Mme la présidente (RE). Mesdames et messieurs les députés, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement se lèvent), dans cet hémicycle où retentit sa voix, en une séance inoubliable de septembre 1981, c’est avec une profonde tristesse et une indicible émotion que je veux évoquer devant vous la mémoire du grand républicain qui vient de nous quitter.Robert Badinter pourtant semblait immortel. Depuis plus d’un demi-siècle, nous l’avons vu agir inlassablement, l’avocat pénaliste, le conseiller très écouté de François Mitterrand, le garde des sceaux portant l’art oratoire à son degré suprême, mais aussi le président du Conseil constitutionnel, le sénateur et le président d’honneur de l’association Ensemble contre la peine de mort.Sa force de conviction, son engagement, son sens aigu de la justice et du droit, vous les connaissez. Avec finesse, avec élégance, il les incarnait à la manière d’un sage, fidèle aux principes, indifférent aux outrages.Homme de culture, amoureux des livres et des anciens manuscrits, Robert Badinter puisait dans l’histoire les modèles exigeants qu’il se donnait. De Victor Hugo, il aimait à citer cette phrase : « Le droit qu’on ne peut retirer à personne, c’est le droit de devenir meilleur. » Aussi considérait-il avec Hugo la peine de mort comme le « signe spécial et éternel de la barbarie ».Lui qui ne voulait plus d’une « justice qui tue », s’illustra aussi par d’autres avancées comme la fin des juridictions d’exception, l’abrogation de la loi de 1942 qui discriminait l’homosexualité, le régime indemnitaire des victimes d’accidents de la route ou encore l’ouverture de la possibilité de déposer des recours individuels devant la Cour européenne des droits de l’homme.Dans tous ses combats, le souci d’une pleine justice orientait et déterminait l’action publique. Humaniste avec Hugo, il était socialiste à la façon de Jaurès qui disait : « La République a vaincu parce qu’elle est dans la direction des hauteurs, et que l’homme ne peut s’élever sans monter vers elle. Ceux qui, depuis un siècle, ont mis très haut leur idéal ont été justifiés par l’histoire. »Oui, Robert Badinter allait à l’idéal par les chemins de crête. Enfant de la République, dont la famille avait fui la Bessarabie et ses persécutions, il savait la puissance émancipatrice de l’universalisme républicain et, à son tour, l’a fait vivre.À nous de continuer son œuvre, à nous de suivre son magnifique exemple.Hugo, Jaurès l’attendent aujourd’hui au temple des grands hommes, ce Panthéon, où, je le souhaite, Robert Badinter les rejoindra un jour.À son épouse, Élisabeth, à ses enfants, à ses amis et à ses proches, au nom de la représentation nationale et en mon nom personnel, j’adresse nos condoléances attristées.Mesdames et messieurs les députés, mesdames et messieurs les membres du Gouvernement, en mémoire de Robert Badinter et en son hommage, je vous demande de bien vouloir observer une minute de silence. (Mmes et MM. les députés et les membres du Gouvernement observent une minute de silence.)Je vous remercie. (Mmes et MM. les députés des groupes RE, LFI-NUPES, LR, Dem, SOC, HOR, Écolo-NUPES, GDR-NUPES et LIOT, plusieurs députés du groupe RN ainsi que les membres du Gouvernement, restés debout, applaudissent.)
Mme Geneviève Darrieussecq (DEM). L’heure est grave. Le 24 février prochain marquera un sinistre anniversaire, le deuxième de l’agression militaire de la Russie contre un État souverain, l’Ukraine. Nous ne pouvons que saluer le courage et l’engagement de l’armée ukrainienne et la résistance du peuple ukrainien. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, RE, LFI-NUPES, LR, SOC, HOR, Écolo-NUPES, GDR-NUPES et LIOT et sur quelques bancs du groupe RN.)Malgré le manque de munitions et de matériel, malgré les décisions du Congrès américain, qui, pour l’instant, refuse le renforcement du soutien à l’Ukraine réclamé par le président Biden, les Ukrainiens résistent. La Russie, elle, poussée par son économie de guerre, affiche un taux de croissance de 3 %, contourne les sanctions économiques grâce à l’ouverture de nouvelles voies commerciales pour acheminer son gaz et son pétrole, notamment vers la Chine et l’Inde. Les sites de désinformation russes inondent les réseaux sociaux : 193 viennent d’être identifiés en France.Le président Poutine réécrit inlassablement l’histoire. Dans une interview récente, il affirme ainsi que c’est bien l’Ukraine qui a déclenché la guerre et que ce territoire fait historiquement partie de la Russie. Il se dit aussi prêt à une solution diplomatique mais déterminé à ne jamais abandonner ses ambitions pour ces territoires. Pendant ce temps, le candidat Trump stigmatise les membres de l’Otan, remet en cause le principe de solidarité qui prévaut au sein de l’Alliance et encourage Poutine à attaquer tout membre de l’Otan qui ne paierait pas sa part.Alors, oui, plus que jamais, nous avons besoin d’une Europe unie, forte dans ses actes et dans ses paroles. Ma question est simple, monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères : où en est la diplomatie européenne ? Comment l’Europe se prépare-t-elle à l’éventualité d’une initiative belliqueuse à son encontre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe RE.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Stéphane Séjourné. Les Ukrainiens, avec notre soutien, mènent une résistance héroïque depuis maintenant près de deux ans. Malgré les frappes visant délibérément les civils, malgré les crimes commis par la Russie, leur détermination reste intacte et, je voudrais rassurer la représentation nationale, la nôtre l’est tout autant.
M. Stéphane Séjourné. Soutenir l’Ukraine, c’est défendre une cause juste, celle d’un pays agressé dans sa souveraineté, celle d’une démocratie violentée par une autocratie aux rêves d’empire. La France, vous le savez, a joué un rôle majeur dans la conclusion de l’accord européen du 1er février en vue du versement d’une nouvelle aide financière, de 50 milliards d’euros, pour la reconstruction du pays. Un nouvel accord portant sur le volet militaire suivra au mois de mars – nous y travaillons.Le défi du soutien à l’Ukraine, l’Europe doit le relever. Les déclarations de Donald Trump sont là pour nous en persuader : chaque minute compte pour se préparer au choc que constituerait pour les Européens le scénario décrit par le candidat à l’investiture républicaine.Je terminerai en évoquant le péril de la désinformation. La Russie va mal et veut nous persuader du contraire. Elle entend nous décourager en affirmant que le temps joue pour elle. C’est faux : ses élites fuient, ses investissements s’effondrent. Les économies européennes restent beaucoup plus puissantes. Il y a quelques semaines, alors que les élections européennes approchent, nous avons pu mettre au jour un réseau de 193 sites de désinformation russes, ce qui témoigne de l’efficacité de nos dispositifs d’alerte. Je me félicite qu’avec mes collègues polonais et allemands, nous nous unissions pour lutter contre ce phénomène.
M. Stéphane Séjourné. La Russie cherche à déstabiliser nos démocraties… (Mme la présidente coupe le micro de l’orateur, dont le temps de parole est écoulé. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
Mme Marine Le Pen (RN). Monsieur le Premier ministre, quelle grande nation laisserait, sans réagir avec vigueur, un morceau de son territoire subir une crise migratoire, sécuritaire, et donc sociale, aussi grave que celle que vivent nos compatriotes mahorais ? Dans ce domaine comme dans tant d’autres, vous n’avez cherché qu’à gagner du temps : le projet de loi que vous avez évoqué dans votre déclaration de politique générale nous a déjà été vendu par M. Lecornu, M. Carenco puis M. Vigier. Monsieur le Premier ministre, annoncer n’est pas faire, communiquer n’est pas faire.L’opération Wuambushu, malgré l’investissement des forces de l’ordre sur le terrain, n’a en rien enrayé la criminalité dans ce département. Certes, je ne peux que me féliciter de la fin du droit du sol à Mayotte, mesure que je préconise depuis longtemps et qu’il est même nécessaire d’étendre à la France entière. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Huées sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) J’estime, en revanche, que sans une politique globale, cette mesure aura un effet limité.
M. Julien Bayou (ECOLO). Bravo la majorité, quelle bonne idée vous avez eue !
Mme Marine Le Pen (RN). Pour répondre à l’enfer que vivent les Français de l’île aux parfums, il faut non seulement mettre fin au droit du sol mais aussi entamer un bras de fer diplomatique d’une fermeté absolue vis-à-vis des Comores, État largement responsable de la situation qu’ils endurent. Je ne peux d’ailleurs que déplorer que les rares étrangers renvoyés de Mayotte le soient vers la métropole.Il faut bien sûr établir la priorité nationale ; en outre, étant donné le chaos qui règne, je vous appelle une nouvelle fois à instaurer l’état d’urgence dans ce département et à y renforcer la chaîne pénale, avec des juges qui rendent la justice au nom du peuple français, non pas au nom de leur idéologie immigrationniste – à laquelle les Français, les Mahorais en premier lieu, sont massivement opposés.
