M. Manuel Bompard (LFI-NFP) (LFI-NFP). Monsieur le premier ministre, depuis un mois, la jeunesse de notre pays – des outre-mer comme de l’Hexagone – exprime sa colère à travers un mouvement d’une ampleur inédite. Depuis un mois, vous refusez de lui répondre autrement que par le mépris et la violence. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.)Samedi, votre stratégie de pourrissement a eu des conséquences dramatiques, et votre amateurisme a fait le reste. À la souffrance des lycéens et des étudiants vous avez ajouté celle de commerçants que vous avez abandonnés, et celle de manifestants pacifiques que vous avez maltraités. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Plusieurs députés du groupe RN. La honte !
M. Manuel Bompard (LFI-NFP). À la honte internationale suscitée par la répression exercée contre nos enfants, vous avez ajouté celle provoquée par l’incendie ou la dégradation de mairies. C’est un véritable fiasco dont vous êtes les uniques responsables. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR ainsi que sur quelques bancs du groupe DR.)
M. Manuel Bompard (LFI-NFP). Monsieur le premier ministre, vous ne vous en sortirez pas en manipulant les services de renseignement, comme l’a révélé Mediapart, afin d’accuser La France insoumise de violences qu’elle a toujours refusées. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS. – Plusieurs députés du groupe RN font un geste de balayage de la main.)
Quelques députés du groupe LFI-NFP. Quelle honte !
M. Manuel Bompard (LFI-NFP). Vous ne vous en sortirez pas davantage en remettant en cause les libertés fondamentales au moyen de couvre-feux ou d’hélicoptères au-dessus de Paris.À une crise politique, il n’existe pas d’autre réponse que politique. Même le président Macron le reconnaît, les revendications sont légitimes.
M. Manuel Bompard (LFI-NFP). Alors, mettez fin à l’ignoble Parcoursup qui, depuis que vous l’avez inventé, pourrit l’avenir de nos enfants. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Débloquez les 10 milliards d’euros nécessaires pour reconstruire un système scolaire et universitaire ravagé par vos politiques. Bloquez le prix des carburants et augmentez le smic afin de permettre à nos concitoyens de vivre dignement. (Mêmes mouvements.)Il est temps de renoncer à votre stratégie mortifère. Avant vous, d’autres ont su céder lorsque l’avenir de la patrie était en jeu. Chirac l’a fait, Pompidou aussi. Et vous, monsieur le premier ministre, qu’attendez-vous ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, et des groupes EcoS et GDR. – M. Frédéric Maillot se lève aussi pour applaudir.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Laurent Nuñez. Votre question est très large. Vous déplorez que des commerces aient été pillés, détruits, et vous en imputez la responsabilité au gouvernement. En tant que ministre de l’intérieur, j’ai ma part de responsabilité dans la conception des dispositifs de sécurité. (« Démission ! » et vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Mais vous avez la vôtre dans le soutien que vous apportez à l’ultragauche et à une extrême gauche radicalisée dont on sait très bien qu’elle met de l’huile sur le feu, qu’elle fait dégénérer les cortèges et qu’elle provoque des incidents graves ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes RN et UDR. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous avez accusé le ministre de l’intérieur de manipuler les services de renseignement pour les diriger contre La France insoumise.
M. Laurent Nuñez. C’est faux ! Les services de renseignement de ce pays ne travaillent pas sur les partis politiques. (Les exclamations se poursuivent sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est faux et vous le savez très bien !Jamais il n’a été demandé d’écrire sur LFI, comme vous m’avez accusé de l’avoir fait ce matin sur France Info, jamais ! C’est faux, c’est une manœuvre de diversion. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe GDR.) Vous avez jeté de l’huile sur le feu. Vous avez donc une part de responsabilité dans les graves incidents qui ont eu lieu.Selon vous, l’ultragauche ne serait pas responsable des incidents. (M. Philippe Vigier s’exclame.) Mais dans votre circonscription, à Marseille, d’où sont partis les cortèges ? Du site de la société Eurolinks, parce que l’ultragauche était à la manœuvre. C’est ainsi que la situation a dégénéré ! Voilà la vérité, monsieur le député ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN, EPR, DR, HOR et UDR. – Vacarme.)
M. Laurent Nuñez. Je vous rassure, monsieur Bompard, les services de renseignement ne travaillent pas sur les partis politiques. Mais le trait d’union entre La France insoumise et certains groupuscules est réel. Vous comptez dans vos rangs un député membre de la Jeune Garde ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et HOR. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Manuel Bompard (LFI-NFP). Monsieur le ministre, vous l’avez avoué, vous avez perdu le contrôle. Alors cessez de vous défausser sur les autres, répondez aux revendications, et démissionnez ! (Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et GDR.)
M. Laurent Nuñez. Je ne veux pas voir les sites de l’ultragauche glorifier les pillages qui ont eu lieu. Vous les connaissez – ce sont vos amis, ne l’oubliez pas ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)
M. Marc Fesneau (Dem) (DEM). Il n’y a pas de camp à choisir. Rien ne peut se construire dans la violence et le désordre. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes Dem et EPR.)
M. Marc Fesneau (DEM). Il n’y a pas d’alternative à l’ordre et à la paix civile. La loi de la violence, c’est celle de la meute, celle du plus fort. C’est l’exact inverse de la démocratie. La violence débridée ne sera jamais une réponse aux inquiétudes des jeunes et de leurs parents, qui s’interrogent sur leur avenir et sur celui du monde. Elle ne constitue pas davantage une solution à la crise du pouvoir d’achat ni à la peur du déclassement.Le désordre finit toujours, tôt ou tard, par engendrer la servitude. Il frappe d’abord les plus faibles. La violence, c’est la paralysie ; n’y rien céder est la condition même pour apporter des solutions concrètes. Ceux qui érigent la violence en alternative politique ou ceux qui espèrent prospérer sur le chaos…
M. Marc Fesneau (DEM). …portent la responsabilité de désespérer un pays qui sait pourtant se dépasser lorsqu’il s’unit. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe EPR.)
M. Marc Fesneau (DEM). S’unir contre la violence ne devrait pas être une question et pour nous, députés Démocrates, ce n’en est pas une. Rétablir l’ordre et la paix civile est le moins que nous devions aux Français – mais nous devons aussi avancer, pour bâtir, réparer, réconcilier.Monsieur le premier ministre, vous réunirez jeudi les forces politiques à Matignon. C’est nécessaire, mais les Français, qui ressentent de la honte et de la colère, attendent surtout des actes. Comment entendez-vous garantir durablement la paix civile et les protéger ? Sans cela, rien ne sera possible.
M. Marc Fesneau (DEM). L’ordre rétabli, ce qui est le préalable à tout, quelles initiatives politiques comptez-vous prendre pour redonner des perspectives à notre jeunesse et engager notre pays sur le chemin de la réconciliation ? (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et EPR. – Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.)
M. Sébastien Lecornu. Votre question pose bien le débat : oui, l’ordre public est le préalable à tout. Dans une démocratie qui fonctionne, contrairement à ce que nous venons d’entendre, nous croyons en la responsabilité individuelle. Lorsqu’il y a des dégradations et des pillages, les casseurs, les pilleurs sont responsables – et non les pouvoirs publics, comme le laisse croire la rhétorique de certains. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)
M. Sébastien Lecornu. Si l’ordre public est le préalable à tout, le soutien aux forces de sécurité intérieure l’est également. Le week-end dernier, 1 000 policiers et gendarmes ont été blessés.
M. Sébastien Lecornu. La représentation nationale doit leur apporter un soutien clair, franc et massif, car les policiers et les gendarmes ne sont pas ceux d’un gouvernement : ils sont ceux de la République, des gouvernements précédents et de ceux qui suivront ! (Les membres du gouvernement se lèvent et applaudissent, de même que les députés des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT. – Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – Mme Christine Engrand applaudit également.)
Mme Marie-Christine Dalloz (DR). Ils n’applaudissent jamais ! (Elle regarde les bancs situés à gauche de l’hémicycle.)
