M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.
Projet de taxation des carburants
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour le groupe Les Républicains.
Mme Marie-Christine Dalloz (LR). Monsieur le Premier ministre, votre budget prévoit un véritable choc fiscal pour les habitants des territoires ruraux. En effet, votre projet de taxation sans précédent des carburants entraînera une forte augmentation des prix de l’essence et une très forte augmentation du prix du diesel. Dès l’an prochain, le prix du gazole à la pompe augmentera de près de 7,6 centimes et celui de l’essence de 3,9 centimes.Et le choc fiscal s’intensifiera encore pendant le quinquennat. À l’horizon 2022, le prix du gazole à la pompe devrait augmenter de 57 % et celui de l’essence de 20 % ! Cette hausse des prix du carburant rapportera 14 milliards d’euros à l’État français. Vous faites le pari que le prix du baril n’augmentera pas : qu’en sera-t-il dans le cas contraire ?Le Président Macron semble l’ignorer, mais 95 % du territoire français n’ont ni métro, ni tramway, ni même de bus pour se déplacer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)
Pour aller au travail, pour emmener les enfants à l’école ou pour aller faire les courses, tous ces Français des territoires ruraux utilisent leur véhicule. Ils n’ont pas d’autre solution ! Vous allez pénaliser fortement leur pouvoir d’achat. Songez que plus des deux tiers des véhicules en circulation dans notre pays roulent au diesel : leurs utilisateurs subiront de plein fouet cette hausse des prix à la pompe.Monsieur le Premier ministre, les habitants des territoires ruraux ont souvent le sentiment d’être abandonnés par les pouvoirs publics. Je pense notamment à votre funeste projet de fermer des services du centre hospitalier de Saint-Claude.Aujourd’hui, n’est-il pas paradoxal d’organiser une conférence des territoires au plan national, des conférences des territoires sur tout le territoire national et d’orchestrer parallèlement un choc fiscal brutal, sans précédent, pour toute la France des territoires ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics.
M. Gérald Darmanin. Madame la députée, s’il y a un choc fiscal, c’est un choc de baisse fiscale. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe REM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Nous supprimons des impôts comme jamais un gouvernement de la Ve République n’en a supprimé. Nous supprimons l’ISF – vous en parliez beaucoup, nous le faisons. (Exclamations sur les bancs des groupes FI et GDR.)
M. Gérald Darmanin. Nous supprimons la taxe d’habitation pour 80 % des Français. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes REM et MODEM.) Je suis même assez étonné, madame la députée, que le groupe Les Républicains puisse porter un amendement visant à supprimer cette mesure de pouvoir d’achat : si vous payez 600 euros de taxe d’habitation cette année – les Français la reçoivent en ce moment – vous paierez 400 euros l’année prochaine, puis 200, puis zéro euro en 2020 !
M. Gérald Darmanin. Madame la députée, vous avez raison : les territoires ruraux connaissent des difficultés particulières, notamment en matière d’utilisation des véhicules, puisqu’ils ne disposent évidemment pas des transports en commun que peuvent avoir les grandes communes. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place dans le budget une aide sans précédent également pour les territoires ruraux : la généralisation du chèque énergie. Concrètement, tous ceux qui utilisent des voitures, notamment des voitures roulant au diesel, pourront utiliser ce chèque énergie en lien avec leur pouvoir d’achat et leur déplacement pour le travail.
M. Gérald Darmanin. Nous avons également doublé la prime pour le changement de véhicule. Je suis sûr, madame la députée, que vous allez promouvoir cette belle politique publique dans votre territoire.Enfin, madame la députée, je veux être très clair avec vous : on ne peut pas à la fois applaudir le plan Climat, applaudir la COP21, applaudir ce que fait la France vis-à-vis de ses partenaires quand on est à la télévision,…
M. Gérald Darmanin. …et dénoncer ici une augmentation de la fiscalité pour des véhicules qui sont responsables de pics de pollution, lesquels provoquent malheureusement, chez les personnes les plus âgées ou les plus fragiles, des maladies chroniques. Aujourd’hui, c’est le temps de la responsabilité, ce n’est plus le temps de la démagogie. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Télémédecine
M. le président (LAREM). La parole est à M. Brahim Hammouche, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés.
M. Brahim Hammouche (MODEM). Madame la ministre des solidarités et de la santé, face aux défis sanitaires que constituent les déserts médicaux, le vieillissement de la population et la hausse de la prévalence des maladies chroniques, la télémédecine représente un engagement fort d’innovation et de progrès pour les patients, les soignants et nos territoires.Madame la ministre, la France regorge d’initiatives qui ne demandent qu’à être diffusées. Des expériences pilotes de téléconsultation et de télé-expertise permettent la prise en charge individualisée et le suivi de patients à distance, en ambulatoire, en milieu hospitalier ou dans les établissements médico-sociaux, notamment dans les domaines de la cardiologie, de la gériatrie, aux urgences et même en psychiatrie. Pourtant, faute de financement pérenne, tous ces projets n’ont pas été généralisés et demeurent inachevés.Madame la ministre, c’est un virage numérique ambitieux que nous appelons de nos vœux. En poussant l’essor de la télémédecine et plus généralement de l’e-santé, le plan d’investissements de 1 milliard d’euros pour numériser notre système de santé et de 3 milliards d’euros pour équiper les hôpitaux va dans le bon sens. Le groupe du Mouvement démocrate et apparentés soutiendra cette orientation cohérente en termes de continuité et d’égalité d’accès aux soins, qui vise à dégripper l’offre de soins sur chaque territoire de la République.Madame la ministre, quelles mesures pérennes entendez-vous mettre en œuvre dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018 afin de déployer la télémédecine ? (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe REM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé.
Mme Agnès Buzyn. Monsieur le député, je vous remercie pour votre question. Depuis mon arrivée au ministère des solidarités et de la santé, j’ai placé la question de l’accès aux soins au rang de mes priorités.
Mme Agnès Buzyn. Vous le savez, s’il n’existe pas de solution unique ou uniforme, la télémédecine est clairement l’un des outils dont nous avons besoin.La France est en train de prendre du retard, car nous en sommes restés à des expérimentations limitées. Il est temps de porter une ambition nationale et d’intégrer la télémédecine dans le soin courant, dans le soin quotidien. Telle est mon ambition pour 2018. C’est un point clé du plan visant à favoriser l’accès aux soins que je vais annoncer le 13 octobre prochain.Dès maintenant, nous allons lancer des négociations conventionnelles avec les médecins en vue de définir une tarification pour la téléconsultation et la télé-expertise. Au premier semestre 2018, l’assurance maladie et les médecins négocieront un tarif de droit commun des actes de télémédecine, lesquels consistent soit à consulter à distance, soit à s’assurer du bon suivi d’un traitement, soit à faciliter le partage d’informations. Ces actes viendront compléter l’offre de consultation des cabinets de médecins et permettront d’offrir à la population de nouvelles possibilités d’accès à des généralistes ou à des spécialistes, comme cela se fait déjà dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, les EHPAD.Des mesures financières spécifiques seront inscrites dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018, afin de répondre aux besoins immédiats de déploiement des actes de télémédecine et de la santé numérique en général. Cela passe évidemment par des financements pérennes. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Fusion Alstom-Siemens
M. le président (LAREM). La parole est à M. Boris Vallaud, pour le groupe Nouvelle Gauche.
M. Boris Vallaud (NG). Monsieur le Premier ministre, vous avez successivement annoncé deux bonnes nouvelles, avec la création d’un Airbus de la mer puis la création d’un Airbus du rail. Deux Airbus en quinze jours ! Pour autant, les auditions du ministre de l’économie et des finances et du président-directeur général d’Alstom ce matin n’ont pas levé nos inquiétudes. Si nous pouvons concevoir la nécessité d’une consolidation ferroviaire européenne face à la concurrence chinoise, le projet de fusion Alstom-Siemens ne se fonde sur aucun accord intergouvernemental. L’accord conclu avec Siemens est déséquilibré et cette fusion n’offre aucune garantie au-delà d’un horizon de quatre ans.La question industrielle porte avant tout en elle l’exigence de défendre la base industrielle française. Cela tombe bien, puisque le précédent exécutif avait pris la précaution de prévoir la possibilité de racheter les 20 % d’actions actuellement détenues par Martin Bouygues dans Alstom Transport, en prévision de partenariats industriels futurs conçus non seulement comme nécessaires, mais aussi comme devant bénéficier à la base industrielle française.Monsieur le Premier ministre, nous demandons au Gouvernement de lever l’option et d’acquérir sans attendre ces actions pour constituer un pacte d’actionnaires durable et un projet équilibré. Vous devez avant tout le faire pour défendre les emplois et les sites industriels en France, car derrière le mot pudique de « synergies » se cachent des fermetures de sites et des suppressions d’emplois. À ce sujet, je vous demande d’ailleurs de dire sans fard à la représentation nationale le nombre d’emplois et de sites en doublons en Europe et en France. Les emplois se comptent en milliers. Je ne doute pas que vous disposez, à Bercy, d’un comptage extrêmement précis que je vous saurais gré de communiquer à la représentation nationale.Si vous ne levez pas l’option pour défendre les intérêts de notre industrie, faites-le au moins dans l’intérêt des finances publiques, comme Gilles Carrez a eu l’occasion de le dire au ministre de l’économie et des finances.
M. Boris Vallaud (NG). Monsieur le Premier ministre, notre suggestion est simple : en levant cette option, donnez-vous les moyens de réussir la construction d’un géant industriel sans sacrifier la base industrielle française. (Applaudissements sur les bancs des groupes NG et GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement.
M. Christophe Castaner. Monsieur le député, j’ai bien entendu vos propos. Comme vous, nous croyons à la construction européenne. Nous croyons à la réussite française dans la construction européenne et, au-delà même de la construction européenne, dans la mondialisation.Nous connaissons tous la réalité économique du secteur ferroviaire, avec la montée en puissance d’un grand groupe chinois dont vous avez parlé, qui représente aujourd’hui la totalité des capacités productives mondiales et qui a commencé à se mobiliser sur le marché américain, où il a remporté la quasi-totalité des commandes publiques et privées. Nous savions qu’il viendrait demain sur le marché européen. C’est pourquoi il était nécessaire d’organiser un rapprochement fort entre Siemens et Alstom. Ce rapprochement est absolument indispensable dans le contexte actuel de concurrence internationale. Notre objectif est que la nouvelle entreprise se positionne à la deuxième place mondiale en matière de matériel roulant et à la première place mondiale dans le domaine de la signalisation.Cependant, cet échange avec le groupe Siemens était soumis à certaines conditions, notamment celle que la France ne lève pas l’option que vous avez évoquée. Nous aurions pu imaginer que le gouvernement français joue un rôle de spéculateur – en levant l’option, il aurait même pu générer un bénéfice de 8 euros par action –,…
M. Christophe Castaner. …mais alors, il n’aurait pas pu y avoir de partenariat ou de rapprochement, tout simplement parce que les Allemands ne l’auraient pas souhaité. Par ailleurs, dans un souci d’équilibre, il aurait été nécessaire de faire entrer le gouvernement allemand au capital de ce nouveau groupe, ce qu’il n’aurait pas accepté non plus.
M. Christophe Castaner. Plutôt que de négocier ou de spéculer sur une valorisation capitalistique, le Gouvernement a préféré négocier des engagements précis…
M. Christophe Castaner. …effectivement sur une durée limitée à quatre ans, mais vous savez mieux que moi, monsieur Vallaud, qu’il n’est pas économiquement réaliste d’espérer qu’une entreprise puisse s’engager sur dix ou vingt ans.
M. Christophe Castaner. Beaucoup de gens que vous connaissez ont pensé qu’il suffisait de promettre,…
M. le président (LAREM). Merci, monsieur le secrétaire d’État.
M. Christophe Castaner. …de déclarer quelque chose pour changer la réalité. L’économie, monsieur Vallaud, ne marche pas ainsi. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Compensation de la CSG pour les personnes âgées en maison de retraite
M. le président (LAREM). La parole est à M. Marc Delatte, pour le groupe La République en marche.
M. Marc Delatte (LAREM). Monsieur le ministre de l’action et des comptes publics, la hausse de la CSG, fixée à 1,7 point, qui entrera en vigueur à compter du 1er janvier prochain, concernera aussi bien les salaires que les pensions de retraite et les revenus du patrimoine. Elle compensera la suppression des cotisations chômage et maladie, dont le taux est actuellement de 3,15 %. Au bout du compte, la hausse du salaire net consécutive à ces allégements sera supérieure à l’augmentation de la CSG avec, à la clé, un réel gain de pouvoir d’achat.
M. Marc Delatte (LAREM). Cette hausse de CSG toucherait aussi une partie des pensions des 800 000 résidents de maisons de retraite, qui ne pourraient tous bénéficier de la suppression de la taxe d’habitation dont profiteront 80 % des Français, du fait qu’ils ne la paient pas ou que, pour la grande majorité d’entre eux, elle est payée directement par les établissements, qui la répercutent dans leurs tarifs.À ce jour,… (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe LR.)Je ne comprends pas ce que vous dites, mais je vous souhaite, en ma qualité de médecin, de vivre vieux ! Pour que l’humeur retombe, permettez-moi de citer un peu de Victor Hugo : « Gardez-vous un amour pour vos jours de vieillesse / Allumez de bonne heure un feu pour votre hiver ». (Applaudissements et rires sur divers bancs.)Cette hausse de CSG toucherait donc une partie des pensions des 800 000 résidents de maisons de retraite, qui ne pourraient bénéficier en contrepartie de la suppression de la taxe. En effet, le constat est le suivant : des sous-effectifs en personnel unanimement reconnus, des conditions de travail très difficiles et dégradées, une médicalisation insuffisante des établissements alors qu’elle est nécessaire, et un reste à charge important pour certaines catégories de nos concitoyens. Dans l’état où elles se trouvent, toutes ces maisons de retraite ne peuvent baisser leurs tarifs. (« On ne comprend rien ! » sur les bancs du groupe LR.)Une profonde réflexion sur l’accompagnement de nos anciens devrait donc être menée, avec toute la dignité et le respect dus à nos aînés.Monsieur le ministre, ne peut-on prévoir que les maisons de retraite répercutent la baisse de la taxe d’habitation pour compenser la hausse de la CSG qui touche les retraités ? (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’action et des comptes publics.
M. Gérald Darmanin. Monsieur le député, vous avez raison (« Ah ! » sur les bancs des groupes FI et LR) : il y a dans notre pays des personnes qui sont dans des maisons de retraite, dans des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – EHPAD – et j’ai eu l’occasion de signifier, avec Mme Buzyn,…
M. Gérald Darmanin. …que le Gouvernement examinera avec une extrême attention cette question de la compensation de la CSG, notamment par la taxe d’habitation. Il faut cependant noter que 60 % des personnes qui sont dans ces maisons de retraite ne seront pas concernées – c’est l’inverse du chiffre national pour les retraités et on pourrait donc dire que, dans les maisons de retraite, les personnes âgées sont plus pauvres que sur l’ensemble du territoire national.
