« Absent » signifie que le député n'a pas pris part au scrutin, pas qu'il était absent de l'Assemblée.
session ordinaire 2019-2020 · 15e législature · compte rendu complet
Séance du 8 octobre 2019 (1e séance)
Présidence de M. Richard Ferrand
Mouvement Extinction Rebellion
Mme Clémentine Autain (FI). C’est simple et clair. Ma question le sera aussi. Quand la France entendra-t-elle ces lanceurs et ces lanceuses d’alertes ? Car, comme je l’ai lu sur le pont au Change : « Si ce n’est pas maintenant, c’est quand ? » (Applaudissements sur les bancs du groupe FI. – Mme Elsa Faucillon applaudit également.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la transition écologique et solidaire.
Mme Élisabeth Borne. Que des gens se mobilisent pour le climat, je ne peux bien sûr qu’être d’accord avec cela. Mais quand j’entends ces personnes, je ne peux que les inviter à ne pas s’enfermer dans des revendications venues d’ailleurs et à prendre conscience de ce que nous faisons ici.Quelles sont ces revendications ? Tout d’abord reconnaître l’urgence écologique et climatique. Cela a été fait, peut-être pas par vous (Exclamations sur les bancs du groupe FI), mais par cette assemblée qui l’a votée dans le cadre de la loi énergie-climat.
Mme Élisabeth Borne. Une autre de leurs revendications est la création d’une convention citoyenne. Comme je viens de l’évoquer, nous avons instauré une telle convention, au sein de laquelle 150 Français consacrent une partie de leur temps personnel et professionnel à construire des solutions destinées à l’ensemble de nos concitoyens.
Mme Élisabeth Borne. Ils nous disent aussi qu’il faut aller plus vite et plus loin. Nous sommes bien d’accord, et le sens de la convention citoyenne est précisément d’apporter des réponses construites avec les Français pour aller plus vite, plus loin dans la transition écologique.
Un député FI. Et les députés, ils servent à quoi ?
Mme Élisabeth Borne. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à alerter mais à construire ensemble les solutions qu’attendent nos concitoyens. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe FI.)
M. Laurent Garcia (MODEM). Ma question s’adresse au ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse. Elle concerne l’avenir de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement qui, présidé par le Nancéien Jean-Marie Schléret, étudie les questions liées à la sécurité des bâtiments et équipements scolaires, à la prévention des risques dans les établissements d’enseignement technologique ou professionnel, aux pollutions de l’air et des sols.Cet observatoire avait notamment lancé les plans de mise en sûreté, tirant les leçons des dégâts causés dans les établissements scolaires par l’explosion de l’usine AZF de Toulouse. Cet organisme indépendant est utile. Il vient par exemple de rendre compte dans son dernier rapport annuel des plans particuliers de mise en sûreté de plusieurs établissements réalisés dans l’académie de Rouen, qui ont sans doute contribué aux bonnes pratiques observées lors de l’incendie de l’usine Lubrizol.Compte tenu des interrogations légitimes de la population après la catastrophe de la semaine dernière, ne pourrait-on pas solliciter cet observatoire afin de conduire une étude détaillée dans l’ensemble des bâtiments situés à proximité d’établissements industriels classés Seveso ? Cela permettrait par ailleurs de lever les vives inquiétudes ressenties par les membres de cet organisme quant à sa pérennité. En effet, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, l’observatoire ne semble pas être mentionné dans le bleu budgétaire. Ce qui m’amène à ma deuxième question : pouvez-vous nous assurer du financement et donc de l’avenir de cet organisme apprécié par tous les acteurs de terrain ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse.
M. Jean-Michel Blanquer. Les enjeux que vous évoquez sont importants, ils concernent la sécurité de notre bâti scolaire. Nul ne doute qu’il faut sans cesse renforcer notre attention sur cette question. C’est d’ailleurs ce à quoi s’emploie notre ministère en lien avec les collectivités locales, par exemple en généralisant, dans le cadre administratif habituel, les plans de sécurité auxquels vous avez fait référence.L’organisme que vous évoquez a en effet été créé en 1994. Présidé depuis cette date par M. Schléret, il emploie cinq personnes et a rempli jusqu’à présent, comme vous venez d’en témoigner, un office intéressant. Cependant, dans le cas de l’incendie de Rouen, il est certain que les compétences requises pour évaluer les mesures à prendre en matière de bâti scolaire excèdent celles de cet observatoire. Un enjeu interministériel se pose à l’évidence, et nous travaillons d’ailleurs sur toutes ces questions avec le ministère de la santé.Nous allons en effet entamer une série de travaux pour étudier les conséquences de ce qui s’est passé à Rouen. Je vous remercie au passage d’avoir noté que les réactions face à l’incendie avaient été appropriées. Je ne suis pas certain, cependant, que l’observatoire soit l’organisme le mieux à même de traiter ce problème. En ce qui concerne son avenir, je pense que nous devons bien réfléchir aux modes opératoires permettant d’assurer encore mieux, en lien bien sûr avec les collectivités locales, les fonctions de sécurité qui, indiscutablement, sont indispensables. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). Mes chers collègues, avant de passer à la dernière question, je fais annoncer les scrutins sur le projet de loi autorisant la ratification du traité sur la coopération et l’intégration franco-allemande et sur la proposition de résolution relative à l’amitié franco-allemande et à la mise en œuvre du traité d’Aix-la-Chapelle. Nous voterons immédiatement après la réponse à la question de M. Brun.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
M. Fabrice Brun (LR). Monsieur le Premier ministre, il ne fait pas bon vieillir dans ce pays depuis que vous êtes aux commandes, tant vous avez jeté votre dévolu fiscal sur nos aînés, qualifiés maintes fois dans vos rangs de nantis. Ils sont pourtant une chance pour notre société, tant ils participent au lien social, à la vie de notre pays, ne serait-ce qu’en aidant leurs enfants et leurs petits-enfants.Mais notre société le leur rend-elle bien ? A-t-elle suffisamment pris la mesure des effets de l’augmentation de l’espérance de vie – 79 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes ? Aujourd’hui, près d’un million et demi de personnes sont en perte d’autonomie. Demain, ils seront un million de plus avec la recrudescence de ce fléau qu’est la maladie d’Alzheimer.Face au défi de la dépendance, monsieur le Premier ministre, que faites-vous ? La situation ne cesse de se dégrader sur le terrain, source d’une déshumanisation. Je ne vous parle pas d’un énième rapport mais d’actions concrètes destinées à aider nos aînés à rester chez eux le plus longtemps possible – car telle est le plus souvent leur volonté –, à créer des postes dans les structures d’aide à domicile et les maisons de retraite, dont les personnels sont au bord de la crise de nerfs, à montrer davantage de considération envers les personnels aidants et soignants dont le travail quotidien, plein d’humanité, est insuffisamment reconnu et rémunéré.Monsieur le Premier ministre, il y a urgence. Nos aînés, celles et ceux qui les accompagnent au quotidien, les familles qui payent chaque mois un reste à charge de 1 500 ou 2 000 euros pour les personnes hébergées dans les EHPAD, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes : tous vous conjurent d’agir, enfin. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé.
Mme Christelle Dubos. Permettre aux aînés de rester chez eux en renforçant les services à domicile, augmenter le personnel dans les établissements et améliorer leur quotidien, limiter le reste à charge des résidents en EHPAD : ce sont ces mêmes objectifs que nous assignons à la réforme de la prise en charge de la perte d’autonomie. Nous entendons la contestation qui s’exprime. Agnès Buzyn présentera d’ici à la fin de l’année une réforme d’ampleur. En attendant, le PLFSS – projet de loi de financement de la sécurité sociale –, que je vous invite à consulter promptement et à voter avec nous, concrétise nos premiers engagements.
Mme Christelle Dubos. Un de ceux-ci est l’augmentation massive de la présence des personnels auprès des résidents dans les EHPAD. Ceux-ci bénéficieront de 450 millions d’euros supplémentaires, dont 210 millions dès 2020. Une enveloppe de 50 millions d’euros sera de nouveau dégagée en 2020 afin que, quels que soient les mouvements de convergence des tarifs, aucun établissement ne voie ses dotations diminuées. En 2020 sera reconduite une enveloppe de 15 millions d’euros destinée au recrutement et au développement du personnel infirmier présent la nuit dans les EHPAD.Pour la rénovation et la transformation des établissements médico-sociaux, 130 millions d’euros seront consacrés à l’investissement. Enfin, pour améliorer la démarche de revalorisation des métiers du grand âge, le PLFSS prévoit le versement de la prime d’assistant de soins en gérontologie pour les aides-soignants qui auront suivi une formation spécifique de prise en charge des personnes âgées. Enfin, et pour soutenir le secteur de l’aide à domicile en attendant la réforme structurelle qui interviendra dans le cadre de la loi sur le grand âge et l’autonomie, 50 millions d’euros seront sanctuarisés dans ce même PLFSS. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. Fabrice Brun (LR). Je vous remercie pour votre réponse, même si celle-ci reste tout de même insuffisante. Je rappelle que le rapport Libault, qui vous a été remis au mois de mars, évalue dans un premier temps les besoins à plus de 6 milliards d’euros supplémentaires par an. Nous aurons bien sûr ce débat dans le cadre du PLFSS et du projet de loi que vous annoncez. Mais sachez que nous prendrons toute notre part dans le renouvellement du pacte générationnel, convaincus que nous sommes que la personne âgée n’est pas un fardeau mais une richesse. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs du groupe UDI-Agir.)
M. le président (LAREM). Nous avons terminé les questions au Gouvernement.
Souhaits de bienvenue à une délégation étrangère
M. le président (LAREM). Je me réjouis de la présence dans la tribune de quatre collègues du Bundestag participant à un programme d’échange entre députés français et allemands. (Mmes et MM. les députés se lèvent et applaudissent.)
Vote solennel
M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle le vote par scrutin public sur l’ensemble du projet de loi autorisant la ratification du traité entre la République française et la République fédérale d’Allemagne sur la coopération et l’intégration franco-allemandes (nos 2113, 2171).
Vote sur l’article unique
M. le président (LAREM). Je mets aux voix l’article unique du projet de loi.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président (LAREM). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 522 Nombre de suffrages exprimés 521 Majorité absolue 261 Pour l’adoption 479 Contre 42
(L’ article unique est adopté , ainsi que l’ensemble du projet de loi .) (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Vote solennel
M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle le vote par scrutin public sur la proposition de résolution pour une amitié franco-allemande dynamique et tournée vers l’avenir, au service de l’Europe, et pour une mise en œuvre rapide et ambitieuse du Traité d’Aix-la-Chapelle (no 2270).
Vote sur la proposition de résolution
M. le président (LAREM). Je mets aux voix la proposition de résolution.
(Il est procédé au scrutin.)
M. le président (LAREM). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 529 Nombre de suffrages exprimés 528 Majorité absolue 265 Pour l’adoption 487 Contre 41
(L’article unique est adopté, ainsi que l’ensemble de la proposition de résolution.) (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Mme la présidente (LAREM). L’ordre du jour appelle la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, du projet de loi relatif à la modernisation de la distribution de la presse. (no 2251).
Présentation
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Laurent Garcia, rapporteur de la commission mixte paritaire.
M. Laurent Garcia (MODEM). Le Sénat a adopté, le 26 septembre dernier, le texte issu de la commission mixte paritaire fructueuse que nous avions tenue quelques jours auparavant.Le texte adopté par l’Assemblée, qui avait tenu compte des apports de la chambre haute, avait en effet trouvé un écho auprès des sénateurs. Deux points d’achoppement demeuraient cependant, sur lesquels nous sommes parvenus sans difficulté à trouver un compromis. Je veux en remercier toutes les parties prenantes de cette CMP, élus ou agents ayant travaillé sur ce dossier.Le premier, relatif à l’avis conforme du maire sur l’ouverture des points de vente de presse, nous paraissait trop lourd à porter pour les élus locaux ; le Sénat en est sagement convenu, et nous avons conservé l’obligation, pour la commission du réseau, de requérir l’avis du maire.Le second point concernait, lui, le schéma territorial élaboré par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes – ARCEP – et mentionnait les dépositaires centraux. Ces maillons fondamentaux de la chaîne de distribution bénéficient d’une exclusivité territoriale en contrepartie de laquelle ils ont consenti, au fil des ans, de lourds investissements. Le Sénat a accepté que l’ARCEP soit chargée d’« orienter » l’organisation territoriale de la distribution de la presse, et non d’en fixer les moindres détails elle-même ; en contrepartie, nous avons accepté que ce schéma fasse une place plus importante aux dépositaires centraux. Ceux-ci ne seront plus seulement « mentionnés » de façon passive par le schéma territorial ; ce dernier « tiendra compte » de leur existence et en tirera logiquement toutes les conséquences.C’est sur la base de ce compromis intelligemment constructif, je crois, que le projet de loi vous est soumis aujourd’hui. J’espère qu’il trouvera dans cet hémicycle un accueil aussi favorable que celui qu’il a reçu de notre commission mixte paritaire.Ce projet de loi est en effet, de mon point de vue, d’une importance vitale pour la distribution de la presse. Tout en respectant scrupuleusement les principes de la loi Bichet, il apportera au système actuel la bouffée d’oxygène qui lui permettra de faire face aux évolutions qui affectent aujourd’hui la presse, papier comme numérique.
M. Laurent Garcia (MODEM). Il dotera également le secteur d’un régulateur puissant et efficace, qui aura toutes les cartes en main pour remédier définitivement aux dérives et à l’immobilisme que nous avons connus par le passé ; il permettra aux marchands de presse de renouer avec leur vocation proprement commerciale, en leur donnant un peu plus de pouvoir sur le choix de certaines catégories de titres.Mais surtout, il placera l’ensemble des acteurs face à leurs responsabilités : c’est à eux qu’il appartiendra de dépasser leurs simples intérêts individuels et, à travers les négociations interprofessionnelles qui s’engageront à l’issue de l’adoption du texte, de faire les choix qui, collectivement, s’imposeront pour assurer la pérennité de la filière et de ses acteurs, qu’il s’agisse des éditeurs, des distributeurs ou des marchands de presse.Oui, ce texte est indispensable, mais il ne résoudra pas toutes les questions qui se posent aujourd’hui à la distribution de la presse. Je pense, bien sûr, à la situation de Presstalis, qui a récemment perdu une dirigeante à poigne et dont la situation financière extrêmement problématique met aussi en danger la messagerie concurrente mais également toute la filière.Ce texte n’est donc qu’une première étape, et l’attention qu’ont manifestée les pouvoirs publics à l’égard de la situation du secteur devra nécessairement perdurer après son adoption. Il appartiendra à tous – Gouvernement, Parlement, régulateur et acteurs – de veiller à ce qu’une issue positive soit rapidement trouvée.Je tiens enfin à souligner l’action particulièrement riche du Gouvernement comme du Parlement en faveur de la presse cette année. J’ai bien sûr en tête la création d’un droit voisin au profit des agences et des éditeurs de presse, qui a été défendue ici même par le Premier ministre en opposition à Google, ou encore la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information. Ces initiatives démontrent tout l’intérêt que portent les pouvoirs publics à la presse et l’importance de la mission que celle-ci accomplit, consubstantielle à l’exercice de la démocratie. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. le ministre de la culture.