M. Sébastien Lecornu. C’est la permanence de l’État. Ce qui vaut pour les policiers et les gendarmes vaut également pour les enseignants et pour toutes celles et tous ceux qui assurent le service public. Je m’étonne d’ailleurs de devoir à chaque fois rappeler cette évidence, celle de la permanence de la République.Je vais revenir, avec ordre et méthode, sur plusieurs éléments. Le premier concerne la transparence, car le gouvernement la doit aux représentants de la nation que vous êtes : d’abord, transparence sur l’état de la menace…
M. Sébastien Lecornu. …et sur ce qui s’est exactement passé samedi dernier ; ensuite, transparence sur ce qui n’a pas fonctionné, afin d’apporter un peu de rationalité à un débat politique préélectoral qui démarre fort – et le « y a qu’à, faut qu’on » est déjà bien présent sur les matinales des radios.D’abord, depuis très longtemps, nous n’avions pas connu autant de rassemblements non déclarés ou non signalés. Vous avez été ministre de l’agriculture et le savez donc bien, pour garantir l’expression de la liberté syndicale mais aussi la sécurité de celles et ceux qui manifestent – y compris lorsqu’ils contestent la politique du gouvernement –, il faut respecter certaines obligations déclaratives.Vous allez créer une commission d’enquête parlementaire. C’est l’un des premiers sujets sur lesquels elle devra revenir – sans compter les difficultés liées à la scission des cortèges.Ensuite, et j’imagine que les services de renseignement l’évoqueront devant cette commission, nous avons été confrontés à un mode opératoire inédit. Habituellement, pour schématiser, les individus violents s’insèrent dans les cortèges et déclenchent le chaos en fin de manifestation – les gouvernements précédents en savent quelque chose. Pour la première fois, nous avons observé un mode opératoire différent. Nous l’avons vu dès le départ du cortège de la CGT à Paris, mais également à Marseille dès le matin : un certain nombre d’individus violents issus de l’extrême gauche radicale et de l’ultragauche ont choisi de fonctionner en essaim, de semer la violence de manière méthodique, en s’aidant d’outils numériques. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP)
Mme la présidente (EPR). S’il vous plaît, seul le premier ministre a la parole.
M. Sébastien Lecornu. Quand nous parlons de ceux qui ont commis les violences, mesdames et messieurs les députés de La France insoumise, vous avez du mal à l’entendre et à l’assumer.
Plusieurs députés du groupe LFI-NFP. Des preuves !
M. Sébastien Lecornu. Ce mode opératoire a créé une confusion dans la gestion de l’ordre public tout au long de la journée.
Quelques députés du groupe LFI-NFP. On demande des preuves !
M. Sébastien Lecornu. Enfin, et nous en produirons les preuves, dans certaines zones, un schéma insurrectionnel a été planifié par des groupuscules d’extrême gauche et d’ultragauche. Ce qui s’est produit à la mairie de Limoges en constitue un exemple. Une première interpellation a eu lieu ce matin – le garde des sceaux s’est exprimé. L’individu interpellé était déjà connu des services puisqu’il est fiché S.
M. Sébastien Lecornu. Il sera difficile de conserver une naïveté béante et de nier la participation de ces groupuscules violents à cette affaire comme aux autres mouvements organisés, comme celui qui visait à marcher sur l’Élysée.Lorsqu’on est républicain et démocrate, quel que soit son jugement sur le président de la République, on ne peut tolérer que des groupuscules factieux marchent sur l’Élysée, sur Matignon, sur l’Assemblée nationale ou sur le Sénat. (Mme Andrée Taurinya s’exclame.) En démocratie représentative, tous les élus doivent défendre cette exigence, y compris celles et ceux qui siègent dans cet hémicycle.Enfin, un dernier phénomène est apparu dans la journée de samedi et s’est poursuivi le dimanche soir : une délinquance plus générale s’est agrégée au mouvement, impliquant des jeunes majeurs ou mineurs déjà connus des services. Il y a déjà eu de nombreuses interpellations, j’y reviendrai. Dans ce cas précis, l’objectif n’était plus politique : il s’agissait de pillages, avec comme point commun une coordination par le biais des réseaux sociaux.S’agissant maintenant des dysfonctionnements, le premier concerne la capacité du renseignement à tout voir. Les services de renseignement ont identifié beaucoup de choses, mais pas tout. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Cela ne justifie en rien les accusations – nouvelle infamie – des députés de La France insoumise, laissant entendre que la police de la République pratiquerait le renseignement politique. C’est faux !
M. Sébastien Lecornu. C’est faux depuis les années 1990 et vous le savez très bien. Il n’est donc pas nécessaire de mentir ni de faire circuler de fausses informations. (Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme la présidente (EPR). S’il vous plaît, seul le premier ministre a la parole.
M. Sébastien Lecornu. Comme l’a indiqué le ministre de l’intérieur, il est impensable qu’un gouvernement donne de telles instructions. (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Deuxième problème, que le ministre de l’intérieur a déjà évoqué : le dispositif déployé était trop statique et pas assez mobile. Vous reviendrez certainement sur cette question dans le cadre de la commission d’enquête. À Paris, c’est la Brav-M, la brigade de répression de l’action violente motocycliste, qui a fait preuve de beaucoup d’efficacité (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP) : face aux essaims de délinquants, de pilleurs et de casseurs, c’est l’utilisation mobile des forces qui a porté des fruits, et nous en tirerons rapidement des conclusions.Troisièmement, le ministère de l’intérieur a fait un choix que, pour avoir porté l’uniforme, je respecte : il n’a pas annulé les congés longue durée prévus pour les policiers et les gendarmes qui avaient été largement sollicités, dans l’Hexagone et les outre-mer. Si les bavures sont restées peu nombreuses – et celles que l’Inspection générale de la police nationale est en train d’étudier au cas par cas ne représentent pas la majorité du genre, contrairement à ce que certains racontent –, c’est aussi parce que le repos physique du fonctionnaire de police ou du militaire de la gendarmerie fait partie des décisions de commandement.
M. Sébastien Lecornu. L’objectif est simple : le retour immédiat à l’ordre. Le premier outil pour y parvenir, ce sont des couvre-feux localisés, instaurés dans le cadre d’un dialogue entre les maires et les préfets. Cette nuit, ils ont permis de ramener le calme, preuve de leur efficacité. Nous continuerons à explorer cette piste dans les jours qui viennent.
Mme Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI-NFP). À Lyon, il y a eu des militants d’ultradroite et vous n’avez rien dit !
M. Aurélien Saintoul (LFI-NFP). Ce discours est trop long et ne trompe personne.
M. Sébastien Lecornu. S’agissant du volet judiciaire, le garde des sceaux s’est plusieurs fois exprimé ces derniers jours, et je l’en remercie. La judiciarisation a pris deux formes : une action à chaud – samedi et dimanche, nous avons procédé à de nombreuses interpellations et gardes à vue –…
Mme Sabrina Sebaihi (ECOS). Il faudrait peut-être penser à discuter avec les jeunes !
M. Sébastien Lecornu. …mais aussi à froid. Ainsi, en matière de pillages, nous avons enclenché des moyens judiciaires, et, du côté du ministère de l’intérieur, d’enquête, d’un caractère inédit. Nous disposons d’énormément de pièces à conviction, d’images et de vidéos qui nous permettront, dans les jours qui viennent, de multiplier les interpellations. Pour vous donner un chiffre, 200 enquêteurs sont mobilisés pour traquer celles et ceux qui ont volé à Paris.Il faudra ensuite avancer sur la question des réparations civiles. Bien nous en a pris de présenter en conseil des ministres le projet de loi « casseur-payeur » : alors que nous sommes confrontés à de grandes difficultés d’argent public, nous ne pouvons pas faire à chaque fois appel au contribuable et à la solidarité nationale pour réparer ce que les casseurs ont cassé.
