« Absent » signifie que le député n'a pas pris part au scrutin, pas qu'il était absent de l'Assemblée.
Première session extraordinaire 2026 · 17e législature · compte rendu complet
Séance du 6 juillet 2026
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet
Discussion et vote
M. Sébastien Chenu (RN) (RN). Qu’elle est longue, l’agonie de la Macronie finissante ! Qu’il est long, le calvaire des Français, si patients avec ceux qui ont ruiné le pays, si impatients de passer à autre chose, de vous voir plier bagage ! Il y a mille raisons de vous censurer – vos manquements, vos scandales, vos mensonges, vos renoncements –, mais celle qui nous est présentée par le groupe écologiste…
M. Sébastien Chenu (RN). …témoigne à la fois de la nullité et de l’inutilité de ses membres,…
Mme Christine Arrighi (ECOS). Dans votre bouche, de tels anathèmes sont presque des compliments !
M. Sébastien Chenu (RN). …sans pour autant offrir la perspective d’une véritable alternance.Vous avez tout abîmé. Vous avez ruiné notre pays, dont la dette est abyssale et le déficit, endémique. Vous avez démoli sa croissance : la productivité chute et cent usines ferment chaque année alors que le chiffre était de soixante-dix en 2017.
M. Sébastien Chenu (RN). Le coût de l’énergie a explosé, conséquence de votre imprudence nucléaire et de la dépendance aux gaz importés, et la surenchère de normes pourrait rendre jaloux un pays communiste.
M. Sébastien Chenu (RN). Vous avez abîmé ce qui était nos zones de force : l’agriculture a été sacrifiée au Mercosur ; l’éducation nationale, abandonnée. Vous avez ouvert la France à tous les vents, avec une immigration de peuplement incontrôlée…
M. Sébastien Chenu (RN). …et des milliards déversés au bout du monde. Vous avez abandonné les Français à leur sort, que ce soit face à la pompe à essence, face à l’insécurité, présente partout dans le pays, face aux atteintes à la laïcité ou face à l’antisémitisme le plus crasse. Vous n’avez rien préparé, rien prévu, rien vu venir :…
M. Sébastien Chenu (RN). …ni la chute démographique, ni le bouleversement de l’intelligence artificielle, ni le tsunami blanc du narcotrafic, ni les bouleversements climatiques.
M. Sébastien Chenu (RN). Notre pays est devenu celui des comités Théodule, des comités de suivi, de pilotage ou de contrôle, des agences coûteuses dans lesquelles vous recasez vos copains.
M. Sébastien Chenu (RN). Plus rien ne fonctionne vraiment, les Français se débrouillent, tout ce que vous touchez se transforme en plomb et vous avez réduit notre puissance à l’Hexagone.Il y a donc mille raisons de vous censurer, d’espérer et de préparer votre départ. Votre action publique se résume à la production de commentaires ; il n’y a plus de ministres, il y a des influenceurs ;…
M. Damien Girard. C’est gonflé de dire ça quand on a Bardella à la tête de son parti !
M. Sébastien Chenu (RN). …vous vous cachez derrière les minutes de silence et les bougies. Vous avez raison : taisez-vous. Plus personne ne vous croit ni n’attend rien de vous.Dans ce naufrage, dans cet immense gâchis, vous avez surnagé, armé de deux bouées, deux flotteurs déjà à demi dégonflés. Je parle d’une part des équipes LR du si sincère Laurent Wauquiez, désormais soutien d’Édouard Philippe, en incarnation parfaite de la phrase de Talleyrand selon laquelle la trahison n’est qu’une question de date – juillet 2026, le concernant. (Rires et applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.) Pauvres électeurs LR, abandonnés et humiliés, moqués par leurs propres dirigeants ! Je pense d’autre part aux équipes socialistes, acoquinées au parti passionnément antisémite et désormais cornaquées par M. Glucksmann, celui que ma concierge prend pour un journaliste, que les journalistes prennent pour un philosophe et que les philosophes prennent pour ma concierge. (Mêmes mouvements.)
M. Marc Fesneau (DEM). Ce n’est pas gentil pour les concierges !
M. Sébastien Chenu (RN). Voilà l’attelage qui soutient et organise le pouvoir dans notre pays.Vous vous gargarisez de formules toutes faites et creuses. Ainsi, on vous entend toujours dire que vous êtes « en responsabilité ». Tel feu Edgar Morin, vous enfoncez toutes les portes ouvertes. La réalité est que vous n’assumez jamais rien. Par naïveté, ignorance, lâcheté, incompétence ou idéologie, vous soutenez que la faute est toujours celle des autres. Tel un ancien premier ministre fuyant en rasant les murs l’accident dont il est partie prenante, vous n’êtes jamais responsable de rien.Ici même, le ministre de l’intérieur – il est dommage qu’il soit parti – s’est carapaté au moment où il aurait pu faire voter un texte interdisant le mariage entre un citoyen français et une personne sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). Hier, un autre ancien premier ministre, fier de son naufrage, s’en vanta à la télévision et devant un parterre d’incapables ayant ruiné la France avec lui tandis qu’encore un autre ex-premier ministre – il y en a eu tellement –, en homme libre, ne débattait, aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, qu’avec des gens qui pensaient comme lui. Avec un tel niveau d’entre-soi, on se serait cru sur France Télévisions !Au-delà de votre action, le plus condamnable chez vous est probablement d’avoir désespéré les Français. Vous faites douter le peuple le plus politique du monde ! Vous n’oublierez pas que c’est après être allé au bout du désespoir que l’on rencontre l’espérance, comme disait Bernanos.
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). On dirait les notes de bas de page d’un discours de Gabriel Attal !
M. Sébastien Chenu (RN). Cette espérance, ce sera l’alternance de 2027, non une motion de censure de circonstance émanant, au cœur de juillet,…
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Non, début juillet. Ce n’est pas parce que vous êtes pressé de partir en vacances qu’il faut dire n’importe quoi !