M. Franck Riester. Au moment de discuter du texte de la commission mixte paritaire – je me réjouis qu’elle soit parvenue à un accord le 24 septembre dernier –, j’entends encore ceux qui disaient la réforme de la loi Bichet impossible à mener.Et pourtant, nous l’avons fait, vous l’avez fait. Je veux vous remercier pour nos débats fructueux, pour vos travaux approfondis, en commission et en séance, ainsi que pour votre souci constant de clarifier, préciser et améliorer le projet de loi initial. Merci à vous, sincèrement.Je remercie évidemment le rapporteur, cher Laurent, qui a permis un travail collectif en profondeur, le rapporteur du texte au Sénat, Michel Laugier, qui a effectué un travail remarquable, le président de la commission, Bruno Studer qui, comme toujours, a veillé à la richesse des débats et à la pertinence des améliorations proposées, ainsi que les orateurs des différents groupes qui ont été des interlocuteurs très importants pour moi. Enfin, je salue tous ceux qui ont nourri nos débats et contribué à améliorer le texte. Je me félicite de l’esprit constructif et transpartisan qui a présidé à nos discussions et a permis d’aboutir à un texte de grande qualité. Vous avez pris vos responsabilités.Face aux difficultés économiques que connaît la presse – notamment Presstalis –, il devenait indispensable de moderniser sa distribution, tout en prenant soin de ne pas détruire les acquis du système actuel. Ce n’était pas facile, mais le texte, enrichi par vos propositions, parvient à résoudre cette équation. Il permet de préserver les grands principes de la loi Bichet : le principe coopératif obligatoire, le droit absolu à la distribution de l’ensemble des titres d’information politique et générale, et l’accès de nos concitoyens à une diversité de publications sur l’ensemble du territoire.Dans le même temps, le texte prévoit une véritable modernisation du cadre législatif : il instaure un nouveau dispositif de régulation, indépendant, cohérent et renforcé ; il donne aux marchands de journaux une plus grande marge de manœuvre dans le choix des titres qu’ils distribuent en dehors de la presse d’information politique et générale – nous avons tant besoin de ces marchands de journaux dans nos territoires ; ils sont les têtes de pont de la culture et de l’information, à l’instar des bibliothèques ; ils forment un maillage essentiel pour l’accès à l’information – ; il étend les principes fondamentaux de la loi Bichet aux kiosques et agrégateurs numériques ; enfin, il garantit la continuité de la distribution de la presse, en laissant aux deux principales messageries actuelles un délai d’adaptation suffisant avant l’arrivée éventuelle de nouvelles sociétés de distribution.Merci, une nouvelle fois, à vous, mesdames et messieurs les députés. Et merci à l’ensemble des acteurs de la filière pour leur contribution à ce texte, qui est le fruit d’un long travail de concertation. J’adresse un remerciement particulier à Michèle Benbunan. Depuis bientôt deux ans, elle a engagé une transformation sans précédent de Presstalis. À l’heure où elle quitte ses fonctions, je veux rendre hommage à son énergie, à son dévouement, à son engagement et, à travers elle, à toutes les équipes de Presstalis qui ont accepté de nombreuses transformations de leur entreprise et ont consenti d’importants efforts. Ces efforts ne seront pas vains. Nous savons pouvoir compter sur le nouveau président-directeur-général pour les poursuivre, au bénéfice de l’entreprise mais aussi de la filière.Je me réjouis, au nom du Gouvernement, de l’accord trouvé au sein de la commission mixte paritaire, lequel ouvre la voie à une promulgation rapide de la loi. Conformément à l’article 45 de la Constitution, le Gouvernement soumet donc à votre approbation le projet de loi relatif à la modernisation de la distribution de la presse.L’avenir de la presse dépend, j’en suis convaincu, de sa distribution. Mais il dépend également d’un juste partage de la valeur créée. Il dépend de la juste rémunération des éditeurs et agences de presse par les plateformes, lorsqu’elles réutilisent leurs contenus. Tel est l’objectif de la loi tendant à créer un droit voisin au profit des éditeurs de presse et agences de presse. Sur ce sujet, les déclarations de Google ne sont pas acceptables. Comme l’ont dit le Président de la République et le Premier ministre, une entreprise, si grande soit-elle, ne peut pas s’affranchir de la loi.J’appelle donc à une négociation, sans attendre, entre Google et les éditeurs. Dans cette perspective, je recevrai l’ensemble des éditeurs et des grandes entreprises du numérique concernées. Je rencontrerai mes homologues européens, et nous mènerons le combat ensemble. Nous avons été le premier pays européen à transposer la directive européenne et nous devons encourager les autres États membres à faire de même. Nous continuerons, sans relâche et avec la plus ferme détermination, à protéger notre presse, et je sais que vous partagez cette ambition. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
Discussion générale
Mme la présidente (LAREM). Dans la discussion générale, la parole est à Mme Virginie Duby-Muller.
Mme Virginie Duby-Muller (LR). Nous sommes réunis aujourd’hui pour examiner un texte de bon sens, sur lequel nous avons su travailler en bonne intelligence et nous entendre en commission mixte paritaire.La loi du 2 avril 1947, dite loi Bichet, est issue des travaux du Conseil national de la résistance. Elle a rendu possible, depuis plus de soixante-dix ans, la diffusion, chaque jour, sur l’ensemble du territoire, de la presse, dans des conditions garantissant la non-discrimination et l’égalité. Notre démocratie lui doit, assurément, beaucoup.Cette loi historique avait malgré tout besoin d’être dépoussiérée, compte tenu des tensions dans la filière, de la concurrence d’internet mais aussi de l’érosion des ventes de journaux – alors que le nombre d’exemplaires vendus a été stable, autour de 7 milliards, pendant près de vingt ans, il connaît une dégradation continue depuis 2009 et s’établit aujourd’hui en deçà de 4 milliards ; la diffusion de la presse au numéro a été divisée par plus de deux entre 2000 et 2017, principalement en raison de la baisse des ventes de la presse nationale ; le réseau des diffuseurs de presse est largement pénalisé – environ 1 000 points de vente ferment chaque année.En décembre 2014, lors des débats sur la proposition de loi portant diverses dispositions tendant à la modernisation du secteur de la presse, nous alertions déjà sur la crise profonde que traverse le secteur de la presse.Nous avons aussi tous en tête le cas Presstalis qui a récemment fait éclater au grand jour la fragilité de loi Bichet. En déficit chronique, la société a accumulé plus de 400 millions d’euros de fonds propres négatifs. À cause d’une succession d’erreurs de gestion et de choix stratégiques discutables, elle a été proche de la faillite en début d’année 2018 et n’a dû sa survie qu’à une aide massive des éditeurs et de l’État.L’enjeu était donc de faire évoluer le système sans le détruire, en s’appuyant sur de multiples auditions parlementaires et sur le rapport commandé par Françoise Nyssen à Marc Schwartz, dont le constat fut sans concession.Ce texte atteint aujourd’hui un bon équilibre. Le nouveau système préserve une diffusion sur l’ensemble du territoire des titres d’information politique et générale, garantie par le Conseil constitutionnel ; il redonne une place centrale aux diffuseurs de presse, tout en créant les conditions d’un équilibre économique durable du secteur ; il s’attache aussi, de manière plus mesurée, à prendre en compte l’évolution de la presse liée à la place grandissante du numérique. Nous pourrions aller plus loin en la matière, mais, je l’ai déjà dit, je ne suis pas sûre que ce texte soit le meilleur véhicule législatif pour cela.Ce texte a pu être amendé, tant par le Sénat que par l’Assemblée nationale, dans un vrai souci de coconstruction législative – à cet égard, je tiens à saluer le travail du rapporteur. Nous pouvons tous être légitimement fiers du chemin parcouru. Rappelons-nous, il y a un an, les positions des uns et des autres – coopératives, éditeurs, distributeurs – semblaient inconciliables et marquées par la plus grande défiance.Des mesures utiles ont été introduites : la possibilité pour le Parlement de saisir l’ARCEP pour avis de toute question relative au secteur de la distribution de la presse ; la consultation du maire de la commune par la commission du réseau avant une décision d’implantation d’un diffuseur de presse ; le compromis sur le schéma territorial publié par l’ARCEP.Je me réjouis également du vote de mon amendement visant à limiter les prises de participation étrangère dans les sociétés agréées de distribution de la presse afin de garantir la libre circulation des idées et l’expression de la pluralité des opinions et de protéger la distribution de la presse nationale de toute velléité d’influence étrangère trop importante. L’examen en CMP a conduit à déplacer cet article pour des raisons de cohérence et à en revoir la rédaction pour tenir compte à la fois de la disparition de la Communauté européenne au profit de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, le fond restant inchangé. Les sociétés de distribution de presse sont des atouts stratégiques pour notre pays. Compte tenu des enjeux démocratiques majeurs, je suis convaincue que nous devons encadrer les investissements étrangers dans les organes de diffusion et distribution.Enfin, même si ce texte va dans le bon sens, vous vous en doutez, la vigilance reste de mise sur plusieurs points. Il conviendra ainsi de surveiller l’application de cette loi. Des fragilités demeurent, au premier rang desquelles la situation financière de Presstalis. Avec 400 millions d’euros de fonds propres négatifs, la principale messagerie, la seule à assurer la distribution des quotidiens, est toujours dans une situation très critique. La période qui s’ouvre est pour elle celle de la dernière chance : l’État ne viendra plus à son secours. Il serait bienvenu de suivre l’utilisation des 90 millions d’euros que nous avons octroyés à Presstalis et d’exiger des garanties de gestion. Le système qu’instaure le projet de loi ne s’appliquera qu’en 2023. D’ici là, il ne faut pas se contenter de maintenir Presstalis sous perfusion, mais remettre la société à flot après le récent départ de sa dirigeante.Vous l’aurez compris, le groupe Les Républicains salue l’équilibre du texte et le succès de la CMP.Notre objectif est, je le crois, commun et transpartisan : garantir en France la pluralité de l’information et l’égalité entre les éditeurs, pour une diffusion libre et impartiale de la presse écrite sur l’ensemble du territoire national, tout en tenant compte des enjeux de rentabilité.La diversité et pluralité de la presse sont une richesse et doivent être préservées. La refonte de la loi Bichet y concourt. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme Sophie Mette (MODEM). Le groupe du Mouvement démocrate et apparentés tient à saluer l’étroite coopération entre les deux assemblées qui nous permet aujourd’hui d’aboutir à un texte donnant au secteur de la presse les moyens de se redresser. Après des années de difficultés, il était temps que le législateur agisse, tant la situation était devenue intolérable pour notre presse nationale, fortement handicapée.Au cours de nos débats, nous avons tenu à rappeler l’attachement de nos concitoyens à leur presse, régionale en particulier. Celle-ci est un acteur essentiel de notre démocratie par l’information qu’elle diffuse et par sa contribution au débat d’idées. Ces principes ont contribué à faire naître la fameuse loi Bichet, qui a permis la mise en place d’un système presque unique au monde de distribution de la presse partout sur le territoire. Garantie du pluralisme, cette loi a permis la survivance d’une presse d’opinion extrêmement diverse.La filière était demandeuse d’une réforme afin d’amortir les effets des multiples crises qu’elle subit et que nous connaissons bien : réduction du lectorat de la presse papier d’opinion, dysfonctionnements internes, manque de flexibilité et de souplesse, mode de régulation ne permettant pas d’assurer un arbitrage équitable. C’est pourquoi l’intervention du législateur apparaît importante à plusieurs titres.Il assouplit d’abord les règles de l’assortiment, répondant ainsi à une demande récurrente des kiosquiers, soucieux de désencombrer les linéaires. La situation était devenue ubuesque : les marchands de journaux ne savaient quoi faire de leurs dizaines d’invendus et peinaient à se les faire rembourser. Tout en préservant le droit inconditionnel d’accès au réseau de distribution de la presse pour les publications d’information politique et générale, les nouvelles dispositions contenues dans le projet de loi nous semblent de nature à permettre une gestion plus rationnelle des stocks.Il encadre ensuite la diffusion numérique de la presse, puisque les kiosques numériques seront désormais aussi soumis à la réglementation en vigueur.Enfin pour rendre la régulation plus efficace, il met fin au système bicéphale, trop complexe et inapte à la décision, et confie cette responsabilité à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes.Le but de ce texte est en effet de faire respecter les principes initiaux de la loi Bichet que sont la liberté de la diffusion de la presse, la continuité de la distribution de la presse d’information politique et générale, la solidarité entre les entreprises de presse et la couverture large et équilibrée du territoire par le réseau des points de vente.Les débats à l’Assemblée ont permis d’enrichir le texte tout en conservant la majeure partie des apports du Sénat. Ils nous ont ainsi conduits à préciser les conventions définissant les références et les quantités servies aux points de vente pour les titres « hors commission paritaire des publications et agences de presse » – CPPAP – et à intégrer la prise en compte de la diversité de l’offre de presse s’agissant de l’assortiment des titres CPPAP.Les discussions dans les deux assemblées ayant permis de rassembler une large majorité autour du projet de loi, nous espérons qu’il en sera de même pour le texte issu de la commission mixte paritaire. Pour sa part, le groupe du Mouvement démocrate et apparentés le soutiendra sans réserve. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Mme Sylvie Tolmont (SOC). Pendant soixante-dix ans, la distribution de la presse écrite a été soumise à la loi dite Bichet du 2 avril 1947. Ce texte historique a contribué à forger notre démocratie dans l’après-Seconde Guerre mondiale et à garantir la liberté d’expression sur l’ensemble de nos territoires, y compris les plus isolés. En cela, cette loi fit l’honneur de son auteur, ainsi que celui de la France.Depuis, l’écosystème de la presse, de la production d’information à la vente en passant par l’acheminement, s’est vu bouleversé par l’essor du numérique. Une réforme du système de distribution de la presse est donc devenue indispensable afin d’adapter le secteur aux changements de notre société, à l’évolution de nos modes de consommation et aux nouvelles contraintes que celle-ci lui impose. Ce sera bientôt chose faite.Face à la disparition, chaque année, de près de 800 points de vente de presse, une intervention législative devenait particulièrement urgente. Nous l’accueillons, somme toute, positivement, puisqu’elle maintient les principes fondateurs de la loi Bichet : le système coopératif est préservé, la liberté de distribution est garantie, tandis que l’égalité de traitement est confirmée. Ces principes guideront toujours la distribution de journaux : il ne pouvait en être autrement si nous souhaitions des débats constructifs et apaisés.Par ailleurs, nous accueillons d’un œil bienveillant la fin du système qui faisait des éditeurs de presse à la fois des actionnaires et des clients de messageries. Source de conflits d’intérêts, cette situation se concrétisait par des réductions de prix systématiques accordées aux plus puissants et participait de la faillite des messageries et plus particulièrement de Presstalis – j’y reviendrai.Malgré le consensus obtenu en commission mixte paritaire sur un texte destiné à moderniser un système économiquement à bout de souffle, certains écueils demeurent.Tout d’abord, il y a fort à parier que l’ouverture du secteur à la concurrence, qui constitue un des points majeurs du projet de loi, s’effectuera au détriment des acteurs historiques de la distribution. Cette perspective a d’ailleurs déjà brisé l’élan de redressement de Presstalis, à en juger par le renoncement de sa présidente à exercer ses fonctions. Une telle situation, fruit d’une prise de conscience trop tardive et des échecs rencontrés dans le passé, ne peut nous réjouir. À cet égard, le calendrier choisi pour l’examen de ce texte ne semble pas des plus opportuns, d’autant qu’un défaut de cette société historique aurait des conséquences dramatiques pour toute la filière.Ensuite, la régulation de ce secteur par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, en lieu et place du Conseil supérieur des messageries de la presse et de l’Autorité de régulation de distribution de la presse ne semble pas particulièrement adaptée. Instance de régulation économique dont les missions principales correspondent à une analyse du marché, l’ARCEP n’apparaît ici pas à sa place, malgré l’encadrement de ses attributions. En effet, en matière de distribution de la presse, les enjeux ne sont pas uniquement économiques, ils sont aussi démocratiques. Aussi la vigilance sera-t-elle de mise.Nous avons mené un important travail de coordination de l’ensemble des dispositions du texte. Ainsi, alors que le périmètre des publications portées permettant de bénéficier d’exonérations de charges sociales est aujourd’hui identique pour les vendeurs-colporteurs de presse et les porteurs salariés, le projet de loi tendait à rompre cet équilibre. Un salutaire travail collectif a été fourni afin de rétablir un traitement égalitaire entre tous les réseaux de portage.Je tiens également à saluer certaines avancées et garanties obtenues par les sénateurs socialistes lors de l’examen du texte par la chambre haute. Ainsi l’ARCEP, nouveau superviseur du secteur, verra fort heureusement ses attributions encadrées. Les mentions, dans le cahier des charges des futures messageries, du respect des principes d’indépendance, de pluralisme, de non-discrimination et de continuité territoriale, ainsi que la publicité des barèmes établis par les sociétés agréées, permettront également de garantir certains objectifs constitutionnels. En outre, le champ d’intervention de l’ARCEP sera limité à la distribution groupée de presse, garantissant une indépendance totale aux éditeurs qui s’autodistribuent, notamment à la presse quotidienne régionale.Le secteur de la distribution de la presse traverse une crise dont nous avons toutes et tous conscience. En nous emparant de ce sujet, nous avons choisi de faire preuve de responsabilité et nos débats ont traduit l’attention que nous portons à la liberté et à l’indépendance de la presse. Cependant, malgré certaines avancées significatives contenues dans le texte, et conformément aux positions qu’il a défendues, le groupe Socialistes et apparentés s’abstiendra sur ce projet de loi et fera preuve de la plus grande vigilance quant à la situation inquiétante de l’acteur historique Presstalis. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Pierre-Yves Bournazel.