M. Sébastien Lecornu. La responsabilité civile des casseurs est engagée et nous avons la capacité d’aller chercher de l’argent sur leurs comptes bancaires, y compris en coupant une partie des allocations sociales. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Dem et sur quelques bancs des groupes EPR, DR, HOR et LIOT.) C’est un outil indispensable et je veux que ce texte aille jusqu’à son terme. Beaucoup se paient de mots dans la campagne présidentielle ; voilà l’occasion de faire œuvre utile à l’approche de l’élection.Pour ce qui est des manifestations à venir, le ministre de l’intérieur a déjà donné des instructions aux préfectures. Samedi, le dispositif sera massif. Il sera présenté au ministre de l’intérieur et, jeudi prochain, à moi-même.Jeudi, je réunirai également à Matignon les formations politiques, dont certaines m’ont saisi de questions relatives à la sécurité de la campagne présidentielle. Il y va de la sécurisation d’un exercice démocratique majeur et beaucoup de candidats à l’élection souhaitent évoquer cet enjeu. Demain, avec les organisations syndicales, nous reviendrons sur la sécurisation de la liberté d’expression des syndicats. Ce ne sera pas la seule question à l’ordre du jour – je reviendrai sur l’agenda de fond.
M. Paul Vannier (LFI-NFP). Le recrutement de profs ? La hausse du smic ? Le blocage des prix ?
M. Sébastien Lecornu. Je reviendrai aussi sur le mouvement des lycéens et sur les réponses que le gouvernement entend y apporter.
M. Aurélien Saintoul (LFI-NFP). Faites donc une déclaration de politique générale, osez solliciter le vote de confiance ! On verra si vous êtes majoritaires !
M. Sébastien Lecornu. Vous l’avez dit, monsieur Fesneau, le retour à l’ordre est le préalable à tout le reste. Lorsque, dans la nuit de samedi à dimanche, je me suis rendu auprès des forces de l’ordre, policiers et gendarmes, j’ai prononcé la phrase par laquelle vous avez commencé votre question et à laquelle je crois. On peut toujours compter le nombre d’escadrons de gendarmes mobiles, déposer tous les amendements ou propositions de loi de la terre ;…
M. Paul Vannier (LFI-NFP). Aussi long que Macron, pour ne rien dire !
M. Sébastien Lecornu. …j’ai le sentiment que dans le moment que nous traversons, il faut mener un combat politique et culturel contre la violence. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Oui, entre la violence et la République, il faut une bonne fois pour toutes choisir son camp ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes DR, HOR et LIOT.)
Mme Laure Lavalette (RN) (RN). Monsieur le premier ministre, il y a quatre mois, je vous interrogeais sur le chaos qui embrasait soixante et onze villes à la suite de la finale de la Ligue des champions. Je vous alertais sur les conséquences de la lâcheté pénale, de l’accoutumance à la violence et de la désintégration de l’autorité. Je vous demandais pourquoi MM. Nuñez et Darmanin étaient encore là, qui incarnent la faillite de l’État depuis dix ans. Comme vos prédécesseurs après le Stade de France, comme après les émeutes de juillet 2023, comme à chaque fois, vous n’avez pas répondu.Samedi 17 octobre, le monde entier a découvert, effaré, une France en proie aux saccages, aux pillages et à une rage incendiaire. Des milliers d’entreprises et de commerces pris pour cible ; des dizaines de commerçants et salariés malmenés ; des bâtiments publics, des mairies et des commissariats attaqués. Cette haine n’est pas seulement physique, elle est politique. Elle ne s’en prend plus seulement aux murs mais bien à ce que nous sommes. Quand une Marianne est brisée à Marseille, ce sont les Français qui sont humiliés. Quand une mairie est brûlée, c’est la République qui part en fumée. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Au nom de Marine Le Pen et du RN, j’adresse aux forces de sécurité intérieure un hommage appuyé et notre soutien le plus vif. (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur quelques bancs des groupes DR et Dem. – M. Paul Midy applaudit également.)L’histoire ne retiendra rien de la décennie qui s’achève, sinon la lente agonie d’une nation livrée à la sauvagerie ; rien de ce président aux incantations insupportables et qui reste sourd aux appels de son propre peuple. Nous payons aujourd’hui des décennies de renoncements culturels, de mensonges d’État, de laxisme judiciaire et d’immigration anarchique, perfusée à l’argent public. (« Voleurs ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Laure Lavalette (RN). En attendant la fin de ce mandat interminable, mon interrogation est simple, et je la pose à l’homme : êtes-vous capable de maintenir l’autorité légale de l’État et d’empêcher un effondrement généralisé, en attendant qu’une nouvelle présidente remette la France en ordre ? (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Laurent Nuñez. Vous avez entendu le premier ministre décrire la situation que nous avons vécue le 17 octobre. Il l’a dit, je l’ai dit également : il y a eu des manques dans le travail de renseignement et de prévision que nous avons effectué. Ce manque d’anticipation concerne principalement deux choses, le volume des manifestants et la présence quasi systématique, dans toutes les villes, de casseurs et de pilleurs venus se greffer aux cortèges.
M. Thomas Portes (LFI-NFP). Attendez, la réunion de groupe du RN, c’était ce matin !
M. Laurent Nuñez. Comme l’a dit le premier ministre, ils ont agi de manière éclatée, pour disperser les forces du dispositif policier et se rendre difficiles à appréhender.Je salue à mon tour le travail remarquable des forces de sécurité intérieure, qui ont évité de nombreuses exactions.
M. Laurent Nuñez. Il n’en demeure pas moins que des centaines de commerces ont été pillés et vandalisés, que des bâtiments publics ont été ciblés – commissariats, forces de sécurité intérieure, mairies –, ce qui est généralement la signature de l’ultragauche et de l’extrême gauche radicale.
M. Laurent Nuñez. En prévision de samedi prochain, nous allons bien sûr renforcer le dispositif : la doctrine sera revue en matière de moyens, de volume des forces engagées et de méthode.
M. Alexis Corbière (ECOS). Le ton n’est pas le même qu’en réponse à LFI !
M. Laurent Nuñez. Les forces de l’ordre devront faire preuve de réactivité et de mobilité pour aller percuter ces groupes qui cherchent à les disperser de manière planifiée et stratégique. Nous poursuivrons ce combat.Je regrette profondément ce qui s’est passé et assume ma part de responsabilité ; mais je ne voudrais pas qu’on oublie la responsabilité majeure d’un certain camp politique, qui n’hésite pas à jeter de l’huile sur le feu, ni celle des casseurs. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Laure Lavalette (RN). Jusque-là, Toulon avait été exemptée de ces menaces urbaines ; samedi, les quartiers de la Haute-Ville et de Mayol ont été saccagés, des commerçants attaqués. (Mme Sabrina Sebaihi s’exclame.) Et à la clé, vingt petites interpellations ! Vingt ! Il n’y a plus un coin de France qui aille bien. Il n’y a plus qu’une France qui attend que votre mandat arrive à son terme ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Laurent Nuñez. Samedi prochain et dans les jours qui viennent, c’est moi qui serai aux commandes.
M. Théo Bernhardt (RN). Mais qui était aux commandes samedi ? Quel aveu !
M. Laurent Nuñez. Comptez sur ma fermeté ! Je n’ai plus à en faire la démonstration. Comptez sur moi pour être extrêmement ferme. Nous serons au rendez-vous. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et LFI-NFP.)
M. Boris Vallaud (SOC) (SOC). Nous avons assisté avec stupéfaction à des scènes inacceptables de violences et de pillages dont les auteurs devront être sévèrement sanctionnés. Nous les condamnons sans réserve, ils trahissent le mouvement social et mettent en cause l’ordre républicain.Depuis plusieurs semaines et ce week-end en particulier, le gouvernement a failli. Il a failli parce qu’il n’a pas écouté les revendications légitimes de la jeunesse. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.) Il a failli parce qu’il n’a pas pris la mesure des difficultés des Français face à la cherté de la vie, dans l’Hexagone et les outre-mer. Il a failli parce qu’il a été incapable de garantir la liberté de manifester sans risquer d’être gazé, nassé, blessé. (Mêmes mouvements.) Il a failli parce que nos équipements et nos édifices publics ont été attaqués en toute impunité. Il a failli parce que nos maires, nos commerçants, les habitants de nos villes ont été abandonnés. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Il a failli en rejetant la faute sur d’autres et en voulant opposer des camps quand notre pays a besoin de concorde. Il a failli parce qu’il a exposé nos policiers et nos gendarmes en première ligne face aux casseurs.