M. Sébastien Chenu (RN). …d’un groupe dont tous les dogmes sont en échec. La décroissance, les zones à faibles émissions (ZFE), le nucléaire, les retenues d’eau, enfin la clim : tous les dogmes des écologistes et de l’extrême gauche écologiste s’écroulent, et les yeux s’ouvrent sur les retards considérables qu’ils ont fait prendre au pays.Il aura donc fallu une canicule en juin pour réveiller un groupe que le burkini et le droit à la paresse obsèdent davantage que les solutions concrètes pour protéger les Français ; une canicule pour réveiller les écolos, avant qu’ils ne partent dans quinze jours prendre leurs quartiers d’été sur l’île de Ré ou se réfugier dans leurs villas climatisées,…
M. Sébastien Chenu (RN). …ce qu’ils interdisent aux autres.Cette canicule qui les réveille, elle empêche de dormir les Français. Voilà donc les écologistes décidés à censurer le gouvernement, parce qu’ils sont vexés d’avoir été démasqués, vexés qu’on les découvre si inutiles au bien commun.D’autres événements tragiques les auront laissés de marbre : les actes pédocriminels, l’effondrement de la justice ne provoquent ni la même émotion ni les mêmes réactions chez les Verts. On y combat davantage la température qui monte dehors que celle qui monte derrière la braguette de M. Cohn-Bendit lorsqu’il parle des enfants. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Mme Marie-Charlotte Garin (ECOS). Venez à la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes et à celle aux droits des enfants !
M. Sébastien Chenu (RN). Vos marottes punitives, vos obsessions n’ont qu’un objet : vous voulez être le camp du bien, être du bon côté. Les Français crèvent de chaud, mais votre obsession, c’est de flinguer Total et CNews. Les Français réclament la climatisation, mais vos obsessions sont l’islamophobie, le néocolonialisme, le patriarcat, l’écriture inclusive, le Canon français. Vous êtes mobilisés pour légaliser les drogues, pour accorder le droit de vote aux étrangers – et, de l’autre côté, les Français ont toujours chaud.
M. Sébastien Chenu (RN). Vous voilà donc, nouveaux Don Quichotte, adversaires de la clim ! Vous n’êtes pas adversaires de l’islamisme, du terrorisme ni de la fraude,…
M. Sébastien Chenu (RN). …pas plus que vous ne l’êtes de l’homophobie au Sénégal ou dans vos rangs, à Saint-Ouen, ni des violences conjugales – on comprend pourquoi ! – ni encore du naufrage du périscolaire à Paris ; vous êtes adversaires de la clim ! (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.) Comme toujours, c’est par le petit bout de la lorgnette que vous regardez les choses. La clim n’est qu’un outil ; l’enjeu, c’est évidemment le dérèglement climatique, mais c’est aussi celui d’une société qui doit accompagner les plus fragiles,…
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Après avoir fait payer le majordome de Jean-Marie Le Pen par des fonds publics, vous êtes bien placés pour parler des plus fragiles !
M. Sébastien Chenu (RN). …une société qui doit se poser la question du vieillissement et du grand âge, et y apporter des réponses. Un tel débat soulève mille questions et ce n’est évidemment pas une motion de censure qui permettra d’y répondre. Cette fois encore, vous manquez le rendez-vous !Entre une coalition d’incapables et des censeurs dépassés par les enjeux, c’est notre pays qui trinque. Ces dernières heures, des Français – et c’est bien triste – s’insultent, voire se battent pour se procurer de quoi se protéger. La question est celle du modèle, non celle de l’outil – mais pour construire un modèle, pour construire un programme, il faut une volonté, il faut une vision, il faut un capitaine.
M. Sébastien Chenu (RN). Le moins que l’on puisse dire, monsieur le premier ministre, c’est qu’en matière d’écologie, vous n’avez pas coché les cases. Celle de l’écologie semble même désespérément vide, comme en témoigne l’adoption du fonds Vert, totalement décalé par rapport aux besoins.La ministre est aux abonnés absents – encore une fois, où est-elle passée ? J’aurais été content de faire sa connaissance ! (Sourires sur les bancs du groupe RN.) Un discours stupéfiant, dans la droite ligne du mépris macroniste, une défaillance absolue et un manque de propositions qui laisse pantois : la place de Mme Barbut n’est pas au gouvernement. Visiblement, elle l’a compris : elle n’est déjà plus là.Comme nous vous y invitons depuis si longtemps, il faut répondre à deux impératifs : la lutte contre les causes du dérèglement et l’adaptation aux effets. Cette double exigence est évidemment à l’opposé de l’écologie punitive que j’ai décrite.
M. Sébastien Chenu (RN). Marine Le Pen l’avait dit : pour réussir, la transition ne doit pas être imposée aux Français contre leur gré, elle doit les entraîner avec raison et méthode. La France ne pourra pas atténuer seule les effets du réchauffement climatique. Notre pays ne représente, en effet, que 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
M. Sébastien Chenu (RN). C’est donc en réduisant les importations, en relocalisant les activités économiques et en réindustrialisant le pays que nous contribuerons efficacement à cet objectif ; bref, en faisant l’inverse du gaspillage de 100 milliards d’euros en vingt ans, consacrés à décarboner notre énergie – qui l’était déjà presque intégralement.Alors que vous ne cessiez d’imaginer et d’appliquer un nombre toujours croissant de taxes punitives, Jordan Bardella…
M. Sébastien Chenu (RN). …à toutes les importations au sein du marché commun – et, en 2025, le rapport d’Alexandre Loubet confirmait les orientations du groupe Rassemblement national en matière de réindustrialisation : moins d’impôts de production, des simplifications normatives et du patriotisme économique.Toute transition impose de faire preuve de pragmatisme ; il ne faut pas édicter des interdictions sans solution. Transports, agriculture productive et durable, rénovation des bâtiments – en remplacement de votre dispositif MaPrimeRénov’, coûteux et mal pensé, nous allons proposer un dispositif simplifié –, énergie décarbonée à bas coût, grâce au nucléaire évidemment,…
M. Sébastien Chenu (RN). …mais aussi à l’hydroélectricité et à la géothermie, et sortie définitive du charbon : notre programme a pour but de protéger les Français, de protéger leurs vies et leur économie, en protégeant notre planète.