M. Pierre-Yves Bournazel (UDI-A-I). Le groupe UDI, Agir et indépendants est heureux de pouvoir s’exprimer de nouveau sur le projet de loi relatif à la modernisation de la distribution de la presse. À l’heure où l’on observe une défiance aussi bien à l’égard du monde politique que des médias, où les fausses nouvelles diffusées sur les réseaux sociaux sont parfois considérées de la même façon qu’un travail journalistique, où le papier tend à disparaître au profit du numérique, il est plus que jamais fondamental de rappeler que le cœur de la démocratie bat au rythme de la presse et de son indépendance.De la diversité de la presse dépend la vitalité du pluralisme des idées, des engagements et des sensibilités, celle-ci reposant sur l’équilibre économique fragile d’un secteur en pleine mutation, dont il est vital de redéfinir les conditions d’exercice et d’adapter le système de distribution aux bouleversements des modes de consommation. Cette révolution des usages a ouvert de nouvelles opportunités, mais a eu pour conséquences directes la chute du nombre de points de vente et la quasi-faillite de la principale messagerie de presse.C’est pourquoi, monsieur le ministre, nous soutenons ce texte visant à opérer l’ouverture du secteur à d’autres acteurs : il s’agit d’une nécessité. Néanmoins, la question de la liquidation de la dette de Presstalis demeure à ce jour non résolue, la situation financière de l’entreprise planant comme une épée de Damoclès sur l’ensemble de la filière. Pour mémoire, l’an dernier, l’État est venu au secours de Presstalis en signant un chèque de 90 millions d’euros.Si nous soutenons l’entrée de nouveaux acteurs, nous demeurons toutefois profondément attachés au modèle français de la distribution de la presse et au respect du pluralisme.Nous saluons le rôle nouveau conféré à l’ARCEP en tant qu’autorité de régulation du secteur de la presse. Si nous voulons que cette autorité réussisse dans sa mission, il conviendra de lui donner les moyens de s’approprier ces compétences nouvelles qui ne figurent aujourd’hui pas au cœur de son activité. Nous en formulons la demande.Nous nous réjouissons également de l’adoption de certains de nos amendements. J’en ai personnellement déposé deux, le premier permettant au régulateur d’élargir le champ de la consultation des organisations professionnelles représentatives des entreprises de presse dans la constitution du cahier des charges, le second clarifiant la répartition des compétences en matière de régulation des kiosques numériques. Je mentionne également l’amendement défendu par ma collègue Béatrice Descamps visant à renforcer les obligations auxquelles devront se soumettre, durant la période transitoire, les sociétés assurant historiquement la distribution de la presse.Notre groupe tient à exprimer son profond soutien aux acteurs de la presse, des éditeurs aux marchands de presse. J’adresse également une pensée particulière aux plus de 400 kiosquiers parisiens, symboles incontournables de notre capitale, qui peinent à vivre de leur métier. De moins en moins nombreux et en première ligne, ils participent pourtant de l’attractivité et de l’image de Paris. Il est indispensable de préserver leur activité et de mieux les accompagner en allégeant les contraintes qui pèsent sur eux et en facilitant l’ouverture de nouveaux points de vente.Nous tenions enfin à vous féliciter, monsieur le ministre, pour votre capacité d’écoute. Un accord a pu être trouvé en commission mixte paritaire, comme ce fut le cas s’agissant de la proposition de loi relative à la création du Centre national de la musique. Nous apprécions que les dossiers culturels avancent !Nous vous remercions également, monsieur le rapporteur Garcia, pour votre excellent travail.Le groupe UDI, Agir et indépendants votera en faveur de ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM et UDI-Agir.)
Mme Frédérique Dumas (LT). Plus de soixante-dix ans nous séparent de l’adoption de la loi Bichet, un texte crucial qui a déterminé l’organisation de la distribution de la presse sur notre territoire au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Depuis, le monde a changé, mais aucune adaptation structurelle majeure du secteur ne nous avait été proposée jusqu’à aujourd’hui.Il est inutile de rappeler la crise profonde que traverse le système de distribution de la presse vendue au numéro – nombreux ont été à le faire –, due, notamment, au vieillissement continu du lectorat, à la réduction régulière du nombre de points de vente et, bien sûr, à l’avènement d’internet et de la presse en ligne.Or toutes ces difficultés ne sont, ni plus ni moins, que la conséquence de l’arrivée à bout de souffle d’un système qui a échoué à prendre en considération les évolutions du secteur et les pratiques du lectorat. La situation de Presstalis en apparaît comme la triste illustration : le dernier plan de sauvetage dont a bénéficié l’entreprise, déjà en cessation de paiement en 2010, remonte à 2018, tandis que son chiffre d’affaires accuse aujourd’hui un déficit de 100 millions d’euros.Malheureusement, la présentation du projet de loi est venue heurter de plein fouet le business plan, bloquant tout développement commercial et provoquant une année blanche pour Presstalis. Le départ très récent de sa présidente-directrice générale, Michèle Benbunan – dont vous avez rappelé les qualités, monsieur le ministre – n’est pas de nature à nous rassurer sur l’avenir de l’entreprise.Si le calendrier de ce projet de loi nous trouble, sa nécessité ne peut toutefois être remise en cause. Alors oui, prenons en considération les nouveaux enjeux – celui du numérique en premier lieu – et adaptons la loi Bichet. Entendons l’appel de tous les acteurs du secteur, entravés par des obstacles devenus quasi-insurmontables. Je pense aux coopératives de presse, obligées d’être actionnaires des messageries de distribution, ce qui va jusqu’à créer de véritables conflits d’intérêts. Je pense aussi aux marchands de journaux, qui n’ont aucun contrôle sur les titres qu’ils doivent vendre, ni sur leur quantité.Aujourd’hui, un consensus s’est dégagé, signe que cette loi repose sur un équilibre qui va dans le bon sens. Le groupe Libertés et territoires est rassuré, car la modernisation n’a pas été obtenue à tout prix et n’a pas fait table rase du passé.En effet, le système coopératif est sauvegardé – point sur lequel nous étions absolument intransigeants. C’est grâce à lui que nous avons réussi jusqu’ici à assurer l’équité et la solidarité. Cette organisation collective des moyens de distribution, avec une mutualisation des coûts, garantit une égalité de diffusion.Par ailleurs, les marchands de journaux auront une plus grande marge de manœuvre dans l’assortiment des titres de presse qu’ils proposent, et pourront être ainsi plus en phase avec les besoins territoriaux. Cela répond à un impératif de proximité, de liberté et de diversité cher à notre groupe.Il importait également de réguler et de responsabiliser les plateformes numériques en les soumettant aux mêmes exigences que les kiosques matériels en matière de diffusion de la presse d’information politique et générale.Peut-être aurions-nous pu aller plus loin encore dans le renforcement des principes fondamentaux, en apportant des garanties supplémentaires, telles que la transparence et le pluralisme.À ce sujet, monsieur le ministre, je vous rappelle votre engagement d’ouvrir à d’autres acteurs la commission paritaire des publications et agences de presse, celle-ci n’étant composée à ce stade que de représentants de l’État et de professionnels de la presse. En première lecture, nous avions proposé cette ouverture par un amendement, pour plus de transparence et de diversité. Nous espérons sincèrement que vous respecterez votre engagement sur ce point.Quant à l’ouverture du secteur de la distribution à de nouveaux acteurs, elle devrait permettre de trouver des solutions optimales, dont certaines se dessinent déjà – la presse régionale est en première ligne sur cette question. Mais il était essentiel de préserver notre souveraineté. Sur ce point, nous nous félicitons de l’adoption de notre amendement visant à ce que les nouveaux acteurs ne soient pas extra-européens.Toutefois, le Gouvernement devra faire face à la situation de Presstalis. Ouvrir à la concurrence ne suffira en effet pas à régler tous les problèmes. Nous comprenons la logique sous-jacente ; il n’en demeure pas moins que, dans l’attente de ces nouveaux acteurs, la question de l’avenir de Presstalis se pose toujours, de manière plus aiguë encore – je pense en particulier à ses salariés, qui sont plus de 1 200. C’est une préoccupation majeure.Veillons également à garantir la continuité territoriale de la distribution de la presse, y compris avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs. À ce sujet, nos deux assemblées se sont attachées à ce que leur cahier des charges tienne compte du maillage territorial. Notre groupe salue cette attention : il faut veiller à ce que les journaux et publications de toutes les tendances soient présents et accessibles, en quantité suffisante, dans l’ensemble du territoire.Cependant, la réaffirmation et le renforcement de tous ces principes fondamentaux se révélera un exercice vain si la régulation du secteur, confiée à l’ARCEP, n’est pas efficace. Il sera donc indispensable de doter l’ARCEP de moyens humains supplémentaires.En définitive, saluons ce qui a été sauvegardé et accueillons avec optimisme et espoir les nouveautés qui ont été introduites, tout en restant vigilants sur la situation de Presstalis et de ses salariés. Le groupe Libertés et territoires votera ce texte, avec l’espoir sincère que l’ensemble des mesures de modernisation apporteront des solutions à la distribution de la presse dans son ensemble.Notre vote sera donc favorable, mais nous veillerons à ce que l’État joue son rôle en matière d’accompagnement social, sans se dérober d’ici à 2023, et nous resterons attentifs aux réponses apportées par le Gouvernement au plan de filière présenté par les principaux éditeurs de la presse d’information politique et générale. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur quelques bancs du groupe LR.)
M. Alexis Corbière (FI). La liberté et l’indépendance de la presse participent du droit à l’information de nos concitoyens. Ce droit est un pilier du régime démocratique, un pilier républicain, au moins aussi important que le droit à l’éducation. Comment le citoyen, quand bien même il serait parfaitement éduqué, pourrait-il s’émanciper s’il n’a pas connaissance des évolutions du monde qui l’entoure, grâce à une presse libre et indépendante ?La distribution de la presse concourt à la liberté de chacun. Nul ne peut défendre une presse libre et indépendante s’il ne défend pas en parallèle l’organisation de sa distribution et le fait qu’elle soit facilement accessible à l’ensemble des citoyens.L’enjeu est de taille : nous avons la responsabilité, comme parlementaires, de faire la loi afin que chaque kiosque, des grandes métropoles aux petits villages, soit achalandé des multiples quotidiens, hebdomadaires et mensuels qui font la richesse – et la nécessaire pluralité – de la presse française.Or le projet de loi ne va pas dans ce sens, et je le regrette. Il procède à une dérégulation de la distribution de la presse qui amènera, dans quelques années, la disparition pure et simple de certains titres de nos kiosques. En passant d’un système de distribution coopératif, impartial et efficace à un système libéralisé et sélectif, il bouleverse l’équilibre construit par la loi Bichet de 1947.Le dispositif actuel a été organisé pour permettre une synergie solidaire entre gros et petits éditeurs. En première lecture, mon collègue Jean-Hugues Ratenon a rappelé le paradigme des dispositifs solidaires tels que la sécurité sociale : « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins ». Ce principe, applicable à d’autres grandes institutions républicaines, doit rester la norme.Or, avec ce projet de loi, vous voulez diviser la distribution des titres selon leur appartenance à trois grandes catégories.Ceux qui seront classés – sur quels critères ? – dans la presse d’information générale continueront à bénéficier d’un système de distribution sensiblement identique à celui d’aujourd’hui.Les titres relevant de la seconde catégorie, agréés par la commission paritaire des publications et agences de presse, pourront quant à eux signer des accords interprofessionnels. Ils auront ainsi accès aux réseaux de distribution et donc, en bout de chaîne, aux points de vente.Mais la troisième catégorie, qui pourrait regrouper jusqu’à 2 000 titres, sera moins aidée, et ceux qui en font partie devront se débrouiller pour signer des accords dits « de gré à gré », avec chacun des 23 000 vendeurs.Où est le gain du point de vue de l’égalité ? Je ne le vois pas. Où est le gain du point de vue de la pluralité ? Je ne le vois pas non plus. Où est le gain du point de vue de l’efficacité ? Je ne le vois pas davantage.Désormais, je le répète, les petits titres auront la charge de trouver des revendeurs qui acceptent de les disposer sur leurs rayons. Cela laisse une grande place à la sélection par les points de vente des titres qu’ils diffuseront demain – là encore, selon quels critères ? L’opinion politique du vendeur pourrait avoir une place majeure dans le choix des journaux et autres magazines mis à la disposition de nos concitoyens.
