« Absent » signifie que le député n'a pas pris part au scrutin, pas qu'il était absent de l'Assemblée.
Session ordinaire 2026-2027 · 17e législature · compte rendu complet
Séance du 28 octobre 2026 (1e séance)
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet
Déclaration du gouvernement, suivie d’un débat, sur l’avenir du processus d’orientation et d’affectation des lycéens dans l’enseignement supérieur
Mme Danielle Simonnet (ECOS). Vous voulez des psychologues de l’éducation nationale, mais vous ne voulez pas d’étudiants en psychologie ?
Mme Virginie Duby-Muller (DR). Est-il honnête de les laisser s’engager dans des parcours universitaires sans leur expliquer les difficultés qu’ils rencontreront ? Le nombre d’inscrits ne peut pas être le seul objectif d’une politique universitaire. Les formations constituant des voies de garage ne rendent service à personne. Orientons davantage vers les métiers de la santé, de l’industrie, de l’énergie et de l’accompagnement des personnes. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFI, SOC et EcoS.) Associons les entreprises et les branches professionnelles à la définition des formations et à leur actualisation. Tenons compte des besoins des territoires et de la transformation des métiers. En Auvergne-Rhône-Alpes, nous l’avons fait. Nous avons choisi de financer en priorité les formations qui mènent aux secteurs qui peinent à recruter, à ceux qui offrent de vrais débouchés. Cette exigence doit guider tout l’argent public, parce que l’argent public est l’argent du contribuable.
Mme Virginie Duby-Muller (DR). …sur ce point, redisons-le autant qu’il le faudra, l’enseignement professionnel est une voie royale vers l’emploi. Le travail et la réussite doivent être reconnus dans toutes les filières. Revalorisons la voie professionnelle dans les faits, pas seulement dans les discours : que les élèves rencontrent des artisans, des techniciens, des ingénieurs, des apprentis, qu’ils voient les métiers et les lieux où ils s’exercent. Regardons la Suisse : environ deux jeunes sur trois y choisissent la formation professionnelle et la très grande majorité l’effectue en alternance entre l’école et l’entreprise. Personne là-bas n’y voit un échec, c’est une fierté et c’est une réussite. (Mme Danielle Simonnet s’exclame.)Quant à l’orientation, elle ne se joue pas en quelques clics au mois de mars de l’année de terminale. Elle doit commencer bien avant, au collège, en faisant découvrir les métiers et les différentes voies d’études, et au lycée, en expliquant clairement aux élèves ce qu’implique le choix de leurs spécialités. Prévoyons, dans les emplois du temps, des entretiens, des rencontres, des immersions et formons les professeurs chargés de ce travail en leur donnant les informations dont ils ont besoin.L’accès aux études reste une question de distance et de moyens. Pour un jeune d’un territoire rural, partir étudier, c’est souvent un logement à payer et des heures de trajet. Développons des formations supérieures de proximité qui répondent aux besoins, des internats et des bourses au mérite. Prenons, encore une fois, l’exemple des études d’infirmier : un étudiant doit pouvoir se former dans un institut proche de son bassin de vie, là où on aura besoin de lui demain, et il doit pouvoir changer d’institut sans perdre le bénéfice des enseignements déjà suivis grâce à des règles de reconnaissance harmonisées entre instituts. Il faut, enfin, tenir compte du coût du logement dans les territoires où le marché immobilier est saturé, notamment dans les zones frontalières. Le talent d’un élève ne doit pas être limité par le revenu de ses parents ni par l’endroit où il habite.Que chaque jeune puisse exprimer ses talents, c’est un impératif de justice ; c’est aussi un atout décisif pour notre pays tout entier. Mais soyons lucides ! L’orientation ne rattrapera jamais des lacunes accumulées pendant douze années de scolarité.Tout commence à l’école. L’école doit transmettre des savoirs – apprendre à lire, à écrire, à compter – et donner le goût de l’effort. Elle doit aussi fixer des limites. Un professeur doit pouvoir faire cours sans être menacé, sanctionner sans être désavoué, exiger sans avoir à s’en excuser. Rendons-lui cette autorité et les moyens de l’exercer. Plus grave encore que l’état des bâtiments, il y a le délabrement de l’enseignement. C’est à lui qu’il faut s’attaquer en priorité en relevant le niveau des élèves comme celui des enseignants. Rendons ce métier à nouveau attractif, respectons ceux qui l’exercent et formons-les aux méthodes dont l’efficacité est démontrée. Cessons aussi de confondre la hausse du taux de réussite aux examens avec la hausse du niveau. En primaire, garantissons la maîtrise de la lecture et du calcul, soutenons la méthode syllabique et une progression explicite en mathématiques, et formons les professeurs en conséquence. Développons des méthodes de type Singapour et évaluons-en les résultats. Consacrons chaque jour trente minutes au calcul, au raisonnement et à la résolution de problèmes du CP à la troisième en réorganisant les horaires existants et préparons l’entrée au collège par une vérification du niveau, avec une remise à niveau effective chaque fois que cela est nécessaire.Regardons aussi ce qui marche chez nos voisins. En dix ans, de 2015 à 2025, l’Angleterre est passée de la vingt-sixième à la dixième place en mathématiques et de la dix-neuvième à la neuvième place en lecture. La France, elle, est trente-quatrième en mathématiques et vingt-huitième en lecture. Que s’est-il passé outre-Manche ? Des méthodes qui marchent, généralisées à partir de 2014 : l’apprentissage systématique du décodage, un entraînement quotidien, une aide ciblée pour les élèves en difficulté, des exigences clarifiées, des établissements responsabilisés. Ayons la lucidité de nous en inspirer et l’honnêteté d’en évaluer les résultats dans nos propres classes, avec un seul objectif, que tous les enfants apprennent, y compris ceux qui n’ont personne à la maison pour compenser les défaillances de l’école.La Droite républicaine défend une école qui transmet les savoirs fondamentaux et une université qui prépare chacun à s’épanouir et à réussir. Cela suppose de relever le niveau, d’assumer la sélection et de dire la vérité sur les débouchés. C’est le discours de vérité que nous devons aux lycéens comme aux étudiants de notre pays. Pas de promesses qui apaisent un automne, mais des règles qui tiennent toute une vie. Dans La Crise de l’éducation, Hannah Arendt écrivait que l’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité. Chers collègues, à nous d’assumer les nôtres. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
M. Thierry Perez (RN) (RN). À 15 ans, un jeune qui veut devenir mécanicien, boulanger, électricien ou charpentier devrait entendre une phrase simple : « Tu as choisi un beau métier. Voyons comment tu peux y exceller. » Pourtant, trop souvent encore, il entend : « Es-tu sûr de ne pas pouvoir continuer dans la voie générale ? » Cela en dit long sur notre conception de la réussite.Depuis des décennies, nous avons installé l’idée que l’ascension sociale conduisait nécessairement vers un bureau. Nous avons fait d’une société de cols blancs un horizon collectif et laissé entendre que le travail manuel était une solution de repli. Nous en mesurons les conséquences : des vocations découragées, des orientations subies et des familles qui regardent encore le lycée professionnel avec inquiétude.Pourtant, la France a besoin de professionnels qualifiés. Ses entreprises ont besoin de ceux qui savent fabriquer, installer, entretenir et réparer. L’ambition d’une réindustrialisation repose aussi sur eux. Il faut donc changer le regard porté sur l’orientation après la troisième. Le certificat d’aptitude professionnelle (CAP), le baccalauréat professionnel et l’apprentissage doivent être présentés pour ce qu’ils peuvent offrir : une qualification reconnue, un métier, une progression de carrière, parfois la création ou la reprise d’une entreprise.L’excellence professionnelle existe dans notre pays. Les Compagnons du devoir en donnent un exemple remarquable. La transmission entre générations, le perfectionnement du geste et les expériences acquises pendant le tour de France construisent une véritable maîtrise professionnelle. Avec sa mission propre, la fondation Apprentis d’Auteuil démontre que l’accompagnement peut transformer un parcours. Elle propose des formations du CAP au BTS et aide les jeunes à surmonter les difficultés qui pourraient les conduire à abandonner. Ces expériences nous rappellent qu’exiger beaucoup d’un jeune suppose aussi de lui donner des moyens de réussir.La Suisse offre également un modèle. La formation professionnelle y occupe une place centrale et les entreprises participent directement à la formation, aux côtés des pouvoirs publics. Un premier diplôme professionnel, le certificat fédéral de capacité, y ouvre des perspectives : après l’obtention d’une maturité professionnelle, il est possible d’accéder à l’une des hautes écoles spécialisées. Nous pouvons nous inspirer de cette continuité dans la formation.Choisir un métier à 15 ans doit permettre de construire un avenir, avec la possibilité de se perfectionner, de poursuivre ses études ou de se réorienter. Cela exige une meilleure découverte des métiers au collège. C’est pourquoi il faut confronter les élèves à des professionnels, des apprentis et d’anciens élèves de lycées professionnels, leur montrer des ateliers et des entreprises, leur présenter clairement les débouchés, les conditions de travail et les possibilités d’évolution.Dans son programme, le Rassemblement national propose d’adapter l’offre de formation initiale et continue aux besoins des branches professionnelles. Cela doit se traduire sur le terrain : il faut identifier les qualifications recherchées et les compétences dont notre pays aura besoin demain pour construire les formations idoines avec les professionnels.En effet, une nouvelle transformation est engagée, qui fait s’emballer le monde autour de l’intelligence artificielle et de la robotique. Les métiers techniques vont donc eux aussi évoluer. Certaines tâches seront automatisées, quand d’autres demanderont de nouvelles compétences. Il faudra savoir installer les machines, les programmer, diagnostiquer leurs pannes et travailler en sécurité à leurs côtés. Préparer les jeunes à ces métiers exige des équipements adaptés et une formation régulière de leurs enseignants et de leurs maîtres d’apprentissage. Cela exige aussi des élèves des bases solides en français, en mathématiques et en sciences, afin qu’ils soient capables de comprendre une consigne, de calculer, de résoudre un problème et de continuer à apprendre.La maîtrise du geste et la compréhension des technologies doivent avancer ensemble. Nous devons préparer dès maintenant des parcours professionnels d’excellence capables d’accompagner les transformations futures. C’est une responsabilité envers la jeunesse comme envers le pays. Une France qui veut produire, innover et conserver ses savoir-faire doit accorder toute leur place à ceux qui les font vivre. Après la troisième, chaque jeune doit pouvoir choisir une voie professionnelle avec ambition et être fier de ce choix. