M. Ian Boucard (LR). Ma question s’adresse à M. le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Mercredi dernier, lors de sa conférence de presse, le Président de la République a longuement évoqué « nos compatriotes qui gagnent déjà trop pour être aidés et pas assez pour bien vivre, la France populaire, la France des classes moyennes, celle qui dit : "Quand vous proposez quelque chose, ce n’est jamais pour moi". Et pourtant, c’est celle qui tient le pays. » Le constat est juste, mais il aura fallu sept ans au Président pour comprendre le drame que connaît notre pays : l’impossibilité pour les Français qui travaillent dur de vivre correctement et de faire vivre décemment leur famille grâce aux revenus de leur travail. Sept ans pour se rendre compte que dans notre pays, des millions de Français ne vivent pas mieux en travaillant que s’ils restaient à la maison. Sept ans d’aveuglement et bien souvent de mépris pour la majorité silencieuse.Ces Français qui « tiennent le pays » sont assommés par l’inflation galopante. Chacun s’en rend compte en remplissant son caddie de courses ou son réservoir de carburant.
Le prix des produits de grande consommation alimentaire – produits essentiels – a augmenté de 24,8 % depuis janvier 2022, comme le révèle UFC-Que choisir. Et ce n’est pas fini, car en ce début d’année, le Gouvernement a décidé d’aggraver les choses en infligeant une nouvelle taxe aux Français : la hausse de 9,8 % du prix de l’électricité. (Exclamations sur quelques bancs du groupe RE.)Lorsqu’on gouverne, il y a la parole, mais il y a surtout les actes. Vous prétendez vouloir protéger les classes moyennes, mais dans les faits, vous réinstaurez la taxe sur la consommation finale d’électricité. Alors que les Français n’ont jamais été autant en difficulté, alors qu’ils ont multiplié les efforts pour diminuer leur consommation électrique, leurs factures énergétiques n’auront jamais été aussi élevées. C’est le résultat de décisions politiques graves, celles de votre gouvernement.Monsieur le ministre, allez-vous enfin prendre conscience des difficultés de ces millions de Français ? Êtes-vous prêt à annuler cette hausse scandaleuse du prix de l’électricité ? Qu’allez-vous faire concrètement pour améliorer le pouvoir d’achat des Français, et pour passer de la parole aux actes ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement.
Mme Prisca Thevenot. Pour répondre à votre question, monsieur Minot, le ministre de l’économie est en déplacement avec le Président de la République ; cet impératif était connu de tous. (Protestations sur les bancs du groupe LR.)
Mme Prisca Thevenot. …en créant un bouclier tarifaire, afin qu’ils ne subissent pas la hausse massive des factures d’électricité qu’ont connue tous nos voisins européens en 2022 et 2023. Sans l’action du Gouvernement, le tarif réglementé de vente d’électricité aurait doublé. L’État a pris en charge plus de la moitié de la facture des Français.
Mme Prisca Thevenot. Nous continuons à agir massivement sur le prix de l’électricité en 2024 : la taxe sur l’électricité est maintenue en dessous du niveau d’avant la crise, et le chèque énergie est prolongé pour les ménages les plus fragiles ; par ailleurs, l’amortisseur électricité, le plafonnement du prix de l’électricité pour les très petites entreprises (TPE) et les aides aux entreprises ayant signé des contrats au pire moment de la crise sont maintenus.Nous agissons également à long terme pour que les prix appliqués en France restent durablement les moins chers d’Europe, comme c’est le cas actuellement. Cela passe par la relance de la production nucléaire, la hausse de la production d’énergies renouvelables, le plan de sobriété énergétique et la réforme du marché européen de l’électricité.
M. Fabien Di Filippo (LR). Je ne regrette pas l’absence de M. Le Maire, Mme Thevenot lit aussi bien que lui !
Mme Prisca Thevenot. Vous ne semblez pas m’écouter, preuve que ces sujets vous intéressent malheureusement trop peu. Peut-être pourriez-vous aussi demander à vos collègues du Sénat, où votre famille politique est majoritaire, pourquoi, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2024, ils ont demandé la suppression massive et brutale du bouclier tarifaire.
M. Ian Boucard (LR). Le prix de l’électricité croît de 10 %, alors que le Smic n’augmente que de 1,14 % : voilà comment vous agissez pour la France qui travaille ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme Anne Le Hénanff (HOR). Depuis le 1er janvier 2024, le dispositif d’aide aux travaux de rénovation énergétique MaPrimeRénov’ bénéficie d’une enveloppe de 1,6 milliard d’euros supplémentaires, mais comporte surtout de nouvelles règles plus contraignantes, sources d’inquiétude pour de nombreux artisans et petites entreprises du bâtiment. Cette actualisation s’inscrit dans la volonté du Gouvernement d’accélérer la transition énergétique des logements en favorisant les travaux de rénovation d’ampleur. Cela se traduit par un recentrage des aides sur des bouquets de rénovation en vue d’atteindre 200 000 rénovations globales en 2024.Les associations et les fédérations d’artisans et de petites entreprises du bâtiment, que j’ai rencontrées récemment dans ma circonscription, en redoutent les conséquences. En effet, les rénovations globales sont très contraignantes pour les logements occupés, et les restes à charge sont élevés compte tenu du montant des travaux. Mais ce qui les inquiète le plus, ce sont les nouvelles obligations pour les entreprises pouvant mener les travaux : elles doivent désormais détenir le label Reconnu garant de l’environnement (RGE), agrément complexe à obtenir, surtout pour les petites structures. Ces professionnels craignent que les grands groupes à dimension régionale voire nationale soient favorisés sur le marché, à leur détriment. Dans un contexte de marché déjà difficile, ils ont adressé un courrier à l’ancienne Première ministre, Élisabeth Borne, pour l’alerter sur cette situation et pour lui soumettre des propositions alternatives concrètes visant à ne pas exclure les 600 000 artisans et PME concernés. Par exemple, à la place de la certification RGE, ils proposent qu’une fois les travaux effectués par l’entreprise, une certification de fin de chantier atteste leur conformité. Quels éléments pouvez-vous apporter à ces artisans et à ces entreprises pour lever leurs inquiétudes ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR. – Mme Emmanuelle Anthoine applaudit également.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
M. Christophe Béchu. Les bâtiments représentent 20 % de nos émissions de CO2. Nous devons être capables de mieux les rénover et de mieux les isoler : c’est bon pour la planète – puisque cela limite les émissions –, et c’est bon pour le pouvoir d’achat de ceux qui y vivent. Comme vous le savez, nous mettons un accent particulier sur la rénovation des passoires thermiques.
M. Fabrice Brun (LR). Il faut surtout simplifier MaPrimeRénov’ !
M. Christophe Béchu. Les modifications qui ont été apportées il y a quelques jours à MaPrimeRénov’ ont un double objectif : poursuivre massivement l’augmentation des rénovations énergétiques et améliorer leur qualité. Au-delà de notre objectif de 700 000 rénovations par an – soit une multiplication par dix par rapport à la situation antérieure –, nous souhaitons augmenter la part des rénovations performantes.
M. Christophe Béchu. Les deux nouveaux piliers – efficacité et performance – qui ont été instaurés le 1er janvier 2024 visent donc à accroître les rénovations performantes, en particulier grâce à la systématisation du dispositif MonAccompagnateurRénov’.
M. Aurélien Pradié (LR). Ils cherchent un chef de bureau à l’Agence de la transition écologique !
M. Christophe Béchu. Le courrier du président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), auquel vous avez fait allusion, a retenu mon attention en qualité de ministre, ainsi que celle du nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, dans un contexte où le Président de la République appelle à une simplification des dispositifs.
M. Fabrice Brun (LR). Ce n’est pas l’intention qui compte mais la pratique !
M. Christophe Béchu. Vous avez évoqué les groupements momentanés d’entreprises, qui permettent à des artisans de répondre collectivement aux appels d’offres pour ne pas laisser les marchés aux grands groupes, et les pistes de simplification du RGE. Je vous annonce qu’au cours du mois de février,…
M. Christophe Béchu. …je réunirai, au ministère, un comité de suivi de la rénovation énergétique avec l’ensemble des forces vives, notamment les artisans (M. Jean-Paul Lecoq s’exclame) pour étudier les simplifications possibles…
M. Christophe Béchu. …et la façon dont nous pouvons faciliter la vie des premiers concernés, tout en maintenant le rythme de la transition écologique. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et HOR.)
M. Jordan Guitton (RN). Ma question s’adresse à M. le ministre de l’intérieur et des outre-mer. Je tiens d’abord à saluer le travail remarquable des forces de l’ordre, qui œuvrent chaque jour à la protection des Français. Le chaos sécuritaire s’accentue toujours plus, avec des chiffres vertigineux : en 2023, 1 000 agressions par jour. Le chaos sécuritaire tue jusqu’aux agriculteurs qui manifestent légitimement – je veux ici leur rendre hommage. La délinquance se répand jusqu’au plus petit des villages. Dans mon département, l’Aube, les cambriolages ont explosé de 200 % fin 2023. Il y a deux jours encore, un tabac se faisait braquer à Bar-sur-Aube, dans mon territoire.Cette insécurité est un véritable fléau ; elle menace les Français qui travaillent chaque jour et se voient voler leurs biens et leur intimité. C’est le résultat de votre politique laxiste : Dupond-Moretti, Darmanin, même constat, même échec, rien ne change. En guise de remerciements, vous avez été reconduits dans vos ministères : c’est ce qu’on appelle la prime à l’incompétence ! (M. François Cormier-Bouligeon s’exclame.)
M. Erwan Balanant (DEM). Plus que trente secondes pour citer Marine Le Pen !
M. Jordan Guitton (RN). Votre volonté politique est nulle. Combien d’individus sont trop vite relâchés et passent plus de jours à récidiver qu’en prison ? La peur doit changer de camp ! M. Darmanin dit aimer terminer le travail commencé, mais il n’a rien commencé. Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) ? Elles sont neuf sur dix à ne pas être appliquées, ce qui nous met en danger – nous l’avons encore vu hier. La lutte contre les agressions ? Il s’en produit une toutes les quarante-quatre secondes. L’expulsion des clandestins ? Ils sont presque 1 million sur notre territoire, selon votre ministère.M. Darmanin a trahi sa famille politique pour rejoindre le candidat du vide ; mais le vide, c’est l’ensemble de votre gouvernement.
M. Jordan Guitton (RN). Ma question est simple : allez-vous enfin commencer quelque chose pour protéger les Français ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme Marie Lebec (RE). Pour répondre à votre question, qui était, somme toute, une mise en accusation du Gouvernement, je rappellerai que dans votre département de l’Aube, la lutte contre les cambriolages – qui est une des priorités du ministre de l’intérieur et des outre-mer – s’est considérablement améliorée grâce à la mobilisation exceptionnelle des policiers, des gendarmes et des magistrats. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Mme Marie Lebec (RE). Grâce à cette mobilisation, nous avons réussi à inverser la tendance. Alors que la hausse des cambriolages était très forte en 2022, à 11 %, elle n’était plus que de 3 % l’année dernière. Surtout, les cambriolages ont diminué lors des derniers mois de l’année 2023 : leur nombre total était en baisse de 2 % par rapport au trimestre précédent. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.) Il faut reconnaître cet effort important aux policiers et aux gendarmes qui, dans les départements, ont bénéficié du plan national de sécurisation renforcée à compter de septembre 2022.
M. Aurélien Pradié (LR). M. Riester était plus calme, un peu hautain mais plus calme !
Mme Marie Lebec (RE). Les cambriolages sont en baisse, alors qu’ils avaient augmenté fortement en 2022. Quelques exemples emblématiques témoignent de cette lutte : moins 6 % dans les Bouches-du-Rhône, moins 14 % en Loire-Atlantique et moins 20 % dans le Rhône. Paris et sa petite couronne connaissent une baisse de 1 % ; c’est encore insuffisant, mais nous y travaillons.J’en viens à votre département de l’Aube. Entre 2017 et 2022, les cambriolages de logements y ont diminué de 6 %. Cela a été rendu possible, entre autres facteurs, par la hausse de 4 % des effectifs de la direction départementale de la police nationale (DDPN) entre 2017 et 2023 – résultat des décisions prises dans le cadre de la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur. Outre les actions visant à lutter plus efficacement contre les cambriolages, je tiens à mentionner le recrutement massif d’effectifs et la création de nouvelles unités de force mobile de gendarmerie. Les 239 brigades de gendarmerie permettront… (Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice, dont le temps de parole est écoulé. – Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
M. Jordan Guitton (RN). Vous nous parlez d’une baisse de la hausse, madame la ministre ; en d’autres termes, la hausse continue ! Votre bilan est calamiteux en matière de sécurité. Les Français vous sanctionneront dans les urnes le 9 juin.
M. Édouard Bénard (GDR-NUPES). Dimanche, celui-ci a annoncé une hausse des tarifs réglementés de vente de l’électricité le 1er février, de 8,6 % pour le tarif de base et de 9,8 % pour les usagers en heure creuse, alors même que les prix de gros de l’électricité ont baissé de 30 % au dernier semestre. Cette augmentation a pour seule explication la volonté du Gouvernement de relever la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE). Depuis 2022, les Français ont vu leur facture d’électricité flamber de 43 % – 43 % ! –, alors que l’électricité consommée en France, très largement décarbonée, est, quoi qu’on en dise, peu dépendante des aléas géopolitiques qui affectent les cours des énergies fossiles. Tandis que 12 millions de nos concitoyens sont déjà confrontés à la précarité énergétique, cette nouvelle hausse relève du racket pur et simple.