M. Alexis Corbière (FI). Mais pour les titres de la troisième catégorie, ce sera le cas !La presse doit être accessible partout et dans sa diversité ; c’est, je l’ai rappelé, la condition de sa liberté !Si vous souhaitez vraiment classer les titres en plusieurs catégories, faisons-le, mais de telle sorte que la presse dite d’information générale, qui continuera demain à être diffusée efficacement, soit éditée par des sociétés à but non lucratif, par exemple, du moins par des sociétés dont le capital n’appartient pas à un grand groupe du CAC40 ; par des sociétés qui ne dépendent pas de la publicité pour exister et qui comptent une majorité de journalistes parmi leur personnel.Voilà à quoi pourrait ressembler une presse libre, indépendante et correctement diffusée sur l’ensemble du territoire national. Pourquoi ne pas faire ce choix ?Parce que votre texte ne va pas dans ce sens, qu’il s’éloigne au contraire de l’esprit démocratique et pluraliste de la loi Bichet, vous comprendrez que nous ne le voterons pas. (Mme Elsa Faucillon applaudit.)Je vous remercie, monsieur le ministre, d’avoir participé à mon intervention : cela montre que je vous ai fait réagir. Ne doutez pas que j’écouterai vos réponses.
Mme Elsa Faucillon (GDR). D’après son programme, le Conseil national de la Résistance comptait « assurer la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances de l’argent et des influences étrangères ».Née de cet objectif, la loi Bichet a fait de la presse et, surtout, de l’accès à la presse par sa distribution un outil pour développer la démocratie, au travers du pluralisme des idées et des opinions. Elle a permis une égalité d’accès à l’information dans tout le territoire. Chaque titre se voyait ainsi assuré d’atteindre son lecteur, sans qu’aucune discrimination liée à sa ligne éditoriale ou à ses opinions politiques ne puisse lui être opposée.Ce modèle a permis à la France d’avoir un paysage médiatique très étoffé, avec 4 400 titres diffusés aujourd’hui, contre à peine 2 500 au Royaume-Uni et 1 600 en Allemagne.Il est vrai que le secteur de la presse a subi de profondes mutations – et nous savons que ce n’est pas fini. On observe des changements d’usages, de culture. La baisse de la lecture de la presse papier au profit de la presse numérique, ainsi que les difficultés qu’éprouvent nos concitoyens à accéder à la presse papier du fait de la fermeture des kiosques et des maisons de la presse, sont autant de difficultés à affronter.Dès lors, nombreux sont ceux qui sont favorables à l’élaboration d’une grande réforme de la presse et de la communication.Or ce texte, qui prétend faussement maintenir le système coopératif, bouleverse en réalité totalement l’équilibre de la loi Bichet. C’est à une réécriture de la loi que vous procédez – il faut que vous l’assumiez –, avec l’objectif à peine masqué d’ouvrir les messageries aux capitaux extérieurs, pour désengager l’État de Presstalis.Pourtant, le système coopératif français est moins coûteux et plus efficace que ceux dans lesquels les entreprises de messageries sont régies par la seule loi du marché – tel est le cas partout ailleurs. La Synthèse comparative de la distribution de la presse en Europe, éditée par le Conseil supérieur des messageries de presse, prouve que le système français est le plus économique. Cette supériorité du système coopératif sur les entreprises de messageries strictement commerciales est une réalité, qui certes contrevient au principe de la concurrence libre et non faussée.L’article 1er du projet de loi reflète cette déstructuration et remet en cause la philosophie de la loi Bichet en s’attaquant à deux de ses fondements essentiels : la coopération entre les titres et donc, de fait, l’égalité qui existe entre eux. Cela préfigure une mise en concurrence des sociétés distributrices, puisque n’importe quelle société pourra se positionner sur le marché de la distribution de la presse. Cette ouverture à différentes entreprises privées fragilisera considérablement l’ambition d’une information équitable de tous les citoyens, où qu’ils vivent, en mettant en danger une diffusion jusque-là égalitaire dans tout le territoire.Vous faites le pari qu’une société commerciale serait mieux à même de préserver le pluralisme et la liberté de la presse qu’une société coopérative, dont les ressorts plus naturels sont l’égalité et la solidarité. Chers collègues, ce pari fou ne serait tenable qu’aux dépens des éditeurs indépendants et de leurs salariés. Les marchands de presse, déjà exsangues, pourraient figurer aux rangs des victimes collatérales de ce projet. Presstalis est pointé du doigt, mais le projet de loi ne semble pas résoudre le problème ; il l’aggrave, au contraire.De plus, ce texte mettra à mal le pluralisme de l’information, principe inscrit à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La diffusion des titres hors IPG doit faire l’objet non pas d’une première et unique proposition des diffuseurs aux points de vente, mais d’un véritable accord entre les deux parties.Par « pluralisme », on entend souvent uniquement le pluralisme des opinions. Or le pluralisme de la presse repose aussi sur le pluralisme des entrées thématiques, des formats, des cultures. Le fait de passer par un accord permettrait d’éviter toute censure ou, plus simplement, le rejet d’un titre de la part d’un point de vente. Cela s’inscrirait dans la continuité de la philosophie de la loi Bichet et permettrait à tous les citoyens d’accéder aux titres de presse sans entrave, ni censure d’aucun acteur.Loin d’adapter les principes fondateurs de la distribution de la presse aux enjeux du XXIe siècle – ce qui est pourtant nécessaire –, ce projet de loi s’inscrit dans une suite de mesures qui affaiblissent la liberté d’expression et d’opinion, telles que la loi relative à la protection du secret des affaires, la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information et la casse annoncée de l’audiovisuel public.Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine ne votera pas ce texte qui démantèle la loi Bichet, justement qualifiée de « joyau législatif de la Résistance ». (Mme Caroline Fiat et Mme Sylvie Tolmont applaudissent.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Jean-François Portarrieu.
M. Jean-François Portarrieu (LAREM). L’examen du texte en commission mixte paritaire, il y a deux semaines, a confirmé l’unité de vue au sein du Parlement sur la nécessité de réformer la loi Bichet. Les sénateurs comme les députés de la plupart des groupes politiques ont confirmé l’urgence et la nécessité d’adapter la distribution de la presse à l’époque que nous traversons, après que le secteur a été largement bouleversé par les développements numériques, par la multiplication des titres, qui saturent le réseau, ainsi que par l’évolution des pratiques de lecture. On peut se réjouir de ce constat partagé et, surtout, se féliciter du travail accompli pour déboucher sur un texte moderne, très équilibré – tout en étant ambitieux – et désormais indispensable à l’avenir d’une profession.Chaque année, c’est en effet un millier de marchands de presse qui ferment, qui abdiquent, épuisés par les horaires de travail, étranglés par l’irrégularité des revenus, harassés par la masse d’imprimés qui déferlent des camions tous les matins : plus de 4 000 titres qu’ils ne peuvent pas refuser, même s’ils saturent les linéaires de leur commerce.Dès lors, comment affirmer que la loi Bichet, qui régit la distribution de la presse depuis plus de soixante-dix ans, est toujours adaptée ? Bien sûr, ce texte emblématique a permis d’organiser la pluralité de l’information et l’égalité entre les éditeurs dans le contexte de l’après-guerre. Avec ce cadre unique au monde, la presse française est devenue accessible partout et à tous, et ce n’est pas le moindre des mérites du nouveau texte que de réaffirmer les principes fondateurs hérités du Conseil national de la Résistance – comme quoi on peut obtenir un modèle plus efficient tout en maintenant les orientations qui garantissent, depuis 1947, la distribution libre et impartiale de la presse sur l’ensemble du territoire.Le texte réaffirme donc les fondamentaux de la loi Bichet, notamment l’obligation de se constituer en coopérative pour les éditeurs qui souhaitent se grouper afin de distribuer leurs titres. Contrairement à ce qu’affirment certains commentateurs qui ne distinguent pas un quotidien national réalisé par des journalistes d’une revue d’astrologie, par exemple, il garantit la continuité de la distribution de la presse en laissant aux deux principales messageries, Presstalis et MLP, un temps d’adaptation avant d’autoriser l’arrivée éventuelle de nouveaux acteurs – un temps d’adaptation raisonnable qui s’étend jusqu’au 1er janvier 2023, date de la fin du plan de redressement de Presstalis.Surtout, le texte donne aux marchands de journaux davantage de latitude pour choisir les publications qu’ils reçoivent. Peut-être est-ce son plus grand mérite : il redonne de l’intérêt à ce métier et préserve le réseau de ces 23 000 professionnels. Cette liberté accrue permettra également de limiter les invendus, dont le coût environnemental ne cesse de gonfler.En tout cas, la presse d’information politique et générale, dont la valeur constitutionnelle est toujours reconnue, conservera son droit d’accès absolu au réseau de distribution. Là encore, le texte réaffirme un des principes fondateurs de la loi Bichet.S’il donne ainsi plus de liberté aux acteurs de la filière, il n’omet pas d’unifier et de renforcer la régulation du secteur pour prévenir les dérives et sanctionner les excès. Supprimant les deux organes existants, il confie la régulation à l’ARCEP, dont les compétences techniques, juridiques et économiques sont reconnues.Enfin, il étend la garantie du pluralisme à la diffusion numérique, puisqu’il prévoit que les éditeurs de titres IPG auront un droit d’accès aux kiosques numériques, tout en imposant des obligations de transparence fortes sur les choix des agrégateurs d’informations.En définitive, il s’agit d’un texte très équilibré, qui a été proposé, abordé et débattu dans un esprit minutieux, exigeant et positif, aussi bien au Sénat qu’ici même ; un texte qui exprime notre soutien unanime et univoque à tous les acteurs du secteur de la presse ; un texte que le groupe La République en marche votera donc avec beaucoup de conviction. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Mme la présidente (LAREM). Je mets aux voix l’ensemble du projet de loi, compte tenu du texte de la commission mixte paritaire.
(L’ensemble du projet de loi est adopté.) (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Bruno Studer, vice-président de la commission mixte paritaire.
M. Bruno Studer (LAREM). Je ne me suis pas exprimé pendant la discussion générale, mais je tiens à remercier l’ensemble des collègues pour la qualité de nos débats sur ce projet de loi et à saluer le travail d’évaluation mené initialement par M. le rapporteur et Mme Pau-Langevin. Nous pouvons nous honorer de la qualité du travail parlementaire. Je souligne que nos amis sénateurs se sont montrés constructifs,…
M. Bruno Studer (LAREM). …ce qui a permis à la CMP d’aboutir. Je me félicite de l’adoption du projet de loi, qui ne met pas fin à la régulation, mais qui la réinvente, ce qui est bien différent. Merci beaucoup ! (M. Raphaël Gérard applaudit.)
Mme la présidente (LAREM). L’ordre du jour appelle la suite de la discussion du projet de loi relatif à la bioéthique (nos 2187, 2243).
Discussion des articles (suite)
Mme la présidente (LAREM). Hier soir, l’Assemblée a poursuivi la discussion des articles du projet de loi, s’arrêtant à l’article 19 bis.
Article 19 bis
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Xavier Breton, pour soutenir l’amendement no 1551, tendant à supprimer l’article 19 bis.
M. Xavier Breton (LR). Il vise effectivement à supprimer l’article 19 bis, issu d’un amendement adopté en commission, qui prévoit la réalisation d’un état des lieux du diagnostic prénatal – DPN – et du diagnostic préimplantatoire – DPI. Comme nous l’avons vu, certains sont tentés d’étendre très largement ces diagnostics.
M. Xavier Breton (LR). Il a fallu qu’un scrutin public ait lieu hier pour que l’opposition à cette extension prévale. Néanmoins, nous avons pu relever que, sur les six rapporteurs du texte, cinq aient voté en faveur de celle-ci. Cela montre que certains, au sein de la majorité, sont tentés par des pratiques qui risquent de mener à l’eugénisme. Il faut ériger des digues afin de contenir ces tentations. Nous proposons donc la suppression de cet article.
Mme Caroline Fiat (FI). Ce n’est pas en supprimant l’article que vous érigerez des digues solides !
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Jean-François Eliaou, rapporteur de la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique, pour donner l’avis de la commission.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Il y a, selon moi, un malentendu sur la portée de l’article 19 bis, qui est motivé par le souci de disposer d’un état des lieux objectif et complet des pratiques et des conditions de mise en œuvre du DPI et du DPN. En 2007, l’Agence de la biomédecine avait réalisé un travail de qualité consacré au seul DPN, qui avait donné lieu à un rapport, dont un certain nombre de conclusions avaient été tirées.Il n’est pas question de s’en tenir à une comptabilité des actes, comme on en trouve dans les rapports actuellement remis par l’Agence de la biomédecine. Il convient également d’évaluer les conditions de mise en œuvre et de formuler des recommandations pertinentes sur l’information des femmes, sur la formation des professionnels, mais aussi – j’insiste beaucoup sur ce point – sur l’harmonisation des procédures ou encore sur la concertation avec le monde du handicap. Ces préconisations donneront lieu à des mesures correctives, du moins nous l’espérons.Pour ces raisons, je donne un avis défavorable à votre amendement. Je ne verrais aucun inconvénient à ce que vous le retiriez.
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État auprès de la ministre des solidarités et de la santé, pour donner l’avis du Gouvernement.
M. Adrien Taquet. Je vous prie d’excuser mon retard de quelques minutes ainsi que l’absence de Mme la ministre des solidarités et de la santé, qui a été retenue. Elle rejoindra l’hémicycle plus tard dans la soirée.Monsieur Breton, je souhaite vous rassurer, s’il en est besoin : ce rapport ne sera pas une occasion de favoriser l’extension du DPI. Mme la ministre a été claire à ce sujet lors des débats qui ont eu lieu hier. Je serais même tenté de vous dire que ce rapport permettra peut-être, au contraire, de vérifier que la pratique du DPI n’a pas fait l’objet d’une extension, conformément au vote auquel la représentation nationale a procédé hier.Je demande donc le retrait de l’amendement. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
M. Thibault Bazin (LR). Quand on lit l’article 19 bis – « Un état des lieux du diagnostic prénatal et du diagnostic préimplantatoire est effectué par l’Agence de la biomédecine avant l’examen mentionné au I de l’article 32 » –, on se demande quelle peut être l’intention qui le sous-tend.Vos propos, monsieur le rapporteur, sont rassurants, et il est bon qu’ils soient inscrits au compte rendu – j’en profite pour saluer le travail des agents chargés de son élaboration. Toutefois, il faut rester très vigilant, comme le montrent les interventions qui ont eu lieu hier ; certains membres de cette assemblée pourraient être tentés d’utiliser un tel état des lieux à d’autres fins.Il faut qu’il soit bien noté au compte rendu que cet état des lieux ne doit pas servir une extension du DPN et du DPI. Il faut, au contraire, promouvoir des bonnes pratiques, respectueuses de la dignité de chaque personne.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). L’article va exactement dans le sens de vos propos. Comme vous vous en êtes rendu compte au cours du débat d’hier, les situations cliniques sont l’objet d’une grande confusion. Un tel rapport, objectif, établi par l’Agence de la biomédecine, permettra d’éclairer les conditions de prise en charge et de mise en œuvre du DPN et du DPI. Nous disposerons ainsi de conclusions pertinentes, dans la perspective de la prochaine loi de bioéthique, peut-être même avant.