Mme Marine Le Pen (RN). Monsieur le Premier ministre, pour rendre la situation à Mayotte vivable, il n’y a qu’une solution : le retour de l’État dans toutes ses dimensions. Y êtes-vous prêt ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
M. Gabriel Attal. Depuis ma nomination, j’ai eu à plusieurs reprises – ne serait-ce qu’ici même, la semaine dernière – l’occasion de m’exprimer au sujet de Mayotte. Je le répète, si un département de l’Hexagone connaissait une situation similaire, nous en entendrions parler matin, midi et soir dans tous les médias nationaux. Ce n’est pas là une situation que nous découvrons : elle vient de loin, et nous intervenons en vue d’y remédier depuis 2017, avec un réinvestissement massif de nos moyens,…
M. Gabriel Attal. …dont vous paraissez estimer qu’elle n’a produit aucun effet. Nous avons mobilisé huit unités de forces mobiles et arrêté plus de soixante chefs de bande qui opéraient sur l’île. Nous poursuivons en ce sens : création de deux brigades mobiles de gendarmerie, préparation de l’opération Wuambushu II, avec pour objectifs de lutter contre la délinquance, l’habitat insalubre et l’immigration irrégulière. Concernant les services publics, nous avons répondu présent : 240 millions d’euros consacrés à moderniser le centre hospitalier de Mamoudzou, à en construire un second à Combani, 520 millions destinés aux collèges et lycées mahorais. Voilà des actes – car, madame Le Pen, les polémiques n’ont jamais fait éclore un hôpital, une école, une unité de police ou de gendarmerie ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.)
M. Gabriel Attal. …bien qu’elle vienne de loin, elle aussi, et se révèle extrêmement complexe (Sourires et murmures sur quelques bancs du groupe RN) : mesures d’urgence, distributions, augmentation des capacités de dessalement d’eau de mer, développement des systèmes d’irrigation et d’accès à l’eau.Enfin, face à la crise migratoire, madame Le Pen, ne vous en déplaise, nous répondons également présent.
Mme Marine Le Pen (RN). Cela fait sept ans que vous êtes au pouvoir !
M. Gabriel Attal. Nous agissons sans trembler, sans refuser a priori aucune mesure ; nous avons investi comme aucun gouvernement précédent, comme aucune majorité, financé des avions de surveillance, des drones.
M. Gabriel Attal. Les déboutés du droit d’asile font systématiquement l’objet d’une décision d’éloignement. Je serai très clair : tous doivent être renvoyés dans leur pays d’origine. Depuis cinq ans, plus de 110 000 personnes ont été expulsées de Mayotte. Encore une fois, ce sont des faits, ce sont des actes, et nous renforçons encore notre action : la refonte du plan interministériel Shikandra permettra ainsi d’agir plus efficacement encore…
M. Gabriel Attal. …contre l’immigration illégale. Le projet de loi d’urgence concernant Mayotte, que j’ai annoncé lors de ma déclaration de politique générale, vous sera présenté avant l’été par M. Darmanin et Mme Guévenoux. Toutefois, la situation actuelle nécessite que nous allions plus loin encore : la moitié de la population de l’île est étrangère, au moins la moitié de ces étrangers sont en situation irrégulière,…
M. Gabriel Attal. …et à l’immigration comorienne s’ajoute depuis quelques mois celle en provenance de l’Afrique des Grands Lacs. Il en résulte une grave menace pour l’île, sa stabilité, sa paix civile, donc pour la République dans son ensemble – car Mayotte, c’est la République !
M. Gabriel Attal. Face à un tel danger, il y a ceux qui jettent en permanence des anathèmes, qui expliquent qu’ils ont la science infuse, qu’ils peuvent résoudre tous les problèmes par magie ;…
M. Gabriel Attal. …qui élaborent des solutions, même lorsque c’est difficile, même lorsque cela prend du temps. Encore une fois, la situation est grave ; elle demande des mesures fortes, radicales. De toute évidence, les aménagements du droit du sol réalisés par le passé ne suffisent plus : c’est pourquoi le Président de la République a décidé de vous proposer de supprimer ce droit à Mayotte.
M. Gabriel Attal. Cette mesure nécessaire, attendue par les Mahorais, par les élus, doit nous permettre d’avancer. Nous réduirons également de manière drastique le nombre des titres de séjour accordés…
M. Jocelyn Dessigny (RN). Mais dans quel programme sont-ils allés chercher tout ça ?
M. Gabriel Attal. …et appliquerons immédiatement les dispositions restreignant le regroupement familial qui figurent dans la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration. Tout cela nous permettra d’achever le démantèlement du camp de Cavani, démantèlement qui progresse – un nouveau départ d’immigrés déboutés du droit d’asile est prévu dans les prochains jours –, mais se trouve freiné par le blocage de l’île : je souhaite que les opérations puissent reprendre, s’accélérer et atteindre leur terme au plus vite.
M. Gabriel Attal. Je le répète, madame Le Pen, face aux anathèmes, aux critiques stériles, à ceux qui ne cherchent manifestement pas de solutions et refusent de voir celles qui leur sont soumises, nous serons toujours du côté des actes, du côté des Mahorais, du côté de la République ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). Entre le premier et le second tour de l’élection présidentielle, monsieur le Premier ministre, Emmanuel Macron a gagné 9 millions de voix : 9 millions d’électeurs, notamment écologistes et de gauche, qui lui ont permis d’être locataire de l’Élysée, et à vous d’occuper Matignon ;…
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). …9 millions de citoyens et de citoyennes qui se sont levés, déplacés, mobilisés pour faire barrage à l’extrême droite, pour dire non au racisme, non à l’antisémitisme,…
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). …non à l’obsession identitaire d’une France ethniquement homogène, non à la menace fasciste ;…
M. Thomas Ménagé (RN). Et oui à la réforme des retraites !Bravo : c’est vous qui nous ferez élire !
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). …9 millions de personnes qui ont fait primer leur attachement à la République sur leurs convictions politiques. Pourtant, vendredi dernier, le Président de la République a déclaré tout à fait normal de discuter avec le Rassemblement national en vue de « constituer, texte par texte, des majorités […] parfois complétées ou grossies par des voix » de ce groupe.
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). De semaine en semaine, monsieur le Premier ministre, les digues cèdent. Que répondrez-vous aux électeurs qui, comme moi, n’ont fait élire Emmanuel Macron que pour barrer la route à l’extrême droite ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Écolo-NUPES, ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.)
M. Gabriel Attal. …j’ai toujours assumé le fait de travailler avec le Parlement, d’associer ses membres aux chantiers dont j’ai eu la responsabilité. (Exclamations sur divers bancs.)
M. Aurélien Pradié (LR). Même votre chien y a été davantage associé que les parlementaires !
M. Gabriel Attal. Je l’ai fait à chacun des postes que j’ai occupés, notamment, en tant que ministre délégué chargé des comptes publics, dans le cadre des dialogues de Bercy.
M. Gabriel Attal. Souhaitant échanger avec le Parlement dans la perspective de l’élaboration du budget, j’ai choisi de le faire comme dans cet hémicycle, c’est-à-dire en répondant aux interpellations des uns et des autres. C’est pourquoi, madame la présidente Chatelain, j’avoue avoir du mal à comprendre ce que vous me demandez. Voudriez-vous, lorsqu’une question au Gouvernement, lorsqu’un amendement émane d’un groupe avec lequel, au demeurant, je suis radicalement en désaccord, que nous n’y répondions pas ? (Exclamations sur quelques bancs du groupe SOC.)
Mme Anna Pic (SOC-A). Ce n’est pas du tout la question !
M. Gabriel Attal. Telle n’est pas ma conception de la démocratie parlementaire ni du respect dû aux membres du Parlement ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem.) J’ai d’autant plus de mal à concevoir vos critiques…
M. Gabriel Attal. …que, comme chacun ici, et comme beaucoup hors de l’hémicycle, j’ai observé ces derniers mois, ces dernières années, un certain nombre de faits : lorsque vous déposez des motions de censure, sur quelles voix comptez-vous donc pour faire chuter le Gouvernement ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
M. Gabriel Attal. Pour faire adopter vos amendements, sur quelles voix comptez-vous ? Nous le constatons régulièrement, madame Chatelain : à force de faire des appels du pied à l’extrême droite, vous en devenez le marchepied ! Ce n’est pas là la position de ce gouvernement ! (Mêmes mouvements.)