M. Fabien Di Filippo (LR). C’est une hausse de taxe ! Cela n’a rien à voir avec le prix de l’électricité !
M. Édouard Bénard (GDR-NUPES). Les récents travaux du conseil social et économique central (CSEC) d’EDF démontrent qu’une réforme du calcul des tarifs réglementés reprenant simplement les principes de péréquation tarifaires et d’empilement des coûts de production permettrait, à elle seule, de réduire la facture des usagers de 20 %, tout en finançant les six nouvelles tranches des réacteurs pressurisés européens (EPR) que vous appelez de vos vœux ou des investissements massifs d’amélioration des performances énergétiques de l’habitat, que j’appelle des miens.L’échec de la libéralisation du marché européen de l’énergie est patent. Sa réforme, actée le 17 octobre, n’y changera rien. Alors, monsieur le ministre, au nom du groupe Gauche démocrate et républicaine et au nom des millions de Français qui se serrent la ceinture, je vous demande de renoncer à cette hausse irresponsable et d’engager le chantier d’une reprise en main publique de ce bien vital. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement.
Mme Prisca Thevenot. Monsieur Bénard, permettez-moi tout d’abord de saluer votre arrivée et de vous souhaiter la bienvenue dans ce bel hémicycle de l’Assemblée nationale (Applaudissements sur tous les bancs), dans lequel nous avons le plaisir de confronter nos idées et de faire avancer le débat politique et public sur des sujets majeurs,…
Mme Prisca Thevenot. …non pas pour quelques ego chagrins, mais pour les Français et les Françaises. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Oui, le pouvoir d’achat est un enjeu majeur et un défi auquel la majorité présidentielle et le Gouvernement s’attachent à répondre.
Mme Prisca Thevenot. Nous avons pris des mesures dès 2022, au début du second quinquennat d’Emmanuel Macron, avec l’adoption du paquet pouvoir d’achat, la revalorisation des retraites, la suppression de certaines taxes, notamment de la taxe d’habitation et de la redevance audiovisuelle, et la baisse de la pression fiscale sur les premières tranches de l’impôt sur le revenu – la liste est longue !
Mme Prisca Thevenot. Je le rappelle au cas où vous ne le sauriez pas, monsieur Bénard : toutes ces mesures en faveur du pouvoir d’achat ont été permises grâce au soutien de la majorité présidentielle. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Les mesures concrètes visant à protéger le pouvoir d’achat des Français ont été adoptées au Parlement grâce à notre majorité et en dépit de l’opposition de certains groupes ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
M. Francis Dubois (LR). Les classes moyennes ne connaissent pas leur bonheur !
Mme Prisca Thevenot. Je tiens à vous le dire, monsieur le député : certains de vos collègues ne sont à gauche que du fait de leur place dans l’hémicycle ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
M. Christian Baptiste (SOC-A). Ma question s’adresse à M. Gabriel Attal, Premier ministre et ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse au moment des faits que je vais évoquer.Monsieur Attal, la veille de votre nomination à Matignon, le journal Mediapart a révélé que l’enquête administrative annoncée dans la foulée du suicide du jeune Lucas, 13 ans, n’avait jamais eu lieu et que l’enquête menée par le parquet avait été bâclée. Interrogé fin 2023, vous n’avez jamais voulu répondre sur ce sujet. C’est la raison pour laquelle je pose de nouveau ma question devant la représentation nationale. À l’époque, l’émotion était vive et les déclarations unanimes. De Pap Ndiaye à Marlène Schiappa en passant par Clément Beaune, ces personnalités alors ministres exprimaient toutes leur sidération.Malgré l’émotion suscitée par ce drame survenu en janvier 2023, rien n’a été fait pour savoir si le collège de Lucas aurait pu prévenir son suicide. L’enquête administrative annoncée a été enterrée et le principal de l’établissement, qui minimise les faits de harcèlement, n’a jamais été auditionné. L’homophobie latente dont était victime Lucas était omniprésente dans l’établissement depuis son arrivée. Le principal de l’établissement a-t-il tenté de préserver la réputation du collège, quitte à livrer de fausses informations ou à minimiser les agissements des élèves mis en cause ? Malheureusement, aucune mesure n’a été prise pour poursuivre les coupables.Pourquoi l’enquête annoncée par le Gouvernement n’a-t-elle jamais été lancée ? Pourquoi avoir communiqué sur une enquête administrative qui n’a jamais existé ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des Jeux olympiques et paralympiques. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)
Mme Amélie Oudéa-Castéra. Nous voulons une école qui ne transige jamais sur le respect de l’enfant et qui s’oppose catégoriquement au harcèlement. Pas plus qu’un enseignant un enfant ne doit avoir peur à l’école. Il doit s’y sentir bien.Vous évoquez le cas de Lucas. Je veux rappeler aussi ceux de Lindsay et de Nicolas et avoir une pensée pour toutes les familles de victimes. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.) Depuis six ans, nous avons considérablement renforcé notre action contre le harcèlement, notamment grâce à la loi du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire, déposée par Erwan Balanant et qui fait du harcèlement un délit, et grâce au programme de lutte contre le harcèlement à l’école, le programme Phare.Le Premier ministre a souhaité mettre fin à l’ère du « pas de vague ». Avec le plan interministériel de lutte contre le harcèlement à l’école, il nous a fixé la feuille de route suivante : 100 % prévention, 100 % détection, 100 % solutions. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LR.)
M. Pierre Cordier (LR). Elle touchait 400 000 euros par an à la Fédération française de tennis !
Mme Amélie Oudéa-Castéra. Lors de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, 7 millions d’élèves du CE2 à la terminale ont répondu à un questionnaire visant à déceler les situations de harcèlement et de mal-être à l’école. Dans quelques jours, la synthèse détaillée de cette démarche inédite sera rendue publique et je communiquerai une photographie claire et précise de la situation actuelle dans les écoles et les établissements, ainsi que de toutes les enquêtes en cours. (M. Loïc Prud’homme s’exclame.) Les équipes éducatives sont pleinement mobilisées et le ministère les a armées dans les départements et les académies en déployant 150 responsables de la lutte contre le harcèlement scolaire.
M. Fabien Di Filippo (LR). Quelle erreur d’avoir regroupé le ministère de l’éducation nationale et le ministère des sports !
Mme Amélie Oudéa-Castéra. Nous allons aussi aider les parents d’élève à mieux détecter les situations de harcèlement. Aucune situation ne doit rester sans réponse, tant pour les élèves victimes que pour les élèves auteurs (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LFI-NUPES), que nous pouvons désormais faire changer d’établissement, y compris dans le primaire. L’école de la République doit protéger et rendre heureux,…
M. Christian Baptiste (SOC-A). Des effets d’annonce, mais très peu d’actes !Par cette question, je m’associe à la peine des parents de Nicolas, un jeune Guadeloupéen qui s’est suicidé à Poissy, dans les Yvelines, après s’être plaint de harcèlement l’année précédente, ainsi qu’à celle des parents de Dinah, qui a mis fin à ses jours après avoir été harcelée au collège Émile Zola à Kingersheim. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
M. David Valence (RE). Ma question s’adresse à M. le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.Les Français ont envie de train et ils le montrent. L’année 2023 a battu tous les records de fréquentation quotidienne puisque celle-ci a connu une hausse de 8 % pour les trains régionaux et de 4 % pour le TGV.
M. David Valence (RE). Contrairement à des idées reçues, les Français n’opposent pas la grande vitesse aux transports du quotidien. Ils les perçoivent, à juste titre, comme complémentaires. Leur exigence vis-à-vis de la SNCF est à la mesure de leur attachement affectif à l’opérateur ferroviaire historique.Or un journal quotidien du matin s’est fait hier l’écho de réflexions internes au groupe public ferroviaire concernant les lignes déficitaires. La SNCF s’interrogerait sur plusieurs choix possibles : celui de solliciter une contribution auprès des collectivités territoriales pour équilibrer les comptes des lignes concernées ; celui de faire évoluer leurs dessertes ; voire celui de les supprimer purement et simplement. Précisons qu’une ligne déficitaire n’est pas toujours peu fréquentée. Ce peut être une ligne sur laquelle les abonnés sont majoritaires par rapport aux voyageurs occasionnels. Des dessertes comme Chambéry, La Rochelle, Laval, Charleville-Mézières, Épinal et Saint-Dié-des-Vosges seraient visées, mais SNCF Voyageurs a tenu hier à démentir ce projet.Monsieur le ministre, je suis né en 1981, l’année de lancement du TGV par le président de la République François Mitterrand. Pouvez-vous nous confirmer que l’État considère toujours le train à grande vitesse comme un outil d’aménagement du territoire et que la péréquation restera la règle entre les lignes bénéficiaires et les lignes déficitaires du TGV ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
M. Christophe Béchu. Y a-t-il des projets de suppression de lignes de TGV à l’étude ? La réponse est non. Y a-t-il des projets de diminution de la fréquence de certaines lignes ? La réponse est non également.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Y a-t-il des augmentations de tarifs ? La réponse est oui !
M. Christophe Béchu. Je serai clair : non seulement SNCF Voyageurs a démenti, mais je le fais aussi aujourd’hui de manière solennelle. Aucune diminution de service sur les lignes TGV n’est à l’étude. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
M. Christophe Béchu. Ce n’est pas seulement au député que je m’adresse, mais au président du Conseil d’orientation des infrastructures (COI). Vous êtes né en 1981, au début d’une décennie au cours de laquelle notre pays a fait le choix des lignes à grande vitesse (LGV) – ce dont nous pouvons nous enorgueillir à certains égards. Or le financement de ces lignes s’est accompagné de la diminution de la régénération des petites lignes. Tout l’enjeu pour nous, aujourd’hui, est de tenir dans un même mouvement la poursuite de la grande vitesse et l’accentuation de la régénération des petites lignes qui ont souffert d’un sous-investissement. Cette régénération entraîne des retards considérables, qui font parfois la une de la presse, qui ne font pas honneur à la SNCF et qui nuisent au désenclavement des territoires.Vendredi prochain, je recevrai le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, pour faire avec lui un point très précis sur les dysfonctionnements inacceptables et répétés de la ligne Paris-Clermont-Ferrand et d’autres lignes.
M. Christophe Béchu. Je répète par ailleurs que les annonces d’Élisabeth Borne seront concrétisées (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES) par le Gouvernement : 100 milliards d’euros seront consacrés au secteur ferroviaire d’ici 2040 et 1 milliard supplémentaire sera alloué à la régénération des petites lignes à la fin du quinquennat.
M. Christophe Béchu. Nous tiendrons les engagements du Président de la République sur les trains du quotidien ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
M. André Chassaigne (GDR-NUPES). C’est l’Arlésienne : on en parle toujours, on ne la voit jamais !
M. David Valence (RE). Je vous remercie d’avoir rappelé que l’État est décidé à jouer son rôle d’actionnaire de l’entreprise publique SNCF et à lui donner des consignes claires en matière d’offre de transport et d’investissement. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Mme Andrée Taurinya (LFI-NUPES). …10 000 enfants tués, 24 000 morts, des milliers sous les décombres, 60 000 blessés, des centaines de centres de soins bombardés, 70 000 maisons rasées, 1,9 million de personnes déplacées : voici le bilan de plus de cent jours de massacre de masse. La population affamée de Gaza survit au milieu de flaques d’eaux usées qui débordent des égouts détruits. La maladie s’abat sur ce petit bout de territoire martyr, tuant toujours plus. Pas de cessez-le-feu à l’horizon. Pour une paix juste et durable, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes reste notre boussole. Qu’elle prenne la forme d’une solution à deux États, d’un État plurinational ou d’une autre solution viable, mutuellement acceptée, il faut sortir de ce statu quo plus mortifère que jamais. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES.)Mais Netanyahou persiste : « C’est mon insistance qui a empêché pendant des années la création d’un État palestinien qui aurait constitué un danger existentiel pour Israël. » Vous avez qualifié d’inquiétante cette déclaration. La semaine dernière, vous discréditiez la volonté de l’Afrique du Sud de poursuivre Israël pour génocide devant la Cour internationale de justice. Aujourd’hui, vous semblez découvrir la duplicité de ses dirigeants, qui sabotent le processus de paix depuis des décennies. (Mme Anne-Laurence Petel s’exclame.)
Mme Andrée Taurinya (LFI-NUPES). En avril 2017, le candidat Macron s’engageait à mettre toute son énergie pour la paix et la reconnaissance de deux États, et promettait de condamner les politiques de colonisation. Monsieur le ministre, dix ans après la résolution votée par l’Assemblée nationale, la France va-t-elle enfin emboîter le pas du candidat Macron et reconnaître l’existence de l’État palestinien, comme vous le préconisiez hier devant le Conseil de sécurité des Nations unies ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – MM. Benjamin Lucas et Richard Ramos applaudissent également.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement.
Mme Prisca Thevenot. Je vous prie de bien vouloir excuser le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Stéphane Séjourné, qui présidait hier le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni au sujet de la question que vous évoquez. Cette réunion a confirmé la volonté de la France de mettre un terme aux combats déclenchés le 7 octobre par l’attaque terroriste du Hamas contre Israël. Plus de quarante Français sont morts et trois sont encore retenus en otage à Gaza.
