M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle les questions au Gouvernement.
Crise à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Christophe Lagarde.
M. Jean-Christophe Lagarde (UDI_I). Monsieur le Premier ministre, aux portes de l’Europe, à la frontière polonaise se jouent en ce moment même à la fois un drame et un scandale.Un drame, quand on voit ces familles, hommes, femmes, enfants, démunies de tout, laissées à elles-mêmes dans des forêts glaciales, et dont certaines sont en danger de mort. Cette crise sanitaire et humanitaire absolument insupportable exige que l’Union européenne demande à la Pologne que le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et les associations humanitaires puissent porter secours à celles et ceux qui sont prisonniers d’une situation politique qu’ils n’ont pas demandée.Un scandale, quand le dictateur biélorusse Loukachenko utilise ces populations qu’il va chercher au Proche et au Moyen-Orient – par avions de ligne s’il vous plaît – pour faire chanter l’Union européenne qui avait réagi à l’enlèvement d’un de ses opposants après un détournement d’avion.Voilà ce qu’il est en train de se passer, et l’Union européenne doit à la fois être en mesure de convaincre la Pologne de laisser passer les secours – je n’ai pas dit de laisser entrer les réfugiés – et d’agir sur le donneur d’ordre du dictateur Loukachenko. Ce régime est tellement proche de la Russie de M. Poutine que M. Poutine peut faire cesser ce scandale. Nous attendons de la France, de l’Union européenne, de notre partenaire allemand – je crois que des discussions ont commencé – qu’ils fassent comprendre à M. Poutine que cela ne peut pas durer ainsi. Un prédécesseur, si j’ose dire, avait déjà donné l’exemple : je pense au président turc M. Erdogan. L’Europe ne peut pas être un ensemble d’États qu’on fait chanter sur la misère humaine. Nous devons à la fois être capables de convaincre et de sauver les gens qui sont en danger et d’interdire – ou en tout cas de leur tordre le bras – aux dictateurs de livrer une telle agression contre l’ensemble de l’Union européenne. (Applaudissements sur les bancs du groupe UDI-I et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Merci de cette question qui porte sur un sujet extrêmement important, car ce qui se passe aujourd’hui à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie est une tragédie humaine grave pour l’Europe et les valeurs que nous représentons, grave pour la pression qui pèse sur les frontières extérieures de l’Union, grave enfin parce que, vous l’avez dit, le régime de Loukachenko instrumentalise de manière inhumaine et, je le dis, éhontée les flux migratoires pour tenter de déstabiliser et de désunir l’Union européenne. C’est intolérable et inacceptable !Comme les ministres l’ont fait hier au Conseil des affaires étrangères à Bruxelles, et comme le ministre français de l’Europe et des affaires étrangères l’a redit à son homologue polonais, il nous faut réaffirmer avec force notre pleine et entière solidarité à l’égard de la Pologne, comme de la Lituanie et de la Lettonie plus tôt. Cela a été l’objet de la déclaration adoptée à Vingt-sept par l’Union européenne, dès vendredi. Il nous faut pleinement appuyer les demandes des autorités polonaises de protection de la frontière extérieure de l’Union et d’accueil des personnes qui ont besoin de protection, comme vous l’avez demandé et comme nous l’avons fait envers la Lituanie en septembre dernier. Il faut aussi maintenir une pression très forte sur les autorités biélorusses. Les ministres des affaires étrangères se sont mis d’accord hier sur l’adoption rapide, et je le dis à la représentation nationale, d’un cinquième paquet de sanctions contre ce régime. Ils se sont aussi accordés pour élargir les critères de désignation permettant de sanctionner tous ceux, en Biélorussie ou ailleurs, qui se sont impliqués dans cet odieux trafic d’êtres humains. Cela doit ouvrir la voie à un sixième paquet de sanctions.Nous devons également maintenir une action diplomatique déterminée avec nos alliés et en appui de la Commission européenne et du Haut Représentant à destination des pays d’origine et de transit pour tarir ces flux. J’observe d’ailleurs que ces efforts commencent à porter leurs fruits.Vous l’avez dit, cette crise ne fait que confirmer la nécessité de renforcer fortement, de refonder même notre politique commune en matière d’asile et d’immigration. Nous devons donc avancer sans plus attendre sur le pacte sur la migration et l’asile proposé par la Commission en septembre 2020. La France a déjà fait plusieurs propositions pour faire évoluer et renforcer ce pacte. La présidence française de l’Union, à compter du 1er janvier prochain, nous donnera l’occasion de faire progresser le sujet, et nous en discuterons dans cet hémicycle à l’occasion du débat sur la présidence française de l’Union européenne. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem.)
Protection de l’enfance
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Isabelle Santiago.
Mme Isabelle Santiago (SOC). Monsieur le Premier ministre, combien faudra-t-il encore de documentaires, de témoignages, de téléfilms comme celui d’hier soir sur l’enfance brisée de Lyes Louffok qui vient mettre en lumière la situation dramatique de la protection de l’enfance qui est à bout de souffle ?Le secteur médico-social, les enfants issus de l’aide sociale à l’enfance (ASE) devenus adultes ne cessent d’alerter depuis des années ; la parole se libère. Désormais il faut des actes. Des avancées sont en cours avec la loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes et le projet de loi relatif à la protection des enfants, en discussion au Sénat. Mais il faut aller plus loin, il faut saisir cette occasion au Sénat et le retour du texte à l’Assemblée nationale pour l’améliorer encore. C’est l’occasion unique pour votre Gouvernement de changer de paradigme. Le temps de l’enfant, je l’ai souvent dit, n’est pas le temps de l’adulte, encore moins celui des politiques et des politiques publiques. La réalité est là ; alors agissons et agissons fort. Nous parlons de nos enfants, de notre jeunesse, de l’avenir de ce pays. Aujourd’hui, en France, 170 000 mineurs sont placés en famille d’accueil ou en foyer et plus de 10 000 sont à l’hôtel : il faut que ça change. Comment rester aveugle et sourd face à ce terrible constat : un SDF sur quatre de moins de 25 ans est un enfant placé, souvent non diplômé ? La solution ? Interdire les sorties sèches, pas uniquement pour des raisons de crise sanitaire mais par devoir de suppléance parentale, un réel accompagnement, comme je l’ai proposé, jusqu’à 25 ans, pour les amener vers l’autonomie, et obligatoire jusqu’à 21 ans.Monsieur le Premier ministre, c’est une vraie refonte du système de la protection de l’enfance qui est engagée. Elle est nécessaire. Il faut une politique transversale. Dans les propositions, il faut des moyens, il faut un cadre national clair, il faut une reconnaissance des éducateurs et des travailleurs sociaux – le secteur médico-social est en grande souffrance –, il faut la présence d’un avocat pour accompagner ces jeunes, et l’histoire de Lyes l’a montré hier. Ce n’est plus tolérable ! Qu’attendez-vous pour réunir d’urgence la justice, les départements et l’État pour coordonner une politique globale de l’enfance en danger et des enfants placés ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles.
M. Adrien Taquet. « Il faut, il faut, il faut » (Exclamations sur les bancs du groupe SOC) : oui, c’est ce que nous faisons effectivement depuis trois ans (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM) pour protéger l’ensemble des enfants de notre pays, car au-delà de la seule question de l’aide sociale à l’enfance, certains enfants sont en danger. Aucun Gouvernement n’avait fait autant pour la protection de l’enfance, tant en prévention qu’en protection (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR).
M. Adrien Taquet. …qu’il s’agisse de la lutte contre l’inceste, du seuil de non-consentement, de l’amélioration du recueil de la parole de l’enfant, de la détection des violences subies lors des visites médicales à l’école, ou encore de la prise en charge en soins des enfants victimes de violences sexuelles sur laquelle j’aurai l’occasion de m’exprimer demain.
M. Adrien Taquet. S’agissant de l’aide sociale à l’enfance, sujet que vous connaissez bien, pour la première fois depuis la création du secrétariat d’État dédié à la protection de l’enfance, avec les départements, avec les associations, avec les associations d’anciens enfants protégés, avec les parlementaires comme vous et un certain nombre de parlementaires de la majorité, nous avons élaboré ensemble une stratégie de prévention et de protection de l’enfance, avec deux piliers, un pilier dit de contractualisation qui permet à l’État d’investir plus de 600 millions d’euros dans cette compétence en faveur des enfants qui est celle des départements. Par ailleurs, l’État est au rendez-vous de ses responsabilités, d’abord en réinvestissant dans la pédopsychiatrie dont vous savez très bien que c’est un des grands problèmes qui touche les enfants et la protection de l’enfance, notamment ces cas dits complexes qui font aujourd’hui l’objet dans Libération d’un reportage consacré, si je ne me trompe, à votre département ; ensuite avec un projet de loi auquel vous avez largement contribué, comme l’ensemble de vos collègues, qui interdit le placement des enfants à l’hôtel, qui interdit la séparation des fratries, qui fait en sorte que chaque enfant qui sort de l’aide sociale à l’enfance ne puisse pas le faire sans solutions, qui améliore les parcours de ces enfants qui sont aujourd’hui encore trop cabossés. Nous aurons l’occasion d’en débattre encore. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Congrès des maires
M. le président (LAREM). La parole est à M. Daniel Labaronne.
M. Daniel Labaronne (LAREM). Ma question s’adresse à Mme Jacqueline Gourault, ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.Le congrès des maires et des présidents d’intercommunalité s’ouvre aujourd’hui. C’est un moment important puisqu’il regroupe les représentants de nos communes qui demeurent la cellule de base de l’organisation du territoire depuis plus de deux siècles.Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, cela faisait des années que l’État s’était désengagé. Sous le quinquennat précédent (Exclamations sur les bancs du groupe SOC), la baisse des dotations s’est élevée à près de 11 milliards d’euros, les réformes institutionnelles ont désorganisé les collectivités et on notait une diminution de plus de 30 % du nombre des agents de l’État dans les territoires. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Daniel Labaronne (LAREM). Désengagement budgétaire, désengagement en matière d’infrastructures, désarmement dans l’administration : c’est ce constat que nous faisions en 2017. Face à cette situation, le Président de la République a pris deux engagements au début du mandat : il n’y aurait pas de big bang territorial pendant le quinquennat et il serait mis fin à ce désengagement. Promesse tenue : il n’y a pas eu de big bang, nous avons échangé, dialogué partout avec les collectivités (Exclamations sur quelques bancs du groupe SOC), nous avons mis fin au désengagement budgétaire avec la stabilité de la dotation globale de fonctionnement, l’augmentation des dotations qui soutiennent les communes les plus en difficulté, le soutien à l’investissement du bloc communal, nous avons réarmé les services de l’État dans les territoires pendant la crise sanitaire, en s’appuyant sur le couple maire-préfet (Exclamations sur les bancs du groupe LR) pour gérer l’épidémie au plus près, en permettant aux agents de l’État d’être de véritables facilitateurs de la relance. Avec le projet de loi de finances que nous voterons solennellement après les questions au Gouvernement, nous autoriserons les crédits qui permettent de récupérer les pertes d’emplois dans l’administration de l’État dans les territoires.
M. Daniel Labaronne (LAREM). Enfin, nous avons changé de logique en instituant une véritable politique de contractualisation.Madame la ministre, quel bilan faites-vous de la politique menée depuis 2017 à l’égard des collectivités ? Comment le projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale, dit 3DS, que nous commencerons à examiner bientôt à l’Assemblée permettra-t-il de contribuer au renforcement de la décentralisation ? (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Mme Jacqueline Gourault. En cette journée d’ouverture du congrès des maires de France, je voudrais d’abord les saluer…
Mme Jacqueline Gourault. Ce quinquennat est d’abord, en effet, celui de la fin de la baisse massive des dotations, comme le Président de la République s’y était engagé à l’été 2017. Nous avons particulièrement renforcé les moyens des communes qui ont le plus besoin de l’État.Au-delà des dotations classiques (Exclamations sur les bancs du groupe LR), l’État a mobilisé des moyens exceptionnels pendant la crise sanitaire, à la suite des catastrophes naturelles, après la tempête Alex par exemple.Les programmes portés par l’Agence nationale de la cohésion des territoires – ANCT –, Action cœur de ville et Petite ville de demain, le déploiement de France Services et la couverture du territoire pour l’accès au très haut débit sont unanimement salués sur le territoire. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Fabien Di Filippo (LR). Il y a tellement de dispositifs qu’on n’y comprend rien !
Mme Jacqueline Gourault. L’ANCT, c’est aussi l’ingénierie apportée aux territoires, notamment à ceux qui en manquent le plus. Je rappelle que ce service est gratuit pour les communes de moins de 3 500 habitants et pour les intercommunalités de moins de 15 000 habitants. La loi organique sur l’expérimentation, que vous avez votée à l’unanimité, a donné beaucoup de souplesse pour mettre à profit ces dispositifs. Nous poursuivons cette action avec le projet de loi relatif à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale – dit 3DS, que vous examinerez prochainement.
Mme Jacqueline Gourault. …la pérennisation de la loi SRU, ou loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains, et son adaptation aux contraintes objectives des communes, l’expérimentation de la reprise du financement du RSA et la réforme de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, dans le cadre du plan Marseille en grand. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)Vous le voyez, nous aurons l’occasion de travailler encore. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM.)
Mme Sylvia Pinel (LT). Ma question, à laquelle j’associe ma collègue Valérie Rabault, s’adresse à M. le ministre de la santé. Jour après jour, nous assistons à une véritable hémorragie à l’hôpital, avec des fermetures en cascade de lits et de services en raison d’une pénurie sans précédent de soignants, notamment de médecins urgentistes. Ainsi, la semaine dernière, dans mon département, nous avons appris la fermeture des urgences la nuit à l’hôpital de Moissac et le redéploiement d’une ligne de SMUR – structure mobile d’urgence et de réanimation – de Montauban vers Moissac. Les conséquences pour les habitants de ce bassin de vie de 80 000 personnes sont dramatiques : on peut craindre des prises en charge tardives, une pression supplémentaire pour les personnels déjà sous forte tension, une usure des soignants et un renoncement aux soins.Nous pouvons multiplier, dans tous nos territoires, les exemples qui illustrent la grave crise systémique que nous traversons et dont la crise sanitaire a été un accélérateur. Cette situation est particulièrement inquiétante et appelle anticipation et mobilisation de la part de tous.D’abord, on ne réglera pas le problème de l’hôpital sans la médecine de ville. Trop nombreux sont les Français qui n’ont plus de médecin généraliste (Applaudissements sur les bancs du groupe LT) et nous voyons chaque jour des difficultés d’accès aux soins en raison d’un manque de professionnels de santé dans nos communes. Quelles solutions concrètes le Gouvernement propose-t-il pour pouvoir rapidement rouvrir ces services d’urgences fermés ? Sur quelles pistes travaillez-vous ?Enfin, envisagez-vous une réforme du diplôme d’études de spécialité de médecine d’urgence – DESMU – pour renforcer l’attractivité du métier et créer des passerelles avec la médecine générale ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LT.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie.