M. Sébastien Chenu (RN). L’un ne va pas sans l’autre. De tout cela, il aurait fallu débattre ; de tout cela, il aurait fallu vous emparer. Vous avez eu dix ans pour le faire. Évidemment, au moment où les incendies ravagent le sud et où l’on pense aux professionnels qui les combattent, au moment où une nouvelle canicule s’annonce, vous êtes dépassés, pris au dépourvu. On vous entend encore, ici et dans quelques médias, nous dire : « Vous, vous n’étiez pas d’accord avec les propositions et les analyses du Giec ! » Mais vaut-il mieux des élus qui débattent des propositions du Giec…
M. Sébastien Chenu (RN). …ou des élus qui, comme vous, y sont totalement acquis mais ne font rien ? (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Vous, vous niiez le réchauffement climatique jusqu’à la semaine dernière ! C’est clownesque !
M. Sébastien Chenu (RN). Sur ce sujet-là, comme sur tous les autres, les Français vont vous juger et vous juger durement. On le sait, la raison, le jugement viennent lentement, les préjugés accourent en foule, comme l’écrivait Rousseau.
M. Sébastien Chenu (RN). Il nous reste quelques mois pour nous débarrasser de ces préjugés, quelques mois pour débarrasser les Français de la Macronie. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Mme la présidente (EPR). La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR) (EPR). Vous nous demandez aujourd’hui de censurer le gouvernement au nom de la crise climatique. Pourtant, vous le savez, aucune censure ne fera baisser la température, aucune censure n’isolera mieux les logements, aucune censure ne protégera nos agriculteurs ni ne climatisera nos hôpitaux.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Aucune censure ne nous rendra les victimes des canicules – je veux avoir une pensée pour elles et pour leurs familles, et remercier tous les agents publics qui se sont engagés sans compter leurs heures pour les secourir.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Chers collègues, soyons sérieux une minute : cette motion ne répond pas à l’urgence climatique ; c’est une stratégie politique, une stratégie de diversion.
M. Pouria Amirshahi (ECOS). Non, c’est l’exercice d’un droit parlementaire !
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Vous accusez les gouvernements d’inaction et d’impréparation ? Les faits racontent exactement le contraire, et ils sont très têtus. Depuis 2017, la France a réduit ses émissions de CO2 quatre fois plus vite – je le répète : quatre fois plus vite – que durant la période où vous exerciez, avec vos alliés politiques,...
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). ...les responsabilités gouvernementales.Depuis 2017, nous avons triplé le rythme annuel des rénovations thermiques grâce à MaPrimeRénov’, qui a fort heureusement remplacé votre crédit d’impôt, qui profitait avant tout aux plus aisés. Depuis 2017, nous avons créé le fonds Vert…
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). …et financé plus de 25 000 projets partout sur le territoire français – votre hommage à ce fonds est très émouvant et nous espérons que vous continuerez de le défendre. Depuis 2017, nous avons doublé le budget de l’écologie. Depuis 2017, nous avons adopté deux plans nationaux d’adaptation au changement climatique…
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). …et, pour la première fois, inscrit dans notre droit une trajectoire de réchauffement de référence pour mieux préparer notre pays, ce que vous n’avez pas fait.Tout est-il réglé ? Évidemment non. Faut-il aller plus vite ? Évidemment oui.Mais permettez-moi de sourire lorsque ceux qui veulent aujourd’hui distribuer des cartons rouges sont les mêmes qui ont été condamnés pour inaction climatique,…
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Et ce sont bien vos successeurs, les gouvernements « macronistes » – comme vous vous plaisez à les appeler –, qui ont rattrapé votre retard en matière de baisse des émissions, comme le rappelle la très intéressante décision du Conseil d’État du 24 octobre 2025 sur l’affaire Grande-Synthe, qui souligne la solidité des résultats obtenus et la crédibilité des actions engagées par le gouvernement après que vous avez été condamnés.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Cette motion de censure est donc une diversion et vous avez bien mauvaise mémoire : vous avez voté contre la loi « climat et résilience », contre la loi relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables et, évidemment, contre la loi sur le nucléaire.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Vous avez même retardé, à deux reprises, l’adoption de budgets qui finançaient les politiques publiques que vous prétendez aujourd’hui défendre, ce qui a repoussé d’autant leur mise en œuvre. (Exclamations sur les bancs du groupe EcoS.)
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). En somme, vous nous reprochez de ne pas aller assez vite, alors que ces huit dernières années, vous avez employé votre énergie à mettre systématiquement des bâtons dans les roues de l’action publique.Je dois cependant reconnaître que vous, au moins, vous ne doutez pas de l’urgence climatique. On ne saurait en dire autant des députés qui se tiennent sur les bancs de l’extrême droite – enfin, qui s’y tenaient tout à l’heure pour réaliser leur capsule vidéo.Le RN, premier parti climatosceptique de France, s’est transformé, avec les canicules récentes, en premier parti plombier-chauffagiste de France. La température s’élève ? Il suffit de climatiser ! Oui, il faut rénover écoles, hôpitaux, maisons de retraite et logements, et climatiser là où il en est besoin – mais allez-vous climatiser les forêts, les champs, les câbles électriques pour faire face au dérèglement climatique ? Avec quelle climatisation comptez-vous agir contre la montée du niveau de la mer, les feux de forêt, les inondations et les sécheresses ?Surtout, on ne lutte pas contre le dérèglement climatique en combattant, comme vous le faites depuis des années, la sortie des énergies fossiles et les énergies renouvelables. Cependant, on sait combien vous êtes proches des intérêts fossiles poutiniens et trumpiens et on vous reconnaîtra une très grande constance en la matière.Le climat mérite mieux que les diversions de certains et le cynisme des autres – en matière de cynisme, le RN en connaît un rayon, à Monaco comme à Paris !Vous l’aurez compris, mon groupe, Ensemble pour la République, ne votera pas cette motion de censure.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Il inscrira son action dans la continuité de celles des premiers ministres, Philippe, Borne et Attal notamment : réduire notre consommation de gaz et du pétrole, produire notre énergie décarbonée, bâtir avec nos entreprises des solutions qui créent de l’emploi et des usines tout en répondant au défi climatique, mettre à niveau bâtiments et infrastructures, et, surtout, préparer et protéger les Français.Dans cet esprit, permettez-moi de vous interpeller, monsieur le premier ministre. Les gouvernements que j’ai cités ont engagé la France vers une trajectoire crédible. Elle ne nous autorise aucune autosatisfaction.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). La pire faute serait de démanteler aujourd’hui ce que nous avons patiemment construit sous l’égide du président de la République. La pire faute serait de baisser les crédits du fonds Vert. La pire faute serait de réduire ceux du fonds Chaleur sous prétexte que la priorité est à l’électrification. (M. Pierre-Yves Cadalen s’exclame.) La pire faute serait d’accepter de promulguer dans la loi d’urgence agricole des mesures court-termistes qui vont à l’encontre de la science et du plan « Eau » voulu par le président. La pire faute serait de fragiliser nos opérateurs publics.Dans quelques années, personne ne se souviendra de cette motion de censure.
Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Mais l’histoire se souviendra de ceux qui auront eu le cran de résister aux sirènes du court terme, de ceux qui auront traité la menace climatique avec le même sentiment d’urgence que la menace géopolitique. Monsieur le premier ministre, au moment où les arbitrages budgétaires se nouent et où certains projets de loi inquiètent, soyez de ceux qui auront tenu le cap. Nous comptons sur vous ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Elle a mis la pression ! (Mme Constance Le Grip s’exclame.)
M. Louis Boyard (LFI-NFP). Moi, j’y serai encore, pas elle !
Mme la présidente (EPR). Peut-être allons-nous écouter l’oratrice suivante : elle appartient à votre groupe, chers collègues du groupe LFI : peut-être serez-vous plus attentifs ?La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir.
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP) (LFI-NFP). Mesdames et messieurs les jurés, au nom des générations futures, nous voilà rassemblés aujourd’hui pour juger de l’action du gouvernement Lecornu 2, quatrième gouvernement illégitime bafouant le résultat des élections de 2024. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Les faits, d’abord : en ce lundi 6 juillet 2026, nous sortons d’une canicule historique, la deuxième en quelques semaines ; et, alors que la France compte ses morts, une troisième canicule commence. Rien n’a été anticipé. C’est un cauchemar.Les gens meurent dans la rue, quand plus de 3 millions de logements vides pourraient les mettre à l’abri. Les gens meurent chez eux, dans des logements devenus des bouilloires thermiques. Les étudiants et les personnes fragiles suffoquent sous les toits pendant que Yann Barthès se moque d’eux depuis son studio climatisé. Les gens meurent dans des hôpitaux à plus de 35 °C, les nouveau-nés convulsent, les soignants font des malaises, et ceux qui souffrent de troubles psychiques voient leurs symptômes aggravés et leurs traitements rendus inefficaces par la température.Nos aînés souffrent dans des Ehpad vétustes, les écoles ont fermé prématurément parce que les enfants étaient en danger dans des salles de classe surchauffées. Plus de quatre-vingt-dix personnes, enfin, sont mortes d’avoir voulu se baigner pour se rafraîchir. Les chambres funéraires refusent des corps faute de place ; certains se décomposent si vite qu’ils ne sont plus présentables aux familles.Les animaux meurent eux aussi, par dizaines de milliers, dans les élevages intensifs, étouffés dans des bâtiments fermés devenus fournaises : hausse de 1 000 % de la mortalité chez les volailles, de 200 % chez les porcs. Entendez leurs cris ! L’hécatombe est si violente que les entreprises d’équarrissage ne peuvent suivre et qu’on enfouit les cadavres dans la terre, au risque de polluer les nappes phréatiques et de provoquer une catastrophe sanitaire.Les cours d’eau deviennent cimetières de poissons à ciel ouvert, les animaux sauvages meurent dans les fourrés desséchés, hirondelles et martinets tombent littéralement du ciel. Les agriculteurs pleurent leurs récoltes brûlées et leur travail anéanti, la gorge nouée par l’angoisse de la sécheresse qui arrive. Dans les Pyrénées-Orientales, 4 600 hectares sont déjà partis en fumée, 10 000 personnes ont été évacuées, les pompiers luttent, et partout dans le pays on scrute les terres asséchées dans la hantise d’une étincelle. Les scientifiques, enfin, sont invités sur les plateaux télé pour répéter ce qu’ils ont dit depuis des années dans votre indifférence la plus totale : notre maison brûle, et vous nous envoyez dans le mur climatique à toute vitesse.La parole à la défense, maintenant. Nous appelons à la barre le président Macron, qui a déclaré sans ciller : « Nous nous sommes adaptés au réchauffement climatique, mais on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire ». Mais de quoi parle-t-il ? On sait que chaque année est plus chaude que la précédente ! Que notre trajectoire nous mène, en France, vers dix fois plus de vagues de chaleur en 2100, et que les 50 °C seront dépassés à Paris peut-être dès 2050 !Et vous n’avez rien prévu : pas de plan pour des volets, pas de rénovation massive des bâtiments publics, pas de réquisition des logements vacants, pas de protection des travailleurs. « Débrouillez-vous dans les hôpitaux avec des couvertures de survie et surtout, buvez de l’eau ! » nous dit la ministre Rist. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)« Un gros travail a été fait » affirme pourtant le président – et ça, c’est vrai : un fabuleux travail, même, de mépris des scientifiques, de fabrique du doute, de criminalisation des militants, d’aggravation des inégalités ! (Mêmes mouvements.) On vous accuse beaucoup d’inaction climatique mais ce n’est pas juste. Vous agissez,…
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). …en menant une politique violemment climaticide – climaticide et antisociale, ajouterai-je, parce que ça va ensemble et que ce sont toujours ceux qui participent le moins au réchauffement climatique et à la pollution qui en subissent le plus les conséquences.Oui, mesdames et messieurs les ministres, vous êtes coupables. Vous êtes coupables de couper chaque année dans les budgets écologiques, quand le rapport Pisani-Ferry réclamait 66 milliards supplémentaires par an. Vous êtes coupables d’avoir créé le fonds Vert pour le détruire aussitôt et, avec lui, l’espoir pour les collectivités de rénover écoles, hôpitaux et autres bâtiments publics. Moins 1,65 milliard en deux ans : voilà votre bilan ; même chose pour MaPrimeRénov’, passée de 4 à 2,5 milliards, et encore rabotée entre deux canicules.Vous êtes coupables d’avoir piétiné la Convention citoyenne pour le climat et laminé tous les objectifs que vous aviez annoncés. Pour respecter la trajectoire fixée par votre loi dite climat et résilience, nous devrions réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 4,6 % par an. Bilan : moins 1,8 % en 2024, moins 1,5 % en 2025. C’est trois fois trop lent, et on ralentit quand le climat accélère.Vous êtes coupables, de la loi de simplification de la vie économique à la loi d’urgence agricole, en passant par la loi Duplomb, de massacrer à la tronçonneuse toutes les normes environnementales qui nous protégeaient, de sacrifier les espèces protégées au profit du béton roi et des data centers, de faciliter la destruction de précieuses zones humides, d’espaces naturels et des terres agricoles les plus fertiles pour une A69 passée en force et d’autres projets d’un temps révolu. (Mêmes mouvements.)