Mme Prisca Thevenot. À l’initiative de la France, le Hamas fait désormais l’objet d’un régime de sanctions spécifique de l’Union européenne.À l’initiative de la France, le Hamas est désormais soumis à un régime de sanctions spécifiques de l’Union européenne car, oui, c’est un groupe terroriste.
Mme Prisca Thevenot. La situation à Gaza s’aggrave de manière dramatique. La France est totalement mobilisée pour y mettre un terme. Sur le plan humanitaire, 1 000 tonnes de nourriture et d’équipements ont été expédiées et une aide de 100 millions d’euros pour la population a été décidée.Plus de 1 000 actes médicaux ont été réalisés en Égypte, sur le Dixmude. Une coordination étroite avec la Jordanie complète cet engagement. Des enfants palestiniens sont soignés dans nos hôpitaux grâce à l’action conjointe du Quai d’Orsay et du ministère de la santé.
Mme Nathalie Oziol (LFI-NUPES). Pourriez-vous répondre à la question au lieu de lire vos notes ?
Mme Prisca Thevenot. La France est également mobilisée sur le terrain politique, en vue de redonner corps à la solution à deux États. Cette solution, que vous avez mentionnée, est celle que notre pays préconise, en conformité avec le droit international. C’est l’objet de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, que la France a invité à œuvrer pour un cessez-le-feu.
Mme Andrée Taurinya (LFI-NUPES). Nous attendons la reconnaissance de l’État palestinien avec impatience, car il y a urgence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.)
M. Sébastien Peytavie (ECOLO). Ma question aurait pu être pour le membre du Gouvernement chargé des personnes handicapées mais il n’y en a plus ! Alors, puisque, finalement, avec vous, tout est une affaire d’argent, même quand il s’agit de dignité, je vais m’adresser à M. le ministre de l’économie.
M. Sébastien Peytavie (ECOLO). En avril 2023, lors de la Conférence nationale du handicap, le Président de la République a fait une promesse importante et attendue : le remboursement intégral par l’assurance maladie de tous les fauteuils roulants. Or, ces derniers jours, les fabricants, prestataires et associations m’ont alerté sur les conditions de prise en charge tarifaire qui leur ont été présentées.Il y aurait bien une augmentation de la base de remboursement à 2 600 euros pour les fauteuils manuels et à 18 000 euros pour les fauteuils électriques. Mais un plafond du même montant serait instauré. Nous nous retrouverions alors dans une situation ubuesque où tous les modèles au-dessus de ces plafonds ne seraient plus remboursés du tout.
M. Sébastien Peytavie (ECOLO). Je prends un exemple simple, celui de mon fauteuil : il n’est ni spectaculaire ni extravagant, seulement adapté, léger, maniable et sur mesure. Il coûte 8 000 euros, ce qui n’est pas un luxe, mais le prix de l’autonomie et de la dignité. Avec les nouvelles conditions de prise en charge, mon fauteuil ne serait plus remboursé du tout. Nous l’avons vu avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale : votre unique volonté est de contenir les dépenses, au détriment de l’autonomie, du bien-être et de la dignité.
M. Sébastien Peytavie (ECOLO). Alors, que fait-on ? Que fait-on, monsieur le ministre, pour les personnes qui vont devoir maintenant payer intégralement un fauteuil roulant alors que le reste à charge était déjà trop élevé pour elles ?
M. Sébastien Peytavie (ECOLO). Que fait-on pour les parents qui vont devoir continuer à créer des cagnottes participatives pour espérer financer le fauteuil de leur enfant ?
M. Sébastien Peytavie (ECOLO). Que fait-on pour les milliers de personnes qui vont renoncer à un équipement adapté, c’est-à-dire à être autonome, à sortir, à pratiquer une activité sportive, bref, à vivre ? (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES, RN, LFI-NUPES, LR, SOC, Dem, HOR, GDR-NUPES et LIOT, dont de nombreux députés se lèvent. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Mme Catherine Vautrin. Nous avons évoqué ce point très important la semaine dernière, lors de ma première venue dans l’hémicycle. Vous avez raison : le Président de la République a pris devant la Conférence nationale du handicap l’engagement du remboursement intégral. Actuellement, nous en sommes à la concertation entre les associations de patients et les fournisseurs.
Mme Catherine Vautrin. Lors de cette concertation, nous devons travailler ensemble et trouver des réponses. Le sujet est l’autonomie. C’est le sens de l’échange que j’ai eu avec vous la semaine dernière. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NUPES, LR, SOC et Écolo-NUPES.)
Mme Catherine Vautrin. Je suis à votre disposition pour continuer à discuter de ce sujet, car l’autonomie est une des réponses les plus concrètes que nous puissions apporter aux personnes ayant besoin d’un fauteuil roulant.
M. Richard Ramos (DEM). J’associe à ma question notre collègue Philippe Latombe, spécialiste du numérique au Mouvement démocrate. Le Gouvernement a renforcé les dispositions permettant à l’État de s’opposer à une opération de rachat d’actifs stratégiques pour la France. Or, depuis quelques mois, un fleuron français est dans la tourmente : le groupe Atos, qui emploie plus de 100 000 personnes et travaille sur des projets stratégiques pour notre pays. C’est dramatique car, dans moins de deux cents jours, le monde entier aura les yeux rivés sur Paris en raison des Jeux olympiques.
M. Richard Ramos (DEM). Or Atos a été choisi pour livrer et gérer les infrastructures numériques de ce grand événement.La situation de l’entreprise est le résultat de près de six mois d’attentisme, alors qu’un plan de continuité industrielle est sur la table depuis six mois.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). C’est parce qu’Édouard Philippe siège au conseil d’administration !
M. Richard Ramos (DEM). L’entreprise vient de nommer son septième PDG en quatre ans, sous la pression de fonds activistes étrangers. Ce nouveau PDG, américain, envisage une vente à la découpe de plusieurs activités stratégiques du groupe, à des Allemands, à des Canadiens, à des Américains, entend-on dire. Le plan de démantèlement aurait pour conséquence une casse sociale sans précédent, avec 6 000 emplois menacés en France et une baisse de près d’1 milliard d’euros du chiffre d’affaires.Monsieur le ministre, comment pouvons-nous imaginer qu’un leader français se déclare en faillite à quelques semaines des Jeux ? Envisagez-vous de protéger les entreprises françaises et leurs salariés d’appétits malveillants ? Comment comptez-vous assurer qu’Atos puisse tenir ses engagements et sauver ses emplois ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement.
Mme Prisca Thevenot. Bruno Le Maire, ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, en déplacement avec le Président de la République, me charge de vous répondre.
M. Maxime Minot (LR). Il devrait être à la disposition des députés…
M. Francis Dubois (LR). Le ministre voyage le mercredi. Cela montre la considération qu’il a pour les députés…
Mme Prisca Thevenot. Vous avez raison, Atos est une entreprise stratégique pour la France. L’État suit de très près la situation et s’assure que ses intérêts souverains seront préservés. Nous n’hésiterons pas à mobiliser les outils nécessaires, notamment ceux permettant de contrôler les investissements étrangers dans notre pays. Le code monétaire et financier soumet en effet à l’autorisation du ministre de l’économie l’entrée importante d’un acteur étranger au capital d’une entreprise sensible. Atos a besoin d’investisseurs privés et industriels pour se développer dans les marchés du numérique.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Faites des choix politiques ! De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace !
Mme Prisca Thevenot. En tout cas, le rôle de l’État est de protéger nos actifs stratégiques. Ils l’ont été, le sont et continueront à l’être. (Mme Estelle Folest et M. Thomas Rudigoz applaudissent.)
M. Michel Castellani (LIOT). Après les émeutes qui ont succédé au drame de la prison d’Arles, le Président de la République a décidé d’ouvrir un dialogue de fond avec les élus de la Corse qui a été nommé « processus de Beauvau ». Je puis témoigner de l’engagement du ministre de l’intérieur et rendre hommage à sa volonté d’apporter une réelle réponse à la question corse.La situation de la Corse est particulière, par sa géographie certes, mais aussi par l’existence historique d’un peuple, avec sa culture, ses traditions, la profondeur de son sentiment d’appartenance, qui a permis à tant de femmes et d’hommes de venir partager un destin commun sur cette île. Cette réalité est difficile à prendre en compte dans la structure centralisée d’un État-nation, comme il est difficile, en cette période de crise, de prendre en compte les difficultés économiques et sociales, l’acculturation ou la dépossession foncière. Or on traite mal une situation particulière avec des lois générales. L’idée n’est donc pas de se singulariser par coquetterie mais de trouver un chemin institutionnel qui permette de porter le progrès global que les Corses attendent depuis deux siècles.Le processus de Beauvau avance péniblement, en dépit de l’engagement de la collectivité de Corse et de l’impulsion qu’a voulu lui donner le Président de la République. Je vous demande donc, monsieur le Premier ministre, quel est votre sentiment et quelle suite vous entendez donner au processus dont votre gouvernement a la responsabilité. (Applaudissements sur les bancs des groupes LIOT et Écolo-NUPES.)
M. Gabriel Attal. Le 28 septembre 2023, à Ajaccio, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de la libération de la Corse, le Président de la République a pris des engagements clairs et en cohérence avec une nouvelle approche qu’il avait eu l’occasion d’exprimer à plusieurs reprises, notamment pendant la dernière campagne présidentielle. Monsieur le député, je vous le dis de manière très claire au nom de mon gouvernement, nous tiendrons ces engagements.D’abord, nous allons poursuivre les travaux visant à faire apparaître dans la Constitution la mention de la Corse, en affirmant au sein d’un article spécifique la reconnaissance d’une communauté insulaire historique, linguistique et culturelle. Cet engagement du Président de la République lie le Gouvernement.Ensuite, des responsabilités nouvelles seront données à la collectivité de Corse pour tirer les leçons des insuffisances du statut actuel. Concrètement, il s’agit de pouvoir adapter les règles, et même les lois. Là encore, le Président a témoigné d’une ambition nouvelle et forte. Nous pouvons, si les élus de Corse le décident, bâtir une forme d’autonomie à la Corse, c’est-à-dire une autonomie pour l’île et dans la République. Le dialogue a commencé – je prends connaissance des positions des uns et des autres – et se poursuivra.Enfin, nous devons avancer ensemble autour de bien d’autres sujets : mieux enseigner le corse ; créer un service public de l’enseignement qui favorise le bilinguisme – dans mes précédentes fonctions de ministre de l’éducation nationale, j’ai eu l’occasion de travailler sur cette question, notamment avec le recteur, qui est très dynamique à propos de l’enseignement public du corse ;…
M. Patrick Hetzel (LR). Il faudrait faire pareil pour l’Alsace, monsieur le Premier ministre !
M. Gabriel Attal. …relever le défi immobilier sur l’île ; créer une métropole pour Ajaccio ; renforcer la chambre des territoires ; revoir le mode de scrutin pour les élections territoriales, etc. Toutes ces pistes sont discutées par les formations politiques insulaires et doivent être approfondies dans une logique de consensus.Maintenant, comment avancer ? Le Président de la République a invité les responsables politiques corses à consolider un accord dans les six mois. Dans cet état d’esprit, le ministre de l’intérieur se rendra en Corse début février pour faire un point d’étape et recueillir la contribution de l’ensemble des acteurs. Sur cette base, le Gouvernement poursuivra ses travaux en vue de proposer au Parlement les textes constitutionnels et organiques nécessaires. Comme le Président de la République l’a rappelé, il nous faut bâtir un nouveau modèle qui soit pleinement corse. Ce modèle doit être celui de la Corse dans la République et celui d’une autonomie qui permette de construire un avenir ensemble, avec l’engagement de l’État. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et LIOT.)
M. Michel Castellani (LIOT). Je prends acte avec plaisir de l’intervention importante du Premier ministre. Nous espérons tous que le processus de Beauvau constituera une étape dans l’histoire de la Corse contemporaine. Il serait également important que Bastia, ville que le Premier ministre n’a pas évoquée et qui a été totalement ignorée en raison d’un centralisme régional exacerbé, trouve enfin la place qui doit lui revenir dans la vie politique et institutionnelle de la Corse. J’espère que le Premier ministre s’emploiera à corriger ce déséquilibre dommageable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)
Mme la présidente (RE). Nous avons terminé les questions au Gouvernement.
Mme la présidente (RE). L’ordre du jour appelle la discussion du projet de loi constitutionnelle relatif à la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse (nos 1983, 2070).
Présentation
Mme la présidente (RE). La parole est à M. Éric Dupond-Moretti, garde des sceaux, ministre de la justice.
M. Éric Dupond-Moretti. Madame la présidente, madame la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations – chère Aurore –, monsieur le président de la commission des lois,...
