M. Hadrien Clouet (LFI-NFP) (LFI-NFP). Monsieur Bayrou, cela fait six mois et quelques jours que vous êtes là. C’est six mois et quelques jours de trop. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Macroniste de la première heure, vous avez applaudi quand le reste de la clique a privé de deux ans de vie les Françaises et les Français. (Mêmes mouvements.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Mais nous ne sommes pas rancuniers : nous proposons de vous mettre vous-même à la retraite dès ce soir – et à taux plein, c’est dire ! Vous en aurez, de la chance, contrairement aux 10 000 personnes qui meurent chaque année avant la retraite à cause de votre réforme. C’est à elles que nous dédions cette motion de censure. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Vous devez partir car vous n’auriez jamais dû être là.
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Aux élections, vous avez fait 3,8 % : on pourrait confondre votre score avec un taux d’inflation ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Depuis, vous avez multiplié les mensonges et les manigances. La pire, sans doute, concerne une des plus grandes affaires pédocriminelles de notre histoire, celle de Bétharram. (Mêmes mouvements.) Vous saviez, vous aviez les moyens d’agir et vous n’avez rien fait, à part insulter les témoins et mentir sans vergogne à tous les parlementaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également. – Exclamations sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Contrairement à M. Vojetta, je ne crois pas que vous soyez un être de lumière et de sainteté descendu sur terre pour guérir les gens par imposition des mains, voire pour les faire ressusciter. Si vous êtes à ce poste, c’est seulement parce que, sur le Titanic qui coule, personne ne voulait être commandant en second. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Même Macron – c’est paru ce matin dans Libération – se demande : « Mais pourquoi ils ne le virent pas ? » (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Je rembobine : en janvier 2025, à la tête d’un des pires budgets d’austérité de l’histoire de France, qui ferme des classes dans les écoles, des lits dans les hôpitaux et qui abandonne l’industrie française, vous achetez le soutien du Parti socialiste avec un tour de passe-passe : un conclave sur les retraites. Ce conclave, à bien y regarder, c’est moins Léon XIV que Thatcher II. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)Dès le lendemain de sa proclamation et de sa convocation, dès lors que vous êtes sauvé de la première motion de censure, vous faites volte-face : exit les discussions pour trouver de nouvelles recettes, exit la surcotisation sur les très hauts salaires, qui aurait pourtant assuré l’équilibre des caisses. C’est ça, la méthode Bayrou ! On vous imagine en réunion de copropriété, refusant de parler des charges, en réunion syndicale, refusant de parler des salaires, ou encore en réunion de consommateurs, refusant de parler des prix. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)On pensait avoir touché le fond, mais pas encore : vous allez ensuite sur les plateaux raconter que « les participants se sont accordés [sur] les conditions d’âge fixées par la loi de 2023 ». Lesquels ? Je ne sais pas dans quel monde parallèle vous vivez !
Mme Clémence Guetté (LFI-NFP). Écoutez, monsieur Bayrou, ça s’adresse à vous !
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Vous avez exclu du conclave la FSU – Fédération syndicale unitaire – et Solidaires, puis la CGT et FO sont partis, puis la CFDT, la CFTC, l’Unsa et la CFE-CGC ont exprimé leur désaccord avec votre borne d’âge. La seule chose que montre le conclave, c’est que tout le monde est hostile à cette réforme des retraites et la déteste. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benoît Biteau applaudit également.)Logiquement, pour vous en sortir, vous avez décrété que le Medef aurait un droit de veto sur tout, qu’il s’agisse de l’âge de départ, des annuités ou encore des cotisations – veto partout !