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Thierry Tesson (RN) (RN). Au cours de cette séance, nous aurons entendu beaucoup de promesses et vu beaucoup de postures mais, une fois nos échanges terminés, il reste des familles inquiètes, des lycéens désorientés et une question essentielle, celle du sens premier de l’école : à quel avenir prépare-t-elle notre jeunesse ?La gauche, comme toujours, répond aux déçus de Parcoursup par une promesse de dépenses supplémentaires, par l’infini de l’université pour tous. Reste à savoir si une inscription suffit à garantir une réussite et si – osons le dire – la prolongation des études ouvre nécessairement les portes de l’emploi. Respecter les aspirations de la jeunesse exige d’abord de lui parler avec franchise. Encourager un élève à s’engager dans une formation sans lui donner les moyens de réussir revient à le trahir.Le bloc central a choisi de consacrer cette journée à un débat alors que le pays attend un budget. Quels engagements concrets y ont été pris ? Dans la réponse habituelle du gouvernement aux crises qui se succèdent, on reçoit, on échange, on espère gagner du temps, mais chacun sait que cette mise en scène restera sans conséquences. Comment apaiser une inquiétude que des réformes ont contribué à nourrir ?Roger Chudeau et Thierry Perez aboutissent au même constat que moi : l’opacité de Parcoursup et la dévalorisation des filières professionnelles privent les familles d’un choix éclairé. Faute de perspectives lisibles, trop d’élèves s’orientent à l’aveugle plutôt que selon leurs aptitudes et les débouchés des filières professionnelles. Nous détournons ainsi des jeunes des métiers qualifiés dont l’industrie et l’artisanat ont besoin. La perspective que défendent les députés du RN et leurs alliés de l’UDR passe au contraire par une orientation exigeante, par une formation solide et par la reconnaissance de toutes les voies de réussite.Y parvenir nécessite un pilotage de l’orientation, alors que l’éducation nationale a l’habitude de considérer ce sujet comme un mal nécessaire, une obligation périphérique jamais traitée au fond. L’orientation, puisqu’elle doit éclairer le chemin de l’élève vers la vie active, est pourtant la clé de tout parcours scolaire. Accompagner un élève et sa famille, les conseiller, nécessite une connaissance fine et actualisée des filières de formation et des besoins de main-d’œuvre par métier. L’orientation ne saurait se réduire à la saisie de vœux sur Parcoursup.Il existe certes des spécialistes de l’orientation. Le changement du nom de leur métier – les conseillers d’orientation psychologues, ou COPsy, sont devenus des psychologues de l’Éducation nationale, ou Psy-EN – a au moins eu le mérite de trancher entre deux finalités longtemps tenues à égalité, l’orientation et la psychologie. Question cruelle : combien d’étudiants doivent leur entrée dans la vie active à l’intervention d’un PsyEN ?
M. Thierry Tesson (RN). L’orientation doit être facilitée par ceux qui côtoient les élèves au jour le jour. Il est très bien que les professeurs principaux jouent un rôle central en la matière, mais un enseignant ne peut connaître toutes les formations, tous les métiers et tous les besoins des entreprises.La responsabilité de l’orientation exige une formation à la hauteur de l’enjeu. Nous pourrions proposer de former les enseignants, chargés de l’orientation, à la diversité des parcours comme aux besoins des régions, des métiers en tension et des filières industrielles. Ils pourraient disposer de ressources actualisées pour accompagner efficacement chaque élève dans la construction de son projet. Cela suppose aussi une connaissance concrète du monde de l’entreprise. Pour cette raison, avant d’entrer dans le métier, tous les enseignants pourraient, lors de leur formation initiale, effectuer un stage dans une entreprise pour en découvrir la réalité.Aux côtés des enseignants, les chefs d’établissement doivent à leur tour, dans leur bassin d’éducation, bâtir un réseau d’entreprises partenaires pour offrir aux élèves des possibilités de stages, des lieux d’apprentissage et, pourquoi pas, des perspectives d’emploi. L’accès au monde professionnel ne doit pas dépendre du seul carnet d’adresses des familles. Notre responsabilité est de permettre à chacun de trouver la voie qui lui donnera sa place dans la société. C’est la seule exigence à laquelle doit répondre une politique d’orientation. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Philippe Brun (NI) (NI). Penser constamment à la jeunesse est le premier devoir de l’homme d’État, disait en substance Pierre Mendès France, votre prédécesseur, monsieur le premier ministre, à la tête du gouvernement comme du département de l’Eure. Cette phrase doit guider nos pas.Dans des dizaines de villes de France, des lycéens ont été accueillis dans leur établissement non par leurs professeurs, mais par les forces de l’ordre. Je vais parler du mouvement actuel, de l’état des lycées et de la jeunesse qui les fait vivre. Je ne viens pas défendre les casseurs, mais dire que répondre à une crise éducative par le maintien de l’ordre revient à envoyer un message doublement négatif. Il est négatif pour les lycéens, souvent mineurs, auxquels vous dites que leur parole porte une menace et non une revendication, comme pour l’école, à laquelle vous dites qu’elle n’est plus ce lieu protégé où l’on rend la raison populaire, mais un lieu où l’on surveille.Lorsque les lycéens de notre génération bloquaient leurs établissements pour s’opposer au contrat première embauche (CPE) ou à la réforme Darcos, Nicolas Sarkozy n’osait pas leur envoyer la police. La présence de compagnies de gendarmerie devant les grilles n’est pas la solution, qui passe par des tables rondes, par une consultation réelle des lycéens, par une réponse pédagogique à une crise pédagogique.Ce mouvement n’est pas né de rien ; il révèle des années d’accumulation de griefs. Il y a d’abord Parcoursup, devenu une loterie à laquelle il faut survivre : entre 1,46 million de candidats cette année – un record –, 14,5 vœux par candidat en moyenne, 206 000 étudiants en réorientation et un jeune sur cinq qui revient dans le système parce que sa première orientation a échoué. Des mois d’angoisse, des réponses qui tombent à minuit, des algorithmes que personne ne comprend : on demande à des jeunes de 17 ans de construire leur avenir avec un système qu’ils ne peuvent ni lire ni contester.Nous parlons beaucoup de Parcoursup, thème de notre débat du jour, mais il faut aussi regarder l’état des bâtiments. Une étude publiée ce mois-ci après inspection de 5 700 bâtiments dans près de 580 lycées est sans appel : 26 % des établissements sont en mauvais ou très mauvais état, un élément sur dix ne fonctionne pas – qu’il s’agisse d’un toit qui fuit, de fenêtres qui ne ferment plus ou d’une chaudière en fin de vie – et un tiers des toitures sont dégradées.
M. Philippe Brun (NI). Les travaux en retard représentent entre 11 et 13 milliards d’euros, soit quatre à cinq fois le budget annuel consacré par les régions aux lycées. Un bâtiment délabré, c’est un message envoyé chaque matin aux élèves pour leur signifier que leurs études ne sont pas une priorité.Enfin, il y a le quotidien des lycéens. Sur la plateforme de concertation lancée par le gouvernement, Parcoursup n’est pas le premier thème des revendications, puisque 70 % d’entre elles concernent la désorganisation du temps scolaire. La réforme Blanquer, ce sont des journées qui s’étirent de 8 à 18 heures, mais avec des trous pouvant représenter un total de trois, quatre, voire cinq heures, et des élèves présents de l’ouverture à la fermeture de l’établissement, épuisés avant même d’entrer dans le supérieur. Avec 1 224 heures de cours par an, les lycéens français ont l’un des temps scolaires les plus chargés d’Europe – il est de 908 heures annuelles en Allemagne. Ce chaos n’est pas le résultat de la fatalité, mais celui d’une réforme faite par décrets, sans avoir écouté ni les lycéens ni les équipes pédagogiques.Le fond du problème est que vous avez devant vous une génération sans repères, celle du covid, confinée à un moment charnière de sa scolarité et entrée au lycée sans filet, sans bilan, sans réparation. À cette génération, vous demandez de s’orienter en jouant à la loterie, de travailler entre des murs qui ruissellent, de tenir la distance de journées impossibles. Le désarroi de la jeunesse non plus n’est pas une fatalité. Il est le produit exact de choix politiques. Quand Parcoursup anéantit le sens, quand les murs délabrés anéantissent la fierté, quand les emplois du temps chaotiques anéantissent les repères, ne vous étonnez pas que la jeunesse descende dans la rue.
M. Philippe Brun (NI). Nous ne sommes pas venus qu’avec des constats. Nous formulons aussi des solutions. Le problème des lycéens n’est pas seulement celui que pose un algorithme. Il relève d’une inadéquation fondamentale entre, d’un côté, les besoins de formation de l’économie d’aujourd’hui et de demain et, de l’autre, les envies des jeunes.Il est d’abord urgent de revenir sur une réforme Blanquer aux effets délétères. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Le nombre de bacheliers scientifiques a été divisé par quatre depuis 2019, tarissant le vivier dont dépendent la recherche et l’industrie françaises. Il faut davantage de budget pour les universités et les grandes écoles, pour former davantage de chercheurs et d’ingénieurs de haut niveau.Il faut aussi bien sûr revaloriser la voie professionnelle. À l’image de Jean-Pierre Chevènement qui, en 1985, en créant le baccalauréat professionnel, a hissé au niveau du bac des jeunes auparavant bloqués à celui du CAP, nous devons construire une voie technologique complète allant de la seconde au master en permettant aux IUT de délivrer des masters universitaires de technologie.Je termine en exprimant une conviction : quand une génération proteste, la bonne réponse d’un État n’est pas de l’encadrer, mais de l’écouter. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SOC. – Mme Stella Dupont applaudit également.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation.