M. Éric Dupond-Moretti. Si cela vous fait plaisir : cher Sacha.…monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les députés, « Les filles comme moi gâchaient la journée des médecins. [...] elles les obligeaient à se rappeler la loi qui pouvait les envoyer en prison et leur interdire d’exercer pour toujours. Ils n’osaient pas dire la vérité, qu’ils n’allaient pas risquer de tout perdre pour les beaux yeux d’une demoiselle assez stupide pour se faire mettre en cloque. »C’est par ces mots que la narratrice du roman L’Événement, d’Annie Ernaux, se remémore les circonstances de son avortement clandestin en janvier 1964. Ces mots pourraient être ceux de nos mères, de nos sœurs, de nos grands-mères, de nos tantes, de nos amies. Ces mots pourraient être ceux de toutes les femmes qui ont vécu dans leur chair l’interdiction de l’avortement, ce sentiment de ne pas pouvoir disposer de leur corps, d’être à la merci d’une grossesse qu’elles ne désiraient pas.Ces mots et la souffrance qu’ils définissent nous obligent. Ils nous rappellent un fait simple : il n’y a pas de démocratie digne de ce nom lorsque la moitié de sa population ne peut s’émanciper. Non, une démocratie ne peut pas maîtriser son destin si les femmes qui y vivent n’ont pas la liberté de maîtriser le leur. La liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) n’est pas une liberté comme les autres, car elle permet aux femmes de décider de leur avenir.L’histoire regorge d’exemples de libertés et droits fondamentaux, conquis au prix du sang et des larmes, que tous – je dis bien : tous – croyaient définitivement acquis, et qui, dans la stupeur ou l’indifférence, ont été balayés d’un revers de manche. C’est d’ailleurs l’histoire de la femme qui nous en offre les plus cruels exemples. Oui, les premiers droits qui disparaissent sont souvent ceux des femmes. C’est ce que nous a rappelé récemment la décision de la Cour suprême des États-Unis. Cet exemple rend plus que jamais criants de vérité les mots de Simone de Beauvoir rapportés par Claudine Monteil : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Nous avons désormais la preuve irréfutable que plus aucune démocratie, pas même la plus grande d’entre toutes, n’est à l’abri.Je suis particulièrement fier d’être parmi vous pour défendre le projet de loi constitutionnelle relatif à la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse. Si je parle d’un projet de loi, c’est bien parce que ce texte est présenté par le Gouvernement, mais je dois à la vérité de dire qu’il s’agit plutôt d’une forme de troisième lecture, tant les initiatives parlementaires ont été nombreuses et tant le sujet a été débattu au Parlement ces derniers mois. Je veux ici rendre solennellement hommage à l’ensemble des initiatives parlementaires, de celle de l’ancienne présidente Bergé – ma chère Aurore – à celle de la présidente Panot,...
M. Éric Dupond-Moretti. …en passant par celle de la sénatrice Mélanie Vogel et celle du sénateur Philippe Bas.Le projet que je vous présente fait suite à ces travaux et à la volonté exprimée par le Président de la République d’inscrire cette liberté dans le marbre de la Constitution. Le 8 mars dernier, dans le discours qu’il a prononcé en hommage à Gisèle Halimi, il a émis le souhait de « changer notre Constitution afin d’y graver la liberté des femmes à recourir à l’interruption volontaire de grossesse pour assurer solennellement que rien ne pourra entraver ou défaire ce qui sera ainsi irréversible ». Voilà ce que nous nous apprêtons à faire cet après-midi à l’Assemblée nationale.Ainsi que le Conseil d’État l’a souligné dans son avis d’une très grande qualité, il n’existe pas aujourd’hui de véritable protection supralégislative du droit ou de la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse. La Convention européenne des droits de l’homme ne comporte pas de disposition spécifique relative à l’avortement. Par ailleurs, la Cour européenne des droits de l’homme considère que le droit au respect de la vie privée et familiale, protégé par l’article 8 de la Convention, ne consacre pas un droit à l’avortement. De la même manière, la Cour de justice de l’Union européenne se borne à rappeler, en l’absence de disposition spécifique sur ce point, la compétence des États membres et renvoie à l’appréciation du législateur national.Quant au Conseil constitutionnel, il a jugé conforme à la Constitution les différentes lois relatives à l’interruption volontaire de grossesse. Ce faisant, il a examiné l’équilibre ménagé entre, d’une part, la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme de dégradation et, d’autre part, la liberté de la femme qui découle de l’article 2 de la Déclaration de 1789. Il n’est pas allé plus loin ; il a même pris le soin de souligner, au sujet de l’interruption volontaire de grossesse, qu’il « ne dispose pas d’un pouvoir général d’appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement » et qu’il ne lui appartient donc pas « de remettre en cause, au regard de l’état des connaissances et des techniques, les dispositions prises par le législateur ». Ainsi, la liberté des femmes de recourir à l’interruption volontaire de grossesse ne bénéficie pas, à ce jour, d’une véritable consécration constitutionnelle.Lorsqu’elle s’est exprimée devant l’Assemblée nationale le 26 novembre 1974 pour défendre sa grande loi, Simone Veil a inscrit son projet sous le signe de l’espérance. Permettez-moi de reprendre humblement les mots par lesquels elle a conclu son discours, afin de convaincre les députés encore hésitants : « Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir. » Simone Veil croyait profondément que la loi qu’elle présentait alors permettrait à la société française de progresser. L’avenir lui a, bien heureusement, donné raison.Mais, car il y a un « mais »... Près de cinquante ans après la légalisation de l’avortement, j’aimerais tant vous dire à cette tribune que non, moi non plus, je ne redoute pas l’avenir. J’aimerais tant pouvoir vous dire que je ne suis pas de ceux qui s’inquiètent face à l’avenir et aux incertitudes qu’il charrie parfois. J’aimerais tant être de ceux qui, tranquilles et d’un pas assuré, avancent insouciants sur le chemin de la vie, croyant que ce qui est acquis l’est pour toujours. J’aimerais tant, enfin, être de ceux qui, d’un revers de main, balayent les exemples étrangers dans lesquels le droit recule et, avec lui, souvent, la condition des femmes. Tel est le cas aux États-Unis, en Hongrie ou encore en Pologne, où les femmes sont forcées, avant d’avorter, d’écouter les battements de cœur du fœtus.Qui peut garantir que ce qui s’est produit outre-Atlantique ne pourra pas se produire en France ? Non pas demain, bien sûr, mais à plus long terme. Le pire n’est jamais certain ; le meilleur, non plus. C’est en raison de cette incertitude que je suis favorable à ce que l’on élève la grande loi Veil, celle de 1975 telle qu’elle a été modifiée, au sommet de notre hiérarchie des normes. À ceux qui répondent que l’IVG n’est pas menacée en France, je dis que l’on écrit la Constitution non seulement pour le présent, mais d’abord et surtout pour l’avenir.
M. Éric Dupond-Moretti. Le propre même de la loi suprême est de durer, de valoir pour l’avenir, en protégeant nos droits, les acquis démocratiques et notre État de droit.Vous l’avez compris, l’objectif du Gouvernement est clair. Il rejoint, je crois, les positions déjà exprimées par l’Assemblée nationale et le Sénat. Il s’agit, par le présent projet de loi constitutionnelle, d’accorder à cette liberté une véritable protection constitutionnelle, laquelle doit être suffisamment souple pour permettre au législateur de continuer son œuvre en la matière, donc ménager un équilibre satisfaisant au regard, notamment, des évolutions techniques, médicales ou scientifiques qui pourraient advenir. Il s’agit d’empêcher que le législateur puisse un jour interdire tout recours à l’interruption volontaire de grossesse ou qu’il en restreigne si drastiquement les conditions d’accès que la substance même de la liberté d’y recourir s’en trouverait irrémédiablement atteinte. Voilà notre objectif.Le Gouvernement s’est attelé à trouver un équilibre entre les versions votées au Sénat et à l’Assemblée. La rédaction proposée permet de répondre non seulement aux attentes, mais aussi aux craintes d’une grande partie des parlementaires. Le Gouvernement souhaite consacrer pleinement la valeur constitutionnelle de la liberté de la femme de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, tout en reconnaissant le rôle du législateur d’organiser les conditions d’exercice de cette liberté.En effet, le projet de loi constitutionnelle comporte une disposition unique ayant pour objet de modifier l’article 34 de la Constitution en y ajoutant, après le dix-septième alinéa, un alinéa ainsi rédigé : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. »
Mme Sandrine Rousseau (ECOLO). Les femmes ! La femme n’existe pas ! (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes RE, Dem et LR.)
M. Éric Dupond-Moretti. Si vous pouviez, madame la députée, me laisser prononcer mon discours sans m’interrompre en permanence, je vous en serais extrêmement reconnaissant.Le Gouvernement a tout d’abord retenu l’article 34 de la Constitution, comme l’avait fait le Sénat. En termes juridiques, cet emplacement paraît en effet le plus adapté. Il faut rappeler que la jurisprudence du Conseil constitutionnel reconnaît que l’article 34 de la Constitution peut, contrairement à ce qu’une première lecture pourrait sembler indiquer, accueillir des règles de fond et mettre des obligations positives à la charge du législateur. C’est ce qui a été fait avec la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, qui a prévu à l’article 34 que la loi fixe les règles concernant « la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ».Le projet fait par ailleurs le choix du mot « liberté » plutôt que du mot « droit ». Ce choix, très commenté, ne doit pas être surestimé. Car, ainsi que l’a relevé dans son avis le Conseil d’État, il n’existe pas, en droit positif ni dans la jurisprudence du Conseil constitutionnel, de différence établie entre les deux termes. Si le Gouvernement a choisi ce terme, c’est dans un souci de clarté : il ne s’agit pas de créer un droit absolu et sans limite, mais de faire référence à l’autonomie de la femme,…
M. Éric Dupond-Moretti. …et de garantir ainsi l’exercice d’une liberté qui lui appartient, dans les conditions prévues par la loi. (Mme Ségolène Amiot s’exclame.)
Mme la présidente (RE). Madame la députée, vous interviendrez tout à l’heure. Nous avons doublé le temps de la discussion générale pour permettre à chacun des groupes d’exprimer son opinion.
M. Éric Dupond-Moretti. Vous aurez deux fois plus de temps pour critiquer le texte le moment venu. En attendant, s’il vous plaît, laissez-moi terminer.Enfin, le Gouvernement a souhaité, par la rédaction qu’il propose, insister sur le fait que si les conditions de cette liberté sont déterminées par le législateur, cette liberté doit rester dans tous les cas garantie aux femmes qui en bénéficient. C’est là un point particulièrement important. Le mot « garantie », issu des travaux menés par votre assemblée, vise là encore à exprimer clairement l’intention qui nous anime. Que les choses soient bien claires : il s’agit non d’une simple attribution de compétence au législateur, mais bien de la création d’une obligation positive à sa charge, celle de protéger une liberté que la Constitution garantit dans les conditions qu’il estime appropriées. L’objectif est bien qu’aucune majorité future ne puisse réellement porter atteinte à la liberté intangible qu’est celle pour la femme de disposer de son corps.
M. Éric Dupond-Moretti. Un mot, enfin, sur les effets attendus de cette révision constitutionnelle.Tout d’abord – c’est un point important –, aucune disposition législative en vigueur ne devrait se voir remise en cause par l’adoption de cette révision de la Constitution. Le Conseil d’État lui-même l’a constaté, et telle est bien l’intention du Gouvernement. De manière claire et précise, et pour répondre par anticipation à certaines craintes exprimées ici ou là – je pense notamment à celles de la députée Bonnivard, qui pose des questions légitimes –, la consécration de cette liberté n’emporte la remise en question d’aucune autre liberté, et surtout pas de la liberté de conscience des médecins et des sages-femmes, qui leur permet de choisir de ne pas pratiquer d’IVG si cet acte est contraire à leurs convictions. Cette liberté-là est totalement préservée. Autre point important, le principe de respect de la dignité de la personne humaine est lui aussi préservé. Une loi qui porterait à 30 semaines, par exemple, le délai maximal pour avorter pourrait tout à fait être censurée, y compris avec la présente révision.Ensuite, la rédaction proposée tend à rendre clair le fait que la décision d’avorter appartient à la femme enceinte, et à elle seule. Elle ne nécessite ni l’autorisation d’un tiers, que ce tiers soit le conjoint ou les parents, ni l’appréciation d’une autre personne. Cette liberté est strictement personnelle. Elle est d’ailleurs reconnue à toutes les femmes enceintes, et même à toute personne enceinte, sans considération de son état civil, de son âge, de sa nationalité ou de la régularité de son séjour en France.Enfin, j’insiste sur ce point, cette rédaction ne vise pas à créer une forme de droit opposable, absolu et sans limites. Le Gouvernement n’ignore pas les difficultés matérielles et concrètes qui peuvent encore exister dans l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, notamment dans certaines parties du territoire, mais il s’agit là d’un autre sujet, qui n’est pas d’ordre constitutionnel. Nous nous retrouvons aujourd’hui pour réviser la Constitution, et non pour voter je ne sais quelle mesure relevant du périmètre du ministère de la santé, lequel est pleinement mobilisé pour améliorer l’accès à l’IVG partout en France. Cette révision de la Constitution ne lèvera pas toutes les difficultés mais elle protégera les femmes, en France, d’une éventuelle régression brutale de leur liberté de recourir à l’avortement. C’est là la volonté exprimée par l’Assemblée puis par le Sénat ; c’est là l’objectif du Président de la République, repris par le Gouvernement.Je veux prendre un instant pour remercier le rapporteur Gouffier-Valente, militant éclairé et infatigable du droit des femmes et partenaire hors pair dans le projet qui nous réunit aujourd’hui. Je sais que sa pédagogie a convaincu en commission, comme en témoigne l’adoption du texte.
M. Éric Dupond-Moretti. Nos débats en séance poursuivront dans cette voie du dialogue, du consensus et du respect.
Mme Ségolène Amiot (LFI-NUPES). Aucun remerciement à toutes celles qui se sont battues ?
M. Erwan Balanant (DEM). Cela a déjà été fait ! Le seul qui n’ait pas été remercié jusqu’à présent, c’est moi, et je n’en fais pas un drame.