Mme Brigitte Bourguignon. Nous avons tous constaté que les tensions à l’hôpital, notamment dans les services d’urgence, sont réelles et amplifiées par les phénomènes d’épidémie concomitants au covid et aux virus hivernaux. Cependant, ce n’est pas parce que nous partageons ce discours de lucidité que nous ne faisons rien et que tout va mal. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)Le ministre Olivier Véran…
Mme Brigitte Bourguignon. …a demandé que la situation soit objectivée par une enquête sur les tensions en termes de ressources humaines et les capacités de soins, dont nous aurons les résultats dans quelques jours. Nous les publierons en toute transparence.Nous devons, vous l’avez dit, nous mobiliser collectivement, avec des réponses immédiates. D’abord, il s’agira de maintenir les dispositifs de soutien aux hospitaliers, en prolongeant le cumul emploi-retraite et les majorations des heures supplémentaires et du temps de travail additionnel jusqu’en janvier 2022. Nous sommes aussi très attentifs aux tensions que connaissent les services d’urgences pédiatriques et les maternités. Les ARS – agences régionales de santé – emploient leurs cellules territoriales de suivi pour mobiliser une solidarité territoriale des soignants, hospitaliers comme libéraux, avec la médecine de ville, que vous citiez.Quant aux actions structurelles menées depuis plusieurs mois par le Gouvernement pour renforcer l’hôpital, je rappelle l’effort sans précédent qu’a représenté le Ségur de la santé, avec près de 11 milliards d’euros pour revaloriser ceux qui soignent et 19 milliards pour réinvestir dans le système de santé et ses infrastructures.Enfin, l’adoption de la loi Rist confère aux hôpitaux de nouveaux outils pour transformer leur gouvernance et leur fonctionnement interne. Il est essentiel que les responsables hospitaliers s’en saisissent pour faire évoluer leur fonctionnement et répondre aux attentes des professionnels.Vous le voyez, le Gouvernement mobilise les leviers qu’il peut. Nous sommes, comme vous, inquiets de la densité démographique médicale, sur laquelle nous travaillons tous ensemble. Cela ne se décrète pas non plus et nous devons, État et territoires, travailler main dans la main. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Mme Sylvia Pinel (LT). Madame la ministre, les pistes que vous évoquez ont malheureusement déjà été suivies dans notre territoire par les acteurs locaux, ce qui s’est traduit par la fermeture des urgences la nuit à l’hôpital de Moissac. Quant au DESMU, qui est essentiel, je note que vous ne m’avez pas répondu. Il faut agir vite. Les soignants sont à bout, épuisés. (Applaudissements sur les bancs du groupe LT et sur plusieurs bancs des groupes LR, SOC et FI.)
M. Stéphane Viry (LR). Monsieur le Premier ministre, en complément de la question qui vient d’être posée et de celle que vous a posée la semaine dernière mon collègue Bernard Perrut sur la situation de nos hôpitaux, je tiens à revenir sur les réponses de votre ministre de la santé, M. Olivier Véran.Non, Monsieur Véran, ce n’est pas l’automne qui fait la crise des hôpitaux : en réalité, l’épidémie a révélé au grand jour le naufrage que subissent nos soignants depuis plusieurs années. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LR et FI.) Quant aux 19 milliards d’euros que vous agitez fièrement, ils ne sont qu’une illusion : 13 milliards serviront à résorber la dette et 1,5 milliard ira aux EHPAD. (Mêmes mouvements.) Enfin, nous n’avons pas besoin de vous pour connaître le travail formidable de nos soignants, dont nous portons la voix dans nos circonscriptions pour dénoncer les incessantes coupes budgétaires. (Mêmes mouvements.) Résultat de votre politique : quand le moment est venu, nous n’avions pas assez de personnel ni de matériel pour ouvrir des lits de réanimation.Aujourd’hui, nous constatons les dégâts laissés par la tempête sanitaire : le moral est au plus bas et nombreux sont les soignants qui veulent changer de profession. La cause de leur lassitude, ce sont les records de fréquentation sans cesse battus dans des services sous-dotés, c’est l’angoisse de ne pas pouvoir soigner tout le monde, c’est le manque de mobilité dans la profession, ce sont les déserts médicaux qui progressent et l’absence totale de considération. C’est pour cela que 15 % des infirmiers et aides-soignants sont partis, alors que 22 % des postes demeurent vacants. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs des groupes LR et FI.)Il nous faut une vision pour la santé, une santé où les acteurs privés et publics coopèrent, une santé pensée à l’échelle des territoires, une santé qui dépasse la tarification à l’acte, une santé, enfin, qui valorise l’expérience et la mobilité (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR), une santé centrée sur l’humain.Après la réforme creuse de Ma santé 2022, un pacte de refondation des urgences qui n’aboutit à rien et un Ségur de la déception, quelle réforme technocratique allez-vous encore nous proposer avant de recentrer la santé sur l’humain ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR et sur quelques bancs du groupe SOC.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Je vous ai écouté avec beaucoup d’attention et j’espérais jusqu’au bout de votre intervention des propositions opérationnelles, mais il n’en est pas venu. (Protestations sur les bancs du groupe LR.) Il y a des gens qui nous écoutent et, comme eux, j’aimerais comprendre. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.)Premièrement, vous dites que l’hôpital est épuisé et que notre système de santé est en difficulté parce qu’il ne lui a pas été donné de moyens suffisants.
M. Jean Castex. Faisons, en toute transparence, l’historique de ses moyens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)
M. Pierre Cordier (LR). L’héritage, on ne va pas en parler pendant vingt ans !
M. Jean Castex. Il est tout à fait exact… (Vives exclamations et huées sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). Chers collègues, je vous en prie ! Monsieur Minot, laissez s’exprimer le Premier ministre !
M. Jean Castex. Ne vous énervez pas, ce n’est pas bon ! Il est tout à fait exact, et nos concitoyens le savent bien, que nous manquons de médecins, libéraux comme hospitaliers. Voulez-vous que je rappelle une nouvelle fois l’évolution du numerus clausus ? (« Oui ! » sur plusieurs bancs du groupe LaREM.) Alors, je vais le faire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM. – Vives exclamations et huées sur les bancs du groupe LR. – Les huées se poursuivent pendant toute l’intervention du Premier ministre.)Le numerus clausus qui s’applique à la formation des médecins a été instauré en 1972 : on formait alors 8 588 médecins. (Exclamations continues sur les bancs du groupe LR.) En 2017, il y en avait 8 124. Le numerus clausus était donc inférieur en 2017 à ce qu’il était en 1972, alors que la population a augmenté et vieilli, et que les pratiques médicales ont changé. (Mêmes mouvements.) Cela signifie, monsieur le député, qu’il nous faut être humbles, car nous sommes collectivement responsables de cette situation. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et FI.) Vos accusations ne sont pas dignes ! (Vives protestations et huées sur les bancs du groupe LR.)Je pourrais citer les chiffres de l’ONDAM, l’objectif national de dépenses d’assurance maladie. (Mêmes mouvements.)
M. le président (LAREM). Mes chers collègues, s’il vous plaît !
M. Jean Castex. Vous osez dire que le Ségur de la santé est un Ségur de la déception, avec 19 milliards d’euros d’investissements et 9 milliards pour les rémunérations, ce qui représente le plus gros effort jamais fait depuis la création de la sécurité sociale ? (Mmes et MM. les députés des groupes LaREM et Dem se lèvent et applaudissent vigoureusement. – Vives protestations sur les bancs du groupe LR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe FI.) Que ne l’avez-vous fait avant ? Évidemment, cet effort est indispensable, et je ne doute pas que vous voterez la loi de finances pour 2022, qui accroît cet effort juste et légitime, rattrapage indispensable pour notre système de santé. (Mêmes mouvements.)
M. le président (LAREM). Mes chers collègues, veuillez retrouver le calme et reprendre vos esprits !
Pacte de Glasgow et COP 26
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Aude Luquet. (Les exclamations se poursuivent sur les bancs du groupe LR.) Madame Luquet, il est inutile d’attendre que nos collègues se taisent, car vous ne pourriez jamais parler !
Mme Aude Luquet (DEM). « L’emprise de l’homme sur la nature est devenue telle qu’elle comporte le risque de destruction de la nature elle-même », déclarait le président Georges Pompidou dans un discours prononcé à Chicago en 1970. Cinquante ans plus tard, nous n’en sommes plus à supputer un risque mais bien à faire face à des réalités. Le temps est à l’action concrète. C’est avec cette volonté que s’est ouverte la COP26, la vingt-sixième conférence des parties. Si les 196 pays sont parvenus à adopter un nouvel accord commun, nous ne pouvons cacher une part de déception malgré des avancées.Ce « pacte de Glasgow » inaugure, en effet, des ambitions croissantes dans la lutte contre le dérèglement climatique, avec un objectif réaffirmé de neutralité carbone à l’horizon 2050 et des engagements pour diminuer la dépendance aux énergies fossiles et en sortir, ainsi que pour le renforcement de la lutte contre la déforestation, mais cela reste insuffisant si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius d’ici la fin du siècle. Nous savons toutefois pouvoir compter sur l’action de la France pour continuer de peser à l’échelle internationale et se montrer exemplaire.Au-delà de ces enjeux, j’insisterai sur la notion d’acceptabilité. Bien souvent, en effet, les pays en développement ont justifié leur manque d’ambition par des considérations sociales. Pour eux, des engagements écologiques trop contraignants pourraient constituer des freins dans la lutte contre la pauvreté de leurs populations.Ces notions de justice et d’acceptabilité sociales se retrouvent également chez nous, dans nos communes. Au même titre que nous parlons d’une transition juste pour les pays en développement, il nous faut aussi l’appliquer à tous les Français, avec un regard particulier pour les plus modestes, qui n’ont pas toujours les moyens de modifier leurs comportements. Confrontés à ces réticences, nos territoires peinent souvent à décliner nos ambitions au niveau local.Madame la ministre de la transition énergétique, comment traduire localement les engagements pris au niveau international en accompagnant nos communes et en nous assurant de leur acceptabilité pour nos concitoyens ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la biodiversité.
Mme Bérangère Abba. La COP26 vient de s’achever : Barbara Pompili y a activement participé et j’ai moi-même pu prendre part au Nature Day et aux travaux portant sur les liens entre climat et biodiversité. Cette conférence se conclut par un accord, ce qui est déjà une bonne nouvelle car nous avions à un moment des doutes sur une telle issue. Elle a également vu les États-Unis rentrer dans les débats, ce qui est également un signal positif. Ce retour des Américains dans l’accord de Paris laisse en effet envisager des compromis entre des exigences de nature très différente.Citons parmi les avancées de cette COP la création d’un marché carbone mondial, la mise en place d’outils destinés à vérifier la réalité des engagements, la possibilité de décliner de manière concrète et opérationnelle l’accord de Paris, les engagements de plusieurs pays à réduire leurs émissions de méthane de 30 % d’ici à 2030 et de vingt-trois nouveaux pays à éliminer progressivement le charbon entre 2030 et 2040. Même si nous ne cachons pas notre déception de constater qu’il s’agit d’une diminution de la part du charbon plutôt que d’une sortie, ces efforts sont tout de même à porter au crédit de cette COP, qui a permis de faire un pas supplémentaire dans les engagements internationaux.
Mme Bérangère Abba. Vous parliez, madame Luquet, des pays en développement. Vous savez que nous déployons 6 milliards d’euros chaque année pour les aider à allier transition écologique et développement social juste.La COP26 a été l’occasion de rappeler le lien entre transition environnementale et acceptabilité sociale. Nous déclinons nos actions de l’international au local, en passant par le national, en toute cohérence, notamment en travaillant avec les collectivités locales, afin de faire accepter cette transition. Si nous demandons des changements de comportements, nous devons aussi donner des moyens pour qu’ils soient possibles. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)
Mme Danièle Obono (FI). Bla bla bla : voilà en résumé le bilan de la COP26, la vingt-sixième conférence de l’ONU sur les changements climatiques. Partout dans le monde, des centaines de milliers de manifestantes et manifestants ont pourtant rappelé les conséquences écologiques et sociales désastreuses de l’inaction climatique des gouvernements. Mais les dirigeantes et les dirigeants des grandes puissances, premières responsables du dérèglement actuel, étaient visiblement trop occupés à recevoir les représentants de TotalÉnergies, Gazprom ou Shell,…
Mme Danièle Obono (FI). …plus nombreux que la délégation formée par les huit pays les plus touchés par le changement climatique, trop occupés à écouter Unilever, champion de la pollution plastique, argumenter pour verdir son image ou à parader comme Emmanuel Macron aux côtés de Jeff Amazon Bezos, « M. Empreinte carbone », si friand d’évasion fiscale.Résultat : en l’état des engagements, l’objectif de contenir le réchauffement à 1,5 degré et de diminuer la production de gaz et de pétrole est à mettre à la poubelle. Or ce sont les conditions sine qua non de la survie de territoires et de populations entières. C’est tout simplement criminel !Alors, n’en déplaise à Mme Pompili, il n’y a pas d’avancées malgré les obstacles, il n’y a que des obstacles et ce gouvernement en fait partie.
Mme Danièle Obono (FI). Vous avez traîné des pieds avant de rejoindre la coalition pour la fin des investissements dans les projets d’énergies fossiles à l’étranger. Et une fois que vous l’avez intégrée, Bercy s’est empressé de déclarer qu’aucun projet ne serait abandonné dans l’immédiat.Vous avez activement contribué à faire capoter le financement de la réparation climatique dans les pays les plus pauvres et les moins pollueurs. Vous avez manœuvré pour que le gaz et le nucléaire, énergies coûteuses, dangereuses et non écologiques, soient inclus dans les énergies renouvelables. Et Emmanuel Macron a annoncé aussitôt la construction de nouveaux réacteurs en France : une honte !