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). Ma question, monsieur le Premier ministre, était pourtant simple : continuerez-vous, en reniant tout ce que vous avez dit à 9 millions d’électeurs d’Emmanuel Macron, à faire passer des textes qui reprennent le programme de Jean-Marine Le Pen ? (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et SOC – Exclamations et rires sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). Continuerez-vous de vous associer à celle qui a déclaré assumer intégralement l’héritage du Front national, de tendre la main à celle qui vient encore une fois de critiquer les juges ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Conclurez-vous un pacte politique avec ceux qui, au Parlement européen, siègent aux côtés des membres du parti Alternative für Deutschland – lequel a élaboré un plan de remigration des étrangers, voire des Allemands d’origine étrangère ? Nous sommes 151 députés républicains : vous pouvez travailler avec nous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et SOC, ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES et GDR-NUPES.)
Mme Cyrielle Chatelain (ECOLO). La vérité, c’est que nous, les écologistes et la gauche, sommes désormais seuls à faire barrage au Rassemblement national ! (Mêmes mouvements.)
M. Gabriel Attal. Je le répète, madame la présidente Chatelain, lorsque vous adressez une question au Gouvernement, vous affectez de vous boucher le nez en parlant du groupe Rassemblement national, mais cela ne vous empêche pas de lui faire les yeux doux lorsque vous espérez obtenir ses voix en vue de faire tomber le Gouvernement. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RE et Dem. – Exclamations sur les bancs des groupes Écolo-NUPES et SOC.)
M. Gabriel Attal. Je garde en mémoire quelques mises aux voix d’amendements ou de motions de censure, quelques interventions de députés de la NUPES, voire de votre groupe, déclarant en substance : « Nous étions si près du but ! » Qui était « nous » ? Vous, et eux !
M. Gabriel Attal. Avec nous, il n’y a pas eux : c’est toute la différence entre vous et nous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
M. Jérôme Guedj (SOC-A). Vous avez voté la loi « immigration » avec eux !
M. Laurent Croizier (DEM). Regardez-vous dans une glace : c’est l’hôpital qui se moque de la charité !
Mme Estelle Youssouffa (LIOT). Monsieur Darmanin, Mayotte agonise ; Mayotte pleure Mohamadi Assinani, poignardé en plein cœur, cette nuit, à Tsingoni – un père de famille, énième victime de la violence aveugle qui ravage notre île. Mayotte réclame à cor et à cri la sécurité, le droit de vivre.L’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dispose que les « droits naturels et imprescriptibles de l’homme […] sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ». Qui se soucie de notre sûreté ? Nous, vos concitoyens, risquons notre vie en allant faire nos courses, en nous rendant au travail ou à l’hôpital. Nous sommes prisonniers chez nous ; nos enfants vont à l’école sous la protection de la gendarmerie, quand les cours ne sont pas, comme aujourd’hui, annulés en raison des émeutes.
M. Jocelyn Dessigny (RN). Les voilà, les résultats obtenus par le Gouvernement !
Mme Estelle Youssouffa (LIOT). Parlons de la liberté de circulation, elle aussi garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : nous ne circulons plus de nuit, ni d’ailleurs de jour, par crainte des embuscades, des bandes qui ravagent, pillent, détruisent, incendient des quartiers entiers, sèment la mort à coups de machette. Je vous le dis : trop, c’est trop. C’est invivable !Mayotte entame son vingt-deuxième jour de blocage, toujours paralysée par le mouvement social légitime de ceux qui réclament la paix et la sécurité. Nous attendons de votre part un engagement écrit : quand allez-vous nous répondre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT, ainsi que sur plusieurs bancs des groupes RN, LR et HOR.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des outre-mer.
Mme Marie Guévenoux (RE). Avant toute chose, madame Youssouffa, je vous prierai d’excuser l’absence du ministre de l’intérieur : vous n’ignorez pas qu’il est très concerné par les problèmes de Mayotte, où il se trouvait dimanche. Nous y avons passé toute la journée ensemble, rencontrant notamment le collectif Forces vives de Mayotte, écoutant les Mahorais. Vous posez la question des moyens déployés, ou en passe de l’être, afin de remédier à la situation :…
Mme Marie Guévenoux (RE). …depuis 2017, les effectifs de police et de gendarmerie ont été doublés. L’opération Shikandra, lancée en 2019, a permis de doubler les interceptions en mer et d’expulser, en l’espace de trois ans, 90 000 étrangers en situation irrégulière.Début 2023, le lancement de l’opération Wuambushu a donné lieu à un déploiement inédit de moyens pour lutter contre la violence et la criminalité, avec l’arrestation de soixante chefs de bande, et contre l’habitat indigne, avec le décasage de 700 cases. Il a également permis de lutter contre l’immigration clandestine : 661 kwassa ont été interceptés, 592 passeurs interpellés et 25 000 étrangers en situation irrégulière reconduits à la frontière.
Mme Marie Guévenoux (RE). Cependant, madame Youssouffa, vous avez raison : nous devons aller beaucoup plus loin pour protéger Mayotte de la pression migratoire. C’est pourquoi nous engageons l’opération Wuambushu II. Dimanche, le ministre de l’intérieur et des outre-mer s’est d’ailleurs immédiatement rendu sur place avec quinze gendarmes du GIGN – Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale – pour soutenir les forces de l’ordre locales et permettre des actions ciblées et rapides. Un escadron Guépard sera également envoyé dans les prochaines semaines. Enfin, un rideau de fer sera créé grâce au déploiement, en mer, de moyens renforcés de la marine nationale, de drones et de radars de nouvelle génération.Pour ce qui est du courrier sur lequel vous m’interrogez, il sera adressé, comme nous nous y étions engagés, ce soir, à Mayotte. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE. – M. Laurent Croizier applaudit également.)
Mme Estelle Youssouffa (LIOT). Madame la ministre déléguée, il y a urgence : Mayotte est en train de mourir. Notre économie est à genoux, nous n’en pouvons plus ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe LR.)
Feuille de route de la ministre de l’éducation nationale
Mme Cécile Rilhac (RE). Madame la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter une pleine et entière réussite dans les fonctions qui sont désormais les vôtres à la tête de ce beau ministère !Une série de chantiers ont été ouverts par vos prédécesseurs. Je pense, par exemple, à l’amélioration de la formation des enseignants, au développement de la mixité sociale et scolaire, à l’approfondissement de l’école inclusive ou encore à la restauration de l’autorité des enseignants dans leurs classes.
Mme Cécile Rilhac (RE). Conformément à ses engagements depuis 2017, la majorité sera à vos côtés et aux côtés de tous les acteurs de la communauté éducative pour soutenir les projets qui permettront de faire perdurer dans nos écoles la promesse républicaine de l’égalité des chances, qui doit conduire à la réussite de chaque élève. N’en déplaise à nos opposants, c’est grâce au travail de la majorité que le dédoublement des classes a été opéré dans les zones d’éducation prioritaire, que nos enseignants ont bénéficié d’une revalorisation importante, que la prise en charge des élèves en situation de handicap est en constante amélioration, que nos directrices et directeurs bénéficient de meilleures conditions de travail et que les équipes pédagogiques ont des moyens pour mener leurs projets, avec le concours du dispositif « Notre école, faisons-la ensemble ».Nous devons impérativement poursuivre nos actions pour que nos établissements scolaires et nos personnels éducatifs, dont je salue l’engagement, bénéficient de toute la place qu’ils méritent dans notre société. Pour cela, il faut être à l’écoute des acteurs du terrain, qui font souvent remonter des problèmes qui perdurent. Je parle ici, entre autres, des classes surchargées, de la formation continue insuffisante ou inadaptée des enseignants, ou du manque d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).Pour nos élèves, pour nos personnels éducatifs, pour nos écoles publiques, il faut avancer sur ces questions.
M. Maxime Minot (LR). Ça fait sept ans que vous êtes au pouvoir ! Alors ?
Mme Cécile Rilhac (RE). Pouvez-vous nous détailler votre feuille de route et votre méthode pour relever ces défis prioritaires, afin que notre école reste un lieu d’épanouissement, où nos élèves préparent leur avenir ainsi que celui de notre pays ?
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Mme Nicole Belloubet. Madame Rilhac, merci pour votre question. Lorsque le Premier ministre et le Président de la République ont fait le choix de me nommer ministre de l’éducation nationale – une grande responsabilité et un honneur –, la feuille de route était claire : il s’agit, vous l’avez dit, de contribuer à la réussite de l’école républicaine.
Mme Nicole Belloubet. C’est la logique dans laquelle je veux m’inscrire, dans la lignée de ce que mes prédécesseurs ont fait depuis 2017. Je ne peux, en une minute, résumer l’ensemble de la feuille de route que je vais appliquer,…
Mme Nicole Belloubet. Le premier objectif est d’améliorer la réussite scolaire ; nous en avons besoin, nous le savons. L’investissement des responsables éducatifs – professeurs, cadres, inspecteurs – n’a pas suffi à nous donner des résultats satisfaisants dans les classements du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) ; c’est la raison pour laquelle la réforme dite du choc des savoirs sera conduite à la rentrée 2024. J’ai dit, et je redis devant vous, que j’exclus évidemment tout tri social par l’échec : l’ensemble de nos élèves doivent maîtriser au mieux les apprentissages fondamentaux.