M. Alexandre Portier (DR). Si ce débat ne permet pas de poser toutes les vérités sur la table, il ne sert à rien.Beaucoup de jeunes sont angoissés pour leur avenir, à juste titre. Depuis des décennies, vous les poussez à passer le bac, à aller à la fac, à viser des bac + 4, des bac + 5, des bac + 12... Pour quels résultats ? Si cette crise révèle bien une chose, c’est le fiasco de la massification débridée et démagogique inspirée par Bourdieu qu’il vous a plu de citer et mise en œuvre depuis François Mitterrand.La première chose à offrir à nos jeunes, c’est la vérité. Et la première vérité, c’est que le fond du problème n’est pas Parcoursup. Comme l’ont bien montré nos collègues Pierrick Courbon et Franz Gumbs au cours de la mission flash qu’ils ont menée dans le cadre de notre commission, Parcoursup n’est pas la machine à broyer les jeunes décrite par certains, à dessein ou par ignorance. (Mme Marie Pochon s’exclame.)Parcoursup n’est qu’un outil. Le vrai problème, c’est la politique qu’il y a derrière. Oui, la plateforme manque de transparence et d’informations objectives sur les débouchés réels, professionnels, des diplômes proposés, mais faire croire que sa suppression réglerait tout revient à mentir aux jeunes. Vous pouvez l’appeler CapSup, BidulePro ou ParcoursFlou,…
M. Alexandre Portier (DR). …sans un outil pour aider les formations universitaires à gérer les flux que vous avez voulu diriger vers l’enseignement supérieur. Tout ce que vous racontez relève de la démagogie et du mensonge.
M. Alexandre Portier (DR). Il faudra toujours faire des choix lorsque le nombre des demandes dépasse celui des places disponibles. Le vrai débat, celui que nous aurions dû avoir aujourd’hui, monsieur le premier ministre, porte sur la sélection à l’université. Tel est le débat de fond que l’on devrait avoir dans un grand pays comme le nôtre.
M. Alexandre Portier (DR). Alors, chers collègues, je vais vous livrer un scoop : la sélection est inéluctable. (M. Jean-Claude Raux s’exclame.) D’ailleurs, ce n’est pas moi qui le dis, c’est Mathilde Panot. Vraiment, ce week-end j’ai adoré entendre Mathilde Panot expliquer à Benjamin Duhamel sur France Inter qu’il fallait de la sélection à Assas après avoir expliqué, dans les manifs évidemment, qu’il n’en fallait surtout pas. Quelle ironie !J’ai aussi consulté le programme de LFI. Que proposez-vous aux jeunes ? La sectorisation sans sélection. Savez-vous comment cela s’appelle ? La ségrégation territoriale ! Voilà le vrai scandale. Prévenez-vous les jeunes dans les manifs qu’avec vous, ils seront assignés à résidence dans leur territoire ?
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Vous racontez n’importe quoi ! Nous voulons qu’ils puissent s’inscrire là où ils veulent, dans leur territoire ou ailleurs.
M. Alexandre Portier (DR). Arrêtons les tartufferies : la sélection n’est pas le problème, c’est la solution, celle qui permettra de ne pas envoyer des jeunes dans des voies sans débouchés, de leur indiquer clairement les règles du jeu et d’arrêter de leur mentir.Il faut être très clairs : si vous ne pratiquez pas la sélection à l’entrée, elle intervient à la sortie, par l’échec.
M. Alexandre Portier (DR). C’est ce qui se passe aujourd’hui. À peine 31 % des étudiants finissent leur licence en trois ans et 60 % ne la finissent pas en quatre ans.
M. Alexandre Portier (DR). C’est un vrai massacre. Que vous faut-il de plus ?La vérité, c’est qu’il faut une sélection assumée, transparente, fondée sur des règles républicaines, méritocratiques, connues par tous et égales pour tous, et assortie d’une véritable orientation, de passerelles et d’un droit à la seconde chance – car on a aussi le droit d’échouer et de rebondir.
M. Alexandre Portier (DR). La vérité, c’est que tout le monde n’a pas vocation à aller à l’université et que ce n’est pas un échec, ce n’est pas grave. C’est un fils d’artisan, qui a grandi dans une famille remplie d’artisans, qui vous le dit : ce n’est pas grave de ne pas aller à la fac. Ce n’est pas un drame, on peut réussir sa vie autrement. Non, il n’y a pas que la fac pour réussir ! Et le collège unique a fait cent fois plus de dégâts en cinquante ans que Parcoursup. Ce qui est flagrant ces dernières semaines, c’est le mépris pour toutes les filières techniques et professionnelles que révélaient vos interventions. Vous ne nous parlez que de l’université.
M. Alexandre Portier (DR). Vous hurlez : « des places, des places, des places ! » Mais ce n’est pas à la fac qu’il faut ouvrir des places, mais dans les filières industrielles, celles de l’enseignement professionnel, dans les filières techniques. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.) C’est de cela que le pays a besoin !
M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Mais à qui parlez-vous ? Nous ne sommes pas encore au gouvernement !
M. Alexandre Portier (DR). Il faut former entre 5 000 et 7 000 soudeurs par an et permettre 20 000 recrutements par an dans la maintenance industrielle. En 2030, il va nous manquer 60 000 techniciens et agents de maîtrise dans les industries mécaniques,…
M. Alexandre Portier (DR). …là où il y a du boulot et où les jeunes seront bien payés. Voilà les besoins du pays ! Or, votre réponse, c’est d’ouvrir encore des places en psychologie, en sociologie, en droit – uniquement dans des filières déjà saturées ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Non, c’est d’ouvrir des places en BTS, en licence pro, et d’instaurer une véritable allocation d’autonomie dès 16 ans pour les élèves de la voie professionnelle !
M. Alexandre Portier (DR). Ne me faites pas le coup de l’accusation de mépris ! Je suis moi-même philosophe de formation, ne me faites pas ce coup-là. La vérité que vous ne dites pas, c’est que ces filières sont saturées et qu’elles n’offrent pas de débouchés. C’est pourquoi votre réponse est totalement à côté de la plaque.Il est grand temps, chers collègues, de remettre du bon sens et de l’ordre dans tout ça ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Danièle Brulebois applaudit également.)
Mme la présidente (EPR). Nous en venons maintenant aux questions. Je rappelle que la durée des questions comme des réponses est limitée à deux minutes, avec droit de réplique et de contre-réplique.La parole à M. Marc Ferracci.
M. Marc Ferracci (EPR) (EPR). Chaque printemps, des centaines de milliers de familles vivent au rythme des notifications de Parcoursup. Et chaque année, nous débattons de Parcoursup, de ses algorithmes, de ses délais, de ses ratés parfois. Or, à force de parler de l’outil, nous oublions la vraie question : celle de la sélection dans l’enseignement supérieur.Avant le déploiement de Parcoursup, on obtenait une place à l’université selon son adresse, parfois même par tirage au sort. Ce système n’était pas plus juste.La sélection existait déjà. Elle se faisait par l’échec, en première année. Aujourd’hui encore, moins d’un étudiant sur trois obtient sa licence en trois ans.D’aucuns diront que la sélection est contraire à l’égalité des chances. Mais est-il juste de laisser un jeune s’engager dans une filière où tout indique qu’il échouera et de laisser croire qu’un master ouvre automatiquement la porte d’un emploi à la hauteur des attentes quand tant d’étudiants découvrent le contraire à l’issue de leurs études ? Est-il juste que nos entreprises peinent à recruter pendant que des diplômés se sentent déclassés ?En refusant d’assumer la sélection, nous avons construit une usine à fabriquer de la frustration. Nous devons donc rendre l’accès à l’université plus sélectif, non pour fermer des portes, mais pour en ouvrir d’autres, plus tôt et mieux. La première d’entre ces portes, c’est l’apprentissage dès le lycée. La Suisse, où vivent nombre des compatriotes que je représente, en fait la démonstration : deux tiers des jeunes y passent par l’apprentissage. Ils peuvent rejoindre l’université plus tard, grâce à des passerelles qui fonctionnent et le chômage des jeunes y est trois fois plus faible qu’en France.En la matière, beaucoup a été fait en ce sens. Depuis 2017, le nombre d’apprentis a triplé, preuve que les mentalités peuvent changer. Il faut désormais aller plus loin, en commençant là où se jouent les trajectoires, c’est-à-dire dès le lycée.Au-delà des évolutions de la plateforme, pouvez-vous donc nous indiquer, monsieur le premier ministre, quelle est la vision du gouvernement concernant la sélection à l’université et ce qu’il entend faire pour que l’apprentissage devienne la norme dès le lycée ?
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
M. Philippe Baptiste. La question de la sélection concerne des filières variées. Comme vous le savez, aujourd’hui en France, une grande partie des formations du supérieur, accueillant une grande partie des étudiants, sont sélectives – classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), IUT, BTS, écoles –, de sorte que la sélection existe déjà.La question qui se pose plus spécifiquement est celle de la sélection en première année de licence. Or ce que l’on constate, c’est que la sélection intervient en fin de première année – je reprends certains de vos termes – au travers de taux d’échec extrêmement élevés, contre lesquels il faut absolument lutter.Pour rappel, au cours des dernières années, ce taux a tout de même baissé de près de 10 points, notamment grâce à la création de dispositifs d’accompagnement des bacheliers les plus faibles qui veulent malgré tout suivre un enseignement en licence. Si ces dispositifs permettent d’améliorer la situation, le travail à faire reste énorme.Comment transformer la sélection par l’échec en première année en une sélection qui serait plus assumée ? Telle est au fond votre première question. Une telle sélection n’est pas prévue dans la loi aujourd’hui en vigueur, puisqu’elle garantit l’accès de tous les bacheliers à l’enseignement supérieur, sans garantir l’accès de tout bachelier à n’importe quelle licence. C’est pourquoi il me semble nécessaire de construire un système permettant d’orienter de manière plus efficace les bacheliers. Il ne convient pas d’interdire à un bachelier qui n’a pas la formation initiale nécessaire de poursuivre la formation dont il rêve ou dont il a très envie, mais lui proposer une formation intermédiaire, par exemple une année propédeutique, une année de remise à niveau qui lui donne une véritable chance de réussir.