Mme Danièle Obono (FI). Bref, mesdames et messieurs du Gouvernement et de la majorité, vous êtes le passé. L’avenir est à la bifurcation écologique et solidaire, à un droit international climatique contraignant et à une diplomatie altermondialiste, comme nous le proposons. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)L’avenir n’attendra pas vos mauvaises résolutions pour 2030. Alors, cessez d’être un obstacle et laissez la place en 2022. Nous, nous saurons quoi faire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)
Mme Bérangère Abba. S’agissant des questions énergétiques, les enjeux diffèrent suivant les pays. Tous ne peuvent pas embrasser les mêmes objectifs au même rythme, avec les mêmes moyens. Notre responsabilité est de les accompagner dans leurs engagements.Ces engagements, ce pacte de Glasgow les inscrit dans le dur. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.) C’est une avancée que vous ne pouvez pas nier.Nous partageons ces ambitions, conscients de la nécessité de l’adaptation et de la recherche d’un équilibre. Nous nous mobilisons autour du suivi des engagements. Tous les pays concernés par ce pacte sont dans cette situation. Nous mesurerons concrètement les efforts de chacun dans les mois qui viennent grâce à une feuille de route clairement établie.Un chemin se dessine, avec des engagements concrets et une date de révision avancée à 2022 alors qu’elle était initialement fixée à 2025. C’est une des autres avancées notables de cette COP. (Exclamations sur les bancs du groupe FI.)Sortir d’une addiction aux énergies fossiles qui dure depuis plus de deux cents ans ne se fait pas sur une simple déclaration ou par un claquement de doigts. Nous avons besoin de trajectoires concrètes, de feuilles de route, d’accompagnement pour les pays en développement. C’est le choix de cette COP et je crois que nous pouvons tous nous en féliciter. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. Éric Diard (LR). Monsieur le Premier ministre, alors que se poursuit le procès des attentats de Paris, la lutte contre la radicalisation islamiste reste d’une actualité brûlante. C’était un sujet particulièrement présent dans les discours du Président de la République à Mulhouse et aux Mureaux mais, dans les textes que vous avez présentés au Parlement, le compte n’y est pas.
M. Éric Diard (LR). Dans la loi confortant le respect des principes de la République, il n’y a rien pour lutter contre le séparatisme dans les universités. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.) Une vingtaine d’entre elles n’a toujours pas de référent radicalisation alors que le plan de prévention de 2007 en faisait une priorité. Le ministre de l’éducation a rendu l’hommage à Samuel Paty facultatif afin d’éviter les tensions dans les établissements sensibles.
M. Éric Diard (LR). Le rapport d’information sur la radicalisation dans les services publics recommandait de rendre aux préfets la compétence de délivrer des agréments aux associations sportives. Cette préconisation semblait recueillir l’aval de tous mais la ministre déléguée chargée des sports a veillé à ce qu’elle ne trouve pas de traduction concrète.
M. Éric Diard (LR). Enfin, la loi « séparatisme » n’a rien prévu pour les prisons. Il n’y a toujours pas d’évaluation systématique pour les détenus de droit commun soupçonnés de radicalisation. Quant aux personnes détenues pour terrorisme islamiste, elles ne sont pas surveillées comme elles le devraient. La preuve : dimanche matin, une djihadiste est parvenue à s’évader de sa cellule à Fresnes en creusant un trou.Monsieur le Premier ministre, en matière de séparatisme, le « en même temps » s’avère inopérant, voire dangereux. Comptez-vous donner des armes supplémentaires à notre pays pour mieux lutter contre la radicalisation avant la fin de cette législature ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Gérald Darmanin. Monsieur Diard, pour quelqu’un qui a voté les trois quarts des articles de la loi « séparatisme » et qui l’a dit à nombreuses reprises dans cet hémicycle – je dois à votre honnêteté intellectuelle de n’avoir pas à prouver ces faits, d’autant que chacun les connaît – je vous trouve un petit peu vindicatif. Surtout, ces contrevérités ne vous ressemblent pas.La minute de silence qu’a ordonnée le ministre de l’éducation nationale a été massivement suivie. Dans leur quasi-totalité, les écoles, les collèges, les lycées ont participé à ce moment de communion républicaine. Si de tels rendez-vous avaient été imposés par l’éducation nationale auparavant, y compris lorsque vous étiez aux responsabilités,…
M. Gérald Darmanin. …sans doute aurions-nous un peu moins de travail aujourd’hui !Constatez avec moi que beaucoup d’associations islamistes ont été créées entre 2000 et 2015, particulièrement, il faut bien l’avouer, entre 2002 et 2012.
M. Gérald Darmanin. Je pense à BarakaCity – vous ne l’avez pas citée et c’est bien dommage. Je pense aussi au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dont beaucoup disaient à la tribune de l’Assemblée : « si vous arrivez à le dissoudre, nous vous applaudirons ». Eh bien, nous l’avons fait : c’est nous qui avons pris la responsabilité de dissoudre non seulement le CCIF mais aussi BarakaCity et le collectif Cheikh Yassine. (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.) Nous avons expulsé du sol national les deux tiers des fichés S étrangers, les autres relevant des services du ministre de la justice.Enfin, nous avons pris des dispositions législatives qui nous permettent de fermer des lieux de culte, non pas simplement pour cause de lien avec un acte de terrorisme, mais aussi pour mieux lutter contre le séparatisme. Dois-je rappeler l’unanimité qu’il y avait sur ce point dans cet hémicycle lors de la discussion de cette loi pour laquelle vous étiez le porte-parole de votre groupe, monsieur Diard ? Quand nos débats ne sont pas diffusés sur une chaîne de télévision nationale, vous êtes plus constructif ! Je regrette que la campagne électorale vous pousse, malheureusement, à ne pas reconnaître les mérites de la majorité ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM, Dem et Agir ens.)
M. Éric Diard (LR). Monsieur le ministre, l’hommage à Samuel Paty était bel et bien facultatif. Les élèves pouvaient ne pas s’y associer et vous savez très bien que certains établissements en ont profité pour ne pas l’organiser.La vérité, c’est que vous êtes tiraillés entre votre volonté de préserver votre majorité et ses intérêts divergents et l’impératif d’assurer la sécurité des Français. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR. – Protestations sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Mme Anne Genetet (LAREM). Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, 3 000, ils sont 3 000 hommes, femmes, enfants, pour la plupart venus du Moyen-Orient, à être tombés dans un piège, coincés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, endurant dans le froid des conditions d’insalubrité inhumaines. Plusieurs d’entre eux sont déjà morts.Nous savons qui sont les responsables de cette tragédie. Nous savons quels sont ceux qui leur ont donné de faux espoirs, qui leur ont permis de prendre des avions pour venir jusqu’à nos portes, qui les instrumentalisent aux fins d’une guerre hybride qui ne dit pas son nom mais qui vise clairement à déstabiliser et diviser notre Europe.Nous ne sommes pas dupes au point de ne pas reconnaître la main du dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko qui ne supporte pas que des sanctions européennes aient été adoptées contre son régime, en réponse à la répression sanguinaire qu’il fait subir à son peuple. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)L’Union européenne traverse une crise sans précédent avec sa voisine la Biélorussie.Monsieur le ministre, face à ce trafic organisé d’êtres humains auquel sont aujourd’hui confrontés en première ligne les Polonais, un peuple de l’Union européenne comme nous, nous ne pouvons pas rester sans réagir. Avec vos homologues européens, vous avez décidé de durcir les sanctions à l’encontre des proches du régime biélorusse mais aussi des compagnies aériennes impliquées dans l’acheminement de ces migrants.Il semblerait que le message commence à être entendu.
Mme Anne Genetet (LAREM). Comment faire en sorte de ne pas céder à cet ignoble chantage qui vise à défier notre souveraineté européenne et en même temps répondre à notre devoir d’humanité, valeur cardinale de notre projet européen qui nous commande de protéger celles et ceux qui sont persécutés ? (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian. Il s’agit ni plus ni moins d’un trafic d’êtres humains à grande échelle, intolérable, insupportable. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Loukachenko organise les flux migratoires, Loukachenko instrumentalise les flux migratoires, Loukachenko manipule les flux migratoires, cela à des fins de politique intérieure…
M. Pierre Cordier (LR). Il n’a pas besoin de ça, c’est un dictateur !
M. Jean-Yves Le Drian. …mais aussi en vue de déstabiliser l’Union européenne et la désunir.Hier, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne se sont réunis et ont retenu quatre principes. Le premier est l’unité, que nous affichons clairement : c’est dans l’unité que nous avons condamné très fermement ces opérations indignes et c’est dans l’unité que nous avons pris toute une série de mesures.Le deuxième est le soutien aux autorités polonaises dans leur volonté de préserver leurs frontières qui sont aussi celles de l’Union européenne, le soutien à l’aide humanitaire, le soutien aux initiatives prises pour respecter le besoin de protection des migrants en matière d’asile. À cet égard, il serait tout à fait nécessaire que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés puisse être utile pour protéger les migrants, y compris en Biélorussie.Le troisième principe est la fermeté. Le Premier ministre a rappelé tout à l’heure que les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne avaient décidé de prendre des sanctions, qui ne sont pas des sanctions de confort politique mais des sanctions opératoires, à la fois à l’égard de plusieurs dizaines d’individus mais aussi d’entités commerciales qui interviennent dans le domaine des transports, en particulier dans le transport aérien.Dernier principe : l’efficacité. Nous avons pris des mesures pour faire la lumière sur le rôle des recruteurs et des vendeurs de rêve dans les pays concernés et les dissuader.
M. le président (LAREM). Veuillez conclure, monsieur le ministre.
M. Jean-Yves Le Drian. Il s’agit d’éviter que les flux ne s’amplifient. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. Fabien Roussel (GDR). Monsieur le Premier ministre, il y a quelques jours, un retraité du Nord est venu m’exprimer sa profonde détresse. Après une longue vie de travail à temps complet, ce monsieur perçoit en tout et pour tout une retraite de 930 euros par mois. Dans son budget, chaque dépense est comptée, pesée, mesurée. Il m’a montré le nouvel échéancier de sa facture de gaz : ses mensualités vont passer de 68 à 148 euros, soit 80 euros de plus. Il ne sait pas comment il va faire. Il ne s’en sort plus, il est en colère.À Poitiers, c’est une étudiante qui m’a raconté qu’elle était obligée de prendre sa voiture pour se rendre à son stage, à trente kilomètres de son domicile. L’essence lui coûte désormais un bras tous les mois.De l’autre côté de l’Atlantique, ce sont nos compatriotes martiniquais et guadeloupéens qui crient leur colère. Là-bas, la hausse des prix atteint 30 % au minimum, et pour un retraité agricole qui perçoit en moyenne 375 euros par mois, c’est beaucoup ; le taux de chômage atteint des sommets.Vos réformes, comme les chèques que vous avez décidé de distribuer, ne compenseront jamais ces hausses de prix. Je crains le pire pour cet hiver : combien de familles et d’étudiants fermeront leur chauffage, se priveront de nourriture, ne paieront plus leur loyer pour faire face à cette situation ?À la Bourse de Paris, en revanche, on sable le champagne et les profits s’envolent. En un an, l’indice CAC40 a grimpé de 40 % : du jamais vu ! L’ensemble des dividendes versés dans le monde atteint le montant vertigineux de 1 460 milliards de dollars, soit une hausse de 15 % !L’argent est là, monsieur le Premier ministre. Répondez à l’urgence sociale ! Baissez les taxes sur les produits de première nécessité, sur le gaz, sur l’électricité et sur l’essence ! Surtout, augmentez les bas salaires, augmentez les pensions ! Voilà l’urgence du moment ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance.
M. Bruno Le Maire. Nous considérons que l’inflation mérite toute notre vigilance et une protection efficace. Nous avons donc examiné attentivement d’où vient cette hausse des prix. Vous l’avez dit : elle vient d’abord de l’augmentation des prix de l’essence, du gaz et de toutes les énergies fossiles. Avec le Premier ministre, nous avons prévu un bouclier sur les prix du gaz ; nous avons anticipé la hausse des prix de l’électricité, qui devait augmenter de plus de 15 % fin janvier, en la plafonnant à 4 % ; et nous avons instauré une indemnité inflation pour toutes les personnes dont le revenu est inférieur à 2 000 euros.
M. Bruno Le Maire. Quant aux salaires, nous faisons en sorte que les personnes les plus modestes soient mieux rémunérées en complétant leur revenu par des soutiens de l’État : prime d’activité, défiscalisation des heures supplémentaires, défiscalisation des pourboires dans l’hôtellerie et la restauration, suppression de cotisations sociales, primes défiscalisées…
M. Bruno Le Maire. Tout cela permettra aux salariés percevant un revenu au niveau du SMIC, c’est-à-dire un peu plus de 1 270 euros par mois, de toucher 1 500 euros nets par mois ; c’est le résultat de la politique du Gouvernement. (« Non ! C’est faux ! » sur les bancs du groupe GDR.)Rappelons également que nous avons l’un des SMIC les plus protecteurs de tous les pays développés puisque c’est le seul à être indexé sur l’inflation : lorsque les prix augmentent, le SMIC augmente automatiquement.J’appelle tous les secteurs qui connaissent une pénurie de main d’œuvre – comme l’hôtellerie et la restauration, dont j’ai encore rencontré les représentants hier – à consentir des efforts salariaux pour rendre leurs métiers plus attractifs et à améliorer les rémunérations, alors qu’ils connaissent tant de difficultés à recruter.
M. Bruno Le Maire. Quant à l’augmentation générale des salaires, prenons garde à la boucle prix-salaires : c’est un cercle vicieux qui peut nourrir l’inflation et appauvrir les Français ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Finances locales
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Anne-Laure Blin.
Mme Anne-Laure Blin (LR). Chaque année depuis cinq ans, c’est la même stratégie : vous passez trois jours au congrès des maires pour tenter de les amadouer et à peine parti, la France n’est plus pour vous constituée que d’agglomérations.
Mme Anne-Laure Blin (LR). Malgré les beaux discours, force est de constater que nous, les élus ruraux – oui, je dis bien les élus ruraux, car les difficultés sont très différentes dans les grandes agglomérations –, sommes devenus des dommages collatéraux. Vous asphyxiez financièrement nos communes par les baisses de dotations, la perte d’autonomie des collectivités et la recentralisation de leurs compétences.