M. Aurélien Pradié (LR). Les fiches d’Oudéa-Castéra étaient meilleures ! Il n’y a pas une fiche sur Stanislas ?
Mme Nicole Belloubet. Cela suppose de revoir de fond en comble la formation initiale des enseignants et de travailler sur la formation continue pour leur offrir de nouvelles possibilités.Le second objectif concerne le vivre-ensemble à l’école.
Mme Nicole Belloubet. Nous devons protéger les élèves et protéger les enseignants, qui font tant pour l’école de la République. J’y veillerai personnellement.Enfin, la méthode – c’est important – repose sur deux notions : le dialogue avec les organisations syndicales et le contact avec le terrain.
Mme Nicole Belloubet. Je sais, madame la députée, que je peux compter sur vous et sur vos collègues. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe Dem.)
M. Alexandre Portier (LR). Votre nomination, madame la ministre, n’est pas une solution, c’est un symptôme, celui d’un gouvernement sans cap, sans stratégie, sans boussole pour notre école ; pire encore, sans colonne vertébrale. N’est-ce pas vous, madame la ministre, qui, en 2016, qualifiiez de fariboles la restauration de l’autorité et le port de l’uniforme ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR. – Mme Caroline Abadie s’exclame.)
M. Alexandre Portier (LR). N’est-ce pas vous, madame la ministre, qui avez inventé le délit de blasphème, en lâchant publiquement la jeune Mila qui était la proie des islamistes sur les réseaux sociaux ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. Alexandre Portier (LR). Et maintenant vous venez nous expliquer que votre feuille de route est celle de Gabriel Attal et qu’elle comprend notamment l’introduction de l’uniforme et la défense de la laïcité ? Mais de qui se moque-t-on ?
M. Alexandre Portier (LR). Est-ce vous ou Gabriel Attal, vous ou Emmanuel Macron ? En 2016, vous parliez de supprimer le ministère de l’éducation nationale ; vous avez déjà commencé en supprimant celui de l’enseignement professionnel. Qu’allez-vous faire de l’éducation nationale, madame l’ex-garde des sceaux ? Êtes-vous là pour en prononcer la liquidation judiciaire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur plusieurs bancs des groupes RN et LIOT.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse.
Mme Nicole Belloubet. Monsieur Portier, j’ai eu l’occasion de vous lire récemment et je ne suis pas sûre que les attaques personnelles (Protestations sur les bancs du groupe LR), surtout lorsqu’elles font appel à des informations inexactes, servent notre démocratie.
Mme Nicole Belloubet. Passons cependant sur ces éléments pour en venir au fond. J’ai, je le répète, deux objectifs : la réussite des élèves et le vivre-ensemble dans les écoles. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe LR.)
Mme Nicole Belloubet. Je souhaite renforcer la protection de nos personnels enseignants, notamment des chefs d’établissement, qui, tous les jours, luttent pour faire vivre les principes de la République. Parmi ces principes, il y a celui de la laïcité, auquel je suis, depuis longtemps, profondément attachée…
Mme Nicole Belloubet. …dans la mesure où il représente la réussite de la mixité et plus largement de notre République. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE. – Protestations sur les bancs du groupe LR.)
M. Alexandre Portier (LR). Il n’y a là aucune attaque personnelle (Protestations sur les bancs du groupe RE), uniquement des verbatim de propos que vous aviez tenus. La différence entre vous et moi, c’est que moi, j’assume totalement ce que j’écris. On vous attend sur le fond quand vous voulez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme Nicole Belloubet. Monsieur le député, pour que nos élèves réussissent à maîtriser les apprentissages fondamentaux, qui représentent la base, il faut respecter quatre principes dans les établissements,…
M. Aurélien Pradié (LR). Le laxisme au ministère de la justice, ce n’était pas vous ?
Mme Nicole Belloubet. …le respect de ces règles – c’est essentiel ; la protection de l’ensemble des acteurs éducatifs et des élèves, lorsqu’ils en ont besoin ; la restauration de l’autorité – une autorité proportionnée et bien comprise. Voilà les principes que je m’attacherai, avec la représentation nationale, à faire vivre. (Applaudissements sur les bancs des groupes RE, Dem et HOR.)
M. Jean-Hugues Ratenon (LFI-NUPES). La situation à Mayotte n’est pas nouvelle. De Sarkozy à Macron en passant par Hollande, tous les présidents le savaient ; tous les récents gouvernements le savaient : là où la justice fait défaut, la violence trouve son chemin, son terreau. C’est le cas de Mayotte qui se trouve dans une situation d’abandon total par la République. Malgré de nombreuses alertes et propositions, depuis 2017, les appels à l’action semblent avoir été ignorés, laissant une population entière dans un désarroi profond. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs du groupe Écolo-NUPES.)Depuis plusieurs années, les élus de Mayotte nous alertent sur une situation explosive liée aux enfants abandonnés : 4 000 à 5 000 enfants, dont les parents ont été reconduits à la frontière ou sont décédés en mer, vivent dans la rue, sous des abris de fortune et dans la boue. Dès 2018, Jean-Luc Mélenchon (« Ah ! » sur les bancs du groupe LR) avait suggéré que l’Hexagone prenne sa part de responsabilité en accueillant immédiatement ces mineurs isolés en détresse.
M. Jean-Hugues Ratenon (LFI-NUPES). Six ans plus tard, ces mêmes mineurs abandonnés, âgés de 10 à 20 ans, ne constituent-ils pas le gros des troupes des bandes responsables de l’insécurité qui règne à Mayotte ?Parallèlement, on demandait à l’État de mettre en œuvre le plan d’investissement de 1,8 milliard d’euros sur dix ans, proposé par les élus de Mayotte, pour assurer les besoins vitaux en matière de logement, d’eau potable, d’éducation, de transport et de santé – demande qui n’a toujours pas trouvé d’écho. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES. – M. Benjamin Lucas applaudit également.) Pire, l’État organise le transfert des violences de Mayotte vers La Réunion.Monsieur le ministre de l’intérieur et des outre-mer, vous savez très bien que la fin du droit du sol n’arrêtera pas le flux migratoire. Maintenant, soit six ans plus tard, êtes-vous prêt à entendre raison et à agir en conséquence ? (Les députés du groupe LFI-NUPES se lèvent pour applaudir. – Mme Mélanie Thomin et M. Benjamin Lucas applaudissent également.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des outre-mer.
Mme Marie Guévenoux (RE). Monsieur Ratenon, vous avez raison de rappeler la situation difficile à Mayotte. Ce territoire vit depuis plusieurs mois une succession de crises graves : crise de la sécurité – le Premier ministre en a parlé –, crise de l’eau, liée au réchauffement climatique,…
M. Aurélien Pradié (LR). Ce qui se passe à Mayotte n’a rien à voir avec le réchauffement climatique !
Mme Marie Guévenoux (RE). …crise démographique et migratoire, qui s’explique par la proximité entre Mayotte et les Comores, et par son niveau de vie bien meilleur que dans les autres pays de la zone. Pour les Mahorais, cette situation est insupportable.En revanche, votre question me surprend et m’inquiète car elle semble nier une part de la réalité. De notre point de vue, soit on fait l’autruche, soit on agit. (Mme Mathilde Panot s’exclame.)
M. Jocelyn Dessigny (RN). Alors arrêtez de faire l’autruche, comme vous le faites depuis sept ans !
Mme Marie Guévenoux (RE). C’est bien l’action que le Gouvernement a choisie. Dimanche, lorsque le ministre de l’intérieur et des outre-mer et moi-même étions à Mayotte, nous avons entendu, durant quatre heures, les représentants du collectif Forces vives, qui nous ont clairement exposé leurs spécificités et leurs revendications. Nous avons su les entendre, et grâce à l’implication personnelle du Président de la République et de Gérald Darmanin, nous avons prévu une batterie de mesures, dont la suppression du droit du sol, qui doit mettre fin à l’attractivité de l’île pour l’immigration irrégulière (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NUPES) – problème que vous êtes manifestement, monsieur Ratenon, le seul à ne pas voir.
Mme Rachel Keke (LFI-NUPES). Ça ne va rien changer, ça ne suffit pas !