Mme Danielle Brulebois (EPR) (EPR). Monsieur le premier ministre, messieurs les ministres, merci beaucoup d’avoir organisé ce débat.N’oublions pas d’où nous venons : avant Parcoursup, c’était APB – et c’était beaucoup moins bien.Vous avez cependant entendu l’inquiétude des lycéens et vous vous êtes engagés à fournir un travail important en vue de rendre les critères plus transparents, à définir un calendrier moins anxiogène et à proposer un véritable accompagnement.Au-delà de la plateforme, deux questions me paraissent aussi urgentes et importantes. À l’heure de la progression vertigineuse de l’intelligence artificielle, nos jeunes ne sont pas seulement inquiets, ils sont en proie au doute : vers quelle formation faut-il se diriger alors que cette technologie transforme en profondeur de nombreux métiers, que des tâches disparaissent et que d’autres naissent ? Nos universités sont-elles prêtes à renouveler très vite leurs cursus et à créer les formations aux métiers de demain ? L’adaptation passe aussi par une orientation qui intègre ces profondes mutations.Second défi : l’accès aux études supérieures dans les départements ne disposant pas d’une université. Pour un jeune du Jura, l’égalité des chances se mesure en kilomètres et en loyers, autant de charges insupportables pour de nombreuses familles. Beaucoup de jeunes renoncent avant même d’avoir formulé un vœu.Les campus connectés que nous avons créés en 2019 ont fourni une réponse, avec 85 % de réussite, et près d’un étudiant sur quatre n’aurait jamais fait d’études supérieures sans eux. En santé, la première année de médecine promise dans chaque département n’est toujours au rendez-vous dans le Jura, alors que Lons-le-Saunier dispose d’un campus connecté et d’un institut de formation en soins infirmiers prêt à accueillir une première année de Pass-LAS – licence Accès santé – tutorée à distance.Ces deux défis n’en font qu’un : la révolution de l’IA et l’accès aux études supérieures ne doivent pas creuser la fracture entre métropoles et territoires ruraux.Monsieur le ministre, quel plan prévoyez-vous pour adapter rapidement l’offre universitaire aux métiers transformés par l’IA ? Ces nouvelles formations seront-elles aussi ouvertes dans les campus connectés ? Comptez-vous enrichir le catalogue de formations desdits campus et nouer un partenariat élargi avec les universités ? Enfin, ouvrirez-vous dès 2027 une première année de santé à Lons-le-Saunier… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’oratrice.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
M. Philippe Baptiste. Merci, madame la députée, pour cette question essentielle, concernant l’intelligence artificielle.Dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, comme dans de très nombreux autres secteurs, cette technologie bouleverse les pratiques. Les communautés de chercheurs se saisissent de la question et y réfléchissent. Certains, notamment les mathématiciens, sont confrontés à de grandes difficultés, mais ce sont eux qui mènent le travail. S’agissant de l’enseignement supérieur, il en va un peu différemment et certaines questions sont abyssales. La pertinence de certaines formations est en question : suis-je en train de former mes étudiants à des métiers qui existeront toujours demain ?Le rythme d’évolution de l’intelligence artificielle m’oblige à vous dire que je suis le premier à me poser de telles questions, que les collègues dans les amphithéâtres se les posent aussi et qu’ils s’inquiètent de ces évolutions. Que faut-il faire ? Il me semble qu’il faut commencer par former tous les jeunes à la compréhension de l’intelligence artificielle. Quelle que soit la discipline qu’ils étudient – sciences humaines et sociales, sciences et techniques, médecine, peu importe –, il faut pouvoir transmettre une connaissance minimale qui permette de comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle.Il faut ensuite procéder métier par métier pour réfléchir avec les jeunes sur les évolutions possibles de chacun d’eux. Vu la vitesse des évolutions, il n’y a pas de « sachant » en la matière, nul ne peut prétendre être celui qui sait. Il faut donc dialoguer avec les jeunes pour essayer de leur expliquer quelles sont les problématiques, la façon dont on envisage les évolutions des métiers et tenter de les préparer aux changements à venir qui seront massifs.En termes d’investissements, je tiens à indiquer quelques chiffres : 75 millions d’euros de subventions pour la stratégie d’accélération IA ; près de 400 millions d’euros pour les clusters IA ; et de très nombreux projets d’enseignement supérieur qui leur sont adossés.
Mme Brigitte Klinkert (EPR) (EPR). Les contestations qui s’expriment aujourd’hui dans les lycées et les universités ne doivent pas être minimisées. Elles traduisent une inquiétude profonde de notre jeunesse, la peur de faire le mauvais choix, de ne pas trouver sa place dans la société, et le sentiment que les décisions qui engagent son avenir sont prises sans elle. L’orientation de nos jeunes appelle un débat et des décisions politiques majeures.En 2026, plus de 1 million de candidats ont formulé des vœux sur Parcoursup, 370 000 d’entre eux ont demandé une formation en apprentissage.En dix ans, le nombre de candidats a augmenté de 31 %. Derrière ces chiffres, il y a des jeunes de 17, 18 ou 19 ans auxquels on demande de faire des choix déterminants pour leur avenir alors qu’ils connaissent parfois très peu les métiers et les formations qui leur sont offerts. Il nous faut aussi changer de regard : trop souvent perçus comme des choix par défaut, la voie professionnelle et l’apprentissage sont de véritables parcours de réussite et d’émancipation. Lorsque j’étais ministre en charge de l’insertion auprès d’Élisabeth Borne,…
Mme Brigitte Klinkert (EPR). …nous avions mis en place le plan « 1 jeune, 1 solution » qui a permis à 4 millions de jeunes de trouver leur voie.Aujourd’hui, nous devons concentrer nos efforts sur le collège et le lycée. Deux ans après leur sortie de formation, 73 % des apprentis de niveau CAP et BTS sont en emploi salarié. L’apprentissage est un véritable tremplin qui permet d’acquérir une qualification en apprenant un métier sur le terrain au contact des professionnels. C’est aussi une réponse aux nombreux besoins des entreprises et un moyen de préserver des savoir-faire qui risquent de se perdre faute de transmission.Monsieur le ministre, devant ces inquiétudes, quelles mesures comptez-vous prendre pour renforcer l’accompagnement à l’orientation, mieux faire connaître les débouchés des formations professionnelles et de l’apprentissage, et garantir que chaque jeune puisse construire son projet professionnel et ne pas subir son orientation ?
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Édouard Geffray. Merci d’insister sur le rôle effectivement déterminant de l’orientation, qui doit permettre à chaque jeune de prendre confiance en lui et de trouver le parcours qui lui correspond. Elle ne doit pas l’enfermer dans une trajectoire qui lui paraîtrait définitive, mais au contraire lui permettre de se réorienter par la suite. Chaque année, des centaines de milliers d’étudiants se réorientent, et c’est bien normal.Je vous répondrai très précisément. D’abord, le plan pluriannuel d’orientation est mis en place dans 88 % des établissements. Notre cible est de 100 %, de sorte qu’au sein de chaque établissement les équipes pédagogiques et éducatives puissent construire de véritables parcours autour de la découverte des métiers.D’autre part, nos élèves ont évidemment besoin d’outils numériques – le seul moyen de tout voir et de tout savoir –, mais ils ont aussi besoin d’accompagnement humain : ils ont besoin de rencontrer des conseillers d’orientation, de parler à leurs professeurs principaux, etc. C’est la raison pour laquelle nous avons créé des postes l’année dernière et que nous le faisons de nouveau cette année en augmentant leur nombre, puisque nous passons de 300 à 500 postes créés. Il faut évidemment que ces créations de postes s’appuient sur un vivier suffisant de professionnels, ce qui n’est pas forcément le cas, c’est pourquoi cette trajectoire est progressive. Cela dit, il est très clair que les jeunes ont besoin d’humain, et qu’il faut le leur offrir.Comme les associations lycéennes que nous avons rencontrées nous l’ont demandé, il faut aussi proposer des journées d’immersion dans l’enseignement supérieur. Par définition, un lycéen n’a jamais vu une université de sa vie ! Ainsi, dès le mois de janvier de l’année prochaine, nous proposerons en lien avec le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et les universités des journées d’immersion aux élèves de terminale pour qu’ils aillent voir à quoi ressemble l’enseignement supérieur.À partir du mois de janvier 2027, les structures du réseau Information Jeunesse, qui participent de l’accompagnement humain que j’évoquais, pourront tenir des permanences dans les lycées. Enfin, nous nous tournons aussi vers les familles par le biais de la plateforme Avenir(s), qui permet de se familiariser avec les filières d’orientation et leurs débouchés. Les familles ont aussi besoin de s’informer : les premières personnes que les élèves interrogent au sujet de leur parcours sont naturellement leurs proches.
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP) (LFI-NFP). En dépit d’une mobilisation historique, les lycéens et les étudiants ont dû attendre cinq semaines avant d’être reçus par le premier ministre. Sachez que si vous êtes devant nous, c’est parce que le mouvement des jeunes a remporté une première victoire : ils vous ont obligés à leur répondre, même si vous n’avez annoncé que des mesurettes – et cela, de l’Union étudiante à la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) en passant par l’Union syndicale lycéenne, ils l’ont bien compris !
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Puisque vous refusez de les écouter, permettez-moi de vous rappeler ce qu’ils ont répondu. Vous annoncez d’abord votre décision d’indexer les bourses sur l’inflation, après que le gouvernement les a lui-même désindexées pendant trois ans. C’est un coup de com’ qui ne changera rien à l’immense précarité étudiante. Vous annoncez ensuite la création de 15 000 places dans l’enseignement supérieur, alors qu’il en manque 250 000. Vous ne répondez donc qu’à 6 % des besoins !Troisièmement, vous annoncez une réforme de Parcoursup pour 2028 afin d’améliorer sa transparence. Si les lycéens et les familles sont dans une telle détresse, ce n’est pas par manque de transparence, mais parce qu’ils sont confrontés à une sélection féroce qui discrimine et trie en fonction du secteur et du lycée d’origine. Il faut à la fois conserver une plateforme centralisée et abolir la sélection, cela dès aujourd’hui, sans attendre 2028. J’ai déposé à deux reprises une proposition de loi visant à abroger Parcoursup et à rétablir un droit d’accès au supérieur pour tous les titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme équivalent. Si vous avez un peu de courage, faites-la inscrire à l’ordre du jour ! Si vous ne le faites pas, nous le ferons nous-mêmes en mai prochain, lorsque La France insoumise sera au pouvoir.