Mme Anne-Laure Blin (LR). Vous les étouffez avec la non-artificialisation des sols : bon nombre de nos concitoyens ayant compris qu’il faisait bon vivre chez nous, à la campagne, nos villages ne peuvent plus augmenter leurs capacités d’accueil.Tous les ans, et plus encore cette année, naturellement, vous promettez que vous travaillerez avec les élus locaux, main dans la main. Pourtant, des classes continuent d’être fermées en zones rurales : on ferme des classes de vingt et un ou vingt-deux élèves alors que vous communiquez sur le bon fonctionnement des classes à douze ! Et vous refusez l’instauration d’un veto local pour l’installation des éoliennes.Nos villages sont le poumon de la démocratie, mais vos actes inquiètent. Je vous le dis avec d’autant plus de force que tout à l’heure encore, je consacrais toute mon énergie pour que les lignes téléphoniques soient rétablies dans un petit village de Maine-et-Loire, après un mois de coupure ! Cela ne se produirait évidemment pas à Paris ! Nos villages, les citoyens et les élus ont besoin de vous à leurs côtés pour les protéger et préserver leur cadre de vie. Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone, contraints de subir le centralisme parisien et sa méconnaissance des réalités de terrain ! À quand des décisions concrètes et concertées ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Mme Jacqueline Gourault. Vous dites des choses inexactes. (Exclamations sur les bancs du groupe LR.) Première inexactitude : vous ne cessez d’affirmer que les dotations baissent.
Mme Jacqueline Gourault. Je rappelle que ce gouvernement a constamment maintenu la dotation globale de fonctionnement (DGF) au même niveau (Applaudissements sur les bancs du groupe LaREM) dans le souci de renforcer la péréquation en faveur de la ruralité et des quartiers de la politique de la ville, conformément à ce que vous avez adopté dans le budget pour 2022.
Mme Jacqueline Gourault. Ensuite, les dotations d’investissement aux collectivités territoriales ont doublé entre 2017 et 2021, certes en incluant les crédits de relance, mais c’est un fait incontestable.
Mme Jacqueline Gourault. C’est aussi ce gouvernement qui a établi l’agenda rural, une politique forte destinée à la ruralité afin d’accompagner les collectivités territoriales et les bourgs et petits bourgs qui ont un rôle central dans les territoires, notamment en matière de logement, de commerce, d’accompagnement en ingénierie.
Mme Jacqueline Gourault. Dans le cadre du programme Petites Villes de demain, par exemple, nous plaçons des chefs de projet aux côtés des maires pour les aider à réaliser leurs projets. Ne dites pas non de la tête, c’est la vérité ! Les contrevérités, on en a assez ! (Applaudissements sur les bancs des groupes LaREM et Dem. – Exclamations sur les bancs du groupe LR.)Je vous recommande de vous rendre dans les congrès de maires et d’élus départementaux. J’en fais plusieurs par moi, comme les autres ministres : les maires savent que des politiques publiques sont mises à leur disposition ! (Mêmes mouvements.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Anne-Laure Blin.
Mme Anne-Laure Blin (LR). Vous vous autosatisfaites de la politique que vous auriez conduite pendant cinq ans, mais vous avez jeté les maires et les élus locaux en pâture avec l’odieux #BalanceTonMaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)
Emploi des personnes en situation de handicap
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Mireille Robert.
Mme Mireille Robert (LAREM). J’associe à ma question mes collègues Valérie Oppelt et Laëtitia Romero Dias.Cette semaine est la Semaine européenne pour l’emploi des personnes en situation de handicap. Elle est l’occasion de rappeler que leur accès à l’emploi reste difficile et que nous devons batailler avec tous les acteurs de l’emploi, privés et publics, pour permettre à 12 millions de nos concitoyens en situation de handicap l’accès et le maintien dans le monde du travail.Certes, avec la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, nous avons fait un grand pas pour améliorer l’inclusion dans le travail, l’objectif étant toujours la présence de 6 % de travailleurs atteints d’un handicap dans toutes les entreprises – que nous avons responsabilisées en valorisant le dialogue social. En outre, nous avons simplifié la déclaration obligatoire d’emploi de ces travailleurs et amélioré l’accès à l’apprentissage dans les centres de formation des apprentis (CFA), grâce à la présence d’un référent handicap et à une formation adaptée. Dans le plan de relance, nous accordons notamment aux entreprises une aide allant de 5 000 à 8 000 euros pour l’embauche à l’apprentissage. Citons également l’action de Capemploi, un organisme de placement spécialisé qui accueille et accompagne efficacement ces demandeurs d’emploi.Il reste cependant des actions à mener pour la jeunesse en situation de handicap, qui a elle aussi beaucoup souffert de la crise sanitaire. Je pense notamment à la jeunesse rurale, éloignée des centres urbains d’activité économique, d’apprentissage et d’études supérieures. Comment pourrions-nous mieux accompagner ces jeunes de la ruralité, en situation de handicap, sur le chemin d’un emploi pérenne en nous appuyant sur leurs compétences ?
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées.
Mme Sophie Cluzel. En effet, c’est la 25e Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées, et jeudi sera la quatrième édition du DuoDay, un moment important de rencontre qui sert à démystifier le handicap, à abattre les préjugés et à parler des handicaps invisibles – qui constituent 80 % des handicaps.Oui, nous progressons parce que le Gouvernement a établi une véritable feuille de route stratégique englobant les employeurs publics et privés. Nous osons l’emploi inclusif et nous avons bataillé fort pour activer deux leviers : l’employabilité des personnes handicapées – cette semaine, c’est l’employabilité des jeunes qui nous préoccupe – et l’ouverture des employeurs au handicap.Favoriser l’employabilité des jeunes en situation de handicap, c’est leur permettre de suivre leurs études à proximité. Tous les CFA ont un référent handicap ; nul besoin d’aller chercher trop loin. C’est aussi leur faciliter les choses en leur accordant automatiquement et à vie la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Toutes les missions locales se dotent de référents handicap – je l’ai constaté encore récemment à Alençon et à Ivry-sur-Seine. Nous simplifions l’accès au service de l’emploi grâce à une porte d’entrée unique : avec Élisabeth Borne, nous travaillons au rapprochement entre Pôle emploi et Capemploi, 233 agences ont déjà été réunies et toutes le seront avant la fin de l’année.Nous travaillons auprès des employeurs pour les inciter à recruter des personnes handicapées. Grâce à l’aide de 4 000 euros accordée dans le cadre du plan d’aide à l’emploi, 25 000 emplois ont été signés dont 70 % en contrat à durée indéterminée et 80 % dans des très petites entreprises et des petites et moyennes entreprises – signe qu’il n’existe pas d’effet d’aubaine.C’est aussi accompagner les personnes handicapées. Avec Élisabeth Borne, nous avons demandé à l’Association de gestion du Fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (AGEFIPH) de se fixer un objectif très simple : la signature de 1 500 conventions avec les entreprises en 2022 afin de les accompagner sur la voie d’une politique inclusive des ressources humaines.Enfin, c’est sécuriser les parcours grâce à l’emploi accompagné. Le job coaching a déjà permis à 3 500 jeunes de trouver un emploi. C’est ainsi qu’on accompagne les jeunes souffrant d’un handicap complexe – troubles psychiques et autisme, par exemple.Cette semaine, je vous le rappelle, c’est le DuoDay : 29 000 offres d’employeurs sont proposées. Faisons tous notre DuoDay pour porter haut et fort les valeurs de l’inclusion ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Réforme de la taxe foncière
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Christine Pires Beaune.
Mme Christine Pires Beaune (SOC). Les entreprises et les ménages propriétaires de leur habitation paient une taxe foncière : un impôt 100 % local, du moins jusqu’à présent. En effet, avec la suppression de la taxe d’habitation et votre mécanisme de compensation de recettes aux communes, vous avez tout simplement nationalisé une partie de la taxe foncière ! (« Eh oui ! » sur quelques bancs du groupe LR.)En soi, la méthode est déjà contestable, mais quand j’observe les résultats, là les bras m’en tombent ! Je m’appuie sur les conclusions d’une étude de l’Institut des politiques publiques : « ces résultats impliquent des transferts […] de communes en moyenne moins peuplées et à plus faible revenu, vers des communes en moyenne plus urbaines où le pouvoir d’achat des résidents est plus important ».
Mme Christine Pires Beaune (SOC). Concrètement, cela signifie par exemple que 35 millions d’euros de produit de la taxe foncière payée par les entreprises et les ménages du Puy-de-Dôme vont partir ailleurs ; de même, 11 millions de taxe foncière en Lozère, 9,5 millions dans la Creuse, 24 millions dans la Corrèze, 28 millions dans le Tarn-et-Garonne et 23 millions dans le Gers vont profiter à des communes d’autres départements plus riches !Alors qui en profite ? Les communes de la métropole lyonnaise, par exemple. À titre de compensation, le département du Rhône percevra 180 millions et, cerise sur le gâteau, les communes des Hauts-de-Seine percevront 351 millions !
Mme Christine Pires Beaune (SOC). Les territoires les moins favorisés ne peuvent compenser l’annulation de taxe d’habitation en faveur des habitants des beaux quartiers. Neuilly-sur-Seine recevra une compensation de 8 millions d’euros (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM) alors que Montauban devra transférer 9,9 millions : c’est un véritable hold-up ! Comptez-vous corriger ce dispositif, dont les conséquences vont aller en s’aggravant ?
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics.
M. Olivier Dussopt. Madame la députée Pires Beaune, vous connaissez parfaitement la fiscalité locale et vous savez quel est l’objectif principal de la réforme et de la suppression de la taxe d’habitation : rendre du pouvoir d’achat aux Français. Cet objectif est atteint : la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales, qui est effective pour 80 % des ménages et qui a débuté il y a quelques semaines pour les 20 % restants, représente un gain de pouvoir d’achat moyen de 723 euros par an.
M. Olivier Dussopt. Vous qui ne manquez jamais l’occasion de mettre le doigt sur la question du pouvoir d’achat, peut-être devriez-vous vous réjouir que nous ayons rendu 723 euros par an aux habitants.
M. Olivier Dussopt. Nous avons mis en place un système de compensation juste et dynamique. Il est juste parce que nous avons affecté aux communes la taxe foncière sur les propriétés bâties, préservant leur capacité d’en fixer le taux, et cette compensation est indexée sur les valeurs locatives. Au regard de tous les systèmes de compensation de fiscalité locale, le caractère dynamique de celle que nous avons instaurée est inédit, vous l’avez vous-même reconnu à l’occasion des débats parlementaires.
M. Olivier Dussopt. Nous avons aussi prévu de compenser la taxe foncière sur les propriétés bâties pour les départements en leur affectant une fraction de la TVA perçue par l’État. Cette ressource est non seulement dynamique, avec une augmentation moyenne de 2,8 % mais elle augmentera l’année prochaine de 800 millions d’euros, ce qui permettra aux départements de faire face à leurs dépenses, tout comme les régions, qui bénéficieront de 800 millions d’euros de plus, et les intercommunalités, à hauteur de 400 millions d’euros.
M. Olivier Dussopt. Le mécanisme du coefficient correcteur, que vous avez décrit, permet à chaque collectivité d’avoir la garantie d’une compensation intégrale à l’euro près. Cette garantie est prévue par la loi et c’est elle que nous appliquons.
M. Olivier Dussopt. C’est cette garantie qui permet aux collectivités de garder leurs ressources et aux Français de gagner du pouvoir d’achat. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Christine Pires Beaune.
Mme Christine Pires Beaune (SOC). Vous n’avez pas répondu à ma question qui portait sur la réallocation de la taxe foncière. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.) Vous avez inventé la solidarité à l’envers ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.)
Gestion de l’eau en Charente-Maritime et dans la Vienne
M. le président (LAREM). La parole est à M. Nicolas Turquois.
M. Nicolas Turquois (DEM). Monsieur le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, je tiens tout d’abord à associer à mon propos Frédérique Tuffnell, notre collègue de Charente-Maritime.Il y a une dizaine de jours, à Mauzé-sur-le-Mignon, dans les Deux-Sèvres, sur le chantier de construction d’un bassin de rétention d’eau, les fameuses « bassines », se sont opposés 2 000 « anti-bassines » d’un côté, qui considèrent ces installations comme le symbole d’une agriculture industrielle, et 500 agriculteurs de l’autre. Résultat : trois gendarmes blessés et une bassine proche, celle de Cramchaban en Charente-Maritime, complètement saccagée, des centaines de milliers d’euros de dégâts et des agriculteurs dans la détresse.Nous avons collectivement deux défis majeurs à relever : le changement climatique et l’écroulement de la biodiversité. Aucun n’est à privilégier, les deux doivent être menés de concert.Le stockage hivernal de l’eau est une réponse très efficace pour contrer les effets du changement climatique sur les cultures mais il doit se faire dans les règles et accompagner une évolution forte des pratiques agricoles vers une agriculture plus économe en eau et la réhabilitation des zones humides, des prairies, des haies, autant de lieux qui permettent aux milieux de retenir plus d’eau, de meilleure qualité et qui sont très riches en biodiversité. De nombreux agriculteurs veulent s’engager dans cette démarche gagnant-gagnant à travers la signature de protocoles d’engagement : c’est le cas dans les Deux-Sèvres ou dans la Vienne par exemple. Mais d’autres personnes veulent lancer une guerre de l’eau : c’est intolérable.Dans ce contexte, monsieur le ministre, comment pouvons-nous à la fois protéger nos agriculteurs face à ces dégradations et avancer sur les questions de gestion de l’eau de façon plus apaisée ? Le Varenne de l’eau nous permettra-t-il de nous doter de nouvelles règles de gestion de la ressource en eau, bénéfiques pour les milieux aquatiques et leur biodiversité autant que pour les hommes et leurs activités ? (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem et sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation.
M. Julien Denormandie. La question que vous posez est très importante. Elle l’est du point de vue de la protection de nos ressources et du point de vue environnemental mais aussi du point de vue de notre souveraineté alimentaire car n’en déplaise à certains, aujourd’hui, il n’est pas possible de faire de l’agriculture sans eau.Je condamne fermement les dégradations qui ont été commises il y a quelques jours dans les Deux-Sèvres et en Charente-Maritime et j’exprime au nom du Gouvernement mon plein soutien aux trois gendarmes qui ont été blessés et aux agriculteurs qui en ont été victimes. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LaREM et Dem.) Le procureur a été saisi et la justice devra se prononcer.Ensuite, la question de l’eau est très compliquée, les conflits d’usage de l’eau existant depuis que l’homme est sédentaire. C’est pourquoi il faut la gérer avec méthode et ne surtout pas la mettre sous le tapis. Dans les Deux-Sèvres, un protocole a été signé en 2018 : il faut le respecter, et non le piétiner. Il faut certes discuter mais ça ne peut pas durer dix ans. Une fois que la concertation a eu lieu, il faut décider et ensuite respecter les décisions prises.Enfin, trouver le juste équilibre, c’est tout le sens du travail que j’ai lancé avec Bérangère Abba,…
M. Julien Denormandie. …avec qui nous préparons le Varenne de l’eau, et avec l’ensemble des professionnels pour, premièrement, adapter nos cultures et, deuxièmement, traiter la question de l’usage des ressources en eau. Oui, les pluies diluviennes hivernales sont un vrai problème. Oui, il est possible de trouver des éléments consensus. Oui, sortons de la posture et remettons de la pensée dans tout cela. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Dem.)