M. Boris Vallaud (SOC). Après l’abandon de l’école publique, de l’hôpital public, de l’université publique, voici celui de la sécurité publique. Tel est le bilan de dix ans de macronisme. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)Monsieur le premier ministre, il n’y aura pas de sortie de crise sans réponse politique à la crise. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes EcoS.) Répondez maintenant à l’impatience lycéenne et à la colère sociale qui partout s’exprime. Pour la jeunesse de notre pays, nous vous demandons des moyens pour la rénovation des bâtiments scolaires, l’ouverture de postes dans l’éducation nationale et la suppression de Parcoursup. Pour le pouvoir d’achat, nous vous demandons d’ouvrir urgemment des négociations sur les salaires avec les partenaires sociaux, comme le réclament les organisations syndicales. C’est simple, c’est concret et cela permettra d’apaiser le pays.Monsieur le premier ministre, la France a besoin d’un chemin. Cela ne peut attendre, il y a urgence ! (Les députés du groupe SOC se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)
M. Sébastien Lecornu. J’ai été long tout à l’heure, mais je répondrai précisément à votre question.Je vous rejoins sur la nécessité d’une réponse politique à la crise. Je vous suis moins sur un autre point, malgré tout le respect que je vous porte – vous avez été membre du corps préfectoral, j’ai modestement porté l’uniforme : on ne peut pas répéter durant trois semaines que « la police blesse » et passer directement, comme depuis quarante-huit heures, à « que fait la police ? » (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, Dem et HOR.) On ne peut pas vouloir interdire des armements intermédiaires, en dessous de l’armement létal, et découvrir, quand la violence atteint un niveau inouï, qu’on y a exposé les policiers et les gendarmes.
Mme Sabrina Sebaihi (ECOS). Pensez aux parents de l’enfant qui a perdu un œil !
M. Sébastien Lecornu. Ne voulant pas, par respect, traiter le sujet sur le terrain polémique, je voudrais aborder le fond, comme des représentants de votre famille politique l’ont demandé dans les médias. Je pense – et vous connaissez mes convictions d’homme de droite sur ces sujets – qu’il est temps d’objectiver la doctrine du maintien de l’ordre en France, souvent présentée de manière fausse. Par ailleurs, ni le ministre de l’intérieur ni votre serviteur n’estiment qu’il faut rester immobile dès lors que la menace bouge !Le fond de votre question concerne néanmoins la réponse politique à la crise. Demain, avec plusieurs ministres, nous réunirons les organisations syndicales.
M. Sébastien Lecornu. Je l’ai dit : je suis préoccupé par la liberté de manifester, à laquelle je suis viscéralement attaché, comme tout démocrate.
M. Stéphane Peu (GDR). Eh bien, ça ne s’est pas vu ! Ce n’est pas probant !
M. Sébastien Lecornu. Elle est aujourd’hui mise en danger par les membres de l’ultragauche et de l’extrême gauche. Nous devons assurer la sécurité des cortèges en tirant les leçons de ce qui s’est passé samedi.Mais ce ne sera pas le seul sujet que nous évoquerons avec les organisations syndicales. Je veux faire le point avec elles sur les questions budgétaires dont vous avez débattu dans l’hémicycle, et sur le problème du pouvoir d’achat, en évoquant notamment les scénarios possibles en matière de carburant – nos concitoyens doivent vous en parler chaque week-end, dans les Landes comme dans l’Eure. Je compte également donner un mandat précis au ministre du travail et des solidarités pour ouvrir la réflexion que nous pourrions reprendre en fin de discussion budgétaire, au mois de décembre, lors de la seconde lecture du projet de loi de finances.
M. Sébastien Lecornu. Je ne ferai pas d’annonces avant d’avoir rencontré les syndicats, par respect pour la démocratie sociale. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)En revanche, pour ce qui concerne le mouvement lycéen, je peux déjà dire que nous avons reçu plus de 100 000 contributions sur la plateforme de concertation. Cette plateforme a pu être accueillie avec un peu de dédain par certains représentants de la classe politique. Elle a néanmoins permis de réunir une matière précieuse, foisonnante, que j’invite chacun à ne pas mépriser et qu’il faudra aborder avec une grande transparence : il s’agit d’une source directe dont on peut tirer des enseignements – certains peuvent même être en contradiction avec des mesures prises durant les dix ans du mandat du président de la République, mais j’assume tout.En début de semaine prochaine, tout cela fera l’objet d’une restitution à l’ensemble de la communauté éducative, étudiante et lycéenne – les lycéens eux-mêmes, les parents, les organisations syndicales.
M. Sébastien Lecornu. Cela débouchera sur de premières annonces – les ministres de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale ont commencé à y travailler – dont le Parlement pourra s’emparer, puisque cette crise percute les enjeux budgétaires, afin d’enrichir les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale.
M. Sébastien Lecornu. Mais une réponse politique passe aussi par une vision pour cette génération. Or personne ne peut croire un seul instant que le gouvernement puisse la livrer d’un coup de baguette magique, avec quelques amendements.
M. Sébastien Lecornu. Ce sera le rôle du débat présidentiel. Je proposerai demain aux organisations syndicales que toutes ces contributions qui sont en train de remonter du terrain et sur lesquelles nous travaillons depuis une dizaine de jours soient adressées aux candidats à la présidentielle. Ce sont eux qui doivent s’en emparer.La réponse doit tenir en deux temps : le court terme, avec des mesures d’urgence à destination des lycéens et des étudiants, et le moyen et long terme, qui sera tranché durant la campagne présidentielle.
M. Sylvain Maillard (EPR) (EPR). Ce week-end, Paris a été mise à sac sous les yeux du monde entier et de riverains effrayés : tirs de mortiers, pillages, commerces saccagés, des Halles aux Champs-Élysées. Partout en France, le bilan est accablant : près de 1 000 policiers et gendarmes blessés, des pompiers pris pour cibles, plus de 3 000 commerces pillés. À Limoges, l’hôtel de ville a été dévoré par les flammes. Je pense à Caroline, à Cyril, à Jennifer et à tant d’autres commerçants qui se sentent abandonnés. Caroline avait tout mis dans son magasin de vélo du 2e arrondissement. Dimanche matin, elle a trouvé sa vitrine brisée et son stock pillé : le travail de toute une vie, perdu en une nuit.Je tiens à l’affirmer avec force : je soutiens nos policiers, nos gendarmes, nos sapeurs-pompiers. (Applaudissements prolongés sur les bancs du groupe EPR, dont certains députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes DR, Dem et HOR.) Face à ceux qui voulaient parfois les tuer, ils ont tenu. Nous saluons leur courage. Pendant ce temps, LFI accable nos forces de l’ordre et manipule nos lycéens, puis s’affiche tout sourire devant les caméras au milieu du chaos. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS ainsi que sur les bancs du groupe EPR.)
M. Sylvain Maillard (EPR). Face aux casseurs, tolérance zéro. Ceux qui cassent doivent payer. Ce n’est plus aux Français de payer la facture de la violence.Et samedi prochain, monsieur le ministre de l’intérieur, comment fera-t-on ? Notre groupe demande l’interdiction de la géolocalisation des vidéos de pillages sur les réseaux sociaux dès qu’une manifestation dérape. Nous vous demandons aussi d’affecter les militaires de Sentinelle à des gardes statiques, permettant ainsi aux policiers et aux gendarmes d’être plus nombreux et plus mobiles. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)En d’autres termes, comment comptez-vous garantir de nouveau l’ordre dans notre pays ? Face aux voyous, aux criminels, l’État ne peut pas avoir la main qui tremble. (Exclamations.)
Mme Christine Arrighi (ECOS). Vous êtes complètement à l’ouest ! Vous proposez de faire ce que demande l’extrême droite !
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Antoine Léaument (LFI-NFP). Il est aussi ministre des armées, apparemment !