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Vous annoncez ensuite la création de 500 postes, alors que ce sont 9 906 postes d’enseignants qui ont été supprimés sous Macron ! On dirait une mauvaise blague ; vous prenez vraiment les Français pour des imbéciles ! Vous dites aussi que le bâti scolaire sera rénové avec 4 milliards d’euros de prêts. Ce sont en réalité les régions et les départements qui s’endetteront, alors qu’ils sont déjà asphyxiés par vos budgets d’austérité successifs. Enfin, vous annoncez généreusement que les classes de seconde seront limitées à vingt-huit élèves. Monsieur le ministre, auriez-vous oublié que les élèves de première et de terminale existent aussi, alors qu’ils passent le bac et qu’ils sont soumis au contrôle continu ?Les organisations de jeunesse ont formulé dix mesures très claires ; il faut les respecter ! La jeunesse vous a arraché une première victoire à 412 millions d’euros. Nous sommes encore loin des 10 milliards nécessaires : ils ne s’arrêteront pas et ils nous auront à leurs côtés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
M. Philippe Baptiste. En matière d’indexation des bourses, notre proposition répond à une revendication des organisations étudiantes exprimée de longue date,…
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Ah ça, on l’attend, la réforme des bourses !
M. Philippe Baptiste. …et vise à indexer les bourses sur l’inflation cette année, mais aussi dans la durée. Nous cesserions de nous demander chaque année s’il faut indexer cette aide sociale majeure sur l’inflation, puisque nous aurions statué sur la question de manière claire et définitive.Pour ce qui concerne la création de places dans l’enseignement supérieur, le chiffrage donné n’est qu’une première étape ; le premier ministre a clairement spécifié qu’il restait des marges de discussion. Il nous reste aussi à engager une réflexion pluriannuelle sur l’ouverture de ces places. Ce sont néanmoins 15 000 places qui seront ouvertes dès maintenant,…
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Il faut passer de 15 000 places à 250 000 !
M. Philippe Baptiste. …surtout en Île-de-France où la situation est très tendue et les besoins très importants, notamment pour l’affectation des bacheliers technologiques et professionnels.Au sujet de la sélection à l’université, je vous rappelle que l’OCDE classe tous les ans…
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Ah, on l’aime bien l’OCDE ! Moi aussi, je peux vous citer plein de rapports !
M. Philippe Baptiste. …les pays membres de l’organisation en fonction de leur sélectivité dans l’enseignement supérieur. La France occupe la dernière place du classement. Il me semble donc difficile de dire que la France est un pays où la sélection fait rage.
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). Ça vous fait bien plaisir, quelque 126 000 jeunes sur la touche !
M. Laurent Croizier (DEM). Mais arrêtez de mentir sans arrêt ! Vous voulez tout nationaliser !
M. Philippe Baptiste. Je terminerai par la rénovation du bâti scolaire. Cinq milliards d’euros sont aujourd’hui sur la table : 4 milliards seront engagés dans des mécanismes de prêt,…
M. Philippe Baptiste. …quand le milliard restant, qui compte 200 millions d’euros de nouveaux crédits, sera distribué dès cette année pour différentes opérations. Je ne crois pas que l’on puisse balayer cela d’un revers de main.
M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP) (LFI-NFP). Face au désarroi des lycéens déboussolés, certains établissements privés lucratifs organisent la prédation, générant du fric sur le dos de jeunes qui cherchent à se construire un avenir. Qu’avez-vous fait pour empêcher un tel scandale de se développer ? Rien, sinon un projet de loi préparant la fusion scandaleuse de l’enseignement supérieur public et du privé, que vous n’avez même pas été capables de mettre à l’ordre du jour de nos travaux. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Pendant ce temps, un étudiant sur quatre étudie dans le secteur privé, dans lequel l’ESR – l’enseignement supérieur et la recherche – privé lucratif occupe une place grandissante. Il prospère notamment grâce au soutien financier de la puissance publique, qui l’arrose généreusement, tandis que l’université publique dépérit. Plutôt que d’essayer de protéger les familles de ces établissements prédateurs qui organisent l’accaparement des lycéens désorientés à grand renfort de marketing trompeur, vous laissez délibérément ces jeunes dépenser des milliers d’euros pour des diplômes bidon enrichissant de grands groupes.Ces grands groupes, nous connaissons leurs méthodes. La journaliste Claire Marchal a révélé celle du groupe Galileo Global Education : conditions d’études calamiteuses, marchandage du diplôme, le tout avec pour seul objectif de faire du profit. Quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre que l’ancienne ministre macroniste Muriel Pénicaud avait rejoint ce groupe, après avoir été à l’origine de la loi sur l’apprentissage qui porte son nom, et dont ces boîtes font leur miel. (Mme Marie Mesmeur applaudit.)Sous la Macronie, les intérêts de l’université publique s’effacent au profit de ceux de l’enseignement privé lucratif, et ce sont les étudiants qui en paient le prix fort. Cette situation catastrophique, c’est votre bilan. C’est vous qui avez mis les universités à genoux et organisé le tri social des étudiants via Parcoursup, ne laissant d’autre choix aux jeunes que de se tourner vers le privé lucratif. Nous vous alertons depuis le début et avons même déposé une proposition de loi pour lutter contre ces arnaques. Mais combien d’étudiants votre inaction a-t-elle désespérés ? Messieurs les ministres, répondre aux revendications des lycéens, c’est aussi tout mettre en œuvre pour qu’ils n’aient pas à poursuivre leurs études dans ces établissements privés malhonnêtes. Quand comptez-vous cesser les effets d’annonce et passer aux actes ? Si vous ne vous en sentez pas le courage, laissez-nous la place, nous le ferons ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
M. Philippe Baptiste. J’essaierai de vous répondre sur le fond, auquel je vous sais attaché. Aujourd’hui, un quart des étudiants étudient dans l’enseignement supérieur privé. Cette part a très fortement augmenté ces quinze ou vingt dernières années – elle a gagné près de 10 points –, sans compter la croissance démographique. La croissance de l’enseignement supérieur privé est donc très forte. Je crois qu’il nous faut reconnaître que, dans la très grande majorité des cas, les étudiants et leurs familles sont très contents des formations de l’enseignement supérieur privé,…
M. Philippe Baptiste. …ce qui ne signifie évidemment pas qu’il faut cesser de proposer des offres dans l’enseignement supérieur public. Néanmoins, il me semble que la liberté de l’enseignement a son importance dans l’enseignement supérieur, et je n’irai jamais à l’encontre de ce principe.En revanche, il est fondamental de garantir la qualité des enseignements et des formations dispensés dans ces établissements privés. (Mme Mathilde Feld s’exclame.) Des abus, il y en a eu, vous en avez cité. Toutefois, même dans le cadre législatif actuel – qui, je vous l’accorde, nous laisse relativement démunis en matière de régulation – et grâce à l’utilisation des chartes attachées à Parcoursup, nous avons pu mener une quarantaine de contrôles. Ils nous ont permis d’identifier des difficultés sur la plateforme, immédiatement rectifiées par les établissements. Il faut évidemment aller plus loin, mais avec prudence.
M. Benjamin Lucas-Lundy (EcoS) (ECOS). Messieurs les ministres, le cœur du débat est bien plus qu’une question purement éducative, voire sociale ; c’est une question fondamentalement républicaine. La République est née de l’abolition des privilèges – il faudrait que vous en souveniez lors de nos débats budgétaires – et elle repose sur la promesse que chacun peut s’élever. Avec vos collègues du gouvernement, vous n’avez d’ailleurs de cesse d’en appeler à la valeur du mérite, de l’effort et du travail. Cette promesse est inscrite dans la Constitution : le préambule de 1946 est clair lorsqu’il dispose que « la nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction ».Nous incitons toutes et tous nos enfants à bien travailler à l’école pour qu’ils puissent faire des études. Tous les parents savent que le diplôme protège : il y a trois fois plus de chômage chez les non-diplômés que chez les diplômés. Cependant, Parcoursup généralise le tri avec des algorithmes opaques et ferme la porte à des jeunes qui ont fait tout ce qu’on leur demandait ! (Mmes Léa Balage El Mariky et Marie Mesmeur applaudissent.) On est loin de la méritocratie : votre régime, c’est l’héritocratie. Au début du XXe siècle, nos prédécesseurs ont créé les bourses pour que les enfants d’ouvriers accèdent au savoir ; vous, vous dressez des barrages. Parcoursup est le seul outil que vous ayez trouvé pour empêcher les universités asphyxiées de faire faillite, alors que vous refusez de leur donner les moyens d’assurer leurs missions.Aussi existe-t-il désormais deux jeunesses : une jeunesse livrée à des officines privées hors de prix, que leurs parents ont les moyens de payer, et que le projet de loi relatif à la régulation de l’enseignement supérieur privé avait pour but d’encadrer. Il n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée et je m’associe à l’interpellation de notre collègue à ce sujet. L’autre jeunesse est une jeunesse sans solution, condamnée à la trappe à chômage. En réalité, Parcoursup, c’est le vigile posté en bas de l’escalier quand l’ascenseur social est en panne. Nous, nous voulons le réparer. Quel gâchis quand le pays manque d’ingénieurs, de médecins et de chercheurs pour la transition écologique et le numérique !Refuser d’investir n’a rien de rationnel : c’est un choix idéologique, le vôtre et celui de vos prédécesseurs depuis tant d’années. C’est le choix de l’entre-soi et du séparatisme social et scolaire. Alors, oui, il faut en finir définitivement avec Parcoursup et donner les moyens aux universités d’accueillir tous les enfants de la République. (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.) C’est cela, tenir la promesse républicaine, monsieur le ministre. Quel est votre choix : le séparatisme socio-scolaire ou la République ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)
M. Philippe Baptiste. Permettez-moi de revenir un instant sur le tri social. Comment pouvez-vous affirmer que la plateforme Parcoursup fait du tri social,…
Mme Marie Mesmeur (LFI-NFP). On peut vous conseiller des bouquins de sociologie !