Droits fondamentaux des migrants
M. le président (LAREM). La parole est à M. Sébastien Nadot.
M. Sébastien Nadot (LT). Mise en place à l’initiative du groupe Libertés et territoires, la commission d’enquête sur les migrations, les déplacements de populations et les conditions de vie et d’accès au droit des migrants, réfugiés et apatrides en regard des engagements nationaux, européens et internationaux de la France, rend ses conclusions aujourd’hui, à l’issue de six mois de travaux menés sans a priori idéologique : nous nous en sommes tenus aux faits et ils sont accablants. Le droit international est malmené par la France, qu’il s’agisse du droit d’asile, qui n’est pas une option, ou du droit de l’enfant, puisque nous continuons d’enfermer des enfants dans des prisons administratives parce que migrants.Notre droit national est également trahi en matière d’accès à la santé, d’accès à l’administration, d’accès au droit d’asile – on refoule à nos frontières au mépris de notre droit –, d’accès à la justice, par l’embolie de la justice des migrants qu’on a industrialisée et rendue inopérante, d’accès à l’éducation : combien d’évacuations de squats ou de camps tous les jours en France, qui mettent des enfants à la rue et en rupture avec leur école ? Quand les droits fondamentaux des étrangers sont bafoués au pays des Lumières, c’est notre identité qui est attaquée.Monsieur le Premier ministre, vous êtes pragmatique. Nous le savons tous, les phénomènes migratoires ont toujours existé et ils existeront toujours : aucun mur n’arrête les flux migratoires. Pourtant une idéologie aussi nauséabonde qu’illusoire se répand partout dans notre pays, selon laquelle il faudrait « fermer le robinet des migrations ». Loin de cette surenchère, vous avez demandé un rapport sur l’insertion professionnelle des migrants et la manière de l’améliorer, et je l’ai applaudi, particulièrement pour ses préconisations sur les femmes migrantes.
M. Sébastien Nadot (LT). Mais pourquoi l’avoir enterré ? Craignez-vous d’améliorer les politiques publiques de notre pays quand elles concernent les étrangers ? Ne serait-il pas temps qu’au lieu de les criminaliser, l’État soutienne les hussards de la République, enseignants associations, collectifs solidaires, prêtres, simples citoyens, qui font acte de solidarité vis-à-vis des migrants, et par là même portent haut l’identité et les valeurs de la France ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LT.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’intérieur.
M. Gérald Darmanin. Nous allons prendre connaissance du rapport sur la question migratoire de la commission que vous avez présidée, mais permettez-moi tout d’abord de dire que certaines de ses préconisations, que j’ai lues rapidement, sont déjà satisfaites. Je pense, entre autres choses, à l’Agence européenne pour l’asile. Il y a en revanche des expressions publiques que nous ne pouvons pas partager – et je sais qu’elles n’engagent pas l’ensemble de la commission. En vous livrant récemment sur certaines radios à des attaques ad hominem contre de hauts responsables de l’État français, accusés d’exercer un harcèlement d’État, une guerre systémique contre les migrants, vous déshonorez les membres de cette commission. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Agir ens.) Vous vous en prenez à des fonctionnaires qui n’ont qu’une envie, c’est de permettre à la France, en même temps d’être fidèle à sa grande vocation humanitaire et de faire respecter les lois votées par l’Assemblée nationale.Prenons l’exemple de Calais, que vous avez cité. Nous dépensons 4 millions d’euros par an – et c’est l’honneur de la République – pour distribuer 2 200 repas gratuits par jour aux migrants : je n’appelle pas ça du harcèlement d’État, monsieur le député. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Reloger 12 000 personnes depuis le 1er janvier – pour reprendre l’exemple de Calais – sur les budgets de Mme Wargon et de moi-même, votés par les parlementaires, ce n’est pas mener une guerre systémique contre les migrants, c’est l’aide humanitaire que ce grand pays qu’est la France offre plus que tout autre pays européen.Lorsque vous proposez d’exploser la politique migratoire entre plusieurs ministères, vous ne vous inspirez pas des grands pays d’immigration comme l’Allemagne, mais vous prenez l’exemple de la Grèce. Comme si ce modèle avait fait la preuve de son efficacité, avec ses grands centres de rétention aux portes de l’Europe ! Et quand, monsieur le député, en tant que président de la commission, vous écrivez que la priorité serait de prévoir des financements dédiés à l’aide au retour des populations déplacées à la suite de la guerre contre Daech, nous ne pouvons pas être d’accord. (Mêmes mouvements.)
Contrat d’engagement jeune
M. le président (LAREM). La parole est à M. Gérard Cherpion.
M. Gérard Cherpion (LR). Monsieur le Premier ministre, au moment où nous nous apprêtons à nous exprimer sur le dernier budget de ce quinquennat, dont plusieurs milliards d’euros ajoutés par un seul amendement gouvernemental…
M. Gérard Cherpion (LR). …je souhaite vous interroger sur la mission Travail et emploi.Ce budget met à mal le service public de l’emploi. Ainsi les crédits alloués à Pôle emploi diminuent depuis 2018 de plus de 360 millions d’euros ; l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) est affaiblie par la perte de 200 emplois, alors que votre gouvernement met l’accent, à juste titre, sur l’importance de la formation professionnelle ; France compétences perd plus de 3 milliards d’euros en un peu plus de deux ans, au prix d’un déficit abyssal contraire à la règle d’or instaurée lors de sa création ; le contrat de sécurisation professionnelle est en voie de disparition ; les moyens de la lutte contre le travail illégal sont en baisse, ce qui se traduit par une diminution des recettes fiscales et sociales, entre autres exemples.J’insisterai plus particulièrement sur l’instauration du contrat d’engagement jeune. Après de nombreux revirements sur l’accompagnement des jeunes sans emploi, sans formation et sans qualification et un discours du Président de la République en juillet, c’est par un amendement de dernière minute, qui n’a été soumis ni au Conseil d’État ni à la commission des finances, que le Gouvernement instaure le contrat d’engagement jeune, faisant ainsi disparaître la garantie jeunes. Ce nouveau dispositif ne s’adresse plus exactement au même public, le mode de rémunération est incertain, qualifié de ponctuel par le texte, et le parcours même des jeunes, à travers les dispositifs d’État, est remis en cause. Financé par la dette, ce dispositif sera remboursé demain par ces mêmes jeunes.Je souhaite, monsieur le Premier ministre, que vous indiquiez à la représentation nationale les raisons pour lesquelles vous supprimez la garantie jeunes, soutenue et déployée par les missions locales, qui donnait aux intéressés la possibilité d’accéder à un emploi ou à une formation, avec des résultats significatifs, pour la remplacer par un dispositif électoraliste d’assistanat. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion.
Mme Élisabeth Borne. Sur le contrat d’engagement jeune, monsieur le député Gérard Cherpion, j’entends proférer dans vos rangs beaucoup de contrevérités (Protestations sur les bancs du groupe LR) : dire que nous créons un RSA jeune, c’est tromper les Français. Non, le contrat d’engagement jeune n’a rien à voir avec un RSA jeune et c’est bien du reste ce qu’on nous reproche à la gauche de cet hémicycle. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.) Ce que nous voulons, c’est un contrat fondé sur une logique de droits et de devoirs, destiné aux jeunes de moins de 26 ans qui, malgré la reprise économique, ne parviendront pas seuls à accéder à un emploi. Nous leur proposons ce nouvel accompagnement qui sera mis en œuvre par les missions locales et par Pôle emploi.
Mme Élisabeth Borne. Il se traduira concrètement par l’exercice d’une activité quinze à vingt heures par semaine tout au long du parcours, des mises en situation en entreprise pour découvrir des métiers, des remises à niveau sur les compétences de base ou sur des savoir-être.
Mme Élisabeth Borne. Ce sera des ateliers de préparation à des entretiens d’embauche, des formations qualifiantes ou des missions d’intérêt général, telles que le service civique.Vous l’aurez compris, nous nous inspirons de la garantie jeunes, notamment de la phase intensive des premières semaines, mais nous voulons maintenir cette intensité tout au long du parcours et nous y intégrons toutes les solutions qui ont fait leurs preuves dans le cadre du plan « 1 jeune, 1 solution ». Nous nous appuierons également sur les associations qui accompagnent les jeunes les plus en difficulté pour aller chercher ceux qui ne viennent pas dans les missions locales.Notre objectif, par ce contrat d’engagement jeune, c’est bien que chacun de ces jeunes ait un emploi ou travaillent dans l’apprentissage.
Mme Élisabeth Borne. C’est donc une solution gagnant-gagnant pour les entreprises qui pourront trouver le salarié ou l’apprenti qu’elles recherchent, autant que pour le jeune qui pourra accéder à l’autonomie grâce au travail. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Gérard Cherpion.
M. Gérard Cherpion (LR). C’est vous, madame la ministre, qui parlez d’un RSA jeune. Vous félicitez-vous, après le Président de la République, du taux de chômage de nos jeunes, alors que 19,2 % sont au chômage, contre 6,6 % en Allemagne, selon les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Thomas Gassilloud.
M. Thomas Gassilloud (AGIR-E). Ma question s’adresse à Brigitte Bourguignon, ministre déléguée auprès du ministre des solidarités et de la santé.En juillet 2020, le Ségur de la santé fut un événement historique pour le système de santé. Le premier engagement qui en est issu concernait la revalorisation du salaire des médecins, infirmiers, aides-soignants, agents administratifs ou techniciens qui travaillent dans les hôpitaux. C’est désormais chose faite : 2 millions d’entre eux ont vu leur rémunération augmenter de près de 200 euros par mois. Il n’est pas moins nécessaire de moderniser nos hôpitaux, nos EHPAD : dans ce but, nous avons adopté un plan de 19 milliards d’euros, dont 6 milliards apportés par France relance. Pouvez-nous nous dire où en est la déclinaison opérationnelle de ce plan d’investissement ?Par ailleurs, je souhaite profiter de cette occasion pour appeler de nouveau votre attention sur les trois centres hospitaliers publics structurant l’offre de soins dans les monts du Lyonnais, autrement dit la région rurale située entre Lyon et Saint-Étienne : ceux de Saint-Laurent-de-Chamousset et de Saint-Symphorien-sur-Coise dans le Rhône, celui de Chazelles-sur-Lyon dans la Loire. Ils sont vieillissants, peu fonctionnels, mal isolés ; on y trouve parfois des chambres à trois lits ou une seule salle de douche par étage. Il nous faut donc engager sans tarder la construction de nouveaux bâtiments, en rapports étroits avec le centre médical privé de l’Argentière, qui mène également un important projet de reconstruction. Madame la ministre déléguée, pouvez-vous nous confirmer que l’État, aux côtés des collectivités, participera au financement ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Agir ensemble.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre déléguée chargée de l’autonomie.
Mme Brigitte Bourguignon. Permettez-moi de rappeler que la philosophie du plan d’investissement, inscrit dans la logique du Ségur de la santé et dans celle de France relance, le situe surtout à l’échelle nationale. Comme toujours, les chiffres sont têtus : ce plan représente 19 milliards d’euros sur dix ans, destinés à financer les grands projets d’investissement du quotidien, le désendettement des hôpitaux, la modernisation des EHPAD, le numérique, les petits équipements, bref tout ce qui peut contribuer à la qualité de vie au travail. Au total, plus de 3 000 établissements de santé, établissements médico-sociaux et EHPAD seront ainsi soutenus ; au moins 790 verront leurs projets structurels à long terme financés par le Ségur, et 1 300 leurs finances assainies.Sur le terrain, nous pouvons montrer région par région comment ces chiffres éloquents vont se concrétiser : dans la vôtre, monsieur le député, l’Auvergne-Rhône-Alpes, il s’agit de plus de 1,9 milliard d’investissements, soixante-trois établissements de santé publics ou privés et au moins vingt-neuf EHPAD qui pourront transformer leur offre de soins. Je connais votre engagement de longue date – il remonte à l’époque où vous étiez maire et présidiez le conseil de surveillance du centre hospitalier local – en faveur de cette offre dans les monts du Lyonnais : dans le cadre de la recomposition de celle-ci, l’État apportera 3 millions d’euros à la reconstruction du site de Saint-Symphorien-sur-Coise, 2 millions en vue de restaurer les capacités financières de ces hôpitaux, 4 millions au centre médical de l’Argentière, à Aveize, afin de soutenir le projet que vous évoquiez et qui vise à regrouper soins de suite et de réadaptation (SSR), EHPAD, foyer d’accueil médicalisé (FAM) et maison d’accueil spécialisée. Moderniser, accompagner, pérenniser et soutenir l’offre de soins, tel est notre dessein. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et Agir ens.)
Filière nucléaire française
M. le président (LAREM). La parole est à M. Yves Hemedinger.
M. Yves Hemedinger (LR). Monsieur le Premier ministre, mieux vaut certes tard que jamais, mais le ralliement soudain du Président de la République au nucléaire se trouve tout de même bien tardif et bien suspect. Ce qui me gêne surtout, c’est que ce nouveau discours survienne au terme d’un quinquennat d’hostilité ouverte au nucléaire français.
M. Yves Hemedinger (LR). C’est ce même Président de la République qui a fait fermer Fessenheim, annoncé l’arrêt de quatorze réacteurs en tout d’ici à 2035, réduit la part du nucléaire dans le mix énergétique français, au rebours de ce que préconise le rapport du gestionnaire du Réseau de transport d’électricité (RTE) ; c’est lui qui a révélé ses préférences idéologiques en nommant ministres Nicolas Hulot puis Barbara Pompili, antinucléaires déclarés ; c’est lui qui s’abstient de défendre le nucléaire au niveau européen, faisant ainsi le jeu des centrales à gaz et à charbon.Si vous avez enfin compris que cette énergie est peu coûteuse et entièrement décarbonée, nous attendons désormais que vous lui donniez des preuves d’amour. (Mme Caroline Abadie s’exclame.) Il y va de l’avenir d’une filière industrielle française d’excellence, du pouvoir d’achat de nos concitoyens, de la survie de la planète, car le nucléaire est un élément essentiel de la transition écologique,…
M. Yves Hemedinger (LR). …les autres énergies décarbonées – dans ma circonscription, je milite ainsi pour le développement de l’hydrogène – n’atteignant pas encore un niveau de production suffisant.Après cinq années perdues, ce n’est pas de six réacteurs pressurisés européens (EPR) que notre pays a besoin, mais d’une vingtaine. Monsieur le Premier ministre, nous attendons des actes, plus seulement des déclarations d’intention et de principes. Êtes-vous prêt à sortir du « en même temps » et à mettre les bouchées doubles pour relancer réellement la filière nucléaire française ? À court terme, êtes-vous disposé à créer à Fessenheim un petit réacteur modulaire (SMR) ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la biodiversité.