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). Vous êtes coupables de ne tolérer aucune contrainte pour les industriels qui polluent notre air, nos sols et nos cours d’eaux, quand les bombes sanitaires que sont les substances per- ou polyfluoroalkylées (PFAS) ou encore le cadmium contaminent tout autour de nous.Vous êtes coupables d’imposer, pour les profits de quelques-uns, un modèle agricole productiviste et exportateur, qui entasse toujours plus d’animaux dans des bâtiments fermés, au mépris de leurs souffrances et de leurs besoins biologiques, nourris par de gigantesques monocultures de soja qui saccagent la forêt et expulsent les autochtones à l’autre bout du monde, ou bien avec du maïs lourdement irrigué, alors que l’eau nous manque.Le monde vivant vous hurle que ce n’est plus tenable, qu’il faut un modèle agroécologique à taille humaine, qui développe les légumineuses et réduise notre consommation de produits animaux, qui demande moins d’eau et moins d’intrants chimiques, qui permette aux agriculteurs de vivre de leur métier. Mais vous préférez obéir à la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, et construire des fermes-usines, renflouer l’agrobusiness qui règne par l’endettement massif des paysans, et autoriser les pesticides les plus dangereux au mépris de la biodiversité et des épidémies de cancers pédiatriques et d’infertilité qui font rage.Vous êtes coupables, encore, de sacrifier le développement des énergies renouvelables pour un eldorado nucléaire auquel plus personne ne croit : trois réacteurs ont été arrêtés la semaine dernière et quatre ont vu leur puissance réduite, parce que les fleuves sont trop chauds. Avec quelle eau refroidirez-vous les réacteurs dans quinze ans, dans trente ans ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). En attendant, on rallume des centrales à gaz pour faire tourner les climatiseurs. Chapeau ! Et c’est TotalEnergies qui se frotte les mains, dont les dirigeants savaient dès 1971 que leurs activités provoqueraient un réchauffement planétaire et qui s’empressèrent d’organiser lobbying et climatoscepticisme ! Cinquante ans après, vous voilà décorant de la légion d’honneur son PDG, M. Pouyanné, chantre de l’extractivisme, responsable, entre autres, du désastre néocolonial de l’oléoduc d’Afrique de l’Est, Eacop, un oléoduc de 5 000 kilomètres qui multipliera par sept les émissions de CO2 de l’Ouganda, menacera la ressource en eau de 40 millions d’habitants et déplacera sans états d’âme plus de 100 000 personnes. (Mêmes mouvements.) Mieux : vous avez sans honte emmené ce grand bienfaiteur de l’humanité à la COP30, dans les bagages présidentiels, d’où il a pu saborder les négociations climatiques et s’assurer qu’aucune mesure contraignante ne pèserait sur l’industrie des hydrocarbures, au détriment du monde entier.
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). Vous êtes coupables, enfin, de détruire nos services publics, budget après budget, tout en refusant de taxer les superprofits faits à nos dépens par Total et les autres multinationales. Bernard Arnault et ses amis des 500 familles les plus riches ont plus que doublé leur fortune sous Emmanuel Macron, pendant que la pauvreté atteignait le taux record de 15,4 %. Or non seulement les ultrariches sont bien à l’abri de la chaleur dans leurs multiples résidences secondaires mais leur mode de vie, leurs jets privés, leurs yachts, leur quête permanente du profit et, surtout, l’investissement massif de leurs patrimoines exorbitants dans les industries les plus polluantes du monde constituent une menace directe pour nos vies. (Mêmes mouvements.)
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). Mais pas touche à ces héros des temps modernes : pas question de leur demander un centime alors qu’ils paient moins d’impôts que l’infirmière qui s’épuise en ce moment même à protéger ses patients avec de pauvres draps mouillés !Cependant, il faut être honnête : il n’est pas vrai que vous n’ayez rien anticipé. Quand il s’agit de faire taire les voix en faveur de la justice climatique et sociale, là, vous vous préparez et vous y mettez les moyens. (Mêmes mouvements.)« Écoterroristes ! », a dit M. Darmanin de celles et ceux qui se battent contre les mégabassines qui accaparent notre ressource en eau au bénéfice de quelques-uns. « Écoterroristes ! », celles et ceux qui montent aux arbres pour empêcher qu’on sacrifie ces derniers sur l’autel de l’A69, du canal Seine-Nord Europe, de la ligne Lyon-Turin ou d’autres projets plus inutiles et destructeurs les uns que les autres. (Mêmes mouvements.)Des militants comme Julien Le Guet font face à un acharnement judiciaire sans précédent, à des condamnations hallucinantes, et le ministre Nuñez continue, quant à lui, de défendre la répression sanglante de Sainte-Soline, malgré les vidéos, malgré les tirs interdits, malgré celles et ceux qui ont failli y rester, alors qu’ils défendaient l’intérêt général humain. (Mêmes mouvements.)La semaine passée, on a vu la police lacérer les piscines de jeunes qui suffoquaient dans leur quartier bétonné à Clermont-Ferrand, tandis qu’à Paris, des menottes étaient passées à un enfant armé d’un pistolet à eau, jeté en pâture sur CNews pendant que Bolloré sirotait un verre sur son yacht, assis sur sa fortune néocoloniale issue de contrats corrompus en Afrique. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). Et demain, vous voudriez donner le permis de tuer aux forces de l’ordre – une mesure proposée par Jean-Marie Le Pen. C’est logique. Vous nous conduisez au précipice, et vous le savez. Alors il faut pouvoir mater le peuple qui se lève contre vos politiques. C’est l’effondrement de notre État de droit que vous préparez : réprimer plutôt que protéger.Par ma voix, nous sommes aujourd’hui des milliers, des millions peut-être, à nous tenir devant vous pour vous dire que nous savons ce que vous avez fait ; vous dire aussi que le monde pour lequel vous œuvrez n’existe plus.