M. Philippe Baptiste. …alors qu’il n’y a jamais eu autant d’étudiants habitant hors de Paris intra-muros qui font leurs études dans Paris intra-muros ?Comment peut-on affirmer que cette plateforme opère un tri social, alors qu’elle est la première à avoir instauré des quotas en faveur des boursiers ? Ces quotas, qui n’existaient pas dans les dispositifs antérieurs, ont permis à 150 000 jeunes d’accéder à des formations auxquelles ils n’auraient pas pu accéder s’ils n’avaient pas été boursiers.Ces résultats sont tangibles et vérifiables. Certes, cette plateforme a mille défauts et demeure sans doute très perfectible. Mais répéter que Parcoursup procéderait à un tri social, c’est entretenir une contrevérité et c’est faux, monsieur le député.
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Tout le système scolaire est du tri social ! Dans quels pays vivent ces gens ?
M. Pouria Amirshahi (EcoS) (ECOS). Monsieur le ministre, je dois vous avouer qu’en vous écoutant, j’ai parfois l’impression d’entendre une langue morte (M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit). Il aura donc fallu épuiser huit ministres de l’éducation nationale (Mme Marie Mesmeur rit) pour obtenir, à quelques mois de l’élection présidentielle, des semblants d’annonces.Deuxième élément de mon désarroi, que d’autres partagent avec moi : il aura fallu qu’un jeune perde une main et une autre un œil pour que vous en arriviez à reconnaître la légitimité de certaines revendications.J’en viens au fond. Dans cette mobilisation, la jeunesse a exprimé une revendication on ne peut plus légitime : affirmer son existence par soi-même et revendiquer le droit à choisir sa vie. Une pancarte m’a beaucoup plu. Je ne sais pas si vous l’avez vue, même si elle a été largement diffusée. Son message était très simple : Le monde ou rien.Rien n’est plus légitime que cette exigence d’une jeunesse qui demande à vivre dans un monde qu’on lui a préparé, sans qu’elle ait jamais demandé qu’il soit aussi dégradé, mais dans lequel elle souhaite, à tout le moins, s’inscrire comme elle l’entend.Or cette jeunesse est confrontée, dans sa scolarité, à des obstacles considérables, qui tiennent d’abord à l’origine sociale. La formidable révolution démocratique de l’université, c’est d’avoir permis aux classes moyennes et ouvrières, et à leurs enfants, d’accéder à l’enseignement supérieur après le baccalauréat : c’est fabuleux ! (Mme Marie Mesmeur et MM. Benjamin Lucas-Lundy et Pierre Pribetich applaudissent.)Mais vous ne pouvez pas, une fois le baccalauréat obtenu, leur dire : « Circulez, il n’y a rien à voir ! ». Par votre désengagement financier et budgétaire, vous créez les conditions d’une dégradation des conditions d’études.Parcoursup, de ce point de vue, constitue une catastrophe absolue. Vous obligez des jeunes, alors qu’il est parfaitement légitime qu’ils s’interrogent sur leur avenir, à mentir. Choisir est difficile. Auparavant, ils devaient formuler trois choix, ce qui était déjà compliqué. Désormais, vous exigez d’eux qu’ils en formulent dix, ce qui les conduit à raconter des choses qu’ils n’ont pas envie de raconter. (Mme Marie Mesmeur et M. Benjamin Lucas-Lundy applaudissent.)C’est pourquoi il faut mettre fin à ce qui constitue une véritable école du vice. L’abrogation de Parcoursup est une revendication légitime et de bon sens. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
M. Philippe Baptiste. Pour votre bonne information, depuis la création de la plateforme, il est possible de formuler jusqu’à dix vœux, assortis d’éventuels sous-vœux. Il s’agit d’un maximum, mais il n’est nullement obligatoire de formuler dix vœux. Vos sources ne semblent donc pas tout à fait exactes en la matière.Au-delà de cette précision, la question que vous soulevez renvoie aux aspirations de la jeunesse, qui dépassent le seul cadre de l’enseignement supérieur ou des lycées. Il existe probablement une forme de malaise chez les jeunes, liée à la société dans laquelle nous vivons, mais aussi une aspiration à agir, à se rendre utiles et à trouver leur place dans un monde complexe, marqué notamment par l’émergence de l’intelligence artificielle et par le réchauffement climatique, qui soulève des questions particulièrement délicates quant à l’avenir de notre planète.Notre responsabilité collective est de proposer à cette jeunesse-là des solutions et des formations susceptibles de répondre à ses aspirations.
Mme Géraldine Bannier (Dem) (DEM). Je voudrais profiter de ce débat pour revenir avec vous sur la question du contrôle continu, soulevée par les lycéens. L’idée procédait sans doute, à l’origine, d’une bonne intention : inciter les élèves à travailler plus régulièrement, et non pas seulement à la veille des épreuves terminales. Toutefois, après quelques années de recul, plusieurs travers ont été identifiés.Les professeurs des enseignements de spécialité se sentent parfois contraints de surnoter des élèves, pour plusieurs raisons : ne pas perdre d’effectifs dans leur spécialité et assurer ainsi la pérennité de cet enseignement ; acheter la paix sociale avec les parents et les élèves – c’est ce qu’une collègue m’a confié ; ne pas pénaliser les jeunes dans le cadre de leur candidature en classe préparatoire, par exemple.Se pose également la question du poids du contrôle continu en première, dont les notes sont conservées même en cas de redoublement. Il faut rappeler que le stress est vécu très différemment selon les élèves.Ne pourrions-nous pas plutôt imaginer l’organisation de quelques devoirs communs dans l’année, choisis dans une banque nationale standardisée, selon une formule qui était d’ailleurs initialement appliquée ? Ce dispositif présenterait l’avantage de mieux harmoniser la notation de tous les élèves sur l’ensemble du territoire, quelle que soit la localisation des établissements et leur recrutement social, mesuré notamment par l’indice de position sociale (IPS).Notre groupe n’oublie pas non plus le problème de l’absentéisme des lycéens en fin d’année, une fois les premières épreuves passées ou leur orientation déterminée, alors même qu’ils devraient poursuivre la préparation des épreuves terminales. Enfin, nous ne perdons pas de vue la situation des élèves de terminale professionnelle et la question du parcours en Y, si décrié, mais maintenu bien que désormais aménagé.Pouvez-vous d’ores et déjà nous annoncer des améliorations possibles de ce dispositif du contrôle continu ?
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Édouard Geffray. Mesdames et messieurs les députés qui nous faites l’honneur de rester pour ce débat si important pour notre jeunesse, le contrôle continu fait en effet depuis très longtemps l’objet d’une controverse, entre bonnes intentions et effets indésirables. D’un côté, l’objectif est de mieux répartir les évaluations et, par conséquent, la prise de risque pour les élèves. De l’autre, ces derniers vivent désormais dans un état de stress permanent, alors qu’auparavant, ils ne connaissaient ce stress qu’une seule fois, si je puis dire.Je ne suis pas partisan de la disparition complète du contrôle continu. Contrairement à ce que l’on entend parfois, il a d’ailleurs toujours existé au baccalauréat, notamment pour les langues vivantes. On l’oublie souvent aujourd’hui.En revanche, deux questions se posent. Premièrement, faut-il maintenir le contrôle continu en classe de première ? Ne pourrait-on pas considérer, au contraire, que cette classe doit être consacrée à la préparation des épreuves anticipées de fin d’année – en français et, désormais, en mathématiques – tandis que l’année de terminale serait pleinement tournée vers le baccalauréat ? C’est peut-être un scénario un peu ambitieux, mais je mets cette hypothèse sur la table.Deuxièmement, si le contrôle continu présente l’avantage de lisser l’évaluation, ne devrions-nous pas ouvrir aux élèves un droit à l’erreur, autrement dit un mécanisme permettant de corriger les aléas ? Un accident de parcours est toujours possible et ne doit pas pénaliser à l’excès un lycéen.Quant au lycée professionnel, dont vous avez bien voulu parler et auquel je suis extrêmement attaché, l’une des premières décisions que j’ai prises lorsque je suis arrivé au ministère, il y a un peu plus d’un an, a été de supprimer le parcours en Y tel que nous le connaissions, avec des épreuves organisées très tôt, dès le mois d’avril, selon un calendrier qui conduisait les élèves à décrocher une fois celles-ci passées.Ce ne sera plus le cas cette année : les épreuves terminales du bac professionnel, comme celles des bacs des filières générale et technologique, se dérouleront au mois de juin.
M. Laurent Croizier (Dem) (DEM). Les jeunes ont trop souvent le sentiment que leur vie entière se joue en quelques clics sur la plateforme d’orientation Parcoursup. Or beaucoup de choses se construisent bien en amont : l’orientation est l’aboutissement d’un parcours continu, permettant à chaque jeune de découvrir ses envies, ses talents, la diversité des métiers et les formations qui y conduisent. La clé réside dans un accompagnement individualisé tout au long de la scolarité.C’est l’une des conclusions du rapport sur l’accompagnement des élèves à la découverte des métiers et à l’orientation, que nous avons rédigé avec mon collègue Arnaud Bonnet en juillet 2025, et qui formulait quarante-cinq recommandations.