Mme la présidente (RE). Madame la députée, je le répète, votre groupe aura dix minutes pour s’exprimer. Vous pourrez alors remercier qui vous souhaitez.
M. Éric Dupond-Moretti. Un dernier mot, enfin, pour répondre à un certain nombre de critiques et de craintes qui ont été exprimées. Depuis que je suis à la Chancellerie, j’ai toujours respecté les convictions de chacun sur les sujets sociétaux. J’entends et je respecte les craintes que suscite ce que certains perçoivent comme la création d’un droit absolu et sans limite. Je veux les rassurer : il n’en est rien. Il s’agit aujourd’hui de donner une protection constitutionnelle à l’état actuel de notre droit. J’ai entendu aussi la crainte du président Larcher que la Constitution ne devienne, je le cite : « un catalogue de droits sociaux et sociétaux ».
M. Éric Dupond-Moretti. Je crois donc que la liberté de recourir à l’IVG y a toute sa place.Enfin, je veux revenir sur la question du calendrier parlementaire. Je sais l’émoi qu’a provoqué la pseudo-annonce d’une date de Congrès, avant même que les chambres ne se soient prononcées. Cela a été perçu par certains comme un manque de respect à l’égard du Parlement. Afin de dissiper tout malentendu, permettez-moi de revenir à la parole présidentielle initiale. Lors des rencontres de Saint-Denis, le Président de la République n’a jamais parlé que d’une possibilité de Congrès. Voilà les termes précis de ce qu’il proposait aux différents partis politiques : « Un examen dans chaque assemblée pourra avoir lieu au premier trimestre 2024, afin qu’un Congrès puisse être envisagé le 4 mars prochain. » Vous le voyez, il ne s’agit là que d’une possibilité.C’est pourquoi je veux vous rassurer et vous dire que nous prendrons le temps qu’il faut pour aller au bout de cette révision, car je crois profondément que nous pouvons y arriver. Tout, j’insiste, tout dans le projet de loi constitutionnelle qui vous est présenté est fait pour que chacun puisse voter sans crainte cette écriture calibrée et soupesée.Ce projet de révision de la Constitution constitue le point d’équilibre de nombreux travaux engagés dans les deux chambres et commencés ici même. Parce qu’elle respecte les priorités de l’Assemblée, parce qu’elle respecte le travail du Sénat, la rédaction proposée doit nous permettre de trouver une majorité dans les deux chambres et d’obtenir ensuite une majorité qualifiée au Congrès. Nos débats doivent permettre de dissiper les dernières hésitations afin que notre pays, par le vote d’une loi constitutionnelle, franchisse un pas historique pour les femmes de notre pays. La France deviendrait alors le premier pays au monde à protéger cette liberté inaliénable de la femme dans sa Constitution. Mais, avant cela, il faut que l’Assemblée adopte le texte de la manière la plus large possible. Les Français, et peut-être surtout les Françaises, nous regardent ; si nous réussissons dans ce travail, n’en doutons pas, ce sera le monde entier qui tournera son regard vers notre pays. La France aura alors été, une fois de plus, au rendez-vous de sa vocation universelle. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et Hor, ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES, LR et SOC.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.
Mme Aurore Bergé. L’histoire de l’avortement, c’est d’abord l’histoire du corps des femmes, qui est et a toujours été un corps politique. Un corps scruté, réglé, rangé ; un corps que la loi examine sous toutes ses coutures et auquel on n’a cessé de prescrire des façons d’être, de se tenir, de se vêtir ; un corps pour lequel des hommes réunis en assemblée ont déterminé des règles lui donnant le droit de recourir ou non à la contraception, de vivre ou de ne pas vivre sa grossesse, d’entrer dans la maternité.Quand la loi s’est-elle penchée de cette façon sur le corps des hommes ? Quand s’est-elle interrogée sur leur sexe, est-elle entrée dans leur ventre, a-t-elle scruté jusqu’au fond de leurs entrailles ?
Mme Aurore Bergé. L’histoire de l’avortement, c’est l’histoire de celles qui ne se rangent pas parce qu’elles ne le veulent pas, parce qu’elles ne le peuvent pas. C’est celle de femmes à qui l’on réserve tous les raffinements de la douleur et de la honte. Car il n’a jamais suffi d’interdire aux femmes : encore fallait-il les faire souffrir.L’histoire de l’avortement, c’est un cintre plongé dans un utérus, sur une table de cuisine ; ce sont des vessies et des intestins perforés ; ce sont des femmes mourant de septicémie, comme il en meurt encore 40 000 par an dans le monde à la suite d’un avortement réalisé dans des conditions indignes. Ce sont des curetages pratiqués sans anesthésie dans les hôpitaux, parce que « ça lui apprendra ». Ce sont ces gamines violées qu’on enfermait dans les couvents de la Madeleine pour « leur apprendre à aguicher les hommes ». C’est cette mère de famille épuisée que l’on embarquait au poste parce qu’elle n’avait pas voulu d’un nouvel enfant.Dans cette histoire, des femmes ont lutté, et des hommes auprès d’elles. De grandes héroïnes comme Simone Veil et Gisèle Halimi, et à leurs côtés Lucien Neuwirth, Eugène Claudius-Petit, Jacques Chirac, des médecins et des avocats ; mais aussi des foules d’anonymes, des femmes qui se recommandaient une adresse dans le coin d’une cuisine, qui se formaient comme elles le pouvaient aux méthodes d’aspiration, qui s’entouraient et qui s’entraidaient.Parmi elles, les plus exposées n’ont peut-être pas été celles à qui nous avons le plus rendu hommage, car la lutte pour l’avortement était aussi une lutte de classes. Qui a-t-on condamné dans les procès de l’avortement ? Les caissières, les ouvrières, les employées. Celles qui triment, qui écument et qui galèrent ; celles à qui s’imposent toujours en premier les servitudes que l’on réserve aux femmes. Et qu’en est-il aujourd’hui ? Quel soin leur apportons-nous ? Sommes-nous à la hauteur de ce qui pèse sur leurs vies et sur leurs corps ?Quand nous avons déposé, il y a maintenant plus d’un an, une proposition de loi constitutionnelle visant à inscrire la liberté des femmes à recourir à l’avortement dans le texte fondamental et fondateur de notre République, tant de voix se sont élevées pour nous dire que c’était inutile et superflu, qu’il s’agissait d’une diversion politique visant à détourner le regard de sujets « sérieux », que ce n’était qu’un symbole pour bourgeoises en mal de combats. Eh bien oui, cette loi est un symbole ! Elle symbolise la fierté de ce que nous sommes, de ce en quoi nous croyons et de ce qui fonde le projet d’émancipation et d’égalité de notre pays.Mais cette loi n’est pas seulement un symbole. Parce que pour trop de femmes encore, le droit à l’avortement reste entravé par des défauts d’accès à l’information, aux soins et à un accompagnement adapté ; parce qu’insidieusement, partout à travers le monde, ce droit recule ; parce que dans des sociétés qui apparaissaient comme des terres de liberté, les fractures et le repli conduisent à s’attaquer à ce qui nous semblait définitivement acquis, il n’est pas de raison de croire que ce qui arrive autour de nous ne pourra pas arriver chez nous, comme si nous étions préservés de toute régression.Et si l’on abattait ce symbole, si ce qui a incarné au plus haut point la lutte d’émancipation des femmes en venait à tomber, alors tout le reste céderait. Je fais partie d’une génération qui croyait que l’histoire avancerait inéluctablement vers le progrès des sociétés, que les combats se gagneraient pied à pied et sans retour. L’avortement était acquis, et avec lui la libération sexuelle et l’égalité des droits, puis viendraient l’égalité des salaires, l’égalité réelle et finalement un monde où il ne serait plus question d’être une femme ou d’être un homme mais seulement d’être soi, libéré des déterminismes, des assignations, des conditionnements, des rôles imposés et de toute violence. Il suffisait que d’autres générations prennent la place et l’affaire serait réglée.Mesdames et messieurs les députés, j’aurais voulu qu’il n’y ait plus besoin d’un ministre de l’égalité. J’aurais voulu que ce combat s’achève par la disparition de son objet. J’aurais voulu que nous puissions déposer les armes en sachant que, grâce à notre intelligence collective, nous étions parvenus à nous défaire de ces enfermements et de cette violence. J’aurais voulu que cette inscription de l’IVG dans la Constitution soit une cérémonie d’hommage, un point final, le clairon que l’on sonne après la victoire – votons, réjouissons-nous et finissons-en !Mais ce temps n’est pas encore venu. L’histoire résiste et c’est pourquoi nous sommes ici réunis, conscients du caractère fondateur d’un tel débat et d’un tel vote. Vous vous apprêtez – du moins, je l’espère – à voter pour inscrire l’avortement dans la Constitution, à la faveur d’un projet soutenu par le Président de la République et par le garde des sceaux dès le premier jour, ainsi que par des parlementaires issus de tous les bancs, à l’Assemblée nationale comme au Sénat. Cela aurait été inimaginable il y a cinquante ans, tout comme le fait de voir une femme parler à une assemblée composée indistinctement de femmes et d’hommes et présidée par une femme.Mais nous savons aussi désormais qu’il ne suffit pas d’un changement de génération pour acter la victoire des droits des femmes. Ce texte n’est donc pas un point final. Il est un moment que prend la République pour mettre en sécurité une liberté précieuse avant de reprendre sa marche. Mesdames et messieurs les députés, ce vote sera l’un des plus importants, l’un des plus marquants de cette législature. Je suis la fille d’une mère qui a risqué la prison et la mort pour avorter dans la clandestinité, et la mère d’une fille que je souhaite voir grandir libre, libre de disposer de son corps, d’un corps qui ne soit plus scruté, réglé, rangé.Mesdames et messieurs les députés, dans ce débat et par vos votes, soyons tout simplement à la hauteur de nos mères et de nos filles. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR, ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES. – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. Guillaume Gouffier Valente, rapporteur de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.
M. Guillaume Gouffier Valente (RE). Certains textes sont particulièrement attendus. Celui qui nous réunit aujourd’hui, relatif à la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, en fait partie.À moins d’un an du cinquantième anniversaire de la loi Veil et à la suite des initiatives parlementaires qui ont été prises au début de cette législature – je tiens à saluer l’engagement et les travaux de nos collègues, notamment Mmes Battistel, Panot, Faucillon, Vogel, Rixain et M. Balanant, ainsi que notre ancienne collègue Aurore Bergé –, je salue le choix du Président de la République de remettre l’ouvrage sur le métier pour aboutir à une adoption rapide et autonome de cette révision, qui doit nous permettre d’introduire dans notre Constitution la reconnaissance de la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse et d’en assurer la protection la plus forte possible. Le Parlement a travaillé en bonne intelligence et nous nous devons de poursuivre sur cette voie.Pour mémoire, en novembre 2022, l’Assemblée nationale a adopté une rédaction, fruit d’un consensus transpartisan, qui reconnaissait la garantie du droit à l’IVG et à un accès effectif à celui-ci. Dans la foulée, le Sénat, qui avait jusqu’alors fait valoir sa réticence à l’inscription de l’IVG dans la Constitution, a également adopté une rédaction qui était certes moins ambitieuse mais dont le sens était néanmoins clair et avait une portée historique : par ces deux votes, les deux chambres ont signalé qu’elles souhaitaient faire aboutir une révision constitutionnelle sur ce sujet.Que les choses soient claires : si nous combattons ceux qui s’attaquent au droit à l’avortement et aux droits des femmes, nous respectons l’opinion de ceux qui s’interrogent sur l’opportunité d’inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution. Nous le savons, réformer notre Constitution est un acte fort et exigeant. Il exprime la volonté de nous autres, constituants, d’entériner le choix du peuple présent pour le peuple futur. Réformer notre Constitution, c’est au fond consacrer le présent pour protéger l’avenir.En outre, pour le bon déroulé de nos débats, je crois qu’il faut circonscrire le périmètre de la discussion. Je veux dire clairement, en préambule de nos débats, ce que ce projet est et ce qu’il n’est pas. Il ne s’agit pas de discuter du cadre législatif en vigueur ni de préparer de futures évolutions législatives visant à élargir la liberté de recourir à l’IVG. Il ne s’agit pas non plus de créer un droit opposable. Nos débats seront scrutés en cas de contentieux et les intentions du Gouvernement et du Parlement doivent être claires : la rédaction soumise à notre examen n’implique nullement une évolution du droit existant et ne saurait être source d’un nouveau contentieux, par exemple par voie de question prioritaire de constitutionnalité (QPC). L’avis du Conseil d’État est on ne peut plus clair sur ce point.En revanche, le projet qui nous est soumis remplit l’objectif que nous partageons : faire en sorte qu’il ne soit pas possible de modifier la loi afin d’interdire le recours à l’interruption volontaire de grossesse ou d’en restreindre les conditions d’exercice au point qu’elle se verrait privée de toute portée.L’adoption du texte nous paraît indispensable pour garantir la reconnaissance réelle de cette liberté et pour renforcer sa protection juridique. La Constitution recense déjà de nombreux droits et libertés, sans distinguer d’ailleurs ces deux notions – l’une valant pour l’autre –, ni dans ses préambules ni dans ses articles : laïcité, égalité entre les femmes et les hommes, interdiction de la peine de mort, libre administration des collectivités territoriales, droit d’asile et bien d’autres. Il n’y a donc pas d’incohérence ni de risque à reconnaître un nouveau droit. Au contraire, il est même de la responsabilité du législateur constituant d’en prendre la responsabilité, sans attendre que le Conseil constitutionnel reconnaisse ou non ce nouveau droit de manière prétorienne.