(L’amendement no 1551 n’est pas adopté.)
(L’article 19 bis est adopté.)
Article 20
Mme la présidente (LAREM). Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 11 et 1926, tendant à supprimer l’article 20.La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 11.
M. Patrick Hetzel (LR). En raison du temps législatif programmé, je me borne à dire qu’il est défendu !
Mme la présidente (LAREM). L’amendement no 1926 de Mme Béatrice Descamps est défendu.Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je suis défavorable à ces amendements de suppression, qui visent à maintenir l’obligation faite depuis 2011 aux praticiens de proposer un délai de réflexion d’au moins une semaine à la femme qui envisage une interruption médicale de grossesse – IMG.Ces amendements auraient en outre pour conséquence de supprimer – question importante – tout l’encadrement prévu des interruptions partielles de grossesse, qui ont lieu quand une pathologie affecte la femme ou le fœtus. Supprimer l’article 20 reviendrait ainsi à encourager des pratiques sauvages, ou du moins non contrôlées, d’interruption partielle de grossesse.
M. Patrick Hetzel (LR). Sensible à l’argument du rapporteur, je retire l’amendement no 11. Son objectif était de maintenir le délai de réflexion, mais il aurait un effet collatéral, effectivement problématique.
Mme la présidente (LAREM). Retirez-vous de même l’amendement no 1926, monsieur Brindeau ?
(Les amendements identiques nos 11 et 1926 sont retirés.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Anne-France Brunet, pour soutenir l’amendement no 1083.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). L’amendement vise à donner le pouvoir décisionnel en matière d’IMG à l’ensemble de l’équipe pluridisciplinaire, plutôt qu’à seulement deux médecins de cette équipe.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je comprends votre logique. Notons d’emblée que l’amendement fait mention d’une équipe « multidisciplinaire », alors que le mot consacré est « pluridisciplinaire », en référence aux « réunions de concertation pluridisciplinaire ».L’amendement vise à confier à cette équipe, plutôt qu’à deux médecins qui en sont membres, la responsabilité d’attester qu’une interruption médicale de grossesse est nécessaire, soit que la poursuite de la grossesse mette en péril grave la santé de la femme, soit qu’il existe une forte probabilité pour que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité.Or, dans la version actuelle du texte, il est déjà prévu que l’équipe pluridisciplinaire du centre de diagnostic prénatal dans son ensemble – en séance plénière, si je puis dire – examine la situation et la demande d’interruption de grossesse pour motif médical. Je donne donc un avis défavorable, à moins que vous ne retiriez votre amendement.
M. Adrien Taquet. Nous approuvons votre objectif de collégialité et de partage, madame la députée, mais une équipe collégiale ne saurait produire une attestation au sens juridique du terme : cette tâche doit incomber à des personnes nommément désignées. La rédaction actuelle permet d’éviter toute lourdeur et de garantir le caractère pluridisciplinaire de la décision – c’est l’un de vos objectifs – en rendant obligatoire d’une part un avis formel de l’équipe pluridisciplinaire, d’autre part une attestation confiée à deux médecins après avis de l’équipe dont ils font partie. Pour ces raisons, je vous suggère de retirer l’amendement ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.
(L’amendement no 1083 est retiré.)
Rappel au règlement
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Caroline Fiat, pour un rappel au règlement.
Mme Caroline Fiat (FI). Mon rappel au règlement se fonde sur l’article 58, alinéa 1 du règlement, madame la présidente. Le dérouleur électronique de la séance ne fonctionnait plus sur les tablettes et ordinateurs ; il nous était difficile de nous prononcer sur les amendements sans même avoir pu les lire. Cependant, le système vient tout juste de se remettre à fonctionner.
Article 20 (suite)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Agnès Thill, pour soutenir l’amendement no 1686.
Mme Agnès Thill (NI). Il est défendu ; je ne peux en dire davantage en raison du temps législatif programmé.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). L’ajout que vous proposez, madame la députée, ne me paraît pas nécessaire. L’interruption médicale – ou sélective – de grossesse ne peut être pratiquée qu’avec le consentement exprès de la femme concernée. Aux alinéas suivants de l’article 20, il est d’ailleurs précisé clairement que l’interruption médicale, sélective ou non, de la grossesse ne peut être pratiquée que sur la demande de la femme. C’est pourquoi je demande le retrait de l’amendement ; à défaut, je donnerai un avis défavorable.
(L’amendement no 1686 , repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente (LAREM). Je suis saisie de plusieurs amendements, nos 1413, 324, 554, 1657, 2586, 1891 et 1892, pouvant être soumis à une discussion commune.Les amendements nos 324 et 554 sont identiques.Je ne peux vous donner la parole pour soutenir l’amendement no 1413, madame Thill, car le temps imparti aux députés non inscrits est épuisé. Désormais, les amendements des députés non inscrits seront mis aux voix sous réserve de la présence de l’un de leurs auteurs, après avis de la commission et du Gouvernement et à l’exclusion de toute autre intervention.La parole est à M. Xavier Breton, pour soutenir l’amendement no 324.
M. Xavier Breton (LR). Avant que nous ne subissions le même sort… (Sourires.)Cet amendement vise à rétablir, hors urgence médicale, le délai de réflexion d’au moins une semaine proposé aux femmes avant qu’elles ne décident ou non d’une interruption médicale de grossesse. En effet, l’IMG est une décision par nature irréversible, puisqu’elle met fin à la vie du fœtus, et traumatisante pour les femmes dont la grossesse a déjà duré plusieurs semaines, voire plusieurs mois. De surcroît, les avortements tardifs font apparaître une tendance eugénique puisqu’en France, environ 90 % des fœtus porteurs de la trisomie sont avortés. En clair, cette pratique a des conséquences très importantes.Il va de soi qu’il n’est pas question de remettre en cause l’avortement, qui concilie deux principes : la liberté qu’a la femme d’interrompre sa grossesse et la protection de la vie à naître, prévue par le code civil. C’est pourquoi il n’existe pas de droit à l’avortement sans condition, de délai par exemple. La suppression du délai de réflexion d’une semaine hors urgence médicale tend à la banalisation et à la prise en compte exclusive de la liberté de la femme au détriment de l’autre « pilier », à savoir la protection de la vie à naître. Nous proposons donc de rétablir ce délai d’une semaine en cas d’interruption médicale de grossesse car il s’agit d’une intervention très lourde pour la femme et pour le couple.
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 554.
M. Patrick Hetzel (LR). Il est défendu ; le temps législatif programmé m’empêche d’en dire davantage.
Mme la présidente (LAREM). L’amendement no 1657 de Mme Marie-France Lorho est défendu.La parole est à M. Pascal Brindeau, pour soutenir l’amendement no 2586.
M. Pascal Brindeau (UDI-A-I). Nous avons déjà eu ce débat en commission spéciale. Il n’est évidemment pas question de remettre en cause le droit à l’interruption médicale de grossesse. Il s’agit plutôt de l’accompagnement psychologique de la femme confrontée à un choix. Il paraît nécessaire de fixer un délai – qui ne doit pas forcément être borné car, hors urgence médicale, quelques jours peuvent suffire. L’amendement no 2586 – comme les autres amendements présentés au même titre – vise à suivre l’avis rendu en juillet 2019 par le Conseil d’État, dans lequel celui-ci a dit « [regretter] la suppression de ces dispositions qui se bornaient à imposer au médecin de proposer à la femme enceinte un délai de réflexion que cette dernière n’était pas tenue d’observer », ajoutant qu’« il aurait préféré que la disposition législative maintienne une obligation de proposer un délai de réflexion sans nécessairement fixer la durée de celui-ci ».
Mme la présidente (LAREM). Si vous le souhaitez, monsieur Bazin, vous pouvez défendre en même temps les amendements nos 1891 et 1892.
M. Thibault Bazin (LR). Bien qu’ils soient présentés dans une discussion commune, ce ne sont pas les mêmes, madame la présidente, mais si tel est votre souhait…L’amendement no 1891, dans le même esprit que celui de M. Brindeau, ne précise plus que le délai est fixé à une semaine. Il reprend strictement les recommandations du Conseil d’État que M. Brindeau a rappelées, et tient également compte de la remarque que Mme la ministre a formulée en commission, selon laquelle il faut de toute façon quelques jours avant que l’IMG soit réalisée si la femme concernée en fait le choix.Quelle était l’obligation imposée au médecin ? Il lui était demandé d’informer la femme enceinte qu’elle pouvait, si elle le souhaitait, disposer d’un délai de réflexion. C’est l’affaire de cinq secondes, pas davantage. Dans de telles circonstances, il n’est pas souhaitable de supprimer l’obligation pour le médecin d’apporter cette précision. La femme enceinte n’est pas tenue d’observer le délai ; ce n’est qu’une proposition qui lui est faite, dans un contexte difficile.Vous avez souhaité, madame la présidente, que je défende également l’amendement no 1892. Toujours hors urgence médicale, il ne fait pas davantage référence au délai d’une semaine. Il inverse néanmoins la relation : ce n’est plus la femme qui se voit proposer un délai, mais le médecin – devenu acteur – qui le propose à la femme, si elle le souhaite.D’où vient ce délai de réflexion, me demanderez-vous ; de la loi de bioéthique de 2011. Il n’a pas été instauré par hasard. Malheureusement, il a été quelque peu raboté par les socialistes en 2016, hors loi de bioéthique, par la loi de modernisation de notre système de santé. Il y a donc une forme de continuité entre la législature en cours et la précédente…Toutefois, la situation visée à l’article 20 n’est pas comparable avec l’interruption volontaire de grossesse. En 2016, en effet, la suppression du délai de réflexion concernait l’IVG. L’IMG est totalement différente. Dans le cas d’une IVG, la femme a déjà pris la décision, lorsqu’elle se présente à la consultation, de ne pas mener sa grossesse à son terme. En ce qui concerne l’IMG, en revanche, il existe une probabilité que l’enfant à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité. La femme, surtout si la grossesse a déjà duré plusieurs mois, peut encore espérer la mener à bien, mais il lui faut faire ce choix difficile compte tenu des informations qui lui sont transmises au fil des examens. Peut-être aura-t-elle alors besoin d’un délai pour prendre sa décision, si elle le souhaite. C’est pourquoi je vous invite à ne pas supprimer ce droit qui lui est ouvert.
Mme la présidente (LAREM). Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je commencerai par émettre un avis défavorable sur l’amendement no 1413 de Mme Ménard. Pour le reste, permettez-moi de donner quelques explications. Ces amendements visent à rétablir un délai de réflexion, certains d’entre eux le fixant à une semaine. Ce délai a été instauré en 2011 et, d’après mes informations, il l’a été par un amendement parlementaire auquel le Gouvernement de l’époque n’était pas favorable ; peu importe, il est depuis lors inscrit dans la loi.
M. Thibault Bazin (LR). Le Parlement était libre à l’époque ! Les temps ont changé…
M. Jean-François Eliaou (LAREM). La possibilité offerte à la femme enceinte de prendre une semaine de réflexion était liée aux conséquences considérables de cette décision. Si elle a été supprimée dans le présent projet de loi, en cohérence avec les dispositions que nous avons adoptées à l’article 19, c’est parce que les étapes menant au diagnostic et, malheureusement, à l’interruption médicale de grossesse, qu’elle soit partielle ou totale, sont longues. Elles permettent la réflexion. Dans les centres de diagnostic et de traitement adaptés, il existe tout un processus d’annonce et de réflexion, et plusieurs imageries successives sont effectuées.Les raisons pour lesquelles nous sommes défavorables à ces amendements, comme nous l’avions indiqué en commission, sont les suivantes : au terme de ce processus, il est annoncé à la femme qu’il faudra, hélas, procéder à une interruption médicale de grossesse, puis elle part pendant une semaine ou huit jours, seule ou avec son conjoint, hors du cadre médical et du colloque singulier avec le médecin, la sage-femme ou l’équipe. On la laisse ainsi dans son coin réfléchir à un choix irréversible. J’estime pour ma part qu’il s’agit d’une peine supplémentaire. La femme n’a pas la possibilité de poser des questions pendant cette phase de réflexion. Il se produit en quelque sorte une rupture du colloque singulier entre le médecin ou l’équipe médicale et la patiente.Surtout, au risque de vous choquer – mais peu importe –, je considère que ce délai risque d’infantiliser la femme. En cas non pas de problème d’ordre obstétrical mais de malformation gravissime du fœtus, il lui est demandé si elle a oui ou non bien réfléchi, si elle veut vraiment avorter et faire disparaître l’enfant mal formé. J’emploie un langage assez cru mais je parle de la réalité. On laisserait réfléchir la femme en la culpabilisant, en l’infantilisant et en lui rappelant qu’elle a la possibilité de garder son fœtus. À titre personnel, je trouve cela difficile, y compris pour la femme, parce qu’elle a le temps de poser ses questions, qu’elle bénéficie de l’accompagnement de psychologues et que l’effet d’annonce doit être encadré par tout ce que peut amener l’équipe médicale pluridisciplinaire.D’autre part, sur le plan juridique, tout délai inscrit dans la loi doit être assorti d’un point de départ et d’un point d’arrivée. Or il n’est pas possible de définir le point de départ : est-ce à compter du diagnostic, ou du début de la consultation ? Il est extrêmement difficile de l’établir.Enfin, s’agissant des amendements qui visent à instaurer un délai de réflexion à durée indéterminée, là encore il faut fixer un point de départ, suite à quoi la femme se trouverait livrée à elle-même dans la nature. Combien de temps lui sera-t-il proposé de réfléchir : quarante-huit heures ? Cinq minutes ? Encore une fois, sans durée ni point de départ, la mise en pratique de telles dispositions poserait problème. C’est pour toutes ces raisons – et peut-être d’autres – que je suis défavorable à ces amendements.
M. Adrien Taquet. J’émets à mon tour un avis défavorable. Il va de soi qu’il faut le temps nécessaire pour mûrir une décision de cette nature. Nous pensons cependant que les pratiques actuelles des centres pluridisciplinaires le garantissent d’ores et déjà. Le délai de réflexion s’ajouterait au délai nécessaire à la réalisation de toutes les investigations préalables à une IMG. Ayons bien conscience qu’il s’agit d’un parcours long et complexe : la femme subira des examens sanguins et des prélèvements pendant plusieurs semaines, une période au cours de laquelle la réflexion aura lieu en étant encadrée, comme le rappelait le rapporteur, par des professionnels de santé.Une fois encore, ce délai de réflexion supplémentaire nous semble inutile et inadapté, voire contraire à l’autonomie et au libre arbitre de la femme. Nous devons témoigner de notre confiance dans les choix – choix difficiles et douloureux, qui doivent être accompagnés – auxquels sont confrontées les femmes dans ces situations. Je répète que les dispositions actuelles le garantissent.
