ce en quoi nous croyons !Je salue, dans ce contexte terrible, le débat démocratique que nous avons aujourd’hui. Le Premier ministre a exposé les éléments essentiels de cette nouvelle étape – cette nouvelle épreuve – dans la lutte contre le virus. De ce plan de déconfinement, nous pouvons débattre et discuter démocratiquement. (Protestations sur les bancs des groupes FI, GDR, SOC et LR.)
M. Stanislas Guerini (LAREM). Quand nous débattons vous criez, quand nous ne débattons pas, vous pleurez : régulez vos émotions, ça nous fera du bien ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)En cet instant où, précisément, la démocratie s’exprime dans cet hémicycle, je pense à la grande émotion qui nous a tous unis, ici même, quand nous avons eu la joie de retrouver nos collègues Jean-Luc Reitzer et Raphaël Gérard, après qu’ils eurent mené pendant des mois une lutte acharnée contre ce virus, qui a malheureusement emporté notre collègue Claude Goasguen, dont je salue la mémoire aujourd’hui. Nombre de Français, comme nous, ont des collègues, des amis, des membres de leur famille malades ou décédés, tant cette terrible maladie s’est immiscée partout dans notre pays. C’est à eux que je pense aujourd’hui.Le virus n’a pas changé. C’est le même virus. Il tue – y compris des jeunes –, il opprime la respiration, il écrase de fatigue et de fièvre, il enlève le goût et l’odorat, il laisse des séquelles dont nous ignorons encore toutes les conséquences. Nous sommes face à un monstre, un monstre silencieux qui laisse derrière lui, au-delà des statistiques quotidiennes, au-delà des chiffres, la souffrance et le deuil.C’est pour cela que notre première responsabilité est de protéger par nos décisions chacun de nos concitoyens, parce que chaque personne qui part en réanimation, c’est une personne de trop, c’est une souffrance de trop et c’est parfois un mort de trop ; parce que, avant même de parler des capacités de nos hôpitaux, il faut dire et redire cette vérité : si nous avions 50 000 places de réanimation, il ne faudrait pas accepter d’envoyer 50 000 de nos concitoyens en réanimation ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. Stanislas Guerini (LAREM). C’est un constat sur lequel nous pourrions tous nous mettre d’accord, sur lequel l’unité de la nation doit pouvoir se faire. Indépendamment de toutes les critiques qui peuvent légitimement nous être opposées, nous avons l’impérieux devoir de casser la progression effrayante de ce virus. Ce virus ne connaît ni majorité ni opposition, il n’est ni de gauche ni de droite,…
M. Stanislas Guerini (LAREM). …il n’est ni allemand, ni italien, ni belge ni français. Il n’a ni appartenance politique ni nationalité, il déferle avec la même brutalité sur tous les pays européens ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.) Face à lui, le Gouvernement et notre majorité ont fait, derrière le Président de la République, le choix constant de placer l’humain et la santé au-dessus de tout le reste, quoi qu’il arrive. Nous l’avons fait hier, comme depuis le premier jour de cette crise,…