M. Gérald Darmanin. La compensation par la suppression de la taxe d’habitation a été évoquée : ce sera le cas pour ceux qui la paient directement. Vous avez raison, il y aura une répercussion de la suppression dans les prix. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Le Gouvernement fera une ouverture pour concrétiser cette répercussion. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.)Votre question, monsieur le député, est finalement celle de l’organisation des maisons de retraite et des EHPAD. Le projet que propose le Gouvernement et qui sera défendu par Agnès Buzyn et moi-même prévoit notamment, dès le budget de l’année prochaine, la création de 5 000 places supplémentaires en EHPAD,…
M. Gérald Darmanin. …la création, pour plus de 15 millions d’euros, de plus de 300 places pour les malades d’Alzheimer et la création d’une cinquantaine d’équipes de plus pour accompagner ces malades.Un débat aura également lieu, comme Mme la ministre de la santé et moi-même nous y sommes engagés, dans le cadre de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale sur la tarification des EHPAD. Nous aurons l’occasion d’en discuter dès cet après-midi, puisque j’aurai la chance, l’honneur et le bonheur d’être entendu, avec Agnès Buzyn, par la commission des affaires sociales. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM et plusieurs bancs du groupe MODEM.)
Politique du logement
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Véronique Louwagie, pour le groupe Les Républicains.
Mme Véronique Louwagie (LR). Monsieur le Premier ministre, ma question, à laquelle s’associe mon collègue Jérôme Nury, député de l’Orne, est la suivante : pourquoi tant de dispositions pour pénaliser les propriétaires ? (« Ah ! » sur les bancs du groupe FI.)Vous proposez tout d’abord de supprimer le prêt à taux zéro – PTZ – pour les logements neufs, dès le 1er janvier 2018 en zone C et un an plus tard en zone B2. Vous supprimez de ce fait, sur 95 % du territoire français, la possibilité pour des ménages modestes d’accéder à la propriété. Ainsi, dans l’Orne, les habitants d’Alençon, de Flers ou de Mortagne-au-Perche seront privés de ce dispositif dès 2018.
Mme Véronique Louwagie (LR). J’ai rencontré de nombreux jeunes ménages pour qui le PTZ a été l’élément clé, l’élément déclencheur permettant de boucler le financement d’une maison neuve.
Mme Véronique Louwagie (LR). Vous rognez ensuite le bénéfice du crédit d’impôt pour la transition énergétique, qui donne un coup de pouce aux travaux pour renforcer la performance énergétique des logements.
Mme Véronique Louwagie (LR). C’est un nouveau coup dur pour les propriétaires, et cela dès le 27 septembre 2017.Vous modifiez également l’ISF pour créer un impôt sur la fortune immobilière, ce qui pénalisera les propriétaires : ceux dont le logement a pris de la valeur paieront cet impôt sans disposer nécessairement de revenus importants.Enfin, vous augmentez la CSG de 22 % (Exclamations sur les bancs du groupe LR), ce qui va taxer davantage les propriétaires, appartenant souvent aux classes moyennes, qui ont fait le choix d’acheter un logement pour le louer afin d’avoir un revenu complémentaire au salaire ou à la retraite.Mises bout à bout, toutes ces décisions vont pénaliser les propriétaires et ceux qui veulent le devenir.Si l’on ajoute à cela votre baisse des aides personnalisées au logement – APL –, c’est tout le secteur du logement qui va pâtir, car il y aura moins de construction de logements et moins de travaux de rénovation.Je réitère donc ma question sous une autre forme : monsieur le Premier ministre, au nom du droit au logement, de la cohésion des territoires et de l’égalité entre les citoyens, si vous n’avez rien contre les propriétaires, êtes-vous prêt à revenir sur ces dispositions ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de la cohésion des territoires.
M. Jacques Mézard. Madame la députée, vous avez été partiellement entendue ! Pour ce qui est d’abord du PTZ, les mesures annoncées voilà quelques jours vont exactement dans le sens que vous souhaitez : dans les zones B2 et C, le PTZ est maintenu pendant deux ans pour le neuf et quatre ans pour l’ancien. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.)
M. Jacques Mézard. J’entends le message, pour ce qui est des territoires ruraux, et j’en ai tenu compte.Quant aux crédits destinés à la transition énergétique et à la résorption des passoires thermiques,…
M. Jacques Mézard. …vous n’avez certainement pas oublié qu’il a été annoncé que nous allions consacrer, sur le programme « Habiter mieux » de l’Agence nationale de l’habitat, 1,2 milliard d’euros sur la durée du quinquennat, ce qui est considérable, à aller dans ce sens.Quant à l’ISF, qu’y avait-il dans vos programmes, sinon la suppression totale ?
M. Jacques Mézard. Ce qui est aujourd’hui essentiel en matière de logement est de faciliter la construction, de libérer le foncier et de sortir du système des normes qui font que, dans ce pays, on met souvent huit, dix ou douze ans pour réaliser un programme. (Applaudissements sur les bancs du groupe REM.) C’est là une responsabilité collective de tous les gouvernements successifs. Nous travaillons dans ce sens, de manière équilibrée et avec le souci que les efforts du contribuable permettent une adéquation en matière de construction de logements. (Mêmes mouvements.)
Conditions d’intervention des sapeurs-pompiers
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Françoise Dumas, pour le groupe La République en marche.
Mme Françoise Dumas (LAREM). Ma question, à laquelle j’associe mon collègue Olivier Gaillard s’adresse à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur. Monsieur le ministre d’État, nos forces de sécurité civile sont de plus en plus visées par des actes d’incivilité et d’agression caractérisés, alors que nous devons, plus que jamais, saluer leur dévouement et leur sens de l’engagement pour porter secours et assistance aux populations, souvent dans des circonstances exceptionnelles.Ainsi, dans ma circonscription, à Nîmes, dans la nuit de vendredi à samedi, dans le quartier de Pissevin, un des quartiers prioritaires de la politique de la ville, trois pompiers à bord d’une ambulance ont été, pour la première fois, visés par des engins incendiaires. Intervenus dans un premier temps pour un secours médical à domicile, ils ont été avertis d’un départ de feu dans le même quartier. Sans avoir eu le temps d’être escortés par la police, comme le protocole le prévoit dans certains cas, ils se sont immédiatement rendus sur les lieux.Lorsqu’ils sont arrivés, ils ont été accueillis par des jets de pierre et de parpaings : il s’agissait d’une véritable embuscade. Par chance, ils n’ont pas été blessés mais le bilan de cet incident aurait pu être dramatique. En effet, un premier cocktail Molotov a explosé devant le camion et un second à quinze centimètres de la vitre du chef d’agrès.Aussi, dans un contexte de lutte contre toutes les formes de délinquance et de criminalité, à laquelle vous consacrez tous vos efforts, et au moment où se tient le 124ème congrès national des sapeurs-pompiers à Ajaccio, pouvez-vous, monsieur le ministre d’État, nous préciser quelles mesures supplémentaires peuvent être mises en œuvre pour renforcer la sécurisation des missions et des interventions de nos sapeurs-pompiers professionnels et volontaires ? (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur.
M. Gérard Collomb. Madame la députée, vous avez indiqué que dans la nuit de vendredi à samedi, une ambulance de sapeurs-pompiers a été prise pour cible avec des jets de pierres mais aussi d’un engin incendiaire de type coktail Molotov qui, heureusement, n’a pas atteint la voiture. Cela aurait pu être dramatique.
M. Gérard Collomb. Dans la nuit de dimanche, je me suis rendu à Viry-Châtillon où, il y a un an, des policiers avaient été grièvement brûlés dans un attentat de ce type. J’ai rencontré le policier le plus gravement atteint, qui devait encore subir, le lendemain, à l’hôpital Saint-Louis, une intervention. Oui, nous allons tout faire, avec la police, pour que de tels actes ne puissent se reproduire.Je sais que dans votre ville, ce problème est d’autant plus aigu qu’un certain nombre de terroristes djihadistes étaient partis sur le front en Syrie pour combattre aux côtés de Daech. Ils viennent d’être condamnés à des peines allant de deux à dix ans de prison : cela signifie que la justice sera impitoyable avec celles et ceux qui veulent commettre des attentats. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LC.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour le groupe Nouvelle Gauche.
Mme Marie-Noëlle Battistel (NG). Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Monsieur le Premier ministre, M. Castaner a, à l’instant, assuré mon collègue Boris Vallaud de votre mobilisation en faveur de notre industrie ; j’espère qu’elle est sincère et réelle.Pour ma part, monsieur le Premier ministre, je souhaite vous parler des conséquences des choix et de ce qu’il se passe quand l’État n’est pas suffisamment vigilant. L’histoire récente nous l’a montré, malheureusement, et l’on s’apprête aujourd’hui à sacrifier un secteur industriel stratégique.
Mme Marie-Noëlle Battistel (NG). Pour preuve, General Electric, qui s’était pourtant engagé lors du rachat d’Alstom à créer 1 000 emplois nets en France auprès du ministre de l’économie de l’époque, Emmanuel Macron, a annoncé avant l’été la suppression de 345 emplois sur le site grenoblois.La société Neyrpic a été un fleuron de l’industrie de notre pays, fournissant les turbines hydrauliques de la plupart des centrales française et de nombreux barrages à travers le monde. Cette entreprise grenobloise, intégrée à Alstom puis à General Electric Hydro, reste aujourd’hui à la pointe de l’innovation à l’ère de la transition énergétique. C’est, à terme, le démantèlement total de la branche hydraulique qui est à craindre, ainsi que l’abandon de toute politique industrielle française dans cette filière d’excellence.Au-delà de la stupéfaction face à la violence de cette annonce, les salariés et les élus locaux de toutes sensibilités se mobilisent pour trouver une issue et permettre le maintien de l’emploi. Au-delà du discours de fermeté tenu ici par tous et des bonnes intentions, nous devons donner à l’État les moyens de peser dans la discussion. Au-delà du poing que vous frappez sur la table, nous devons donner les moyens à l’État de revenir sur cette décision aux conséquences inacceptables.
Mme Marie-Noëlle Battistel (NG). Quelques jours après la cession de la branche ferroviaire du groupe à l’allemand Siemens, le groupe Nouvelle Gauche rappelle que tout n’est pas à vendre, dans une logique de gain à courte vue, mais que notre devoir est de lutter contre la désindustrialisation de notre pays et ses conséquences néfastes pour l’emploi. Je me permets d’insister au nom des 345 personnes concernées par ce plan social. (Applaudissements sur les bancs du groupe NG et sur plusieurs bancs du groupe GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement.
M. Christophe Castaner. Madame la députée, vous avez raison : vous évoquez un sujet de préoccupation non pas locale, mais nationale, pour notre économie, pour l’enjeu de notre industrie, pour les emplois. Le Gouvernement, vous le savez, suit la situation de très près.
M. Christophe Castaner. Il est tenu informé au quotidien par le préfet et un certain nombre de rencontres ont déjà eu lieu. Le secrétaire d’État, Benjamin Griveaux, a, dès le mois d’août, reçu l’ensemble des acteurs ; il les recevra de nouveau sur ce sujet, le 16 octobre, parce qu’il faut être très vigilant. C’est nécessaire parce que la restructuration des activités hydroélectriques de ce groupe n’est conforme ni aux engagements pris, ni au projet industriel qui doit être le nôtre.Le vrai sujet concerne les conditions du plan social que General Electric mène à Grenoble et, au-delà,…
M. Christophe Castaner. Je m’étonne que ce soit ceux qui étaient dans la majorité à l’époque où le choix a été fait qui s’expriment aujourd’hui sur ce sujet ! (Exclamations sur les bancs du groupe NG. – Rires et exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs du groupe REM.)
M. Christophe Castaner. Ainsi, 345 emplois… (Exclamations persistantes sur les bancs des groupes NG et LR.)Il n’est jamais bon de crier, ni pour sa santé, ni pour défendre un dossier ! (Mêmes mouvements.)
M. Christophe Castaner. Le plus simple consiste à inviter les uns et les autres à respecter les engagements. Le Gouvernement sera extrêmement attentif à ce que General Electric respecte tous ses engagements, notamment la création nette de 1 000 emplois. C’est ce qu’il compte faire en investissant, par exemple, à Belfort, dans le développement de l’impression 3D. C’est ce que nous devons faire aussi à Cherbourg, avec des objectifs sur l’éolien.Mais il faut accélérer, et le Gouvernement a une arme pour cela : la pénalité de 50 000 euros par emploi manquant, que nous actionnerons pour faire en sorte que General Electric respecte les engagements qu’il a pris auprès du Gouvernement que vous souteniez, et moi aussi. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Statut des aidants
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Charles Colas-Roy, pour le groupe La République en marche.
M. Jean-Charles Colas-Roy (LAREM). Madame la ministre des solidarités et de la santé, sur le terrain, dans ma circonscription du sud de l’agglomération de Grenoble, je suis régulièrement interpellé sur la situation des aidants. Ce sont 8,3 millions de Français qui aident de façon régulière, à domicile, une ou plusieurs personnes en perte d’autonomie, malades ou en situation de handicap. Volontaires et dévoués, les aidants sont très souvent issus du cercle familial et apportent un soutien essentiel à leurs proches au quotidien. Au-delà des professionnels de l’aide à la personne, les familles sont nombreuses à assumer bénévolement ce rôle d’aidant avec dignité et pudeur. Je veux ici leur rendre hommage.Le Gouvernement œuvre à réformer notre pays en relançant l’économie tout en étant attentif aux plus fragiles d’entre nous. En atteste l’augmentation de 100 euros par mois de l’allocation adultes handicapés et du minimum vieillesse.Outre ces annonces fortes, nous devons accompagner les aidants, qui jouent un rôle essentiel pour maintenir le lien social. Ces aidants bénévoles font face à des problématiques communes comme le manque de temps pour soi, le risque d’épuisement, le sentiment d’une responsabilité grandissante devant la perte d’autonomie ou de lucidité d’un proche.Madame la ministre, vendredi dernier, à l’occasion de la huitième édition de la Journée nationale des aidants, vous avez tenu à rappeler que sans eux, beaucoup de personnes âgées, handicapées, malades se trouveraient dans des conditions et des lieux de vie qui n’ont rien à voir avec ceux qui sont les leurs actuellement. Vous avez aussi insisté sur la nécessité de réveiller les consciences à propos du quotidien des aidants familiaux.La question du vieillissement et de l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie nous concerne tous. Pouvez-vous détailler les axes de travail du Gouvernement sur ce sujet ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé.
Mme Agnès Buzyn. Monsieur le député, les aidants sont des acteurs majeurs du soutien aux personnes âgées, aux personnes handicapées, aux malades chroniques, qu’ils soient jeunes ou âgés. Ils jouent un rôle majeur pour la cohésion sociale de notre pays.Je porte une attention toute particulière à leurs problématiques. D’abord ils ne disposent pas toujours des informations qui leur permettraient d’accompagner correctement leurs proches. Ils peuvent manquer de soutien et la prévention de l’épuisement des aidants est un objectif central. Il m’apparaît en effet nécessaire de trouver des solutions plus efficaces pour les huit à onze millions de nos concitoyens, en grande majorité des femmes, qui aident leurs proches vieillissants, handicapés ou malades.Toutes les solutions vont être étudiées : le répit à domicile, avec l’expérimentation du baluchonnage ou du relayage ; le répit en établissement, dans des hôpitaux de jour ; des groupes de parole collectifs ou un soutien individuel ; le repérage des fragilités par des professionnels de santé et l’élargissement des dons de jours de congé.Dans le cadre de l’allocation personnalisée d’autonomie, un module de répit pour les aidants d’un montant de 500 euros par an a été mis en place. Dans le cas d’une hospitalisation, il est de l’ordre de 1000 euros par an.Des actions de sensibilisation et d’information seront menées en France. Pour l’instant elles restent dispersées et demandent à être structurées. La constitution d’un réseau de soutien aux aidants et de proximité me semble nécessaire. Une mission vient d’être confiée à Mme Dominique Gillot, axée sur comment concilier vie professionnelle et vie d’aidant et comment retourner à l’emploi. En effet nous devons encore avancer pour que toutes les personnes qui sont parfois contraintes de s’arrêter de travailler, quel que soit leur statut, en aient les moyens sans sacrifier leur propre vie.