Mme Marie Guévenoux (RE). La restriction de 90 % des titres de séjour est également prévue. Nous nous appuierons à la fois sur les mesures du projet de loi pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration, et sur de nouvelles dispositions qui vous seront présentées, mesdames et messieurs les députés, dans le cadre d’un projet de loi relatif à Mayotte.Enfin, la préparation d’une opération Wuambushu II, que j’ai décrite à votre collègue Youssouffa, permettra également de continuer à lutter contre la délinquance, l’immigration irrégulière et l’habitat insalubre. Près de 25 000 étrangers ont déjà été reconduits à la frontière. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC-A). Monsieur le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, voilà près de quinze ans que pèse sur la France le contentieux européen sur la mise en concurrence de nos concessions hydroélectriques, alors que nous n’avons toujours pas statué sur le mode de gestion futur de ces ouvrages. Dans l’attente, les parlementaires ont décidé, depuis 2019, de créer deux dispositifs.Le premier concerne les autorisations d’augmentation de puissance des centrales hydroélectriques existantes. Depuis plus de quatre ans, au moins sept dossiers sont examinés par vos services sans qu’aucun n’ait encore obtenu votre aval.Vu nos besoins de production d’énergie, notamment renouvelable, nous pouvons nous interroger sur cette inertie préjudiciable à la souveraineté énergétique de la France, que nous appelons tous de nos vœux. Allez-vous enfin valider ces autorisations ?Le deuxième dispositif concerne le versement aux collectivités des redevances relevant du régime des délais glissants pour les concessions à terme échu. À leur grande surprise, les élus locaux ont constaté une baisse drastique de ces redevances cette année. J’ai vérifié : vous avez ponctionné une part importante de leur montant pour financer le bouclier tarifaire, considérant qu’il ne fallait pas habituer les collectivités à percevoir ces revenus, auxquels – je me permets de le rappeler – elles ont pourtant droit.Pensez-vous vraiment que les collectivités territoriales jouissent d’une marge financière si importante qu’il faille la réduire ?
M. Raphaël Schellenberger (LR). C’est ça, le respect des collectivités locales par les macronistes !
Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC-A). Que l’on parle de souveraineté énergétique, d’énergies renouvelables ou de moyens financiers pour les collectivités, l’hydroélectricité est la solution. Quelle réponse concrète pouvez-vous apporter sur ces deux points précis ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Mme Olivia Grégoire. Si ce n’est pas partagé, ce n’est pas grave ! J’ai l’honneur de vous répondre en l’absence de Bruno Le Maire. Le ministre délégué chargé de l’industrie et de l’énergie, Roland Lescure, aurait souhaité vous donner des explications, mais il est en ce moment même au Sénat. Il se tient néanmoins à votre disposition pour échanger avec vous.Les énergies fossiles constituent une part importante de notre mix énergétique ; elles représentent encore 60 % de notre consommation d’énergie.
Mme Olivia Grégoire. Notre dépendance à ces énergies est donc considérable ; nous sommes nombreux à travailler pour la réduire. Cette situation induit une vulnérabilité climatique, du fait des émissions de CO2. Elle induit également une vulnérabilité géopolitique – nous le constatons depuis l’invasion russe en Ukraine, et nous en ferons peut-être le constat en cas d’escalade au Proche-Orient. Elle complique les rapports de force et entraîne des difficultés majeures d’approvisionnement, d’où une vulnérabilité économique.
M. Raphaël Schellenberger (LR). Hors sujet ! C’est invraisemblable, elle répond complètement à côté !
Mme Olivia Grégoire. Monsieur Pradié, j’ai beau être une femme, je sais lire les fiches ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.) Nous devons porter la part d’électricité dans le mix énergétique de 27 % actuellement à 55 % en 2050. Telle est l’ambition qui nous mobilise. Nous nous inscrivons dans la lignée du discours du Président de la République à Belfort, qui a affirmé les objectifs suivants : une relance de la production nucléaire, la construction de six EPR – réacteurs pressurisés européens – et une étude sur la construction de huit EPR supplémentaires. (M. Aurélien Pradié s’exclame.)
Mme la présidente (RE). Vous n’êtes pas l’auteur de la question, monsieur Pradié, et Mme Battistel aimerait entendre la réponse. S’il vous plaît, taisez-vous ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RE. – Protestations sur les bancs du groupe LR.)
Mme la présidente (RE). Ce n’est pas à vous d’en juger. Je vous demande de vous taire et de laisser madame la ministre répondre à Mme Battistel.
Mme Olivia Grégoire. Vu l’ambiance plus qu’électrique – mais pas nécessairement hydraulique –, je vous suggère, madame Battistel, que nous échangions ensemble très prochainement sur ce sujet avec Roland Lescure. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
Mme Marie-Noëlle Battistel (SOC-A). Je n’en veux pas à Mme la ministre de ne pas pouvoir m’apporter d’éclairage, mais je déplore que certains membres du Gouvernement ici présents – notamment M. le Premier ministre – n’aient pas souhaité me répondre, alors qu’ils avaient la capacité de le faire. Comme d’habitude, nos questions concernant ces sujets essentiels restent lettre morte. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, LR et Écolo-NUPES, ainsi que sur quelques bancs du groupe RN.)
M. Robin Reda (RE). Ma question s’adresse à M. Stanislas Guerini, ministre de la transformation et de la fonction publiques. Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter pour le renouvellement de vos fonctions, monsieur le ministre. C’est une marque de confiance, celle que le Président de la République et le Premier ministre placent en vous pour relever un défi majeur : bâtir la fonction publique de demain et redonner l’envie d’embrasser les carrières du service public.
M. Robin Reda (RE). Depuis vingt mois à la tête de votre ministère, vous avez mené des chantiers majeurs concernant la rémunération, la protection des agents, l’égalité professionnelle, la planification écologique de l’État ou encore la reconnaissance des secrétaires de mairie. Cependant, la perte d’attractivité des métiers du service public doit nous alerter. On compte en effet six candidats pour un poste aux concours de la fonction publique, alors qu’ils étaient deux fois plus nombreux il y a quinze ans.Pour relever ce défi d’attractivité, nous devons nous appuyer sur des agents publics motivés – motivés par leur fiche de poste, mais aussi par leur fiche de paie. La fonction publique doit attirer et garder les meilleurs – car vouloir les meilleurs pour servir l’État, l’hôpital et les collectivités locales, c’est vouloir le meilleur pour les Français. La fonction publique devrait être un grand édifice doté de portes d’entrée, d’ascenseurs, de passerelles et de portes de sortie. Or elle est trop souvent un couloir qui fige les trajectoires de vie.Lors de son discours de politique générale, M. le Premier ministre a annoncé une grande loi sur la fonction publique. La performance et la rémunération au mérite seront au cœur de ce projet. En matière de service public, les Français méritent d’en avoir pour leur argent, mais les agents publics méritent d’en avoir pour leur talent ! Votre chantier s’inscrira dans les pas de Maurice Thorez,…
M. Robin Reda (RE). Je sais, c’est du dépassement ! Il s’inscrira dans les pas de Maurice Thorez, donc, lui qui, en 1946 déjà, voulait reconnaître « la valeur réelle et inégale des agents ». Monsieur le ministre, quelle sera votre méthode pour y associer les syndicats, les agents et les employeurs territoriaux, en particulier les maires, qui attendent beaucoup de cette transformation ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. le ministre de la transformation et de la fonction publiques.
M. Stéphane Peu (GDR-NUPES). Appelez-le donc Maurice ! (Sourires sur quelques bancs du groupe GDR-NUPES.)
M. Stanislas Guerini. Depuis vingt mois, je me suis pleinement engagé pour la fonction publique.
M. Stanislas Guerini. Je vous remercie d’avoir rappelé certaines avancées récentes, dont beaucoup trouvent leur source dans l’action de mes prédécesseurs et de la majorité depuis 2017. Depuis vingt mois, je vais à la rencontre des agents publics sur le terrain, des employeurs, des élus locaux – qui sont aussi des employeurs territoriaux –, des directeurs et des directrices d’hôpital, de celles et ceux qui font la fonction publique. Ce sont eux qui parlent de mérite.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Il faut parler d’augmentation des salaires !
M. Stanislas Guerini. J’entends des maires qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas promouvoir leurs propres agents à l’aune de leur mérite –…
M. Stanislas Guerini. …car parfois, seule l’ancienneté est prise en considération, et des règles de promotion à l’échelle nationale les en empêchent.J’entends des chefs de service d’administrations déconcentrées qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas verser plus facilement des primes à des agents méritants ou récompenser des collectifs de travail qui réussissent.J’entends des directeurs et des directrices d’hôpitaux qui regrettent de ne pas pouvoir recruter des personnes méritantes, riches d’une expérience acquise avant de rejoindre la fonction publique, parce qu’ils ne sont pas capables de valoriser suffisamment l’ancienneté – je pense par exemple à des infirmiers libéraux ayant dix ou vingt ans d’expérience.J’entends des secrétaires de mairie qui ne comprennent pas pourquoi elles sont assignées à une catégorie liée à un diplôme qu’elles ont obtenu vingt ans plus tôt, avant leur entrée dans la fonction publique.