M. Guillaume Gouffier Valente (RE). Ne croyons pas non plus que la protection de l’IVG par la loi suffit à nous prémunir contre tout risque d’atteinte à cette liberté. Certes, le Conseil constitutionnel a admis la conformité à la Constitution des différentes réformes concernant l’interruption volontaire de grossesse. Il a considéré que le législateur avait toujours respecté l’équilibre entre la liberté de la femme, telle qu’elle découle de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et la sauvegarde de la dignité de la personne humaine contre toute forme de dégradation.Notons cependant trois limites à cette protection. Premièrement, s’il admet sa constitutionnalité, le Conseil constitutionnel n’a jamais reconnu l’interruption volontaire de grossesse comme un droit ou une liberté fondamentale en soi, comme il a pu le faire dans d’autres cas, par exemple à propos de la liberté d’enseignement. Deuxièmement, il n’a jamais eu à se prononcer sur une restriction du droit à l’IVG, et on peut s’interroger sur sa capacité à déclarer inconstitutionnelles de telles dispositions sur le fondement de l’équilibre qu’il a défini, qui repose sur une interprétation déjà extensive de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Troisièmement, le Conseil reconnaît au législateur un large pouvoir d’appréciation sur cette question, ce qui est bien normal compte tenu du silence des textes constitutionnels en la matière.C’est cette ambiguïté, cette incertitude que nous souhaitons lever, sans priver le juge constitutionnel de son office. La modification de l’article 34 de la Constitution renvoie explicitement à la prérogative du législateur chargé d’encadrer cette liberté, qui ne saurait être absolue. L’ajout du mot « garantie », principale évolution par rapport à la rédaction du Sénat – très largement reprise par ailleurs –, doit renforcer la protection de cette liberté, désormais de rang constitutionnel, contre d’éventuelles atteintes à l’avenir. À l’inverse, la suppression du mot « garantie » rétablirait une incertitude quant à l’intention du constituant ;…
M. Guillaume Gouffier Valente (RE). …elle pourrait même indiquer que celui-ci n’a pas souhaité garantir ce droit, ce qui serait contre-productif. C’est pourquoi nous resterons impérativement attachés à ce mot.Plus largement, je pense, chers collègues, que la rédaction actuelle du projet de loi constitutionnelle est la plus robuste et la plus opportune, sur le plan juridique, de celles qui ont été proposées. Compte tenu des auditions que j’ai menées et de l’avis du Conseil d’État, qui a été particulièrement positif à ce sujet,…
M. Guillaume Gouffier Valente (RE). …mais aussi des travaux de nos collègues sénateurs et des discussions qui ont été les nôtres en commission des lois mercredi dernier, je défends la position selon laquelle cette rédaction est suffisamment précise et ne crée aucune ambivalence concernant l’objectif que nous poursuivons.L’emplacement retenu, à l’article 34 de la Constitution, a du sens compte tenu de notre histoire constitutionnelle et de son évolution. Cela ne diminue en aucune manière la portée de la liberté ainsi garantie. Une telle rédaction est enfin de nature à garantir une protection qui respecte le choix individuel de chaque personne souhaitant recourir à une interruption volontaire de grossesse.Je pense par ailleurs que la rédaction retenue est susceptible d’aboutir un accord avec nos collègues sénateurs, car elle se fonde sur les travaux de qualité qu’ils ont menés sur le sujet au début de l’année 2023, et qui ont ouvert le chemin vers la présentation de ce projet de loi constitutionnelle. C’est la raison pour laquelle je n’ai pas déposé le moindre amendement, comme en commission des lois ; je vous inviterai donc à retenir la rédaction qui nous est proposée et qui a d’ailleurs été largement adoptée par les commissaires aux lois, sans modification, le 17 janvier dernier.Je note également que lors de nos débats en commission, la majorité des députés a exprimé son attachement à travailler à la construction d’un accord avec le Sénat. J’en veux pour preuve le débat que nous avons eu à propos d’amendements visant à rétablir les rédactions initiales des différentes propositions de loi ayant trait à ce sujet ; leur examen nous a permis d’avoir un débat juridique abouti, avant qu’ils ne soient retirés au profit de la rédaction initiale du présent projet de révision constitutionnelle.Bien entendu, les débats qui vont s’engager demeurent d’une importance considérable. Comme lors de la commission, ils nous permettront de mettre en lumière l’objectif poursuivi et les choix juridiques qui ont conduit à cette rédaction, et je salue le fait qu’à l’exception de quelques-uns, tous les amendements déposés ont un rapport avec le projet de révision de la Constitution qui nous est soumis.Cette révision intervient dans un contexte inquiétant pour celles et ceux qui défendent les droits des femmes. Rappelons qu’en Europe et aux États-Unis, ce droit est menacé. L’arrêt de la Cour suprême américaine, véritable électrochoc, nous a rappelé que, même dans un pays aussi développé et attaché aux libertés que les États-Unis, un recul du droit à l’IVG est possible. Leur situation juridique n’est pas comparable à celle de notre pays, mais force est de constater que ce droit, comme le disait Simone de Beauvoir, n’est « jamais acquis », et qu’il « suffira d’une crise […] pour que les droits des femmes soient remis en question ».En Pologne, en Hongrie, les gouvernements ont élevé de nouvelles barrières à l’accès à l’IVG, comme l’obligation d’écouter le cœur du bébé ou l’interdiction d’avorter en cas de malformation du fœtus. Le droit européen n’apporte d’ailleurs aucune garantie en la matière, car la Cour européenne des droits de l’homme et la Cour de justice de l’Union européenne laissent une grande marge d’appréciation aux États.Les militants dits antichoix sont très actifs en France et reçoivent d’importants financements. Les entraves prennent des formes de plus en plus pernicieuses : certaines plateformes vont jusqu’à créer des numéros verts afin de se faire passer pour des organismes publics et de dissuader ensuite les femmes qui les appellent.
M. Guillaume Gouffier Valente (RE). Les attaques à l’encontre du droit à l’avortement nourrissent le débat public, comme en témoignent d’ailleurs certains amendements dont nous aurons à discuter aujourd’hui. Ne croyons donc pas que la France est complètement imperméable à ce risque. C’est précisément parce que ce droit est encore solidement ancré en France qu’il faut le protéger : je le redis à cette tribune, on ne prend pas une assurance quand la maison brûle.Par cette révision, enfin, la France enverrait un message fort dans le monde entier en devenant le premier pays à reconnaître l’interruption volontaire de grossesse dans le texte de sa Constitution – qui a servi de modèle à tant de pays à travers l’histoire.En somme, ce texte, d’une certaine manière, c’est rien et tout à la fois : il n’est rien, parce qu’il ne bouleverse pas le droit existant ; mais il est tout, parce qu’il crée un bouclier pour le futur en érigeant la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse, c’est-à-dire la liberté de disposer de son corps, parmi les libertés fondamentales devant être garanties par un État de droit au XXIe siècle. Cette reconnaissance, je le crois, viendra renforcer notre démocratie. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes SOC et Écolo-NUPES. – M. Léo Walter applaudit également.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. Sacha Houlié, président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.
M. Sacha Houlié (RE). C’est un jour important pour notre assemblée : nous examinons le projet de loi constitutionnelle relatif à la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse. Si notre assemblée vote ce texte, si le Sénat l’approuve dans les mêmes termes, si le Parlement réuni en Congrès l’adopte, alors la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse sera inscrite dans notre Constitution : la France deviendra le premier pays au monde à la garantir à ce niveau. Si notre assemblée vote ce texte, si le Sénat l’adopte dans les mêmes termes, si le Parlement réuni en Congrès l’approuve, ce sera la première révision constitutionnelle adoptée depuis près de seize ans.Si le conditionnel est de rigueur, c’est parce qu’il faut mesurer combien le parcours d’un projet de révision constitutionnelle est difficile. Celui du texte qui nous occupe a débuté il y a plusieurs mois grâce aux deux propositions de lois constitutionnelles défendues tant par la majorité – par la voix de Mme Bergé – que par l’opposition – par la voix de Mme Panot. Ce fut l’ébauche du consensus que nous devons concrétiser aujourd’hui, malgré des résistances anciennes.Pour parvenir à réformer la Constitution, il faut en effet un consensus. Nous l’avions trouvé ici même en novembre 2022. Le Sénat, de son côté, avait adopté une autre rédaction, sans remettre en cause le principe consistant à garantir aux femmes la liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse en l’inscrivant dans la Constitution. Le projet de loi présenté par le Gouvernement opère une synthèse qui permet cette révision : consécration de la liberté de la femme et du rôle prépondérant du législateur pour l’encadrer, recours garanti à cette liberté pour se prémunir de toute régression, inscription littérale de l’interruption volontaire de grossesse au cœur de la Constitution.Les travaux menés la semaine passée par la commission des lois, éclairés par l’avis du Conseil d’État, ont, je le crois, permis à chacun de mesurer les enjeux et de lever les dernières réserves – pour celles qui étaient sincères. Certains ont, à cette occasion, raillé le caractère symbolique d’une telle révision constitutionnelle. Mais si celle-ci n’est que symbolique, pourquoi s’y opposer ?La vérité, c’est que réviser la Constitution est tout sauf symbolique. La révision de 2007 constitutionnalisant l’interdiction de la peine de mort n’était pas symbolique. La protection d’une liberté fondamentale n’est pas symbolique. De même, le caractère indivisible, laïc, démocratique et social de notre République, l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion et le respect de toutes les croyances mentionnées à l’article 1er de notre Constitution, ne sont pas des symboles mais des droits garantis, auxquels le rang constitutionnel confère la plus haute protection qui soit, pour les mettre à l’abri de toute menace.Car l’interruption volontaire de grossesse – comme plusieurs droits fondamentaux, d’ailleurs – est remise en cause dans le monde. La France n’étant pas isolée, hermétique au monde ou autarcique, rien ne la prémunit par principe des mouvements conservateurs et réactionnaires, pro-vie et anti-IVG. En l’état du droit, qui pouvait prédire avec certitude l’adoption, par la Cour suprême des États-Unis, de l’arrêt Dobbs du 24 juin 2022, par lequel elle a rompu avec cinquante-neuf ans de reconnaissance du droit à l’avortement à l’échelle fédérale ? Qui peut sereinement observer la Hongrie et la Pologne, pourtant membres de l’Union européenne, restreindre avec force le recours à l’IVG en obligeant les femmes à écouter le cœur du fœtus ou en interdisant les avortements en cas de malformation ? Nul besoin pour les détracteurs de l’IVG, dans ces pays, de dénoncer la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ou de la Cour de justice de l’Union européenne : ni l’une ni l’autre ne protègent ce droit, car elles considèrent que son application relève de la libre appréciation des États.Aussi vrai soit-il qu’en France, l’avortement est largement soutenu par la population comme par les associations, les mouvements antichoix sont bien présents et se sont sinistrement rappelés à la mémoire de chacun en dégradant plusieurs accueils du Planning familial, dont je souligne ici l’importance et le rôle indispensable. (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES, sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et SOC et sur quelques bancs du groupe RE.) Aussi vrai soit-il qu’en France, la loi reconnaît le droit de recourir à l’IVG, aucune règle constitutionnelle ne protège pour l’heure cette liberté : le Conseil constitutionnel ne l’a jamais consacrée et n’a jamais estimé qu’elle était garantie aux femmes.La conformité de l’IVG à la Constitution ne résulte pas même d’un principe constitutionnel spécifique, mais de l’équilibre entre la liberté de la femme – appréciée à l’aune d’une interprétation extensive de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – et de la sauvegarde de la dignité de la personne humaine. À titre de rappel – pour ceux à qui cela échapperait dans les prochains jours –, le Conseil constitutionnel lui-même estime, depuis sa décision relative à l’IVG du 15 janvier 1975, qu’il ne dispose pas d’un « pouvoir général d’appréciation et de décision identique à celui du Parlement ». Autrement dit, seul le Parlement agissant en constituant peut élever la protection du recours à l’IVG au rang de principe constitutionnel.Nous voilà donc placés devant une responsabilité importante et, au vu de la marche du monde, peut-être historique. La main de celles et ceux qui nous ont précédés, comme Simone Veil, n’a pas tremblé quand il a fallu adopter la loi de 1975. La voix de celles et ceux qui se sont battus ne s’est jamais tue lorsque, comme l’a fait Gisèle Halimi, il a fallu chèrement « choisir la cause des femmes ». (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Marie-Pierre Rixain applaudit également.)
M. Jérôme Guedj (SOC-A). Il faut la faire entrer au Panthéon !
M. Sacha Houlié (RE). La nôtre ne doit donc pas manquer au moment de garantir constitutionnellement le recours à l’interruption volontaire de grossesse. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE, SOC et Écolo-NUPES.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme Véronique Riotton, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.