Mme Agnès Buzyn. Nous allons donc favoriser le dialogue entre les professionnels et les aidants, améliorer l’articulation, parce que la qualité du soutien aux aidants conditionne la qualité du soutien à nos personnes âgées et handicapées. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Territoires ruraux
M. le président (LAREM). La parole est à M. Christophe Naegelen, pour le groupe Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants.
M. Christophe Naegelen (LC). Mesdames et messieurs les ministres, mes collègues vous ont déjà exprimé leurs inquiétudes au sujet de la désertification numérique et médicale de nos territoires ruraux. Je pense particulièrement aujourd’hui aux Vosges, à Remiremont et à notre combat pour la pérennité de notre maternité.Pourtant vous présentez un budget affaiblissant encore un peu plus l’attractivité de nos campagnes. Le prêt à taux zéro pour le neuf est maintenu pour quatre ans dans les zones urbaines, mais deux ans dans les zones rurales et les villes moyennes. La moyenne d’âge et le nombre de retraités sont supérieurs dans nos villages, c’est un fait, mais ce seront les premiers touchés par la hausse de la CSG. Et étant donné l’éloignement et le déficit flagrant en transports en commun pour aller travailler ou faire ses courses, nous allons être touchés par la hausse du diesel.Les territoires ruraux ont le sentiment d’être les oubliés de la politique nationale. Pourtant, 51 % des Français vivent dans des communes de moins de 10 000 habitants.Monsieur le Premier ministre, entendez les cris de ces oubliés de l’État et les appels de leurs représentants. Comprenez que la France n’est pas faite que de villes et de métropoles. Souvenez-vous que la devise de la France comporte le mot d’égalité : elle doit s’appliquer à tous, pour tous, dans tous les territoires, même les plus reculés.Je ne doute pas de votre volonté de bien faire, mais prouvez-la. Entendez-nous et agissez. Dans votre projet ce sont les villes qui se mettent en marche ; les campagnes, elles, sont mises à l’arrêt. Quand et comment comptez-vous remettre la ruralité sur les rails de la réussite afin d’éviter une société à deux vitesses ?Notre groupe va proposer la création d’une agence nationale de la cohésion des territoires et nous comptons sur un soutien transpartisan. Ferez-vous preuve d’ouverture sur ce sujet ? (Applaudissementssur les bancs du groupe LC et quelques bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de la cohésion des territoires.
M. Jacques Mézard. Monsieur le député, vous êtes tout à fait fondé à poser cette question. Étant moi-même élu d’un département très rural, je connais la situation de ces départements.Mais leur situation est quand même, je tiens à vous le dire, très diverse. Il ne faut pas opposer systématiquement la ville et la ruralité. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes REM et MODEM.)
M. Jacques Mézard. Ce gouvernement n’est pas responsable de ce qui s’est passé depuis des décennies. Nous le sommes tous s’agissant de l’abandon d’un certain nombre de territoires.Je vous le dis très clairement pour le vivre au quotidien : rejoindre ma circonscription par la route c’est treize heures aller-retour, par le train c’est quatorze heures. Pour aller à la métropole régionale, c’est neuf heures aller et retour. C’est cela, l’héritage !Nous avons besoin de travailler ensemble pour rétablir les équilibres.Je voudrais vous dire aussi qu’il ne faut pas stigmatiser les territoires ruraux. Il est des territoires ruraux qui fonctionnent très bien et il y a un certain nombre de déséquilibres.L’accessibilité est fondamentale.
M. Christian Jacob (LR). Et la suppression du PTZ ? Et la hausse du gazole ?
M. Jacques Mézard. Nous y travaillons s’agissant du numérique, avec un objectif clair : la 4G partout d’ici 2020. Mais nous voulons aussi le doublement du nombre des maisons de services au public, ainsi que des maisons de santé pluridisciplinaires. Voilà du concret.
M. Jacques Mézard. Quant aux efforts au niveau financier, je vous rappelle rapidement qu’il n’y aura pas de baisse de la DETR ni de la DSIL et que toutes nos communes rurales auront de la lisibilité sur leurs dotations et leurs finances pendant ce quinquennat. Voilà des efforts concrets. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Revalorisation de la filière professionnelle
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Cécile Muschotti, pour le groupe La République en marche.
Mme Cécile Muschotti (LAREM). Monsieur le ministre de l’éducation nationale, la lutte contre le chômage est une priorité pour notre pays et notre Gouvernement. Nos concitoyens, las d’entendre des discours et d’observer l’apathie d’un système, attendent de notre majorité et de notre Gouvernement des réformes structurelles importantes qui doivent permettre de diminuer fortement le taux de chômage et d’offrir au plus grand nombre la possibilité de se réaliser dans le monde professionnel. Cela passe bien entendu par la réforme du droit du travail mais, aussi, par notre capacité collective à transmettre les compétences théoriques et pratiques nécessaires à l’exercice d’un métier.Monsieur le ministre, vous étiez la semaine dernière en Corrèze, aux côtés du Président de la République et de la ministre du travail, pour annoncer le lancement des réformes de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Ces nouvelles réformes s’inscrivent dans le grand plan d’investissement présenté le 25 septembre dernier par le Premier ministre, avec 15 milliards d’euros qui seront consacrés aux compétences et à la formation professionnelle. C’est là l’expression d’une volonté politique forte et nous pouvons nous en féliciter.Aux côtés des ministres du travail et de l’enseignement supérieur, vous avez la responsabilité opérationnelle de sa mise en œuvre : il est nécessaire, il doit donc réussir. Pour cela, il doit prendre en compte une difficulté majeure qui ne saurait être contournée uniquement à l’aide de moyens financiers : un frein culturel.Pour réussir, ces réformes devront en effet insuffler et accompagner une évolution culturelle de notre société et de notre système éducatif. L’apprentissage et les filières professionnelles sont depuis trop longtemps considérés comme des solutions alternatives à l’échec alors que nous devrions voir en elles de véritables opportunités pour les citoyens et l’économie française.Monsieur le ministre, à l’heure où les jeunes s’orientent toujours plus vers les filières générales, pouvez-vous nous indiquer quelles mesures vous comptez mettre en œuvre dans les prochains mois afin d’engager cette évolution culturelle majeure ? (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Jean-Michel Blanquer. Madame la députée, je vous remercie beaucoup pour cette question qui a le mérite de mettre en lumière à la fois une force et un paradoxe.Une force : avec 700 000 élèves, notre enseignement professionnel – dont il faut saluer la qualité des acteurs – est important dans notre pays. Un paradoxe : au moment où l’économie redémarre, où certains secteurs redémarrent ou vont le faire, ces derniers ne trouvent pas toujours les ressources humaines nécessaires pour accompagner cette reprise économique.Bien évidemment, cela concerne notre politique générale de formation professionnelle et c’est pourquoi nous travaillons main dans la main avec la ministre du travail afin d’y apporter les modernisations qui s’imposent.Dans le cadre d’une mission de concertation qui commencera dès ce mois d’octobre, nous nous proposons de suivre les pistes suivantes.Tout d’abord, il s’agit de définir des domaines d’avenir, qui donnent envie, qui sont attractifs et créateurs d’emplois – tel est par exemple le cas de la transition numérique, de la transition écologique avec les métiers du bâtiment et de l’énergie, de l’entrepreneuriat et de l’artisanat mais aussi des nombreux savoir-faire français que nous pouvons revitaliser et dynamiser grâce à l’enseignement professionnel.Nous donnerons l’envie également grâce à une deuxième piste : la création de grands campus professionnels sur la base de ceux qui existent ou de volontés de projets de la part des régions. Nous les mettrons de surcroît en connexion avec des campus professionnels d’autres pays européens et nous le ferons, comme à Égletons, en envisageant la possibilité de joindre différentes formations – CAP, bacs professionnels, BTS, mais aussi recherche et apprentissage.Troisième piste, précisément : celle de l’enseignement professionnel et de l’apprentissage, ensemble, parce qu’ils sont appelés à se conforter l’un l’autre et que nous avons besoin des deux pour créer des emplois en France (Applaudissements sur les bancs des groupes REM, MODEM et LC.)
Sanofi
M. le président (LAREM). La parole est à M. François Ruffin, pour le groupe La France insoumise.
M. François Ruffin (FI). …où vous étiez accueilli par son PDG, Serge Weinberg. Vous n’aviez prévenu ni les médias ni les syndicats, ni les salariés, ni les Français. Cette visite, discrète sinon secrète, ne figurait pas à votre agenda. (Dénégations sur les bancs du groupe REM.)Avant cela, le 14 mai dernier, Emmanuel Macron entrait à l’Elysée. Lors de cette cérémonie, le nouveau président fendait la foule et venait saluer un vieil ami, le même Serge Weinberg, président-directeur général de Sanofi – un vieil ami car c’est ce patron, membre de la commission Attali, qui avait conseillé au jeune Macron : " Enrichissez-vous !" et qui l’avait aidé à entrer chez Rothschild.Il y a dix jours, pour compléter la collection, c’est Christophe Castaner qui inaugurait une fresque sur le site Sanofi de Sisteron. Le porte-parole du Gouvernement se faisait alors le porte-parole du groupe pharmaceutique (Protestations sur les bancs du groupe REM) et déclarait : "On ne doit pas critiquer des entreprises qui réussissent, comme Sanofi."
M. François Ruffin (FI). Mais comment ne pas critiquer Sanofi quand on sait, et vous le savez, que ces dernières années, cette entreprise a supprimé 2 000 postes de chercheurs en France et 4 000 dans le monde, quand dans le même temps elle percevait des centaines de millions d’euros en crédit d’impôt recherche ?
M. François Ruffin (FI). Vous savez, surtout, surtout, qu’on recense environ 14 000 familles victimes de la Dépakine et des milliers d’enfants autistes. Le coût de leur indemnisation s’élèvera au moins à 6 milliards d’euros mais Sanofi refuse de participer au fonds d’indemnisation, la firme en abandonnant l’entière charge à l’État : c’est le contribuable qui paiera !Bref, je veux m’assurer que, lors de ces rencontres avec Serge Weinberg, vous, le chef de l’État, votre porte-parole, vous avez défendu bec et ongles la recherche, la santé, l’emploi, la justice, contre les intérêts des financiers et que, concrètement, vous avez tapé du poing sur la table pour que Sanofi indemnise les victimes de la Dépakine, afin que l’on ne vous soupçonne pas d’être les complices des labos et de leur lobby.Le 20 juillet dernier, vous n’avez pas envoyé votre ministre de la santé à votre place sur le site de Sanofi. J’espère qu’aujourd’hui vous n’enverrez pas votre ministre de la santé au micro à votre place (Applaudissements sur les bancs du groupe FI et sur plusieurs bancs du groupe GDR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. Edouard Philippe. J’ai peur, monsieur le député, que vous ne soyez une fois de plus en train de vous faire un film (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM ainsi que sur quelques bancs du groupe LC. – Protestations sur les bancs du groupe FI.)
M. Alexis Corbière (FI). Et vous, monsieur le Premier ministre, ne faites pas un roman !
M. Edouard Philippe. Si je vous comprends bien, monsieur le député, avec vos insinuations élégantes, vous êtes en train de considérer qu’il serait normal, pour la représentation nationale, et normal, pour le chef du Gouvernement de notre pays, de dénigrer dans toute la mesure du possible une entreprise française…
M. Edouard Philippe. ...une entreprise qui fonctionne bien, une entreprise qui crée des richesses en France et qui apporte des solutions à des questions sanitaires. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM, MODEM et LC ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.) Oui, monsieur Ruffin, je vous le confirme : je ne suis pas d’accord avec vous. (Applaudissements sur les mêmes bancs. – Protestations sur les bancs du groupe FI.) Monsieur Ruffin, permettez-moi de terminer ma réponse : ce n’est pas parce que l’on crie que l’on a raison, il va falloir vous y faire ! (Mêmes mouvements.)
M. Edouard Philippe. Je souhaite simplement et très calmement vous dire trois choses très simples.La première, c’est que lorsque je veux rencontrer des chefs d’entreprise et visiter des sites industriels, je le fais, sans vous demander votre autorisation (Applaudissements sur les bancs du groupe REM) ni demander l’autorisation de personne, sinon de ceux chez qui je m’invite. Telle est la première chose que je voulais vous dire. (Vives exclamations sur les bancs du groupe FI.)
Mme Caroline Fiat (FI). Et les enfants autistes, eux, ils font comment ?
M. Edouard Philippe. Mais calmez-vous, monsieur Ruffin, vous êtes énervé. Il faut vous calmer, et vous aussi, madame. Calmez-vous, tout va bien se passer. (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe REM.)La deuxième chose que je veux donc vous dire, monsieur Ruffin, c’est qu’il me semble légitime et même sain qu’un député ou qu’un membre du Gouvernement aille dans sa circonscription visiter un site industriel. J’observe d’ailleurs qu’il vous arrive à vous aussi de le faire dans votre circonscription.La troisième chose, c’est que nous ne gagnerons rien du tout, ni vous, ni nous, ni personne en France, à instiller systématiquement le soupçon, comme vous venez de le faire, lorsque l’on débat de la santé ou de la production.
M. Edouard Philippe. Nous ne gagnerons jamais rien à des insinuations, comme celles que vous venez de formuler. Je le dis calmement, monsieur le député, et je le pense profondément.
M. Éric Coquerel (FI). Des questions précises sont posées ! Ce ne sont pas des insinuations !
M. Alexis Corbière (FI). On vous parle d’un scandale de santé publique !
M. Edouard Philippe. Les discussions sont légitimes, les désaccords sont normaux et même sains dans une démocratie – je les accepte – mais ces insinuations visant tel ou tel ministre ou le chef du Gouvernement desservent la totalité des pouvoirs exécutif et législatif français – je vous le dis comme je le pense. (Mmes et MM. les députés des groupes REM et MODEM se lèvent et applaudissent longuement. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LC. – Exclamations persistantes sur les bancs du groupe FI. )
Politique du logement
M. le président (LAREM). La parole est à M. Guillaume Vuilletet, pour le groupe La République en marche.
M. Alexis Corbière (FI). Monsieur le président, il faudrait quand même qu’on réponde à nos questions !
M. Guillaume Vuilletet (LAREM). Monsieur le ministre de la cohésion des territoires, la France dépense chaque année près de 40 milliards d’euros pour la politique du logement. Ce sont 18 milliards qui vont aux aides personnalisées au logement – APL –, dont la moitié dans le secteur social. Il est paradoxal que les collectivités et l’État investissent puissamment pour soutenir la production de logements à bas loyer et que, dans le même temps, parce que ces loyers restent trop élevés pour les ménages qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, l’État doive financer les APL de ces mêmes ménages. Ce système ne fonctionne pas !
M. Guillaume Vuilletet (LAREM). …qui doit mettre fin à ce système croquignolesque, comme l’a qualifié le Président de la République récemment. Cette réforme consiste à faire baisser les loyers du parc social et, en même temps, à baisser les APL du même montant. Les allocataires, pris individuellement, ne perdront donc pas un euro.