M. Sébastien Jumel (GDR-NUPES). Entendez-vous les AESH qui réclament un statut ?
M. Stanislas Guerini. J’entends des apprentis méritants, qui ont donné toute satisfaction durant leurs deux ans d’apprentissage, qui veulent rejoindre la fonction publique et qui ne comprennent pas pourquoi ils ne peuvent pas être plus facilement titularisés.Voilà ce que nous devons changer : il faut introduire du mérite à tous les étages dans la fonction publique. C’est la proposition sur laquelle je propose que nous travaillions ensemble, dans la concertation. Je le ferai en me concertant avec les syndicats – je les ai appelés dans les heures qui ont suivi ma nomination.
M. Stanislas Guerini. Je le ferai avec tous les acteurs de la fonction publique, pour bâtir un projet de loi qui renforce son efficacité. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
M. Hubert Brigand (LR). J’adresse ma question à Rachida Dati, ministre de la culture et candidate à la mairie de Paris. Je tenterai, ce faisant, d’apaiser l’atmosphère électrique qui règne dans l’hémicycle. Mme Dati nous a annoncé le Printemps de la ruralité : la formule m’a interloqué, car la ruralité, c’est mon cheval de bataille. Si j’ai bien compris, il s’agira d’organiser des rencontres entre des services ministériels et la population. Je connais Mme Dati pour l’avoir rencontrée une fois il y a une quinzaine d’années : elle m’avait expliqué que pour réorganiser efficacement la justice en France, il fallait supprimer les tribunaux ruraux. Tout devait être concentré dans les grandes villes, pour gagner en efficacité, en justice et en rapidité ! En d’autres termes, il s’agissait plutôt de désorganiser que de réorganiser.Je retrouve Mme Dati au ministère de la culture, de même que je retrouve Mme Belloubet au ministère de la justice – j’espère que ce n’est pas un recyclage ; jamais deux sans trois ! (Sourires sur quelques bancs du groupe LR.) J’ai cru comprendre – en tout cas, je l’espère – que Mme Dati avait un programme pour la culture en milieu rural ; rappelons tout de même que les élus locaux, départementaux ou municipaux, ont déjà fait beaucoup pour la culture dans la ruralité. J’ai aussi cru comprendre que Mme Dati promouvait la culture pour tous, pas seulement pour les deux ans à venir, à Paris, mais également en province. J’attends de connaître plus en détail ses propositions. Nous, nous aimons bien la culture classique, traditionnelle – le rap aussi, un peu, mais pas seulement. Mme Dati veut un égal accès à la culture, moi aussi !
M. Hubert Brigand (LR). Après cette longue explication, j’en viens à ma question : compte tenu de la situation financière de la France, dont la dette dépasse 3 000 milliards, avec quels moyens comptez-vous assurer une bonne diffusion de la culture en milieu rural, à l’égal de Paris ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre de la culture.
Mme Rachida Dati. Une chose est sûre, monsieur le député : si vous voulez être soutenu et subventionné pour devenir humoriste, je suis prête ! (Rires sur les bancs du groupe RE et sur quelques bancs du groupe HOR.) Il y a de quoi faire, même si je ne vous trouve pas très drôle. L’humour peut avoir sa part d’élégance, mais vous en manquez. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Mme Rachida Dati. Vous avez évoqué la réforme de la carte judiciaire : en la matière, j’ai simplement appliqué ce que les députés qui vous entourent ont souhaité. Je suis une responsable politique qui tient ses engagements.
Mme Rachida Dati. Vous appréhendez le Printemps de la ruralité avec mépris et ironie ; pas moi. Les mesures que je souhaite déployer correspondent au programme du groupe Les Républicains – votre groupe, monsieur le député.
M. Sébastien Jumel (GDR-NUPES). Monsieur le Premier ministre, j’ai un problème !
Mme Rachida Dati. Si je suis ministre de la culture et que je m’intéresse à la ruralité, c’est parce que ses 22 millions d’habitants n’ont pas accès à la culture dans les mêmes conditions que les autres. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)Que m’ont demandé les maires ruraux, soutenus par Laurent Wauquiez ? Ils souhaitent qu’une ingénierie culturelle leur soit dédiée pour les soutenir : je le ferai.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Avec quel argent ? Avec Monsanto comme sponsor ?
Mme Rachida Dati. Tous les habitants des zones rurales ont-ils accès à la culture dans les mêmes conditions que les autres ? Non. Est-il facile de se rendre à un spectacle ou à un concert quand on vit en milieu rural ? Pas davantage. Nous nous heurtons à un problème de mobilité des spectateurs, mais aussi des œuvres.
M. Vincent Descoeur (LR). Les collectivités locales proposent des activités culturelles dans les territoires !
Mme Rachida Dati. C’est pourquoi j’ai lancé une consultation en ligne, à laquelle je vous invite à répondre très sérieusement – vos électeurs seraient fort intéressés de connaître vos propositions. Les directions régionales des affaires culturelles (Drac) me feront également remonter des préconisations, ce à quoi s’ajoutera une mission parlementaire. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et Dem.)
Mme Karine Lebon (GDR-NUPES). Ma question s’adresse à Mme la ministre du travail, de la santé et des solidarités. Lors de son discours de politique générale, le Premier ministre a déclaré que la santé mentale des jeunes devait faire l’objet d’une prise en charge renforcée. Pourtant, l’accompagnement psychologique et psychiatrique des enfants est l’un des parents pauvres de votre politique de santé. Les centres médico-psychologiques de l’enfant et de l’adolescent sont débordés ; il faut attendre plusieurs mois pour y obtenir un rendez-vous.Dans son dernier baromètre, Santé publique France indique que les jeunes âgés de 18 à 24 ans sont ceux de nos concitoyens qui tentent le plus de mettre fin à leurs jours. Dans cette tranche d’âge, le nombre de tentatives de suicide déclarées a doublé entre 2017 et 2021, et un enfant sur cinq présente des symptômes dépressifs.À La Réunion, où près d’un tiers de la population a moins de 20 ans, les difficultés qui rongent la jeunesse de l’intérieur sont colossales, qu’il s’agisse des violences intrafamiliales, des addictions ou encore du niveau de chômage élevé. Malgré la bonne volonté et l’implication de tous les acteurs, l’absence de moyens financiers met à mal tout projet de développement d’une offre adaptée. Le taux de tentatives de suicide des jeunes Réunionnais est le plus élevé de France, et représente la première cause de mortalité des moins de 24 ans dans ce territoire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.) Un même jeune peut faire jusqu’à dix tentatives avant de se voir proposer une première consultation, généralement six mois plus tard.Le numéro vert, la plateforme Cnaé – Coordination nationale d’accompagnement des étudiantes et des étudiants – et le dispositif Mon soutien psy sont loin d’être suffisants. Après un signalement, les jeunes ont besoin de se sentir écoutés et accompagnés par des professionnels. Ce n’est ni le rôle de l’enseignant, ni celui du conseiller principal d’éducation (CPE).Face à ce triste constat, quels moyens concrets comptez-vous débloquer pour garantir l’accompagnement complet des jeunes en situation de détresse psychologique ? La jeunesse appelle à l’aide ; écoutez-la ! Parquer des enfants dans des hôtels, abandonner du jour au lendemain les jeunes majeurs issus de l’aide sociale à l’enfance, ou encore laisser prospérer le harcèlement scolaire : tels ne doivent pas être vos uniques faits d’armes. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES ainsi que sur quelques bancs des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’enfance, de la jeunesse et des familles.
Mme Sarah El Haïry. Il n’y a pas de santé sans santé mentale ; il n’y a pas d’enfance, il n’y a pas d’émancipation sans accompagnement des enfants et des jeunes. Le Premier ministre l’a rappelé, cet accompagnement est notre priorité depuis 2017.