Mme Anne Stambach-Terrenoir (LFI-NFP). Place au nôtre, place à l’harmonie entre les êtres humains et la nature, place à ce monde que nous allons construire parce qu’il n’y a pas d’autre salut possible. Place à la planification écologique pensée avec le vivant, depuis les écorégions, autour des bassins-versants. Place à la VIe République, qui mettra le partage des richesses et le respect des limites planétaires au centre de toute notre organisation politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Nous voulons vivre, nous ne voulons pas de votre terre brûlée, pas de vos guerres, pas de vos discriminations haineuses. Nous voulons vivre ensemble dans un monde respirable à tous points de vue. (Mêmes mouvements.) Je fais mienne cette phrase de la romancière indienne Arundhati Roy : « Un autre monde n’est pas seulement possible, il est en route. Par temps calme, je peux l’entendre respirer. »Nous sommes le nombre, nous sommes la force, nous sommes la nouvelle France. Mesdames et messieurs les ministres, au terme de cette plaidoirie, notre verdict est sans appel : nous vous déclarons coupables d’action climaticide en bande organisée, et nous vous condamnons à la censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, ainsi que sur les bancs du groupe EcoS.)
M. Fabrice Barusseau (SOC) (SOC). La France vient de traverser l’un des épisodes caniculaires les plus précoces et les plus intenses de son histoire mais le débat que nous avons aujourd’hui ne porte pas uniquement sur la gestion d’une crise ; il porte sur la capacité de notre pays à se préparer à un phénomène désormais durable et, par conséquent, sur la volonté de l’ensemble des décideurs à apporter des réponses solides. Le changement climatique n’est plus une menace future, c’est une menace terriblement actuelle.
Mme Marie-Charlotte Garin (ECOS). C’est ce qu’on a essayé de vous dire mais vous n’avez rien écouté !
M. Fabrice Barusseau (SOC). Il n’attend pas la réalisation des petits parcours personnels en 2027. Il nous oblige, tous, sans tergiverser, à la responsabilité, face à celles et ceux qui souffrent aujourd’hui, à nos concitoyens qui ont perdu un proche, à ceux qui auront peut-être les pieds dans l’eau cet hiver. Nous devons être utiles maintenant.Les avis des scientifiques du Giec, de Météo-France et du Haut Conseil pour le climat convergent : ces phénomènes vont s’intensifier, durer plus longtemps et concerner des territoires toujours plus vastes. Dans ce contexte, la première responsabilité des pouvoirs publics consiste à regarder la réalité en face.Cette réalité est que plus une seule politique publique n’échappe au changement climatique. Lorsque les hôpitaux connaissent des températures dépassant 35 oC dans certaines chambres, obligeant à déplacer des patients, c’est notre politique de santé qui est touchée. Lorsque la sécheresse fragilise les rendements agricoles, détruit des récoltes ou remet en cause certaines productions traditionnelles, c’est notre souveraineté alimentaire qui est altérée. Lorsque les primes d’assurance augmentent fortement dans les territoires exposés aux catastrophes naturelles, ou lorsque certains biens deviennent difficilement assurables, c’est notre pacte républicain de solidarité qui est abîmé. Lorsque des lignes ferroviaires ralentissent ou s’interrompent sous l’effet de la chaleur, lorsque des réseaux d’eau potable connaissent des ruptures d’approvisionnement, ce sont nos infrastructures stratégiques qui sont mises à mal. Autrement dit, la prise en compte du changement climatique ne peut plus être cantonnée à la seule politique environnementale ; elle doit désormais irriguer l’ensemble de l’action publique.La première responsabilité face à la crise climatique est celle des élus, particulièrement ceux de l’extrême droite, qui, depuis des années, ont nié, relativisé ou discrédité la parole scientifique. Pendant des décennies, le Rassemblement national et, plus largement, l’extrême droite ont expliqué que le changement climatique n’était pas une priorité, que les scientifiques exagéraient, que le Giec était alarmiste, voire propagandiste. Mais lorsque l’on passe son temps à remettre en cause les travaux scientifiques, à affaiblir les agences publiques, à mettre à mal les moyens de l’Office français de la biodiversité, de l’Ademe – l’Agence de la transition écologique –, des agences environnementales, on ne défend pas les Françaises et les Français, non, on les désarme face aux crises à venir.Ne soyons pas complices. Mes chers collègues, il n’existe pas de solution magique. La réalité est complexe, exigeante. Elle nous impose de la planification, des investissements, de la science et, surtout, de la constance.Nous examinons aujourd’hui des textes législatifs comme si les décennies à venir devaient ressembler aux décennies passées. Le contenu de la loi Duplomb et celui de la loi d’urgence agricole sur la gestion et la gouvernance de l’eau, les pesticides ou les agences sanitaires en sont un parfait exemple.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Pour les socialistes, chaque initiative législative, chaque projet de loi devrait désormais répondre à une question simple : rend-il la France plus résiliente ou plus vulnérable face au changement climatique ? Si nous étions capables de répondre honnêtement à cette question avant chaque vote, certaines lois ne verraient probablement jamais le jour. Cette exigence de résilience devrait être aussi naturelle que l’étude d’impact budgétaire.Les agriculteurs sont parmi les premiers touchés par le dérèglement climatique, dont les conséquences se chiffrent déjà en centaines de millions d’euros chaque année. Face à cette réalité, préserver les sols, les haies, les zones humides et mieux gérer la ressource en eau ne relève pas d’une logique punitive, mais constitue un investissement indispensable pour la résilience de notre agriculture et la prévention des conflits d’usage de demain.Face à l’accélération du dérèglement climatique, l’action publique doit désormais s’articuler autour de deux piliers indissociables. Le premier est celui de l’atténuation. L’Union européenne s’est fixé un objectif de neutralité carbone en 2050. La France s’est engagée à réduire d’ici à 2030 ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % par rapport à 1990. Ces objectifs ne sont pas accessoires. Ils conditionnent notre capacité à maintenir un réchauffement compatible avec nos capacités d’adaptation car plus le réchauffement sera important, plus les coûts humains, économiques et sociaux seront élevés.Le second pilier d’une bonne politique de transition écologique, c’est l’adaptation. Le Haut Conseil pour le climat estime que la France doit se préparer à un réchauffement pouvant atteindre 4 °C sur son territoire d’ici à la fin du siècle. Préparer le pays à cette hypothèse ne signifie pas s’y résigner. Avec 4 °C de plus, certaines régions connaîtront des températures dépassant régulièrement 50 °C. Les besoins en eau augmenteront fortement, les rendements agricoles seront profondément affectés, les incendies se multiplieront et certains territoires deviendront difficilement habitables plusieurs semaines par an.L’adaptation ne remplacera donc jamais l’atténuation. L’une vise à limiter l’ampleur du changement climatique, l’autre à protéger les Françaises et les Français contre ses conséquences déjà inévitables. Les deux sont indissociables. C’est précisément à l’aune de cette double exigence que nous jugeons aujourd’hui l’action du gouvernement.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Monsieur le premier ministre, lors de la dernière séance des questions au gouvernement, vous avez évoqué un impératif d’accélération. Nous partageons cet impératif, mais où sont les actes ? Nos concitoyens ne vivent pas de déclarations d’intention ; ils vivent les conséquences bien réelles du dérèglement climatique.Après une première réduction décidée par votre prédécesseur, le fonds Vert est passé en deux ans de 2,5 milliards d’euros à seulement 837 millions.