M. Guillaume Vuilletet (LAREM). Vous avez eu le courage de souhaiter remettre à plat un système qui ne marchait pas et qu’il fallait corriger.L’État prévoit d’aider les bailleurs sociaux à supporter financièrement cette baisse de loyer.
M. Guillaume Vuilletet (LAREM). Globalement, la situation des bailleurs sociaux est saine : ils ne sont pas dénués de ressources. Ils disposent de réserves de trésorerie et de capacités d’endettement à exploiter.
M. Guillaume Vuilletet (LAREM). Il y a néanmoins une grande disparité entre les bailleurs sociaux. C’est pour cette raison, et j’ai pu le constater lors du congrès HLM, qu’une inquiétude forte s’exprime dans ce secteur. Certains craignent que les capacités d’investissement, les moyens de construire et de rénover ne soient obérés, voire que des bailleurs soient eux-mêmes menacés.Ma question est simple, monsieur le ministre. Vous avez voulu nouer un dialogue, qui semble aujourd’hui s’être un peu enrayé.
M. Guillaume Vuilletet (LAREM). Comment allez-vous faire pour le relancer ? Comment comptez-vous rassurer les bailleurs sociaux et préserver leur capacité à investir et à rénover ? (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Edouard Philippe. Monsieur le député, la politique du logement de ce gouvernement est effectivement ambitieuse. Elle s’articule autour de trois axes principaux.Le premier, c’est ce qu’il est convenu d’appeler le choc d’offre. J’entends par là un certain nombre de mesures qui doivent permettre de construire plus, plus vite et moins cher dans les zones où c’est particulièrement nécessaire. Cela passe par des dispositions fiscales de mise à disposition du foncier pour tous les porteurs de projets, mais également par un travail sur les normes, car nous savons que le coût de la construction en France est supérieur à ce qu’il devrait être, ce qui ralentit, voire interdit, certains projets.Le deuxième axe consiste à trouver des solutions pour ceux qui sont dans la plus grande précarité. C’est ce que nous avons appelé la politique du « logement d’abord ». Présentée par le Président de la République à l’occasion d’un déplacement à Toulouse, elle a été bien accueillie et a suscité de l’intérêt. Elle doit apporter des solutions à ceux de nos citoyens les plus précaires.Le troisième volet consiste à sortir de cette spirale d’un accroissement continu de la dépense budgétaire, et notamment des APL. Notre objectif est de ne pas modifier la situation des bénéficiaires des APL. Nous voulons à la fois diminuer le montant global des APL, sans diminuer les prestations, et éviter un système qui, pour répondre au défi du logement social, passerait par la taxation des bailleurs sociaux. La Cour des comptes a indiqué, vous le savez, que cette solution était envisageable, mais ce n’est pas le choix que nous faisons.Nous préférerions éviter de recourir à cette taxation. C’est la raison pour laquelle nous avons indiqué, à l’article 52 du projet de loi de finances, que nous voulions diminuer les APL pour les seuls bailleurs sociaux, pour cette raison simple que, dans le logement social, les APL sont versées au bailleur, et non au bénéficiaire final. Nous voulons que cette diminution des APL soit associée, pour les bailleurs sociaux, à un certain nombre de contreparties, qui leur permettront de financer l’effort de construction et d’entretien.
M. Edouard Philippe. Nous avons indiqué, dans un courrier au président de l’Union sociale pour l’habitat, M. Jean-Louis Dumont, la nature de ces contreparties. Elles sont, mesdames et messieurs les députés, considérables et variées. Elles consistent en une stabilisation du taux du livret A, qui permet de dégager pour l’avenir des recettes importantes et des marges de manœuvre tout aussi importantes pour le logement social. Elles consistent en des prêts à taux fixe avec remboursement, in fine, à hauteur de 4 milliards d’euros…
M. Edouard Philippe. …et à des prêts de haut de bilan qui viendront recapitaliser un certain nombre d’organismes, dont certains ne se portent effectivement pas très bien – mais tous ceux qui s’intéressent à ce sujet savent qu’il ne faut pas faire de généralisation.Nous allons augmenter l’offre de prêt appelée éco-PLS, qui permettra, à hauteur de 600 millions d’euros, de financer des travaux de rénovation énergétique, qui se traduiront, évidemment, par une diminution ultérieure des charges. Vous le voyez, nous avons documenté les contreparties que nous mettons sur la table pour permettre le développement du logement social.
M. Edouard Philippe. La porte de mon bureau et celle du ministre de la cohésion des territoires sont toujours ouvertes. La politique actuelle du logement n’est pas une réussite – tous ceux qui s’y sont intéressés le savent. Près de 40 milliards d’euros de dépenses publiques pour les résultats que nous obtenons, ce n’est pas satisfaisant !Je n’accuse personne en disant cela, je fais seulement un constat, qui est de notoriété publique. Il faut modifier les instruments de la politique du logement et accepter l’idée d’un changement de logique. C’est ce que nous proposons à un certain nombre d’acteurs. Nous devons désormais discuter : j’y suis prêt et je suis convaincu que c’est dans l’intérêt de tous. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Fabien Roussel, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
M. Fabien Roussel (GDR). Monsieur le Premier ministre, la vente de la branche Énergie d’Alstom à General Electric, qui prévoyait la création de 1 000 emplois et qui en menace aujourd’hui 345 à Grenoble, a été paraphée par le ministre de l’économie de l’époque, devenu Président de la République.
M. Fabien Roussel (GDR). Je tenais à vous le rappeler.C’est un site d’excellence et qui est porteur d’avenir, dans la perspective d’une sortie du nucléaire. Or une partie de l’activité de l’usine de Grenoble serait délocalisée en Turquie, en Inde, au Kenya et en Hongrie.Alors, que vaut la parole de l’État dans de telles conditions ? Et aujourd’hui, que vaut la parole du Gouvernement sur le rachat d’Alstom Transport par le géant allemand Siemens, au-delà des quatre ans prévus dans l’accord ? Tout le monde s’en inquiète, sur tous les bancs de cette assemblée. À chaque fois que la France vend ses bijoux de famille, c’est l’emploi qui perd des plumes. En vingt-cinq ans, notre industrie nationale a perdu 1,5 million d’emplois. Et, à chaque fois, ce sont les élus locaux qui payent la facture.Dans le dossier Siemens, tout comme dans celui de General Electric, c’est bien à l’État de se battre pour l’avenir des sites mais aussi celui de milliers de sous-traitants, et pour empêcher les effets dévastateurs des délocalisations ! Le ferroviaire et l’énergie sont des enjeux stratégiques pour la France. Vous dites que l’État n’entre pas au capital d’Alstom, parce que Siemens ne le veut pas. Mais qui décide de l’avenir de notre industrie ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI ainsi que sur plusieurs bancs du groupe NG.)
M. Fabien Roussel (GDR). C’est pourquoi nous vous demandons, et il en est encore temps, de prendre part au capital d’Alstom, ce fleuron industriel dont nous sommes si fiers.Monsieur le Premier ministre, un pays sans industrie est un pays sans avenir.
M. Fabien Roussel (GDR). Quels moyens précis allez-vous mettre en œuvre pour faire respecter la parole de l’État dans le dossier General Electric Hydro ? Et quel avenir envisagez-vous à long terme pour l’industrie française et pour la filière ferroviaire française ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI ainsi que sur plusieurs bancs du groupe NG.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement.
M. Christophe Castaner. Monsieur le député, les différentes questions qui ont été posées cet après-midi montrent notre volonté commune, quel que soit le groupe auquel nous appartenons, de nous battre, quand c’est nécessaire, pour l’emploi dans notre pays. Mais plusieurs visions coexistent, et certains, dont vous êtes, pensent que c’est à l’État de piloter l’économie industrielle de ce pays et qu’elle se portera mieux ainsi.
M. Christophe Castaner. Cette approche a été testée dans un certain nombre de pays et elle a montré ses limites. Le repli sur soi en matière économique, dans le contexte de mondialisation où nous sommes, ne marche pas.
M. Christophe Castaner. Pour se préparer à affronter l’avenir, nos entreprises doivent croître à l’international. Nous devons donc croire à l’international et ne pas en avoir peur de façon systématique. Nous devons construire des partenariats avec les leaders de chaque secteur, car il faut des champions européens capables d’affronter la concurrence mondiale.Je crois, monsieur Roussel, que vous commettez une erreur, quand vous laissez croire que le dossier GE Hydro est lié à celui d’Alstom-Siemens…
M. Christophe Castaner. …et quand vous laissez penser que l’État occupe un strapontin dans une entreprise qui serait en mesure de conditionner la réalité industrielle. Il est important de faire confiance à nos deux géants européens, lesquels ne sont néanmoins que des nains par rapport au groupe chinois CRRC, qui réalise, à lui tout seul, le chiffre d’affaires cumulé de Siemens, Alstom et Bombardier. Telle est la réalité économique. Nous pouvons penser, comme vous, que le repli sur soi fait une politique…
M. Christophe Castaner. …et que nous protégerons nos entreprises en fermant nos frontières, mais il est clair que ce n’est pas le cas. Il nous faut au contraire favoriser des synergies européennes pour construire ensemble ce grand assemblier ferroviaire dont nous avons besoin au niveau européen pour préserver nos emplois en France. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
Développement du véhicule autonome
M. le président (LAREM). La parole est à M. Damien Adam, pour le groupe La République en marche.
M. Damien Adam (LAREM). Madame la ministre chargée des transports, alors que se déroulent les Assises nationales de la mobilité, je voudrais vous parler de la prochaine révolution dans le domaine de l’automobile : la voiture autonome. Les grands groupes du monde entier – Google, Apple, Amazon, Tesla – travaillent sur cette technologie mais, cocorico !, des entreprises françaises sont aussi en pointe sur le sujet.En effet, une initiative unique en Europe a été annoncée la semaine dernière dans la métropole de Rouen : des véhicules autonomes pouvant être réservés par smartphone vont circuler, d’ici au printemps 2018, aux côtés des véhicules classiques. Conformément à la réglementation française – je vous rassure, mes chers collègues –, des chauffeurs seront toujours présents en voiture, pour intervenir en cas de besoin. Ces véhicules effectueront, au total, trois boucles de 10 kilomètres, avec dix-sept points d’arrêt possibles.Le territoire rouennais est un haut lieu de la voiture autonome de demain, grâce au pôle de compétitivité Mov’eo, qui concentre des compétences sur l’autonomie du véhicule électrique, et à l’usine Renault de Cléon, qui fabrique notamment les moteurs de la Zoé.
M. Damien Adam (LAREM). L’expérimentation – il s’agit d’un partenariat entre Transdev, Renault et la Matmut – doit durer deux ans. Nous attendons beaucoup de ses résultats. D’abord, cette initiative est une formidable opportunité pour l’amélioration de la desserte d’un territoire, notamment dans les zones reculées, avec un gain d’autonomie pour la population. Elle permet également des avancées en termes de sécurité et de circulation routière : moins d’embouteillages, moins d’accidents, moins de contrôles. Enfin, elle favorise le développement de moyens de transport en commun innovants, d’une grande efficacité énergétique.Cette initiative s’inscrit pleinement dans les ambitions que nous encourageons, notamment à travers les Assises nationales de la mobilité : repenser les mobilités du XXIe siècle et réinventer les transports du quotidien.Aussi, madame la ministre, j’aimerais vous interroger sur vos ambitions en matière de politique des mobilités : quelles actions engagerez-vous pour soutenir les modes de transport innovants et assurer l’apparition de nouvelles solutions ? Comment comptez-vous favoriser la mise en place d’un cadre juridique favorable au développement des véhicules autonomes pour faire de notre pays une nation précurseur dans ce domaine ? (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre chargée des transports.
Mme Élisabeth Borne. Monsieur le député, vous avez raison de le souligner : l’expérimentation qui démarre dans la métropole de Rouen confirme que le déploiement du véhicule autonome et propre sera l’un des leviers de la révolution des mobilités que je souhaite accélérer dans le cadre des Assises nationales de la mobilité. L’objectif de ces assises est simple : la mobilité pour tous, dans tous les territoires, en tirant parti de toutes les innovations.Je suis convaincue que, au-delà des zones urbaines, le véhicule pourra en effet apporter des solutions dans les zones rurales et périurbaines, où trop de nos concitoyens sont aujourd’hui privés d’alternative à la voiture individuelle.
M. Laurent Furst (LR). C’est vrai ! Et, comme alternative, il faut utiliser le diesel !
Mme Élisabeth Borne. C’est pourquoi le Gouvernement nourrit l’ambition d’un leadership mondial sur cette technologie. Tel est le sens de la stratégie nationale que le ministre d’État, ministre de l’intérieur, le ministre de l’économie et des finances, le secrétaire d’État chargé du numérique et moi-même avons mise en consultation, le 15 septembre dernier, auprès de l’ensemble des acteurs de la filière, avec l’objectif de finaliser cette stratégie avant la fin de l’année. Celle-ci doit nous permettre d’avoir une vision d’ensemble et de définir un plan d’action ambitieux pour le développement du véhicule autonome, que ce soit en termes de soutien à la filière, de sécurité routière, de protection des données ou de capacité à expérimenter.À cet égard, monsieur le député, vous pouvez compter sur ma détermination pour que nous disposions du cadre le plus favorable au déroulement de ces expérimentations. Le cas échéant – je pense que tel sera le cas –, la loi d’orientation des mobilités nous permettra d’apporter les ajustements législatifs nécessaires pour accélérer le déploiement des véhicules autonomes. J’ajoute qu’un coordinateur national sera nommé dans les prochains jours afin d’assurer le succès de leur expérimentation. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Josiane Corneloup, pour le groupe Les Républicains.
Mme Josiane Corneloup (LR). Monsieur le Premier ministre, la brutalité avec laquelle fut annoncée, il y a quelques semaines, la réduction drastique du nombre de contrats aidés a suscité l’incompréhension et l’inquiétude. Qu’une réflexion soit engagée sur l’insuffisante efficacité de ces contrats pour permettre un retour durable vers l’emploi, évidemment. Que soient privilégiés les contrats d’apprentissage et la formation en alternance, évidemment. Nous savons bien que ces contrats aidés présentent des limites et qu’il faut en sortir progressivement.
Mme Josiane Corneloup (LR). Mais cela ne peut pas, monsieur le Premier ministre, se faire dans la précipitation, sans anticipation aucune.Je ne prends qu’un seul exemple pour illustrer les effets néfastes de la mise en œuvre de votre projet, en particulier pour les territoires ruraux. Il existe, dans ma circonscription, des points d’information et de médiation multiservices – PIMMS –, labellisés « maisons de services au public ». Ces structures associatives, très fréquentées en raison de l’éloignement ou de la disparation des services publics, fonctionnent uniquement avec des agents en contrat aidé, sur la base d’une convention avec Pôle emploi. Le taux de sortie positive est de 85 %. Pour un reste à charge identique, on passera au mieux de trois contrats aidés à un seul contrat de professionnalisation. Cela conduira à une réduction des horaires d’ouverture, qui nuira gravement à la qualité des services publics rendus à la population. Ce sont aussi des centaines de personnes qui se retrouveront soudainement sans emploi.Après les 13 milliards d’euros d’économies imposées aux collectivités locales et en plus de la grande incertitude sur les modalités de compensation de la taxe d’habitation, persisterez-vous, monsieur le Premier ministre, à mettre en œuvre une réforme qui mettra à mal l’organisation de nos collectivités et de nos associations, voire menacera l’existence même de certaines d’entre elles ? La France a besoin de retrouver une cohésion sociale qui lui fait défaut, pas d’un démantèlement des structures qui y contribuent. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre du travail.