M. Laurent Nuñez. Je vous remercie de l’hommage rendu aux forces de sécurité intérieure. J’étais hier soir à Marseille, très tard, avec des effectifs des escadrons de gendarmerie, des compagnies républicaines de sécurité et de la direction interdépartementale de la police nationale des Bouches-du-Rhône : ils m’ont décrit des scènes d’agression stupéfiantes. L’un d’eux a été très grièvement blessé après avoir reçu un pavé. Ils ont été victimes de tentatives de meurtre – il faut savoir les nommer. Tous les bancs de la représentation nationale doivent l’entendre. (Mme Élisabeth de Maistre applaudit.)Pour samedi 24 octobre, nous travaillons sur trois types de mesures. D’abord, nous envisageons des mesures d’interdiction visant, outre les manifestations qui ne seraient pas déclarées et porteuses de troubles à l’ordre public, les manifestations déclarées dont l’organisateur ou le service d’ordre ne nous laisserait pas à penser qu’elles ne vont pas déraper.Ensuite, nous déploierons évidemment les forces de Sentinelle, en substitution des forces de sécurité intérieure, principalement sur des missions de sécurisation statique, afin que les effectifs de policiers et de gendarmes rendus disponibles soient affectés à des missions de maintien de l’ordre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
M. Laurent Nuñez. Il nous faut renforcer aussi le volume d’effectifs disponibles et les unités déployées, comme cela avait été fait en juillet 2023, en mobilisant la brigade de recherche et d’intervention, le Raid, le GIGN, les hélicos, les Centaure – nous les avions mobilisés samedi dernier, mais il faut aller plus loin.Enfin, si mouvements il y a, nous serons probablement confrontés au même type de casseurs très mobiles, y compris des militants de l’ultragauche – le premier ministre l’a indiqué, comme je l’ai fait en réponse à Mme la députée Laure Lavalette. Nous devrons donc appliquer une doctrine davantage axée sur la réactivité et la mobilité, afin d’aller chercher ces groupes épars dont les nombreux déplacements visent à éclater le dispositif policier. Comptez sur moi, monsieur le député. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
M. Benjamin Dirx (EPR). Et les réseaux sociaux, monsieur le ministre ?
M. Éric Ciotti (UDR) (UDDPLR). Le week-end dernier, la République a vacillé face au déchaînement de violences venues de l’extrême gauche, de LFI et de ses proxys. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Des préfectures envahies, des mairies attaquées, celle de Limoges incendiée, Marianne renversée, des médias ciblés, des grands patrons menacés d’assassinat, 3 000 commerces pillés, 1 000 policiers et gendarmes blessés : ces actes doivent être qualifiés de terroristes.
Mme Sandrine Rousseau. Non mais ça va pas ?
M. Éric Ciotti (UDDPLR). L’effondrement du beffroi de la mairie de Limoges, c’est un Notre-Dame républicain.Face à ces tentatives d’insurrection, et malgré des ordres incohérents, les policiers, les gendarmes, les préfets ont tenu. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN ainsi que sur plusieurs bancs du groupe DR.) Ils ont érigé le dernier bouclier de la République – j’y ajouterai les policiers municipaux et les pompiers. (Mêmes mouvements.) Oui, rendons-leur hommage, applaudissons-les : ils ont tenu les portes de l’enfer. (Exclamations. – Rires sur quelques bancs du groupe EcoS.)
M. Éric Ciotti (UDDPLR). Mais pendant qu’ils tenaient, votre gouvernement a failli, monsieur le premier ministre. Votre naufrage sécuritaire n’est ni un accident ni un hasard. Nous payons quinze ans de renoncement, de chaos migratoire, de laxisme pénal. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN. – «Ah ! » et exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Éric Ciotti (UDDPLR). Je vous appelle au sursaut. Combien de forces mobiliserez-vous samedi ? Interdirez-vous toutes les manifestations du week-end ? Supprimerez-vous les allocations familiales des émeutiers, les expulserez-vous de leurs logements ? (Applaudissements nourris sur les bancs des groupes UDR et RN.) Expulserez-vous les étrangers condamnés ? Dissoudrez-vous tous les groupes terroristes d’ultragauche ? (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur. – Les députés des groupes UDR et RN applaudissent ce dernier. – Vacarme.)
M. Sébastien Lecornu. …polémique et très politicien sur lequel vous voulez m’entraîner – mais je pourrais alors convoquer les scènes terribles de pillages, d’agressions et de violences urbaines qu’a connues l’Italie le week-end dernier. (Exclamations sur les bancs du groupe UDR et plusieurs bancs du groupe RN.)
Un député du groupe LFI-NFP. Mais il y a déjà des militaires !
M. Sébastien Lecornu. Pourtant, le bilan que vous semblez vouloir dessiner de notre façon de rendre la justice et de mener la police ne s’applique pas en Italie. Cela nous conduit à réfléchir à la manière dont cette violence se propage désormais dans nos sociétés, notamment par l’intermédiaire des réseaux sociaux – nous aurons l’occasion d’y revenir.
M. Sébastien Lecornu. Vous parlez ensuite d’ordres incohérents. Je sais que votre question était écrite à l’avance, monsieur Ciotti (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR), mais j’ai déjà expliqué tout à l’heure, en réponse à Marc Fesneau, pourquoi le contrôle avait été perdu, à certains moments, dans certaines villes. J’ai également déjà indiqué que, samedi prochain, le dispositif serait massif. Nous le présenterons sans démagogie et sans coup de menton – car respecter les forces de sécurité intérieure passe aussi par là. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes DR et HOR.)
M. Laurent Marcangeli (HOR) (HOR). Comme des millions de Français, je suis resté médusé en découvrant les scènes de violence, de débordement, de haine, de destruction qui, samedi, à Paris et sur l’ensemble du territoire national, ont fait tant de dégâts. Mes premières pensées vont naturellement vers les Françaises et les Français qui, dans leur grande majorité, ne peuvent plus supporter ces images. Elles vont à celles et ceux qui en ont été les principales victimes : je pense naturellement aux commerçants, à Paris comme ailleurs, victimes de cette violence aveugle, parfois violentés dans leur chair et dans leur outil de travail, l’outil de leur vie.
M. Laurent Marcangeli (HOR). J’ai également une pensée pour l’ensemble des services publics mobilisés afin d’empêcher la violence de s’abattre, de sauver les personnes en proie au danger, comme les sapeurs-pompiers ; pour les agents publics qui nettoient les rues après ces déferlements de violence et de haine ; et aussi pour celles et ceux qui ont perdu leur combat, celui qui les a menés à manifester. Eux aussi sont victimes des événements de samedi, car on ne parle plus des lycéens ni des salariés : on parle des violences.Je tiens enfin à avoir une pensée pour nos policiers. Honte à ceux qui font croire à la nation française que les policiers sont responsables de ce qui s’est passé ! (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe EPR.) Ces événements résultent de la violence de l’ultragauche ; ils sont le fruit d’une politisation extrême. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Avant tout, les Français attendent l’ordre républicain. La question vous a été posée par plusieurs présidents de groupe, monsieur le premier ministre : quel dispositif prévoyez-vous samedi pour éviter un acte II, et, le samedi d’après, un acte III ? Les Français veulent de l’ordre et des réponses. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et LIOT.)
M. Sébastien Lecornu. Je vous remercie aussi d’avoir abordé la question des commerçants. J’en profite pour leur dire qu’il ne leur revient pas de subir nos procédures parfois très longues ni les défaillances, parfois, de nos systèmes assurantiels. Les ministres Serge Papin, Roland Lescure et Jean-Pierre Farandou sont mobilisés : des mesures de chômage partiel, non pas à 70 % mais à 100 %, sont prévues, ainsi qu’un fonds de soutien qui leur sera entièrement dédié – j’ai d’ailleurs indiqué à plusieurs maires que nous étions prêts, s’ils le souhaitaient, à créer un fonds mixte avec les collectivités locales, pour faire du sur-mesure centre-ville par centre-ville.Il faudra aussi des plans d’accompagnement et de relance, car de nombreux stocks constitués pour les fêtes de fin d’année, en particulier pour Noël, ont été pillés. Il est impensable que celles et ceux qui se lèvent le matin pour travailler, pour faire vivre nos centres-villes, soient les premières victimes de cette affaire. Ils le sont déjà, du fait des dégâts matériels qu’ils ont subis – Sylvain Maillard les a évoqués tout à l’heure s’agissant de sa circonscription : il est donc absolument prioritaire de ne pas faire attendre les commerçants, quitte à nous retourner ensuite nous-mêmes contre celles et ceux qui ont cassé, en engageant leur responsabilité civile.