M. Patrick Hetzel (LR). L’étude d’impact du projet de loi rappelle qu’en cas d’interruption de grossesse dans les conditions prévues par l’article 20, des « conséquences psychologiques et éthiques pour la famille sont […] à signaler – pour le couple et le ou les enfants "survivants" – mais également pour le corps médical. Un soutien psychologique est mis en place avant et après une réduction embryonnaire. »Je trouve en outre assez choquant que, dans la même étude d’impact, on considère la réduction attendue des coûts de la prise en charge de la prématurité comme l’un des effets positifs de l’article. Alors que la technique dite de réduction embryonnaire est déjà utilisée dans l’AMP, ma question au Gouvernement est simple : prévoyez-vous une augmentation du recours à cette pratique à la suite de l’adoption de l’article 20, que vous présentez pourtant comme une simple sécurisation juridique de l’exercice par les médecins de cette pratique risquée ?Comprenez mon étonnement, pour ne pas dire ma stupeur, à la lecture de l’étude d’impact, qui n’envisage la question de la prématurité que sous l’angle économique. Une telle question, qui concerne la vie d’enfants, n’est pas que financière ! L’approche privilégiée dans l’étude d’impact n’est pas à la hauteur des enjeux ; elle est tout bonnement effrayante ! Si l’on tire ce fil, vous voyez jusqu’où il est possible d’aller ! Le Gouvernement se réjouit de la future diminution du coût de la prise en charge de la prématurité, alors qu’il s’agit d’une question éthique et que le rôle de la médecine est avant tout de préserver la vie. (M. Xavier Breton et Mme Agnès Thill applaudissent.)
Mme Caroline Fiat (FI). Aucun praticien ne décide de procéder à une interruption médicale de grossesse à la légère. Lorsqu’un problème se pose dans une grossesse et que l’on commence à envisager une IMG, les praticiens, formés pour cela, en parlent à la patiente en amont. On pratique des examens, puis on demande à un autre praticien d’en effectuer d’autres pour s’assurer du diagnostic. Le cheminement vers l’IMG est long, voire très long ; la décision n’est pas prise en deux minutes dans le cabinet du médecin ! Faire croire le contraire serait mentir aux gens et leur faire peur.Vouloir donner un délai de réflexion d’au moins une semaine avant de décider de pratiquer une IMG pose non seulement la question du moment à partir duquel court le délai – je suis d’accord avec le rapporteur –, mais revient également à refuser à une patiente le droit de mettre un terme immédiat à sa grossesse ; si c’est son choix, c’est son droit. Il peut être très dur pour une patiente qui a vécu le long cheminement que j’ai rappelé de poursuivre la grossesse pendant une semaine supplémentaire.
Mme Michèle Peyron (LAREM). Je voterai contre ces amendements. J’ai subi une IMG, décidée après cinq mois de grossesse, et je peux vous assurer que l’on a le temps de se préparer à cet acte lorsqu’une trace symétrique est décelée sur la tête de l’enfant à quatre mois de grossesse. L’échographie de contrôle, effectuée un mois plus tard, a révélé l’augmentation des taches. Le radiologue de Hyères-les-Palmiers m’a dit qu’il ne pouvait plus m’aider et m’a pris un rendez-vous à l’hôpital de la Timone à Marseille avec le professeur Jean-François Mattei, qui est devenu plus tard ministre de la santé. Quarante-huit heures plus tard, j’étais à la Timone devant M. Mattei et son équipe – point très important – pour pratiquer une échographie de contrôle – cet hôpital étant beaucoup mieux équipé pour effectuer ces examens –, puis une amniocentèse.En 1987, le délai était de trois semaines. Vous avez le temps de réfléchir : j’attendais mon premier enfant, mais le papa et moi avons cheminé, et avons préparé les trois enfants qu’il avait eus d’un premier mariage, parce qu’ils étaient très jeunes. J’ai appris la sentence par mon gynécologue et suis repartie à la Timone. Le professeur Mattei et son équipe m’ont demandé, ainsi qu’au papa qui était derrière moi : « Que fait-on ? ». Ils nous ont indiqué que l’enfant, atteint d’une trisomie 18, allait vivre quelques semaines ou quelques mois.Je m’étais déjà préparée : avant la sentence – à l’époque, j’ai pris le diagnostic pour une sentence –, j’étais partagée, dans ma tête, à 50 % pour une IMG et à 50 % pour garder l’enfant ; puis j’ai choisi l’IMG. J’ai accouché par les voies naturelles, mais mon bébé avait été piqué dans mon ventre ; les contractions ont été provoquées, car je n’étais pas au terme de ma grossesse, puis j’ai attendu quatre heures que mon bébé décède. Pendant ces quatre heures, durant lesquelles il bougeait tout en partant, croyez-moi que vous avez le temps de réfléchir. Une psychologue et une équipe m’ont ensuite prise en charge, puis l’Institut national de la santé et de la recherche médicale – INSERM – a effectué une enquête ; cinq mois plus tard, j’ai su que cette trisomie était accidentelle et non génétique.J’ai ensuite fait deux magnifiques enfants. Pour ma fille, née deux ans plus tard, j’ai refusé de pratiquer une amniocentèse, parce que je la sentais viable. C’était pour moi une revanche. Chaque maman et chaque parent effectuent un cheminement qui leur est propre. J’ai eu le temps de penser à ma décision, et une semaine supplémentaire aurait été de trop. On attend une semaine, quinze jours, trois semaines, un mois, le temps passe, l’enfant grandit, et arrive un jour où il faut décider. J’ai pris ma décision le 16 juillet et j’ai mis au monde le 18 juillet, le temps que les contractions apparaissent, une petite fille, Léa. Voilà mon histoire, qui me conduit à m’opposer à ces amendements. On a le temps de décider et on est entouré – l’équipe médicale ne se contente pas de vous donner des statistiques.Évidemment que le dispositif permettra de réaliser des économies ! Je vous le dis alors que j’ai perdu un enfant. Mon enfant aurait vécu quelques semaines ou quelques mois dans d’atroces souffrances avant de décéder ; il n’aurait pas quitté l’hôpital, ce qui aurait entraîné des dépenses publiques, je suis désolée de vous le dire, monsieur Hetzel. On n’a pas besoin de savoir si cela coûte ou non de l’argent à la société ; on a besoin de se reconstruire après un tel événement. Une fois la décision prise, il faut se reconstruire, l’équipe médicale aidant à cette construction. Mon expérience date de 1987, et les choses n’ont pu que s’améliorer depuis lors. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, MODEM, SOC et FI, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.)
Mme la présidente (LR). Je vous remercie beaucoup, ma chère collègue, pour ce témoignage.La parole est à M. Thibault Bazin.
M. Thibault Bazin (LR). La discussion n’est pas évidente, surtout après ce témoignage très émouvant, qui montre à quel point ces situations sont difficiles à vivre, non seulement pour les femmes mais également pour leur entourage. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet lors de l’examen des articles suivants.Les amendements en discussion sont différents, donc il n’est pas aisé d’avoir une discussion commune et de les étudier sous le même angle. Certains collègues défendent le maintien du délai de réflexion d’une semaine ; d’autres, comme mon collègue Pascal Brindeau et moi-même, pensent que cette durée n’est pas nécessairement pertinente pour toutes les femmes et qu’il ne faut pas, dès lors l’imposer, mais estiment qu’il faut proposer un délai de réflexion, si la femme le souhaite. Certaines femmes ont fait leur cheminement, et une nuit peut leur suffire pour prendre leur décision ; d’autres ne l’ont pas encore fait. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LaREM.)Ne soyons pas caricaturaux ! Il ne s’agit pas d’être pour ou contre l’IMG – l’avis du Conseil d’État ne porte d’ailleurs pas du tout sur cette question –, mais pour ou contre le fait de proposer aux femmes un délai de réflexion. Mes amendements visent à ce que le médecin leur propose un tel délai, libre à elles de l’utiliser ou non. Les situations sont diverses, et certaines femmes seraient rassurées de savoir qu’elles disposent d’un temps de réflexion supplémentaire. Parfois, les femmes écartent l’IMG, et il faut respecter le consentement libre et éclairé.Monsieur le rapporteur, le point de départ d’un tel délai est en effet difficile à fixer, mais il convient de laisser la possibilité de réfléchir une heure, deux heures ou une nuit,...
M. Pascal Brindeau (UDI-A-I). Nous sommes tous d’accord dans cet hémicycle sur ce point fondamental : la femme est libre de recourir ou non à une interruption médicale de grossesse. Le consentement doit être éclairé et exprès. Le témoignage de notre collègue Michèle Peyron montre que le processus n’est ni court ni déterminé. Il me semble d’ailleurs que chaque cas est unique. En tout cas, l’accompagnement, psychologique notamment, de la femme ayant à prendre la décision est très important.Le rapporteur pense qu’un délai, le cas échéant de quelques heures, laissé à la femme hors du contexte d’accompagnement médical créerait une forme de rupture du « colloque singulier » entre l’équipe médicale pluridisciplinaire et la femme. Il semble craindre que ne s’exercent sur elle des pressions, familiales, sociales ou autres, éventuellement contraires à l’accompagnement réalisé par l’équipe pluridisciplinaire.Pour notre part, nous ne proposons ni d’imposer un délai, ni d’en fixer la durée ; nous proposons une simple faculté. Au demeurant, il me semble que le rapporteur a estimé, en commission spéciale, que les amendements étaient presque satisfaits. En effet, quel que soit le praticien, le professeur Mattei ou un autre, lorsqu’il demande à une femme enceinte « Que faisons-nous ? Procédons-nous, oui ou non, à une IMG ? », je ne doute pas qu’il ajoute immédiatement : « Bien entendu, madame, vous disposez d’un temps de réflexion si vous le souhaitez. » Il ne s’agit pas pour l’intéressée de signer un papier séance tenante.Dont acte, si tel est bien le cas. Toutefois, pour des raisons symboliques, dès lors que chacun ici entend respecter et préserver la liberté de choix de la femme, inscrire dans la loi le fait qu’un délai doit lui être proposé ne me semble pas contraire aux objectifs que nous poursuivons conjointement.
M. Ian Boucard (LR). Je n’ai pas couru assez vite pour pouvoir défendre mon amendement et soutiendrai donc ceux de mes collègues Breton, Hetzel et Bazin.Nous sommes tous sensibles au témoignage apporté par Mme Peyron. Il existe une pluralité de cas. Certaines femmes sont moins prêtes que d’autres. Il ne s’agit pas – tous les orateurs l’ont rappelé – d’imposer un délai de réflexion, mais de faire en sorte – chacun de nos amendements est ainsi rédigé – que celui-ci soit systématiquement proposé.Libre alors à chacune de l’utiliser ou non, selon qu’elle aura ou non réalisé son cheminement intérieur au moment où tombe la sentence – je reprends le terme employé par Mme Peyron. Le fait que l’on propose un tel délai ne nous semble pas constituer une mesure excessive.
(L’amendement no 1413 n’est pas adopté.)
(Les amendements identiques nos 324 et 554 ne sont pas adoptés.)
(Les amendements nos 1657, 2586, 1891 et 1892, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente (LAREM). Je suis saisie de deux amendements identiques, nos 2174 et 1081.La parole est à M. le secrétaire d’État, pour soutenir l’amendement no 2174.
M. Adrien Taquet. Cet amendement du Gouvernement vise à rétablir la rédaction initiale de la disposition relative à l’interruption volontaire partielle d’une grossesse multiple, prévue au II du nouvel article L. 2213-1 du code de la santé publique. C’est pour moi l’occasion de répondre à la remarque formulée tout à l’heure par M. Hetzel, qui a anticipé notre débat sur l’interruption partielle de grossesse, et de présenter ce que le Gouvernement propose en la matière, car cette partie du texte a donné lieu, me semble-t-il, à des interprétations erronées.L’interruption volontaire partielle d’une grossesse multiple est distincte de l’interruption médicale de grossesse. Nous voulons l’encadrer, car elle est pratiquée depuis quarante ans dans le vide juridique le plus complet.La disposition relative à l’interruption volontaire partielle d’une grossesse multiple, qui fait l’objet de l’alinéa 5 de l’article 20, vise à couvrir les cas dans lesquels il s’agit d’interrompre le développement d’un ou de plusieurs embryons ou fœtus car le caractère multiple de la grossesse – non le fait d’être enceinte – met en danger soit la mère, soit les embryons ou les fœtus, alors même que chacun d’eux est indemne de toute pathologie.Plutôt que d’interrompre totalement la grossesse, l’objectif est de permettre à la femme de la poursuivre jusqu’à son terme, et de donner toutes leurs chances aux embryons et aux fœtus maintenus.La situation décrite par beaucoup d’entre vous sous la formulation d’« interruption sélective de grossesse » – ISG –, à savoir une grossesse multiple assortie d’une forte probabilité que l’un des enfants à naître soit atteint d’une affection d’une particulière gravité reconnue incurable au moment du diagnostic, ne relève pas de l’interruption partielle de grossesse que nous voulons encadrer.En effet, ce geste, qui met un terme au développement du fœtus malade, est sans incidence sur la poursuite du développement de l’autre fœtus, qui, lui, est indemne. Il relève bel et bien des règles en vigueur relatives à l’IMG, que nous reprenons à l’identique dans les premiers alinéas de l’article 20, à l’exception du délai de réflexion, que nous supprimons.Ainsi, il convient de couvrir les deux situations permettant une réduction embryonnaire : la mise en danger de la mère ou celle des embryons sains en raison du caractère multiple de la grossesse.
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Anne-France Brunet, pour soutenir l’amendement no 1081.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Il a reçu un avis favorable de la commission lorsqu’il a été examiné dans les conditions prévues à l’article 88 de notre règlement.Il s’agit de préciser la définition de l’interruption sélective de grossesse. Le caractère multiple d’une grossesse augmente le risque de complication pour la mère et, surtout, pour les enfants. Ce risque augmente notamment en fonction du nombre d’embryons. Nous proposons une rédaction tenant compte du risque encouru par les embryons et les fœtus. Le plus souvent, c’est ce risque qui motive la réalisation de l’ISG.
Mme la présidente (LAREM). Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je donne un avis favorable. La gémellité et l’hypergémellité peuvent avoir des répercussions non seulement sur l’embryon ou le fœtus, mais aussi sur la femme, qui n’est pas nécessairement pour porter cinq enfants en même temps. Dans certains cas, la gémellité peut mettre en difficulté la poursuite de la grossesse, voire constituer une contre-indication à celle-ci, notamment en cas de cardiopathie.