Mme Muriel Pénicaud. Madame la députée, permettez-moi d’abord d’exprimer une certaine surprise : ayant lu les programmes présentés lors de la campagne présidentielle, je crois me souvenir que vous aviez prévu de supprimer entièrement les contrats aidés. (Exclamations sur les bancs du groupe LR. – Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. Laurent Furst (LR). Et encore cinq ans à tirer ! Et pour vous, cinq ans à radoter !
Mme Muriel Pénicaud. Je vous réponds maintenant sur le fond. Quelle est la politique de l’emploi la plus efficace ? Notre responsabilité, au Parlement comme au Gouvernement, est de mener une politique de l’emploi efficace. Au-delà des polémiques, 2,7 millions de chômeurs attendent actuellement une telle politique.C’est pourquoi, dans le budget que nous présentons, nous investissons d’abord sur ce qui est le plus efficace et le plus important : la qualification. Nous consacrons 15 milliards d’euros au volet « compétences » du grand plan d’investissement, ce qui permettra à 1 million de jeunes et à 1 million de demandeurs d’emploi de profiter du retour de la croissance. Il y a aujourd’hui, d’une part, des entrepreneurs et des entreprises qui cherchent des compétences et, d’autre part, des jeunes et des chômeurs qui cherchent un emploi mais qui ne possèdent pas la bonne qualification. La priorité est de traiter ce problème ; c’est le plus efficace en matière de politique de l’emploi.Par ailleurs, nous allons développer la garantie jeunes et nous misons sur l’insertion par l’économique, l’Établissement pour l’insertion dans l’emploi – EPIDE – et les écoles de la deuxième chance. Il y aura l’année prochaine non pas zéro contrat aidé, comme cela aurait été le cas avec vous, mais 200 000,…
Mme Valérie Rabault (NG). Ce n’est pas ce qui figurait dans le programme d’Emmanuel Macron !
Mme Muriel Pénicaud. …avec une priorité au secteur sanitaire et social, aux communes rurales et à l’outre-mer. En revanche, nous allons supprimer les contrats aidés dans le secteur marchand car nous considérons que, dans ce secteur, compte tenu de la reprise, il vaut mieux viser la qualification pour développer l’emploi durable.
Mme Muriel Pénicaud. D’autre part, nous allons mettre fin au guichet ouvert. Il existe en effet une grande différence entre les associations qui misent sur l’insertion et obtiennent d’excellents résultats et les acteurs qui se contentent d’embaucher des personnes précaires sur des contrats précaires. Les associations qui travaillent sur l’insertion disposeront de contrats aidés l’année prochaine. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle la discussion, sur le rapport de la commission mixte paritaire, du projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (no 265).
Présentation
M. le président (LAREM). La parole est à M. Raphaël Gauvain, rapporteur de la commission mixte paritaire.
M. Raphaël Gauvain, rapporteur de la commission mixte paritaire. Monsieur le président, madame la ministre auprès du ministre d’État, ministre de l’intérieur, madame la présidente de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, mes chers collègues, la commission mixte paritaire s’est réunie ce lundi à seize heures, au Sénat. Un accord a été trouvé à la quasi-unanimité de ses membres.
M. Raphaël Gauvain (LAREM). Pour parvenir à cet accord, j’ai eu de multiples échanges, la semaine dernière, avec le rapporteur du texte au Sénat, M. Philippe Bas, et je veux ici l’en remercier. Au-delà de nos désaccords politiques, il nous semblait essentiel, sur un texte de cette importance, et alors que notre pays est en guerre contre le terrorisme, de pouvoir parvenir à un accord entre les deux assemblées. Un nouvel équilibre a donc été trouvé. Pour ma part, dans le dialogue avec le Sénat, j’ai tenu à ce que le caractère opérationnel du texte issu de nos débats soit conservé, avec le souci de renforcer notre arsenal juridique pour ne pas dégrader l’efficacité des moyens mis à la disposition de nos services dans la lutte contre le terrorisme.L’accord comporte plusieurs innovations essentielles.À l’article 1er, nous conservons la précision sur les abords de la menace pour définir le périmètre de sécurité. Il résultait en effet de nos auditions de cet été que cette rédaction était essentielle pour les services de sécurité afin d’assurer l’efficacité opérationnelle de la mesure.À l’article 2, nous conservons la rédaction issue de nos débats à l’Assemblée pour permettre la fermeture des lieux de cultes, notamment l’emploi des termes « idées ou théorie » et « haine ou […] discrimination ». À la demande du Sénat, l’accord propose toutefois un retour au texte initial pour l’incrimination prévue en cas de violation de la mesure de fermeture d’un lieu de culte : six mois de peine encourue au lieu des trois ans proposés par les groupes MODEM et LR de cette assemblée.À l’article 3, a été actée la suppression de l’obligation, pour une personne soumise à une mesure individuelle de contrôle administratif, de « déclarer les numéros d’abonnement et identifiants techniques de tout moyen de communication électronique ». Cette suppression constituait un point de blocage pour le Sénat, susceptible de faire échouer la CMP. Nous l’avons acceptée, dans la mesure où elle ne porte pas atteinte à l’efficacité des services, ces derniers disposant d’autres moyens pour enquêter en matière de cybercriminalité. Nous conservons toutefois les apports de l’Assemblée à l’article 3 : le pointage une fois par jour au lieu de trois fois par semaine comme demandé par le Sénat ; la limitation dans le temps de la mesure à un an ; l’interdiction de paraître, qui avait été introduite dans le texte par le groupe majoritaire.À l’article 4, le Sénat souhaitait rétablir l’autorisation du JLD – le juge des libertés et de la détention – en cas de retenue pendant quatre heures de la personne présente sur les lieux. Nous sommes parvenus à un compromis précisant que le JLD doit être informé « sans délai ». Les ajouts de notre assemblée pour renforcer les droits de la personne retenue ont en outre été maintenus.Autre innovation majeure, nous avons élargi la clause d’expérimentation du texte et les dispositions sur le contrôle parlementaire renforcé. Vous le savez, seules les mesures individuelles et les visites domiciliaires prévues par les articles 3 et 4 étaient concernées. Le dispositif est désormais étendu aux périmètres de sécurité et à la fermeture de lieux de culte prévus par les articles 1er et 2. C’est une garantie supplémentaire très importante, à laquelle nous tenions tous, je crois.Enfin, à l’article 10, nous avons restreint de vingt à dix kilomètres le rayon du périmètre des contrôles d’identité susceptibles d’être conduits autour des ports et aéroports constituant des points de passages frontaliers. L’arrêté du ministre désignant les ports et aéroport pourra même définir une distance inférieure. En accord avec le Sénat, cette nouvelle rédaction nous permet de nous mettre en conformité avec l’exigence constitutionnelle de proportionnalité, dès lors qu’un grand nombre d’agglomérations françaises, situées à proximité des grands aéroports, auraient pu être concernées.Mes chers collègues, nous sommes en guerre. La France est une cible privilégiée du terrorisme. La menace est forte et durable. Ce n’est pas l’affaire de six mois, d’un an ou de quelques années ; c’est l’affaire d’une ou de plusieurs générations, nous le savons tous. Dès lors, la question qui se pose n’est pas de savoir s’il fallait ou non sortir de l’état d’urgence. Nous ne pouvons pas rester perpétuellement en état d’urgence car il est par nature temporaire et par essence exceptionnel, nous l’avons suffisamment expliqué. Les menaces durables doivent donc être traitées par des instruments permanents de lutte contre le terrorisme.Le Conseil constitutionnel nous l’a dit ; le Conseil d’État nous l’a dit. Surtout, sous la précédente législature, tous les parlementaires, de tous les partis de gouvernement, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, dans le cadre du contrôle parlementaire renforcé de l’état d’urgence, le soutenaient : il faut sortir de l’état d’urgence.Aussi, la seule question qui se pose à nous est la suivante : notre texte permettra-t-il de conserver le même niveau de sécurité pour les Français face au terrorisme ?
M. Raphaël Gauvain (LAREM). Nous avons eu ce débat, en commission comme dans l’hémicycle, et longuement, mais je veux vous le redire ici : l’utilité opérationnelle des nouveaux outils mis à la disposition de nos services de sécurité pour lutter contre le terrorisme, notamment les visites domiciliaires et les mesures individuelles, est préservée. Le texte est opérationnel, il est efficace.Nous ne baissons pas la garde. Cela ressort des nombreuses auditions que nous avons conduites cet été : procureur de la République de Paris, juge des libertés et de la détention de Paris, représentants de la DGSI – direction générale de la sécurité intérieure –, représentants des services de renseignement territorial, représentants des policiers comme des gendarmes, tous ont été associés à la rédaction du texte et tous nous l’ont dit. Si, dans l’avenir, un samedi à quinze heures, le préfet de Saône-et-Loire demande au JLD de Paris une autorisation de visite domiciliaire pour lever un doute à Chalon-sur-Saône ou à Montceau-les-Mines, il recevra son ordonnance à quinze heures trente, et pourra immédiatement procéder à son exécution.Au final, ce texte rend possible une sortie maîtrisée de l’état d’urgence, en transférant dans le droit commun certaines de ses mesures, en les adaptant et en les entourant de garanties, sans qu’elles ne perdent de leur utilité opérationnelle.Pour finir, je veux saluer ici l’ensemble des partis de gouvernement, à l’Assemblée comme au Sénat, qui, en votant ce texte, font preuve de responsabilité, sachant mettre leur pays au-dessus des intérêts de leurs partis. Formons le vœu que l’adoption de ce texte permette d’apaiser les inquiétudes qui ont pu naître dans le débat public ! Épargnons-nous les oppositions frontales inutiles : droite contre gauche ; laxistes contre sécuritaires ; policiers contre avocats. Nous sommes parvenus à un équilibre entre impératif de protection de l’ordre public et préservation des libertés individuelles. L’exercice était délicat.Sans sombrer dans l’escalade et la surenchère sécuritaires, il nous faut être lucides sur le risque et la menace terroriste. Le combat que nous devons mener est immense. Il passe certes par l’action militaire et par le rehaussement de notre arsenal juridique, mais également par la nécessité de préserver l’unité nationale et de promouvoir notre République et son vivre ensemble. Ce combat est l’affaire de chacun, quels que soient son parti, ses croyances ou ses origines. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre d’État, ministre de l’intérieur.
M. Gérard Collomb. Monsieur le président, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur, mesdames et messieurs les députés, la commission mixte paritaire qui s’est réunie ce lundi afin d’élaborer un texte sur les dispositions restant en discussion du projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, a trouvé un accord. Je me félicite que, sur un sujet aussi important, les représentants des deux assemblées parlementaires soient parvenus à un texte commun. En effet, sur ces questions essentielles, face au terrorisme, nos concitoyens ne comprendraient pas que nous ne sachions pas nous rassembler et manifester notre volonté d’unité nationale.Avec cet accord en CMP, et avec le vote du texte en première lecture par 229 voix au Sénat et 415 voix à l’Assemblée, nous avons, je crois, été collectivement à la hauteur des enjeux, et je m’en félicite.
M. Gérard Collomb. Je tiens bien entendu à remercier l’ensemble des députés qui ont participé de manière active aux travaux législatifs sur ce texte et contribué à son amélioration. Je pense en particulier à Mme Yaël Braun-Pivet, présidente de votre commission des lois, et à M. Raphaël Gauvain, rapporteur. Le travail qu’ils ont tous deux effectué a été essentiel.Je pense à toutes celles et à tous ceux qui, comme cela a été dit, au-delà des clivages politiques des différents groupes, sont venus apporter leur soutien à ce texte, parce qu’ils comprenaient qu’il était fondamental pour notre pays.Je veux également saluer le travail de la commission de la défense nationale et des forces armées, saisie pour avis, notamment de son président, M. Jean-Jacques Bridey, et de son rapporteur pour avis, M. Guillaume Gouffier-Cha.Je veux aussi vous remercier, mesdames et messieurs les députés, pour la qualité de nos débats. Sur ce texte, chacun a exprimé ses convictions, mais a essayé de le faire dans le respect des uns et des autres.Je veux enfin saluer l’ouverture d’esprit dont ont fait preuve les sénateurs, en particulier M. Philippe Bas, président de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d’administration générale de la haute assemblée, qui a permis, avec ses collègues, la construction d’un accord équilibré.Plusieurs d’entre vous pouvaient initialement émettre des réserves sur ce texte mais, à force de discussions, d’approfondissement de la réflexion, au fil des six jours de débat, durant lesquels nous avons examiné plus de 650 amendements, je crois que nous avons largement convergé. Et c’est finalement le plus important, car voter ce texte était essentiel pour se donner les moyens, hors état d’urgence – l’état d’urgence ne peut pas durer indéfiniment –, de protéger nos compatriotes face à la menace terroriste.Nous l’avons vu, hélas, ces derniers jours, avec l’attentat survenu à la gare Saint-Charles de Marseille, avec les bonbonnes de gaz découvertes dans le hall d’un immeuble du 16e arrondissement, ou encore avec le projet d’attentat qui se fomentait dans un établissement pénitentiaire de la région parisienne : oui, la menace terroriste est toujours là, extrêmement forte.