Mme Véronique Riotton (RE). C’est avec émotion et détermination que je me tiens ici devant vous, cinquante ans après le discours de Simone Veil à cette même tribune, pour garantir la pérennité du droit à l’interruption volontaire de grossesse. En cet instant, j’ai une pensée pour toutes les femmes, connues et inconnues, qui ont œuvré pour faire inscrire dans la loi ce droit fondamental à disposer de son corps, pour toutes celles et ceux qui accompagnent au quotidien les femmes qui ont recours à l’avortement, et aussi pour toutes les Françaises de notre pays qui nous écoutent, avec attention et emplies d’espoir. Comme le disait Simone Veil, « il suffit d’écouter les femmes », premières concernées par l’IVG. Or 80 % des Françaises et des Français sont en faveur de la constitutionnalisation de ce droit. Écoutons-les.Je le répéterai autant de fois que j’en aurai la force : n’en déplaise à certains dans cet hémicycle, le droit à l’avortement n’est pas une simple tolérance ou une grâce faite aux femmes. L’IVG est un droit humain fondamental : celui de disposer librement de notre corps et de choisir si, oui ou non, nous voulons poursuivre une grossesse. Les droits sexuels et reproductifs sont le socle de tous les droits des femmes. Comme le disait Gisèle Halimi, « il y a dans le droit à l’avortement de la femme une revendication élémentaire, physique, de liberté ».Je sais que certains d’entre vous, minoritaires, s’interrogent légitimement sur la nécessité de constitutionnaliser ce droit. À ceux qui doutent, je rappelle que l’histoire du droit à l’avortement est jalonnée de victoires, mais aussi de régressions. Qui aurait pu penser, il y a deux ou trois ans, que ce droit serait torpillé aux États-Unis ? Certains me rétorqueront qu’on n’écrit pas la loi en fonction de la situation internationale. À ceux-là, je veux répondre deux choses.Premièrement, je l’affirme : les mouvements antichoix sont parmi nous. Il n’y a qu’à voir les votes au sein de cet hémicycle, entendre certains propos tenus en commission des lois ou encore constater la mobilisation grandissante autour de la « marche pour la vie » pour se rendre compte que le droit à l’IVG n’est pas une évidence pour tout le monde.Deuxièmement, c’est précisément parce que le droit à l’IVG n’est pas encore remis en cause en France que nous pouvons et devons l’inscrire dans la Constitution dès maintenant. Soyons humbles : reconnaissons que ce droit qui nous est cher pourrait disparaître. En Europe, on l’observe déjà : les forces politiques qui y sont opposées le remettent clairement en cause dès leur arrivée au pouvoir. Ce qu’une simple loi ordinaire nous a permis d’obtenir il y a cinquante ans, une simple loi ordinaire pourrait le défaire. Ayons la modestie de reconnaître que ce qui arrive chez nos voisins italiens, hongrois ou polonais – qui n’habitent pas des contrées exotiques et lointaines, contrairement à ce qu’on a pu entendre en commission – peut aussi arriver en France.L’avis du Conseil d’État est très clair et doit servir de base à nos débats : personne ni aucun texte ne peut présentement garantir l’intangibilité du droit de recourir à l’IVG. Que celles et ceux qui refusent d’intégrer le droit à l’IVG dans notre Constitution parce qu’ils estiment qu’il n’est nullement menacé regardent autour d’eux, qu’ils regardent à l’horizon ! Pouvez-vous assurer aux générations futures qu’elles auront accès aux mêmes droits que nous ? Pouvez-vous le leur garantir ? Nous connaissons tous la réponse. Le sujet est trop grave pour ne pas faire preuve d’honnêteté intellectuelle.Vous qui clamez que les conditions d’accès à l’IVG sont prioritaires, comment justifiez-vous avoir déposé des amendements visant à affaiblir le droit actuel ? Comment expliquez-vous aux Françaises et aux Français votre volonté de réduire de quatorze à dix le nombre de semaines durant lesquelles il est possible d’avorter ? Comment justifiez-vous votre volonté de dérembourser l’IVG ? Et la liste ne s’arrête pas là : en prétendant créer un nouveau droit à « la protection de la vie à naître », vous reprenez les mots des antichoix qui ont défilé ce dimanche dans la rue. Quel choc en lisant vos amendements !Quelle vision avez-vous, ou plutôt vous faites-vous du droit à l’avortement et des femmes ? Que les femmes seraient trop légères lorsqu’elles ont recours à l’avortement ? Qu’elles ne seraient pas capables de faire ce choix libre et éclairé ? Ces sous-entendus sont d’une violence extraordinaire pour les personnes concernées ; j’ai une pensée pour toutes celles d’entre nous, au sein même de cet hémicycle et au-delà, qui ont eu recours à l’IVG. Disons les choses clairement : ce discours qui vise à culpabiliser les femmes témoigne d’une vision paternaliste et rétrograde qui n’est l’alliée ni des femmes ni de leurs libertés. Vous faites croire qu’il n’existe aucune menace contre le droit à l’IVG, mais vous incarnez vous-mêmes cette menace : vos amendements sont la preuve flagrante de la nécessité de constitutionnaliser le droit à l’IVG.Chers collègues, n’attendons pas que le droit à l’IVG soit en danger pour agir : agissons maintenant pour qu’il ne soit jamais menacé. Mon cœur, mon corps, mon choix. Constitutionnalisons le droit à l’IVG. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, LFI-NUPES, Dem, SOC, HOR, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)
Discussion générale
Mme la présidente (RE). Dans la discussion générale, la parole est à M. Jean-Félix Acquaviva.
M. Jean-Félix Acquaviva (LIOT). Comment ne pas évoquer solennellement, à mon tour, la grande dame que fut Mme Simone Veil, qui prenait la parole ici même, il y a près de cinquante ans ? Comment ne pas se remémorer l’adversité et la haine qu’elle a endurées jusque dans ses propres rangs ? Si ce texte majeur pour le droit des femmes a traversé les années, personne ne prétend le remettre en cause aujourd’hui, hormis quelques militants acharnés – que je respecte totalement dès lors qu’ils ne versent pas dans un fanatisme religieux.Cela étant, à ceux qui disent qu’il n’existe pas de risque politique réel et imminent, les élus du groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires répondent que l’improbable n’est pas impossible et que si l’optimisme est une qualité, il ne doit pas mener à l’aveuglement. Comment rester insensible face aux positions réactionnaires de divers gouvernements que l’on voit poindre au cœur même de l’Europe – sans parler de la décision prise par la Cour suprême de l’autre côté de l’Atlantique ?Dans ce contexte, nous espérons que ce débat et le vote de cette loi enverront un message rassurant. Un an après le vote de la dernière proposition de loi sur ce thème, ma position – comme celle de la très grande majorité de notre groupe – n’a pas changé. Il faut être constant et rester fidèle à ses convictions sur des sujets de société aussi importants.Nous sommes favorables à l’inscription dans la Constitution française du droit à l’interruption volontaire de grossesse pour toutes les femmes. (Mme Maud Petit applaudit.) Je salue mon collègue de l’Ariège, Laurent Panifous, très engagé sur la question du droit à l’avortement. Saisissons la fenêtre de tir qui se présente à nous ! Ainsi que je l’ai déjà dit en commission au nom du groupe LIOT, nous ne pouvons manquer cette opportunité.J’en appelle ainsi à la bienveillance de nos collègues sénateurs et du président Gérard Larcher : nous n’enlevons aucun droit à personne, nous consacrons simplement une liberté légitime. Certains estiment notre législation suffisamment protectrice, mais cette opinion ne doit pas mener à une inconscience béate. Si la loi Veil est une grande loi, elle demeure une loi ordinaire qui pourrait être limitée par une autre loi ordinaire. Nous pouvons aller plus loin en lui conférant une force constitutionnelle incontestable.L’existence d’une majorité dans cette Assemblée pour voter ce texte doit nous pousser non à l’inertie mais à l’action pour renforcer la protection de ce droit.J’en viens au texte que nous proposent le Gouvernement et cette majorité. Comme évoqué en commission, sa rédaction témoigne d’une forme de prudence un peu excessive. L’article unique reste timide par rapport à la version qu’avaient défendue en novembre 2022 de nombreux députés dont Mathilde Panot, et que nous avions soutenue. Cependant, pour des raisons d’équilibre, nous sommes prêts à nous ranger s’il le faut – et il le faudra certainement – derrière cette rédaction de compromis qui privilégie la notion de liberté et une inscription à l’article 34 de la Constitution.Au-delà des avancées symboliques, la question essentielle pour les citoyennes françaises demeure celle de l’exercice concret et sans entrave de l’IVG. Les difficultés pratiques ainsi que les importantes fractures sociales et territoriales qui subsistent dans l’accès effectif à l’interruption volontaire de grossesse imposent une réponse forte de l’État.Contrairement à d’autres Constitutions, comme celle de la République fédérale d’Allemagne, la Constitution du 4 octobre 1958 ne contient pas de liste de droits et libertés garantis. Ceux-ci sont renvoyés à ce qu’on appelle le bloc de constitutionnalité.La question de l’IVG démontre que la sacralisation de droits et libertés fondamentaux représente un chantier à ouvrir dans le cadre d’une révision constitutionnelle d’ampleur. Faisons tous aujourd’hui un choix noble et juste, votons ce texte ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LIOT, RE, LR, Dem et HOR et sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Mme Sarah Tanzilli (RE). Il y a près d’un demi-siècle, cette assemblée légalisait le droit à l’interruption volontaire de grossesse sous l’impulsion de Simone Veil, marquant le commencement d’une nouvelle ère pour les femmes : celle de la maîtrise de leur corps et de leur destin.Depuis cet acte fondateur pour les droits des femmes dans notre pays, que de chemin parcouru ! Le droit à l’avortement a été renforcé et facilité et son remboursement a été obtenu. Les politiques d’égalité entre les femmes et les hommes dans notre pays auraient été impossibles sans ce pas décisif.Il appartient aujourd’hui à cette législature de consacrer un droit qui représente un pilier de l’édifice législatif émancipateur des femmes en inscrivant dans notre Constitution la liberté garantie à la femme de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.Plusieurs groupes parlementaires – que je salue – ont pris l’initiative de déposer une proposition de loi constitutionnelle tout en soulignant la nécessité de privilégier le recours à un projet de loi. Ces textes eurent le mérite de permettre à nos deux chambres de débattre sereinement. Puis, au terme d’une première navette, le Président de la République a déposé, comme il s’y était engagé, un projet de loi constitutionnelle en Conseil des ministres.À ce stade, je salue l’engagement constant de M. le garde des sceaux en faveur de l’inscription dans la Constitution du droit de recourir à l’IVG ainsi que votre détermination sans borne, madame la ministre déléguée. Nous nous souvenons tous du discours sincère et combatif que vous aviez tenu ici, en votre qualité de députée, il y a un an, lors de l’examen d’une première proposition de loi constitutionnelle visant à garantir le droit à l’IVG.Je salue aussi la qualité de votre rapport, monsieur le rapporteur. Sa lecture et celle de l’avis particulièrement éclairant du Conseil d’État expliquent les conséquences juridiques de l’inscription de l’IVG dans la Constitution.Ces deux textes présentent une réponse à ceux qui arguent que celle-ci est superfétatoire.Le Conseil d’État rappelle sans ambiguïté qu’en l’état de notre droit, il n’existe pas de garantie supralégislative à la liberté donnée aux femmes de recourir à l’avortement. Certes, le juge constitutionnel a consacré la conformité à la Constitution de la législation actuelle en matière d’IVG mais il n’a jamais affirmé qu’une loi qui viendrait réduire ou faire disparaître ce droit de l’ordonnancement juridique serait contraire à notre loi fondamentale. Il est donc essentiel d’introduire dans la Constitution une disposition claire qui consacre cette liberté.Vos travaux, monsieur le rapporteur, ainsi que ceux du Conseil d’État, sont également précieux pour apprécier la formulation retenue : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. » Je fais miennes les observations du Conseil d’État sur l’usage du mot « liberté » plutôt que du mot « droit », lorsqu’il indique : « Au vu de la jurisprudence du Conseil constitutionnel qui ne retient pas une acception différente des termes de droit et de liberté, le Conseil d’État considère que la consécration d’un droit à recourir à l’interruption volontaire de grossesse n’aurait pas une portée différente de la proclamation d’une liberté. »La Constitution consacre la liberté d’expression ou la liberté de conscience, qui sont des droits fondamentaux dont nul ne conteste la portée, quand bien même il ne s’agit pas de droits à proprement parler.L’avis du Conseil d’État est tout aussi éclairant sur le choix du mot « femme » : si la désignation d’un bénéficiaire de cette liberté est indispensable pour donner un caractère personnel à celle-ci, l’usage du mot « femme » – somme toute assez légitime lorsqu’on parle de droits reproductifs – n’empêche pas de faire de toute personne en état de grossesse un bénéficiaire de cette liberté.Enfin, le choix du gouvernement de reprendre les travaux du Sénat sur l’inscription de cette liberté à l’article 34 de notre Constitution tout en précisant que la liberté de recourir à l’IVG est « garantie » aux femmes est pertinent et susceptible de proportionner avec justesse le niveau de protection de cette liberté. Cet équilibre consacre les prérogatives du législateur pour délimiter les contours et les modalités d’exercice de ce droit, tout en renvoyant à la Constitution pour en protéger le caractère effectif.L’adoption de ce projet de loi n’entraînera ni la nécessité de faire évoluer notre cadre législatif ni une remise en cause d’autres droits et libertés – en particulier de la liberté de conscience des médecins. Il n’en résultera pas un droit à l’interruption volontaire de grossesse en dehors du cadre législatif actuel. Il ne sera en revanche pas possible pour un législateur réactionnaire d’interdire l’avortement ou de le limiter de manière excessive.Fruit d’un premier échange entre les deux chambres de notre parlement, cette rédaction de compromis est d’une redoutable efficacité : elle permet la mise en place d’un bouclier protecteur non régressif et empêche tout retour en arrière qui viendrait priver d’effectivité le droit des femmes de recourir à l’IVG.À ceux de nos collègues, très engagés sur ce sujet, qui seraient tentés de vouloir améliorer la rédaction proposée, je voudrais dire que les deux chambres ont déjà eu l’occasion d’exprimer leur volonté, que le mieux est l’ennemi du bien et qu’à partir du moment où le terme « garantie » a été ajouté à la formulation du Sénat, il ne fait aucun doute qu’elle offre un niveau de protection suffisant.Parce que toute modification du texte nous éloignerait de la perspective d’une constitutionnalisation, il nous faut en tirer les conclusions appropriées et le voter sans rien y ajouter et sans rien y retrancher, pour tendre la main à nos collègues sénateurs. C’est ce que feront les députés du groupe Renaissance.