M. Laurent Croizier (DEM). Nous proposons d’élargir le champ des possibles dès l’école primaire, grâce à la découverte de métiers ; de renforcer le dialogue avec les familles dès la classe de cinquième ; de rendre les intitulés de toutes les formations et de tous les diplômes enfin compréhensibles par tous.Aucun jeune ne devrait être laissé seul face à ses choix. Je propose qu’à l’entrée au lycée, chaque élève puisse compter sur un professeur tuteur qui l’accompagnera individuellement durant ces trois années. Combien d’étudiants intègrent l’université par défaut, sans projet et sans maîtriser les acquis nécessaires ? Combien échouent en licence ? Combien découvrent, au terme d’un master ou d’un doctorat, l’absence de débouchés professionnels ?Je regrette que le débat actuel se réduise à l’accès à l’université. Y orienter les jeunes sans discernement est une erreur. Au groupe Démocrates, nous refusons de mentir aux lycéens sur les exigences des formations et sur leurs débouchés. Ce discours participe à invisibiliser les autres cursus et à dénigrer la voie professionnelle. Je propose au contraire de la revaloriser en fusionnant les lycées professionnels, généraux et technologiques et en créant des secondes mixtes et davantage de passerelles.Pourquoi faudrait-il séparer les jeunes et cloisonner les voies de formation ? La France a autant besoin de techniciens, d’artisans et d’ouvriers qualifiés que de cadres ou d’ingénieurs. Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui viendra réparer nos fuites d’eau, tirer nos lignes électriques ou préparer nos repas. (Mme Josy Poueyto applaudit.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Édouard Geffray. Je vous remercie d’avoir rappelé les propositions formulées dans votre rapport. Je n’en évoquerai ici que quelques-unes, même si toutes sont très intéressantes.Tout d’abord, l’enjeu de la découverte des métiers par les jeunes est en effet essentiel. Une étude réalisée il y a deux ans révélait qu’un jeune connaissait en moyenne quinze métiers à la fin de la classe de troisième, soit, grosso modo, ceux de son environnement social et familial immédiat. Or, sachant que les parents et les proches sont les premiers prescripteurs en matière d’orientation, il est évident que le paramètre de reproduction sociale demeure un phénomène absolument majeur.Cette découverte des métiers se déploie notamment grâce aux demi-journées qui lui sont consacrées dans les collèges, dans le cadre des plans pluriannuels d’orientation. Mais il faut aussi, comme je l’évoquais il y a un instant, travailler avec les parents et les familles pour élargir l’horizon familial, afin que les parents puissent attirer l’attention de leurs enfants sur l’existence d’un métier susceptible de leur correspondre. Ce n’est pas parce que les parents n’ont pas exercé un métier que celui-ci ne pourrait pas intéresser leurs enfants.Deuxième élément : le travail sur le tutorat. En la matière, de nombreuses actions sont menées dans le cadre du dispositif des Cordées de la réussite, que j’ai évoquées lors d’une intervention précédente. Près de 180 000 jeunes en bénéficient.Une piste pourrait consister à mettre en place un suivi individuel, sous la forme d’un portfolio ou d’un carnet de conseils, qui accompagnerait l’élève tout au long de sa scolarité ou, du moins, des classes de cinquième ou de quatrième jusqu’à la fin de son parcours scolaire.Il y a là un enjeu de continuité dans l’accompagnement. Nous savons tous qu’un seul rendez-vous avec un conseiller d’orientation change rarement une vie. En revanche, tisser une sorte de fil rouge dans le dialogue, à travers un entretien annuel, voire deux obligatoires à partir de la troisième, pourrait contribuer à construire un parcours. C’est une idée que je trouve extrêmement intéressante, même si je ne prétends pas être en mesure de la mettre en œuvre immédiatement.Enfin, la revalorisation de la voie professionnelle est essentielle. Je le disais tout à l’heure : pour la première fois depuis vingt ans, les vœux pour la voie pro augmentent, et je crois que nous y sommes pour quelque chose.
Mme Delphine Lingemann (Dem) (DEM). Depuis plusieurs semaines, des milliers de lycéens nous font part de leur angoisse face à l’avenir. Cette angoisse mérite mieux qu’une surenchère électoraliste. Elle mérite la vérité. La vérité, c’est que certains ont choisi d’exploiter la détresse de la jeunesse. Et quand les mélenchonistes exigent la fin de toute sélection et la création de 250 000 places dans l’enseignement supérieur, c’est bercer notre jeunesse d’illusions. Et une illusion déçue, c’est toujours de la colère en plus.La vérité, et j’ajouterai l’honnêteté, consiste à dire à notre jeunesse que la réussite ne se résume ni au bac ni aux études supérieures, et qu’une formation professionnalisante qui intervient plus tôt dans un parcours est également une voie d’excellence, lorsqu’elle est choisie et qu’elle conduit aux métiers dont notre pays a besoin.La vérité et l’honnêteté, c’est aussi leur dire qu’une sélection existera toujours. La seule question est de savoir quand et comment. Soit on l’assume à l’entrée du supérieur avec des critères clairs, expliqués et transparents, soit elle se fait plus tard et souvent plus brutalement, par l’échec en licence ou sur le marché du travail.Mais il est une autre vérité dont on parle trop peu : l’intelligence artificielle qui transforme nos métiers, l’enseignement et la manière même d’apprendre. Or nous continuons d’orienter des jeunes vers des formations qui risquent de ne plus répondre aux besoins de demain et qui seront autant d’impasses pour eux.Messieurs les ministres, vous envisagez pour 2028 un outil d’orientation enrichi par l’IA, nourri des résultats des campagnes précédentes. Mais le passé ne dit pas tout des métiers de demain. D’où ma question : êtes-vous prêts à créer un conseil scientifique pour anticiper l’évolution des métiers sous l’effet de l’intelligence artificielle, pour éclairer nos choix de formation et pour donner à chaque jeune les moyens de prendre sa place dans le monde qui vient ?La vérité que nous devons aux jeunes, en assumant notre responsabilité, c’est qu’une promesse d’avenir n’a de valeur que si nous nous donnons les moyens de la tenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Édouard Geffray. Je rejoins ce qui a été dit tout à l’heure ; je ne polémiquerai donc pas inutilement sur les risques d’assignation territoriale qui se cachent derrière certains projets.La question de l’intelligence artificielle est très importante. C’est d’ailleurs l’un des trois chantiers que j’ai engagés à mon arrivée au ministère ; je l’ai ouvert il y a plusieurs mois déjà. L’IA est en train de bouleverser totalement l’horizon des métiers, et par conséquent celui des formations. C’est probablement la plus grande inquiétude des jeunes. J’en rencontre chaque semaine depuis un an, et beaucoup me disent : « Je voudrais être graphiste, ou interprète, mais ce métier va disparaître » ; « Je voudrais faire du commerce, mais mon métier va être remplacé. » On ne mesure pas encore suffisamment le vertige auquel ils sont confrontés. Nous devons y répondre.Nous connaîtrons aussi, probablement, un bouleversement des hiérarchies sociales implicites associées aux formations. Cela ne sera peut-être pas totalement mauvais pour notre pays, qui est, en Europe, celui qui a le plus considéré la formation professionnelle comme destinée à ceux qui ne réussissaient pas dans les savoirs académiques. En Allemagne ou en Suisse, elle est au contraire massive. Pourquoi cette différence ? Parce que nous avons fait le choix d’atteindre un niveau très élevé de tertiarisation. L’IA bouleverse cet ordonnancement : certains métiers dont nous aurons besoin ne seront pas remplacés par l’IA et vont être revalorisés, tandis que d’autres, qui formaient une sorte de sommet social implicite, vont être complètement remplacés – nous menons actuellement ce travail d’identification. J’ai d’ailleurs créé un comité d’anticipation en éducation, qui nous éclaire sur ces évolutions et sur la manière de reconfigurer totalement la carte des formations professionnelles dans les prochaines années.Il faudra enfin s’interroger sur la partition entre voie générale et technologique et voie professionnelle : un pays qui conduit 50 % des élèves en voie générale sans se demander ce qu’ils deviennent ensuite – et qui est le seul à procéder ainsi en Europe – gagnerait sans doute à le faire, afin précisément de revaloriser la diversité des parcours.
M. Paul Molac (LIOT) (LIOT). À l’invitation du proviseur, nous avons rencontré les 600 élèves du lycée Marcellin-Berthelot de Questembert. Je m’étais engagé à relayer leurs revendications. Je me fais donc aujourd’hui l’orateur de la question écrite par Nello, Nina, Milan, Mattéo et Jules, cinq élèves porte-parole de leurs camarades, que je remercie de leur contribution.« Bonjour, nous sommes du lycée Marcellin-Berthelot, dans le Morbihan. On aimerait réagir aux pseudo-mesures, insuffisantes au regard de nos revendications : 15 000 places supplémentaires dans les études supérieures, dont 10 000 supprimées cette année, alors qu’on en demande 250 000. Comment se projeter dans le futur et se sentir rassurés ?« Parcoursup, le budget de l’éducation nationale, la violence ou l’écologie sont des exemples de revendications, parmi des centaines d’autres, portées par les lycéennes et les lycéens. Est-il normal que nous soyons obligés de bloquer nos lycées pour être entendus ?« Le rythme scolaire, en décalage avec notre rythme biologique, a un impact direct sur notre santé mentale et nos résultats. Pour nous, lycéens de milieu rural, une journée type, trajets et devoirs compris, commence à 6 heures et se termine à 20 heures. Pourquoi ne pas s’inspirer des premiers pays du classement Pisa, qui travaillent moins mais mieux ?« Depuis la création de Parcoursup, de nombreuses inégalités ont été relevées : un fonctionnement trop abstrait, une sélection fondée sur des critères discriminants, qui nous font vivre un stress permanent. Il faut une refonte immédiate et profonde. Le budget de l’éducation nationale doit être revalorisé et mieux réparti.« Votre rôle est de protéger la démocratie et de nous garantir un avenir qui respecte nos droits. Arrêtez de nous oublier, de nous ignorer, de nous mépriser et de nous réprimer. C’est à vous d’agir. Vous avez la confiance de la jeunesse entre vos mains. »
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Édouard Geffray. Je remercie les élèves qui vous ont écrit. Nous avons, disent-ils, la confiance des jeunes entre nos mains ; eux ont aussi celle de notre société, et singulièrement celle de votre serviteur – sans quoi je ne serais pas là. Comme vous le savez, je n’ai pas de projet électoral pour la suite.