M. Gérard Collomb. Comme je l’ai souligné tout au long de nos débats, cette menace est aussi en train de changer de nature : hier orchestrée depuis les terres contrôlées par Daech, elle est aujourd’hui endogène, œuvre d’individus qui, radicalisés, utilisent tous les moyens d’action. Certains actes sont sophistiqués – la propagande des agences du prétendu État islamique en enseigne la réalisation. D’autres sont plus rudimentaires, comme les attaques au couteau, dont on voit, hélas, qu’elles peuvent aussi coûter la vie à nos concitoyens. Nous ne pouvions donc baisser la garde.Oh ! je n’affirme certes pas que ce texte nous permettra d’éradiquer le péril et d’éviter tous les attentats. Qui pourrait le prétendre ? Mais je crois qu’il maximise nos chances de le faire car il permettra de prévenir très en amont le processus de radicalisation et il donnera la possibilité à nos forces de sécurité et à nos services de renseignement de prévenir des attentats imminents, par la surveillance d’individus voire par des visites à leur domicile, quand tout laisse à penser que ceux-ci sont sur le point de passer à l’acte.Mesdames et messieurs les députés, je ne vais pas ici rappeler l’ensemble des articles – le rapporteur l’a fait. J’aimerais toutefois revenir avec vous sur les principales conclusions de la commission mixte paritaire.S’agissant de l’article 1er, relatif aux périmètres de protection, comme le rapporteur l’a souligné, la rédaction retenue par l’Assemblée nationale a été conservée. Je m’en réjouis car cela permettra aux Français de vivre normalement et d’assister à ces événements culturels et sportifs auxquels les terroristes voudraient nous faire renoncer.Concernant l’article 2, relatif à la fermeture des lieux de culte, la commission mixte paritaire a entériné la formulation retenue par l’Assemblée nationale. Dans le souci de garantir l’efficacité de l’action, il était à mon sens crucial de conserver la notion de diffusion d’« idées ou théories », ainsi que la mention d’incitation « à la haine ou à la discrimination » pour motiver la fermeture d’un lieu de culte.Sur l’article 3, relatif aux mesures de surveillance individuelles, la commission mixte paritaire est parvenue à établir un texte globalement équilibré. Je tiens notamment à rappeler l’importance d’un pointage quotidien, et je remercie le Sénat de s’être rallié à notre opinion sur ce point.Une disposition importante à nos yeux a toutefois été supprimée : l’obligation de déclarer ses identifiants de communication électronique. À titre personnel, je le regrette, même si je respecte les réserves que les sénateurs ont exprimées sur ce point.S’agissant de l’article 4, relatif aux visites et saisies, je veux également relever le caractère équilibré de la rédaction approuvée en commission mixte paritaire. Je me félicite notamment du maintien de l’information sans délai, et non de l’accord exprès du juge des libertés et de la détention, en cas de retenue de la personne sur les lieux visités pour une durée inférieure à quatre heures.Je note que la commission mixte paritaire a étendu aux articles 1eret 2 la portée expérimentale des dispositions. Tout en conservant quelques réserves sur le message ainsi envoyé, le Gouvernement se rallie à la solution retenue par la commission mixte paritaire. Nous aurons donc l’occasion d’évaluer en 2020 des quatre premiers articles de la loi.Enfin, je veux évoquer l’article 10, relatif aux contrôles d’identité aux abords des points de passage aux frontières, qui avait pu susciter des interrogations et des inquiétudes. Sur proposition du rapporteur de votre commission des lois, un amendement a été adopté, conduisant à la réduction de vingt à dix kilomètres du rayon du périmètre de contrôle autour des aéroports et des ports internationaux. Cette modification peut être acceptée, l’essentiel étant que les points de passage aux frontières puissent être préservés. Travaillant actuellement avec mes services sur l’attentat de Marseille, je considère ce contrôle des points de passage comme tout à fait essentiel.L’ensemble de ces dispositions me conduit, mesdames et messieurs les députés, à me féliciter du fruit de nos discussions et à me réjouir du fait que nous touchions au but de ce processus législatif. Le Gouvernement ne peut donc que vous inviter à approuver les conclusions de la commission mixte paritaire, qui vous sont soumises.Je veux, pour terminer, adresser un message à tous nos concitoyens. Si, le 1er novembre, c’est-à-dire dans une vingtaine de jours, nous sortons de l’état d’urgence, nous maintiendrons, grâce à cette loi, un niveau élevé de protection contre le terrorisme. Non seulement il ne saurait être question de se désarmer face à un ennemi qui, je le crains, continuera à porter des coups à tous nos pays pendant une longue période, mais, au-delà même des mesures de sécurité contenues dans le présent texte, il faut que nous engagions un autre combat, de nature idéologique cette fois-ci.Un tel combat doit se mener à l’échelle mondiale, et il n’oppose pas musulmans et non-musulmans, mais ceux qui veulent imposer au reste du monde, par la terreur et les attentats, un islamisme moyenâgeux, et tous les autres. Je n’oublie pas, en effet, que c’est dans les pays musulmans qu’il y a eu le plus d’attentats. Nous devons donc nous unir, les uns et les autres, pour combattre ensemble le terrorisme.Mesdames et messieurs les députés, face au terrorisme, nous devons porter au plus haut nos valeurs : celles de la reconnaissance de l’altérité, de la diversité des cultures. C’est parce que le monde d’aujourd’hui est le fruit de civilisations plurielles, qui ont eu leur grandeur, leur beauté, avec des manières de penser et de croire différentes, qu’il est si riche. Et c’est ainsi que nous gagnerons : non en rognant nos valeurs, mais en les portant au contraire très haut.C’est au nom de cette conception qu’avec ce texte nous avons voulu défendre une loi équilibrée, qui permet la sécurité mais, en même temps, continue de promouvoir nos valeurs de liberté. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). J’ai reçu de M. Christian Jacob et des membres du groupe Les Républicains une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement.La parole est à M. Éric Ciotti.
M. Éric Ciotti (LR). Monsieur le ministre d’État, vous venez de dire, au terme d’un discours dans lequel vous avez émis un diagnostic lucide sur l’état de la menace, que nos ennemis – ceux qui représentent aujourd’hui le terrorisme islamiste, cette barbarie contemporaine – vont continuer à nous porter des coups. Fort de ce diagnostic, vous nous appelez à l’unité nationale.L’unité nationale, nous y avons toujours souscrit : notre groupe l’a fait tout au long de la précédente législature, votant treize projets de loi sur le terrorisme, dont cinq prolongeant l’état d’urgence, et récemment encore, lorsque votre gouvernement a fait adopter la sixième prolongation.L’unité nationale, oui ; la naïveté nationale, jamais, monsieur le ministre d’État ! Or nous considérons, et c’est sur ce point que notre appréciation diverge de la vôtre, que votre texte est empreint d’une forme de naïveté, compte tenu du niveau maximal atteint par la menace.Nous ne partageons pas les conclusions de la CMP. Guillaume Larrivé et moi-même avons été les deux seuls parlementaires à voter contre ces conclusions. Je précise du reste que nos collègues de la majorité sénatoriale ont essayé de modifier le texte et que le président Philippe Bas, dans un propos liminaire à la réunion de la CMP, a indiqué combien il lui paraissait dangereux, dans le contexte actuel, de sortir de l’état d’urgence. C’est pour cela, monsieur le ministre d’État, que nous présentons cette motion de rejet préalable. Et c’est pour cela qu’en toute cohérence nous voterons une nouvelle fois contre votre projet.Nous contestons avec force l’idée selon laquelle il faudrait sortir de l’état d’urgence. Non, monsieur le ministre d’État, le moment n’est pas venu d’en sortir. Le moment n’est pas venu, parce que le risque est plus élevé que jamais, parce que la menace a atteint un niveau rarement égalé au cours des dernières semaines, des derniers mois, des dernières années, vous l’avez vous-même rappelé. Non, monsieur le rapporteur, la responsabilité, ce n’est pas de voter ce texte. Le courage et la responsabilité consistent à vous dire que le moment n’est pas venu.
M. Éric Ciotti (LR). Nous vous le disons, nous vous le répétons, et nous vous appelons solennellement, monsieur le ministre d’État, à ne pas sortir de l’état d’urgence.Vous avez légitimement souligné la persistance et l’intensité du risque. Pourtant, vous tirez de ce constat des conclusions qui lui sont contraires. Ce texte repose sur un postulat erroné. Nous l’avons rappelé tout au long des débats, et nous le redisons cet après-midi avec force. Bien évidemment, ce qui s’est passé à Marseille la semaine dernière et l’attentat déjoué cette semaine dans la prison de Fresnes ont dramatiquement confirmé nos intuitions en rappelant le degré de la menace.À cet égard, et puisque le sujet est d’actualité, je veux vous dire, monsieur le ministre d’État, que nous n’approuvons pas votre décision de limoger le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Vous avez voulu faire de ce préfet, haut serviteur de l’État, un fusible et un bouc émissaire. Cette attitude est injuste et elle est lâche.
M. Éric Ciotti (LR). Pourquoi, monsieur le ministre d’État, ce préfet serait-il plus responsable que le magistrat qui n’a pas poursuivi l’assassin des deux jeunes femmes sur le parvis de la gare Saint-Charles ? Cet assassin avait été mis en cause six fois précédemment ! (Exclamations sur les bancs du groupe REM.)
M. Éric Ciotti (LR). Il était en situation irrégulière sur le territoire de la République. Pourquoi a-t-il été relâché, et pourquoi est-ce le préfet qui est mis en cause, monsieur le ministre d’État ? Il ne peut pas y avoir, d’un côté, une responsabilité judiciaire et, de l’autre, une présomption de culpabilité administrative ! Les préfets ont bon dos, mais ils ne peuvent pas servir de bouc émissaire pour toutes les fautes et toutes les erreurs de la République !
M. Éric Ciotti (LR). Pourquoi, monsieur le ministre d’État, le préfet serait-il plus responsable que le ministre chargé des politiques migratoires et de l’expulsion des étrangers soumis à une obligation de quitter le territoire français ?
M. Éric Ciotti (LR). Monsieur le ministre d’État, combien d’OQTF sont réellement exécutées par vos services ? Monsieur le ministre d’État, combien avez-vous créé de places dans le centre de rétention administrative de Lyon-Saint-Exupéry ? M. Henri-Michel Comet avait été nommé il y a cinq mois, comme vous. Il est trop facile de désigner de prétendus coupables ou responsables.La responsabilité doit être collective – il ne s’agit évidemment pas de votre responsabilité personnelle, monsieur le ministre d’État. Il faut tenir compte du fait que le précédent gouvernement a supprimé le délit de séjour irrégulier sur le territoire de la République, comme de cette funeste loi sur l’immigration, qui a pratiquement supprimé le placement en centre de rétention.
M. Éric Ciotti (LR). Nous en payons aujourd’hui le prix. Mais vous ne pouvez pas désigner à la vindicte collective un haut fonctionnaire de la République. Il ne le mérite pas, les préfets de la République ne le méritent pas. Vous savez ce que veulent les préfets : une nouvelle politique d’immigration, être soutenus par le Gouvernement, et non être placés en première ligne à cause de votre irresponsabilité. Nous voulions aussi vous le dire. (Exclamations sur les bancs du groupe REM.)
M. Éric Ciotti (LR). Dans le contexte actuel, la loi relative à l’état d’urgence apporte des outils pertinents à nos forces de l’ordre ; je pense aux perquisitions et à l’assignation à résidence. Les mesures de substitution que vous nous proposez ne sont nullement à la hauteur de celles qui prévalaient alors. Quelle efficacité attendre des mesures individuelles de contrôle administratif si les personnes contrôlées peuvent circuler librement dans tout Paris, Lyon ou Marseille ? Comment voulez-vous que les visites domiciliaires soient efficaces si leur mise en œuvre est assortie d’innombrables verrous, privant les services d’une rapidité d’action pourtant indispensable ? Quelle est l’utilité des périmètres de protection si les forces de l’ordre ne peuvent procéder à la fouille des individus ou des véhicules sans leur consentement préalable ? Malheureusement, la commission mixte paritaire n’a pas modifié l’économie globale du texte.Parallèlement, le calendrier constitue pour nous une source d’inquiétude supplémentaire, car le projet de loi intervient au moment de la fin des contrôles aux frontières, prévue au mois de novembre. Pourtant, vous le savez, ces contrôles ont fait la preuve de leur utilité pour prévenir le terrorisme. Outre leur caractère dissuasif, ils ont permis la surveillance et l’interpellation de très nombreux individus signalés en raison de la menace qu’ils représentaient – vous avez vous-même cité les chiffres, monsieur le ministre d’État. Les dispositions prévues par votre projet de loi pour pallier leur suppression sont tout à fait insuffisantes et n’auront en aucun cas un effet équivalent. D’autant que, sur proposition de notre rapporteur, la commission mixte paritaire a dangereusement réduit de vingt à dix kilomètres le périmètre à l’intérieur duquel les contrôles peuvent se dérouler autour des ports et des aéroports.
M. Éric Ciotti (LR). Aussi estimons-nous qu’il faut maintenir les contrôles aux frontières, comme il faut maintenir l’état d’urgence : ce sont les deux mesures que nous voulons revendiquer avec force et solennité dans cet hémicycle.En réalité, monsieur le ministre d’État, aucune sortie de l’état d’urgence ne saurait être envisagée sans l’adoption préalable d’une véritable loi d’orientation et de programmation contre le terrorisme et sans, naturellement, une révision de notre Constitution – celle-ci est indispensable pour réellement transposer certaines mesures de l’état d’urgence, car seule une modification de dispositions constitutionnelles le permettrait.Monsieur le ministre d’État, votre absence de vision globale accentue l’impression d’une action publique qui, faute d’anticipation, subit la pression des événements.Au plan opérationnel, le renforcement des moyens alloués aux forces de sécurité doit être une priorité budgétaire. Oui, il faut réarmer l’État ! Non, il ne faut pas le désarmer !Au plan juridique, le dispositif proposé se caractérise par des oublis considérables : rien sur le plan pénal, rien sur l’échelle des peines, rien sur la suppression de la loi Taubira !Le texte est également silencieux concernant le volet préventif : rien n’est prévu pour empêcher les djihadistes binationaux de revenir sur le territoire.Le texte est aussi silencieux quant au volet répressif, à l’éloignement des étrangers représentant une menace pour l’ordre public, au renforcement des prérogatives des forces de l’ordre.Les exigences procédurales absorbent aujourd’hui 40 % du temps consacré par les policiers aux enquêtes. Vous le savez, ils nous demandent de simplifier et de dématérialiser ces procédures pour pouvoir enfin se recentrer sur leur mission première : la sécurité des Français, première des libertés.Votre texte est enfin silencieux s’agissant du volet pénitentiaire. L’affaire de la préparation d’un attentat dans la prison de Fresnes, dont les conséquences auraient pu être dramatiques, a malheureusement révélé une nouvelle fois des lacunes.Monsieur le ministre d’État, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur, dans un esprit de rassemblement et d’unité, les députés de notre groupe ont toujours su prendre leurs responsabilités. Néanmoins, nous assignons une limite à cette unité nationale : l’affaiblissement de nos dispositifs de protection. Or, que vous le vouliez ou non, monsieur le ministre d’État, ce texte aboutira immanquablement à les affaiblir : il abaisse nos protections alors que la menace est maximale. Au moment où il nous faut nous prononcer sur ce texte, la seule question qui doit se poser, la seule qui vaille, est la suivante : permet-il de renforcer la sécurité les Français ? Nous répondons sans appel par la négative.Aussi, à regret, car ce sera la première fois depuis 2012, le groupe Les Républicains votera à la quasi-unanimité contre un projet de loi sur ce sujet, et demande l’adoption de la motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et parmi les députés non inscrits.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre d’État.
M. Gérard Collomb. Monsieur Ciotti, lorsque nous avons présenté ce texte au Sénat, avant les vacances d’été, nous avons rencontré beaucoup de réticences, comme en témoigne le rapport de la commission des lois du Sénat, auquel je vous renvoie. À l’époque, on nous disait que notre texte était liberticide. Puis, parce que nous avons essayé de convaincre, parfois preuves à l’appui, que la menace était élevée, la position du Sénat a changé. Ici même, un certain nombre d’entre vous étaient au départ réticents à l’égard du texte que nous proposions, estimant qu’il était encore trop dur, qu’il pouvait porter atteinte aux libertés. Nous avons discuté, parce que j’avais une conviction : on ne pouvait pas sortir de l’état d’urgence sans assurer en même temps la protection des Français. Aujourd’hui, je crois, ce texte le permet.Vous me parlez, monsieur le député, de l’attentat de Marseille. Permettez-moi de vous dire que, dès que j’en ai pris connaissance, j’ai souhaité que toute la vérité soit faite. J’ai en effet estimé qu’on la devait à la famille, qu’on la devait aux Français. C’est pourquoi j’ai voulu que le rapport de l’inspection générale de l’administration soit rendu public. Celui-ci se montre extrêmement sévère envers l’organisation de l’éloignement des étrangers, de manière globale dans la préfecture du Rhône et, en particulier, à l’occasion de ce fait qui n’aurait jamais dû se produire. Je pourrai vous lire les conclusions de ce rapport, mais vous les connaissez, puisqu’elles sont publiées sur le site du ministère.On aurait pu ne rien faire. Non, il fallait prendre ses responsabilités. On aurait pu dire que c’était la faute de celles et ceux qui sont tout en bas. Mais le préfet a souhaité prendre ses responsabilités. Nous ne l’avons pas limogé ; personne n’a employé ce mot. Si vous vous reportez au point de presse que j’ai tenu hier pour annoncer des mesures générales, vous verrez que, s’agissant du préfet et de la préfecture du Rhône, j’ai dit que nous voulions une réorganisation totale pour répondre aux défis qui sont devant nous. J’ai précisé qu’il fallait non seulement réorganiser la préfecture du Rhône, mais également appeler l’ensemble des préfets à la vigilance sur les problèmes de l’éloignement, pour ne plus remettre en liberté demain quelqu’un qui aurait déjà été accusé à plusieurs reprises de vol et de délits, qui se serait présenté sous plusieurs alias, et dont on n’aurait jamais retracé le parcours. Cette situation ne datait pas d’aujourd’hui, puisque l’intéressé avait été libéré d’un CRA – un centre de rétention administrative – pour la première fois en 2005 ; les dysfonctionnements ne datent donc pas des cinq derniers mois. Je souhaite pour ma part y remédier et faire en sorte que, demain, toutes les procédures soient respectées, de manière à garantir au mieux la sécurité des Français. (Applaudissements sur les bancs des groupes REM et MODEM.)