Mme Bérangère Abba. Nous avons lancé dès 2018 des travaux approfondis et discuté de ce sujet lors de l’examen de plusieurs projets de loi. Dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), nous avons dessiné le futur énergétique de la France ; compte tenu du rapport remis fin octobre par RTE, qui présente plusieurs trajectoires, il nous faut à présent débattre des moyens d’atteindre en 2050 la neutralité carbone alors que la consommation d’électricité augmente. La priorité consiste à sortir des énergies fossiles ; or le gaz, le pétrole et le charbon représentent encore 63 % de la consommation d’énergie finale dans notre pays.Le Président de la République a donc réaffirmé trois principes essentiels. Le premier est la sobriété : depuis 2017, avec la rénovation énergétique, la modernisation du parc automobile, l’anticipation d’une forte hausse de la demande d’électricité, nous faisons en sorte de relever le défi considérable que constitue la réduction de notre consommation d’énergie. Le deuxième consiste à poursuivre le développement des énergies renouvelables, indispensable en vue de répondre à cet accroissement du recours à l’électricité dans les quinze années à venir : la construction de centrales nucléaires ne suffirait pas pour respecter ce calendrier qui est aussi le vôtre. Le dernier des trois est précisément la nécessité du nucléaire, dont aucun scénario ne parvient à envisager l’abandon sans qu’il en résulte une production massive de carbone. La neutralité de notre mix énergétique repose sur ces trois piliers, ce qui justifie des investissements en ce sens : il nous faut assumer collectivement la compétence et l’expertise françaises en matière nucléaire, du démantèlement à la construction. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. Yves Hemedinger.
M. Yves Hemedinger (LR). Vous vous payez de mots : à l’approche de la fin du quinquennat, une sorte de panique vous pousse à soutenir tout et son contraire. Soyez donc honnêtes, dites la vérité ! (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR. – Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)
Mouvements d’extrême droite
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la présidente Mathilde Panot.
Mme Mathilde Panot (FI). Monsieur le Premier ministre, dans les milieux de l’extrême droite la plus crasse, l’impunité règne. Il y a un mois, la fachosphère déversait sa bile raciste, antisémite et sexiste sur Danièle Obono, ainsi que sur moi-même. Hier, le magazine Streetpress révélait que Jean-Luc Mélenchon, d’autres membres de notre groupe, des journalistes, des juifs et des musulmans faisaient l’objet d’appels au meurtre sur un canal Telegram tenu par les mêmes militants. En l’espace de deux mois, nous avons porté plainte à deux reprises.Pour de nombreuses personnalités engagées, comme nous, contre l’extrême droite, ces méthodes nauséabondes ne sont pas nouvelles. Depuis quelques mois, cependant, ces mouvements s’en donnent à cœur joie, galvanisés par la semi-candidature d’un semeur de haine et par la candidature déclarée de sa comparse. Désormais, ils ont leur rond de serviette à la radio, à la télévision, dans les journaux. Un torrent de boue déferle sur les réseaux sociaux et ailleurs ; partout le discours raciste, sexiste, antisémite, homophobe déborde. L’atmosphère médiatique est devenue irrespirable. Des militants, publiait Streetpress il y a quelques semaines, s’entraînent au tir sur des caricatures racistes ; d’autres projettent des attentats. Selon les renseignements territoriaux, cette ultradroite armée représenterait 3 000 personnes !Monsieur le Premier ministre, les discours accompagnent, préparent et facilitent les actes : vous taire serait vous faire le complice du monstre à venir. L’extrême droite ne se combat ni par le silence, ni en reprenant ses termes, ni en chassant sur son terrain. Nous ne devons pas céder un millimètre à sa vision mortifère du monde. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.) Le peuple ne rêve pas de s’entre-haïr, mais de solidarité, d’entraide, d’une vie digne. Vous ne pouvez rester silencieux et passif face à une mouvance qui menace notre République, qui sème la haine et la violence.
Mme Mathilde Panot (FI). N’attendez pas un passage à l’acte pour réagir ! (Mêmes mouvements.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le Premier ministre.
M. Jean Castex. Je le déclare avec la plus grande solennité : nous condamnons sans aucune forme de réserve les agissements que vous venez de rapporter devant la représentation nationale. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LaREM, ainsi que sur les bancs des groupes SOC, FI et GDR.) Ils sont inadmissibles. Oui, il existe des réseaux actifs, pas seulement d’extrême droite d’ailleurs, mais en l’occurrence le groupe Les Vilains Fachos, à l’origine des faits en cause, ne fait pas mystère de sa fascination pour le IIIe Reich.Bien sûr, nous ne nous bornons pas à constater ces faits avec vous, chère madame : nous agissons. Premièrement, la justice est saisie. Deuxièmement, nous renforçons nos moyens, car le fondement de tout cela, c’est la haine sur les réseaux sociaux,…
M. Jean Castex. Le Parlement a ainsi introduit le sujet dans le droit national, anticipant les directives européennes relatives à la haine en ligne, textes que nous espérons voir aboutir durant la présidence française du Conseil de l’Union européenne. En la matière, c’est une réglementation internationale qu’il nous faut, car cette haine peut être propagée depuis l’extérieur de notre territoire. La plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements (PHAROS), qui constitue un service de la police judiciaire, enquête, surveille et signale à la justice tous les agissements que vous condamnez à raison. Le ministre de l’intérieur vient justement de la renforcer : de trente-deux agents en 2020, elle est passée à cinquante-quatre.
M. Jean Castex. En outre, nous avons créé le 1er janvier au sein du parquet de Paris un pôle national de lutte contre la haine en ligne, qui examine actuellement 140 dossiers. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Bénédicte Pételle.
Mme Bénédicte Pételle (LAREM). Ma question s’adresse à M. le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles. Mes pensées, d’abord, vont à tous les enfants victimes de violences sexuelles et à tous les adultes blessés pendant leur enfance qui n’ont pas pu être écoutés et réparés, victimes du déni des adultes qui ont préféré ne pas savoir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)Les mentalités évoluent et, depuis 2017, le Gouvernement et le Parlement se sont engagés, souvent de façon transpartisane, contre les violences sexuelles faites aux enfants. En novembre 2019, monsieur le secrétaire d’État, vous présentiez le plan de lutte contre les violences faites aux enfants, dont font partie la lutte contre l’exposition des enfants à la pornographie et l’appréhension des nouvelles formes de prostitution des mineurs. En mars 2021, vous avez confié à Nathalie Mathieu et à Édouard Durand la présidence de la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Le Parlement a également voté des mesures phares : le délai de prescription pour viol commis sur mineur a été porté à trente ans ; la question du consentement ne se pose plus pour un enfant de moins de 15 ans ou de moins de 18 ans en cas d’inceste ; la durée des peines a été allongée à vingt ans pour les crimes de viol et d’inceste sur mineur ; enfin, un délit réprimant le fait, pour un adulte, d’inciter un mineur à se livrer à des pratiques sexuelles sur internet a été créé.Actuellement, 7 000 à 10 000 mineurs sont touchés par la prostitution. Ce phénomène est difficile à détecter : il peut recouvrir le michetonnage, la prostitution tarifée ou la prise en charge par un petit ami mineur ou par un proxénète adulte. Les enfants concernés sont aussi victimes de violences physiques et soumis à des addictions. Pour lutter contre ce fléau, vous avez présenté hier, monsieur le secrétaire d’État, le plan national et interministériel de lutte contre la prostitution des mineurs. Nos collègues Michèle Peyron, Florence Provendier, Ludovic Mendes et moi-même étions présents. Pouvez-vous nous présenter les orientations de ce plan ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles.
M. Adrien Taquet. Je vous remercie, madame la députée, de rappeler que le premier plan national de lutte contre la prostitution des mineurs s’inscrit dans un ensemble plus large de mesures : le plan de lutte contre les violences faites aux enfants présenté en novembre 2019, que vous avez cité, la loi du 21 avril dernier visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste, ou encore l’accession future de la France au statut de pays pionnier dans la lutte contre le travail des enfants et la traite des êtres humains, que nous avons défendue, avec Élisabeth Borne et Franck Riester, auprès de l’Organisation internationale du travail (OIT).Ce plan interministériel n’est donc pas une initiative isolée. Je remercie le ministre de l’intérieur, le garde des sceaux, le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports mais aussi la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances ainsi que la ministre déléguée chargée de la ville, qui y ont pris part. Je remercie aussi Catherine Champrenault, ancienne procureure générale près la cour d’appel de Paris, qui a mené des travaux et dont le rapport, qu’elle m’a remis le 13 juillet dernier, a largement inspiré ce plan.Celui-ci se décline en quatre priorités et comprend treize mesures. La première priorité nous concerne tous, les responsables politiques comme la société tout entière. Elle consiste à ouvrir les yeux, à briser le tabou et à mettre fin au déni face à un phénomène croissant dont vous avez rappelé, madame la députée, qu’il concerne 7 000 à 10 000 enfants en France – et même probablement plus. La moitié de ces enfants entrent dans la prostitution à l’âge de 14 ans. Ce sont essentiellement des jeunes filles, mais il y a aussi de jeunes garçons. Près de 70 % d’entre eux ont connu des violences sexuelles ou des faits de harcèlement scolaire dur au cours de leur enfance.Ouvrir les yeux, c’est sensibiliser d’abord les enfants à ces questions – cela sera fait dans le cadre des cours d’éducation à la sexualité – mais aussi mailler le territoire d’associations spécialisées, afin d’offrir une écoute et une oreille aux parents qui seraient confrontés à ce type de situation. Enfin, nous devons repérer les signaux faibles qui annoncent souvent le basculement dans le système prostitutionnel, tels que le décrochage scolaire et l’isolement de la famille et des amis. Nous devons aussi développer les dispositifs d’« aller vers » et la prévention spécialisée, avec des maraudes notamment numériques, car l’outil numérique joue un rôle essentiel. Il nous faut enfin mieux accompagner les enfants et améliorer la répression et la coopération judiciaire ; ce sont les deux derniers axes de ce plan. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
Relocalisation d’Electrosteel en France
M. le président (LAREM). La parole est à M. Dominique Potier.
M. Dominique Potier (SOC). J’associe à ma question Caroline Fiat, députée de Pont-à-Mousson, tous les députés de Meurthe-et-Moselle et l’ensemble, je crois pouvoir le dire, des élus lorrains dans leur diversité politique. Pouvons-nous imaginer, à quelques semaines de la présidence française de l’Union européenne, des territoires et des nations d’Europe dont le cycle de l’eau dépende d’une puissance étrangère ? Pouvons-nous imaginer que les canalisations qu’utilisent ces territoires pour leur alimentation en eau potable, pour leur défense contre les incendies et, à l’avenir, pour l’assainissement ou encore pour la lutte contre le dérèglement climatique, dépendent de centres de décisions situés en Chine, à Calcutta ou à New Delhi, et non plus en Europe ? C’est tout l’enjeu du soutien apporté, à travers le plan de relance, à la multinationale indienne Electrosteel à Arles, dans le sud de la France. Cette aide a provoqué beaucoup d’émoi et même une véritable révolte populaire dans les terres de Lorraine. Pour nous tous c’est un cheval de Troie, quoi que vous disiez monsieur le ministre de l’économie, des finances et de la relance, et quoi qu’en disent les industriels.Cette décision est inique parce que l’Inde ne reconnaît pas le principe de réciprocité commerciale à l’intérieur de ses propres frontières. Elle est absurde parce que le marché est surcapacitaire. Elle est choquante parce que le 17 mars 2021, après un premier règlement de 2016 concernant les pratiques de dumping d’Electrosteel, la Commission européenne a émis un avis soulignant : « Il ressort des éléments de preuve fournis […] que le volume et les prix du produit importé faisant l’objet du réexamen ont eu […] une incidence négative […] qui a gravement affecté les résultats globaux, la situation financière, la situation de l’emploi de l’industrie de l’Union. »Il s’agit de dumping fiscal. Nous refusons ce cheval de Troie qui ruinerait les efforts réalisés en matière de modernisation du site de Pont-à-Mousson, de responsabilité sociale des entreprises (RSE), de marchés publics et d’aide publique au développement (APD). Nous avons besoin d’un plan de relance qui ne soit pas un accélérateur du dumping mais qui renforce notre souveraineté en eau potable sur le plan industriel et qui réarme notre pays sur le plan éthique et industriel. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR.) Je tiens à le dire ici pour les 2 000 ouvriers lorrains et leurs familles et, au-delà, pour l’accès à l’eau potable et pour la maîtrise du cycle de l’eau. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC et GDR et sur plusieurs bancs du groupe FI.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’économie, des finances et de la relance.
M. Bruno Le Maire. Je suis très surpris, monsieur Potier, de cette polémique sur l’investissement indien. J’ai peur que vous ne cédiez à votre tour à un nationalisme industriel qui ne vous ressemble pas. Le patriotisme industriel, oui ! La défense des intérêts français, oui ! La relocalisation des activités en France, oui ! Mais la fermeture des frontières et la dénonciation de tout investissement étranger en France, non ! De quoi parle-t-on ? L’entreprise indienne Electrosteel hésitait, pour l’implantation de son nouveau site industriel, entre la France et d’autres sites européens.Que préférons-nous ? Qu’elle s’installe dans un autre pays européen, ou encore que les canalisations continuent d’être importées d’Inde ? Nous avons fait le choix quant à nous de soutenir l’implantation d’Electrosteel à Arles (Exclamations sur quelques bancs du groupe FI), qui créera 190 emplois ; or les canalisations produites ne seront pas en concurrence avec celles de Pont-à-Mousson puisque ce ne sont pas les mêmes. Le Gouvernement et la majorité sont favorables à la relocalisation industrielle et à la création d’emplois industriels dans notre pays. (Exclamations sur les bancs des groupes LR et FI.) Nous avons apporté 2,9 millions d’euros de soutien à Electrosteel pour créer des emplois industriels en France, en Arles ; je pense que c’est une nécessité.Quant au site de Pont-à-Mousson, je rappelle que l’entreprise Saint-Gobain a bénéficié quant à elle de 10 millions d’euros de soutien dans le cadre de France relance, pour son développement. Nous lui avons octroyé 2,9 millions d’euros pour acheter un four électrique qui permettra de moderniser le site de Pont-à-Mousson et les activités de l’entreprise. Il n’y a pas d’opposition entre la relocalisation d’activités industrielles et le développement d’activités industrielles nationales comme celles de Saint-Gobain à Pont-à-Mousson.