Mme Sarah El Haïry. Les enjeux sont posés. Sous l’autorité de la ministre Catherine Vautrin et en lien avec le ministre chargé de la santé et de la prévention, nous mobiliserons tous les moyens nécessaires afin de détecter ces situations dès le plus jeune âge, de lutter contre l’addiction aux écrans et d’entendre ce qui est dit à ce propos. Parler de santé mentale, c’est parler de dépression, de perte de chances et, malheureusement, du suicide d’enfants de plus en plus jeunes.Faire de cette cause une priorité, cela passe par l’installation, dans chaque département, de maisons de l’adolescent ou encore par l’intensification de la prévention et de la détection, grâce au renforcement de la médecine scolaire, au plus près des enfants.Nous savons aussi reconnaître ce qui n’a pas bien fonctionné et le corriger : c’est ce que nous faisons s’agissant du chèque psy, afin d’apporter des réponses plus rapidement et de faciliter les remboursements. (Mme Sophia Chikirou s’exclame.)Nous devons également nous appuyer sur les professionnels, dans le cadre de la stratégie nationale de prévention du suicide. L’ensemble du Gouvernement, quels que soient le moment et le lieu, sera mobilisé afin de lutter contre ce fléau qui touche autant les parents que les enfants.Notre méthode est simple : nous portons un regard territoire par territoire. Vous avez évoqué La Réunion et les territoires ultramarins mais les inégalités sont réelles partout en France. C’est grâce à la mobilisation des équipes éducatives, de santé et en accompagnant les parents que nous permettrons à chaque enfant de disposer des mêmes chances. Madame la députée, nous serons à vos côtés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Mme Karine Lebon (GDR-NUPES). Vous avez une obligation de résultat : or le nombre de tentatives de suicide déclarées a doublé entre 2017 et 2021. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NUPES et Écolo-NUPES.)
Mme Béatrice Bellamy (HOR). Il y a une semaine, devant notre institution, les agriculteurs de la filière bio exprimaient leur désarroi et une profonde demande de reconnaissance. Dans de nombreux départements, ils alertent leurs parlementaires et leurs élus locaux. C’est sur ces femmes et ces hommes, leur situation et leurs inquiétudes que je souhaite, monsieur le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, appeler votre attention. Je le fais en gardant à l’esprit les riches échanges que j’ai eus, hier matin, avec des agriculteurs, dans une exploitation vendéenne.
M. Raphaël Schellenberger (LR). Une élue de la majorité qui se rend sur le terrain, c’est une nouveauté !
Mme Béatrice Bellamy (HOR). Sans opposer les modèles ni les pratiques, le message exprimé est celui d’une profession qui a besoin d’être entendue et prise en considération. L’agriculture biologique représente 14 % des exploitations agricoles et recouvre 11 % de la surface agricole de notre pays.Depuis 2021, force est de constater que le marché du bio subit un sérieux recul et qu’il est fragilisé, à l’instar de nombreuses autres filières ; c’est finalement toute la chaîne qui en pâtit. Désormais, des exploitants cèdent à la « décertification » – rappelons que pour chaque hectare qui perd sa certification, ce sont des millions d’euros d’aides publiques qui sont gâchés. À cela s’ajoute la crainte des acteurs de la filière de ne pas pouvoir transmettre leur exploitation et garantir le renouvellement des générations.Des mesures ont été annoncées : la prolongation du crédit d’impôt bio après 2025, un soutien en matière de communication sur les produits bio ou encore le respect des lois Egalim, en particulier de l’objectif de proposer au moins 20 % de produits biologiques dans la restauration hors domicile. (M. Jimmy Pahun applaudit.) Il s’agit d’un enjeu fort pour que la France atteigne les objectifs qu’elle s’est fixés à l’horizon 2027. C’est également un défi puissant pour l’aménagement de nos territoires, la qualité de nos ressources et le maintien des paysages agricoles.Vous avez entamé, monsieur le ministre, des discussions avec les représentants de la filière biologique. Pouvez-vous informer la représentation nationale du résultat de ces échanges ? Prévoyez-vous un plan de soutien spécifique à la filière, qui serait à même de redonner des perspectives sur le long terme ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire.
M. Marc Fesneau. Vous avez raison, la filière bio traverse depuis 2021 une crise très grave, liée sans doute à la réorganisation de la consommation durant l’épidémie de covid-19, qui se traduit d’abord par une crise de la demande. Nous devons donc agir sur deux piliers. Premièrement, il faut répondre à l’urgence, pour éviter le phénomène des déconversions que vous avez très justement évoqué : 100 millions d’euros ont été débloqués en 2023 pour accompagner la filière grâce à un fonds d’urgence et 50 millions supplémentaires ont été annoncés par le Premier ministre, il y a une dizaine de jours, pour accompagner les exploitants agricoles.
M. Marc Fesneau. Ces mesures s’ajoutent à celles engagées en faveur des différentes filières : en effet, ces fonds compléteront ceux destinés à la viticulture ou à l’élevage. C’est donc de l’argent que l’on accorde en plus – il n’y a pas de soustraction – à la filière biologique.
M. Sébastien Jumel (GDR-NUPES). Il faudrait plutôt augmenter le pouvoir d’achat des Français !
M. Marc Fesneau. Enfin, nous faisons en sorte de maintenir les outils, notamment fiscaux, qui fonctionnent et qui seront prolongés jusqu’en 2025 – même si je sais que la demande va bien au-delà : ainsi, le crédit d’impôt pour l’agriculture biologique passera de 3 500 à 4 500 euros en 2023, en 2024 et en 2025 – c’est un élément très important.Deuxième pilier, nous devons agir sur la demande et réorganiser la filière, pour qu’elle soit en mesure de mieux répondre aux besoins du marché. (Mmes Sophia Chikirou et Aurélie Trouvé s’exclament.) Tel est l’objectif du fonds Avenir bio, qui sera doté, en année de croisière et jusqu’en 2027, de 18 millions d’euros. L’Agence bio – l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique – a également été dotée de moyens de communication plus importants : une campagne de communication sera lancée durant le Salon de l’agriculture afin de stimuler la demande.
M. Maxime Minot (LR). Cela fait sept ans que vous êtes au pouvoir !
M. Marc Fesneau. Enfin, permettez-moi d’évoquer un sujet très important : le respect des lois Egalim – la loi du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous, celle du 18 octobre 2021 visant à protéger la rémunération des agriculteurs et celle du 30 mars 2023 tendant à renforcer l’équilibre dans les relations commerciales entre fournisseurs et distributeurs, cette dernière ayant été adoptée sous l’égide de la Première ministre Élisabeth Borne.
M. Marc Fesneau. L’État tiendra ses engagements en la matière : plus de 120 millions d’euros seront réinjectés. Mais nous devons travailler avec les collectivités locales – sans leur donner de leçons – afin que les lois Egalim soient respectées.
Mme Aurélie Trouvé (LFI-NUPES). Et que faites-vous pour sanctionner les collectivités qui ne les respectent pas ?
M. Marc Fesneau. Si elles étaient respectées, cela permettrait de compenser la perte de consommation de produits biologiques observée dans la sphère privée. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes RE et Dem.)
M. François Piquemal (LFI-NUPES). « Venez me chercher ! » « J’ai tellement peur, s’il vous plaît, venez ! » Voici les derniers mots d’Hind Rajab aux secouristes qu’elle a réussi à appeler. Ce sont les derniers mots d’une fillette de six ans, seule, coincée sous un déluge de feu, au milieu des corps des membres de sa famille, tués par l’armée israélienne.Quelques jours plus tôt, la Cour internationale de justice disait craindre un risque génocidaire à Gaza. Depuis cette date, Netanyahou devrait avoir reculé et les actions de son gouvernement devraient avoir été sanctionnées. Pourtant, la situation n’a cessé de s’aggraver : un blocus humanitaire renforcé, qui entraîne une pénurie massive de matériel médical et de denrées alimentaires ; une nouvelle opération de nettoyage ethnique à Rafah, où sont pris au piège 1,4 million de Palestiniens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur quelques bancs des groupes Écolo-NUPES et GDR-NUPES.) Combien de temps resterons-nous encore silencieux, face au drame qui se déroule sous nos yeux ?
M. François Piquemal (LFI-NUPES). Combien d’Hind Rajab appelleront à l’aide, en vain ? (Mme Caroline Yadan s’exclame.) La France doit soutenir la Cour internationale de justice, porter une résolution de cessez-le-feu immédiat à l’ONU et interrompre les ventes d’armes à Israël. (Mme Caroline Yadan s’exclame de nouveau.)Au Parlement européen, Manon Aubry, qui représente La France insoumise, a déposé une résolution en ce sens. Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, soutiendrez-vous cette résolution et rejoindrez-vous l’Espagne, la Belgique, l’Irlande, les Pays-Bas et le Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, qui se sont engagés dans cette voie ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NUPES et sur plusieurs bancs des groupes SOC, Écolo-NUPES et GDR-NUPES.)Dans sa chanson « La branche d’olivier », diffusée au début des bombardements, la chanteuse chilo-palestinienne Elyanna emploie ces mots : « Dans la terre de la paix, la paix est morte / Et le monde dort sur un enfant blessé. » Aujourd’hui, le monde dort sur Hind Rajab et plus de 5 000 enfants palestiniens morts à Gaza. Il est temps que le monde se réveille, en particulier la France, en portant haut sa branche d’olivier. (Les députés des groupes LFI-NUPES, SOC et Écolo-NUPES se lèvent et applaudissent. – Applaudissements également sur plusieurs bancs du groupe GDR-NUPES.)