M. Sébastien Lecornu. C’est pourquoi j’ai demandé aux ministres de déposer des amendements au projet de loi de finances, ou au projet de loi de finances de fin de gestion, afin que nous disposions tout de suite des vecteurs permettant de répondre à leurs besoins.Cependant, vous l’avez dit, nos commerçants ne demandent pas des chèques ou des aides : ils veulent que cela ne se reproduise pas. Samedi, je l’ai dit, le dispositif sera massif. Vous me permettrez de ne pas en égrener tout le détail maintenant. Évidemment, les couvre-feux seront maintenus – d’ailleurs, si j’ai pris cette décision hier matin, c’est précisément parce que le monde économique et le commerce de proximité la réclamaient, et que c’est du bon sens. Je remercie aussi les maires qui ont pris leurs responsabilités, soit en prenant eux-mêmes un arrêté de couvre-feu au titre de leur pouvoir de police générale, soit en le faisant prendre par le préfet, mais dans un dialogue constructif.Pour le reste, j’y reviendrai jeudi devant vous, monsieur le président Marcangeli, avec les autres représentants des formations politiques. Si j’organise cette réunion ce jour-là, c’est aussi parce que le dispositif sera stabilisé et que nous pourrons alors vous le présenter. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)
Mme Léa Balage El Mariky (EcoS) (ECOS). La République recule. Elle est en danger, et c’est à cause de vous et de votre gouvernement, monsieur le premier ministre. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS. – M. Pierre-Yves Cadalen applaudit également.) Depuis samedi, nous assistons à votre faillite morale et politique. Près de 1 million de personnes ont défilé dans les rues de France pour réclamer des droits et un avenir. Nous aurions dû parler d’eux aujourd’hui (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et GDR), des jeunes qui demandent des profs, des parents qui voudraient pouvoir emmener leurs enfants en vacances cet été, des soignants, des agents publics qui tiennent le pays debout. Mais non, votre faillite est totale et vous avez empêché ce mouvement d’exister. La police était trop occupée à gazer l’Orchestre du nouveau monde, place de la République, pour sécuriser les commerces qui ont été lâchement attaqués. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et GDR. – Mme Eva Sas et Mme Danielle Simonnet se lèvent pour applaudir.)
Mme Léa Balage El Mariky (ECOS). Ce chaos est le vôtre, et vous voulez désormais y ajouter la peur. Des couvre-feux pour les mineurs, des milliers de gardes à vue, des armes mutilantes contre notre jeunesse et maintenant une rhétorique de guerre intérieure. Mais contre qui êtes-vous en guerre, contre la France, contre les Français ? (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et GDR.) Vous faites de la contestation un ennemi intérieur, vous désignez des boucs émissaires pour fuir vos responsabilités. Vous employez les outils de la répression politique dont rêve le Rassemblement national. (Mêmes mouvements.)
Mme Léa Balage El Mariky (ECOS). Il y a dix ans, votre camp a été élu pour faire barrage à l’extrême droite ; il fait désormais la bascule. L’histoire jugera les femmes et les hommes qui auront cédé à la tentation du pire. La jeunesse de ce pays se souviendra des responsables politiques coupables de l’avoir abandonnée. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Mme Léa Balage El Mariky (ECOS). Il existe un autre chemin, celui que Victor Hugo nous a exhortés à prendre en ces lieux – il n’était ni Insoumis, ni d’ultragauche et personne n’oserait ici le qualifier d’antirépublicain : « C’est l’anarchie qui ouvre les abîmes, mais c’est la misère qui les creuse. » Vous avez fait des lois contre l’anarchie. Faites maintenant des lois contre la misère, et revenez à la République ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS, dont certains députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR. – Mme Anna Pic et M. Iñaki Echaniz se lèvent également pour applaudir.)
M. Laurent Nuñez. Je suis, en tant que ministre de l’intérieur, et même si vous semblez en douter, le garant de la liberté d’expression et du droit de manifester. Quand les cortèges se déroulent paisiblement, les forces de sécurité intérieure garantissent leur déroulement.
M. Laurent Nuñez. Vous avez évoqué ce qui s’est passé sur la place de la République, au point de départ du cortège. Je ne comprends pas que certains parlementaires, dans vos rangs, ne le condamnent pas. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR, Dem et LIOT. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
M. Laurent Nuñez. Dès le début du rassemblement, des militants d’ultragauche, de l’extrême gauche radicale, se sont grimés, se sont constitués en black blocs et s’en sont pris aux forces de l’ordre et aux commerces. Alors oui, dans ces conditions, le préfet de police a dû faire employer la force pour disperser ces groupes. (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
M. Laurent Nuñez. …mais je le serai toujours contre les casseurs, les pilleurs et ceux qui viennent perturber vos cortèges. Je ne dirai jamais, comme M. Jean-Luc Mélenchon, que les cortèges sont joyeux quand la police est absente. Sans les forces de sécurité intérieure, il n’y a pas de cortèges joyeux.
M. Laurent Nuñez. C’est nécessairement le désordre, car la tactique des casseurs, des pilleurs et de l’ultragauche consiste à venir pour les faire dégénérer. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
M. Laurent Nuñez. Sur la place de la République, ils ont commencé dès le départ. Nous avons répondu, mais le cortège a pu avancer et l’expression démocratique a existé.
Mme Léa Balage El Mariky (ECOS). L’expression démocratique n’existe pas quand des milliers de personnes sont empêchées de manifester, quand les gens ont peur de rejoindre les cortèges car ils y sont gazés et mutilés. C’est votre responsabilité, votre bilan, alors démissionnez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS, dont quelques députés se lèvent, ainsi que sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Laurent Nuñez. Ces personnes n’ont pas été empêchées de défiler,…
M. Laurent Nuñez. …il y a simplement eu des actions de maintien de l’ordre qui les ont empêchées de passer. C’est tout ! (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Corentin Le Fur (DR) (DR). Comme des millions de nos compatriotes, je ressens beaucoup de tristesse et de colère après cette tragique journée de samedi. De Paris à Rennes, de Marseille à Limoges et de Lyon à Brest, plus aucune de nos villes n’est épargnée. L’anarchie gagne peu à peu l’ensemble du pays et nos jeunes, dont les revendications sont légitimes, sont les otages de barbares qui ne respectent plus rien. L’autorité de l’État a failli, la République a été attaquée et des milliers de commerçants ont vu le travail de toute une vie réduit à néant. Enfin, les images désolantes de ce déferlement de haine ont fait le tour du monde, portant un coup terrible à l’image de notre pays. Quelle honte pour la France !Dans ce chaos, je veux saluer le courage et l’action remarquable des forces de l’ordre et des pompiers. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.) Toutefois, la défaillance majeure du ministère de l’intérieur ne peut rester sans conséquences. Il doit y avoir un avant et un après 17 octobre.