M. Louis Boyard (LFI-NFP). C’est parce que vous l’avez voté !
M. Fabrice Barusseau (SOC). Pire encore : son exécution a fait l’objet de gels successifs. On ne peut pas proclamer l’urgence climatique tout en réduisant les moyens pour y faire face. Peut-être faut-il recentrer ce fonds, mais il faut surtout l’amplifier.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Comment demander aux collectivités d’adapter leurs écoles, leurs réseaux d’eau, leurs bâtiments publics ou leurs espaces urbains lorsque l’État réduit les moyens qui leur sont destinés ? MaPrimeRénov’ continue de subir des changements permanents de règles, des suspensions et des gels, qui découragent les ménages comme les entreprises ; les aides aux véhicules propres diminuent ; l’expérimentation du dispositif « Mieux reconstruire après inondation » (Mirapi) est stoppée ; le troisième plan national d’adaptation au changement climatique demeure largement dépourvu de financements identifiés.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Pendant ce temps, l’ordre du jour parlementaire ne reflète toujours pas l’urgence climatique. Nous débattons sans fin de textes sécuritaires, alors que notre pays aurait besoin d’un grand débat national sur l’adaptation de nos activités, la préservation des ressources, l’évolution du droit du travail face aux fortes chaleurs, l’assurabilité de nos territoires ou la résilience de nos infrastructures.Nous avons besoin d’un véritable choc d’investissement écologique. Il est urgent de lever les freins normatifs absurdes qui ralentissent l’adaptation. Or, depuis 2017, les gouvernements d’Emmanuel Macron font puis défont, avancent puis reculent.
M. Louis Boyard (LFI-NFP). Si seulement vous les censuriez !
M. Fabrice Barusseau (SOC). Les Françaises et les Français savent que le climat change. Ils adaptent déjà leurs comportements.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Ils attendent désormais que l’État fasse sa part. Ils attendent de la cohérence, de la constance, une ambition et des moyens. Ils attendent surtout une vision et des actions qui l’accompagnent.La censure ne doit être animée ni par l’émotion, ni par la tactique politicienne, ni par le qu’en-dira-t-on. Les socialistes ont pris le temps de la réflexion et de la délibération collective. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
M. Fabrice Barusseau (SOC). Censurer, c’est aussi prendre la responsabilité de ce qui vient après. Notre responsabilité n’est pas d’ajouter de l’instabilité à l’inaction.
Mme Christine Arrighi (ECOS). C’est ça la stabilité, pour vous ? (Mme Christine Arrighi désigne les bancs du gouvernement.) Non mais franchement !
M. Fabrice Barusseau (SOC). Le changement climatique n’attend pas les élections et nul ne peut raisonnablement penser que la nouvelle canicule qui débute sera mieux gérée par un gouvernement démissionnaire.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Nous ne censurerons donc pas le gouvernement aujourd’hui (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) – mais ne nous y trompons pas. Monsieur le premier ministre, force est de constater que votre gouvernement n’a pas été, jusqu’à présent, à la hauteur du défi climatique. Dans ce combat, l’inaction n’est pas la prudence, c’est une faute politique.
M. Fabrice Barusseau (SOC). Face à l’urgence, notre responsabilité, à nous socialistes, est de construire l’alternative, de proposer et d’être utiles maintenant. Elle est d’obtenir plus de moyens pour agir et protéger concrètement les Françaises et les Français. Monsieur le premier ministre, il vous reste trois mois, jusqu’à la présentation des projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2027,…
M. Fabrice Barusseau (SOC). Les socialistes seront au rendez-vous pour en juger. (Rires sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) Pour le pays, nous espérons que vous y serez également. Je remercie ceux d’entre vous qui ont prêté attention à mes propos. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.)
Mme Élisa Martin (LFI-NFP). Négocier : vous ne savez faire que ça !
M. Eric Liégeon (DR) (DR). La gauche écologiste demande aujourd’hui de renverser le gouvernement au motif de son inaction face à la canicule. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Eric Liégeon (DR). Je l’affirme avec force : la canicule est un sujet grave. Elle est grave pour les personnes âgées, en particulier les plus isolées.
M. Eric Liégeon (DR). Elle est grave pour nos forêts, qui subissent en ce moment des incendies dévastateurs, malgré les efforts remarquables de nos pompiers. Elle est grave pour les élus locaux, qui, partout sur le territoire, doivent adapter leurs communes à des épisodes climatiques de plus en plus intenses.Oui, la France doit se préparer davantage. Nous devons adapter nos écoles, nos hôpitaux et nos Ehpad. Nous devons renforcer nos moyens de sécurité civile, mieux protéger nos forêts et mieux gérer la ressource en eau. Nous devons faire de l’adaptation au changement climatique une priorité.Précisément parce que le sujet est grave, il mérite mieux qu’une posture politique (« Ah ! » sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS) ou qu’une motion de censure.
M. Eric Liégeon (DR). Nous voilà revenus aux pires heures de la IVe République. L’intérêt du pays s’efface devant les manœuvres des partis.Mes chers collègues, la France n’a pas besoin d’une crise politique supplémentaire. Alors même que d’autres épisodes de chaleur arrivent, notre pays a précisément besoin d’un État au rendez-vous pour protéger les Français.