(Les amendements identiques nos 2174 et 1081 , acceptés par le Gouvernement, sont adoptés.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Anne-France Brunet, pour soutenir l’amendement no 1082.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Il vise à supprimer le seuil de douze semaines de grossesse, qui nous semble trop restrictif. Il ne faut pas confondre les ISG et les IVG. Dans le cas des ISG, le seuil de douze semaines n’a pas de justification.Il est fréquent que l’on découvre des grossesses multiples après ce délai. Cette situation se produit souvent dans les centre pluridisciplinaires de diagnostic prénatal, les CPDPN. Supprimer ce seuil permettrait d’éviter que les décisions ne soient prises de façon précipitée et, surtout, de donner un temps de réflexion aux couples.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je ne suis pas favorable à cet amendement, qui vise à supprimer le délai de douze semaines de grossesse pour la mise en œuvre de l’interruption sélective d’une grossesse dont le caractère multiple à lui seul – j’insiste sur ce point –, indépendamment de toute pathologie maternelle ou fœtale, est susceptible de mettre en péril la santé de la femme, des embryons ou des fœtus. Tel est bien le cadre dans lequel nous nous inscrivons.Les auditions que nous avons menées avant la constitution de la commission spéciale ont démontré qu’un tel délai ne soulevait aucune difficulté. Il est en effet rarissime de se trouver dans une telle situation après douze semaines de grossesse.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Si tel est le cas, la grossesse peut être considérée comme pathologique, et relève alors d’un autre cadre législatif.Pour la clarté de nos débats, il importe de préciser que l’interruption sélective de grossesse pour pathologie fœtale relève soit de l’alinéa 4 de l’article 20, relatif à toute interruption de grossesse motivée par une pathologie fœtale, que la grossesse soit simple ou multiple – dans ce cas, aucun délai n’est prévu –, soit du premier alinéa du même article 20, qui prévoit qu’une telle interruption de grossesse peut être pratiquée « à toute époque ». Nous disposons donc de garanties pour ces cas.Les cas de gémellité susceptibles de motiver une interruption partielle de grossesse sont diagnostiqués avant la douzième semaine. L’interruption sélective de la grossesse, si la femme le demande et s’il existe une raison obstétricale de la réaliser ayant trait à la santé de la femme ou celle des enfants à naître – par exemple un retard de croissance intra-utérin –, ne pose alors aucun problème.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Je vous remercie de vos explications, monsieur le rapporteur. Je retire l’amendement.
(L’amendement no 1082 est retiré.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Anne-France Brunet, pour soutenir l’amendement no 1084.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). L’équipe pluridisciplinaire chargée d’examiner une demande d’ISG est différente de celle qui est chargée d’examiner une demande d’IMG pour motif maternel et de celle qui est chargée d’examiner une demande d’IMG pour motif fœtal. Par cet amendement, je propose d’uniformiser les procédures : l’équipe pluridisciplinaire chargée d’examiner une demande d’ISG serait celle d’un CPDPN, de même que pour une demande d’IMG pour motif fœtal.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je suis tout à fait favorable à cet amendement, qui précise la composition de l’équipe pluridisciplinaire. Celle-ci pourra intervenir de manière plus flexible, ce qui est tout à fait favorable à la prise en charge des femmes enceintes.
M. Adrien Taquet. Il est favorable. Nous comprenons l’objectif que vous visez, madame Brunet. Comme vous, nous faisons confiance aux équipes de CPDPN, qui ont toute les compétences et toute l’expérience pour prendre également en charge les demandes d’interruption partielle d’une grossesse multiple.
(L’amendement no 1084 est adopté ; en conséquence, l’amendement no 1893 tombe.)
M. Thibault Bazin (LR). Je suis intrigué. J’ignorais que mon amendement no 1893 était soumis à une discussion commune avec l’amendement no 1084…Monsieur le secrétaire d’État, vous avez défendu tout à l’heure un amendement du Gouvernement permettant de prendre en considération les risques encourus tant par la femme enceinte que par les embryons. L’alinéa 3 précise que l’équipe pluridisciplinaire comprend un praticien spécialiste de l’affection dont la femme est atteinte. L’alinéa 4 prévoit que l’équipe d’un CPDPN est compétente en cas d’affection de l’enfant à naître.Cependant, à l’alinéa 5, relatif à l’interruption partielle d’une grossesse gémellaire ou multiple, nous avons oublié de prévoir la présence, dans l’équipe pluridisciplinaire, d’un médecin spécialiste de l’affection dont souffre la femme. Or, dès lors qu’il existe un risque pour la femme, l’équipe devrait comprendre un tel spécialiste. Les équipes des CPDPN comptent surtout des spécialistes des pathologies du fœtus ; ils ne comptent pas nécessairement de spécialiste de l’affection dont la femme est atteinte.Je suis navré que mon amendement soit tombé alors qu’il n’était pas soumis à une discussion commune avec le précédent.
M. Thibault Bazin (LR). Pouvez-vous, monsieur le rapporteur, vous pencher sur la précision que je propose par mon amendement ?
Mme la présidente (LAREM). Monsieur Bazin, votre amendement n’était pas soumis à une discussion commune avec le précédent. Toutefois, celui-ci portant nouvelle rédaction de la deuxième phrase de l’alinéa 5, son adoption a fait mécaniquement tomber le vôtre.La parole est à Mme Anne-France Brunet, pour soutenir l’amendement no 1085.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Il vise à lever une ambiguïté, pour éviter un conflit entre ISG et IMG. Tel que l’alinéa 5 est rédigé, il semble que l’ISG ne puisse pas porter sur un embryon souffrant d’une maladie ou d’une malformation. En effet, l’impossibilité de prendre en considération les « caractéristiques des embryons ou des fœtus » laisse penser que les maladies fœtales ne peuvent pas motiver une ISG.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). J’émets un avis défavorable sur l’amendement, car les choses sont claires.En effet, l’interruption sélective de grossesse motivée par une pathologie fœtale relève de l’interruption médicale de grossesse pour pathologie fœtale ; celle-ci est donc régie par l’alinéa 4 de l’article 20, qui s’applique à tout type de grossesse, simple comme multiple.En revanche, l’interruption sélective de grossesse motivée par les risques que le caractère multiple de la grossesse fait en soi peser sur la santé des embryons ou fœtus, indépendamment de toute pathologie, relève de l’alinéa 5 de l’article 20. Dans cette hypothèse, il est parfaitement logique que l’on interdise la prise en considération de critères relatifs aux caractéristiques des embryons ou des fœtus pour la mise en œuvre de l’interruption sélective de grossesse.Il faut donc bien distinguer les situations : soit le problème est une pathologie fœtale, et alors on s’inscrit dans le cadre de l’alinéa 4 ; soit le problème est une pathologie liée à l’hyper-gémellité, avec des répercussions sur l’embryon ou le fœtus, et on s’inscrit dans le cadre de l’alinéa 5.Je vous invite donc à retirer l’amendement. À défaut, j’émettrai un avis défavorable.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Je vous remercie de vos précisions, monsieur le rapporteur. Je retire l’amendement.
(L’amendement no 1085 est retiré.)
Mme la présidente (LAREM). Sur l’article 20, je suis saisie par le groupe La République en marche d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.Je suis saisie de deux amendements, nos 1087 et 1086, qui peuvent faire l’objet d’une présentation groupée.La parole est à Mme Anne-France Brunet, pour les soutenir.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Il s’agit d’empêcher les interruptions sélectives de grossesse sauvages réalisées dans le cadre des fécondations in vitro.L’amendement no 1086 vise à préciser que les ISG sont réalisées uniquement au sein des CPDPN, qui ont toute légitimité médicale pour intervenir en la matière.L’amendement no 1087 est un amendement de repli, qui indique que le CPDPN valide le lieu où est réalisée l’ISG.
Mme la présidente (LAREM). Quel est l’avis de la commission sur ces amendements ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). J’y suis défavorable, pour des raisons pratiques. Il ne me semble pas nécessaire de réserver la pratique des ISG aux seuls CPDPN, puisqu’aux termes du nouvel article L. 2213-3 du code de la santé publique, que créera l’article 21, l’interruption de grossesse pour motif médical « ne peut avoir lieu que dans un établissement de santé, public ou privé ». Je vous suggère de retirer les deux amendements. À défaut, je donnerai un avis défavorable.
M. Adrien Taquet. Il est défavorable. J’ajoute à ce que vient de dire le rapporteur qu’à notre sens, c’est plus l’équipe qui importe que le lieu. J’ai donné tout à l’heure un avis favorable à votre amendement no 1084, qui prévoit que la demande d’interruption partielle de grossesse est examinée par l’équipe d’un CPDPN, et il a été adopté. Cela me semble répondre à l’enjeu.
Mme Anne-France Brunet (LAREM). Très souvent, lorsque des FIV sont réalisées dans des cabinets médicaux, il y a des ISG sauvages. C’est ce problème que je souhaitais soulever. Toutefois, j’entends vos objections, et je retire les amendements.
(Les amendements nos 1087 et 1086 sont retirés.)
Mme la présidente (LAREM). Je suis saisie de trois amendements, nos 325, 556 et 1894, pouvant être soumis à une discussion commune.Les amendements nos 325 et 556 sont identiques.La parole est à M. Xavier Breton, pour soutenir l’amendement no 325.
M. Xavier Breton (LR). Il est défendu, madame la présidente, car nous sommes muselés par le temps programmé !
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 556.
M. Patrick Hetzel (LR). Il est défendu, en raison du temps programmé !
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 1894.
M. Thibault Bazin (LR). Il est défendu, mais je vous propose de le rectifier. Au lieu d’écrire que « hors urgence médicale, la femme se voit proposer, si elle le souhaite, un délai de réflexion avant de décider d’interrompre ou de poursuivre sa grossesse », je vous propose la rédaction suivante : « hors urgence médicale, la femme se voit proposer, si elle le souhaite, l’intervention d’un praticien spécialiste de l’affection dont elle est atteinte ». (Sourires.)
M. Jean-François Eliaou (LAREM). En ce qui concerne les amendements identiques, je ne peux qu’émettre un avis défavorable, pour les raisons que j’ai données tout à l’heure. La question du délai de réflexion avant une interruption médicale de grossesse, que celle-ci soit une grossesse unique ou multiple, est la même.S’agissant de votre amendement rectifié, monsieur Bazin, j’aimerais en recevoir une version papier. (Sourires.)
M. Thibault Bazin (LR). Je me permets d’insister. J’ai sabordé mon dernier amendement, qui portait sur le délai de réflexion – qu’il ne s’agit pas d’imposer, par ailleurs. Je voulais revenir à mon amendement précédent, tombé tout à l’heure. L’alinéa 5 porte sur le cas d’une pathologie qui concerne la femme enceinte et non le fœtus ; dès lors, le fait qu’il ne prévoie aucune intervention d’un praticien spécialiste de cette pathologie me pose problème. Ce serait, de plus, cohérent : l’alinéa 3, qui porte sur le cas de péril pour la santé de la femme, associe bien un médecin spécialiste de l’affection concernée.Cela me semble un sujet important, que l’on ne peut pas balayer d’un revers de main.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Je ne le balaye pas du tout d’un revers de main ! Il existe des cas, rares, où la gémellité, ou l’hyper-gémellité, constitue une contre-indication, en raison d’une pathologie qui touche la femme. Cela peut par exemple être le cas d’une cardiopathie, qui est une affection du cœur. Dans ce cas, on s’inscrit dans le cadre des interruptions médicales de grossesse pour cause pathologique, et la femme concernée est complètement prise en charge, y compris par un médecin spécialiste de l’affection en cause – que la grossesse soit unique ou multiple.Le cas que vous évoquez est donc couvert, et votre proposition est satisfaite. Nous pourrons reprendre cette discussion plus tard entre nous…
(Les amendements identiques nos 325 et 556 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 1894 n’est pas adopté.)
Mme la présidente (LAREM). Je mets aux voix l’article 20, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Mme la présidente (LAREM). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 62 Nombre de suffrages exprimés 59 Majorité absolue 30 Pour l’adoption 53 Contre 6
(L’article 20, amendé, est adopté.)
Article 21
Mme la présidente (LAREM). Je suis saisie de deux amendements de suppression, nos 12 et 327, tendant à supprimer l’article 21.La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 12.
M. Patrick Hetzel (LR). Il est défendu, en raison du temps programmé !
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Xavier Breton, pour soutenir l’amendement no 327.
Mme la présidente (LAREM). Quel est l’avis de la commission sur ces deux amendements ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Il est défavorable. La suppression de cet article serait dangereuse. Tout d’abord, en l’état actuel du droit, le médecin peut déjà, en cas d’urgence, se dispenser d’obtenir le consentement du ou des titulaires de l’autorité parentale, à condition qu’un adulte soit là pour accompagner la femme mineure.De plus, il me paraît important d’inscrire dans la loi, comme le fait l’article 21, les conditions particulières dans lesquelles une grossesse peut être interrompue pour des raisons médicales dans le cas d’une femme mineure non émancipée. Il ne faut pas confondre IVG et IMG.Nous parlons ici d’un cas très particulier, celui d’une pathologie chez une mineure enceinte – la grossesse en question peut d’ailleurs être tout à fait désirée. Cette jeune femme peut souhaiter maintenir le secret vis-à-vis de ses parents, pour des raisons qui lui sont propres et dont le législateur n’a pas à connaître. Il faut absolument sécuriser ce parcours difficile, douloureux, et dans lequel il faut prendre en considération à la fois l’âge de la femme enceinte et la pathologie qui peut être soit fœtale soit maternelle.
M. Adrien Taquet. Il est défavorable, pour les mêmes raisons. J’ajoute que l’article 21 précise les règles qui sont déjà applicables, d’une part en matière d’IMG concernant une mineure, d’autre part en matière de clause de conscience. Nous ne créons là rien de nouveau ; il s’agit simplement d’une clarification.Les règles relatives au consentement de la femme mineure sont pleinement conformes avec les règles générales déjà prévues par le code de la santé publique. La mineure peut vouloir garder le secret ; elle doit évidemment bénéficier de toute « action de prévention, dépistage, diagnostic, traitement ou intervention » nécessaires pour sauvegarder sa santé ; l’IMG fait partie de ces actes.
(Les amendements identiques nos 12 et 327 ne sont pas adoptés.)
Mme la présidente (LAREM). L’amendement no 1809 de Mme Emmanuelle Ménard est défendu.Quel est l’avis de la commission ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Il est défavorable. L’article L. 1111-5 du code de la santé publique prévoit déjà que toute intervention chirurgicale ou tout traitement peut avoir lieu même si une mineure ne veut pas communiquer à ses parents sa pathologie ou les raisons pour lesquelles elle subit cette intervention ou ce traitement.Encore une fois, l’article 21 ne vise qu’à sécuriser ce qui se passe dans le cas très particulier des interruptions médicales de grossesse pour des mineures non émancipées.
(L’amendement no 1809, repoussé par le Gouvernement, n’est pas adopté.)
Mme la présidente (LAREM). L’amendement no 2059 de M. Jean-François Eliaou est un amendement de précision.
(L’amendement no 2059, accepté par le Gouvernement, est adopté.)
Mme la présidente (LAREM). Je suis saisie de quatre amendements, nos 328, 557, 1895 et 654, pouvant être soumis à une discussion commune.Les amendements nos 328, 557 et 1895 sont identiques.La parole est à M. Xavier Breton, pour soutenir l’amendement no 328.
M. Xavier Breton (LR). Il est défendu, en raison du temps programmé !
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Patrick Hetzel, pour soutenir l’amendement no 557.
M. Patrick Hetzel (LR). Il est défendu, en raison du temps programmé !
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 1895.