M. le président (LAREM). Nous en venons aux explications de vote sur la motion de rejet préalable.La parole est à M. Patrice Verchère, pour le groupe Les Républicains.
M. Patrice Verchère (LR). Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, ce qui est présenté comme un texte renforçant la sécurité intérieure diminue en réalité, hélas, le niveau de protection des Français. En sortant de l’état d’urgence, le Gouvernement diminue le niveau de protection des Français, ce qui est inquiétant dans le contexte actuel de regain de la menace du terrorisme islamiste. Nous constatons tous malheureusement que la menace ne faiblit pas, bien au contraire. Comme vous venez de l’indiquer, monsieur le ministre d’État, la menace endogène est extrêmement forte. C’est d’ailleurs probablement en raison de menaces importantes que les effectifs affectés à la protection du Président de la République seront prochainement doublés. Dès lors, pourquoi voter dans le même temps un texte qui consiste à diminuer le niveau de protection de tous les Français ?Le groupe Les Républicains, en responsabilité, pense que la situation de péril imminent justifie la prorogation de l’état d’urgence, dans l’attente d’une véritable loi de réarmement de la nation, dans toutes ses dimensions. Dans l’immédiat, vu le contexte et compte tenu de l’accélération et de l’amplification des attaques djihadistes, en Europe ces derniers mois et en France il y a quelques jours encore, nous devons proroger l’état d’urgence. Non, il n’est pas raisonnable de priver notre pays du niveau de protection permis par l’état d’urgence. Cette sortie de l’état d’urgence ne peut être compensée par des demi-mesures, qui ont une portée opérationnelle amoindrie et largement discutable. En conscience, nous ne pouvons pas voter un texte qui réduit l’efficacité de notre réponse face à la menace terroriste. C’est pourquoi le groupe Les Républicains votera la motion de rejet préalable que notre collègue Éric Ciotti a défendue. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Cécile Untermaier, pour le groupe Nouvelle Gauche.
Mme Cécile Untermaier (NG). Nous sommes convaincus qu’il fallait sortir de l’état d’urgence, et cela depuis 2016. Cette affirmation n’a pas été faite en l’air, mais à la lumière des rapports du contrôle parlementaire de l’état d’urgence. Par conséquent, nous sommes bien évidemment favorables au dispositif qui permettra de sortir, le 1er novembre 2017, de l’état d’urgence.Le groupe Nouvelle Gauche est satisfait des avancées constatées à l’issue de la CMP.Comme nous le demandions, le contrôle parlementaire prévu pour les articles 3 et 4 a été étendu aux articles 1eret 2.Le périmètre de contrôle des gares et des aéroports internationaux a été réduit ; nous remercions particulièrement le rapporteur à l’origine de cette belle avancée.La garantie pour 2020 nous paraît également une décision sage, en encadrant des dispositions nouvelles, qui pourraient remettre pour partie en question l’équilibre entre les pouvoirs. Il nous semble important de pouvoir observer, dans le cadre du contrôle parlementaire, la pertinence de ce dispositif et de le faire éventuellement évoluer.Enfin, pour nous, l’arsenal juridique est désormais suffisant. Comme vous l’avez dit, monsieur le ministre d’État, je crois qu’il faut maintenant résoudre d’autres problèmes : celui de la rétention administrative ; celui de notre gesticulation s’agissant des reconduites à la frontière et des trous dans la raquette de ce dispositif ; celui de la coopération aux niveaux mondial et européen, mais aussi de la cohésion entre les services, sur notre territoire, avec la mise en place de la police de sécurité du quotidien.Le groupe Nouvelle Gauche, pour ces motifs, votera le texte et rejettera la motion de rejet préalable, qui répond à des motivations déjà largement débattues dans l’hémicycle.
M. Alexis Corbière (FI). Nous voterons cette motion de rejet préalable, pour des raisons diamétralement opposées à celles de notre collègue. (Exclamations sur divers bancs.)
M. Alexis Corbière (FI). Eh oui ! Le débat parlementaire est ainsi ! Sur le fond, nos arguments sont diamétralement opposés à ceux de M. Ciotti. Tout à l’heure, François Ruffin présentera nos critiques avec plus de temps que moi pour dire ce qui ne nous convient pas dans ce projet de loi.Je me concentrerai sur un seul point : l’absence totale de mesures pour lutter contre les circuits de financement. Il n’y a rien contre l’« islamo-affairisme », rien du tout ! Chaque fois que nous avons fait remarquer qu’il faudrait, par exemple, châtier l’entreprise Lafarge, qui a financé Daech, vous l’avez refusé. Nous avons dit qu’il était tout de même gênant de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, pays engagé dans un conflit échappant à l’égide de l’ONU, alors que l’on sait très bien que le matériel militaire qui lui est vendu est parfois diffusé et finit par se retourner contre notre pays. Enfin, nous avons proposé que l’on se donne vraiment les moyens de couper les circuits financiers. Mais vous avez rejeté toutes nos propositions !C’est pourquoi nous ne soutenons pas ce projet de loi et, même si cela peut vous sembler baroque, nous serions favorables, à ce stade, à un rejet préalable.
M. le président (LAREM). La parole est à M. Hubert Wulfranc, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
M. Hubert Wulfranc (GDR). Il ne m’appartient pas de donner à nouveau les raisons de la position du groupe GDR, qui sera exposée tout à l’heure par Stéphane Peu. Toutefois, pour les mêmes raisons que celles qui nous avaient conduits à nous opposer à la motion de rejet préalable en première lecture, nous ne suivrons bien sûr pas la droite sur le terrain où elle veut nous emmener, celui d’un nouveau coup de boutoir sécuritaire, qui, nous continuons de l’affirmer, va à l’encontre des valeurs de notre pays, porte atteinte à la cohésion nationale et jette des soupçons sur l’ensemble de nos administrés. Il est hors de question pour nous de nous associer d’une quelconque manière à cette motion de rejet préalable.
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Laurence Vichnievsky, pour le groupe du Mouvement démocrate et apparentés.
Mme Laurence Vichnievsky (MODEM). Nous avons entendu, de chaque côté de l’hémicycle, que, pour des raisons diamétralement opposées, la motion de rejet préalable devait être adoptée. Nous entendons ces arguments contraires, ces reproches de part et d’autre, qui signifient en réalité, pensons-nous, qu’une sorte d’équilibre a été trouvé. Il fallait sortir de l’état d’urgence mais il ne fallait pas se désarmer, parce que nous vivons dans un État de droit. Je crois avoir tout dit.
M. Laurent Furst (LR). C’est l’État de droit ! C’est la Constitution ! On ne viole pas la Constitution !
Mme Laurence Vichnievsky (MODEM). Le groupe MODEM ne votera donc pas la motion de rejet préalable. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes MODEM et REM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Marie Guévenoux, pour le groupe La République en marche.
Mme Marie Guévenoux (LAREM). Monsieur Ciotti, monsieur Verchère, comme le ministre d’État le rappelait, devant la commission des lois du Sénat, en première lecture de ce projet de loi, notre collègue Philippe Bas déclarait : « Des mesures d’ajustement de notre législation sont […] nécessaires. […] Beaucoup de dispositions de votre texte ne soulèvent aucune difficulté particulière ; c’est pourquoi nous les soutiendrons volontiers. »Lors de la réunion de la commission mixte paritaire, qui s’est tenue en début de semaine, Philippe Bas a fait part, tout comme vous, de ses réserves quant à la sortie de l’état d’urgence. Pour autant, tout comme ses collègues sénateurs – à l’exception de ceux du groupe socialiste, qui se sont abstenus –, il a voté le texte qui nous est présenté cet après-midi. Par ailleurs, 415 députés, de Nouvelle Gauche aux Constructifs ainsi que quelques collègues des Républicains, ont su dépasser les termes de nos désaccords et ont voté, la semaine dernière, un texte qui est la base de l’accord examiné cet après-midi. Ils ne sont pas naïfs ; ils font face à leurs responsabilités.Dans ces conditions, je crains, messieurs, de ne pas parvenir à convaincre le courant d’idées que vous représentez. Comme vous le dites, prenons acte de notre désaccord. Le groupe majoritaire rejettera votre motion de rejet préalable. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe REM.)
(La motion de rejet préalable, mise aux voix, n’est pas adoptée.)
Discussion générale
M. le président (LAREM). Dans la discussion générale, la parole est à M. Guillaume Larrivé.
M. Guillaume Larrivé (LR). Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, mes chers collègues, la première lecture nous a permis d’exposer précisément les désaccords profonds qui justifient notre opposition à ce projet de loi. Ce qui nous a été faussement présenté comme une loi renforçant la sécurité intérieure consiste en réalité à diminuer le niveau de protection des Français. Vous avez choisi de sortir de l’état d’urgence et de le remplacer par des demi-mesures sans aucune portée opérationnelle réelle. Je le dis avec gravité : dans quelques jours, le 1er novembre, les Français seront moins protégés qu’aujourd’hui face au terrorisme islamiste.
M. Guillaume Larrivé (LR). L’examen en commission mixte paritaire a encore dégradé la portée de ce texte si faible. Je prendrai seulement deux exemples très concrets.Premier exemple : pour éviter la reconstitution clandestine de mosquées extrémistes venant de faire l’objet d’une décision de fermeture administrative, l’Assemblée avait voté un amendement de notre collègue Laurence Vichnievsky, identique à un amendement du groupe Les Républicains. Nous avions voulu que de telles réouvertures illégales soient punies d’une peine de prison effective ; c’est pourquoi nous avions fixé cette peine à trois ans. Pour des raisons qui relèvent d’une sorte d’esthétique de l’échelle des peines, la commission mixte paritaire a souhaité l’abaisser à six mois. Hélas, lorsqu’on connaît la réalité de l’exécution des peines en France, on peut être à peu près certain qu’une telle peine encourue, à supposer qu’elle soit un jour prononcée…
M. Guillaume Larrivé (LR). …ne sera jamais exécutée. Autrement dit, le texte issu de la commission mixte paritaire, sur ce point, ne sert strictement à rien : en vérité, la reconstitution clandestine d’une mosquée extrémiste ne sera punie d’aucune peine réelle.Deuxième exemple : l’Assemblée avait envisagé que des contrôles d’identité puissent être effectués dans un rayon de vingt kilomètres autour des ports et aéroports constituant des points de passage frontaliers. La CMP, à l’initiative du rapporteur Gauvain, a réduit ce cercle à dix kilomètres de rayon en prétendant que la Constitution elle-même imposait de prendre ainsi le compas. Rien pourtant ne permet de l’affirmer avec certitude. Du reste, sur ce point précis, l’avis rendu par l’assemblée générale du Conseil d’État au mois de juin ne mentionnait aucun obstacle, ni constitutionnel ni conventionnel. La CMP a choisi l’autocensure, c’est-à-dire l’impuissance publique. Si le périmètre des contrôles d’identité est ainsi réduit de moitié, on le devra – je le dis comme je le pense – au juridisme vétilleux qui, lundi, au palais du Luxembourg, l’a emporté sur la lucidité et la volonté politique.
M. Guillaume Larrivé (LR). Mes chers collègues, chacun prendra ses responsabilités. La nôtre est de ne pas voter une loi non seulement inutile mais funeste, qui fait semblant de protéger les Français alors qu’en réalité elle les désarme. Je le dis avec d’autant plus de force à l’intention des députés de la République en marche que, ces dernières années, nous avons voté des textes qui venaient des bancs socialistes lorsque nous estimions qu’ils allaient dans le sens de l’intérêt général.
M. Guillaume Larrivé (LR). Nous avons notamment voté, en 2015, cette loi essentielle relative à l’architecture des services de renseignement. Il y avait eu débat au sein de l’UMP : Édouard Philippe et d’autres, comme Thierry Solère, avaient voté contre ; nous avions au contraire, pour notre part, choisi d’approuver les orientations proposées par Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.
M. Guillaume Larrivé (LR). Nous avions su faire l’unité nationale au service de l’efficacité. Mais aujourd’hui, guidés par ce même devoir de responsabilité, nous considérons qu’il n’est pas possible d’approuver un texte qui diminue le niveau de protection des Français. Notre responsabilité, c’est aussi de les avertir.Quant à la vôtre, monsieur le ministre d’État, ministre de l’intérieur, elle est de diriger vraiment les services placés sous votre autorité. Ces services méritent d’être respectés, organisés et pilotés. La recherche facile de boucs émissaires au sein de l’administration préfectorale ne vous dispensera pas de rendre compte devant les Français des faiblesses de votre politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Laurence Vichnievsky.
Mme Laurence Vichnievsky (MODEM). Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, à l’issue du travail législatif intense de nos deux assemblées et de la commission mixte paritaire, nous voici parvenus à la dernière étape du processus parlementaire.Je note que le texte qui nous est soumis aujourd’hui est assez proche du projet de loi initial. Il intègre toutefois des dispositions renforçant le contrôle parlementaire, ce dont nous ne pouvons que nous féliciter. Il comporte également un dispositif novateur : celui du délai d’épreuve, par lequel, d’ici trois ans, la représentation nationale aura à évaluer la pertinence des dispositifs mis en place. Tout cela va dans le bon sens.On nous a reproché de vouloir sortir de l’état d’urgence. Je ne comprends pas que des juristes confirmés puissent adopter cette position puisque, dans un État de droit, nous le savons, l’état d’urgence est par nature exceptionnel,…
Mme Laurence Vichnievsky (MODEM). …donc temporaire. Or la menace s’est malheureusement installée durablement dans notre pays, et nous devons donc y répondre par un dispositif pérenne. Il fallait sortir de l’état d’urgence sans pour autant se désarmer.On nous a alors reproché d’inscrire dans notre droit des dispositions restrictives de nos libertés. Eh bien, oui ! Nous sommes en 2017, plus en 2014 ; entre-temps, notre pays a connu des attaques contre notre démocratie, sur lesquelles je ne reviendrai pas tant elles sont douloureuses pour chacun. Nous devons y répondre en nous adaptant à cette menace qui évolue sans cesse. Je crois sincèrement – chacun sait que je reste ferme sur mes convictions – que nous avons trouvé l’équilibre entre les exigences de la sécurité et celles de nos libertés individuelles. Ce débat n’est pas nouveau, et il est bon qu’il soit toujours d’actualité et le reste à l’avenir.Notre groupe n’a pas été suivi sur les amendements responsables qu’il a déposés au cours des débats, et je le regrette évidemment, mais il souhaite avoir au moins été entendu. Nous sommes tous attachés à l’équilibre des trois pouvoirs de notre République et à leur séparation effective.