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Mais enfin, un conclave où le Medef a droit de veto, ce n’est pas une réunion, c’est de l’extorsion, définie à l’article 312-1 du code pénal ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Les syndicats, eux, avaient le droit de choisir entre le café tiède et le café froid, la soupe étant réservée au patronat.Je résume : votre conclave, c’est une réunion dont ne peut sortir qu’un texte approuvé par des gens qui sont d’accord avec vous. Eh bien – nous allons vous le rappeler ce soir –, nous ne sommes pas d’accord avec vous. (Mêmes mouvements. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Nous ne céderons jamais, nous n’abandonnerons jamais notre tâche historique et populaire consistant à abroger cette réforme inique des retraites. (Mêmes mouvements. ) À 64 ans, un tiers des gens souffrent déjà d’incapacité professionnelle, et vous voulez leur pourrir les années de vieillesse après leur avoir pourri les années de travail ! Et je ne compte pas ceux qui vous écoutent quand vous parlez à l’Assemblée nationale, ce qui constitue un facteur de pénibilité supplémentaire. (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)S’il faut vous renvoyer aujourd’hui, c’est aussi pour éviter de vous subir demain. En effet, vous avez prévu d’appliquer à l’automne les « dispositions de compromis » du conclave ; je ne sais pas trop ce que c’est, j’imagine qu’il s’agit du compromis entre l’aile gauche et l’aile droite du Medef. À l’hiver suivra la grande purge : 40 milliards d’euros d’économies annoncés le 29 juin dans l’émission « Grand Jury » de RTL, pour faire plaisir à je ne sais quel gnome de la Commission européenne. Qui paiera ces 40 milliards ? Cela vous fait marrer ? Il faut que les spectateurs de nos débats le sachent : M. Bayrou rigole. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Qui paiera ces 40 milliards ? Évidemment pas les actionnaires, qui ont détourné le double l’année dernière, ce qui ne leur vaut guère qu’une petite tape sur l’échine. Non : dans vos classeurs, il y a d’autres projets, que je tiens à faire connaître à tous ceux qui nous écoutent. Ces 40 milliards, c’est l’équivalent d’un million de fonctionnaires – profs, pompiers, infirmiers, aides-soignants –, que vous pourriez supprimer. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est l’équivalent de toutes les prestations de la branche famille de la sécurité sociale, qui pourraient sauter : l’allocation de rentrée scolaire, les aides personnelles au logement (APL), les allocations familiales, la prime d’adoption, l’allocation aux adultes handicapés (AAH), l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH), la somme de tout cela représente ce que vous voulez couper à l’hiver.
Mme Andrée Taurinya (LFI-NFP). Écoutez un peu, monsieur Bayrou, au lieu de discuter avec vos copines !
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Françaises, Français, vous voilà avertis : ces gens comptent étrangler le peuple à la rentrée. Dès lors, notre tâche du moment consiste à les empêcher de tenir jusqu’à la rentrée. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Dans vos manœuvres détestables, vous avez un appui certain : les députés du Rassemblement national, qui tentent de se faire oublier – ils sont quatre, en cette fin d’après-midi.
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Si Bayrou est toujours premier ministre ce soir, ce sera à cause d’eux et à cause d’elles. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Si on part en retraite à 64 ans, ce sera à cause d’eux et à cause d’elles. Au lieu de députés RN, nous avons des répondeurs automatiques qui répètent la même fiche dans toutes les émissions : « on n’a pas d’idées, on verra quand on sera au pouvoir ». (Rires sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Mais Bardella a lâché le morceau, hier soir, à 21 h 38,…
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Bien sûr : ce n’est pas avec ses interventions au Parlement européen que je vais savoir ce qu’il dit ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Quand on lui demande s’il veut abroger la réforme des retraites, M. Bardella répond : « On verra la situation budgétaire dans laquelle on sera dans deux ans. » Il confirme ainsi la confidence qu’il a faite à M. Gattaz, ancien patron des patrons, le 8 avril, au Forum des libertés – encore un machin de l’extrême droite : « On va devoir […] renoncer au retour à l’âge légal à 62 ou 60 ans. » (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Voici l’aveu : le RN n’abrogera pas la réforme des retraites. C’est eux-mêmes qui le disent ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur quelques bancs du groupe EcoS.)La seule chose étonnante qu’il reste à expliquer, c’est la raison pour laquelle le RN se cache et n’assume pas ses opinions politiques. C’est simple : comme M. Bayrou, le RN veut les retraites par capitalisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Jean-Philippe Tanguy s’exclame.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Les hurlements de M. Tanguy ne m’empêcheront pas d’aller au bout du propos ! Thomas Ménagé, rapporteur du texte du Rassemblement national sur les retraites – on s’en souvient, car il était rapporteur pour la première fois –, a déclaré ici même le 31 octobre 2024 : « Il faut débattre de la question d’une part de capitalisation collective. »
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Plus récemment, le 28 mai, Éric Ciotti a présenté à un plan pour la capitalisation des retraites (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP)…