Mme Sarah Tanzilli (RE). Juridiquement, la situation est claire ; politiquement, elle l’est aussi, malheureusement ! Pour certains, modifier la Constitution serait une mesure symbolique non nécessaire en l’absence de menace pesant sur le droit à l’IVG. Mais c’est lorsqu’on a une majorité pour le faire qu’il convient d’inscrire une liberté dans notre loi fondamentale. Après, il est trop tard !En second lieu, c’est une erreur que de considérer que la menace est nulle. L’humilité impose de regarder avec lucidité ce qui se passe hors du territoire français et de constater que, partout, les réactionnaires, lorsqu’ils arrivent au pouvoir, portent atteinte à ce droit car il constitue un pilier essentiel de la capacité des femmes à maîtriser leur corps et donc leur destin.L’arrêt Dobbs rendu par la Cour suprême américaine nous rappelle qu’une tradition juridique bien ancrée peut être modifiée par une minorité très organisée. Au reste, le mouvement ne concerne pas uniquement les États-Unis : au Portugal, les conservateurs ont limité les conditions d’accès à l’IVG ; en Hongrie, ils ont quasiment fait disparaître ce droit et en Pologne, l’IVG a été pratiquement aboli dans les faits. Suppression totale ou partielle, déremboursement, mesures vexatoires comme l’imposition d’un examen psychologique ou d’un délai de réflexion ou l’obligation d’entendre au préalable les battements de cœur du fœtus,…
Mme Sarah Tanzilli (RE). …partout, les adversaires de l’IVG multiplient les attaques contre ce droit, y compris en Europe. Que toutes les défenseures du droit à l’avortement en Europe, qui militent parfois dans des conditions très difficiles, soient ici saluées et encouragées, leur combat est le nôtre !Il faudrait être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir que la menace est réelle, ici aussi. Non, les anti-IVG n’ont pas disparu dans notre pays. Ils pullulent sur les réseaux sociaux et sur internet ; ils envoient des fœtus en plastique aux députés engagés sur cette question ; 6 000 à 15 000 d’entre eux ont défilé dans nos rues la semaine dernière ; ils siègent même dans les rangs de notre assemblée. N’oublions pas que, si la stratégie de la cravate change l’apparence, elle ne change rien au fond ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES, SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)Oui, l’extrême droite est l’adversaire historique du droit des femmes en général et du droit à l’avortement en particulier. Marine Le Pen défendait il y a encore quelques années le déremboursement de l’IVG, considérant qu’il fallait lutter contre « les avortements de confort ». En 2021, lorsque cette assemblée allongeait de douze à quatorze semaines le délai de recours à l’IVG, elle dénonçait « une dérive idéologique ».
Mme Sarah Tanzilli (RE). D’ailleurs, on attend toujours qu’elle condamne l’interdiction par ses alliés du parti Droit et justice (PiS) de l’avortement en Pologne. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)Nous pouvons avoir des doutes légitimes quant au fait que les idées du RN auraient changé. Simplement, la soif de pouvoir pousse ses membres à dissimuler leurs croyances profondes derrière des cravates. C’est bien une élue RN qui avait qualifié en 2018 l’avortement de « génocide de Français remplacé à tour de bras par les migrants » et c’est au RN qu’un député a comparé en 2020 l’IVG à la Shoah, aux génocides arméniens et rwandais, et aux crimes de Daech. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE et HOR, ainsi que sur quelques bancs des groupes LR et LIOT.)À ceux qui disent que la constitutionnalisation ne servirait à rien, je pose cette question : veulent-ils sérieusement prendre le risque de voir demain leurs filles et leurs petites-filles mettre leur vie entre les mains de faiseuses d’anges, se retrouver dans une arrière-cuisine et finir mutilées ou pire, pour n’avoir pas voulu se résoudre à mener une grossesse à terme ? Ce n’est ni mon choix, ni celui de mon groupe.Pour consacrer le droit des femmes à maîtriser leur corps, pour envoyer un message d’espoir à toutes les femmes du monde qui voient leurs droits reproductifs fragilisés, le groupe Renaissance votera ce texte sans modification. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
Mme Pascale Bordes (RN). Vouloir inscrire dans la Constitution la liberté de la femme de recourir à l’IVG est à tout le moins inapproprié et inutile.Inapproprié car ce texte est très éloigné des aspirations actuelles de nos concitoyens,…
Mme Pascale Bordes (RN). …davantage préoccupés par la hausse galopante des prix, notamment de l’énergie, et la baisse corrélative du pouvoir d’achat, par le sort plus qu’inquiétant des pêcheurs et des agriculteurs sacrifiés sur l’autel de l’Union européenne,…
Mme Pascale Bordes (RN). …par la situation internationale alarmante et par la hausse exponentielle des trafics en tous genres, des viols ou encore des homicides que par une loi constitutionnelle parfaitement inutile…
M. Erwan Balanant (DEM). Pourquoi alors avoir voté pour la dernière fois ?
Mme Pascale Bordes (RN). …et surtout totalement décorrélée de tous ces sujets qui ne vous intéressent pas mais qui suscitent les plus grandes craintes chez nos concitoyens. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)
Mme Pascale Bordes (RN). Je le répète car je connais la vision partiale et partielle – je n’ose pas aller jusqu’à parler de mauvaise foi – qui s’exprime parfois sur certains bancs : il n’est pas question que notre famille politique remette en cause l’accès à l’avortement. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Erwan Balanant (DEM). Alors on peut constitutionnaliser ce droit !
Mme Danielle Simonnet (LFI-NUPES). Dans ce cas, condamnez la Hongrie et l’Argentine !
Mme Pascale Bordes (RN). La liberté d’avorter, aujourd’hui pleinement protégée par la loi défendue par Simone Veil, fait désormais partie intégrante de notre patrimoine juridique.Le Conseil constitutionnel, quant à lui, a toujours jugé l’avortement conforme à la Constitution et rattache au demeurant l’IVG au principe de liberté de la femme découlant de l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qu’il concilie avec celui de sauvegarde de la dignité de la personne humaine. Ainsi, sur le plan constitutionnel, il n’existe strictement aucun risque d’atteinte à l’IVG.Dès lors, à quel titre devrions-nous modifier notre Constitution afin d’y inscrire une liberté que personne ne conteste et qui est protégée par la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel – que vous savez brandir en d’autres occasions ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Mme Pascale Bordes (RN). À cet égard, et alors que certains tentent de semer la confusion, ne vous trompez pas de débat. Le problème n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre l’IVG ; ce débat a été tranché en 1975, il y a bientôt cinquante ans.
Mme Pascale Bordes (RN). Mettez vos pendules à l’heure ! Il est de savoir si l’on constitutionnalise ou non la liberté d’avoir recours à une IVG, liberté que personne ne conteste au demeurant…
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Si, si ! Vous la contestez ! C’est vous, le danger !
Mme Pascale Bordes (RN). …et dont on use dans notre pays où 234 300 IVG ont été pratiquées en 2022, soit deux fois plus qu’en Allemagne.Par ailleurs, ce texte risque de remettre en cause l’équilibre de la loi Veil. En effet, celle-ci énonce dans son article 1er : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi. »
Mme Sophie Taillé-Polian (ECOLO). C’est pour nous protéger contre vous que nous allons voter la proposition de loi constitutionnelle !
Mme Pascale Bordes (RN). À travers cet article, le législateur de 1975 a souhaité – il y a quasiment cinquante ans – équilibrer les droits de la femme enceinte et ceux de l’embryon en posant une règle dérogatoire et fondamentale, au « respect de tout être humain dès le commencement de la vie ». La loi Veil était donc, dès l’origine, un texte dérogatoire au droit commun, faisant de l’IVG une exception au principe de respect de tout être humain dès le commencement de la vie.C’est pourquoi vouloir inscrire aujourd’hui dans la Constitution « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une IVG » peut paraître en contradiction avec la loi Veil. Si le texte proposé est voté, l’IVG sera constitutionnalisée. D’exception, elle deviendra principe. Dès lors, c’est tout un pan du code de la santé publique et du droit médical qu’il nous faudra rebâtir autour de ce principe, quoi qu’en disent les partisans de ce texte afin d’assurer à tout prix cette nouvelle liberté constitutionnelle. Au vu de l’état actuel de notre système de santé, est-ce bien judicieux ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RN.)D’aucuns, pour pallier cet écueil, mettent en avant l’aspect symbolique de la démarche. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une majorité de notre groupe avait voté le texte soumis à notre assemblée en novembre 2022.
Mme Pascale Bordes (RN). La Constitution étant le texte suprême de notre droit, nous considérons que ce projet de loi constitutionnelle devrait dans tous les cas être soumis à référendum car la Constitution ne devrait pouvoir être modifiée que directement par le peuple souverain. D’autre part, comme Marine Le Pen l’a souligné durant la campagne présidentielle (« Ah ! » sur divers bancs)…
Mme Pascale Bordes (RN). …– je savais que ça vous plairait –, les sujets de société doivent être tranchés directement par la société.En outre, certains constitutionnalistes estiment qu’il ne serait pas responsable d’inscrire cette liberté dans la Constitution car la norme constitutionnelle doit être un point d’ancrage de notre droit, un élément de stabilité de l’ordre juridique et non l’exutoire des désirs de certains.
Mme Pascale Bordes (RN). Cette nouvelle liberté risque par ailleurs – et c’est fondamental – d’entrer en conflit avec d’autres libertés garanties par le bloc de constitutionnalité. Je pense par exemple à la liberté de conscience garantie par l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
Mme Pascale Bordes (RN). Enfin, la formulation retenue – « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une IVG » – pourrait conduire à consacrer un accès sans condition à l’IVG, par exemple bien au-delà de la limite légale en vigueur. C’est le débat que nous avions eu il y a quelques mois.
Mme Mathilde Panot (LFI-NUPES). Admettez que vous êtes contre l’IVG au lieu de recourir à ces circonvolutions !
Mme Pascale Bordes (RN). À ce sujet, quelques amendements déposés par certains groupes parlementaires – toujours à la pointe de l’innovation – laissent à penser que d’aucuns ne verraient absolument pas d’inconvénient à ce que des IVG soient pratiquées jusqu’à huit ou neuf mois de grossesse. (Exclamations sur quelques bancs des groupes RE, LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
M. Jérôme Guedj (SOC-A). Et pourquoi pas dix mois, tant que vous y êtes !
Mme Pascale Bordes (RN). Alors pourquoi ce texte ? Tout en reconnaissant que cette liberté n’est nullement menacée dans notre pays, on invoque désormais, comme dans un inventaire à la Prévert : une croisade que notre pays se devrait d’entreprendre partout dans le monde – l’utilisation du terme « croisade » par le rapporteur souligne le caractère très idéologique de ce texte – ,…
M. Erwan Balanant (DEM). C’est vrai que l’universalisme, ça vous heurte un peu !
Mme Pascale Bordes (RN). …le fait que la France serait ainsi l’un des premiers pays au monde et le premier en Europe à reconnaître dans sa Constitution une telle liberté ; enfin – j’ai gardé le meilleur pour la fin – la volonté du chef de l’État d’adresser un message universel de solidarité à toutes les femmes qui voient aujourd’hui cette liberté bafouée.Or la sauvegarde des droits et libertés des femmes ne se réduit pas à un sombre concours pour savoir qui est le premier, ni à une croisade à travers le monde (Applaudissements sur les bancs du groupe RN), encore moins à un message universel envoyé à la terre entière, voire à la galaxie, a fortiori lorsque la situation de ces mêmes droits et libertés n’est pas, tant s’en faut, satisfaisante en France.C’en est fini de la défense des droits des femmes : place au message politique, au tract de campagne électorale. Où qu’elles vivent dans le monde, les femmes méritent mieux que cette vulgaire course à la gloriole.
Mme Pascale Bordes (RN). Pour conclure, ce texte inapproprié, inutile et contraire à l’équilibre de la loi Veil ne permettra par ailleurs, en aucune façon, de résoudre la question majeure de l’effectivité de l’accès à l’IVG sur tout le territoire français où, près de cinquante ans après la loi Veil, nombre de femmes, essentiellement dans les zones rurales, ne parviennent pas à avoir recours à une IVG dans les délais légaux, repoussés récemment jusqu’à quatorze semaines pour pallier les carences abyssales de notre système de santé.
Mme Pascale Bordes (RN). Dès lors, ce texte ne réglera pas le problème de toutes ces femmes au quotidien car il ne s’agit là que d’une opération de communication destinée à flatter l’ego de certains, tout en masquant la réalité de l’insondable état de notre système de santé.