M. Corentin Le Fur (DR). Vous avez deux devoirs : la lucidité et l’action. Tout le contraire de la prise de parole consternante et inutile du président de la République, devenu le commentateur de sa propre impuissance.La Droite républicaine vous demande une réponse forte et implacable pour en finir avec l’impunité et l’impuissance, avec une priorité : rétablir l’ordre. Bruno Retailleau demande l’état d’urgence, instaurons-le. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)
M. Corentin Le Fur (DR). Les casseurs se croient tout permis, frappons-les durement au portefeuille. C’est le sens de la proposition de loi « casseur-payeur » que je défends depuis deux ans et qui doit être votée sans délai. Ceux qui saccagent, pillent, brûlent et s’attaquent à la France ne peuvent continuer à bénéficier de la solidarité nationale. Enfin, la France des casseurs ne doit pas faire oublier la France des bâtisseurs, cette France qui travaille, entreprend, respecte les règles et aspire simplement à vivre en paix. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
M. Corentin Le Fur (DR). C’est à elle que nous devons, plus que jamais, redonner de la détermination et de l’espoir. C’est tout le sens du programme de la Droite républicaine. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
M. Laurent Nuñez. L’histoire du maintien de l’ordre de notre pays est jalonnée d’incidents graves qui ont fait constamment évoluer notre doctrine. C’est ce que nous allons continuer à faire, le premier ministre l’a annoncé. Nous associerons la représentation nationale, dont le groupe de la Droite républicaine, à cette réflexion et à cette remise à plat.Il y aura bien un avant et un après. Nous avons assisté à des scènes inédites, on doit avoir l’humilité de le reconnaître sur tous les bancs, avec des pilleurs et des casseurs très nombreux et très dispersés, et avec une organisation de l’ultragauche et de l’extrême gauche différente de leur pratique habituelle, qui consiste à faire dégénérer les cortèges.Notre doctrine de maintien de l’ordre va donc évoluer – mais il ne s’agit pas que de maintien de l’ordre : les scènes auxquelles nous avons assisté samedi nous ont fait basculer dans l’émeute et dans la violence urbaine, et nécessitent une autre réponse policière.Concernant l’évolution des textes, le premier ministre n’a pas exclu par principe l’état d’urgence. Actuellement, les conditions ne sont pas réunies. Cela n’empêche pas d’appliquer des mesures de police administrative qui visent à préserver l’ordre public. C’est le cas des couvre-feux, mais aussi, en cas de risque de trouble à l’ordre public, des mesures d’interdiction de rassemblement, de manifestation et de regroupement en certains lieux. Nous poursuivrons en ce sens.Enfin, je présenterai au Sénat, le 27 octobre, la proposition de loi visant à instaurer le principe de casseur-payeur.
M. Laurent Nuñez. Elle permettra d’instaurer une responsabilité solidaire pour les membres d’un groupe : celui qui participe à un attroupement pourra ainsi être tenu responsable, civilement, des dommages causés et nous pourrons aller chercher des remboursements dans ses allocations, notamment dans les aides personnelles au logement et les allocations familiales. Nous mènerons ce texte au bout. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
M. Michaël Taverne (RN) (RN). Quel désastre ! Les images de ce week-end sont insupportables. Le macronisme aura transformé la France en champ de ruines. Les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, depuis plus de trente ans, ont fait preuve de passivité, de déconnexion, de complaisance, et ont alimenté le laxisme autoritaire, judiciaire et migratoire. Votre bilan au bout de dix ans sera un naufrage.À nouveau, au nom du groupe Rassemblement national et de Marine Le Pen, je voudrais avoir une pensée pour nos policiers, nos gendarmes et nos pompiers qui ont fait preuve d’un professionnalisme et d’un discernement exemplaires. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Ils ont tenu et ont permis à la France de rester debout face aux sauvages,…
M. Michaël Taverne (RN). …aux casseurs et aux pilleurs, qui s’en sont pris aux plus fragiles et à ceux qui travaillent. Tout cela avec la complicité de l’extrême gauche et notamment de La France insoumise, qui souffle sur les braises et légitime la violence, mais qui est présente dans cet hémicycle grâce à des alliances contre-nature avec les macronistes lors des élections législatives de juin 2024. (Mêmes mouvements.)
M. Michaël Taverne (RN). Monsieur le ministre, les défaillances de votre ministère et votre manque d’anticipation ont eu des conséquences dramatiques pour la France. Le dispositif a été sous-dimensionné, les moyens de défense limités pour nos policiers et nos gendarmes – notamment les munitions –,…
M. Antoine Léaument (LFI-NFP). Rendez l’argent aux commissariats ! Rendez votre salaire de policier !
M. Michaël Taverne (RN). …les engins lanceurs d’eau déployés bien tard, comme les Centaure de la gendarmerie et les unités de projection rapide des CRS. Les instructions, quand elles ont été données, ont été contradictoires. Vous ne maîtrisez plus rien. Quant aux loupés des services de renseignement, quelles en sont les raisons ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, les moyens sont-ils à la hauteur ? Les policiers du renseignement ne doivent pas être les boucs émissaires de votre incompétence.Oui, on a merdé, pour reprendre les propos du premier ministre, mais cela dure depuis trop longtemps. À part demander pardon à nos compatriotes, quand allez-vous appliquer les propositions de longue date de Marine Le Pen et Jordan Bardella, partagées par une grande majorité de Français ?
M. Michaël Taverne (RN). Il faut rétablir l’ordre, faire payer les casseurs, et rendre une justice ferme au nom du peuple français ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Laurent Nuñez. Certes, nous vous concédons une petite erreur d’anticipation sur le déploiement des forces : nous avions prévu 220 000 manifestants, ils étaient 550 000… (Exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.) Cependant, cela n’autorise pas à raconter n’importe quoi. Toutes les forces mobiles disponibles du pays ont été déployées. (Mêmes mouvements.)
M. Laurent Nuñez. Nous l’établirons devant la commission d’enquête. Soixante-quinze forces mobiles étaient déployées, soit trois fois plus que le week-end précédent.
M. Laurent Nuñez. Il n’y a pas eu d’instructions contradictoires, elles ont toujours été claires : impacter et empêcher les casseurs de sévir. Le nombre et la dispersion ont rendu la chose impossible en certains endroits, dans certaines villes.
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Il y a eu de la casse à Marseille et l’hôtel de ville de Limoges est parti en fumée !
M. Laurent Nuñez. Par ailleurs, nous n’avons pas manqué de munitions, vous le savez très bien.
M. Laurent Nuñez. Depuis les émeutes de juillet 2023, les stocks ont été réapprovisionnés, à la demande du ministre de l’intérieur de l’époque, M. Darmanin. Il a pu y avoir des problèmes ponctuels d’acheminement, sur certains sites, à cause des casseurs et des pilleurs.Les instructions étaient claires, nous avons été fermes et l’armement intermédiaire est complètement utilisé. Vous avez, comme moi, beaucoup d’expérience sur ces questions. Vous savez donc que l’ordre et la sécurité publics demandent beaucoup d’humilité, comme le montre ce qui se passe en Italie. (Vives exclamations sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Michaël Taverne (RN). Monsieur le ministre, cela fait trop longtemps que vous avancez les yeux bandés avec une auréole sur la tête. Il faut rétablir l’ordre pour les Français, pour la sécurité des Français.
M. Michaël Taverne (RN). C’est ce que nous ferons avec Marine Le Pen : nous incarnerons la renaissance de la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
M. Christophe Naegelen (LIOT) (LIOT). Ce qui s’est passé dans de nombreuses villes de France ce week-end est intolérable. Une fois passées la colère et la honte d’avoir vu notre pays ainsi maltraité et après avoir condamné avec sévérité les casseurs que rien n’excuse, vient le moment des constats. L’État a failli. Il n’a pas protégé notre République et ce symbole que sont nos mairies, ni nos commerçants, artisans, représentants de terrain du monde économique qui ont vu le travail d’une vie brisé en quelques heures. Il a laissé nos policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers en sous-effectif et les a mis en danger – j’ai une pensée pour eux. Il a laissé des casseurs et des pilleurs occulter le message des citoyens qui exercent leur droit constitutionnel de manifester pour défendre leur pouvoir d’achat ou demander des réponses aux préoccupations de notre jeunesse.Sans polémique politicienne, mes questions sont simples : comment expliquez-vous cette erreur d’appréciation du danger et cette incapacité à anticiper les débordements ? Combien d’escadrons de gendarmerie mobile et de compagnie de CRS étaient mobilisés ? Où étaient les véhicules blindés à roues de la gendarmerie, les Centaure et les canons à eau ? Comment envisagez-vous les prochaines manifestations, afin de garantir la sécurité de tous et d’éviter que de telles scènes se reproduisent ? En ce qui concerne les commerçants, à combien s’élèvera le fonds de compensation ?