M. Bruno Le Maire. …au service d’une seule chose : l’emploi et la puissance industrielle française. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – Exclamations sur quelques bancs des groupes LR et FI.)
M. Gérard Menuel (LR). La COP26 vient de terminer ses travaux. Ce n’est pas un succès – c’est un euphémisme – puisqu’elle n’a abouti à aucune décision notoire, faisant ainsi fi des évolutions subies et à subir, dont les conséquences dépasseront l’imagination.Il nous faut néanmoins, en France comme en Europe, non seulement montrer l’exemple mais suivre le seul cap menant à la décarbonation de notre économie. Grâce à son programme nucléaire d’envergure datant des années 1980 et à d’importants investissements dans les énergies renouvelables, la France fait, encore aujourd’hui, partie des meilleurs élèves européens. En comparaison, la politique menée par nos voisins allemands les a conduits à démanteler leurs sites nucléaires et à rouvrir de nombreuses centrales à charbon.
M. Gérard Menuel (LR). Les rejets moyens de CO2 de chaque Français sont ainsi inférieurs de moitié à ceux de nos voisins, en particulier des Allemands. Après avoir fermé Fessenheim et promis d’autres fermetures, après avoir beaucoup tergiversé, après avoir encore perdu cinq années, notre pays semble se réorienter – tant mieux, car c’est nécessaire – vers des investissements dans le secteur nucléaire et les énergies renouvelables, c’est-à-dire dans l’énergie décarbonée.Décarboner l’énergie c’est aussi savoir la stocker sous forme de batteries notamment, y compris d’hydrogène, et la mettre à disposition de chaque consommateur à des prix compétitifs par rapport aux énergies fossiles. De ce point de vue vous avez failli, monsieur le Premier ministre, oubliant même d’appliquer des dispositions annoncées et votées. Le Parlement a voté la loi « énergie-climat » en 2019 et les décrets d’application permettant de stimuler l’investissement en faisant émerger une filière domestique d’électrolyse n’ont toujours pas été publiés. En comparaison, les États-Unis ont instauré la semaine dernière un mécanisme de soutien à l’hydrogène décarboné à hauteur de 3 dollars par kilogramme. Quand allez-vous enfin appliquer la loi votée et l’ordonnance du 17 février dernier sur l’hydrogène ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la secrétaire d’État chargée de la biodiversité.
Mme Bérangère Abba. Vous interpellez le Gouvernement sur la COP26 mais, plus encore, sur les engagements de la France et sur son mix énergétique pour les décennies à venir, alors que vient d’être publié un rapport de Réseau de transport d’électricité (RTE) sur différents scénarios de mise en œuvre de notre objectif et d’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Il est vrai que les engagements se prennent au niveau international, mais ils s’adaptent au niveau local en fonction des compétences, des besoins et de l’existant – en l’occurrence de notre parc nucléaire, au sujet duquel vous nous interpellez.Notre mix énergétique doit se maintenir à l’équilibre sur trois piliers que sont la sobriété énergétique, le développement des énergies renouvelables et le maintien d’un parc nucléaire qui, quoi qu’il en soit, nous est indispensable ; vous savez que, dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l’énergie, nous avons fixé la part d’énergie d’origine nucléaire à hauteur de 50 % à l’horizon 2030.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Les centrales nucléaires, il faut les mettre en Bretagne !
Mme Bérangère Abba. Aujourd’hui même, des annonces ont été faites par le Président de la République au sujet de la filière hydrogène – que vous avez également mentionnée, monsieur le député –, à laquelle sera consacré un investissement de 1,9 milliard d’euros.Nous déployons donc l’ensemble des outils. Et pour cause : il n’est pas possible, pas tenable, qu’un mix énergétique sans nucléaire n’émette pas massivement du carbone. Tout est donc affaire d’équilibre. Nous connaissons les limites de la filière nucléaire et de son développement. Nous avons par ailleurs connaissance d’une réalité éclairée par les travaux de RTE : un mix sans nucléaire impliquerait de multiplier par vingt nos capacités en énergie solaire, de multiplier par quatre le nombre d’éoliennes terrestres et d’installer plus de quatre-vingt-dix parcs éoliens en mer d’ici 2050.Nous connaissons tous les difficultés d’acceptabilité posées par le déploiement de ces infrastructures mais nous y travaillons car je suis convaincue de la nécessité de trouver un équilibre dans notre mix, alors que notre consommation d’électricité est en hausse.
M. André Villiers (UDI_I). Ma question s’adresse à M. le ministre de l’agriculture et de l’alimentation. Elle concerne la hausse du prix du pain, l’imputation de sa responsabilité et l’action du Gouvernement.Commençons par la hausse du prix du pain. En moyenne, le prix d’une baguette est de 90 centimes mais il pourrait flamber car tous les voyants économiques sont au rouge : le prix de la matière première qu’est le blé, celui de la farine par répercussion, mais surtout les prix de l’énergie, des salaires (Exclamations sur quelques bancs du groupe GDR) et des autres charges. Entre novembre 2020 et novembre 2021, entendez que le cours du blé tendre est passé de 193 à 297 euros par tonne, soit une hausse de près de 54 % en un an. Les raisons sont multiples : rendements catastrophiques en Russie et au Canada, sécheresses et incendies à travers le monde. Les boulangers n’ont pas le choix : ils doivent répercuter la hausse du prix de la farine, conséquence de la hausse du prix du blé. Monsieur le ministre, je lance donc l’alerte : attention aux troubles qui pourraient survenir si l’État ne garantissait plus notre souveraineté alimentaire. Le pain est un produit symbole.J’en viens ensuite à la responsabilité de la hausse du prix du pain : attention à ne pas faire croire aux Français que les agriculteurs seraient des profiteurs de crise qui bénéficieraient de la hausse du prix du blé : c’est faux ! Vous le savez, nous le savons, ce n’est pas le cas.
M. André Villiers (UDI_I). Au contraire, nous échouons encore et encore à rémunérer les agriculteurs ! La part de la matière première, le blé, ne représente que 3 à 4 % du prix du pain : voilà la vérité !
M. André Villiers (UDI_I). …et selon quel calendrier, pour contenir la hausse du prix du pain, d’une part, et pour communiquer sur les responsabilités de cette hausse, d’autre part ? Monsieur le ministre, les agriculteurs, les boulangers et les Français attendent vos réponses. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe UDI-I.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre délégué chargé des petites et moyennes entreprises.
M. Alain Griset. Vous avez raison, monsieur le député, le pain, et la baguette en particulier, font partie de l’image de la France.
M. Alain Griset. Les Français consomment en moyenne une baguette tous les deux jours et c’est à juste raison que son prix les préoccupe. Depuis 1987, ce prix n’est plus réglementé et peut être fixé par les boulangers. Nous constatons néanmoins qu’en vingt ans, l’augmentation a été relative puisqu’elle s’est limitée à 23 centimes.Cette année, vous l’avez souligné, les boulangers subissent cependant plusieurs augmentations : celle du prix de la farine, due à l’augmentation du prix du blé, celles des prix de la levure et du papier et celle des salaires – une négociation a en effet abouti à une augmentation salariale de 1,1 %. (Exclamations sur les bancs du groupe GDR.) On peut donc légitimement penser que le prix de la baguette pourrait augmenter.Il y a néanmoins 37 000 boulangers en France, auxquels il faut ajouter la grande distribution et les dépôts de pain. Aussi peut-on considérer, au regard de la concurrence, que l’augmentation du prix de la baguette sera limitée – en tout cas, nous pensons qu’elle le sera –, certains estimant qu’elle ne dépassera pas 5 %, ce qui est notre souhait. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)
Relations franco-algériennes
M. le président (LAREM). La parole est à Mme Fadila Khattabi.
Mme Fadila Khattabi (LAREM). Il y a soixante-quatre ans, en Algérie, un homme a été arraché à sa famille pour avoir espéré l’indépendance de son pays. Comment est-il mort ? Où est son corps ? Des interrogations demeurent. Cet homme, c’était mon grand-père.Je n’ai pas pour habitude d’évoquer mon histoire personnelle mais permettez-moi de le faire aujourd’hui. Oui, il me tient à cœur de vous en parler car nous sommes nombreux à avoir, de près ou de loin, un lien avec l’histoire de ce pays. Oui, l’histoire commune de la France et de l’Algérie est complexe, faite de tragédies mais aussi d’amour, faite de drames mais aussi d’attaches profondes.Cependant, nous devons aujourd’hui aller de l’avant, nous nourrir de ce passé douloureux, afin de construire ensemble, Français et Algériens, un avenir commun. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Mme Fadila Khattabi (LAREM). Je crois profondément en la force des symboles et des messages que nous véhiculons, car ils guident nos actes.En tant que présidente du groupe d’amitié France-Algérie, je souhaite rendre hommage à l’action du Président de la République et du Gouvernement qui ont engagé un travail sans précédent dans l’histoire de notre pays, pour honorer la mémoire de ceux qui ont vécu cette histoire commune entre la France et l’Algérie. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes LaREM et Dem.)Je salue également la volonté politique qui a permis la création de la commission « mémoires et vérité », présidée par Benjamin Stora. Ces mémoires sont une clé essentielle dans les relations qui unissent nos deux pays : mémoires pour les combattants algériens du XIXe siècle dont nous avons restitué les crânes, mémoires pour les victimes de la répression sanglante du 17 octobre 1961 ou encore mémoires pour tous les anciens combattants ; bref des mémoires plurielles, mais aussi et surtout des mémoires partagées.Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, ma question n’interrogera pas le passé mais plutôt l’avenir car seul l’avenir compte… (Mêmes mouvements.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre de l’Europe et des affaires étrangères.
M. Jean-Yves Le Drian. La France et l’Algérie sont unies par des liens ancrés dans l’histoire – y compris des histoires personnelles telles que celle que vous venez d’évoquer – et par un partenariat indispensable à la stabilité de l’espace méditerranéen. Nous sommes convaincus de l’intérêt de nos deux pays à travailler ensemble dans tous les secteurs et nous avons pour la relation entre nos deux peuples, pour l’avenir du partenariat franco-algérien, une ambition forte exprimée à plusieurs reprises par le Président de la République. Nous avons le plus profond respect pour la nation algérienne et pour la souveraineté de l’Algérie.Je sais que cette vision des relations franco-algériennes est partagée par des responsables algériens avec qui j’ai eu l’occasion de travailler de manière approfondie sur de nombreuses questions d’intérêt commun et avec lesquels nous avons toujours trouvé des solutions aux problèmes qui survenaient. Car lorsque des difficultés se présentent – c’est inévitable dans une relation aussi marquée par les blessures de l’histoire que celle-ci –, il faut en parler, les partager et œuvrer ensemble pour les dépasser.
M. Jean-Paul Lecoq (GDR). Il y a du boulot concernant les essais nucléaires !
M. Jean-Yves Le Drian. Nous y sommes toujours parvenus et c’est la voie que nous entendons privilégier pour l’avenir.Nous regrettons plusieurs malentendus survenus récemment car une telle situation ne correspond pas à l’importance que nous attachons aux relations entre nos deux pays – je vous le dis en votre qualité de présidente du groupe d’amitié. Nous avons engagé des efforts visant à rétablir les conditions d’une relation apaisée avec l’Algérie : nous y travaillons avec sérieux, dans le respect mutuel, dans le respect de la souveraineté de chaque pays. C’est sur cette base que nous entendons poursuivre notre action. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LaREM et Dem.)
Responsabilité des maires
M. le président (LAREM). La parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Madame la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, alors que se déroule actuellement à Paris le congrès des maires et des présidents d’intercommunalité de France, je souhaite relayer les inquiétudes des maires. Ceux-ci sont en première ligne et sont souvent rendus responsables de décisions qui leur échappent, voire qu’ils ne cautionnent pas.Ils doivent ainsi répondre de tout : de l’accès aux soins, aux services publics, à l’éducation, de la mobilité, de la couverture mobile ou encore des procédures administratives. Ils sont tantôt face à des citoyens qui les interpellent faute de trouver un médecin référent, tantôt face aux inspecteurs d’académie qui plaident pour une concentration des regroupements pédagogiques, entraînant ainsi des fermetures de classes. Sollicités sur tout, ils doivent aussi être experts en tout, surtout dans les petites communes où ils se retrouvent seuls face aux problèmes. Or nous savons bien que ce n’est pas possible.En fait, vous ne cessez de caresser les élus dans le sens du poil mais, en réalité, vous alourdissez leur charge quand vous allégez celle de l’État.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Cette charge est devenue trop lourde pour certains et ils sont plus nombreux à se retrouver en état de souffrance, à se sentir abandonnés, regrettant que les relations avec l’État se soient complexifiées. Il faut être plus attentifs aux besoins des maires, leur faire confiance et leur donner les moyens de mener des politiques de proximité.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). D’ailleurs, les propositions en matière de formation et de statut de l’élu que défendent les élus communistes n’ont toujours pas obtenu de réponses à la hauteur des attentes et surtout des enjeux. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.) Qu’envisagez-vous, madame la ministre, pour mieux protéger les maires et mieux les accompagner dans l’exercice de leur mandat ? (Mêmes mouvements. – Mme Gisèle Biémouret applaudit également.)
M. le président (LAREM). La parole est à Mme la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Mme Jacqueline Gourault. Je sais de quoi vous parlez puisque j’ai été maire pendant vingt-cinq ans. Ce que vous décrivez correspond à la situation des maires depuis toujours. Je partage votre conviction que les élus sont les chevilles ouvrières de l’action publique dans le territoire et que le rôle de l’État est de les accompagner et de les soutenir. C’est ce que je fais, si je puis me permettre, tous les jours.
Mme Jacqueline Gourault. Avec la loi relative à l’engagement dans la vie locale et à la proximité de l’action publique, nous avons apporté aux maires, c’est important, un soutien matériel : nous avons ainsi augmenté les indemnités des élus des communes de moins de 3 500 habitants, augmentation compensée par l’État dans les plus petites d’entre elles ; nous avons prévu, vous vous en souvenez, la prise en charge par l’État des frais de garde dans les plus petites communes et instauré une assurance obligatoire pour que les élus bénéficient d’une protection fonctionnelle effective.Le garde des sceaux a également publié une circulaire très importante de politique générale réaffirmant notre volonté d’être très fermes lorsque des agressions inadmissibles sont commises contre des élus.La loi « engagement et proximité » qui a été votée à l’unanimité – j’en remercie tous les députés – était absolument nécessaire pour éviter que le système ne s’écroule. Elle a permis également d’assurer la qualité de la formation des élus de manière pérenne. L’expertise des maires est bien sûr nécessaire au montage des projets, en particulier dans les plus petites communes. Mais, comme je l’ai rappelé précédemment, c’est le rôle de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) notamment, et d’autres instances, de les accompagner.À travers le projet de loi 3DS nous ferons en sorte que le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) aide davantage les communes.