Mme la présidente (RE). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Stéphane Séjourné. …qui se déroule à Gaza doit cesser et une offensive israélienne à Rafah créerait une situation intenable, d’une dimension nouvelle totalement injustifiable.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Les crimes de masse ! Utilisez les bons termes !
M. Stéphane Séjourné. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le souligner devant vous, les frappes israéliennes de ces derniers jours à Rafah nous préoccupent vivement : j’ai l’ai d’ailleurs rappelé directement aux responsables politiques israéliens et à Benyamin Netanyahou lorsque je l’ai rencontré – les Israéliens connaissent donc notre position à ce sujet.
M. Stéphane Séjourné. Afin d’éviter un désastre, nous réitérons notre appel à un arrêt des combats. Israël doit prendre des mesures concrètes pour protéger la vie des populations civiles à Gaza.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR-NUPES). Les discours n’arrêtent pas les bombes ! Il faut des actes !
M. Stéphane Séjourné. En parallèle, nous nous mobilisons pour évacuer nos ressortissants, ainsi que des personnes qui ont travaillé pour la France. Hier, quarante-deux personnes ont ainsi pu quitter la bande de Gaza. L’avenir de cette région et de ses habitants ne s’inscrira que dans la perspective d’un État palestinien, vivant en paix et en sécurité aux côtés d’Israël.
M. Stéphane Séjourné. C’est la position constante de la France et notre détermination est totale : en témoignent les sanctions annoncées ce jour par le Gouvernement français contre vingt-huit colons violents. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NUPES.)
M. Stéphane Séjourné. Un cessez-le-feu est indispensable non seulement pour permettre la libération des otages mais aussi pour faciliter l’acheminement de l’aide à la population civile. La France sera toujours du côté de ceux qui souffrent. (Mme Mireille Clapot applaudit.)
Mme Caroline Janvier (RE). Madame la ministre déléguée chargée de l’enfance, de la jeunesse et des familles, les enfants de deux ans passent en moyenne cinquante-six minutes par jour devant les écrans ; une moyenne qui passe à vingt-sept heures par semaine pour les enfants âgés de 7 à 12 ans et à trente-sept heures pour les jeunes de 13 à 19 ans. Ces chiffres dépassent largement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), alors que les effets sur la santé, l’attention, les apprentissages, le langage, le sommeil, l’alimentation ou encore la santé mentale – avec des risques accrus de dépression – sont connus.Il nous faut agir, car c’est un défi majeur de santé publique. C’est pourquoi, dès 2021, nous avons travaillé, avec Renaissance – mon groupe parlementaire –, sur ce que nous avons qualifié de « mal du siècle ». Notre mobilisation a abouti, le 7 mars 2023, à l’adoption, à l’unanimité, par l’Assemblée nationale, de ma proposition de loi relative à la prévention de l’exposition excessive des enfants aux écrans.
Mme Caroline Janvier (RE). Cette proposition de loi est axée sur deux sujets : d’une part, la sensibilisation des parents, d’autre part, la formation de l’ensemble des professionnels en contact avec les enfants. Toutefois, elle est en attente d’examen par le Sénat depuis près d’un an. C’est pourquoi je souhaiterais savoir si le Gouvernement entend l’inscrire à l’ordre du jour. J’aimerais également connaître les mesures – vous en avez déjà évoqué certaines – que le Gouvernement prévoit d’engager en la matière. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe RE.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’enfance, de la jeunesse et des familles.
Mme Sarah El Haïry. Permettez-moi de reprendre les chiffres que vous venez de citer, parce qu’ils sont essentiels : cinquante-six minutes d’exposition par jour pour les enfants de moins de deux ans ; une heure vingt pour les enfants âgés de 3 ans, 3 ans et demi ; une heure trente pour les enfants de plus de 5 ans. C’est aujourd’hui, plus que jamais, un sujet primordial. Et la surexposition aux écrans, vous l’avez rappelé, constitue une menace.Les parents, les professeurs, les professionnels de santé, les chercheurs ont tous tiré la sonnette d’alarme. Cette prise de conscience s’est faite également grâce aux travaux des parlementaires, à qui je veux rendre hommage – je pense en particulier au rapport que vous avez publié au nom de la commission des affaires sociales, ainsi qu’à la proposition de loi de M. Laurent Marcangeli visant à instaurer une majorité numérique à 15 ans ou encore aux travaux de la majorité engagés notamment par le président Bruno Studer. Cette mobilisation nous a permis, conformément au cap fixé par le Premier ministre, de tenter de reprendre le contrôle – la majorité y travaille depuis 2017.Vous l’avez rappelé, les écrans sont multiples : téléphones, ordinateurs, télévision. Les conséquences de cet excès d’exposition sont dramatiques pour nos enfants. C’est pourquoi le Président de la République a annoncé, le 16 janvier dernier, la création d’une commission, présidée par la neuropsychiatre Servane Mouton et le professeur Amine Benyamina, addictologue, qui devrait rendre ses conclusions dès le mois de mars prochain. Cela nous permettra de dresser un constat relatif à l’impact des écrans sur la santé physique et mentale et de disposer d’évaluations sur l’efficacité des dispositifs, d’élaborer une nouvelle doctrine de régulation en fonction de l’âge et de la nature des contenus et de proposer des outils adaptés.C’est avec vous, parlementaires, que nous apporterons les réponses nécessaires, parce qu’il y va de l’égalité des chances : la surexposition aux écrans peut entraîner une perte de chances et nous savons bien qu’il existe des écarts en fonction des situations socioprofessionnelles ou territoriales. Nous sommes et nous serons au rendez-vous, parce qu’il s’agit d’une priorité pour nos enfants : prévenir, informer et accompagner. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Régularisations des étrangers pour les métiers en tension
M. Stéphane Rambaud (RN). Monsieur le ministre de l’intérieur et des outre-mer, par la circulaire du 5 février, vous venez d’adresser aux préfets des instructions précises afin d’appliquer le nouvel article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) pour faciliter la régularisation des étrangers en situation irrégulière dans les métiers en tension. Ils pourront désormais déposer en préfecture des demandes d’admission au séjour sans l’assentiment de leur employeur.On peut retenir trois éléments. Tout d’abord, même si l’étranger fait l’objet d’une OQTF – obligation de quitter le territoire français –, il sera éligible à la régularisation. Si ce tour de passe-passe vise à faire baisser le stock des OQTF, vous êtes sur la bonne voie, mais je ne saurais y souscrire : j’appelle cela de la tromperie.Ensuite, la circulaire conclut que même si l’étranger ne remplit pas les conditions, le préfet dispose d’un pouvoir discrétionnaire, ce qui ouvre la porte à un nombre pléthorique de régularisations. Les préfets devront rendre compte dans trois mois mais, dès à présent, je ne peux que vous mettre en garde contre une telle pratique.Enfin, si la circulaire rappelle que les Algériens ne sont pas soumis au Ceseda mais à l’accord franco-algérien de 1968, elle souligne qu’ils pourront tout de même bénéficier d’une régularisation en application du pouvoir discrétionnaire du préfet, ce qui n’est pas acceptable.Une telle politique, soutenue par votre circulaire, ne manquera pas de provoquer un déferlement de demandes de régularisation au titre des métiers en tension. J’aimerais donc connaître les véritables motifs de cette mobilisation des préfets et de votre empressement à faire appliquer ce dispositif. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme la présidente (RE). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée des outre-mer.
Mme Marie Guévenoux (RE). Vous ne semblez pas avoir en tête les mesures relatives aux métiers en tension adoptées au moment du vote du projet de loi pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration. La délivrance d’un titre de séjour destiné à permettre à des étrangers de travailler dans des conditions régulières concernait des filières et des conditions de séjour extrêmement précises, et tout cela était très encadré. Contrairement à ce que vous avancez, le préfet ne dispose pas d’un pouvoir discrétionnaire. Il peut examiner, au vu de la situation de l’étranger, la possibilité de lui retirer ce titre de séjour. L’État exerce donc bien un contrôle sur ces situations, et on ne constate en aucun cas le laisser-aller que vous semblez décrire. (Applaudissements sur les bancs du groupe RE.)
Mme Brigitte Liso (RE). Je suis très heureuse de poser sa première question à Frédéric Valletoux, ministre délégué chargé de la santé et de la prévention.Depuis plusieurs jours, la sphère complotiste s’agite autour du projet de loi visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires, dont nous débattrons tout à l’heure. Elle fait ce qu’elle sait faire de mieux : désinformer, apeurer et, surtout, dire n’importe quoi.
Mme Brigitte Liso (RE). À l’occasion de l’examen de ce texte, dont je suis la rapporteure, on m’accuse de tous les maux : on m’accuse d’enfreindre la liberté d’expression, de mettre à mal la liberté de conscience et de cadenasser le débat scientifique.