M. Christophe Naegelen (LIOT). Ce que l’on constate, monsieur le premier ministre, qu’il s’agisse des arbitrages budgétaires ou des conséquences des manifestations, c’est que ce sont toujours les mêmes qui paient : les habitants, les commerçants, les artisans – tous déjà très durement éprouvés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)
M. Sébastien Lecornu. Si je comprends bien la dernière partie de votre question, vous soutiendrez la proposition de loi « casseur-payeur ». Elle arrive tard, puisque cela fait presque vingt ans que l’on en parle, sous chaque gouvernement.
M. Antoine Léaument (LFI-NFP). Si ! À l’article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure !
M. Sébastien Lecornu. Le Sénat s’emparera de ce texte, qui nous permettra d’avoir des outils nouveaux, de compléter la réponse pénale par une réponse civile et d’éviter que le contribuable soit systématiquement sollicité pour rembourser ou réparer ce qui a été cassé. Sachant qu’une actualité en chasse une autre, je tiens pour acquis que la proposition de loi « casseur-payeur » figurera donc parmi les prochaines priorités mises à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.
M. Sébastien Lecornu. Ensuite, il est faux de dire que les forces de l’ordre ont été largement sous-mobilisées. Je l’ai dit tout à l’heure : un arbitrage a eu lieu. Qu’on l’assume ou non, on ne doit pas verser dans le double discours, notamment avec les syndicats de police. Le ministère de l’intérieur a annulé les congés du week-end, mais pas ceux de la Toussaint, alors qu’un certain nombre de policiers et gendarmes avaient été surmobilisés pendant trois semaines dans l’Hexagone et les territoires d’outre-mer. Alors, soyez clairs : nous reprochez-vous de ne pas les avoir rappelés ? La commission d’enquête permettra à chacun de dire sa vérité.Par ailleurs, face à l’état de la menace, à sa radicalité, on ne peut pas faire comme s’il s’agissait d’un trouble classique à l’ordre public. Il a été question de l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges : qu’il suffise de dire que le parquet national antiterroriste se pose en observateur, que la Sdat, le service de police compétent en matière terroriste, s’est saisie, que le premier individu interpellé dans le cadre de l’enquête est fiché S ! Inutile d’aller plus loin, ce sera à la procureure de la République à Limoges et au procureur national antiterroriste de communiquer à ce sujet. Mais j’ai l’impression qu’une partie de la classe politique – je ne dis pas que c’est votre cas, monsieur Naegelen – fait comme si la menace n’évoluait pas vers quelque chose de nouveau.
M. Sébastien Lecornu. S’il ne s’agissait que d’un problème de stock de grenades lacrymogènes, ce serait vite réglé. Malheureusement, c’est plus compliqué que cela – ce n’est pas ce que vous dites, monsieur Naegelen, mais je profite de votre question pour m’adresser aux Françaises et aux Français.J’invite donc votre groupe ainsi que l’ensemble de la représentation nationale à s’intéresser avec lucidité à la menace que constituent l’ultragauche et l’extrême gauche radicale, qui poursuivent désormais un agenda de déstabilisation de nos institutions.
M. Sébastien Lecornu. Pourquoi sont-ce la préfecture et la mairie qui ont été ciblées à Limoges ? Le symbole est clair ! Ce n’est pas pour améliorer les fins de mois ni pour réformer Parcoursup. On est loin des revendications défendues sur le terrain politique dans le cadre de la démocratie sociale.
M. Sébastien Lecornu. Nous devons faire preuve de clarté, y compris quand il s’agit d’évaluer l’état de la menace. Il est arrivé que des groupuscules d’extrême droite passent à l’acte et commettent des attentats – nos services sont régulièrement mobilisés pour les déjouer. Ici, on constate une mutation de l’agenda de l’ultragauche et des violences qu’elle promeut, un phénomène qui fait trop souvent l’objet d’un déni coupable ou de naïveté, alors qu’il est parti pour durer.
M. Christophe Naegelen (LIOT). En attendant que la commission d’enquête adoptée en conférence des présidents éclaire la représentation nationale, nous avons besoin d’avoir la certitude qu’une telle situation ne se reproduira pas et que les acteurs économiques seront indemnisés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)
Mme Émeline K/Bidi (GDR) (GDR). Partout en France, dans l’Hexagone et les territoires d’outre-mer, nous avons assisté samedi dernier à des scènes d’une violence inouïe : vitrines cassées, commerces pillés, bâtiments publics incendiés. Nous condamnons ces violences avec force, mais elles auraient pu être évitées. Votre gouvernement a sa part de responsabilité.Depuis des semaines, vous déployez des moyens policiers disproportionnés pour faire taire les lycéens. Vous utilisez des armes de guerre contre des enfants. On compte plus de 7 000 arrestations ainsi que des mineurs mutilés. Jamais notre pays n’a connu pareille répression contre des enfants qui manifestent pour leur avenir. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe GDR. – Mmes Danielle Simonnet et Sandra Regol applaudissent aussi.)
Mme Émeline K/Bidi (GDR). Mais samedi, alors que nous nous attendions tous à une manifestation d’ampleur, vous avez fait le choix d’un dispositif policier insuffisant, mal déployé, incapable de protéger les personnes venues manifester paisiblement, non plus que les commerces.Pire, en plusieurs endroits, les forces de l’ordre ont semé la panique en nassant et en gazant des cortèges de manifestants sans défense…
Mme Émeline K/Bidi (GDR). …tandis que, quelques rues plus loin, les commerçants étaient seuls à défendre leurs vitrines et leur gagne-pain. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – Mme Béatrice Bellay applaudit aussi.) Les images de chaos qui défilent depuis ce week-end sur nos écrans de télévision sont le résultat des choix de votre gouvernement.Pour vous défiler, vous accusez les mouvements d’ultragauche, allant jusqu’à demander à vos services de renseignement de mentir pour servir votre discours rance contre La France insoumise. (Mêmes mouvements.)
Mme Émeline K/Bidi (GDR). Quand la violence et les manipulations ne suffisent plus, vous vous immiscez dans le pouvoir judiciaire et vous interdisez les manifestations.Ce samedi 17 octobre marque un tournant pour votre gouvernement, celui d’une faillite politique et morale, celui d’une dérive illibérale. Il marque aussi l’échec d’une tentative désespérée pour invisibiliser ceux qui, malgré toutes vos attaques, se tiennent encore debout et continuent de crier leur colère et de défendre leurs revendications légitimes. Les lycéens, les étudiants, les retraités, les pompiers, les familles, les commerçants réclament la fin de Parcoursup, plus de professeurs et de moyens, la baisse des prix à la pompe et le droit de vivre dignement – ici comme en outre-mer. Vous ne les opposerez pas, vous ne les ferez pas taire. Nous sommes solidaires. Quand les écouterez-vous enfin ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, LFI-NFP et EcoS ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Laurent Nuñez. Je vais redire les choses simplement. Vous avez évoqué la façon dont les manifestations ont été gérées, indiquant que si les choses se sont mal passées, c’est à cause du gouvernement, des forces de sécurité intérieure et du ministre de l’intérieur qui les dirige.
M. Laurent Nuñez. Encore une fois, quand les choses se passent bien, les forces de sécurité n’interviennent pas. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
M. Laurent Nuñez. Vous laissez toujours à penser qu’on utiliserait la force pour réprimer une expression légitime. Dites-le clairement, assumez ! Mais c’est faux : nous ne faisons qu’encadrer les manifestations. Samedi 17 octobre, partout où les cortèges ont défilé avec l’appui des services d’ordre, les choses se sont bien passées.
M. Laurent Nuñez. Samedi, 550 000 personnes ont défilé normalement. Mais des personnes sont venues pour faire dégénérer les manifestations, notamment des militants d’ultragauche et d’extrême gauche, qui ne cherchaient pas à défiler ni à revendiquer, mais à s’en prendre à des bâtiments publics.