M. Thibault Bazin (LR). J’ai plus de chance que mes collègues, puisque le président du groupe m’a délégué la moitié de son temps… Malheureusement, ces trente minutes sont déjà bien entamées. (Sourires. – Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)Je m’étonne de la présence de l’article 21 dans ce projet de loi de révision des lois de bioéthique. Il pourrait laisser croire que l’on veut lancer un débat sur l’IMG ! En fait, ces dispositions sont déjà présentes dans le code de la santé publique : une mineure non émancipée peut subir une IMG, avec l’intervention d’un tiers de confiance.De plus, vous voulez distinguer IMG et IVG pour ces mineures, mais vous reprenez les mêmes éléments dans les deux cas ! Cela crée une certaine confusion ; on peut se demander ce qu’apportent ces dispositions. Tel qu’il est rédigé, l’article n’apporte rien, ne modifie rien ; mais il pourrait le faire si ses dispositions évoluaient.Pour éviter la confusion, il faut introduire une distinction entre la décision d’IMG et la nécessité, a posteriori, d’accompagner les jeunes femmes qui l’ont vécue. L’accompagnement est essentiel car cet acte n’est pas évident. Nécessitant, on l’a vu, l’avis d’une équipe pluridisciplinaire et intervenant souvent, pour des motifs médicaux, à un terme avancé de la grossesse, c’est un événement lourd et, comme l’a souligné Mme Peyron, la personne a ensuite besoin de se reconstruire. Les mineures non émancipées restent dans le cadre de l’autorité parentale ; si les parents ne sont pas associés à la prise de décision, ils doivent au moins être là pour accompagner la mineure après l’IMG.Un autre élément suscite mon interrogation, en liaison avec les articles relatifs aux données génétiques : la raison médicale grave qui motive le recours à l’IMG peut éventuellement être d’ordre génétique et concerner, de fait, la famille. N’empêche-t-on pas, par cette disposition, les parents de prévenir les autres membres de la fratrie qui pourraient être concernés par la pathologie ? Je pose la question de manière sereine, non pour lancer un débat sur l’IMG, mais dans le souci d’améliorer l’accompagnement des jeunes femmes qui recourent à l’IMG et de permettre la prévention, notamment génétique.
Mme la présidente (LAREM). L’amendement no 654 de Mme Marie-France Lorho est défendu.Quel est l’avis de la commission sur l’ensemble de ces amendements ?
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Les trois amendements identiques visent à supprimer les alinéas 4 et 5. Je ne reprendrai pas l’argumentaire que j’ai développé pour les amendements précédents, mais ces deux alinéas ne créent pas une nouvelle possibilité de pratiquer l’IMG – dans le secret, sans l’autorisation des parents ou des représentants légaux.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Ils adaptent les règles au cas très particulier d’une grossesse pathologique chez la femme mineure non émancipée. L’article L. 1111-5 du code de la santé publique permet déjà d’intervenir, mais le Gouvernement et la majorité – en tout cas le rapporteur – pensent que le cadre doit être caractérisé dans la loi de façon spécifique et précise, pour éviter le doute et assurer la sécurité juridique à la fois vis-à-vis des femmes mineures et des professionnels des CPDPN. On cherche à éviter les recours tant de la patiente que des parents.Supprimer les alinéas 4 et 5, ce serait également supprimer les possibilités de traitement de ces femmes qui subissent – j’emploie ce terme à dessein – une IMG alors qu’elles sont mineures, émancipées ou non ; cela enverrait un très mauvais message.La question de l’accompagnement des mineures par les parents a déjà été abordée en commission. Imaginons une famille où il n’y a pas d’accord entre les parents et la mineure. Si les parents ont mis la mineure dehors, quel accompagnement peut-on imaginer ? Si la mineure souhaite garder le secret, comment peut-on imposer dans la loi que ses parents l’accompagnent après qu’elle a subi ce geste douloureux et culpabilisant ?Enfin, vous soulevez un point important : le cas où l’on découvre des anomalies génétiques. Lorsque le fœtus présente une malformation, il fait l’objet d’une autopsie et d’une recherche d’anomalies génétiques. Dans le cas particulier où une pathologie génétique est diagnostiquée, les parents sont informés dans des conditions qui relèvent d’autres articles du projet de loi.J’émets donc un avis défavorable sur l’ensemble des amendements.
M. Thibault Bazin (LR). Il est vrai que nous nous sommes servis de l’article 21 pour poser la question des anomalies génétiques et celle de la nécessité d’un accompagnement a posteriori. Mais je voudrais vous rassurer : la suppression des alinéas 4 et 5 n’enlèverait rien aux jeunes mineures qui auraient à subir une IMG, puisque les dispositions de l’article L. 1111-5 du code de la santé publique continueront à s’appliquer. Je viens de vérifier : c’est exactement le même texte. L’article 21 nous semble donc inutile. Ajouter au code des dispositions déjà présentes à un autre endroit ne fera que créer de la confusion. Mais j’ai entendu vos arguments et nous devons passer à la suite.
(Les amendements identiques nos 328, 557 et 1895 ne sont pas adoptés.)
(L’amendement no 654 n’est pas adopté.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à M. Thibault Bazin, pour soutenir l’amendement no 1896.
M. Thibault Bazin (LR). C’est un amendement de précision rédactionnelle. Sachant que l’autonomie médicale est fixée à 16 ans, il conviendrait de préciser qu’il est question d’une mineure « non émancipée ».
(L’amendement no 1896 , accepté par le Gouvernement, est adopté.) (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et LT.)
Mme la présidente (LAREM). La parole est à Mme Caroline Fiat, pour soutenir l’amendement no 2456.
Mme Caroline Fiat (FI). Par cet amendement, nous proposons de supprimer les alinéas 10 et 11, qui instituent, s’agissant de femmes ayant recours à des interruptions volontaires de grossesse pour motif médical, une énième clause de conscience du corps médical, qui n’est pas justifiée. En cas de besoin, il existe déjà une double clause de conscience. Faisons attention : à force de verrouiller les textes, on risque d’empêcher l’accès à cette intervention.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). …deux plus celle-là, et qu’elles sont identiques. Dans ce cas, il y aurait un problème de cohérence : si l’on changeait un mot dans l’une, cela pourrait se répercuter ou non sur les autres.Il importe de préciser les choses : la clause de conscience des médecins, des infirmières et des sages-femmes doit être maintenue. Les interruptions médicales de grossesse peuvent gêner les professionnels. Si l’on n’introduisait pas la clause de conscience qui impose de donner à la femme l’adresse d’une équipe qui accepte de pratiquer l’intervention, les professionnels de santé pourraient retarder le diagnostic, voire repousser la femme, qui ne serait pas, dès lors, correctement accompagnée. On l’introduit donc pour la sécurité de la femme enceinte, mais également des professionnels, qui ont l’obligation de la diriger vers un praticien prêt à la recevoir. C’est pourquoi je suis défavorable à votre amendement. L’intérêt de la femme est mieux préservé dans le cadre du texte actuel qu’en supprimant la clause de conscience.
M. Adrien Taquet. Par l’article 21, le Gouvernement cherche à supprimer les renvois entre les dispositions de différents codes. L’enjeu, c’est la lisibilité, la possibilité d’avoir une lecture complète des règles applicables à l’IMG. L’article ne crée pas de nouvelle clause de conscience.
M. Adrien Taquet. La clause de conscience applicable à l’IMG a toujours été la même que celle dont nous avons débattu lorsque nous avons évoqué l’IVG. Elle impose aux professionnels qui ne souhaitent pas pratiquer cet acte d’informer la femme et de lui communiquer immédiatement le nom de praticiens ou de sages-femmes susceptibles de réaliser l’intervention. Sans cette spécification, aucune obligation d’orientation n’existerait, ce qui ferait courir un risque de rupture dans le parcours de la femme. C’est pourquoi nous sommes défavorables à cet amendement.
Mme Caroline Fiat (FI). Ces dispositions sont redondantes ; il s’agit d’un doublon. Dans le code de la santé publique, une clause de conscience générale existe pour tous les médecins ; pourquoi toujours verrouiller dès qu’il s’agit d’interruption volontaire ou médicale de grossesse ? C’est sur ce point que nous souhaitons alerter.Je comprends qu’il y a quarante ans, quand Mme Simone Veil a présenté son texte, il ait fallu introduire de tels verrous pour faire entendre raison au législateur ; mais, aujourd’hui, alors que la clause de conscience existe dans le code de la santé publique, je ne vois pas pourquoi il faudrait en ajouter encore une. Je ne suis pas la seule à le dire, il existe de nombreux témoignages de femmes qui doivent faire cinquante ou cent kilomètres de plus pour avoir droit à une IVG ou une IMG. À force de verrouiller les textes, vous allez empêcher des femmes d’avoir accès à ces interventions – ce que, j’en suis sûre, personne sur ces bancs ne souhaite. La clause de conscience existe dans le code de la santé publique, il n’est pas besoin de la mettre à toutes les sauces !
M. Hervé Saulignac (SOC). Il y a, à l’évidence, une petite divergence d’interprétation entre le rapporteur et le secrétaire d’État. M. le rapporteur a clairement indiqué que le texte créait une troisième clause de conscience : après la clause de conscience générale, de nature réglementaire, et celle qui existe pour l’IVG, il en introduit une troisième pour l’IMG. M. le secrétaire d’État, lui, a affirmé que le texte ne créait pas de clause de conscience supplémentaire. Il faudrait savoir lequel des deux nous dit vrai !Pour ma part, je crois que le texte crée effectivement une troisième clause de conscience. Celle-ci n’est pas utile ; il suffit de rappeler que la clause de conscience qui s’applique à l’IVG s’applique aussi à l’IMG. Ce sera d’ailleurs l’objet d’un amendement que je défendrai peu après. On peut d’ailleurs considérer que je l’ai présenté. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Raisonnons en sens inverse : si le texte ne prévoit pas, à cet endroit précis, de clause de conscience – disposition qui est ici un copier-coller, à la virgule près, de celle qui figure dans le code de la santé publique concernant l’IVG –, on risque de confondre l’IVG et l’IMG.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Si, et c’est pourquoi j’ai émis un avis défavorable. Nous voulons absolument séparer l’IVG chez une mineure non émancipée de l’IMG. Nous allons examiner bientôt plusieurs amendements, auxquels je serai défavorable, concernant l’accompagnement de la douleur ou tout au moins de la forte pression émotionnelle des femmes qui auront subi une IMG. On voudra les diriger vers un centre censé leur expliquer comment pratiquer la conception ou l’anti-conception. Or c’est impossible !Il s’agit d’encadrer de façon très spécifique l’IMG qui, j’y insiste, est une douleur pour les femmes mineures. Aussi ne me paraît-il pas nécessaire d’en rajouter, d’aggraver leur situation émotionnelle. C’est pourquoi nous procédons à un copier-coller des clauses de conscience telles qu’elles sont déjà prévues. De la même manière, j’ai défendu tout à l’heure l’amendement no 2059 pour préciser qu’une femme mineure non émancipée peut demander une IMG pour les mêmes raisons médicales qu’une femme majeure, celles qui sont mentionnées à l’article 20.
Mme Caroline Fiat (FI). Je saisis bien votre argumentation, mais vous comprendrez que je ne sois pas d’accord avec vous. Si l’on reprend la définition de la clause de conscience générale, elle reconnaît à un médecin, en France, le droit de refuser la réalisation d’un acte médical pourtant autorisé par la loi mais qu’il estimerait contraire à ses convictions personnelles, professionnelles ou éthiques. L’article 47 du code de déontologie médicale précise en effet : « Hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles. » C’est écrit ! Cessons de vouloir tout verrouiller, d’introduire de nouvelles clauses de conscience partout, surtout quand cela concerne essentiellement les femmes ; nous sommes à la limite de la discrimination.La clause de conscience générale existe, et je ne vois pas l’intérêt de la faire figurer pour tous les actes.
Mme la présidente (LAREM). Par souci de cohérence, je vous propose de terminer l’examen de l’article 21 avant de lever la séance.Sur l’amendement no 1827, je suis saisie par le groupe Les Républicains d’une demande de scrutin public.Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.La parole est à M. Hervé Saulignac, pour soutenir l’amendement no 1827.
M. Hervé Saulignac (SOC). Ayant déjà évoqué cet amendement, je me contenterai d’insister sur le fait qu’il ne me paraît pas utile de créer une troisième clause de conscience. Nous avons déjà, d’une part, la clause de conscience générale et, de l’autre, la clause de conscience qui s’applique à l’IVG et qui doit valoir pour l’IMG.
M. Jean-François Eliaou (LAREM). Le présent amendement vise à substituer aux alinéas 10 et 11 l’alinéa suivant : « Art. L. 2213-4. – L’article L. 2212-8 est applicable à l’interruption volontaire de la grossesse pratiquée pour motif médical. »Je ne reviens pas sur le débat concernant la clause de conscience. Je rappelle que l’article L. 2212-8 du code de la santé publique dispose : « Un médecin ou une sage-femme n’est jamais tenu de pratiquer une interruption volontaire de grossesse mais il doit informer, sans délai, l’intéressée de son refus et lui communiquer immédiatement le nom de praticiens ou de sages-femmes susceptibles de réaliser cette intervention selon les modalités prévues à l’article L. 2212-2. » Il précise ensuite : « Aucune sage-femme, aucun infirmier ou infirmière, aucun auxiliaire médical, quel qu’il soit, n’est tenu de concourir à une interruption de grossesse. »Seulement, il faut savoir que ce même article L. 2212-8 ouvre la possibilité à « un établissement de santé privé [de] refuser que des interruptions volontaires de grossesse soient pratiquées dans ses locaux », sous réserve de plusieurs conditions. Or nous ne voulons absolument pas que cette dernière disposition s’applique à l’IMG. C’est pourquoi j’émets un avis défavorable sur cet amendement.
Mme Danièle Obono (FI). Comme l’a expliqué notre collègue Caroline Fiat, les députés du groupe FI sont opposés à l’existence de deux types de clauses de conscience. La clause de conscience générale nous semble suffire, et il n’est nul besoin d’ajouter, pour l’IMG, une clause de conscience spécifique identique à celle qui existe pour l’IMG, elle-même déjà redondante. Par souci de cohérence, nous nous abstiendrons sur le présent amendement, puisqu’il entérinerait l’existence de la clause spécifique relative à l’IVG.Ces ajouts créent une pression, fût-elle symbolique, qui est utilisée, on le sait, pour restreindre le droit des femmes à disposer de leur corps et à faire ce choix, qui doit certes faire l’objet de tout l’accompagnement nécessaire, mais doit toujours leur être propre et doit être respecté. Il est question pour nous de permettre, et non d’entraver.
Mme la présidente (LAREM). Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 58 Nombre de suffrages exprimés 54 Majorité absolue 28 Pour l’adoption 8 Contre 46
(L’amendement no 1827 n’est pas adopté.)
(L’article 21, amendé, est adopté.) (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Mme la présidente (LAREM). La suite de la discussion est renvoyée à la prochaine séance.
Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente (LAREM). Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures trente :Suite de l’examen du projet de loi relatif à la bioéthique.La séance est levée.
(La séance est levée à vingt heures dix.)
Le Directeur du service du compte rendu de la séance de l’Assemblée nationale Serge Ezdra