M. Eric Liégeon (DR). Est-ce qu’un gouvernement renversé rafraîchira une salle de classe, protégera mieux notre agriculture et donnera davantage de moyens à nos pompiers pour lutter contre les incendies de forêts ? Évidemment, non. Les Français attendent des solutions, non une nouvelle crise politique.
M. Eric Liégeon (DR). Et puisqu’il est question d’écologie et d’environnement, parlons-en sérieusement.
Mme Christine Arrighi (ECOS). Nous sommes sérieux, nous n’avons pas de leçons à recevoir !
M. Eric Liégeon (DR). En effet, mes chers collègues écologistes, il existe chez vous une contradiction majeure. Depuis des années, vous expliquez que la lutte contre le réchauffement climatique est la priorité absolue.
M. Eric Liégeon (DR). Très bien. Pourtant, dans le même temps, vous avez passé des décennies à combattre l’un des plus grands atouts de la France pour décarboner son économie :…
Plusieurs députés du groupe EcoS. Le nucléaire !
M. Eric Liégeon (DR). …le nucléaire. Vous avez demandé et obtenu la fermeture de centrales. En agissant ainsi, vous avez combattu une énergie pilotable, décarbonée et souveraine ; une énergie qui nous permet précisément de sortir des hydrocarbures, d’électrifier nos transports, notre industrie et nos logements, de produire sans dépendre du gaz russe ou du pétrole du Moyen-Orient.Combien de temps perdu ? Combien d’années perdues dans des débats idéologiques, alors que le reste du monde poursuit sa course à l’énergie ? La vérité est simple : la transition écologique passera par plus d’électricité et d’industrie électrique, plus de production décarbonée, donc plus de nucléaire.
M. Eric Liégeon (DR). Votre contradiction ne s’arrête pas là. Quelle est la première cause d’émission de CO2 dans notre pays ? En 2024, la moitié de notre empreinte carbone provenait des seules importations. Parmi ces importations, celles venues d’Asie émettent autant de gaz à effet de serre que les émissions directes de tous les ménages français. Cela signifie que la première mesure à prendre pour préserver le climat est de favoriser la production en France.
M. Eric Liégeon (DR). Or que faites-vous ? Vous proposez de multiplier les contraintes sur ceux qui produisent dans notre pays, de compliquer la vie de nos agriculteurs, d’empêcher la construction de nouveaux sites industriels,…
M. Louis Boyard (LFI-NFP). C’est vous qui avez vendu notre industrie !
M. Eric Liégeon (DR). …de bloquer tous les grands projets d’infrastructures, d’ajouter toujours davantage de procédures, d’interdictions, de contraintes administratives à ceux qui créent de la richesse dans notre pays.
M. Benjamin Lucas-Lundy (ECOS). Ce n’est pas une motion de censure contre un gouvernement écolo !
M. Eric Liégeon (DR). Quel est le résultat ? Nous produisons moins ici et nous importons davantage. Nous imposons toujours plus de normes à nos agriculteurs tout en remplissant nos rayons de produits qui ne respectent ni nos normes environnementales ni nos exigences sanitaires.Quel est le bilan écologique de cette logique ? Il est catastrophique. La France possède l’une des agricultures les plus exigeantes du monde. Avec son industrie nucléaire, elle dispose d’un atout sans équivalent pour décarboner son économie. Son industrie est alimentée par l’une des électricités les plus décarbonées au monde.Produire en France, c’est moins d’émissions liées au transport, moins d’énergies fossiles consommées ailleurs, moins de dépendance ; c’est plus de souveraineté. Voilà ce que nous appelons le patriotisme environnemental : produire chez nous plutôt que dépendre d’importations polluantes ; relocaliser plutôt qu’importer ; réindustrialiser plutôt que décroître.La véritable écologie ne consiste pas à opposer l’environnement à l’économie, ni à choisir entre l’industrie et le climat, ou entre l’agriculture et la biodiversité ; elle consiste à nous permettre de continuer à produire en France.
M. Eric Liégeon (DR). Voilà ce qui nous sépare, chers collègues écologistes ! Vous proposez une écologie qui affaiblit la France. Nous défendons une politique environnementale qui s’appuie sur les forces de notre pays.
M. Eric Liégeon (DR). La France doit se préparer au changement climatique, adapter ses infrastructures, protéger ses citoyens les plus fragiles, investir dans son énergie, renforcer sa sécurité civile et produire davantage chez elle. Mais elle ne le fera ni dans le désordre ni dans l’instabilité. Elle ne le fera pas avec des postures, avec des motions de censure à répétition. Elle le fera avec des choix clairs : le nucléaire, la réindustrialisation, le soutien à notre agriculture.
M. Eric Liégeon (DR). L’innovation plutôt que la décroissance ; la souveraineté plutôt que la dépendance ; la responsabilité politique plutôt que les postures politiciennes.Pour toutes ces raisons, le groupe Droite républicaine ne votera pas cette motion de censure. (« Ah ! » sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.) La France a besoin d’un État qui protège les Français et réponde à la crise.
Mme la présidente (EPR). La discussion est close. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de censure. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Je rappelle que seuls les députés favorables à la motion de censure participent au scrutin et que le vote se déroule dans les salles voisines de l’hémicycle. Le scrutin est ouvert pour vingt minutes ; il sera donc clos à 16 h 30.
(La séance, suspendue à seize heures dix, est reprise à seize heures trente.)
Mme la présidente (EPR). La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin : Majorité requise pour l’adoption de la motion de censure, soit la majorité absolue des membres composant l’Assemblée 289 Pour l’adoption 132 (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Un député du groupe LFI-NFP. Pas mal !
Mme la présidente (EPR). La majorité requise n’étant pas atteinte, la motion de censure n’est pas adoptée.
Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente (EPR). Prochaine séance, demain, à quinze heures :Éloge funèbre de Béatrice Bellamy ; Questions au gouvernement ; Votes solennels sur le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes et sur le projet de loi organique relatif au renforcement des juridictions criminelles ; Suite de la discussion de la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, dans l’exercice de leurs fonctions ; Discussion du projet de loi visant à offrir des réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens. La séance est levée.