M. René Pilato (LFI-NFP). Du Macron pur jus, collègues !
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). …prévoyant de flécher 11 % des pensions vers des fonds financiers privés, histoire que les économies d’une vie puissent disparaître au premier retournement boursier, quand la finance aura une saute d’humeur. Pour compenser le manque à gagner immédiat, M. Ciotti propose de verser dans le système de retraites deux tiers des fonds du logement social. Les gens n’auront donc plus de retraite et plus de logement. Bravo ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Traduction : avec le Rassemblement national, vous n’aurez plus de maison et l’argent qu’il vous restera sera joué à la Bourse de New York.Il y a aussi la version coupée d’eau tiède ; je pense à l’interview du député RN Gaëtan Dussausaye. Je l’ai lue hier soir : j’avais fini le dernier Stephen King et je cherchais une autre lecture du même genre. Je le cite : « Si on ne vote pas la censure, ce n’est pas qu’on soutient le texte. »
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Non : si vous ne la votez pas, c’est que vous soutenez les auteurs du texte et que vous voulez les laisser en écrire d’autres ! C’est encore pire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je continue : « Changer de projet sur les retraites fait partie d’un tout budgétaire, avec de nouveaux moyens de financement nécessaires […]. » Si vous cherchez vraiment des recettes supplémentaires pour les retraites, pourquoi votez-vous contre la surcotisation sur les hauts salaires ou la mise à contribution des revenus financiers ? (Mêmes mouvements. – Mme Christine Arrighi applaudit également.)Pour finir, le pompon – tout cela vient de la même interview…
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Tout à fait ! Le pompon, donc : « Est-ce que les Français ont envie d’instabilité à quelques semaines des vacances ? » Laissez-moi vous apprendre que 40 % des gens n’ont pas de vacances ; vous devriez les fréquenter, cela vous ferait du bien. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP et sur plusieurs bancs du groupe EcoS.) Quant à ceux qui en ont, ils aimeraient bien que ces vacances ne soient pas les dernières qu’ils passent avec leurs proches !
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Bref, le RN parvient à être à la fois le marchepied, le paillasson et la serpillière de la Macronie : ce n’est pas un groupe parlementaire, c’est une quincaillerie ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Benjamin Lucas-Lundy applaudit également.) Si vous ne votez pas la censure, c’est parce que vous craignez le retour aux urnes, Mme Le Pen ayant été condamnée et déclarée inéligible. (Mêmes mouvements.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Ah, il est beau, le parti du peuple qui sacrifie des millions de retraités pour un siège de députée dans un accord de dessous-de-table avec François Bayrou !
M. Jean-Philippe Tanguy (RN). Elle est à plus de 30 % ! Combien faites-vous ? (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
M. Hadrien Clouet (LFI-NFP). Bref, contre la réforme des retraites, contre le budget partagé du gouvernement et du RN, il est l’heure de voter la censure, avec en tête les mots du grand écrivain José Saramago : « Il faut quand même persister. L’espoir est comme le sel, il ne nourrit pas, mais il donne de la saveur au pain. » Votre censure, c’est notre sel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent, sur plusieurs bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe GDR.)
Mme la présidente (EPR). La discussion est close. Je vais maintenant mettre aux voix la motion de censure. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Je rappelle que seuls les députés favorables à la motion de censure participent au scrutin et que le vote se déroule dans les salles voisines de l’hémicycle. Le scrutin est ouvert pour vingt minutes ; il sera donc clos à 20 h 17.
(La séance, suspendue à dix-neuf heures cinquante-sept, est reprise à vingt heures dix-huit.)
Mme la présidente (EPR). La séance est reprise.Voici le résultat du scrutin : Majorité requise pour l’adoption de la motion de censure, soit la majorité absolue des membres composant l’Assemblée 289 Pour l’adoption 189 La majorité requise n’étant pas atteinte, la motion de censure n’est pas adoptée.
Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente (EPR). Prochaine séance, ce soir, à vingt et une heures quarante-cinq : Discussion de la proposition de loi visant à faciliter le maintien en rétention des personnes condamnées pour des faits d’une particulière gravité et présentant de forts risques de récidive. La séance est levée.