M. Laurent Furst (LR). Il n’y a pas trois pouvoirs en France ! Le judiciaire est une autorité, pas un pouvoir !
Mme Laurence Vichnievsky (MODEM). C’est pourquoi, en confiance, le groupe MODEM votera ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe MODEM et sur plusieurs bancs du groupe REM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Michel Zumkeller.
M. Michel Zumkeller (LC). Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, après des centaines d’heures de débats à l’Assemblée nationale et au Sénat, en commission et en séance publique, le Parlement et le Gouvernement sont parvenus à trouver un accord sur ce projet de loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. Nous nous en félicitons, non seulement car il devenait important de sortir de l’état d’urgence tout en renforçant notre arsenal législatif, mais aussi parce que nos concitoyens attendent de nous que nous agissions.Le groupe Les Constructifs – comme, auparavant, le groupe UDI – demandait depuis des mois la sortie de l’état d’urgence, dont la sixième prorogation prendra fin dans trois semaines. Absolument nécessaire au lendemain des attaques du 13 novembre 2015, ce régime d’exception avait permis de déjouer des dizaines d’attentats et d’ébranler la plupart des réseaux terroristes existants. Mais, par la suite, ces réseaux se sont adaptés et le nombre de perquisitions administratives, d’assignations à résidence et d’interdictions de séjour n’a fait que baisser, tandis que la menace s’intensifiait, comme en témoignent les événements dramatiques de ces derniers mois. Il nous faut donc faire évoluer notre droit commun pour doter les pouvoirs publics de nouveaux outils durables de lutte contre le terrorisme. La menace n’est plus seulement imminente, elle est devenue permanente.Nous courions un risque majeur : celui de porter atteinte à l’équilibre séculaire entre la sécurité et la liberté. Les débats ont été intenses et chacun des groupes a pu exprimer ses propositions pour que cet équilibre soit atteint, sinon conservé. Mais au fond, tout comme nos collègues sénateurs, je crois que chacun d’entre nous a su mesurer ce risque et l’écarter. Dans sa version actuelle, améliorée par la commission mixte paritaire – dont notre groupe tient ici à saluer le travail –, ce projet de loi apparaît équilibré, dans la mesure où il renforce la sécurité de nos concitoyens et garantit davantage le respect de leurs libertés individuelles. Qu’il s’agisse des périmètres de protection, de la fermeture de lieux de culte, des mesures individuelles ou encore des visites et saisies, seule la menace terroriste sera désormais visée, et le juge judiciaire contrôlera l’application de certaines mesures. N’oublions pas non plus l’introduction du contrôle parlementaire que, dans cet hémicycle, nous étions nombreux à demander. Les évolutions apportées en CMP sont elles aussi bienvenues. Je pense notamment à l’extension de la limitation dans le temps de l’ensemble des dispositions et à la réduction des zones pour les contrôles d’identité frontaliers, lesquels, sinon, auraient concerné plus des deux tiers de la population, ce qui aurait pu sembler excessif.Bien sûr, notre groupe regrette l’absence, dans le texte final, de mesures que nous avions proposées à plusieurs reprises par voie d’amendements, comme l’utilisation de la reconnaissance faciale ou encore la possibilité d’informer les maires et employeurs, dans les domaines sensibles, sur leurs employés radicalisés, susceptibles de constituer une grave menace.Néanmoins, vous l’aurez compris, monsieur le ministre d’État, mes chers collègues, nous soutiendrons néanmoins ce projet de loi, car même s’il nous semble imparfait, ou du moins incomplet, nous estimons qu’il va dans le bon sens.Nous ne nous leurrons pas : ce texte, comme tous ceux qui l’ont précédé et certainement ceux qui viendront, ne suffira pas à lui seul à nous permettre de gagner cette guerre d’un nouveau genre, ce conflit comme notre pays n’en avait encore jamais connu, contre ce terrorisme d’une complexité inédite. Désormais, le champ de bataille est partout. Nous y sommes tous exposés, sans la moindre exception, où que nous vivions, où que nous soyons. C’est pourquoi il nous faut un arsenal législatif global, qui puisse s’appliquer partout mais uniquement de manière ciblée, lorsque la menace est avérée et les individus identifiés. C’est là le seul moyen de renforcer notre sécurité tout en préservant notre liberté, et je crois, mes chers collègues, que ce projet de loi va y contribuer.
M. le président (LAREM). La parole est à M. Olivier Dussopt.
M. Olivier Dussopt (NG). Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur, face à une menace terroriste persistante et forte, la majorité précédente a toujours pris ses responsabilités. Ainsi, au cours des cinq dernières années, nous avons soutenu et adopté neuf textes visant à lutter contre le terrorisme et à améliorer la sécurité, et prorogé cinq fois l’état d’urgence à la suite des attentats du 13 novembre. Surtout, nous avons donné des moyens supplémentaires, humains et financiers, aux services de l’État, notamment à nos services de police, de gendarmerie et de renseignement, qui avaient subi la suppression de milliers de postes durant la période précédente.Désormais, comme l’a rappelé le Président de la République, il est nécessaire de sortir de l’état de l’urgence, pour deux raisons. Premièrement, l’état d’urgence a vocation à être un régime temporaire, activé uniquement dans des circonstances exceptionnelles pour faire face à un péril imminent. Deuxièmement, la menace terroriste ayant pris un caractère durable, il est nécessaire de doter l’État de nouveaux instruments permanents de prévention et de lutte contre le terrorisme, comme nous l’avions déjà fait, à l’initiative du Premier ministre Manuel Valls, avec la loi du 3 juin 2016.Notre groupe est entré dans ce débat avec deux objectifs. Le premier était de refuser la surenchère et la démagogie ; c’est pourquoi nous n’avons voulu céder ni à la tentation de nier la réalité ou le besoin de mieux garantir la sécurité des Français, ni à la surenchère en matière sécuritaire qu’impliquaient des propositions de nature à briser l’équilibre entre sécurité et liberté. Le second objectif était d’imposer des garde-fous ; en effet, nous devons encore et toujours rappeler que, si les exigences de protection de l’ordre public sont une priorité dans le contexte actuel, elles doivent toutefois être conciliées avec la préservation des libertés individuelles.Les dispositions de ce texte ont évolué sur plusieurs points : la durée des assignations à résidence a été limitée ; le domicile et les locaux professionnels des magistrats, avocats et journalistes seront protégés, ils ne pourront faire l’objet d’une visite administrative ; l’obligation de fournir ses identifiants, qui était prévue à l’article 3, a été supprimée ; la protection des mineurs est renforcée, tout comme les droits de recours. Au-delà de ces évolutions, que nous saluons, deux points étaient à nos yeux essentiels.Le premier porte sur ce que nous avons appelé la « clause de revoyure » et que le Sénat a qualifié de « clause d’autodestruction », concernant les dispositions inspirées de l’état d’urgence, particulièrement celles restrictives de libertés. Introduite par le Sénat, cette clause conférait initialement un caractère expérimental, jusqu’au 31 décembre 2021, aux dispositions prévues par les articles 3 et 4 – relatifs aux mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, pour le premier, et aux visites domiciliaires et aux saisies, pour le second. Il a été décidé, en commission des lois, notamment à l’initiative de notre groupe, que cette expérimentation s’achèvera le 31 décembre 2020. Nous avions aussi exprimé le souhait que cette clause soit élargie à l’ensemble des dispositions inspirées de l’état d’urgence, soit les articles 1er à 4.Le second point essentiel à nos yeux concerne le contrôle parlementaire des mêmes dispositions inspirées de l’état d’urgence. En effet, selon nous, leur intégration dans le droit commun doit impérativement s’accompagner du maintien du contrôle parlementaire mis en place par la précédente majorité, afin de surveiller leur application. Il a été décidé, en séance, à l’initiative de notre groupe, que les autorités administratives devront transmettre sans délai aux assemblées parlementaires les mesures prises ou mises en œuvre pour l’application des articles 3 et 4. Nous souhaitions, là encore, que cette clause soit élargie à l’ensemble des dispositions inspirées de l’état d’urgence, soit les articles 1er à 4, mais un amendement de M. le rapporteur en avait limité l’application aux articles 3 et 4.C’est à l’aune de ces deux priorités que nous avons examiné les conclusions de la commission mixte paritaire. Celle-ci a d’abord élargi le champ d’application de la clause dite « d’autodestruction » ou « de revoyure » et des dispositions relatives au contrôle parlementaire à l’ensemble des articles 1er à 4. Nous nous en réjouissons ; pour nous, c’est un point-clé, sur lequel nous avions beaucoup insisté. Je veux signaler dès à présent qu’un certain nombre de membres de notre groupe souhaitent s’impliquer dans ce contrôle parlementaire, y compris par des visites sur place et des contrôles sur pièces. Je sais, madame la présidente de la commission des lois, que vous avez conscience de la responsabilité qui vous incombe de faire vivre ce contrôle parlementaire et d’assurer l’égale information de chacun des groupes politiques en la matière.Nous avions aussi demandé des modifications sur l’article 10, relatif aux contrôles d’identité dans les zones frontalières. La CMP a réduit les zones à l’intérieur desquelles ces contrôles pourront avoir lieu aux territoires compris dans un rayon de dix kilomètres autour des points de passage frontaliers, contre vingt kilomètres à l’origine. Nous saluons cette décision, et saisissons cette occasion pour vous inviter encore une fois, monsieur le ministre d’État, à toujours veiller au respect de la déontologie lors de l’application de ces dispositions. Nous souhaitons enfin qu’à l’avenir, l’autorité judiciaire soit mieux associée à ces contrôles, par exemple par l’information du procureur de la République.Nous savons qu’aucune loi ne garantira jamais le risque zéro. Nous savons aussi, et nous répétons, que la priorité, avant d’envisager toute autre évolution du droit, est désormais de donner les moyens humains et matériels à nos services pour qu’ils mobilisent pleinement l’arsenal juridique dont ils disposent. Fort des avancées que représentent les évolutions de ce texte, au Sénat, à l’Assemblée – notamment grâce à des amendements que nous avons présentés – et enfin en CMP, le groupe Nouvelle Gauche soutiendra son adoption.
M. le président (LAREM). La parole est à M. François Ruffin.
M. François Ruffin (FI). Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, madame la présidente de la commission des lois, monsieur le rapporteur, n’étant pas spécialiste de ces questions, je m’exprimerai avec humilité.
M. François Ruffin (FI). Cependant, les autorités qui critiquent votre texte ne manquent pas, et il ne s’agit pas exactement de gauchistes. Mes collègues du groupe La France insoumise les ont déjà cités à plusieurs reprises : il s’agit de Jacques Toubon, défenseur des droits, selon lequel « le Gouvernement prend le risque de remettre en cause […] l’équilibre qui fonde le droit pénal entre exigences de sécurité et protection des droits et libertés » ; de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, qui craint que ce projet de loi consacre « une dangereuse banalisation des mesures de l’état d’urgence, qui pourtant devaient rester provisoires » ; du Syndicat des avocats de France ; de l’Union syndicale des magistrats ; et même, outre-Atlantique, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la promotion et la protection des droits de l’homme, selon laquelle « cette normalisation des procédures d’urgence a des conséquences graves pour l’exercice et la protection des droits en France ». Toutes ces critiques portent à la fois sur les assignations à résidence, sur le périmètre de sécurité, sur les perquisitions administratives et sur les contrôles d’identité. Que disent-ils tous ? Selon les mots du Syndicat de la magistrature, que ce projet de loi fait « le nid de pratiques discriminatoires ».Cela nourrit mon inquiétude : je crains que le remède soit pire que le mal. Les contrôles d’identité – c’est statistiquement prouvé – se font largement au faciès et sont ressentis comme une violence. Par ailleurs, 99,6 % des perquisitions administratives ne donnent lieu à aucune enquête, mais elles laissent derrière elles des portes brisées, parfois des appartements saccagés. À chaque contrôle inutile, à chaque perquisition vaine, c’est un peu de rage qui est semée. Voilà ma crainte : que la société française se déchire, que deux France se tournent le dos. Il y a des quartiers que l’on dit tantôt abandonnés, tantôt à reconquérir, comme si l’on parlait de territoires étrangers.Je voudrais citer une autre personne : un policier avec qui je joue au foot le dimanche matin. Il me parle du divorce évident, de la relation brisée entre les jeunes des quartiers populaires et la police. Il me dit se souvenir d’un temps où, avec la police de proximité, il effectuait un véritable travail de terrain, et insiste sur le fait que, grâce à ce travail, des résultats étaient obtenus. Je l’ai dit durant ma campagne : si le Président de la République rétablissait la police de proximité, je le soutiendrais. Nous avons entendu un mot à ce sujet cet été, et depuis, plus rien. Mais pourquoi n’avoir pas commencé par là ? Pourquoi ne pas œuvrer dès maintenant à des mesures qui résorbent les tensions, plutôt qu’à ce projet de loi, qui risque de les aggraver ?C’est enfin et surtout une absence qui m’a choqué, je l’ai déjà dit dans cet hémicycle. Sur le financement du terrorisme, rien !Permettez-moi de vous rappeler les propos tenus par Simon Riondet, chef du renseignement financier d’Europol, à propos des Panama papers : « Le point principal ici est que nous pouvons relier des entreprises liées aux "Panama papers" non seulement à des infractions économiques, comme le blanchiment d’argent, mais aussi au terrorisme ».Grâce aux SwissLeaks, on a retrouvé chez HSBC les sponsors d’Oussama ben Laden : la golden chain – c’est-à-dire la chaîne d’or – de ses mécènes. Parmi eux, un prince saoudien qui a protégé le chef d’Al-Qaïda, l’ancien trésorier d’une présumée organisation-écran du groupe terroriste et un autre prince, dont l’épouse a envoyé de l’argent à l’un des auteurs de l’attentat du 11 septembre 2001. Rien sur tout cela !Rien non plus sur les ventes d’armes au Qatar, qui représentent 7 milliards d’euros pour ces dernières années, alors – on le sait très bien, c’est un fait documenté – que ce pays abrite des personnes finançant le terrorisme. Il y a là une complaisance : nous devrions en finir avec la diplomatie du carnet de chèques. Emmanuel Macron l’a reconnu lui-même dans un entretien au magazine Le Point paru cet été : « Le Qatar et l’Arabie Saoudite ont financé des groupements […] qui ont de fait contribué au terrorisme. »Pourtant, rien de tout cela n’apparaît dans votre projet de loi. Tous les amendements qui visaient à combler ce manque ont en effet été méthodiquement rejetés. Les financiers sont épargnés : il n’y aura rien, rien de rien, pas une ligne pour s’attaquer au financement du terrorisme, pour renforcer l’arsenal juridique, policier, administratif qui permettrait de démanteler les sociétés offshore, de traquer les banquiers de la terreur, de s’attaquer aux propagandistes de la haine. Cette absence est choquante. Ce n’est plus une lacune, c’est un gouffre, une béance au cœur de votre texte. C’est pourquoi, entre autres, nous voterons contre.