M. David Lorion (LR). Ma question s’adresse au ministre des outre-mer ainsi qu’au ministre délégué chargé des transports et concerne la compagnie régionale Air Austral : à la demande de son personnel et de tous les élus de La Réunion, je vous sollicite pour que cette compagnie bénéficie d’un accompagnement de l’État.La crise, avec la fermeture des frontières et les confinements successifs de la population, a été catastrophique pour le transport aérien – j’ai d’ailleurs publié un rapport à ce sujet. Air Austral en a subi les conséquences de plein fouet et les aides de l’État ont même aggravé son endettement.Une restructuration de la dette contractée auprès de l’État s’avère indispensable pour sauver la compagnie et permettre sa recapitalisation. Cependant, le Gouvernement semble vouloir conditionner son aide exceptionnelle à une vente des actifs d’Air Austral à une autre compagnie. Cela est inacceptable et injustifié car, comme vous le savez, la libre et saine concurrence ainsi que le principe même de la continuité territoriale ne peuvent être garantis que par l’existence de plusieurs compagnies desservant les territoires d’outre-mer. Vous arracheriez du cœur des Réunionnais une partie importante de leur patrimoine, pour lequel travaillent 900 salariés et plusieurs centaines de sous-traitants. Cette compagnie dessert l’ensemble du sud-ouest de l’océan Indien, ainsi que Mayotte, et assure des vols long-courriers vers la métropole.Si vous la sacrifiez, des emplois disparaîtront et les prix des billets augmenteront, fragilisant ainsi le principe de continuité territoriale. Pouvez-vous vous engager devant la représentation nationale à restructurer la dette de la compagnie Air Austral afin qu’elle puisse traverser cette crise et à ne pas conditionner votre soutien à la fusion de celle-ci avec une autre compagnie ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LR.)
M. le président (LAREM). La parole est à M. le ministre délégué chargé des comptes publics.
M. Olivier Dussopt. Les compagnies aériennes ont traversé, et traversent encore, une crise très difficile en raison de l’effondrement du trafic dû aux contraintes sanitaires. Au ministère de l’économie et des finances comme au ministère délégué chargé des transports, nous avons veillé à accompagner systématiquement toutes les compagnies aériennes et avons porté une attention particulière à celles qui desservent les territoires d’outre-mer puisque nous sommes convaincus, comme vous, que la continuité territoriale est une exigence de l’égalité républicaine et que le maintien de possibilités de déplacements entre la métropole et l’ensemble des départements et territoires d’outre-mer est essentiel.C’est pourquoi nous avons été conduits, pendant cette période de crise, à intervenir à plusieurs reprises pour accompagner Air Austral en particulier. Nous l’avons fait avec les actionnaires – la région et la Caisse des dépôts – dans la mesure où l’État n’est pas seul à la manœuvre en la matière. L’État a garanti des prêts à hauteur de 80 millions d’euros mais a également, de manière directe, accordé un prêt de 20 millions d’euros à la compagnie, ce qui représente un total de 100 millions d’euros d’aides de trésorerie pour traverser la crise.Cette dernière, vous le savez, a révélé les fragilités structurelles d’Air Austral et, au-delà, d’autres compagnies qui desservent les territoires d’outre-mer, fragilités auxquelles nous devons répondre. Le rapprochement entre Corsair et Air Austral est une option qui aurait le mérite de préserver une identité réunionnaise et l’implantation locale – je vois que vous protestez, mais je répète qu’il s’agit d’une option, sur laquelle chacun devrait travailler.Je réaffirme devant vous la volonté de l’État d’accompagner la restructuration d’Air Austral et de sa dette. Nous le ferons à deux conditions : celle de ne pas agir seuls mais avec les autres actionnaires et celle de respecter les règlements européens, dans la mesure où la Commission européenne doit nous autoriser à le faire – et elle ne nous y autorisera que si nous collaborons avec les autres actionnaires. C’est dans cette direction que nous travaillons. (Mme Maud Petit applaudit.)
M. le président (LAREM). Nous avons terminé les questions au Gouvernement.
M. le président (LAREM). L’ordre du jour appelle les explications de vote au nom des groupes et le vote par scrutin public sur l’ensemble projet de loi de finances pour 2022 (nos 4482, 4524).
Explications de vote
M. le président (LAREM). Dans les explications de vote, la parole est à M. Jean-Paul Dufrègne.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR) (GDR). Avec un budget initial incomplet, et à l’issue d’une discussion inédite, le Parlement a navigué à vue, suspendu aux amendements gouvernementaux.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine s’opposeront à ce dernier budget du quinquennat, qui confirme la politique économique à l’œuvre depuis cinq ans : une politique en faveur des riches et des grandes entreprises. Quoi que vous en disiez, cette politique a appauvri nombre de nos concitoyens, en dégradant leur pouvoir d’achat. Les profits à court terme étant incompatibles avec le développement durable, vous assurez le service minimum en matière de transition écologique.En préambule, il semble essentiel de rappeler les conditions désastreuses d’examen de ce projet de loi de finances (PLF) : de très nombreux amendements gouvernementaux, parfois déposés quelques minutes avant d’être discutés ; des chiffrages contestables, ajustés à de nombreuses reprises ; des dispositions centrales introduites sous forme d’amendements, comme le bouclier énergétique ou le plan France 2030. Je revois la ministre déléguée chargée de l’industrie, Agnès Pannier-Runacher, se vanter de faire voter à l’Assemblée l’amendement le plus cher de la Ve République ! Tout ceci est affligeant et confirme votre mépris pour la démocratie parlementaire – qui s’affiche de plus en plus au grand jour – ainsi qu’une impréparation politique patente.Ce budget, j’y insiste, s’inscrit dans la politique économique menée depuis cinq ans en faveur des plus riches : après les cadeaux fiscaux qu’ils ont reçus en début de quinquennat, aucune mesure de solidarité ne leur a été demandée durant la période inédite que nous traversons. Les occasions ont pourtant été nombreuses ; nous n’avons pas cessé de vous faire des propositions, mais vous êtes restés figés dans des idées et des dogmes largement démentis depuis, comme le montrent les trois rapports de France Stratégie.Ensuite, vous poursuivez la politique naïve qui consiste à déverser l’argent public sur les grandes entreprises à travers des subventions, des crédits d’impôt ou des réductions de cotisations, en espérant obtenir un quelconque effet sur l’activité et l’emploi. Là encore, la réalité ne cesse de vous démentir : le ruissellement n’a pas eu lieu.
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Après un bref interlude durant lequel vous avez levé les dogmes budgétaires que vous aviez vous-mêmes fixés, ce budget prend des airs de retour aux sources visant à préparer la suite. Le cantonnement de la dette liée à la covid-19, décidé dans une visée idéologique, est le plus grand non-sens économique de l’histoire : en refusant d’affecter des ressources au remboursement de cette dette, vous ne faites que créer davantage de déficit en transférant des ressources courantes de l’État au remboursement de ladite dette. Il me semble que c’est une erreur.Je conclurai en évoquant le pouvoir d’achat. Ce dernier est au cœur de la communication du Gouvernement, qui tente de se raccrocher aux branches à l’approche des échéances électorales après avoir largement contribué à sa dégradation. Nous ne pourrons distribuer ad vitam æternam les primes, chèques et autres indemnités déjà accordés. Je ne conteste pas leur bien-fondé, mais ces artifices de court terme ont surtout le mérite de vous éviter d’aborder la question de fond : celle des salaires. Pour que les gens puissent vivre décemment, pour que « le travail paye » – pour reprendre des termes que vous aimez à répéter –, il faut envisager une hausse des salaires. Le Gouvernement dispose d’au moins deux outils pour agir en ce sens : le SMIC et le point d’indice. Pourtant, malgré vos grandes déclarations, vous vous refusez toujours à utiliser ces leviers.Dans ces conditions, vous ne pouvez vous arroger le titre de « majorité du pouvoir d’achat ».
M. Jean-Paul Dufrègne (GDR). Dans la tête de tous, vous resterez, à juste titre, la majorité des riches et des aisés ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – M. Alain David applaudit également.) Ce dernier budget, loin des apparences que vous souhaitez lui donner, constitue la dernière pierre à votre ouvrage.Un dernier mot : comme l’a souligné tout à l’heure notre collègue Christine Pires Beaune, d’après un rapport de l’Institut des politiques publiques (IPP), « dans le contexte du mécanisme de coefficient correcteur, appliqué dans le cadre de la réforme de la taxe d’habitation, [les] résultats impliquent des transferts ancrés sur le long terme et dynamiques, de communes en moyenne moins peuplées et à plus faible revenu, vers des communes en moyenne plus urbaines où le pouvoir d’achat des résidents est plus important ». Ce n’est pas acceptable et cela confirme que la solidarité inversée, ça vous connaît !Bien entendu, nous nous opposerons au PLF pour 2022. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR. – Mme Christine Pires Beaune applaudit également.)
Mme Cendra Motin (LaREM) (LAREM). Au risque de briser les espoirs de certains, mais ne voulant pas vous laisser dans un suspense insoutenable, je dévoilerai dès à présent la position du groupe La République en marche : nous voterons en faveur de la deuxième partie du projet de loi de finances. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – « Oh ! » sur quelques bancs du groupe GDR.)
Mme Cendra Motin (LAREM). Au vu des 12 milliards d’euros de dépenses engagées cette année – un montant bien supérieur à ceux auxquels nous étions habitués au début du quinquennat, quand il s’agissait de ramener la France dans les clous de ses engagements budgétaires européens, ce que nous avons fait en 2018, après presque dix ans de procédure de déficit excessif –, certains nous accusent de « cramer la caisse »,…
Mme Cendra Motin (LAREM). …voire de « dilapider l’argent des Français ». Personne, après ces bruyantes remontrances, n’a pourtant su dire précisément où réaliser les économies tant désirées, quand d’autres continuaient à prétendre que le compte n’y était décidément pas, quand bien même nous avions doublé la mise !Ce budget, nous le voterons parce qu’il ne correspond en rien à ce que les oppositions en disent. Ce texte, c’est d’abord celui par lequel nous tenons des promesses que nous avions faites dès notre arrivée au pouvoir : la hausse de 500 millions d’euros du budget de la recherche, conforme à la loi de programmation de la recherche de décembre 2020 ; la hausse de l,7 milliard du budget des armées, conforme à la loi de programmation militaire de juillet 2018 ; la hausse de plus de 500 millions du budget de la justice, plus forte que celle prévue dans la loi de programmation et de réforme pour la justice de mars 2019 ; la hausse de l,5 milliard du budget de l’intérieur, conforme aux engagements du Beauvau de la sécurité de 2020 ; enfin, la hausse du budget des transports, conforme aux engagements de la loi d’orientation des mobilités de 2019.Tous ces engagements ne datent pas d’hier, mais plutôt d’avant-hier. Ils étaient programmés. Nous les maintenons car, au risque de paraître originaux,…
Mme Cendra Motin (LAREM). …depuis le début du mandat, nous faisons ce que nous disons.Et puis il y a la crise sanitaire, dont nous ne sommes pas encore sortis, et qui a jeté une lumière nouvelle sur des enjeux que nous connaissions tous.Ainsi, alors que ce gouvernement, plus qu’aucun autre en Europe et même dans le monde, s’est battu et continue de se battre pour garder les écoles ouvertes, nous faisons le choix, cette année encore, d’augmenter de l,7 milliard d’euros le budget de l’enseignement scolaire. Je tiens à saluer mes collègues Catherine Osson, rapporteure spéciale de la commission des finances pour la mission Enseignement scolaire, Sylvie Charrière, rédactrice d’un rapport sur la lutte contre le décrochage scolaire, et Cécile Rilhac, à l’origine de la proposition de loi créant la fonction de directrice ou de directeur d’école, pour leur travail exceptionnel au service de l’école et des enfants. (M. Laurent Saint-Martin, rapporteur général de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire, et Mme Maud Petit applaudissent.)Nous choisissons aussi de continuer à soutenir les Français engagés dans la transition écologique, grâce à la prolongation et au renforcement de dispositifs en faveur de la rénovation des logements – comme MaPrimeRenov’ –, mais également grâce au travail d’Anthony Cellier sur l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) et de François Jolivet sur le PTZ. Nous renforçons notre soutien aux énergies renouvelables, tout en protégeant les Français du terrible choc qu’ils subissent du fait de l’augmentation des prix de l’énergie, en créant un bouclier tarifaire pour tous, après avoir transformé, simplifié et élargi ce qui est devenu le chèque énergie,…
Mme Cendra Motin (LAREM). …distribué désormais à six fois plus de ménages qu’en 2017.Avec ce projet de budget, nous continuons à soutenir les agriculteurs dans leur nécessaire transition vers un modèle agroécologique. Nous tenons les engagements pris après les terribles épisodes de gel du printemps et pendant l’influenza aviaire qui sévit toujours. Grâce au travail de nos collègues Hervé Pellois et Stella Dupont, nous prolongeons et renforçons en outre le crédit d’impôt en faveur de l’agriculture biologique.En 2021, nous passions de l’urgence à la relance ; en 2022 nous passons de la relance à la France de 2030 : nous préparons l’avenir et pérennisons l’élan formidable que nous avons su créer et accompagner tout au long de l’année 2021. C’est par un amendement attendu, espéré et même désiré – un amendement à 34 milliards – que nous avons complété ce projet de loi de finances. Sans lui, le texte aurait eu un goût d’inachevé, comme l’avait souligné le président du Haut Conseil des finances publiques (HCFP), qui a néanmoins su l’apprécier à sa juste valeur quand il s’en est trouvé saisi début novembre.« Amendement du siècle » selon le président Les Républicains de la commission des finances, qui l’a voté, « amendement le plus cher de la Ve République » selon la présidente du groupe Socialistes et apparentés Valérie Rabault, qui l’a voté aussi : il y a peut-être à redire sur la forme, mais les Français et les industriels retiendront l’essentiel, à savoir que le Gouvernement et le Président de la République sont au rendez-vous des défis exceptionnels que nous devrons relever demain.Mais je crois qu’ici comme ailleurs, les oppositions commettent une faute d’appréciation. À nos yeux, l’amendement qui compte le plus dans ce projet de budget est sûrement celui qui crée le contrat d’engagement jeune,…