M. Édouard Geffray. Si je suis là, c’est parce que j’adore cette jeunesse et que je lui ai dédié ma vie, en tout cas les dix dernières années. C’est une belle jeunesse, mais une jeunesse à laquelle il ne faut pas mentir et à laquelle il faut répondre précisément. Elle nous dit que nous avons besoin de places dans le supérieur. C’est exact, et nous en créons chaque année. Prétendre en créer 100 000 à la rentrée prochaine serait toutefois mentir : même si tous les étudiants étaient en amphithéâtre, il faudrait 1 000 amphithéâtres de 100 places. Personne ne sait faire cela en quelques jours.En revanche, créer des places en BTS, c’est répondre aux lycéens professionnels – ce sont eux qui peinent le plus à trouver dans le supérieur des études qui leur correspondent. Nous le faisons notamment dans les secteurs industriels, où ils trouveront ensuite un métier, plutôt que de les envoyer ailleurs, dans des situations qui leur seraient très préjudiciables.J’ai ouvert le chantier des emplois du temps. Si je peux agir sur le rythme hebdomadaire, notamment en milieu rural, où le 8 heures-18 heures devient un 6 heures-20 heures, voire 21 heures, sans compter les devoirs, et j’en passe, et si j’envisage même d’alléger un peu les horaires de première et de terminale, en revanche, comme je l’ai toujours dit, une réflexion globale sur les rythmes engage les transports scolaires, les familles, la vie économique et le secteur touristique. Une telle réflexion ne se mène évidemment pas cinq mois avant une élection présidentielle – si j’entreprenais de le faire, vous me le reprocheriez, à juste titre.Le temps me manque pour répondre aux autres questions, mais je suis tout à fait disposé à rencontrer vos élèves – à les faire venir, peut-être – pour un échange direct et concret sur notre action, loin du bruit et des mensonges.
Mme la présidente (EPR). Nous en sommes témoins. (Sourires.)La parole est à Mme Nicole Sanquer.
Mme Nicole Sanquer (LIOT) (LIOT). L’éloignement géographique, le coût des déplacements, la pénurie de logements étudiants et la complexité des démarches administratives et sociales sont autant d’obstacles à l’égalité des chances de nos jeunes Polynésiens face aux études supérieures. J’aborderai trois sujets.Premièrement, le logement étudiant. Votre gouvernement prévoit 45 000 logements étudiants d’ici à la fin du quinquennat : l’ambition est nécessaire, mais encore insuffisante face aux besoins. Je salue la priorité accordée aux étudiants ultramarins boursiers dans les résidences des Crous. Mais pourquoi en exclure les non-boursiers ? Ils subissent les mêmes contraintes d’éloignement, et leurs familles n’ont pas toujours les moyens de financer un logement. Envisagez-vous d’étendre cette priorité à tous les étudiants ultramarins et d’accélérer la construction de logements étudiants ?Deuxièmement, l’accès à l’université de la Polynésie française. Notre université accueille des candidats de tout le territoire national, en vertu du principe d’ouverture de notre enseignement supérieur. Mais lorsque ses capacités d’accueil sont limitées, des bacheliers polynésiens peuvent se retrouver sans place dans leur propre université, sans avoir nécessairement les moyens d’étudier dans l’Hexagone. Envisagez-vous d’instaurer une priorité territoriale pour les bacheliers polynésiens dans ses formations sélectives ?Troisièmement, la stratégie de l’enseignement supérieur dans les outre-mer. Nos territoires abritent une biodiversité exceptionnelle et représentent l’essentiel de l’espace maritime français. Nous n’exploitons cependant pas assez ce potentiel pour développer des formations universitaires d’excellence, notamment dans les domaines de la biodiversité et des écosystèmes marins. Pourquoi ne pas faire de nos universités ultramarines de véritables pôles d’excellence, offrant des cursus complets, de la licence au master, pour former sur place nos futurs chercheurs et experts ? Enfin, quand présenterez-vous la stratégie spécifique aux outre-mer que recommandait la Cour des comptes et qui devait être élaborée avant la fin de 2025 ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. Marc Pena applaudit également.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace.
M. Philippe Baptiste. La situation des étudiants ultramarins est évidemment complexe, pour plusieurs raisons. Dans beaucoup de territoires d’outre-mer, seule une partie des formations existe sur place, ce qui limite le choix – c’est aussi le cas dans certains territoires ruraux de l’Hexagone, me direz-vous ; mais outre-mer s’y ajoute l’éloignement.Nous agissons dans deux directions. La première consiste à renforcer les capacités d’accueil et de formation des universités et établissements présents sur place – nous le faisons dans de nombreux territoires d’outre-mer. Il est vrai que cela prend du temps : on ne crée pas une université d’un coup de baguette magique, et développer des disciplines qui n’y existent pas encore exige à la fois du temps et des investissements. Se pose aussi parfois la question de l’utilité d’un tel effort : quand une filière n’attire que peu d’étudiants, une formation créée sur place risque, faute de volume, pour ainsi dire, de ne pas être la plus indiquée. La question reste donc complexe. Du reste, l’enseignement à distance et les campus connectés, sans être la panacée, sont aussi une option.La seconde direction consiste à faire venir les étudiants ultramarins dans l’Hexagone, grâce à tout un dispositif de bourses ad hoc. Vous l’avez souligné, des points de charge supplémentaires leur donnent aujourd’hui la priorité dans les résidences universitaires des Crous.Faut-il aller plus loin ? Oui, j’en suis convaincu, même si nous avons déjà essayé de faire beaucoup.
Mme Stella Dupont (NI) (NI). Des effectifs réduits en seconde, 500 postes d’enseignants supplémentaires, un effort sur le remplacement dès 2027 et, pour la vie scolaire, des emplois du temps revus et une pause déjeuner d’une heure garantie : ce sont bien entendu de bonnes décisions. Mais les emplois du temps impossibles tiennent aussi à la réforme Blanquer et à la diversité des spécialités : ce n’est donc pas si simple ; ce n’est pas par plaisir que les proviseurs organisent des emplois du temps à trous, pénibles pour les lycéens. Alors comment faire, concrètement ?Pour ce qui concerne la santé mentale, 500 postes de psychologues, d’infirmiers et d’assistants sociaux, c’est aussi une bonne décision. Mais dans le Maine-et-Loire, par exemple, un département qu’on peut voir comme un centième du pays, cela correspond à cinq postes pour 830 000 habitants. Voilà qui relativise l’annonce.Les 15 000 places supplémentaires dans le supérieur et le milliard d’euros d’investissement de l’État dans les universités, c’est bien ; cependant, la question du financement de leur fonctionnement courant demeure. L’université d’Angers subit une sous-dotation annuelle de 53 millions d’euros, alors qu’elle compte 4 000 étudiants de plus et a déjà réalisé 10 millions d’euros d’économies : l’équation est intenable. Ses présidents successifs et les parlementaires sonnent l’alerte depuis des années ; les équipes et les étudiants en pâtissent. Il faut une vraie réforme globale du financement des universités, et cesser de repousser le sujet.Le remplacement de Parcoursup en 2028 répond à une forte attente : les lycéens décrient la complexité et l’opacité de l’outil. Il faut un changement profond, avec des critères lisibles et des refus motivés. Pour autant, il ne faut pas mentir aux jeunes en leur laissant croire que la sélection disparaîtra : ce n’est pas la réalité de la vie. Le vrai problème de l’orientation en France n’est pas un algorithme, mais une hiérarchie – une hiérarchie silencieuse, qui place la voie générale en haut et fait de la voie professionnelle une orientation par défaut plutôt que choisie. Près d’un tiers des bacheliers sont issus de la voie professionnelle ; ce sont pourtant eux qui peinent le plus à obtenir une place en BTS, formation pensée pour eux. L’orientation n’est pas une affaire de talent, mais de système. Remplacer Parcoursup sans régler ce problème reviendrait à repeindre la façade.Je formulerai deux propositions simples : garantir aux bacheliers professionnels une vraie place en BTS grâce aux quotas qui leur sont réservés ; construire de réelles passerelles – parcours de transition vers le supérieur, allers-retours entre apprentissage, emploi et études – pour qu’aucun choix fait à 15 ans ne soit définitif. Les terribles angoisses de notre jeunesse s’en trouveraient grandement apaisées.
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’éducation nationale.
M. Édouard Geffray. Vous me proposez un petit défi : vous avez abordé de nombreux sujets, et je dispose, je crois, de 120 secondes pour vous répondre.
M. Édouard Geffray. S’agissant des emplois du temps, d’abord. Ce n’est évidemment pas par plaisir : chaque année, les chefs d’établissement accomplissent un travail remarquable pour concilier toutes les contraintes – je dis bien toutes, y compris personnelles. La réflexion que j’ouvre avec les organisations porte sur la condensation des triplettes de spécialités : sur 300 combinaisons possibles, 88 % des élèves se concentrent sur une quinzaine ou une vingtaine ; cela signifie que 12 % des élèves qui se portent sur les choix restants suffisent à chahuter l’ensemble. Il ne s’agit pas de s’en tenir à ces 15 ou 20 combinaisons, mais il convient peut-être d’optimiser un peu l’offre – manifestement, c’est assez attendu. Nous pourrions ainsi resserrer les groupes classes, retrouver plus facilement une forme d’unité de la classe et simplifier les emplois du temps.Deuxième sujet, les bacheliers professionnels : sauf erreur de ma part, 50 % des places en BTS leur sont réservées. Les 10 000 places de BTS ouvertes à la rentrée prochaine leur sont donc singulièrement destinées, notamment en Île-de-France, où la pression est la plus forte.Enfin, la santé mentale. J’ai toujours défendu une trajectoire de hausse de ces effectifs. Je l’ai suivie l’an dernier avec 300 équivalents temps plein (ETP), puis cette année avec une base de 300 ETP, portés à 500 par les annonces faites par le premier ministre avec votre serviteur. Rapporté aux quelque 18 000 personnels médico-sociaux et de santé, cela peut paraître insuffisant ; mais cela représente tout de même 800 postes en deux ans. Surtout, cela correspond à notre capacité réelle de recrutement. Il ne faut pas mentir aux députés, il ne faut pas mentir aux Français, il ne faut pas mentir aux élèves. Si je vous annonçais 1 000 recrutements à la rentrée prochaine, je vous mentirais. Ne pas mentir, c’est la seule chose à laquelle je m’attache depuis le début de mon mandat.
Mme la présidente (EPR). Prochaine séance, ce soir, à vingt-deux heures : Suite de la discussion de la première partie du projet de loi de finances pour 2027. La séance est levée.